Chapitre 16 · 13 min de lecture
La joie de l’obéissance
J’ai lu un jour: « Une obéissance parfaite apporterait un bonheur parfait, si nous avions une confiance parfaite dans la puissance à laquelle nous obéissons. » Cette phrase m’a frappée. Elle me révélait un chemin possible, mais insoupçonné, vers le bonheur. Plus tard, malgré mon esprit rebelle, cette parole n’a cessé de me hanter. Elle promettait un repos et un moyen de grandir. Elle apaisait et comblait mes aspirations.
Je dois le dire, j’ai découvert ce repos, non comme une vision, mais comme une réalité. Je l’ai vu dans le Seigneur Jésus, notre Maître. Nous pouvons nous abandonner à lui et prendre son joug sur nous pour trouver un repos parfait. Vous, chère âme hésitante, vous ne savez pas quelle joie vous manquez. Le Maître s’est révélé à vous. Il vous demande un abandon complet. Vous reculez et vous hésitez. Vous consentez volontiers à une certaine mesure d’abandon, et vous pensez même qu’il est juste et convenable de le faire. Mais un abandon total, sans aucune réserve, vous semble trop demander. Il vous fait peur. Cela engage trop, pensez-vous, c’est une tâche trop lourde. Obéir dans une certaine mesure, voilà votre désir; l’idée d’une obéissance complète vous épouvante.
Vous voyez aussi d’autres âmes. Elles marchent, la conscience tranquille, sur un chemin plus large que celui qui vous est tracé. Vous vous demandez: pourquoi cela? Il vous semble étrange, et peut-être dur, de devoir faire ce qu’elles ne sont pas tenues de faire. Et de devoir vous abstenir de ce qu’elles ont la liberté de faire. Ah! cher chrétien, cette différence même entre vous est votre privilège, même si vous ne le savez pas encore. Votre Seigneur dit: « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui » (Jean 14:21). Vous avez ses commandements; ceux que vous enviez ne les ont pas. Vous connaissez la pensée de votre Seigneur sur bien des choses où ils marchent encore dans les ténèbres. N’est-ce pas là un privilège? Faut-il regretter que votre âme soit si proche de votre Maître? Il peut vous dire des choses que ceux qui sont plus loin ne savent pas. Ne voyez-vous pas quel tendre degré d’intimité cela suppose?
Bien des relations de la vie n’exigent de part et d’autre qu’un dévouement modeste. Nous pouvons avoir de grandes amitiés.
Pourtant, nous passons une grande partie de notre vie à des occupations séparées et différentes. Quand nous sommes ensemble, nous pouvons goûter la compagnie l’un de l’autre. Nous pouvons nous découvrir bien des intérêts communs. Mais la séparation ne nous afflige pas. D’autres amitiés, plus intimes, ne s’en trouvent pas gênées. Nous n’avons pas assez d’amour pour avoir le droit ou le désir de partager nos affaires les plus intimes. Une certaine réserve, une certaine distance, voilà ce qui convient, pensons-nous. Mais il est d’autres relations dans la vie où tout cela change. L’amitié devient amour. Les deux cœurs se donnent l’un à l’autre, pour n’être plus deux, mais un.
Il se produit une union des âmes qui fait de tout ce qui appartient à l’un la propriété de l’autre. Des intérêts séparés, des chemins séparés dans la vie ne sont plus possibles. Des choses qui étaient permises auparavant sont maintenant défendues. Cela tient à l’étroitesse du lien qui unit. La réserve et la distance qui conviennent à la simple amitié deviennent fatales à l’amour. L’amour donne tout, et doit tout recevoir en retour. Les désirs de l’un lient l’autre.
Chaque cœur désire connaître les souhaits secrets de l’autre. Il voudrait voler sur les ailes du vent pour les accomplir.
Ceux qui s’aiment ainsi se sentent-ils frustrés par le fardeau que l’amour leur impose? Envient-ils les amitiés fraîches et paisibles qu’ils voient autour d’eux? Regrettent-ils leur intimité avec l’être aimé à cause des obligations qu’elle crée?
Ne se glorifient-ils pas de ces obligations mêmes? Et, avec une joie tendre et triomphante, ne plaignent-ils pas les pauvres êtres lointains qui n’osent pas s’approcher autant? Chaque nouvelle révélation de la pensée de l’autre n’est-elle pas un délice? Et quel chemin leur paraît dur, si leur amour les pousse à le prendre? Ah! chères âmes, si vous avez connu cela, ne serait-ce que quelques heures; si vous avez jamais aimé quelqu’un assez pour trouver de la joie à vous sacrifier pour lui; si vous avez jamais désiré abandonner votre volonté à un autre comme un doux privilège, alors, par tout l’amour de votre Maître céleste, je vous en supplie, faites de même pour Dieu!
Il vous aime d’un amour plus grand que celui de l’amitié. Comme le fiancé se réjouit de sa fiancée, ainsi il se réjouit de vous. Seul un abandon total le satisfera. Il vous a tout donné, et il vous demande tout en retour. La moindre réserve l’affligera jusqu’au fond du cœur. Il ne s’est pas épargné lui-même; comment pourriez-vous vous épargner? Pour vous, il a donné tout ce qu’il avait. Pour lui, vous devez faire de même. Oh! soyez généreux dans le don de vous-même! Répondez à son dévouement sans mesure envers vous par un dévouement sans mesure envers lui. Soyez heureux et empressé de vous jeter tout entier dans ses bras bien-aimés, et de lui remettre les rênes du gouvernement. Tout ce qu’il y a de vous, qu’il l’ait tout entier. Renoncez pour toujours à tout ce qui est séparé de lui. Je renonce à ma liberté de choix. Je me réjouis de notre union. Elle rend mon dévouement non seulement possible, mais nécessaire.
N’avez-vous jamais désiré aimer quelqu’un de loin? Vous n’étiez pas assez proche pour une approche plus intime. N’avez-vous pas ressenti un désir brûlant de vous donner à cette personne? Et pourtant, vous n’aviez personne à qui donner cet amour. Vos mains n’ont-elles pas été pleines de vases d’albâtre remplis d’un parfum de grand prix? Vous n’avez jamais été assez près d’aucun cœur pour le répandre. Si vous entendez la douce voix de votre Seigneur, il vous appelle à une place d’intimité auprès de lui. Elle exige une séparation d’avec tout le reste. Elle rendra votre dévouement non seulement possible, mais nécessaire. Reculerez-vous, ou hésiterez-vous?
Trouverez-vous dur qu’il vous révèle davantage sa pensée qu’aux autres? Il ne vous laissera trouver de bonheur en rien de ce qui vous sépare de lui. Voulez-vous aller là où il ne peut aller avec vous, ou avoir des occupations qu’il ne peut partager?
Non! Non, mille fois non! Vous vous élancerez avec une joie empressée au-devant de sa volonté bien-aimée. Même son moindre désir deviendra pour vous une loi impérieuse, à laquelle désobéir vous briserait le cœur. Vous vous réjouirez de l’étroitesse du chemin qu’il vous trace. Vous plaindrez, avec une tristesse infinie, les pauvres âmes lointaines qui ont manqué cette joie. Les obligations de l’amour seront ses plus doux privilèges. Le droit de tout donner à votre Seigneur vous paraîtra une élévation vers un royaume de gloire indicible. Une obéissance parfaite vous apportera un bonheur parfait. Vous saurez alors un peu ce que Jésus voulait dire quand il disait: « Je veux faire ta volonté, mon Dieu! Et ta loi est au fond de mon cœur » (Psaumes 40:9). Et pensez-vous que la joie en cela sera toute de votre côté? Le Seigneur n’a-t-il aucune joie en ceux qui se sont ainsi abandonnés à lui et qui aiment lui obéir? Ah! mes amis, nous ne sommes pas dignes d’en parler. Mais les Écritures nous laissent entrevoir le plaisir, la satisfaction et la joie que notre Seigneur trouve en nous. Elles ravissent l’âme par leurs merveilleuses allusions à cette félicité. Que nous ayons besoin de lui, cela se comprend aisément; qu’il ait besoin de nous paraît incompréhensible. Il est naturel de le désirer. Mais qu’il nous désire, voilà qui est difficile à croire. Et pourtant, il le dit et le redit; que pouvons-nous faire, sinon le croire?
Il a rendu nos cœurs capables d’éprouver ce grand amour. Il s’en est offert lui-même comme l’objet. Cet amour lui est infiniment précieux. Il dit: « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime.
Et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui » (Jean 14:21). Il frappe à la porte de chaque cœur, cherchant à en être l’amour suprême. « Veux-tu de moi? » dit-il au croyant. « Pour m’avoir comme bien-aimé, me suivras-tu dans la souffrance et la solitude? Supporteras-tu les épreuves pour l’amour de moi? Ne demande d’autre récompense que mon sourire et ma louange.
Veux-tu te jeter avec un abandon total dans ma volonté? Veux-tu me remettre la maîtrise absolue de toi-même et de tout ce que tu es? Te contenteras-tu de me plaire, à moi seul? Puis-je agir à ma guise en toi en toutes choses? Veux-tu entrer avec moi dans une union si étroite qu’elle rende nécessaire une séparation d’avec le monde? Veux-tu m’accepter comme ton seul Seigneur, et quitter tous les autres pour t’attacher à moi seul? » De mille manières, il fait cette offre d’unité avec lui-même à chaque croyant. Mais tous ne lui disent pas « Oui ». D’autres amours et d’autres intérêts leur paraissent trop précieux pour être mis de côté.
Ils ne manquent pas le ciel pour autant. Mais ils manquent une joie indicible.
Vous, cependant, n’êtes pas de ceux-là. Dès le tout début, votre âme a répondu avec empressement et avec joie à toutes ses offres: « Oui, Seigneur; oui! » Vous ne demandez qu’à répandre sur lui tous vos plus riches trésors d’amour et de dévouement. Votre ardeur à vous abandonner peut troubler certains chrétiens modérés.
Votre amour rend nécessaire une séparation d’avec le monde qu’un amour moindre ne peut même pas concevoir.
Des sacrifices et des services vous sont possibles et doux. Ils ne pourraient venir d’un cœur moins dévoué.
La vie dans laquelle vous êtes entré vous donne le droit de répandre avec prodigalité tout ce que vous êtes sur votre Bien-Aimé. Des services dont les âmes plus lointaines ne savent rien deviennent maintenant votre plus doux privilège.
Votre Seigneur réclame de vous, à cause de votre union avec lui, bien plus qu’il ne réclame d’eux.
Ce qui pour eux est permis, l’amour l’a rendu défendu pour vous. À vous, il peut faire connaître ses secrets, et de vous il attend une réponse immédiate à chaque exigence de son amour. Oh! c’est merveilleux! Le glorieux, l’indicible privilège dans lequel vous êtes entré! Peu importera que les hommes vous haïssent. Ils pourront vous fuir, vous outrager et rejeter votre nom comme infâme à cause de lui! « Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans le ciel. Si vous avez part à ses souffrances, vous aurez part à sa gloire. » En vous, il voit le fruit du travail de son âme, et il est rassasié. Votre amour et votre dévouement sont sa précieuse récompense pour tout ce qu’il a fait pour vous.
Cela lui est d’une douceur indicible. N’ayez donc pas peur de vous laisser aller à un dévouement sans partage envers votre Seigneur, qui ne souffre aucune réserve. D’autres pourront ne pas l’approuver, mais lui l’approuvera, et cela suffit. Ne mesurez ni votre obéissance ni votre service. Que votre cœur et votre main soient aussi libres de le servir que son cœur et sa main l’ont été de vous servir. Qu’il ait tout ce qu’il y a de vous: corps, âme et esprit, temps, talents, voix, tout. Étalez toute votre vie devant lui, afin qu’il la dirige. Dites-lui chaque jour: « Seigneur, comment dois-je ordonner cette journée pour te plaire? Où irai-je? Que ferai-je? Qui visiterai-je? Que dirai-je? » Remettez votre intelligence sous sa direction et dites: « Seigneur, dis-moi comment penser pour te plaire. » Donnez-lui vos lectures, vos occupations, vos amitiés. Puis dites: « Seigneur, donne-moi le discernement pour juger ces choses selon ta sagesse. » Qu’il n’y ait pas un jour ni une heure où vous ne fassiez consciemment sa volonté, en le suivant pleinement.
Le servir entourera votre vie d’une auréole. Cela dorera même la vie la plus terne d’un éclat céleste.
Vous êtes-vous jamais affligé de voir le romanesque de la jeunesse si vite perdu dans les dures réalités du monde? Faites entrer Dieu dans votre vie et dans ses détails. Une joie plus grande que celle qu’ont jamais connue les plus beaux jours de la jeunesse fera vibrer votre âme. Rien ne vous paraîtra plus jamais dur ni austère. La vie la plus humble en sera glorifiée. Un jour que je regardais une pauvre femme à son baquet de lessive, je songeais à ce que sa vie avait de décourageant. Je me demandais pourquoi de telles vies devaient exister. Puis, avec un frisson de joie, je me suis souvenue de la glorification possible d’une telle vie. Je me suis dit: même cette vie, vécue en Christ et avec Christ, à le suivre partout où il conduit, serait glorieuse.
Chacune de ses heures serait remplie d’enthousiasme.
Je suis consolée de savoir que les plus grandes bénédictions de Dieu sont à la portée des vies les plus pauvres et les plus humbles. « Car, dit notre Seigneur lui-même, quiconque », riche ou pauvre, vieux ou jeune, esclave ou libre.
Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère.
Arrêtez-vous un instant sur ces paroles si simples et pourtant si étonnantes. Son frère, sa sœur et sa mère! Que n’aurions-nous pas donné pour être l’un d’eux! Oh! laissez-moi vous en supplier, chrétien bien-aimé: venez, sentez et voyez combien l’Éternel est bon. Il réserve des choses merveilleuses à ceux qui « gardent ses commandements et font ce qui lui est agréable ». « Si tu obéis à la voix de l’Éternel, ton Dieu, en observant et en mettant en pratique tous ses commandements que je te prescris aujourd’hui, l’Éternel, ton Dieu, te donnera la supériorité sur toutes les nations de la terre. Voici toutes les bénédictions qui se répandront sur toi et qui seront ton partage, lorsque tu obéiras à la voix de l’Éternel, ton Dieu. »
« Tu seras béni dans la ville, et tu seras béni dans les champs. Le fruit de tes entrailles, le fruit de ton sol, le fruit de tes troupeaux, les portées de ton gros et de ton menu bétail, toutes ces choses seront bénies. Ta corbeille et ta huche seront bénies. Tu seras béni à ton arrivée, et tu seras béni à ton départ. L’Éternel te donnera la victoire sur tes ennemis qui s’élèveront contre toi; ils sortiront contre toi par un seul chemin, et ils s’enfuiront devant toi par sept chemins » (Deutéronome 28:3-7). « L’Éternel ordonnera à la bénédiction d’être avec toi dans tes greniers et dans toutes tes entreprises. Il te bénira dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. Tu seras pour l’Éternel un peuple saint, comme il te l’a juré, lorsque tu observeras les commandements de l’Éternel, ton Dieu, et que tu marcheras dans ses voies » (Deutéronome 28:8-9). « Tous les peuples verront que tu es appelé du nom de l’Éternel, et ils te craindront. L’Éternel te comblera de biens, en multipliant le fruit de tes entrailles, le fruit de tes troupeaux et le fruit de ton sol, dans le pays que l’Éternel a juré à tes pères de te donner. L’Éternel t’ouvrira son bon trésor, le ciel, pour envoyer à ton pays la pluie en son temps et pour bénir tout le travail de tes mains; tu prêteras à beaucoup de nations, et tu n’emprunteras point. L’Éternel fera de toi la tête et non la queue, tu seras toujours en haut et tu ne seras jamais en bas, lorsque tu obéiras aux commandements de l’Éternel, ton Dieu, que je te prescris aujourd’hui, lorsque tu les observeras et les mettras en pratique » (Deutéronome 28:10-13). Pour les Israélites, c’était extérieur et temporel. Pour nous, c’est intérieur et spirituel. Et c’est bien plus glorieux. Puissent nos volontés abandonnées s’élancer pour l’embrasser dans toute sa plénitude!
Chapitre 16 terminé
La joie de l’obéissance