Le secret d’une vie chrétienne heureuse
Au sujet de la tentation

Chapitre 12 · 15 min de lecture

Au sujet de la tentation

Dans cette vie de foi, on commet de très grandes erreurs au sujet de la tentation. D’abord, on s’attend à ce que les tentations cessent une fois que l’âme se repose en Dieu. On croit que le salut promis délivre à la fois de la tentation et du fait même d’être tenté. Lorsqu’on découvre que le Cananéen est encore dans le pays, et qu’on voit les grandes villes fortifiées, on se décourage. On pense qu’on a dû se tromper et que ce ne peut pas être, après tout, le vrai pays.

Ensuite, on prend à tort la tentation pour le péché. On s’en accuse soi-même, alors que c’est la faute de l’ennemi.

Cela mène à la condamnation et au découragement. Si cela dure, cela finit dans le péché. L’ennemi fait facilement sa proie d’une âme découragée; si bien que nous tombons souvent par la seule crainte d’être tombés. Pour résoudre la première difficulté, je dois renvoyer à l’Écriture. Elle dit que la vie chrétienne est un combat continuel. Elle dit aussi que nous devons, surtout lorsque nous sommes assis dans les lieux célestes en Jésus-Christ, y lutter contre des ennemis spirituels.

Leur puissance et leur habileté à nous tenter doivent être de loin supérieures à tout ce que nous avons jamais rencontré.

Les tentations, d’ordinaire, décuplent de force après que nous sommes entrés dans la vie intérieure, au lieu de diminuer. Leur puissance ne doit pas nous amener à douter d’avoir trouvé le vrai lieu où l’on demeure. Les fortes tentations sont généralement le signe d’une grande grâce plutôt que d’une petite grâce. Lorsque les Israélites sortirent d’Égypte, le Seigneur ne les conduisit pas par le pays des Philistins, qui était pourtant le chemin le plus proche. L’Écriture dit: « Lorsque Pharaon laissa aller le peuple, Dieu ne le conduisit point par le chemin du pays des Philistins, quoique le plus proche; car Dieu dit: Le peuple pourrait se repentir en voyant la guerre, et retourner en Égypte. » Mais lorsqu’ils eurent appris à se confier en lui, il permit à leurs ennemis de les attaquer. Durant leur voyage dans le désert, ils rencontrèrent peu d’ennemis et livrèrent peu de batailles. Dans le pays, ils affrontèrent sept grandes nations et trente et un rois. Ils durent conquérir des villes fortifiées et vaincre des géants.

Ils n’auraient pas pu combattre les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens avant d’être entrés dans leur pays. Vos tentations, cher chrétien, prouvent peut-être que vous êtes dans le pays où vous cherchez à entrer. Elles sont propres à ce pays. Ne laissez jamais vos tentations vous faire douter que vous êtes dans les « lieux célestes » promis.

La seconde erreur n’est pas tout à fait aussi facile à traiter. Il est presque inutile de dire que la tentation n’est pas le péché. Et pourtant, la plupart des détresses viennent de ce qu’on ne le comprend pas. La simple suggestion du mal semble apporter la souillure avec elle. Faute de reconnaître l’action du malin, la pauvre âme tentée craint d’être bien mauvaise, et bien loin de Dieu, pour avoir eu de telles pensées. C’est comme si un cambrioleur s’introduisait dans la maison d’un homme pour voler.

Lorsque le propriétaire se mettrait à lui résister, le cambrioleur l’accuserait d’être le voleur. C’est la ruse habile de l’ennemi pour nous prendre au piège.

Il vient nous chuchoter de mauvaises idées: doutes, blasphèmes, jalousie, envie et orgueil. Puis il dit: « Oh, que tu dois être méchant pour penser à de telles choses! Il est clair que tu ne te confies pas dans le Seigneur. Si tu le faisais, ces choses ne seraient jamais entrées dans ton cœur. » Ce raisonnement paraît juste, et l’âme l’accepte.

Elle se sent alors condamnée et découragée. De là, il est facile de tomber dans le péché. L’une des choses les plus funestes dans la vie de foi, c’est le découragement.

L’une des plus salutaires, c’est la gaieté. Un sage a dit un jour que, pour vaincre les tentations, la gaieté était la clé. C’était la première, la deuxième et la troisième chose. Nous devons nous attendre à vaincre. Voilà pourquoi le Seigneur a si souvent dit à Josué: « Ne t’ai-je pas donné cet ordre: Fortifie-toi et prends courage? Ne t’effraie point et ne t’épouvante point, car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi dans tout ce que tu entreprendras » (Josué 1:9). Et c’est aussi pour cela qu’il nous dit: « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point » (Jean 14:27).

La puissance de la tentation réside dans la défaillance de notre propre cœur. L’ennemi le sait. Il cherche toujours, s’il le peut, à nous décourager dès le début de ses assauts.

Parfois, nous nous sentons découragés. Nous croyons que c’est une juste tristesse, un juste dégoût de nous-mêmes d’avoir été tentés. Mais ce n’est en réalité que de la confusion. Nous avons honte, parce que nous nous étions secrètement félicités. Nous croyions nos goûts trop purs et notre séparation d’avec le monde trop complète pour que de telles choses puissent nous tenter. Nous attendions quelque chose de nous-mêmes. Nous sommes déçus de constater qu’il n’en est rien.

Nous voilà donc découragés. Cette confusion et ce découragement sont pires que la tentation. Ils ont l’air humbles, mais ils ne viennent que de l’amour-propre blessé.

La véritable humilité supporte de voir révélées sa propre faiblesse et sa propre folie. Elle n’a jamais rien attendu d’elle-même. Elle sait que son seul espoir doit être en Dieu. Aussi, au lieu de détourner l’âme de la confiance, elle la pousse à une confiance plus profonde et plus totale. Mais la fausse humilité, née du moi, plonge l’âme dans le désespoir. Elle la pousse dans le péché même qu’elle méprise tant. Je me souviens d’avoir entendu un jour une allégorie qui me l’a merveilleusement illustré. Satan réunit un conseil de ses serviteurs pour délibérer sur la manière de faire pécher un homme de bien. Un esprit mauvais se leva et dit: « Je le ferai pécher. » « Comment t’y prendras-tu? » demanda Satan. « Je mettrai devant lui les plaisirs du péché, fut la réponse; je lui parlerai de ses délices et des riches récompenses qu’il apporte. » « Ah, dit Satan, cela ne suffira pas; il l’a essayé, et il en sait plus long que cela. »

Alors un autre esprit se leva et dit: « Je le ferai pécher. »

« Que feras-tu? » demanda Satan. « Je lui parlerai des peines et des chagrins de la vertu. Je lui montrerai que la vertu n’a pas de délices et n’apporte aucune récompense. » « Ah non! s’écria Satan, cela ne suffira pas du tout.

« Il l’a essayée. Il sait que “les voies de la sagesse sont des voies agréables, et tous ses sentiers sont paisibles”. » Un autre dit: « Je le ferai pécher. » « Et que feras-tu? » demanda de nouveau Satan. « Je découragerai son âme », fut la brève réponse. « Ah, voilà qui suffira! s’écria Satan, voilà qui suffira! Maintenant, nous le vaincrons. » Et ils le vainquirent. Un vieil auteur dit que tout découragement vient du diable. Je voudrais que chaque chrétien s’en souvienne et le garde sur lui comme un porte-bonheur. Nous devons fuir le découragement comme nous fuirions le péché. Mais c’est impossible si nous ne reconnaissons pas qui agit réellement dans la tentation. Car si les tentations sont de notre faute, nous ne pouvons pas nous empêcher d’être découragés. Mais elles ne le sont pas.

La Bible dit: « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (Jacques 1:12). Elle nous exhorte à « regarder comme un sujet de joie complète les diverses tentations auxquelles nous pouvons être exposés ». La tentation ne peut donc pas être un péché. Ce n’est pas plus un péché d’entendre de mauvais chuchotements dans notre âme que d’entendre les jurons de méchants hommes en passant dans la rue. Dans un cas comme dans l’autre, le péché ne commence que lorsque nous nous arrêtons pour nous joindre à eux. Si, lorsque les mauvaises pensées viennent, nous nous en détournons aussitôt, comme nous le ferions d’un mauvais discours, et que nous n’y prêtons aucune attention, nous ne péchons pas. Mais si nous les entretenons dans notre esprit, si nous les roulons sous notre langue, et si nous nous y attardons avec un demi-consentement de notre volonté, comme si elles étaient vraies, alors nous péchons.

Nous pouvons être sollicités par le mal mille fois par jour sans pécher, et nous ne pouvons empêcher ces sollicitations. Mais si l’ennemi peut nous faire croire que ses tentations sont notre péché, il aura gagné la moitié de la bataille. Il la gagnera alors probablement tout entière.

Une chère dame vint un jour me trouver, plongée dans de profondes ténèbres, simplement parce qu’elle ne comprenait pas cela. Elle avait été très heureuse dans sa foi pendant quelque temps. Elle avait été libre de toute tentation, et pensait qu’elle ne serait plus jamais tentée. Mais soudain, une forme de tentation très particulière l’avait assaillie et l’avait remplie d’horreur. Elle s’était aperçue qu’au moment même où elle se mettait à prier, d’affreuses pensées de toutes sortes envahissaient son esprit. Elle avait mené une vie très protégée et innocente. Ces pensées lui paraissaient si terribles qu’elle se croyait forcément la pire des pécheresses pour les avoir. Elle avait commencé par penser qu’elle ne pouvait pas être entrée dans le repos de la foi. Elle avait fini par conclure qu’elle n’était jamais née de nouveau.

Son âme était en proie à une angoisse terrible.

Je lui dis que ces affreuses pensées étaient l’œuvre de l’ennemi. Il venait à elle au moment même où elle s’agenouillait pour prier, et lui en remplissait l’esprit. Elle n’en était nullement responsable. Elle ne pouvait pas plus les empêcher qu’elle ne pouvait s’empêcher d’entendre un méchant homme blasphémer en sa présence. Je la pressai de les considérer comme venant de l’ennemi. Elle ne devait ni s’accuser ni se décourager. Au contraire, elle devait se tourner vers Jésus et les lui remettre. Je lui montrai tout ce que l’ennemi y avait gagné. On lui avait fait croire que ces pensées étaient les siennes. Cela l’avait condamnée et découragée. Je l’assurai qu’elle vaincrait rapidement si elle n’y prêtait aucune attention. Elle devait leur tourner le dos et regarder au Seigneur.

Elle saisit la vérité, et la fois suivante, lorsque ces pensées vinrent, elle dit à l’ennemi: « Je t’ai démasqué maintenant. C’est toi qui me suggères ces affreuses pensées, et je les hais, et je ne veux rien avoir à faire avec elles. Le Seigneur est mon Sauveur; porte-les-lui, et règle cela en sa présence. »

L’ennemi, démasqué et déjoué, s’enfuit en déroute. Son âme fut parfaitement délivrée.

Autre chose encore. L’ennemi sait que si un chrétien reconnaît qu’une suggestion du mal vient de lui, l’ennemi, il la rejettera. Il le fera plus promptement que si elle semble venir de son propre esprit. Si Satan commençait chaque tentation par: « Je suis Satan, ton ennemi; je viens te faire pécher », nous résisterions probablement. Il doit se cacher pour rendre ses appâts attrayants. Notre victoire sera plus facile si nous n’ignorons pas ses ruses. Nous devons le reconnaître dès sa première approche. Nous nous trompons aussi sur un autre point au sujet des tentations. Nous pensons que tout le temps passé à les combattre est perdu. Les heures passent, et nous semblons n’avoir fait aucun progrès, parce que nous avons été si assaillis de tentations. Mais il se peut que nous ayons servi Dieu plus véritablement pendant ces heures-là que dans nos moments plus libres, où nous affrontions moins de tentations.

La tentation est en réalité davantage la colère du diable contre Dieu que contre nous. Il ne peut pas toucher notre Sauveur.

Mais il peut le blesser en nous vainquant. Notre ruine ne lui importe que dans la mesure où elle y sert. Ainsi, nous livrons les combats de notre Seigneur lorsque nous résistons à la tentation. En de tels moments, une heure vaut une journée. Nous lisons: « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment » (Jacques 1:12). Je suis sûr que cela veut dire en supporter la durée et les fréquents retours.

Rien ne cultive la grâce de la patience comme le fait de supporter la tentation. Et rien ne pousse l’âme à dépendre du Seigneur Jésus comme elle. Enfin, rien n’apporte plus de gloire à notre Seigneur que l’épreuve de notre foi, qui vient à travers de nombreuses tentations. Il est dit qu’elle est plus précieuse que l’or, que l’on éprouve pourtant par le feu. Nous qui endurons l’épreuve, nous recevrons une récompense. C’est « la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment ».

Comment s’étonner que le Saint-Esprit nous exhorte, au début de l’épître de Jacques: « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien » (Jacques 1:2). La tentation est l’outil de Dieu pour achever notre perfection. Ainsi, les propres armes de l’ennemi se retournent contre lui. Nous voyons que toutes choses, même les tentations, concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.

Comment résister aux tentations? Je n’ai pas besoin de le dire à mes lecteurs: c’est par la foi. Car c’est là, bien entendu, le fondement sur lequel repose toute la vie intérieure. Notre seule grande devise est, d’un bout à l’autre: « Nous ne sommes rien, et Christ est tout. » Et toujours et partout, nous avons commencé à nous tenir debout, à marcher, à vaincre et à vivre par la foi. Nous avons découvert notre propre impuissance. Nous ne pouvons pas nous aider nous-mêmes. Notre seul recours est donc de remettre la tentation à notre Seigneur et de nous confier en lui pour qu’il la vainque à notre place.

Mais lorsque nous l’avons remise entre ses mains, nous devons l’y laisser. Nous devons nous en remettre à lui pour la victoire comme nous l’avons fait pour le salut. Il doit tout faire pour nous dans un cas aussi complètement que dans l’autre. C’était alors par la foi seule, et ce doit être maintenant par la foi seule.

Le Seigneur fait des miracles pour vaincre les tentations de ceux qui se confient en lui. Des milliers de personnes peuvent en témoigner. Mais je ne puis m’y étendre maintenant. Mon but était de montrer la tentation sous son vrai jour, non de détailler la manière de la vaincre. Je veux délivrer de la servitude des âmes bonnes et fidèles. Elles resteront captives si elles confondent la tentation avec le péché. Elles doivent comprendre la vraie nature et l’utilité de la tentation. Je veux qu’elles sachent que les tentations sont vitales pour la croissance de notre âme. Quelle que soit leur origine, Dieu s’en sert pour former en nous des grâces de caractère qui, autrement, feraient défaut.

Partout où est la tentation, Dieu est là aussi, qui en surveille et en maîtrise la puissance. « Où étais-tu, Seigneur, pendant que j’étais tenté? » s’écria le saint du désert. « Tout près de toi, mon fils, tout le temps », fut la tendre réponse. Les tentations nous éprouvent. Nous ne valons rien si nous ne sommes pas éprouvés. Elles développent notre force, notre courage et notre connaissance spirituels, et notre croissance est la seule chose que Dieu réclame avec ardeur.

Que toute notre spiritualité serait superficielle s’il n’y avait pas les tentations! « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation. Il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. » Cette « couronne de vie » vaudra bien toutes les épreuves et toute la persévérance qu’il en coûte pour l’obtenir; sans elles, on ne pourrait l’obtenir.

Une femme malade acheta un jour un cocon. Il renfermait un papillon d’une grande beauté, aux ailes magnifiques. Elle espérait le voir sortir du cocon dans sa chambre. Elle l’observa avec impatience à l’approche du printemps.

Enfin, elle eut la joie de voir le papillon commencer à sortir. Mais il semblait avoir beaucoup de difficulté. Il poussait, forçait, se débattait. Il avançait si peu qu’elle en conclut qu’il devait avoir besoin d’aide. Avec une paire de fins ciseaux, elle coupa le cordon serré qui fermait l’ouverture du cocon.

Aussitôt, le cocon s’ouvrit tout grand, et le papillon s’échappa sans avoir à lutter davantage. Elle se félicita du succès de son expérience. Mais quelque chose n’allait pas chez le papillon.

Il était bien sorti tout entier du cocon, c’est vrai. Mais ses grandes ailes étaient sans vie et sans couleur. Elles traînaient derrière lui, comme un fardeau inutile. Pendant quelques jours, il mena une vie misérable et maladive, puis il mourut, sans avoir une seule fois soulevé ses ailes impuissantes. La dame fut cruellement déçue et ne pouvait le comprendre. Mais lorsqu’elle raconta la chose à un naturaliste, il lui dit que tout était de sa faute. Il fallait justement cette poussée et cette lutte pour envoyer le fluide vital dans les veines des ailes. Sa bonté malavisée, en abrégeant la lutte, avait laissé les ailes sans vie et sans couleur.

Ainsi, nos ailes spirituelles ont besoin de la lutte contre la tentation. Nous en préserver affaiblirait la capacité de notre âme à « prendre le vol comme les aigles ». Cela nous priverait aussi de la « couronne de vie » promise à ceux qui persévèrent.

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