Le secret d’une vie chrétienne heureuse
Le service

Chapitre 10 · 18 min de lecture

Le service

Il n’est peut-être aucun domaine de l’expérience chrétienne qui connaisse un plus grand changement que celui du service, lorsqu’on entre dans la vie cachée avec Christ en Dieu. Dans les formes inférieures de la vie chrétienne, le service peut peser comme une contrainte. C’est souvent un devoir, une épreuve et une croix. Au début, certaines choses peuvent procurer de la joie. Mais elles deviennent des tâches pénibles. On s’en acquitte fidèlement, mais avec une secrète répugnance. On souhaite souvent, qu’on l’avoue ou non, n’avoir pas à les faire, ou du moins pas si souvent. L’âme se surprend à dire, au lieu du « Puis-je? » de l’amour, le « Faut-il? » du devoir. Le joug, d’abord doux, commence à blesser, et le fardeau paraît lourd au lieu d’être léger.

Une chère chrétienne me l’a un jour exprimé de cette manière. « Après ma conversion, me dit-elle, j’étais remplie de joie et d’amour. J’étais si heureuse et si reconnaissante de pouvoir faire quoi que ce soit pour mon Seigneur. Alors, je me suis empressée de franchir chaque porte ouverte. Mais, à mesure que ma joie première s’effaçait et que mon amour se refroidissait, j’ai commencé à regretter mon empressement. Je me suis trouvée engagée dans des services qui me devenaient très pénibles et très lourds. Je ne pouvais pas y renoncer, puisque je les avais commencés. Cela aurait fait beaucoup jaser. Pourtant, je le désirais de plus en plus. On attendait de moi que je visite les malades et que je prie à leur chevet.

« On attendait de moi que j’assiste aux réunions de prière et que j’y prenne la parole. On attendait de moi que je sois toujours prête pour chaque entreprise de l’œuvre chrétienne. Le poids de ces attentes m’accablait continuellement. À la fin, il m’est devenu insupportable de vivre la vie chrétienne que j’avais commencée, et que tout le monde attendait de moi. J’aurais infiniment préféré frotter les sols à genoux toute la journée plutôt que d’endurer mon travail chrétien quotidien. J’enviais, disait-elle, les servantes à la cuisine et les lavandières penchées sur leurs baquets. »

Cette affirmation peut sembler forte. Mais n’éveille-t-elle pas en vous le souvenir de certaines de vos propres expériences, cher chrétien?

N’êtes-vous jamais allé à votre travail comme un esclave à sa tâche quotidienne, sachant que c’était votre devoir? Il fallait le faire. Mais, comme une balle de caoutchouc, vous rebondissiez vers vos vrais intérêts et vos vrais plaisirs dès que votre travail était terminé.

Vous savez que ce n’était pas ainsi qu’il fallait le vivre. Vous en avez honte, mais vous n’y pouvez rien. Vous n’avez pas aimé votre travail. Si vous l’aviez pu, vous y auriez volontiers renoncé. Ou bien, si ce n’est pas votre cas, peut-être un autre tableau vous correspondra-t-il. Vous aimez votre travail dans l’abstrait. Mais, en l’accomplissant, vous rencontrez bien des soucis et des responsabilités. Vous doutez de vos capacités. Cela en fait un lourd fardeau.

Vous y allez, las et accablé, avant même que le travail ait commencé.

Vous vous tourmentez aussi au sujet de votre travail. Vous êtes troublé si les résultats ne sont pas ceux que vous souhaitez. Cela aussi est un fardeau constant. Or, l’âme est entièrement délivrée de toutes ces formes de servitude lorsqu’elle entre pleinement dans la bienheureuse vie de foi. D’abord, elle trouve sa joie dans tout service. Elle a abandonné sa volonté au Seigneur.

Il produit en elle le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. L’âme veut désormais ce que Dieu veut. Il est toujours agréable de faire ce que nous voulons, si dur ou si fatigant que ce soit. Quand un homme tient vraiment à une chose, il la fait. Il ne tient aucun compte des obstacles sur son chemin. Il rit à l’idée qu’une opposition ou une difficulté puisse l’arrêter.

Combien d’hommes ont parcouru la terre, joyeusement et avec reconnaissance, en quête de richesse ou pour réaliser leurs ambitions?

Ils méprisaient toute pensée de la croix qui s’y rattachait! Combien de mères se sont félicitées de voir leurs fils promus à de hautes fonctions au service de l’État? Elles s’en sont réjouies. Pourtant, cela a pu signifier pour leurs bien-aimés des années de séparation et d’épreuves. Et ces hommes et leurs mères auraient trouvé la croix insupportable si le service de Christ avait exigé le même sacrifice du foyer, des amis et du confort.

Que nous tenions une chose pour une croix ou non dépend entièrement de la manière dont nous la regardons. J’ai honte de penser qu’un chrétien puisse se lamenter de faire pour Christ ce qu’un homme du monde ferait pour de l’argent.

Ce dont nous avons besoin dans la vie chrétienne, c’est que les croyants désirent faire la volonté de Dieu autant que les autres désirent faire la leur. Et telle est la pensée même de l’Évangile. C’est ce que Dieu a voulu pour nous, et c’est ce qu’il a promis. Voici comment la nouvelle alliance est décrite dans Hébreux 8:6-13: « Mais maintenant il a obtenu un ministère d’autant supérieur qu’il est le médiateur d’une alliance plus excellente, qui a été établie sur de meilleures promesses. En effet, si la première alliance avait été sans défaut, il n’aurait pas été question de la remplacer par une seconde. Car c’est avec l’expression d’un blâme que le Seigneur dit à Israël: Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, où je ferai avec la maison d’Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères, le jour où je les saisis par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte; car ils n’ont pas persévéré dans mon alliance, et moi aussi je ne me suis pas soucié d’eux, dit le Seigneur. Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit le Seigneur: je mettrai mes lois dans leur esprit, je les écrirai dans leur cœur; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. »

« Aucun n’enseignera plus son concitoyen, ni aucun son frère, en disant: Connais le Seigneur! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux; parce que je pardonnerai leurs iniquités, et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. En disant: une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître. »

Il dit que ce ne sera plus l’ancienne alliance conclue au Sinaï, c’est-à-dire une loi donnée du dehors, qui gouverne l’homme par la contrainte, mais une loi écrite au-dedans, qui le presse par l’amour. « Je mettrai mes lois dans leur esprit, dit-il, je les écrirai dans leur cœur. » Cela ne peut signifier qu’une chose: que nous aimerons sa loi, car tout ce qui est écrit dans notre cœur, nous ne pouvons que l’aimer.

Mettre ses lois dans notre esprit revient à ce que Dieu opère en nous: « Car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » (Philippiens 2:13) Cela signifie que nous voudrons ce que Dieu veut. Nous obéirons à ses commandements, non par devoir, mais parce que nous voudrons faire ce qu’il veut. On ne saurait concevoir rien de plus efficace. Combien de fois avons-nous pensé: « Si je pouvais entrer à l’intérieur de mes enfants et leur faire vouloir ce que je veux, comme il serait facile de les diriger! » Nous avons appris, par l’expérience, qu’avec les gens au caractère difficile, il faut éviter de leur suggérer nos désirs. Nous devons plutôt les amener à suggérer eux-mêmes les leurs. Alors, nous ne rencontrerons aucune opposition. Nous, peuple au cou raide par nature, nous nous rebellons toujours contre une loi extérieure. Mais nous embrassons une loi qui jaillit au-dedans de nous.

Le plan de Dieu est de prendre possession de l’être intérieur de l’homme. Il veut diriger et gouverner sa volonté, et la faire agir pour lui. Alors, l’obéissance est facile et devient un délice. Le service devient la liberté parfaite. Le chrétien ne peut que s’écrier: « Ô heureux service! Qui eût rêvé que la terre connût pareille liberté? » Alors, cher chrétien, si vous êtes dans la servitude, il vous faut abandonner votre volonté à votre Seigneur. Qu’il en ait l’entière maîtrise. Dites: « Oui, Seigneur, OUI! » À tout. Comptez sur lui pour produire en vous le vouloir, pour mettre vos désirs et vos affections en harmonie avec sa volonté si aimable. J’ai vu cela se produire maintes et maintes fois, dans des cas où la chose semblait d’avance absolument impossible.

Dans un cas, une dame avait longtemps redouté et détesté une chose qu’elle savait juste. Je l’ai vue, désespérée et sans rien ressentir, livrer sa volonté à son Seigneur. Elle se mit à lui dire: « Que ta volonté soit faite; que ta volonté soit faite! » Et en une courte heure, cette chose même commença à lui paraître douce et précieuse. C’est merveilleux, les miracles que Dieu opère dans les volontés qui lui sont entièrement abandonnées. Il change les choses dures en choses faciles, et les choses amères en choses douces. Ce n’est pas qu’il mette des choses faciles à la place des choses dures, mais il change réellement la chose dure en chose facile. Et c’est cela, le salut. C’est magnifique. Essayez-le donc. Vous qui trouvez difficile la vie chrétienne de chaque jour, vous verrez que votre Maître changera votre servitude en la plus délicieuse liberté!

Ou bien, si vous aimez sa volonté en théorie, mais trouvez difficile de l’accomplir, il y a une délivrance dans la merveilleuse vie de foi. Car dans cette vie, on ne porte aucun fardeau et on ne connaît aucune inquiétude. Le Seigneur est celui qui porte nos fardeaux, et c’est sur lui que nous devons nous décharger de tous nos soucis. Il nous dit en substance: ne vous inquiétez de rien, faites-moi seulement connaître vos besoins, et je m’occuperai de tout. Ne vous inquiétez de rien, dit-il, pas même de votre service.

Et surtout, me semble-t-il, de notre service. Nous sommes ici totalement impuissants. Si bien que, même si nous nous inquiétions, cela n’y changerait rien. Qu’avons-nous à nous demander si nous sommes aptes ou non!

Le Maître a le droit d’employer n’importe quel outil pour son œuvre. Ce n’est pas à l’outil de décider s’il est celui qui convient. Le Maître le sait; et s’il choisit de se servir de nous, nous sommes forcément aptes. Et en vérité, si seulement nous le savions, notre principale aptitude réside dans notre totale impuissance. Sa puissance ne peut s’accomplir que dans notre faiblesse. Je puis vous en donner une illustration convaincante.

J’ai visité un jour un établissement pour personnes atteintes de déficience intellectuelle. J’ai regardé les enfants faire des exercices avec des haltères. Nous savons qu’il est difficile pour les personnes atteintes de déficience intellectuelle de maîtriser leurs mouvements.

Elles sont en général fortes, mais il leur manque l’adresse pour se servir de cette force. Elles ne peuvent donc pas faire grand-chose. Dans les exercices d’haltères, ce problème apparaissait très clairement. Les enfants faisaient toutes sortes de mouvements maladroits.

De temps en temps, ils bougeaient en mesure avec la musique et les consignes du maître, mais la plupart du temps, tout était désaccordé.

Je remarquai pourtant une petite fille qui faisait des mouvements parfaits. Pas un à-coup ni une rupture ne troublait l’harmonie de ses exercices. Et la raison n’en était pas qu’elle avait plus de force que les autres, mais qu’elle n’en avait aucune. Elle ne pouvait ni refermer les mains sur les haltères, ni lever les bras. Le maître devait se tenir derrière elle et tout faire. Elle lui livrait ses membres comme des instruments, et la force du maître s’accomplissait dans la faiblesse de l’enfant. Il savait comment faire ces exercices. C’est lui qui les avait conçus. Aussi, quand il les faisait, ils étaient bien faits. Elle ne faisait rien d’autre que s’abandonner entièrement entre ses mains, et il faisait tout.

S’abandonner était sa part; la responsabilité était tout entière celle du maître. Ce n’était pas l’adresse de l’enfant qui était requise pour produire des mouvements harmonieux, mais seulement celle du maître. La question n’était pas celle de sa capacité à elle, mais de la sienne à lui. Sa totale faiblesse était sa plus grande force. Si c’est là une image de notre vie chrétienne, il n’est pas étonnant que Paul ait pu dire: « Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. »

Qui ne se glorifierait d’être si faible et si impuissant que le Seigneur Jésus-Christ ne trouve aucun obstacle à l’action parfaite de sa grande puissance par nous et en nous?

Et puis, si l’œuvre est la sienne, la responsabilité est la sienne, et il ne nous reste aucune place pour nous en inquiéter.

Tout ce qui s’y rapporte lui est connu, et il peut tout diriger. Pourquoi donc ne pas tout lui laisser, et accepter d’être traité comme un enfant à qui l’on montre où aller? Les ouvriers les plus efficaces que je connaisse n’ont aucune inquiétude au sujet de leur œuvre. Ils la remettent à leur cher Maître. Ils lui demandent de les conduire et comptent sur lui, d’instant en instant, pour la sagesse et la force dont ils ont besoin.

On pourrait penser qu’ils sont trop insouciants, alors que tant de choses sont en jeu. Mais lorsque vous aurez appris le secret divin de la confiance, vous verrez la beauté et la puissance d’une vie abandonnée à son œuvre. Vous cesserez de condamner. Vous vous demanderez comment un ouvrier de Dieu peut oser porter des fardeaux ou des responsabilités que lui seul peut porter.

Il existe encore un ou deux autres liens du service dont cette vie de confiance nous délivre. Nous découvrons que nous ne sommes pas responsables de toute l’œuvre du monde. Les commandements cessent d’être généraux, et deviennent personnels et individuels.

Le Maître ne trace pas pour nous une ligne de conduite générale pour nous laisser ensuite nous en tirer de notre mieux, par notre propre sagesse et notre propre habileté. Il nous conduit pas à pas, nous donnant à chaque heure la direction particulière dont nous avons besoin pour cette heure-là.

Son Esprit béni en nous nous rappelle le commandement au moment où nous en avons besoin. Nous n’avons donc pas à nous préoccuper d’avance. Nous devons simplement faire chaque pas à mesure qu’il nous est révélé, en suivant notre Seigneur partout où il nous conduit. « L’Éternel affermit les pas de l’homme », non seulement sa voie, mais chacun des pas sur cette voie. Beaucoup de chrétiens commettent l’erreur de s’attendre à recevoir les commandements de Dieu tout d’un bloc, pour ainsi dire. Ils pensent que, parce qu’il leur dit de donner un traité à une personne dans un train, ils doivent toujours donner des traités à tout le monde. Ils se chargent d’un commandement impossible.

Un jour, une jeune chrétienne rencontra une âme au cours d’une promenade. Le Seigneur l’avait envoyée lui porter un message. Elle y vit l’ordre de parler à tous ceux qu’elle rencontrerait du salut de leur âme. C’était évidemment impossible, et par conséquent elle fut bientôt réduite à ce sujet à une servitude sans espoir. Elle était terrifiée à l’idée de sortir. Elle vivait dans une honte constante.

Enfin, elle confia sa détresse à un ami. Cet ami, un serviteur de Dieu, lui dit qu’elle se trompait. Le Seigneur a une œuvre particulière pour chaque ouvrier. Dans une maison bien tenue, chaque domestique ne doit pas chercher à faire le travail des autres. Il en va de même pour les serviteurs du Seigneur: ils ne sont pas tenus de tout faire. Il lui dit de chercher la direction du Seigneur pour son œuvre. Elle devait compter sur lui pour lui montrer à qui parler. Il lui assura que le Seigneur conduit lui-même ses propres brebis, qu’il marche devant elles et leur ouvre le chemin.

Elle suivit ce conseil. Elle remit son œuvre au Seigneur. Il en résulta un heureux chemin de direction quotidienne.

Elle fut conduite dans une œuvre abondamment bénie pour son Maître. Elle l’accomplit tout entière sans aucun souci, car il préparait le chemin devant elle. Se confier en Dieu, c’est comme relier les machines au moteur à vapeur. La puissance n’est pas dans les machines, mais dans la vapeur. Séparées du moteur, les machines sont inutiles. Mais si on les y relie, elles tourneront sans peine, car elles ont derrière elles une grande puissance. Ainsi, la vie chrétienne devient facile et naturelle. Elle déploie l’œuvre divine au-dedans.

La plupart des chrétiens sont tendus. Leur volonté se heurte à celle de Dieu. La liaison n’est pas parfaite. Il faut un effort pour faire tourner les machines. Mais quand la liaison est établie, la loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ peut agir en nous avec toute sa puissance. Nous sommes alors affranchis de la loi du péché et de la mort. Nous connaîtrons la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous mènerons une vie sans frottement.

Il est une autre forme de servitude dans le service, dont la vie de foi délivre l’âme. Il s’agit des retours sur soi qui suivent toujours toute œuvre chrétienne. Ces retours sur soi sont de deux sortes. Ou bien l’âme se félicite de son succès et s’en enorgueillit, ou bien elle s’afflige de son échec et se laisse abattre.

L’un ou l’autre ne manque jamais de venir. Des deux, c’est le premier que je redoute le plus, bien que le second cause sur le moment une plus grande souffrance. Mais dans la vie de confiance, ni l’un ni l’autre ne nous troublera. Nous nous sommes remis, nous et notre œuvre, au Seigneur. Nous serons satisfaits de la lui laisser et de ne plus penser du tout à nous-mêmes.

Il y a des années, j’ai trouvé cette phrase dans un vieux livre: « Ne vous livrez jamais, au terme d’une action, à aucun retour sur vous-même, que ce soit pour vous féliciter ou pour vous désespérer. Oubliez ce qui est en arrière dès l’instant où c’est passé. Laissez-le à Dieu. » Elle a été pour moi d’une valeur inexprimable. Quand vient la tentation, comme elle vient toujours, de m’abandonner à ces retours sur moi-même, je m’en détourne aussitôt. Je refuse de penser le moins du monde à mon travail. Je laisse au Seigneur le soin de tourner mes erreurs à bien et de le bénir comme il lui plaît.

En somme, pour un service heureux et efficace, confiez simplement votre œuvre au Seigneur et laissez-la-lui. Ne priez pas: « Seigneur, conduis-moi; donne-moi la sagesse; arrange les choses pour moi », pour ensuite vous relever et reprendre le fardeau. N’essayez pas de vous conduire et de tout arranger vous-même. Laissez-le au Seigneur, et souvenez-vous que ce que vous lui confiez, vous ne devez ni vous en tourmenter ni vous en inquiéter. La confiance et l’inquiétude ne peuvent aller ensemble.

Si votre œuvre est un fardeau, c’est que vous ne la lui confiez pas. Si vous la lui confiez, vous trouverez que le joug qu’il vous impose est doux, et que le fardeau qu’il vous donne est léger. Même au milieu d’une vie d’activité incessante, vous trouverez du repos pour votre âme.

Mais certains diront peut-être que cet enseignement ferait de nous de simples marionnettes. Je réponds: non, il ferait simplement de nous des serviteurs. Un serviteur n’a pas à faire de plans, à arranger, à décider, ni à fournir les matériaux. Il doit seulement obéir. C’est au Maître de faire tout le reste. Le serviteur n’est pas non plus responsable des résultats. Le Maître seul sait quels résultats il voulait voir produits, et c’est donc lui seul qui peut en juger. Un service intelligent doit, bien sûr, entrer dans les vues du Maître. Mais il ne peut y avoir de pleine compréhension.

Le Maître ne peut pas reporter sa responsabilité sur le serviteur. Avec notre vue si limitée et notre grande ignorance, nous ne pouvons guère qu’accepter la volonté de Dieu. Nous ne devons pas nous attendre à la comprendre entièrement. Nous devons lui laisser tous les résultats.

Ce qui, en surface, ressemble à un échec est souvent, du côté invisible, un grand succès. Si nous nous laissons aller à nous lamenter et à nous inquiéter, nous serons insensés. Nous devrions chanter et nous réjouir, et non pleurer. Il vaut bien mieux éviter tout retour sur soi. Nous ne devrions pas penser à nous-mêmes du tout, ni en bien ni en mal.

Nous ne sommes pas notre propre bien, ni notre propre affaire. Nous appartenons à Dieu. Nous sommes ses instruments et son affaire. Il s’occupe toujours de ses propres affaires. Il s’occupera donc, bien entendu, de nous.

J’ai entendu parler un jour d’un esclave à bord d’un navire, pendant une violente tempête. Alors que tous les autres avaient peur, il sifflait joyeusement. Finalement, quelqu’un lui demanda s’il n’avait pas peur de se noyer. Il sourit et dit: « Eh bien, peut-être que si.

« Mais je ne m’appartiens pas, et ce ne sera qu’une perte pour mon maître. » Cette attitude pourrait nous épargner bien des soucis dans notre œuvre. Imaginez ce que notre Maître pourrait faire avec une troupe de gens entièrement consacrés à le servir et à se confier en lui. Un seul d’entre eux en poursuivrait mille, et deux en mettraient dix mille en fuite. Rien ne leur serait impossible, car rien n’empêche l’Éternel de sauver au moyen d’un petit nombre comme d’un grand nombre.

Que Dieu suscite bientôt une telle armée! Et puissiez-vous, mon cher lecteur, vous enrôler aujourd’hui dans cette armée. Donnez-vous vous-même à Dieu, comme étant vivant de mort que vous étiez. Que chacun de vos membres soit pour lui un instrument de justice, dont il se serve comme il le veut.

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