Le Roseau froissé
Encouragement à avancer avec joie, dans l’assurance de vaincre

Chapitre 28 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

Encouragement à avancer avec joie, dans l’assurance de vaincre

POUR conclure, et pour appliquer à nous-mêmes, d’une manière générale, tout ce qui a été dit. Nous voyons l’état du peuple de Dieu : un état de combat, mais pourtant sûr et plein d’espérance. La victoire ne repose pas sur nous, mais sur le Christ, qui s’est chargé de vaincre pour nous comme de vaincre en nous. La victoire ne dépend ni de notre propre force pour l’obtenir, ni de nos ennemis pour la faire échouer. Si elle reposait sur nous, nous pourrions justement craindre. Mais le Christ maintiendra en nous son propre gouvernement, et prendra notre parti contre nos corruptions ; elles sont ses ennemies aussi bien que les nôtres. Fortifions-nous donc dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante (Éphésiens 6:10) ; ne regardons pas tant qui sont nos ennemis que qui est notre juge et notre capitaine ; ni ce dont ils nous menacent, mais ce qu’il nous promet ; nous avons plus de forces pour nous que contre nous. Quel lâche ne combattrait, quand il est sûr de la victoire ? Nul n’est vaincu ici, sinon celui qui ne veut pas combattre. C’est pourquoi, lorsque quelque basse défaillance s’empare de nous, rejetons-en la faute là où elle doit être rejetée.

Le découragement, né de l’incrédulité et du mauvais rapport que les espions firent sur le bon pays, poussa Dieu à jurer dans sa colère qu’ils n’entreraient pas dans son repos. Prenons garde qu’un esprit de lâcheté, né de difficultés apparentes et du discrédit jeté sur les bonnes voies de Dieu, ne provoque Dieu à nous fermer le ciel. Nous voyons ici ce que nous pouvons attendre du ciel. Ô bien-aimés, c’est une chose consolante que de concevoir le Christ tel qu’il est, de savoir quel amour, quelle miséricorde, quelle force nous sont réservés dans le sein du Christ. Une bonne opinion du médecin, dit-on, c’est la moitié de la guérison ; servons-nous chaque jour, dans nos combats de chaque jour, de sa miséricorde et de sa puissance. Seigneur Jésus, tu as promis de ne pas éteindre le lumignon qui fume, de ne pas briser le roseau froissé ; entretiens en moi ta propre grâce, ne m’abandonne pas à moi-même, la gloire sera tienne. Ne souffrons pas que Satan nous travestisse le Christ, pour nous le faire paraître autre qu’il n’est envers ceux qui sont à lui. Le Christ ne nous laissera pas qu’il ne nous ait rendus semblables à lui-même, tout glorieux au-dedans et au-dehors, et qu’il ne nous ait présentés irrépréhensibles devant son Père. Quelle consolation, dans nos combats contre nos cœurs indociles, de savoir qu’il n’en sera pas toujours ainsi ! Luttons encore un peu de temps, et nous serons heureux pour toujours. Pensons, quand nos péchés nous troublent, que le Christ a reçu de son Père cette charge : qu’il n’éteindra pas le lumignon qui fume jusqu’à ce qu’il ait tout soumis. Cela nous met en main un bouclier pour repousser tous les traits enflammés de Satan (Éphésiens 6:16). Il objectera : Tu es un grand pécheur ; nous pouvons répondre : Le Christ est un puissant Sauveur. Mais il objectera : Tu n’as point de foi, point d’amour. Si, une étincelle de foi et d’amour. Mais le Christ n’en fera pas cas. Si : il n’éteindra pas le lumignon qui fume. Mais cela est si petit et si faible que cela s’évanouira et se réduira à rien. Non, car le Christ l’entretiendra jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement. Et voici déjà de quoi nous consoler : dès que nous avons cru pour la première fois, nous avons vaincu Dieu lui-même, pour ainsi dire, en croyant au pardon de tous nos péchés, malgré la culpabilité de notre propre conscience et sa justice absolue. Or, ayant eu le dessus avec Dieu, qu’est-ce qui tiendra contre nous, si nous apprenons à faire usage de notre foi ?

Oh ! quelle confusion pour Satan de s’efforcer d’éteindre d’un souffle une pauvre étincelle et de ne pouvoir l’éteindre ; qu’un grain de sénevé soit plus fort que les portes de l’enfer ; qu’il soit capable de transporter des montagnes d’oppositions et de tentations dressées par Satan et par nos cœurs rebelles entre Dieu et nous ! Abimélec ne put supporter qu’on dît de lui : « C’est une femme qui l’a tué » (Juges 9:54) ; et ce doit être un tourment pour Satan qu’un faible enfant, une femme, un vieillard décrépit le mettent en fuite par un esprit de foi.

Puisqu’il y a une telle consolation là où se trouve un peu de grâce véritable, en ce qu’elle sera si victorieuse, examinons souvent ce que Dieu a opéré en nous ; sondons notre bien aussi bien que notre mal, et soyons reconnaissants envers Dieu pour la moindre mesure de grâce, plus que pour aucun bien extérieur ; elle nous sera d’un plus grand usage et d’une plus grande consolation que tout ce monde, qui passe et se réduit à rien. Oui, soyons reconnaissants pour cette victoire promise et assurée, sur laquelle nous pouvons compter sans présomption, comme le fait saint Paul : « grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire » en Jésus-Christ (1 Corinthiens 15:57). Voyez une flamme dans une étincelle, un arbre dans une semence ; voyez de grandes choses dans de petits commencements ; ne regardez pas tant au commencement qu’à l’achèvement, et ainsi nous serons, à quelque degré, joyeux en nous-mêmes et reconnaissants envers le Christ. Nous ne devons pas non plus conclure, de ce qu’une grande mesure de grâce nous manque, que nous n’en avons aucune ; car la foi et la grâce ne consistent pas en un point indivisible, de sorte que celui qui n’a pas telle ou telle mesure n’en ait point du tout ; mais, comme il y a une grande distance entre une étincelle et une flamme, il y a aussi une grande étendue entre la moindre mesure de grâce et la plus grande ; et celui qui a la moindre mesure est dans l’enceinte de la faveur éternelle de Dieu. S’il n’est pas une lumière brillante, il est pourtant un lumignon qui fume, que le tendre soin du Christ ne souffrira pas qu’on éteigne. Et que tout ce qui a été dit attire ceux qui ne sont pas encore en état de grâce à venir sous le gouvernement doux et victorieux du Christ ; car, bien que nous devions rencontrer beaucoup d’opposition, si nous luttons, il nous aidera ; si nous défaillons, il nous entretiendra ; si nous nous laissons conduire par lui, nous vaincrons ; si nous vainquons, nous sommes sûrs d’être couronnés. Et quant à l’état présent de l’Église, nous voyons combien il est désolé ; consolons-nous pourtant en pensant que la cause du Christ l’emportera. Le Christ régnera jusqu’à ce qu’il ait fait de ses ennemis son marchepied (Psaume 110:1), non seulement pour les fouler aux pieds, mais pour l’aider à monter plus haut dans la gloire. Babylone tombera, car il est puissant, le Seigneur Dieu qui l’a jugée (Apocalypse 18:8). Le jugement du Christ, non seulement dans ses enfants, mais aussi contre ses ennemis, sera victorieux, car il est Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Apocalypse 19:16). Dieu ne souffrira pas toujours que l’Antichrist et ses soutiens se déchaînent et fassent les fanfarons dans l’Église comme ils le font.

Si nous regardons l’état présent de l’Église du Christ, elle est comme Daniel au milieu des lions, comme un lis au milieu des épines, comme un navire non seulement ballotté, mais presque recouvert par les vagues. Elle est si abaissée que les ennemis pensent avoir enseveli le Christ, quant à son Évangile, dans le tombeau, et ils pensent l’y retenir pour l’empêcher de ressusciter ; mais le Christ, comme il est ressuscité en sa personne, roulera toutes les pierres et ressuscitera de nouveau dans son Église. Combien peu d’appui ont aujourd’hui l’Église et la cause du Christ ? Quelle puissante conspiration contre elle ? L’esprit de l’Antichrist s’élève maintenant et marche avec fureur ; les choses semblent ne tenir qu’à un fil mince et invisible. Mais notre consolation, c’est que le Christ vit, qu’il règne, et qu’il se tient sur la montagne de Sion pour la défense de ceux qui tiennent pour lui (Apocalypse 14:1) ; et quand les États et les royaumes se heurteront les uns contre les autres, le Christ prendra soin de ses enfants et de sa cause, puisqu’il n’y a rien d’autre au monde dont il fasse grand cas. En ce moment même se prépare la délivrance de son Église et la ruine de ses ennemis ; nous ne voyons pas les choses en mouvement avant que le Christ ait fait son œuvre, et alors nous verrons que l’Éternel règne.

Le Christ et son Église, quand ils sont au plus bas, sont tout près de se relever ; ses ennemis, à leur plus haut point, sont tout près de leur chute.

Les Juifs ne sont pas encore venus sous la bannière du Christ ; mais Dieu, qui a persuadé Japhet de venir dans les tentes de Sem, persuadera Sem de venir dans les tentes de Japhet (Genèse 9:27). La totalité des païens n’est pas encore entrée (Romains 11:25) ; mais le Christ, qui a reçu les extrémités de la terre pour possession (Psaume 2:8), rassemblera en une seule bergerie toutes les brebis que son Père lui a données, afin qu’il y ait un seul troupeau, un seul berger (Jean 10:16).

Les Juifs fidèles se réjouissaient à la pensée de la vocation des païens : et pourquoi ne nous réjouirions-nous pas à la pensée de la vocation des Juifs ?

La course de l’Évangile a été jusqu’ici comme celle du soleil, d’orient en occident ; et ainsi, au temps de Dieu, elle pourra s’avancer plus loin encore vers l’occident. Nulle créature ne peut empêcher la course du soleil, ni arrêter les influences du ciel, ni empêcher le vent de souffler ; encore moins empêcher la puissance victorieuse de la vérité divine, jusqu’à ce que le Christ ait tout réuni sous un seul chef ; et alors il présentera tout à son Père : Voici ceux que tu m’as donnés ; voici ceux qui m’ont pris pour leur Seigneur et leur Roi, qui ont souffert avec moi ; ma volonté est qu’ils soient là où je suis, et qu’ils règnent avec moi. Et alors il remettra le royaume à son Père, et abolira toute autre domination, toute autorité et toute puissance (1 Corinthiens 15:24).

Amenons donc nos cœurs à de saintes résolutions, et appliquons-nous à ce qui est bien, et contre ce qui est mal, en nous-mêmes ou chez les autres, selon nos vocations, avec cet encouragement que la grâce et la puissance du Christ nous accompagneront. Que serait devenue cette grande œuvre de la réformation de la religion, au renouveau printanier de l’Évangile, si les hommes n’avaient été armés d’un courage invincible pour franchir tous les obstacles, dans cette foi que la cause était celle du Christ et qu’il ne ferait pas défaut à sa propre cause ? Luther avoua ingénument qu’il conduisait souvent les affaires sans réflexion et avec un mélange de passion ; mais, sur son aveu, Dieu ne tira point avantage de ses erreurs ; la cause étant celle de Dieu, ses desseins étant saints, tendant à faire avancer la vérité, et lui-même étant un homme puissant dans la prière et fort dans la foi, Dieu alluma par lui ce feu que le monde entier ne pourra jamais éteindre. Selon notre foi, ainsi est notre encouragement à tous les devoirs ; fortifions donc la foi, afin qu’elle fortifie toutes les autres grâces. Cette croyance même, que la foi sera victorieuse, est un moyen de la rendre telle en effet. Croyez-le donc : bien qu’elle soit souvent comme le lumignon qui fume, elle l’emportera pourtant. Si elle l’emporte sur Dieu lui-même dans les épreuves, ne l’emportera-t-elle pas sur toute autre opposition ? Attendons encore un peu, et nous verrons la délivrance de l’Éternel (Exode 14:13). Que le Seigneur se révèle de plus en plus à nous sur la face de son Fils Jésus-Christ ; qu’il magnifie la puissance de sa grâce en entretenant ces commencements de grâce au milieu de nos corruptions ; qu’il sanctifie la considération de nos propres infirmités pour nous humilier, et celle de sa tendre miséricorde pour nous encourager ; et qu’il nous persuade que, puisqu’il nous a reçus dans l’alliance de grâce, il ne nous rejettera pas à cause de ces corruptions, qui, comme elles attristent son Esprit, nous rendent aussi vils à nos propres yeux. Et parce que Satan s’efforce d’obscurcir la gloire de sa miséricorde et d’entraver notre consolation par des découragements, que le Seigneur ajoute ceci à toutes ses autres miséricordes : que nous fassions un juste usage de cette grâce et ne perdions aucune part de la consolation qui nous est réservée dans le Christ. Et qu’il daigne faire que la puissance victorieuse de son Esprit en nous soit une preuve de la vérité de la grâce commencée, et un gage de la victoire finale, en ce temps où il sera tout en tous, en tous les siens, pour toute l’éternité. Amen.

Chapitre 28 terminé

Encouragement à avancer avec joie, dans l’assurance de vaincre

Page 1 / 1 · 11 min restantes dans le chapitre
Précédent