Le Roseau froissé
Là où sont la vraie sagesse et le vrai jugement, le Christ établit son gouvernement

Chapitre 21 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute

Là où sont la vraie sagesse et le vrai jugement, le Christ établit son gouvernement

LA deuxième branche est que, partout où se trouvent une vraie sagesse et un vrai jugement, le Christ y a établi son gouvernement ; car là où est la sagesse, elle nous dirige non seulement pour comprendre, mais pour bien ordonner nos voies. Là où le Christ, comme prophète, enseigne par son Esprit, il soumet aussi le cœur, comme roi, par son Esprit, à l’obéissance de ce qui est enseigné. C’est là cet enseignement que Dieu a promis, où l’on n’instruit pas seulement le cerveau, mais le cœur lui-même : quand les hommes ne savent pas seulement ce qu’ils doivent faire, mais qu’on leur apprend à le faire réellement ; on ne leur enseigne pas seulement qu’ils doivent aimer, craindre et obéir, on leur enseigne l’amour lui-même, la crainte et l’obéissance elles-mêmes. Le Christ dresse sa chaire dans le cœur même, il en change l’ordonnance, et il rend ses sujets bons en même temps qu’il leur enseigne à l’être. Les autres princes peuvent faire de bonnes lois, mais ils ne peuvent les écrire dans le cœur de leurs peuples (Jérémie 32). C’est là la prérogative du Christ : il répand en ses sujets son propre Esprit. Sur lui ne repose pas seulement l’Esprit de sagesse et d’intelligence, mais aussi l’Esprit de crainte de l’Éternel (Ésaïe 11:2). La connaissance que nous avons de lui, et qui vient de lui, est une connaissance qui transforme (2 Corinthiens 3:18). Le même Esprit qui éclaire l’intelligence inspire à la volonté et aux affections des inclinations de grâce, et répand la force dans l’homme tout entier. Comme l’homme de grâce juge comme il le doit, ainsi il aime et agit comme il juge ; sa vie est un commentaire de son homme intérieur ; il y a une douce harmonie entre la vérité de Dieu, son jugement et toute sa conduite. Le cœur d’un chrétien est comme Jérusalem en ses meilleurs jours, une ville dont les parties sont liées ensemble, où sont les trônes pour la justice (Psaume 122:5) : le jugement devrait avoir un trône dans le cœur de chaque chrétien. Non que le jugement seul suffise à opérer un changement ; il faut la grâce pour changer le penchant et l’inclination de la volonté, avant qu’elle consente à se laisser travailler par l’intelligence. Mais Dieu a tellement uni ces choses que, chaque fois qu’il éclaire l’intelligence pour le salut, il donne un cœur tendre et docile ; car, sans une œuvre de l’Esprit de Dieu sur le cœur, celui-ci suivra son propre penchant vers ce qu’il aime, quoi que le jugement puisse dire au contraire : il n’y a aucune proportion naturelle entre un cœur non sanctifié et un jugement sanctifié. Car le cœur qui n’a pas été changé ne permet pas au jugement de conclure froidement et posément ce qui est le meilleur : de même que le malade, tant que son accès de fièvre corrompt son goût, désire plutôt le satisfaire que d’écouter ce que dit le médecin. Le jugement n’a pas de pouvoir sur lui-même là où la volonté n’est pas soumise, car la volonté et les affections le corrompent pour qu’il rende la sentence en leur faveur, chaque fois que quelque profit ou quelque plaisir vient en concurrence avec ce que le jugement, en général seulement, tient pour bon ; c’est pourquoi il dépend le plus souvent du cœur de savoir ce que l’intelligence jugera et décidera dans les cas particuliers. Là où la grâce a soumis le cœur, les passions déréglées ne jettent pas devant l’intelligence un brouillard tel qu’elle ne voie, dans le cas particulier, ce qui est le meilleur ; et les vils égards nés de l’amour de soi ne changent pas la cause et ne font pas pencher le jugement dans le sens contraire ; mais ce qui est bon en soi sera bon pour nous, même s’il contrarie nos intérêts terrestres particuliers.

Bien comprendre ceci a une influence sur la pratique, et c’est ce qui m’a poussé à l’expliquer plus à fond. Cela nous enseignera la vraie méthode de la piété : commencer par le jugement, puis demander à Dieu, avec l’illumination, de saintes inclinations de notre volonté et de nos affections, afin qu’un gouvernement parfait soit établi dans nos cœurs, et que notre connaissance soit accompagnée de tout jugement (Philippiens 1:9), c’est-à-dire d’expérience et de sentiment. Quand le jugement du Christ est établi dans nos jugements, et que de là, par l’Esprit du Christ, il est porté jusque dans nos cœurs, alors il est à sa propre place, sur son trône ; et jusque-là, la vérité ne nous fait aucun bien, elle ne sert qu’à nous condamner. La vie d’un chrétien est une vie réglée, et la paix sera sur celui qui marche selon la règle de la nouvelle créature (Galates 6:16) ; celui qui méprise sa voie et aime vivre à sa guise, cherchant pour la chair toute liberté, celui-là, qui ne veille pas sur sa voie, mourra (Proverbes 19:16). Et saint Paul le confirme : Si nous vivons selon la chair, nous mourrons (Romains 8:13).

Nous apprenons aussi que les hommes dont la vie est mal gouvernée n’ont pas de vrai jugement : aucun méchant ne peut être un sage. Et que, sans l’Esprit du Christ, l’âme est dans la confusion, sans beauté ni forme, comme toutes choses l’étaient dans le chaos avant la création. L’âme entière est démise jusqu’à ce qu’elle soit remise en place par celui dont l’office est de rétablir toutes choses. La partie la plus basse de l’âme, qui devrait être soumise, gouverne tout, et tient sous elle le peu de vérité qui est dans l’intelligence, la retenant captive des basses affections ; et Satan, par la corruption, s’empare de toutes les places fortes de l’âme, jusqu’à ce que le Christ, plus fort que lui, survienne, le chasse, et prenne possession de toutes les facultés et de toutes les parties de l’âme et du corps, pour en faire des armes de justice à son service ; et alors, nouveaux seigneurs, nouvelles lois : le Christ, comme un nouveau conquérant, change les lois fondamentales du vieil Adam et établit un gouvernement qui lui est propre.

Chapitre 21 terminé

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