Chapitre 59 · 32 min de lecture · 42 min d’écoute
Le bon berger : sermon d’adieu
Jean 10:27–28 — « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. »
C’est un dicton commun, et, je le crois, mes chers auditeurs, généralement parlant, un dicton vrai, que les mauvaises mœurs engendrent les bonnes lois. Que cela se vérifie ou non en tout point dans les affaires de ce monde, je suis persuadé que l’observation est fort juste quant aux choses de l’autre : je veux dire que les mauvaises mœurs, les mauvais traitements, les mauvaises paroles ont été dirigés par la grâce souveraine de Dieu de manière à produire, et à occasionner, les meilleurs sermons qui soient jamais sortis de la bouche de l’Homme-Dieu, Jésus-Christ.
On aurait imaginé que, puisqu’il venait revêtu d’une efficace divine, puisqu’il venait muni de lettres de créance divines, puisqu’il parlait comme jamais homme n’a parlé, personne n’aurait pu résister à la sagesse avec laquelle il parlait ; on imaginerait qu’ils auraient dû être si frappés de la démonstration de l’Esprit que, d’un commun accord, tous auraient reconnu qu’il était « ce prophète qui devait être suscité semblable à Moïse ». Mais vous ne trouvez guère notre Seigneur prêchant un sermon sans que l’on chicanât sur quelque chose qu’il avait dit ; bien plus, leur inimitié rompait souvent toutes les bienséances. Aussi l’interrompaient-ils souvent pendant qu’il prêchait, ce qui montre l’inimitié de leur cœur bien avant que Dieu leur eût permis de répandre son sang innocent. Sans aller plus loin que ce chapitre, où il se présente comme un bon berger, qui donna sa vie pour ses brebis, nous voyons que le meilleur retour qu’il en reçut fut d’être regardé comme un possédé ou un insensé ; car il nous est dit qu’il y eut de nouveau division parmi les Juifs à cause de ces paroles, et que plusieurs d’entre eux disaient : « Il a un démon, il est fou; pourquoi l’écoutez-vous? » Si l’on a traité ainsi le maître de la maison, à quoi donc, je vous prie, les serviteurs doivent-ils s’attendre ? D’autres, un peu plus posés, disaient : « Ce ne sont pas les paroles d’un démoniaque » ; le diable n’a jamais eu coutume de prêcher ni d’agir de cette manière ; « Un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles? » Il avait donc quelques amis parmi cette populace. Cela ne découragea pas notre Seigneur ; il poursuit son œuvre ; et jamais, jamais nous ne poursuivrons l’œuvre de Dieu tant que nous ne serons pas disposés, comme notre Maître, à passer par la bonne et par la mauvaise réputation, et à faire voir au diable que nous ne sommes pas assez complaisants pour nous arrêter un seul instant parce qu’il aboie après nous sur notre chemin.
Il nous est dit que notre Seigneur était à Jérusalem à la fête de la Dédicace, et que c’était l’hiver ; la fête de la Dédicace durait, je crois, sept ou huit jours, en commémoration de la restauration du temple et de l’autel, après leur profanation par Antiochus. Or c’était là assurément une institution purement humaine, qui ne portait aucune empreinte divine, aucune inscription divine ; et pourtant je ne trouve pas que notre bienheureux Seigneur et Maître ait prêché contre elle ; je ne trouve pas qu’il y ait employé son temps ; son cœur était trop plein de choses supérieures ; et je crois que, lorsque nous serons, comme lui, remplis du Saint-Esprit, nous n’entretiendrons pas nos auditoires de disputes sur les rites et les cérémonies, mais nous traiterons des points essentiels de l’Évangile, et alors les rites et les cérémonies paraîtront avec plus d’indifférence. Notre Seigneur ne dit pas qu’il ne monterait pas à la fête, car, au contraire, il y alla, non pas tant pour célébrer la fête que pour avoir l’occasion de jeter le filet de l’Évangile ; et telle devrait être notre méthode : ne pas nous livrer aux disputes ; et c’est la gloire des méthodistes que, depuis quarante ans que nous existons, il n’ait pas été écrit, grâce à Dieu, un seul pamphlet par aucun de nos prédicateurs sur les points non essentiels de la religion.
Notre Seigneur tirait toujours le meilleur parti de chaque occasion ; et il nous est dit qu’« il se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon ». On aurait pensé que les scribes et les pharisiens l’auraient placé dans une de leurs stalles, et lui auraient fait l’honneur de le prier de prêcher : non, ils le laissèrent se promener sous le portique de Salomon. Quelques-uns pensent qu’il se promenait seul, personne ne voulant lui tenir compagnie. Il me semble le voir se promener en regardant le temple, et prévoir en lui-même combien il serait bientôt détruit ; il se promenait pensif, considérant les affreuses calamités qui viendraient sur le pays pour n’avoir pas connu le temps où il était visité ; et c’était pour faire voir au monde qu’il ne craignait pas de paraître en public : il se promenait, comme pour dire : Quelqu’un d’entre vous a-t-il quelque chose à me dire ? et il se mettait sur leur chemin afin que, s’ils avaient quelque question à lui poser, il fût prêt à la résoudre ; et pour leur montrer que, bien qu’ils l’eussent si mal traité, il était pourtant prêt à leur prêcher le salut.
Au verset 24, il nous est dit : « Les Juifs l’entourèrent, et lui dirent: Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? » Ils l’entourèrent lorsqu’ils le virent se promener sous le portique de Salomon ; à présent, disent-ils, nous le tenons, à présent nous allons l’attaquer. Et alors s’accomplit ce passage des Psaumes : « Ils m’environnaient comme des abeilles », pour me piquer, ou plutôt comme des guêpes. À présent, disent-ils, nous allons l’avoir au milieu de nous, et voir quelle sorte d’homme il est ; nous verrons si nous ne pouvons pas le vaincre ; ils viennent à lui, et ils disent : « Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? » Or cela paraît une question plausible : « Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? » Combien de temps, je vous prie, monsieur, avez-vous l’intention de nous tenir en suspens ? Quelques-uns pensent que les paroles peuvent souffrir cette interprétation : Combien de temps, je vous prie, monsieur, avez-vous l’intention de nous dérober ainsi nos cœurs ? Ils voulaient le représenter comme un intrigant qui, tel Absalom, cherchait à gagner le peuple à sa cause pour se poser ensuite en Messie ; c’est ainsi que les esprits charnels interprètent toujours les actions des hommes de bien. Mais le sens paraît être celui-ci : ils doutaient au sujet de Christ ; les chrétiens qui doutent peuvent penser que c’est la faute de Dieu s’ils doutent, mais, Dieu le sait, la faute est tout entière la leur. « Jusques à quand tiendras-tu notre esprit en suspens? » Je voudrais bien que vous parliez un peu plus clairement, monsieur, et que vous ne nous donniez plus de vos paraboles. Faites-nous donc savoir qui vous êtes, que nous l’apprenions de votre propre bouche ; « Si tu es le Christ, dis-le nous franchement » ; et je ne doute pas qu’ils ne prissent un air fort sanctifié et une mine fort réservée ; « Si tu es le Christ, dis-le nous franchement », dans l’intention de le prendre au piège : s’il ne dit pas qu’il est le Christ, nous dirons qu’il a honte de sa propre cause ; s’il nous dit franchement qu’il est le Christ, alors nous le dénoncerons au gouverneur, nous irons dire au gouverneur que cet homme se dit le Messie ; or nous ne connaissons point de Messie, sinon un Messie qui doit faire tomber César de son trône. — Le diable veut toujours faire croire que le peuple de Dieu, qui est le peuple le plus loyal du monde, est rebelle au gouvernement sous lequel il vit ; « Si tu es le Christ, dis-le nous franchement. » Notre Seigneur ne leur fait pas longtemps attendre la réponse ; l’honnêteté a vite fait de parler : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. » Si notre Seigneur avait dit : Je suis le Messie, ils se seraient saisis de lui ; il le savait, et c’est pourquoi il joignit « la prudence du serpent » à « la simplicité de la colombe » ; je m’en rapporte, dit-il, à mes œuvres et à ma doctrine, et si vous ne voulez pas en conclure que je suis le Messie, je n’ai pas d’autre argument. « Mais, ajoute-t-il, vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. » Il se plaint deux fois ; car leur incrédulité était pour Christ le plus grand chagrin de cœur : puis il poursuit par les paroles de notre texte : « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. » Mes brebis entendent ma voix ; vous pensez m’embarrasser, vous pensez me chagriner par cette sorte de conduite, mais vous vous trompez ; vous ne croyez pas en moi, parce que vous n’êtes pas de mes brebis. Le grand M. Stoddard, de la Nouvelle-Angleterre (et aucun lieu sous le ciel ne produit de plus grands théologiens que la Nouvelle-Angleterre), prêcha une fois sur ces paroles : « Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis » ; texte bien étrange pour convaincre une assemblée ! Pourtant Dieu le bénit tellement que deux ou trois cents âmes furent réveillées par ce sermon : Dieu veuille accorder un tel succès aux travaux de tous ses fidèles ministres.
« Mes brebis entendent ma voix, et elles me suivent. » Il est très remarquable qu’il n’y ait que deux sortes de gens mentionnées dans l’Écriture : elle ne parle pas des baptistes et des indépendants, ni des méthodistes et des presbytériens ; non, Jésus-Christ divise le monde entier en deux classes seulement, les brebis et les boucs : que le Seigneur nous donne de voir ce matin à laquelle de ces classes nous appartenons.
Mais il est à remarquer que les croyants sont toujours comparés à quelque chose de bon et d’utile, et que les incrédules sont toujours dépeints par quelque chose de mauvais, qui n’est bon à rien ou presque.
Si vous me demandez pourquoi le peuple de Christ est appelé brebis, je vous donnerai, selon que Dieu m’en rendra capable, une réponse courte, et j’espère qu’elle sera pour vous une réponse de paix. Les brebis, vous le savez, aiment généralement à être ensemble ; nous disons un troupeau de brebis, nous ne disons pas une harde de brebis ; les brebis sont de petites créatures, et le peuple de Christ peut être appelé brebis parce qu’il est petit aux yeux du monde, et plus petit encore à ses propres yeux. Oh ! pensent certaines gens, si les grands étaient de notre côté, si nous avions de notre côté le roi, les lords et les communes, je veux dire s’ils étaient tous de vrais croyants, oh ! si nous avions de notre côté tous les rois de la terre ! Supposez que vous les ayez : hélas ! hélas ! pensez-vous que l’Église en irait mieux ? Eh quoi, s’il était à la mode d’être méthodiste à la cour, s’il était à la mode d’être méthodiste dans le monde, on se promènerait avec une Bible ou un livre de cantiques au lieu d’un roman ; mais la religion ne prospère jamais sous un soleil trop ardent. « Il n’y a ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles qui soient appelés ; mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes. » Le docteur Watts dit : Ici et là je vois un roi, et ici et là un grand, dans le ciel, mais leur nombre n’est que petit.
Les brebis sont regardées comme les créatures les plus inoffensives et les plus paisibles que Dieu ait faites : oh ! que Dieu, dans sa miséricorde infinie, nous donne de connaître que nous sommes ses brebis, par cette bienheureuse disposition que le Saint-Esprit aura répandue dans nos cœurs. « Recevez mes instructions », dit notre bienheureux Seigneur ; pour faire quoi ? Pour faire des miracles ? Non ; « Recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur. » Un homme très pieux, encore vivant, a dit un jour : s’il est une disposition que je désire plus qu’une autre, c’est la grâce de la douceur, pour supporter tranquillement les mauvais traitements, oublier et pardonner ; et, dans le moment même où je sens qu’on me fait tort, ne pas me laisser vaincre par le mal, mais recevoir la grâce de surmonter le mal par le bien. À l’honneur de Moïse, il est déclaré qu’il était l’homme le plus doux de la terre. La douceur est nécessaire aux gens qui détiennent le pouvoir ; un homme emporté est dangereux. Tout gouverneur devrait avoir un tempérament ardent, mais un homme d’humeur implacable et rancunière n’est pas plus propre à gouverner que Phaéton à conduire le char du soleil ; il ne fait que mettre le monde en feu.
Vous savez tous que les brebis sont, de toutes les créatures du monde, les plus enclines à s’égarer et à se perdre ; le peuple de Christ peut à juste titre, à cet égard, être comparé à des brebis ; c’est pourquoi, dans l’introduction de notre office du matin, nous disons : « Nous nous sommes égarés et nous avons erré loin de tes voies comme des brebis perdues. » Lâchez un cheval ou un chien, et ils retrouveront le chemin de la maison ; mais une brebis erre çà et là ; elle bêle ici et là, comme pour dire : Cher étranger, montrez-moi de nouveau le chemin de la maison ; ainsi les brebis de Christ ne sont que trop enclines à s’écarter de la bergerie ; ayant détourné les yeux du grand Berger, elles vont dans ce champ-ci et dans ce champ-là, par-dessus cette haie-ci et cette haie-là, et souvent elles reviennent à la maison après avoir perdu leur laine.
Mais en même temps les brebis sont les créatures les plus utiles du monde ; elles fument la terre et la préparent ainsi pour la semence ; elles vêtent nos corps de leur laine, et il n’est pas la moindre partie d’une brebis qui ne soit utile à l’homme : ô mes frères, Dieu veuille que vous et moi répondions, à cet égard, au caractère des brebis. Le monde dit que, parce que nous prêchons la foi, nous nions les bonnes œuvres ; c’est l’objection habituelle contre la doctrine de la justice imputée, mais c’est une calomnie, une impudente calomnie. C’était une maxime au temps des premiers réformateurs que, bien que les arminiens prêchassent les bonnes œuvres, il fallait aller chez les calvinistes pour les trouver. Les brebis de Christ s’étudient à être utiles et à vêtir tous ceux qu’elles peuvent ; nous devrions travailler de nos mains, afin d’avoir de quoi donner à tous ceux qui sont dans le besoin.
Les croyants considèrent le droit que Christ a sur eux ; il dit : « mes brebis » : oh ! béni soit Dieu pour ce petit, ce cher, ce grand mot : Mes. Nous sommes son élection éternelle : « les brebis que tu m’as données », dit Christ. Elles ont été données par Dieu le Père à Jésus-Christ, dans l’alliance conclue entre le Père et le Fils de toute éternité. Ceux qui ne sont pas amenés à voir cela, je leur souhaite de meilleures têtes ; bien que, je le crois, nombre de ceux qui y sont opposés aient de meilleurs cœurs : que le Seigneur nous aide à nous supporter les uns les autres là où il y a un cœur honnête.
Il les appelle « mes brebis » ; elles sont à lui par achat. Ô pécheur, pécheur, vous êtes venu ce matin entendre une pauvre créature faire « ses derniers adieux » ; mais je veux que vous oubliiez la créature qui prêche, je veux vous conduire plus loin que le Tabernacle. Où voulez-vous nous conduire ? Eh bien, au mont Calvaire, pour y voir à quel prix de sang Christ a acquis ceux qu’il appelle siens ; il les a rachetés de son propre sang, de sorte qu’ils sont à lui non seulement par l’élection éternelle, mais aussi par une rédemption effective dans le temps ; et ils lui ont été donnés par le Père à condition qu’il les rachetât du sang de son cœur. C’était un dur marché, mais Christ voulut bien conclure le marché, afin que vous et moi ne fussions pas damnés pour toujours.
Elles sont à lui, parce qu’au jour de la puissance de Dieu elles sont rendues capables de se donner volontairement à lui ; Christ dit de ces brebis, en particulier, « qu’elles entendent sa voix, et qu’elles le suivent ». Veuillez bien remarquer cela ! Il y a ici une allusion à un berger ; or, en certains endroits de l’Écriture, le berger est représenté comme allant derrière ses brebis ; 2 Samuel 7:8, Psaume 78:71. C’est ainsi que l’on fait en Angleterre ; mais dans les nations de l’Orient, les bergers marchaient généralement devant ; ils levaient leur houlette, et ils avaient un cri particulier que les brebis comprenaient. Or, dit Christ, « Mes brebis entendent ma voix. » « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », dit Dieu, « écoutez-le! » Et encore : « Les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ils vivront » : or la question est de savoir ce que nous entendons par entendre la voix de Christ.
Premièrement, nous entendons la voix de Moïse, nous entendons la voix de la loi ; on ne va à la montagne de Sion que par le chemin du mont Sinaï ; c’est là la route droite et directe. Je sais que quelques-uns disent ne pas savoir quand ils ont été convertis ; ceux-là sont, je crois, fort peu nombreux : généralement, bien plus, je puis dire presque toujours, Dieu agit autrement. Quelques-uns, il est vrai, sont appelés plus tôt que d’autres par le Seigneur ; mais avant qu’il leur soit donné de voir la gloire de Dieu, il faut qu’ils entendent la voix de la loi ; de même, il faut que vous entendiez la voix de la loi avant d’être jamais appelés à Dieu pour le salut. On ne jette jamais son manteau pendant une tempête, au contraire, on le serre de plus près ; ainsi la loi fait qu’un homme serre de plus près ses corruptions (Romains 7:7, 8, 9) ; mais quand l’Évangile du Fils de Dieu brille dans vos âmes, alors elles rejettent les corruptions qu’elles avaient serrées si étroitement ; elles entendent sa voix qui dit : Mon fils, ma fille, prends courage, tes péchés, qui sont nombreux, te sont tous pardonnés. « Elles entendent sa voix » ; cela dénote la disposition habituelle de leur esprit : les méchants entendent la voix du diable, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ; et les brebis de Christ elles-mêmes y prêtaient l’oreille avant leur conversion ; mais quand ensuite elles sont appelées par Dieu, elles entendent la voix du sang d’un Rédempteur qui leur parle de paix, elles entendent la voix de sa parole et de son Esprit.
La conséquence de ce que nous entendons sa voix, et la preuve que nous l’entendons, sera — de le suivre. Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » Et il est dit des saints dans la gloire qu’« ils suivent l’agneau partout où il va ». Partout où le berger tourne sa houlette, dès que les brebis entendent sa voix, elles le suivent ; souvent elles se marchent les unes sur les autres et se blessent les unes les autres, tant elles sont pressées sur leur chemin vers le ciel. Suivre Christ, c’est le suivre tout au long de la vie, le suivre en toute parole et en tout geste, le suivre d’un climat dans un autre. « Ordonne que j’aille vers toi sur les eaux », dit Pierre : et s’il nous est commandé de passer les eaux pour Christ, que Dieu, dans sa miséricorde infinie, nous accompagne ! Il faut d’abord que nous soyons sûrs que le grand Berger tourne sa houlette de notre côté : mais c’est là le caractère d’un vrai serviteur de Christ, qu’il s’efforce de suivre Christ en pensée, en parole et en œuvre.
Maintenant, mes frères, avant d’aller plus loin, comme c’est la dernière occasion que j’aurai de vous parler d’ici quelques mois, si nous vivons ; quelques-uns d’entre vous, je suppose, n’ont pas coutume, en général, de se lever d’aussi bonne heure que vous l’avez fait ce matin ; j’espère donc que le monde n’est pas entré dans vos cœurs avant que vous ayez quitté vos lits ; maintenant que vous êtes ici, laissez-moi, je vous en conjure, vous engager à examiner si vous êtes ou non du nombre des brebis de Christ. Homme, femme, pécheur, mets la main sur ton cœur, et réponds-moi. As-tu jamais entendu la voix de Christ de manière à le suivre, à te donner à lui sans réserve ? Je crois vraiment du fond de mon âme (et c’est ma consolation, maintenant que je suis sur le point de prendre congé de vous) que je prêche à une grande assemblée, à une multitude d’âmes chères et précieuses qui, s’il vous était permis de parler, diraient : Grâces soient rendues à Dieu de ce que nous pouvons suivre Jésus en qualité de brebis, bien que nous ayons honte de penser combien de fois nous nous égarons loin de lui, et combien peu de fruit nous lui rapportons ; si tel est le langage de vos cœurs, je m’en réjouis avec vous ; sois le bienvenu, le bienvenu, chère âme, auprès de Christ. Oh ! béni soit Dieu pour sa riche grâce, pour son amour qui fait distinction, son amour souverain, électif, par lequel il vous a distingués, vous et moi. Et s’il lui a plu de vous faire entendre sa voix par le ministère d’un pauvre misérable pécheur, d’un pauvre mais heureux pèlerin, que le Seigneur Jésus-Christ en ait toute la gloire.
Si vous appartenez à Jésus-Christ, c’est de vous qu’il parle ; car, dit-il, « je connais mes brebis ». « Je les connais » ; qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, il connaît leur nombre, il connaît leurs noms, il connaît chacun de ceux pour qui il est mort ; et s’il devait en manquer un seul pour qui Christ est mort, Dieu le Père le renverrait du ciel pour aller le chercher. « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés », dit-il. Christ connaît ses brebis ; non seulement il connaît leur nombre, mais ces paroles expriment la connaissance particulière qu’il a d’elles et l’attention qu’il leur porte ; il prend autant de soin de chacune d’elles que s’il n’y avait que cette seule brebis au monde. À l’hypocrite il dit : « En vérité, je ne vous connais pas » ; mais il connaît ses saints, il connaît toutes leurs douleurs, leurs épreuves et leurs tentations. Il recueille toutes leurs larmes dans son outre, il connaît leurs épreuves domestiques, il connaît leurs corruptions intérieures, il connaît tous leurs égarements, et il a soin de les ramener. Je me souviens d’avoir entendu le bon docteur Marryat, qui prêchait dans la langue du marché, dire un jour à Pinner’s hall (j’espère que cette chaire sera toujours occupée par de tels prédicateurs) : « Dieu a un grand chien pour ramener ses brebis », disait-il. Ne savez-vous pas que, lorsque les brebis s’égarent, le berger envoie son chien après elles pour les ramener ? De même, quand les brebis de Christ s’égarent, il laisse le diable courir après elles et lui permet d’aboyer contre elles ; et celui-ci, au lieu de les chasser plus loin, devient un moyen de les ramener à la bergerie de Christ.
Il y a une précieuse parole que je voudrais vous faire remarquer : « Je les connais » ; elle peut vous consoler dans toutes vos épreuves. Nous pensons parfois que Christ n’entend pas nos prières, qu’il ne nous connaît pas ; nous sommes prêts à soupçonner qu’il a oublié d’avoir compassion ; mais quelle miséricorde qu’il nous connaisse ! Nous nous accusons les uns les autres, nous devenons des démons les uns pour les autres, nous sommes des accusateurs des frères ; et qu’est-ce qui soutiendra deux enfants de Dieu jugés l’un par l’autre, sinon ceci : Seigneur, tu connais mon intégrité, tu sais ce qu’il en est de moi ?
Mais, mes frères, voici quelque chose de meilleur, voici une bonne nouvelle pour vous ; qu’est-ce donc ? dites-vous. Eh bien : « Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. » Oh ! que ces paroles viennent à vos cœurs avec autant de chaleur et de puissance qu’elles vinrent au mien il y a trente-cinq ans ! Je n’ai jamais prié contre aucune corruption de ma vie autant que je priai pour ne pas entrer dans les ordres sacrés aussi tôt que mes amis le voulaient ; et l’évêque Benson voulut bien m’honorer d’une amitié particulière, jusqu’à m’offrir de l’avancement ou à faire pour moi tout ce que je voudrais. Mes amis voulaient que je monte de bonne heure dans l’Église, ils voulaient que j’aille me cogner la tête contre la chaire trop jeune ; comment certains jeunes gens se lèvent ici et là pour prêcher, je ne sais ce qu’il en est pour eux ; mais Dieu sait quel profond souci ce fut pour moi d’entrer dans le ministère et de prêcher ; j’ai prié mille fois, jusqu’à ce que la sueur tombât de mon visage comme la pluie, pour que Dieu, dans sa miséricorde infinie, ne me laissât pas entrer dans l’Église avant qu’il m’eût appelé à son œuvre et m’y eût poussé. Je me souviens qu’une fois, à Gloucester (je connais la chambre, je lève les yeux vers la fenêtre quand j’y suis et que je passe dans la rue ; je connais la fenêtre, le chevet du lit et le plancher sur lequel je me suis prosterné), je dis : Seigneur, je ne puis y aller, je serai enflé d’orgueil et je tomberai sous le jugement du diable ; Seigneur, ne me laisse pas encore y aller ; je demandais avec instance de rester encore deux ou trois ans à Oxford ; je me proposais de composer cent cinquante sermons, et je pensais m’établir avec un bon fonds de commerce ; mais je me souviens que je priais, que je luttais et que je combattais avec Dieu ; je disais : Je suis perdu, je suis incapable de prêcher en ton grand nom ; ne m’envoie pas, je t’en prie, Seigneur, ne m’envoie pas encore. J’écrivis à tous mes amis, à la ville et à la campagne, de prier contre les sollicitations de l’évêque ; mais ils insistèrent pour que j’entre dans les ordres avant d’avoir vingt-deux ans. Après toutes ces sollicitations, ces paroles me vinrent à l’esprit : « Mes brebis entendent ma voix, et personne ne les ravira de ma main. » Oh ! que ces paroles vous soient en bénédiction, mes chers amis dont je me sépare, comme elles le furent pour moi lorsqu’elles vinrent toutes chaudes sur mon cœur ; alors, et seulement alors, je dis : Seigneur, j’irai, envoie-moi quand tu voudras. Je me souviens que, lorsque j’étais en un lieu appelé Dover-Island, près de la Géorgie, où nous avions relâché par des vents contraires, j’avais cent cinquante personnes de ma maison à entretenir, et pas un seul liard pour le faire, dans la partie la plus chère des possessions du roi ; je me souviens que je dis à un ministre de Christ, maintenant au ciel : J’ai reçu une fois ces paroles, monsieur : « Rien ne vous ravira de ma main. » « Oh ! dit-il, prenez-en courage ; vous pouvez être sûr que Dieu tiendra parole, quand même il ne vous le dirait plus jamais. » Et notre Seigneur savait que ses pauvres brebis douteraient toujours de jamais parvenir au ciel ; c’est pourquoi il dit : « Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais. »
Il y a dans notre texte trois déclarations, ou promesses, bénies :
Premièrement. Je les connais.
Secondement. Elles ne périront jamais ; bien qu’elles pensent souvent qu’elles périront par la main de leurs convoitises et de leurs corruptions ; elles pensent qu’elles périront par la tromperie de leur cœur ; mais Christ dit : « Elles ne périront jamais. » Je les ai tirées du monde pour les amener à moi, et pensez-vous qu’après cela je les laisserai aller en enfer ? « Je leur donne la vie éternelle » ; remarquez bien cela : non pas je donnerai, mais je donne. Quelques-uns parlent d’être justifiés au jour du jugement ; c’est une absurdité ; si nous ne sommes pas justifiés ici-bas, nous ne serons pas justifiés là-haut. Il leur donne la vie éternelle, c’est-à-dire les arrhes, le gage et l’assurance de cette vie. L’Esprit de Dieu qui habite en nous ici-bas est les arrhes de la gloire à venir.
Troisièmement. Et personne ne les ravira de ma main. Il les tient dans sa main, c’est-à-dire qu’il les tient par sa puissance ; personne ne les en arrachera. Il y a toujours quelque chose qui tire sur les brebis de Christ ; le diable, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, tous essaient de les arracher de la main de Christ. Ô mes frères, ils n’auraient pas besoin de nous arracher, et pourtant nous aidons ces trois-là à nous arracher nous-mêmes de la main de Jésus ; mais « personne ne les ravira de ma main », dit Christ. « Je leur donne la vie éternelle. Je vais au ciel leur préparer une place, et c’est là qu’elles seront. » Ô mes frères, si ce n’était la crainte de vous retenir trop longtemps et d’épuiser trop mes propres forces, je pourrais vous inviter à bondir de joie ; il n’y a pas de texte plus béni pour soutenir la persévérance finale des saints ; et je m’étonne que de pauvres âmes, et de braves gens aussi, je l’espère, puissent combattre la doctrine de la persévérance des saints. Et si quelqu’un dit qu’on pourra donc persévérer dans la méchanceté ? Ah ! c’est là un abus de la doctrine ; eh quoi, parce que certaines gens gâtent la bonne nourriture, ne devons-nous jamais en manger ? Mais, mes frères, sur ce texte je puis laisser mes soucis, et tous mes amis, et toutes les brebis de Christ, à la protection de l’amour indéfectible de Jésus-Christ.
J’ai pensé ce matin, en venant ici depuis l’autre bout de la ville, que c’était pour moi comme si je venais être exécuté publiquement ; et quand la voiture a tourné juste au bout de l’allée et que je vous ai vus courir ici, oh ! me suis-je dit, c’est comme quelqu’un qui arrive justement au lieu où il doit être exécuté. Quand je suis monté mettre ma robe, j’ai pensé que c’était tout à fait comme si je m’habillais pour être donné en spectacle public et verser mon sang pour Christ. Je prends à témoin le ciel et la terre tout entiers, je prends à témoin Dieu et les saints anges que, bien qu’on m’eût offert assez d’avancement, bien que l’évêque m’eût pris dans ses bras, m’eût offert deux paroisses avant que j’eusse vingt-deux ans, et m’eût toujours reçu à sa table ; bien qu’on m’eût offert assez d’avancement quand je fus ordonné, toi, ô Dieu, tu sais que, lorsque l’évêque posa la main sur ma tête, je n’attendais d’autre avancement que de souffrir publiquement pour l’Agneau de Dieu : c’est dans cet esprit que je suis sorti, c’est dans cet esprit que je suis venu dans cette métropole. Je pensais, en lisant que Jacob passa le torrent avec un bâton, que je ne pouvais pas dire que j’avais même un bâton ; mais je suis venu sans un ami, je suis allé à Oxford sans un ami, je n’avais pas de serviteur, je n’avais pas une seule personne pour m’introduire ; mais Dieu, par son Saint-Esprit, voulut bien me susciter pour prêcher à cause de son grand nom : par son divin Esprit je subsiste jusqu’à ce jour, et je sens que mes affections sont aussi fortes que jamais envers l’œuvre et le peuple du Dieu vivant. Les assemblées des deux bouts de la ville me sont chères : Dieu m’a fait l’honneur de bâtir cette maison-ci et l’autre ; et, béni soit son nom, quand il m’appela d’abord en Géorgie et que je laissai toutes les affaires de Londres aux soins de Dieu, alors que la plupart des églises de Londres m’étaient ouvertes et que j’avais douze ou quatorze constables pour garder les portes, afin que la foule ne se pressât pas trop, on me fit alors des offres de plusieurs centaines pour me fixer à Londres, et pourtant j’abandonnai tout pour me faire pèlerin pour Dieu, pour aller sous un climat étranger ; et j’espère que c’est avec la même intention simple que je pars maintenant —
Il faut maintenant que j’en vienne au rôle le plus difficile que j’aie à remplir ; je craignais, en sortant de chez moi, de ne pouvoir supporter le choc ; mais j’espère que le Seigneur Jésus-Christ m’aidera à le supporter, et qu’il vous aidera à me remettre au Dieu béni, pour qu’il fasse de moi ce qu’il voudra. C’est la treizième fois que je traverse les grandes eaux ; c’est un peu difficile à mon âge ; et bien que mes forces se soient quelque peu rétablies, la faiblesse est encore le meilleur de ma force : mais je vois aussi clair que le jour dans mon appel, et Dieu me remplit d’une paix ineffable, à laquelle un étranger ne saurait prendre part : entre ses mains je remets mon esprit ; et je demande que ceci soit le langage de vos cœurs : Seigneur, garde-le, que rien ne l’arrache de tes mains. Je m’attends à bien des épreuves pendant que je serai à bord ; Satan m’y rencontre toujours ; mais ce Dieu qui m’a gardé me gardera, je le crois. Je rends grâces à Dieu de ce que j’ai l’honneur de tout laisser en bon ordre et en paix aux deux bouts de la ville ; et, mes chers auditeurs, ma prière à Dieu sera que rien ne vous arrache des mains de Christ. Soyez témoins contre moi si jamais je me forme un parti à moi. Un ministre a-t-il jamais dit, ou un ministre au monde pourrait-il dire, que j’aie jamais parlé contre qui que ce soit qui allait entendre quelque cher ministre ? Je rends grâces à Dieu de ce qu’il m’a rendu capable de toujours fortifier les mains de tous, bien que quelques-uns aient eu honte ensuite de me reconnaître. Je vous déclare que je crois que Dieu sera avec moi et me fortifiera ; et je crois que c’est en réponse à vos prières que Dieu veut bien ranimer mes forces : que le Seigneur vous aide à continuer de prier. Si je suis englouti par les flots, je dirai, pendant que je me noierai : Seigneur, prends soin de mon Londres, prends soin de mes amis anglais, que rien ne les arrache de tes mains.
Et comme Christ nous a donné la vie éternelle, ô mes frères, quelques-uns d’entre vous, je n’en doute pas, seront allés à lui avant mon retour ; mais, mes chers frères, mes chers auditeurs, ne vous en mettez point en peine ; nous allons nous séparer, mais ce sera pour nous retrouver pour toujours. Je n’ose pas vous rencontrer maintenant, je ne puis supporter que vous veniez à moi pour vous séparer de moi ; cela me perce le cœur et m’accable entièrement ; mais bientôt toutes les séparations seront finies, et toutes les larmes seront essuyées de nos yeux. Dieu veuille qu’aucun de ceux qui pleurent maintenant de mon départ ne pleure lors de notre rencontre au jour du jugement ; et si vous n’avez jamais été jusqu’ici du nombre des brebis de Christ, que Jésus-Christ vous y amène maintenant. Oh ! venez, venez, voyez ce que c’est que d’avoir la vie éternelle ; ne la refusez pas ; hâte-toi, pécheur, hâte-toi de venir : que le grand, le bon Berger attire vos âmes. Oh ! si vous n’avez jamais entendu sa voix auparavant, Dieu veuille que vous l’entendiez maintenant ; afin que j’aie, quand je serai parti, la consolation que j’eus la dernière fois que je vous quittai : que quelques âmes furent réveillées par le sermon d’adieu. Oh ! que ce soit pour vous un sermon d’adieu ; que ce soit pour vous un moyen de dire adieu au monde, à la convoitise de la chair, à la convoitise des yeux et à l’orgueil de la vie. Oh ! venez ! Venez ! Venez ! Au Seigneur Jésus-Christ ; c’est à lui que je vous laisse.
Et vous, chères brebis, qui êtes déjà entre ses mains, oh ! que Dieu vous garde de vous égarer ; que Dieu vous garde près des pieds de Christ ; peu m’importe quels bergers vous gardent, pourvu que vous soyez gardées près du grand Berger et gardien des âmes. Que le Seigneur Dieu vous garde, qu’il fasse lever sur vous la lumière de sa face, et qu’il vous donne la paix. Amen.
Chapitre 59 terminé
Le bon berger : sermon d’adieu