Sermons choisis de George Whitefield
La postérité de la femme et la postérité du serpent

Chapitre 1 · 40 min de lecture · 51 min d’écoute

La postérité de la femme et la postérité du serpent

Genèse 3:15 — « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »

En vous lisant ces paroles, je puis m’adresser à vous dans le langage des saints anges aux bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit : « Voici, je vous annonce une bonne nouvelle, le sujet d’une grande joie. » Car c’est ici la première promesse d’un Sauveur qui fut faite à la race apostate d’Adam. Nous ne cherchons d’ordinaire Christ que dans le Nouveau Testament ; mais le christianisme, en un sens, est presque aussi ancien que la création. Il est merveilleux d’observer avec quelle gradation Dieu révéla son Fils au genre humain. Il commença par la promesse de notre texte, et c’est d’elle que vécurent les élus jusqu’au temps d’Abraham. À celui-ci, Dieu fit de nouvelles découvertes de son conseil éternel touchant la rédemption de l’homme. Ensuite, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, Dieu parla aux pères par les prophètes, jusqu’à ce qu’enfin le Seigneur Jésus lui-même fût manifesté en chair, et vînt dresser sa tente parmi nous.

Cette première promesse dut assurément n’être qu’obscure pour nos premiers parents, en comparaison de la grande lumière dont nous jouissons : et pourtant, toute obscure qu’elle était, nous pouvons être assurés qu’ils bâtirent sur elle leurs espérances de salut éternel, et que par cette foi ils furent sauvés.

Comment ils en vinrent à avoir besoin de cette promesse, et quelles en sont l’étendue et la signification, voilà ce que je me propose, Dieu voulant, de donner pour sujet à votre méditation présente.

La chute de l’homme est écrite en caractères trop lisibles pour n’être pas comprise : ceux qui la nient, en la niant, la prouvent. Les païens eux-mêmes l’ont confessée et déplorée : ils voyaient les ruisseaux de la corruption couler à travers toute la race humaine, mais ils ne pouvaient les suivre jusqu’à leur source. Avant que Dieu eût donné la révélation de son Fils, l’homme était une énigme pour lui-même. Et Moïse, en ce seul chapitre (d’où notre texte est tiré), en découvre plus que tout le genre humain n’eût été capable d’en trouver par lui-même, eût-il étudié pendant toute l’éternité.

Dans le chapitre précédent, il nous avait fait un récit complet de la manière dont Dieu appela le monde à l’existence par sa parole ; et surtout de la manière dont il forma l’homme de la poussière de la terre, et souffla dans ses narines un souffle de vie, en sorte que l’homme devint une âme vivante. Un conseil de la Trinité fut tenu au sujet de la formation de cette aimable créature. Le résultat de ce conseil fut : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. » Moïse répète ces paroles d’une manière remarquable, afin que nous prenions particulièrement garde à notre divine Origine. Jamais on n’exprima tant de choses en si peu de mots : nul autre qu’un homme inspiré n’aurait pu le faire. Mais il est remarquable que, bien que Moïse mentionne notre création à l’image de Dieu, il ne la mentionne que deux fois, et cela en passant ; comme s’il avait voulu dire : « L’homme fut créé dans l’honneur, Dieu le fit droit, “à l’image de Dieu… il créa l’homme et la femme.” Mais l’homme tomba si tôt, et devint si semblable aux bêtes qui périssent, et même au diable lui-même, que cela vaut à peine d’être mentionné. »

Combien de temps après sa création l’homme tomba, cela ne nous est pas dit ; c’est pourquoi fixer un moment quelconque, c’est vouloir être sage au-delà de ce qui est écrit. Et je pense que ceux qui supposent que l’homme tomba le jour même où il fut créé n’ont pas de fondement suffisant pour leur opinion. Les nombreuses choses qui sont rassemblées dans le chapitre précédent, telles que la formation de la femme d’Adam, les noms qu’il donna aux bêtes, et son établissement dans le jardin que Dieu avait planté, demandent, je pense, plus d’un jour pour s’accomplir. Quoi qu’il en soit, tous s’accordent en ceci : « l’homme ne demeura pas longtemps debout ». Combien de temps, long ou court, je ne prendrai pas sur moi de le déterminer. Il nous importe davantage de rechercher comment il en vint à déchoir de sa fermeté, et quelles furent l’origine et la marche de la tentation qui prévalut sur lui. Le récit que ce chapitre nous en donne est très complet ; et il pourra nous être fort utile, sous la bénédiction de Dieu, d’y faire quelques remarques.

« Le serpent (dit l’historien sacré) était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? »

Bien que ce fût un serpent réel, celui qui parlait n’était pourtant autre que le diable ; d’où il est peut-être appelé le serpent ancien, parce qu’il prit possession du serpent lorsqu’il vint séduire nos premiers parents. Le diable porta envie au bonheur de l’homme, lequel avait été créé, selon quelques-uns, pour remplir la place des anges déchus. Dieu fit l’homme droit, et avec un plein pouvoir de demeurer debout s’il le voulait : il fut donc juste en permettant qu’il fût tenté. S’il tombait, il n’avait personne à blâmer que lui-même. Mais comment Satan doit-il amener sa chute ? Il ne le peut par sa puissance ; il l’entreprend donc par la ruse : il prend possession d’un serpent, qui était plus rusé que tous les animaux des champs que l’Éternel Dieu avait faits ; de sorte que les hommes pleins de subtilité, mais dépourvus de piété, ne sont que des machines sur lesquelles le diable opère, tout comme il lui plaît.

« Il dit à la femme. » Voici un exemple de sa ruse. Il parle à la femme, au vase le plus faible, et alors qu’elle était seule, loin de son mari, et par conséquent plus exposée à être vaincue : « Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » Ces paroles sont certainement prononcées en réponse à quelque chose que le diable avait vu ou entendu. Selon toute probabilité, la femme se trouvait alors près de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (car nous la trouverons tout à l’heure en train d’en cueillir une pomme) ; peut-être le regardait-elle, se demandant ce qu’il y avait dans cet arbre de plus que dans les autres, pour qu’il leur fût défendu, à elle et à son mari, d’en prendre. Satan, voyant cela, et désirant l’attirer dans un entretien avec lui (car si le diable peut nous persuader de ne pas résister, mais de converser avec lui, il a gagné un grand point), lui dit : « Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » La première chose qu’il fait est de la persuader, s’il est possible, de nourrir de dures pensées à l’égard de Dieu ; c’est là sa manière ordinaire d’agir envers les enfants de Dieu : « Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? Quoi ! Dieu a-t-il planté un jardin et vous a-t-il placés au milieu, seulement pour vous tourmenter et vous mettre dans l’embarras ? A-t-il planté un jardin, et vous a-t-il pourtant défendu de faire le moindre usage de ses fruits ? » Il lui était impossible de poser une question plus captieuse pour arriver à ses fins : car Ève était ici, en apparence, obligée de répondre et de défendre la bonté de Dieu. C’est pourquoi —

Versets 2 et 3. La femme répondit au serpent : « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. »

La première partie de la réponse était bonne : « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin ; Dieu ne nous a pas défendu de manger de tous les arbres du jardin. Non ; nous mangeons du fruit des arbres du jardin (et, semble-t-il, même de l’arbre de vie, qui était comme un sacrement pour l’homme dans l’état d’innocence) ; il n’y a qu’un seul arbre au milieu du jardin, dont Dieu a dit: Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. » Ici elle commence à fléchir, et le péché commence à concevoir dans son cœur. Déjà elle a contracté quelque chose du venin du serpent en s’entretenant avec lui, ce qu’elle n’aurait pas dû faire du tout. Car elle pouvait aisément supposer que ce ne pouvait être un être bon qui lui posait une telle question et lui insinuait des pensées si déshonorantes pour Dieu. Elle aurait donc dû le fuir, et ne pas s’arrêter du tout à parlementer avec lui. Aussitôt les mauvais effets en paraissent : elle commence à adoucir la menace divine. Dieu avait dit : « le jour où tu en mangeras, tu mourras » ; ou : tu mourras de mort. Mais Ève dit : « Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. » Nous pouvons être assurés que nous sommes tombés dans la tentation, et que nous commençons à y succomber, quand nous commençons à penser que Dieu ne tiendra pas parole quant à l’exécution des menaces qu’il a prononcées contre le péché. Satan le savait, et c’est pourquoi, avec artifice, il

« dit à la femme (v. 4) : Vous ne mourrez point », d’une manière insinuante : « Vous ne mourrez point. Assurément, Dieu ne sera pas si cruel que de vous damner pour avoir seulement mangé une pomme ; cela ne se peut. » Hélas ! Combien Satan en emmène-t-il captifs à son gré, en les flattant qu’ils ne mourront point ; que les tourments de l’enfer ne seront pas éternels ; que Dieu n’est que miséricorde ; qu’il ne punira donc pas quelques années de péché par une éternité de misère ! Mais Ève trouva que Dieu tenait parole ; et ainsi le trouveront tous ceux qui persévèrent dans le péché, avec la fausse espérance qu’ils ne mourront point.

Nous pouvons aussi entendre ces paroles comme une affirmation, et cela s’accorde avec ce qui suit : Vous ne mourrez point ; « Tout cela n’est qu’illusion, un pur épouvantail, pour vous tenir dans une sujétion servile. »

Car (v. 5) « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

Quel enfant de Dieu peut s’attendre à échapper à la calomnie, quand Dieu lui-même fut ainsi calomnié jusque dans le paradis ? Assurément, l’intelligence d’Ève devait être en quelque mesure aveuglée, sans quoi elle n’eût pas souffert que le tentateur dît des choses si perverses. Sous quelles odieuses couleurs Dieu est ici représenté ! « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vous serez comme des dieux » (égaux à Dieu). De sorte que la grande tentation était qu’ils ne seraient désormais soumis à aucun contrôle, égaux, sinon supérieurs, au Dieu qui les avait faits, connaissant le bien et le mal. Ève ne pouvait dire ce que Satan entendait par là ; mais, à coup sûr, elle le comprit de quelque grand privilège dont ils devaient jouir. Et c’est ainsi que Satan montre maintenant aux pécheurs une voie qui leur paraît droite, mais ne leur dit pas que l’issue de cette voie, c’est la mort.

Pour donner force et vigueur à cette tentation, selon toute probabilité, Satan, ou le serpent, cueillit à ce moment une pomme de l’arbre et la mangea devant Ève ; par où Ève put être amenée à penser que la sagacité et la faculté de parler que le serpent possédait au-dessus des autres bêtes devaient être dues, en grande partie, à ce qu’il mangeait de ce fruit ; et que, par conséquent, s’il en avait tiré un si grand avantage, elle pouvait aussi en attendre un semblable profit. Tout cela, je pense, est clair ; car autrement je ne vois pas avec quelle justesse il pourrait être dit : « La femme vit que l’arbre était bon à manger. » Comment pouvait-elle savoir qu’il était bon à manger, si elle n’avait pas vu le serpent s’en nourrir ?

Satan commence maintenant à gagner du terrain. La convoitise a conçu dans le cœur d’Ève ; bientôt elle enfantera le péché. Le péché, une fois conçu, enfante la mort. Verset 6 : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. »

Nos sens sont les ports où débarquent nos ennemis spirituels. Combien nous est nécessaire cette résolution du saint homme Job : « J’avais fait un pacte avec mes yeux ! » Quand Ève commença à fixer des yeux le fruit défendu, elle commença bientôt à le désirer dans son cœur. Quand elle vit qu’il était bon à manger et agréable à la vue (voilà la convoitise de la chair et la convoitise des yeux), mais surtout qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence, pour la rendre plus sage que Dieu ne voulait qu’elle le fût, et même aussi sage que Dieu lui-même, elle prit de son fruit, et elle en donna aussi à son mari qui était auprès d’elle, et il en mangea. Aussitôt qu’elle eut péché elle-même, elle se fit tentatrice de son mari. C’est une chose terrible, quand ceux qui devraient être l’un pour l’autre une aide dans la grande œuvre de leur salut ne sont que les promoteurs de leur damnation mutuelle : mais il en est ainsi. Si nous sommes bons nous-mêmes, nous exciterons les autres au bien ; si nous faisons le mal, nous entraînerons aussi les autres à faire le mal. Il y a une étroite liaison entre faire et enseigner. Combien donc il nous est nécessaire à tous de prendre garde de ne pécher en aucune manière nous-mêmes, de peur de devenir les agents du diable, et de prendre au piège, peut-être, nos parents les plus proches et les plus chers ! « elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. »

Hélas ! Quel assemblage de crimes il y eut dans ce seul acte de péché ! Il y a là une entière incrédulité à l’égard de la menace de Dieu ; la plus extrême ingratitude envers leur Créateur, qui avait si récemment planté ce jardin et les y avait placés, avec une charte si glorieuse et si étendue. Et le plus extrême mépris de leur postérité, dont ils savaient qu’elle devait se tenir debout ou tomber avec eux. Il y avait là le plus extrême orgueil du cœur : ils voulaient être égaux à Dieu. Il y a là le plus extrême mépris jeté sur sa menace et sur sa loi : on croit le diable et on lui obéit plutôt qu’à Dieu, et tout cela uniquement pour satisfaire leur appétit sensuel. Jamais crime d’une nature si complexe ne fut commis par aucun être ici-bas : rien, sinon l’apostasie et la rébellion du diable, ne pourrait l’égaler.

Et quelles sont les conséquences de leur désobéissance ? Leurs yeux sont-ils ouverts ? Oui, leurs yeux sont ouverts ; mais, hélas ! ce n’est que pour voir leur propre nudité. Car il nous est dit (v. 7) que « Les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils connurent qu’ils étaient nus ». Nus de Dieu, nus de tout ce qui était saint et bon, et privés de l’image divine dont ils jouissaient auparavant. On aurait bien pu les appeler maintenant I-Kabod ; car la gloire de l’Éternel s’était retirée d’eux. Oh ! de quelle hauteur tombèrent alors ces fils de l’aurore ! Hors de Dieu, en eux-mêmes ; de participants de la nature divine, dans la nature du diable et de la bête. Ils pouvaient donc bien connaître qu’ils étaient nus, non seulement de corps, mais d’âme.

Et comment se conduisent-ils, maintenant qu’ils sont nus ? Courent-ils à Dieu pour obtenir le pardon ? Cherchent-ils auprès de Dieu une robe pour couvrir leur nudité ? Non, ils étaient maintenant morts à Dieu, et ils étaient devenus terrestres, charnels, diaboliques : c’est pourquoi, au lieu de recourir à Dieu pour obtenir miséricorde, « ils cousirent, ou tressèrent ensemble, des feuilles de figuier, et s’en firent des ceintures », ou des choses pour s’en ceindre. C’est là une vive image de tout homme naturel : nous voyons que nous sommes nus ; nous le confessons en quelque mesure ; mais, au lieu de lever les yeux vers Dieu pour être secourus, nous rapiéçons une justice à nous (comme nos premiers parents tressèrent ensemble des feuilles de figuier), espérant couvrir par là notre nudité. Mais notre justice ne soutiendra pas la sévérité du jugement de Dieu : elle ne nous servira pas plus que les feuilles de figuier ne servirent à Adam et à Ève, c’est-à-dire en rien du tout.

Car (v. 8) « ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l’homme et sa femme (malgré leurs feuilles de figuier) se cachèrent loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. »

Ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu, ou la Parole de l’Éternel Dieu, c’est-à-dire le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la Parole qui était avec Dieu, et la Parole qui était Dieu ». Ils l’entendirent qui parcourait le jardin à la fraîcheur du jour. Moment, peut-être, où Adam et Ève avaient coutume de se retirer d’une manière particulière pour offrir un sacrifice du soir, de louange et d’actions de grâces. À la fraîcheur du jour. Peut-être le péché fut-il commis de grand matin, ou à midi ; mais Dieu ne voulut pas venir sur eux sur-le-champ ; il attendit la fraîcheur du jour. Et si nous voulons reprendre les autres avec fruit, nous ne devons pas le faire quand ils sont échauffés par la passion, mais attendre la fraîcheur du jour.

Mais quel changement voici ! Au lieu de se réjouir à la voix de leur bien-aimé, au lieu d’aller à sa rencontre à bras ouverts et le cœur élargi, comme auparavant, ils se cachent maintenant parmi les arbres du jardin. Hélas ! quelle folle tentative fut celle-là ! Assurément, ils devaient être nus ; autrement, comment auraient-ils pu songer à se cacher de Dieu ? Où pouvaient-ils fuir loin de sa face ? Mais, par leur chute, ils avaient contracté une inimitié contre Dieu : ils haïssaient maintenant Dieu leur Créateur, et craignaient de converser avec lui. Et n’est-ce pas là notre condition par nature ? Assurément, ça l’est. Nous travaillons à couvrir notre nudité des feuilles de figuier de notre propre justice : nous nous cachons de Dieu aussi longtemps que nous le pouvons, et nous ne voulons pas venir, et ne viendrions jamais, si le Père ne nous prévenait, ne nous attirait et ne nous contraignait doucement par sa grâce, comme il prévint ici Adam.

Verset 9. « Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit: Où es-tu? »

« l’Éternel Dieu appela l’homme » (car autrement Adam n’aurait jamais appelé l’Éternel Dieu), et lui dit : « Adam, où es-tu ? Comment se fait-il que tu ne viennes pas comme d’ordinaire me rendre tes dévotions ? » Chrétiens, souvenez-vous que le Seigneur tient compte des fois où vous manquez à venir l’adorer. Toutes les fois donc que vous êtes tentés de vous dispenser d’y assister, que chacun de vous s’imagine entendre le Seigneur l’appeler et lui dire : « Ô homme, ô femme, où es-tu ? » On peut l’entendre en un autre sens, et meilleur : « Adam, où es-tu ? » En quel état est ta pauvre âme ? C’est la première chose que le Seigneur demande au pécheur et dont il le convainc, lorsqu’il le prévient et l’appelle efficacement par sa grâce ; il l’appelle aussi par son nom ; car à moins que Dieu ne nous parle en particulier, et que nous ne sachions où nous en sommes, combien nous sommes pauvres, misérables, aveugles et nus, nous n’estimerons jamais la rédemption accomplie pour nous par la mort et l’obéissance du cher Seigneur Jésus. « Adam, où es-tu ? »

Verset 10. « Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur. » Voyez quels lâches le péché fait de nous. Si nous ne connaissions point de péché, nous ne connaîtrions point de crainte. « parce que je suis nu, et je me suis caché. » Verset 11 : « Et il dit : Qui t’a appris que tu es nu? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je (ton Créateur et ton Législateur) t’avais défendu de manger? »

Dieu savait fort bien qu’Adam était nu, et qu’il avait mangé du fruit défendu. Mais Dieu voulait l’apprendre de la propre bouche d’Adam. Ainsi Dieu connaît tous nos besoins avant que nous les lui demandions, et pourtant il exige que nous lui demandions sa grâce et que nous confessions nos péchés. Car par de tels actes nous reconnaissons notre dépendance à l’égard de Dieu, nous prenons pour nous la honte, et nous rendons ainsi gloire à son grand nom.

Verset 12. « L’homme répondit: La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. »

Jamais la nature ne fut peinte plus au vif. Voyez quel orgueil Adam contracta par la chute ! Combien il répugne à s’imputer la faute ou à prendre pour lui la honte. Cette réponse est pleine d’insolence envers Dieu, d’inimitié contre sa femme, et de mauvaise foi à l’égard de lui-même. Car il y fait tacitement un reproche à Dieu : « La femme que tu as mise auprès de moi. » Comme s’il disait : si tu ne m’avais pas donné cette femme, je n’aurais pas mangé du fruit défendu. Ainsi, quand les hommes pèchent, ils rejettent la faute sur leurs passions ; puis ils blâment Dieu et lui font des reproches de leur avoir donné ces passions. Leur langage est : « Les appétits que tu nous as donnés nous ont trompés ; c’est pourquoi nous avons péché contre toi. » Mais, de même que Dieu, malgré tout, punit Adam pour avoir écouté la voix de sa femme, ainsi punira-t-il ceux qui écoutent les inspirations de leurs penchants corrompus. Car Dieu ne contraint personne à pécher. Adam aurait pu résister aux sollicitations de sa femme, s’il l’avait voulu. Et de même, si nous levons les yeux vers Dieu, nous trouverons la grâce pour être secourus au temps du besoin. Le diable et notre propre cœur nous tentent, mais ils ne peuvent nous forcer à consentir sans le concours de notre propre volonté. De sorte que notre damnation vient de nous-mêmes, comme il paraîtra avec évidence au grand jour, malgré toutes les impudentes répliques que les hommes opposent maintenant à Dieu. Comme Adam parle avec insolence à l’égard de Dieu, ainsi parle-t-il avec inimitié contre sa femme : la femme, ou cette femme, m’a donné. Il rejette toute la faute sur elle, et parle d’elle avec beaucoup de mépris. Il ne dit pas : ma femme, ma chère femme ; mais : cette femme. Le péché désunit les cœurs les plus unis : il est le fléau de la sainte communion. Ceux qui ont été ici-bas compagnons de péché, s’ils meurent sans repentance, se haïront et se condamneront l’un l’autre dans l’au-delà. Toutes les âmes damnées sont les accusatrices de leurs frères. Il en est ainsi, en quelque degré, de ce côté-ci de la tombe. « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. » Quelle parole de mauvaise foi [trompeuse] fut celle-là ! Il n’emploie pas moins de quinze mots pour s’excuser, et un ou deux seulement (dans l’original) pour confesser sa faute, si l’on peut appeler cela une confession. « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre » ; voilà quinze mots ; « et j’en ai mangé ». Avec quelle répugnance ces derniers mots sortent-ils ! Combien vite sont-ils prononcés ! « et j’en ai mangé. » Mais il en est ainsi d’un cœur non humilié et non régénéré : il rejettera la faute sur l’ami le plus cher qu’il ait au monde, et même sur Dieu lui-même, plutôt que de prendre pour lui la honte. Cet orgueil, nous y sommes tous sujets par la chute ; et jusqu’à ce que nos cœurs soient brisés et rendus contrits par l’Esprit de notre Seigneur Jésus-Christ, nous accuserons toujours Dieu follement. « J’ai péché contre toi seul… En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement », ce langage n’est que celui des hommes qui, comme David, consentent à confesser leurs fautes et sont véritablement affligés de leurs péchés. Ce n’était pas le cas d’Adam ; son cœur n’était pas brisé ; c’est pourquoi il rejette la faute de sa désobéissance sur sa femme et sur Dieu, et non sur lui-même : « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. »

Verset 13. « Et l’Éternel Dieu dit : Pourquoi as-tu fait cela? » Quelle merveilleuse sollicitude Dieu exprime dans cette remontrance ! « Quel déluge de misère as-tu attiré sur toi-même, sur ton mari et sur ta postérité ! Pourquoi as-tu fait cela? Tu as désobéi à ton Dieu, tu as obéi au diable, et tu as perdu ton mari, pour qui je t’avais faite afin que tu lui fusses une aide ! Pourquoi as-tu fait cela? » Dieu voulait ici la réveiller au sentiment de son crime et de son danger ; c’est pourquoi, pour ainsi dire, il tonne à ses oreilles : car la loi doit être prêchée aux pécheurs qui se croient justes. Gardons-nous de guérir avant d’avoir vu les pécheurs blessés, de peur de dire : Paix, paix, là où il n’y a point de paix. Les pécheurs endormis dans leur sécurité doivent entendre les tonnerres du mont Sinaï avant que nous les amenions à la montagne de Sion. Ceux qui ne prêchent jamais la loi, il est à craindre qu’ils ne soient malhabiles à annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. Tout ministre devrait être un Boanergès, un fils du tonnerre, aussi bien qu’un Barnabas, un fils de consolation. Il y eut un tremblement de terre et un vent impétueux avant que le murmure doux et léger parvînt à Élie : nous devons d’abord montrer aux gens qu’ils sont condamnés, et ensuite leur montrer comment ils doivent être sauvés. Mais comment et quand prêcher la loi, et quand appliquer les promesses de l’Évangile, c’est à la sagesse qu’il appartient de le régler. « Et l’Éternel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? »

« La femme répondit: Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. » Elle n’emploie pas autant de paroles que son mari pour s’excuser ; mais son cœur est aussi peu humilié que le sien. Pourquoi, dit Dieu, as-tu fait cela ? Dieu l’accuse ici de l’avoir fait. Elle n’ose nier le fait, ni dire : Je ne l’ai pas fait ; mais elle rejette de dessus elle toute la faute, et la fait retomber sur le serpent : « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. » Elle ne dit pas : « Seigneur, j’ai eu tort de m’entretenir avec le serpent ; Seigneur, j’ai mal fait de ne pas me hâter d’aller vers mon mari, quand il m’a posé la première question ; Seigneur, je plaide coupable, moi seule suis à blâmer ; oh ! ne permets pas que mon pauvre mari souffre de ma méchanceté ! » Tel eût été le langage de son cœur, si elle avait été alors une vraie pénitente. Mais tous deux étaient maintenant également orgueilleux ; c’est pourquoi ni l’un ni l’autre ne veut se charger de la faute : « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. »

Je me suis arrêté plus particulièrement à remarquer cette partie de leur conduite, parce qu’elle tend si fort à magnifier la grâce gratuite, et qu’elle nous montre clairement que le salut vient de l’Éternel seul. Jetons un rapide regard sur la misérable condition où se trouvaient alors nos premiers parents : ils étaient morts légalement et spirituellement, enfants de colère et héritiers de l’enfer. Ils avaient mangé du fruit dont Dieu leur avait commandé de ne point manger ; et, traduits devant Dieu, quoique leur crime fût si complexe, on ne pouvait les amener à le confesser. Quelle raison peut-on donner pour que la sentence de mort ne soit pas prononcée contre ces prisonniers à la barre ? Tous doivent reconnaître qu’ils sont dignes de mort. Bien plus, comment Dieu peut-il, d’une manière compatible avec sa justice, leur pardonner ? Il les avait menacés que, le jour où ils mangeraient du fruit défendu, ils « mourraient certainement » ; et, s’il n’exécutait pas cette menace, le diable pourrait alors calomnier réellement le Tout-Puissant. Et pourtant la miséricorde s’écrie : Épargne ces pécheurs, épargne l’ouvrage de tes mains. Voici donc que la sagesse conçoit un plan par lequel Dieu peut être juste et pourtant miséricordieux ; être fidèle à sa menace, punir l’offense, et en même temps épargner l’offenseur. Une scène étonnante de l’amour divin s’ouvre ici à nos regards, qui avait été de toute éternité cachée dans le cœur de Dieu ! Bien qu’Adam et Ève fussent ainsi non humiliés, et qu’ils n’eussent pas même présenté une seule requête pour obtenir le pardon, Dieu prononce aussitôt la sentence contre le serpent, et leur révèle un Sauveur.

Verset 14. « L’Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. » C’est-à-dire qu’il serait dans l’assujettissement, et que sa puissance serait toujours limitée et contenue. « Et ses ennemis lécheront la poussière », dit le Psalmiste. (Verset 15.) « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »

Avant de passer à l’explication de ce verset, je ne puis m’empêcher de relever une grande erreur dont l’auteur du Devoir entier de l’homme s’est rendu coupable, en faisant de ce verset une alliance entre Dieu et Adam, comme si Dieu traitait maintenant personnellement avec Adam, comme avant la chute. Car, parlant de la seconde alliance dans sa préface, au sujet du soin de l’âme, il dit : « Cette seconde alliance fut faite avec Adam, et avec nous en lui, aussitôt après la chute, et elle est brièvement contenue dans ces paroles, Gen 3:15, où Dieu déclare : “La postérité de la femme écrasera la tête du serpent” ; et elle se composait, comme la première, de quelques miséricordes à accorder par Dieu, et de quelques devoirs à remplir par nous. » C’est là une théologie extrêmement fausse : car ces paroles ne sont pas adressées à Adam ; elles s’adressent uniquement au serpent. Adam et Ève se tenaient là comme des criminels, et Dieu ne pouvait traiter avec eux, parce qu’ils avaient rompu son alliance. Et il s’en faut tellement qu’il y ait là une alliance où « quelques miséricordes sont à accorder par Dieu, et quelques devoirs à remplir par nous », qu’il n’y a pas un mot qui tende de ce côté ; c’est seulement la déclaration d’un don gratuit du salut par Jésus-Christ notre Seigneur. Dieu le Père et Dieu le Fils étaient entrés de toute éternité dans une alliance touchant le salut des élus, dans laquelle Dieu le Père promettait que, si le Fils offrait son âme en sacrifice pour le péché, il verrait une postérité. Or ceci est la révélation ouverte de cette alliance secrète ; c’est pourquoi Dieu parle dans les termes les plus positifs : « celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » Avec le premier Adam, Dieu avait traité auparavant ; il se montra infidèle : c’est pourquoi Dieu, pour garantir la seconde alliance contre toute rupture, la remet entre les mains du second Adam, le Seigneur venu du ciel. Adam, après la chute, ne tenait plus la place de notre représentant ; lui et Ève n’étaient plus que des personnes privées, comme nous le sommes, et ils n’avaient qu’à saisir par la foi la déclaration de miséricorde contenue dans cette promesse (comme ils le firent réellement), et par là ils furent sauvés. Je ne dis pas que nous n’ayons pas à croire et à obéir, si nous voulons être sauvés éternellement. La foi et l’obéissance sont des conditions, si nous entendons seulement qu’elles précèdent, dans l’ordre, notre salut ; mais je nie qu’elles soient proposées par Dieu à Adam, ou que Dieu traite avec lui dans cette promesse comme il l’avait fait avant la chute sous l’alliance des œuvres. Car comment cela se pourrait-il, quand Adam et Ève étaient maintenant des prisonniers à la barre, sans force pour remplir aucune condition ? La vérité est celle-ci : Dieu, en récompense des souffrances de Christ, promit de donner aux élus la foi et la repentance, afin de les amener à la vie éternelle ; et ces deux choses, et tout ce qui est nécessaire encore à leur bonheur éternel, leur sont infailliblement assurées dans cette promesse ; comme M. Boston, excellent théologien écossais, le montre clairement dans un livre intitulé « Vue de l’alliance de grâce ».

Ce n’est nullement une distinction inutile ; c’est une matière de grande importance : faute de la connaître, les gens ont été si longtemps égarés. On leur a enseigné qu’ils devaient faire ceci et cela, comme s’ils étaient sous une alliance des œuvres, et qu’alors, pour avoir fait cela, ils seraient sauvés. Tandis qu’au contraire on devrait enseigner aux gens que le Seigneur Jésus était le second Adam, avec qui le Père entra en alliance pour l’homme déchu ; qu’ils ne peuvent maintenant rien faire d’eux-mêmes ni pour eux-mêmes, et qu’ils doivent donc venir à Dieu, le suppliant de leur donner la foi, par laquelle ils seront rendus capables de saisir la justice de Christ ; et que cette foi, ils la manifesteront ensuite par leurs œuvres, par amour et par reconnaissance pour Jésus à jamais béni, leur très glorieux Rédempteur, pour ce qu’il a fait pour leurs âmes. C’est là un système cohérent et conforme à l’Écriture ; si nous ne le tenons pas, nous devons tomber dans l’un de ces deux funestes extrêmes, je veux dire l’antinomianisme d’un côté, ou l’arminianisme de l’autre : puisse le bon Seigneur nous délivrer de l’un et de l’autre !

Mais poursuivons : par la postérité de la femme, nous devons entendre ici le Seigneur Jésus-Christ, qui, bien que vrai Dieu de vrai Dieu, devait, pour nous autres hommes et pour notre salut, recevoir un corps préparé pour lui par le Saint-Esprit, et naître d’une femme qui n’avait point connu d’homme, et, par son obéissance et sa mort, faire l’expiation de la transgression de l’homme, et amener une justice éternelle, opérer dans les siens une nature nouvelle, et par là écraser la tête du serpent, c’est-à-dire détruire sa puissance et sa domination sur eux. Par la postérité du serpent, nous devons entendre le diable et tous ses enfants, à qui Dieu permet de tenter et de cribler ses enfants. Mais, béni soit Dieu, il ne peut atteindre plus loin que notre talon.

Il n’est pas douteux qu’Adam et Ève aient compris cette promesse en ce sens ; car il est clair que, dans la dernière partie du chapitre, des sacrifices furent institués. D’où pouvaient venir ces peaux, sinon de bêtes immolées en sacrifice, dont Dieu leur fit des habits ? Nous trouvons Abel, aussi bien que Caïn, offrant un sacrifice au chapitre suivant : et l’apôtre nous dit qu’il le fit par la foi, sans doute en cette promesse. Et Ève, quand Caïn naquit, dit : « J’ai formé un homme avec l’aide de l’Éternel », ou (comme M. Henry fait observer qu’on peut le traduire) : « J’ai acquis un homme, — l’Éternel, — le Messie promis. » Quelques-uns supposent en outre qu’Ève fut la première croyante ; c’est pourquoi ils traduisent ainsi : « La postérité, (non de la, mais) de cette femme » : ce qui magnifie d’autant plus la grâce de Dieu, que celle qui fut la première dans la transgression soit la première à avoir part à la rédemption. Adam crut aussi, et fut sauvé : car L’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau, et il les en revêtit : ce qui fut un type remarquable de ce qu’ils seraient revêtus de la justice de notre Seigneur Jésus-Christ.

Cette promesse fut littéralement accomplie en la personne de notre Seigneur Jésus-Christ. Satan lui blessa le talon, quand il le tenta quarante jours durant dans le désert : il lui blessa le talon, quand il suscita contre lui une violente persécution pendant le temps de son ministère public : il lui blessa le talon d’une manière toute particulière, quand notre Seigneur se plaignit que son âme était triste jusqu’à la mort, et qu’il sua de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre, dans le jardin ; il lui blessa le talon, quand il mit au cœur de Judas de le trahir : et il le blessa plus que jamais, quand ses émissaires le clouèrent au bois maudit, et que notre Seigneur s’écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Pourtant, en tout cela, le bienheureux Jésus, la postérité de la femme, écrasait la tête maudite de Satan ; car, ayant été tenté lui-même, il peut secourir ceux qui sont tentés. Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui. Par sa mort, il anéantit celui qui avait la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable. Par là, il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix.

Cette promesse s’est accomplie dans les élus de Dieu, considérés collectivement, aussi bien avant qu’après la venue de notre Seigneur dans la chair : car ils peuvent être appelés la postérité de la femme. Ne vous étonnez pas que tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. Dans cette promesse, une inimitié éternelle est mise entre la postérité de la femme et la postérité du serpent ; de sorte que ceux qui sont nés selon la chair ne peuvent que persécuter ceux qui sont nés selon l’Esprit. Cette inimitié se montra peu après que cette promesse eut été révélée, lorsque Caïn blessa le talon d’Abel : elle se continua dans l’Église à travers tous les âges avant que Christ vînt dans la chair, comme l’histoire de la Bible et le chapitre 11 de l’Épître aux Hébreux le montrent clairement. Elle fit rage extrêmement après l’ascension de notre Seigneur ; témoin les Actes des Apôtres et l’histoire des chrétiens primitifs. Elle fait rage maintenant, et continuera de faire rage et de se montrer, à un degré plus ou moins grand, jusqu’à la fin des temps. Mais que cela ne nous effraie pas ; car en tout cela la postérité de la femme est plus que victorieuse, et écrase la tête du serpent. Ainsi les Israélites, plus on les opprimait, plus ils multipliaient. Ainsi en fut-il des apôtres ; ainsi en fut-il de leurs successeurs immédiats. De sorte que Tertullien compare l’Église de son temps à un pré fauché : plus on le coupe souvent, plus il pousse. Le sang des martyrs a toujours été la semence de l’Église. Et je me suis souvent assis plein d’étonnement et de joie, admirant comment Dieu a fait que les desseins mêmes que ses ennemis avaient tramés pour entraver son Évangile soient devenus les moyens les plus efficaces de le propager. Le diable a eu si peu de succès dans la persécution que, si je ne savais que lui et ses enfants, selon ce verset, ne peuvent que persécuter, je penserais qu’il estimerait que sa force est de se tenir en repos. Qu’a-t-il gagné à persécuter les martyrs du temps de la reine Marie ? La grâce de Dieu ne fut-elle pas extrêmement glorifiée dans leur soutien ? Qu’a-t-il gagné à persécuter les bons vieux puritains ? N’en résulta-t-il pas le peuplement de la Nouvelle-Angleterre ? Ou, pour en venir à des temps plus proches des nôtres, qu’a-t-il gagné à nous exclure des synagogues ? La parole de Dieu n’a-t-elle pas, depuis lors, puissamment prévalu ? Mes chers auditeurs, vous devez m’excuser si je m’étends sur ce point ; Dieu remplit généralement mon âme quand j’en viens à ce sujet. Je puis dire avec Luther : « S’il n’y avait pas la persécution, je ne comprendrais pas l’Écriture. » Si Satan avait encore la permission de me blesser davantage le talon, et si ses serviteurs me jetaient en prison, je ne doute pas que cela même ne servît qu’à lui écraser plus efficacement la tête. Je me souviens d’une parole du lord chancelier d’alors au pieux Bradford : « Tu as fait plus de mal, dit-il, par tes exhortations en particulier dans la prison, que tu n’en faisais en prêchant avant d’y être mis », ou des paroles à cet effet. La promesse de notre texte est mon soutien de chaque jour : « Je mettrai inimitié entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »

De plus, cette promesse s’accomplit aussi, non seulement dans l’Église en général, mais dans chaque croyant en particulier. En chaque croyant il y a deux postérités, la postérité de la femme et la postérité du serpent ; la chair qui convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair. Il en est du croyant, quand la grâce a été vivifiée dans son cœur, comme il en fut de Rébecca, quand elle eut conçu Ésaü et Jacob dans son sein ; elle sentit une lutte, et commença d’être inquiète : « S’il en est ainsi, dit-elle, pourquoi suis-je enceinte? » (Gen 25:22). Ainsi la grâce et la nature luttent (si je puis ainsi parler) dans le sein du cœur du croyant : mais, comme il fut dit alors : « le plus grand sera assujetti au plus petit », ainsi en est-il ici, — la grâce finira par l’emporter sur la nature ; la postérité de la femme écrasera la tête du serpent. Plusieurs d’entre vous qui avez cru en Christ trouvez peut-être quelque corruption particulière encore forte, si forte que vous êtes parfois prêts à vous écrier avec David : « je périrai un jour par la main de Saül. » Mais ne craignez point, la promesse de notre texte assure la persévérance et la victoire des croyants sur le péché, Satan, la mort et l’enfer. Qu’importe si la corruption qui habite en vous demeure encore, et si la postérité du serpent vous blesse le talon, en tourmentant et en troublant vos âmes justes ? Ne craignez point ; quoique fatigués, poursuivez toujours : vous écraserez encore la tête du serpent. Christ est mort pour vous, et encore un peu de temps, et il enverra la mort détruire en vous l’existence même du péché. Ce qui m’amène à montrer la manière la plus étendue dont la promesse de notre texte sera accomplie, à savoir au jugement final, quand le Seigneur Jésus présentera les élus à son Père, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, glorifiés de corps et d’âme.

C’est alors que la postérité de la femme portera le dernier coup, le coup fatal, en écrasant la tête du serpent. Satan, l’accusateur des frères, et toute sa postérité maudite, seront alors rejetés, et il ne leur sera plus jamais permis de troubler la postérité de la femme. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père, et ils siégeront avec Christ sur des trônes, dans la majesté, au plus haut des cieux.

Ne nous lassons donc pas de faire le bien ; car nous moissonnerons une éternelle récolte de consolation, si nous ne nous relâchons pas. Osez, osez, mes chers frères en Christ, suivre le Prince de votre salut, qui a été élevé à la perfection par les souffrances. La postérité de la femme écrasera la tête du serpent. Ne craignez point les hommes. Ne soyez pas trop abattus par la tromperie de vos cœurs. Ne craignez point les démons ; vous remporterez la victoire même sur eux. Le Seigneur Jésus s’est engagé à vous rendre plus que vainqueurs de tout. Plaidez auprès de votre Sauveur, plaidez : plaidez la promesse de notre texte. Luttez, luttez avec Dieu dans la prière. S’il vous a été donné de croire, ne craignez point s’il vous est donné aussi de souffrir. Ne vous laissez aucunement effrayer par vos adversaires ; le roi de l’Église les tient tous enchaînés : soyez bons envers eux, priez pour eux ; mais ne les craignez point. Le Seigneur ramènera encore son arche, bien qu’elle soit à présent chassée dans le désert ; et Satan tombera du ciel comme un éclair.

Y a-t-il ici des ennemis de Dieu ? La promesse de notre texte m’encourage à vous défier : la postérité de la femme, Jésus à jamais béni, écrasera la tête du serpent. Que signifie toute votre malice ? Vous n’êtes que des vagues furieuses de la mer, rejetant l’écume de votre propre honte. Pour vous, à moins que vous ne vous repentiez, l’obscurité des ténèbres est réservée pour l’éternité. Le Seigneur Jésus siège dans le ciel, régnant sur toutes choses, et faisant concourir toutes choses au bien de ses enfants : il se rit de vous : il vous tient dans la plus extrême dérision, et je ferai donc de même. Qui êtes-vous, vous qui persécutez les enfants du Dieu à jamais béni ? Bien que je ne sois qu’un pauvre jeune homme, le Seigneur Jésus, la postérité de la femme, me rendra capable de vous écraser la tête.

Mes frères en Christ, je ne crois pas parler ainsi par ma propre force, mais par la force de mon Rédempteur : je sais en qui j’ai cru ; je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt. Il est fidèle, celui qui a promis que la postérité de la femme écraserait la tête du serpent. Puissions-nous tous éprouver un accomplissement journalier de cette promesse, tant dans l’Église que dans nos cœurs, jusqu’à ce que nous parvenions à l’assemblée des premiers-nés, aux esprits des justes parvenus à la perfection, en la présence et dans la jouissance effective du grand Dieu, notre Père céleste !

À lui, avec le Fils et le Saint-Esprit, soient attribués tout honneur, toute puissance, toute force, toute majesté et toute domination, maintenant et à jamais. Amen.

Chapitre 1 terminé

La postérité de la femme et la postérité du serpent

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