Chapitre 2 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
Dieu glorifié dans la dépendance de l’homme
1 Cor. 1:29-31. — afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. Or, c’est par lui que vous êtes en Jésus-Christ, lequel, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption, afin, comme il est écrit, Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur.
Les chrétiens auxquels l’apôtre adressait cette épître demeuraient dans une partie du monde où la sagesse humaine jouissait d’une grande réputation, comme l’apôtre le remarque au 22e verset de ce chapitre : « les Grecs cherchent la sagesse ». Corinthe n’était pas loin d’Athènes, qui avait été durant bien des siècles le siège le plus célèbre de la philosophie et du savoir dans le monde.
L’apôtre leur fait donc observer comment Dieu, par l’Évangile, a détruit et réduit à néant leur sagesse humaine. Les savants Grecs et leurs grands philosophes, avec toute leur sagesse, n’ont point connu Dieu : ils n’ont pu découvrir la vérité dans les choses divines. Mais, après qu’ils eurent fait tous leurs efforts en vain, il plut enfin à Dieu de se révéler par l’Évangile, qu’ils tenaient pour folie. Il « a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont ». Et l’apôtre leur apprend pourquoi il a agi ainsi, dans le verset du texte : afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu, etc.
Dans ces paroles, on peut observer :
1. Ce que Dieu vise dans la disposition des choses en ce qui touche la rédemption, à savoir que l’homme ne se glorifie pas en lui-même, mais en Dieu seul : afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu, — afin, comme il est écrit, Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur.
2. Comment cette fin est atteinte dans l’œuvre de la rédemption, à savoir par cette dépendance absolue et immédiate que les hommes ont à l’égard de Dieu dans cette œuvre, pour tout leur bien. En ce que :
Premièrement, tout le bien qu’ils possèdent est en Christ et par Christ ; il a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption. Tout le bien de la créature déchue et rachetée tient en ces quatre choses, et l’on ne saurait mieux le répartir qu’en elles ; mais Christ est pour nous chacune d’elles, et nous n’en possédons aucune autrement qu’en lui. Il a été fait, de par Dieu, pour nous sagesse : en lui résident tout le bien propre et la véritable excellence de l’entendement. La sagesse était une chose que les Grecs admiraient ; mais Christ est la vraie lumière du monde ; c’est par lui seul que la vraie sagesse est communiquée à l’esprit. C’est en Christ et par Christ que nous avons la justice : c’est en étant en lui que nous sommes justifiés, que nos péchés sont pardonnés, et que nous sommes reçus comme justes dans la faveur de Dieu. C’est par Christ que nous avons la sanctification : nous avons en lui la véritable excellence du cœur aussi bien que de l’entendement ; et il est fait pour nous justice inhérente aussi bien qu’imputée. C’est par Christ que nous avons la rédemption, c’est-à-dire la délivrance effective de toute misère, et le don de tout bonheur et de toute gloire. Ainsi nous avons tout notre bien par Christ, qui est Dieu.
Deuxièmement, un autre exemple où paraît notre dépendance à l’égard de Dieu pour tout notre bien est celui-ci : c’est Dieu qui nous a donné Christ, afin que nous ayons ces bienfaits par lui ; il a été fait pour nous, de par Dieu, sagesse, justice, etc.
Troisièmement, c’est de lui que nous sommes en Jésus-Christ, que nous venons à avoir part en lui, et que nous recevons ainsi ces bénédictions qu’il a été fait pour nous. C’est Dieu qui nous donne la foi par laquelle nous nous unissons à Christ.
De sorte qu’en ce verset est montrée notre dépendance à l’égard de chaque personne de la Trinité pour tout notre bien. Nous dépendons de Christ, le Fils de Dieu, en tant qu’il est notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. Nous dépendons du Père, qui nous a donné Christ, et l’a fait être pour nous ces choses. Nous dépendons du Saint-Esprit, car c’est de lui que nous sommes en Jésus-Christ ; c’est l’Esprit de Dieu qui donne la foi en lui, par laquelle nous le recevons et nous nous unissons à lui.
DOCTRINE
Dieu est glorifié dans l’œuvre de la rédemption en ceci, qu’il y paraît une dépendance des rachetés à son égard si absolue et si universelle.
Je me propose ici de montrer, I., qu’il existe une dépendance absolue et universelle des rachetés à l’égard de Dieu pour tout leur bien. Et II., que Dieu est par là exalté et glorifié dans l’œuvre de la rédemption.
I. Il existe une dépendance absolue et universelle des rachetés à l’égard de Dieu. La nature et l’économie de notre rédemption sont telles que les rachetés dépendent en toute chose de Dieu, directement, immédiatement et entièrement : ils dépendent de lui pour tout, et ils dépendent de lui de toute manière.
Les diverses manières dont un être peut dépendre d’un autre pour son bien, et dont les rachetés de Jésus-Christ dépendent de Dieu pour tout leur bien, sont celles-ci, à savoir : qu’ils tiennent tout leur bien de lui, qu’ils ont tout par lui, et qu’ils ont tout en lui. En ce qu’il est la cause et l’origine d’où procède tout leur bien, ce bien vient de lui ; en ce qu’il est le moyen par lequel ce bien est obtenu et transmis, ils l’ont par lui ; et en ce qu’il est ce bien même qui est donné et transmis, ce bien est en lui.
Or, ceux qui sont rachetés par Jésus-Christ dépendent, à tous ces égards, très directement et très entièrement de Dieu pour leur tout.
Premièrement, les rachetés tiennent tout leur bien de Dieu ; Dieu en est le grand auteur ; il en est la cause première, et non seulement cela, mais il en est la seule vraie cause.
C’est de Dieu que nous tenons notre Rédempteur : c’est Dieu qui nous a pourvus d’un Sauveur. Jésus-Christ n’est pas seulement de Dieu en sa personne, en tant qu’il est le Fils unique de Dieu, mais il vient de Dieu quant à la part que nous avons en lui et à sa charge de Médiateur : il est le don de Dieu pour nous ; Dieu l’a choisi et oint, lui a assigné son œuvre, et l’a envoyé dans le monde.
Et de même que c’est Dieu qui donne, c’est aussi Dieu qui agrée le Sauveur. De même que c’est Dieu qui pourvoit et qui donne le Rédempteur pour acquérir le salut en notre faveur, de même c’est auprès de Dieu que le salut est acquis : il donne l’acquéreur, et il fournit la chose acquise.
C’est de Dieu que Christ devient nôtre, que nous sommes amenés à lui et unis à lui : c’est de Dieu que nous recevons la foi pour nous unir à lui, afin que nous ayons part en lui. Éph. 2:8 : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » C’est de Dieu que nous recevons effectivement tous les bienfaits que Christ a acquis. C’est Dieu qui pardonne et justifie, et qui délivre de la descente en enfer ; et c’est dans sa faveur que les rachetés sont reçus, et d’elle qu’ils sont faits les objets, lorsqu’ils sont justifiés. De même, c’est Dieu qui délivre de la domination du péché, qui nous purifie de notre souillure et qui nous transforme en nous ôtant notre difformité. C’est de Dieu que les rachetés reçoivent toute leur véritable excellence, leur sagesse et leur sainteté ; et cela de deux manières, à savoir : en tant que le Saint-Esprit, par qui ces choses sont immédiatement opérées, vient de Dieu, procède de lui et est envoyé par lui ; et aussi en tant que le Saint-Esprit lui-même est Dieu, lui par l’opération et l’habitation duquel la connaissance des choses divines, une disposition sainte et toute grâce sont conférées et maintenues.
Et bien que des moyens soient employés pour conférer la grâce aux âmes des hommes, c’est néanmoins de Dieu que nous tenons ces moyens de grâce, et c’est Dieu qui les rend efficaces. C’est de Dieu que nous avons les saintes Écritures ; elles sont la parole de Dieu. C’est de Dieu que nous avons les ordonnances, et leur efficacité dépend de l’influence immédiate de l’Esprit de Dieu. Les ministres de l’Évangile sont envoyés de Dieu, et toute leur capacité vient de lui. 2 Cor. 4:7 : « Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous. » Leur succès dépend entièrement et absolument de la bénédiction et de l’influence immédiates de Dieu. Les rachetés tiennent tout :
1. De la grâce de Dieu. C’est par pure grâce que Dieu nous a donné son Fils unique. La grâce est grande à proportion de la dignité et de l’excellence de ce qui est donné : le don était infiniment précieux, parce que c’était une personne infiniment digne, une personne d’une gloire infinie ; et aussi parce que c’était une personne infiniment proche et chère à Dieu. La grâce est grande à proportion du bienfait qui nous est donné en lui : le bienfait est doublement infini, en ce qu’en lui nous avons la délivrance d’une misère infinie, parce qu’éternelle, et que nous recevons aussi une joie et une gloire éternelles. La grâce qui accorde ce don est grande à proportion de notre indignité, à nous à qui il est donné ; loin de mériter un tel don, nous avions mérité infiniment de mal de la main de Dieu. La grâce est grande selon la manière dont le don est fait, ou à proportion de l’humiliation et du prix de la méthode et des moyens par lesquels le chemin nous est ouvert pour que nous ayons ce don. Il nous l’a donné demeurant parmi nous ; il nous l’a donné incarné, c’est-à-dire dans notre nature ; il nous l’a donné dans notre nature, avec des infirmités semblables à celles qu’elle a en nous dans notre état déchu, et qui, en nous, accompagnent la corruption pécheresse de notre nature et en sont l’effet. Il nous l’a donné dans un état humble et affligé ; et non seulement cela, mais il nous l’a donné immolé, afin qu’il fût un festin pour nos âmes.
La grâce de Dieu qui accorde ce don est parfaitement libre. C’était ce que Dieu n’était nullement obligé d’accorder : il aurait pu rejeter l’homme déchu, comme il a rejeté les anges déchus. C’était ce que nous n’avions jamais rien fait pour mériter. Il fut donné alors que nous étions encore ennemis, et avant même que nous nous fussions le moins du monde repentis. Il venait de l’amour de Dieu, qui ne voyait en nous aucune excellence pour l’attirer ; et il fut donné sans aucune attente d’en être jamais payé de retour.
Et c’est par pure grâce que les bienfaits de Christ sont appliqués à telles et telles personnes en particulier. Ceux qui sont appelés et sanctifiés doivent l’attribuer au seul bon plaisir de la bonté de Dieu, par lequel ils sont distingués. Il est souverain : il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut.
L’homme a maintenant une plus grande dépendance à l’égard de la grâce de Dieu qu’il n’en avait avant la chute. Il dépend de la libre bonté de Dieu pour bien plus de choses qu’alors : alors il dépendait de la bonté de Dieu pour l’octroi de la récompense d’une obéissance parfaite, car Dieu n’était pas obligé de promettre et d’accorder cette récompense ; mais maintenant nous dépendons de la grâce de Dieu pour bien davantage : nous avons besoin de la grâce, non seulement pour nous accorder la gloire, mais pour nous délivrer de l’enfer et de la colère éternelle. Sous la première alliance, nous dépendions de la bonté de Dieu pour nous donner la récompense de la justice ; et il en est de même aujourd’hui. Et non seulement cela, mais nous avons besoin de la grâce libre et souveraine de Dieu pour nous donner cette justice ; et non seulement encore cela, mais nous avons besoin de sa grâce pour pardonner notre péché et nous décharger de sa culpabilité et de son démérite infini.
Et de même que nous dépendons de la bonté de Dieu pour plus de choses aujourd’hui que sous la première alliance, de même nous dépendons d’une bonté bien plus grande, plus libre et plus admirable. Nous dépendons maintenant davantage du bon plaisir arbitraire et souverain de Dieu. Dans notre premier état, nous dépendions de Dieu pour la sainteté : nous tenions de lui notre justice originelle ; mais alors la sainteté n’était pas accordée selon un bon plaisir aussi souverain qu’elle l’est aujourd’hui. L’homme fut créé saint, et il convenait à Dieu de créer saintes toutes les créatures raisonnables qu’il créait : c’eût été un affront à la sainteté de la nature de Dieu s’il avait fait une créature intelligente dépourvue de sainteté. Mais maintenant, lorsqu’un homme est rendu saint, c’est par une grâce pure et arbitraire ; Dieu peut à jamais refuser la sainteté à la créature déchue s’il lui plaît, sans aucun affront à aucune de ses perfections.
Et non seulement nous dépendons en effet davantage de la grâce de Dieu, mais notre dépendance est bien plus manifeste, parce que notre propre insuffisance et notre impuissance en nous-mêmes sont bien plus apparentes dans notre état déchu et perdu qu’elles ne l’étaient avant que nous fussions ou pécheurs ou misérables. Nous dépendons plus manifestement de Dieu pour la sainteté, parce que nous sommes d’abord pécheurs et entièrement souillés, et saints ensuite : ainsi la production de l’effet est sensible, et sa dérivation de Dieu plus évidente. Si l’homme avait été saint de tout temps et l’avait toujours été, il ne serait pas aussi apparent qu’il n’avait pas la sainteté nécessairement, comme une qualité inséparable de la nature humaine. De même, nous dépendons plus manifestement de la grâce gratuite pour la faveur de Dieu, car nous sommes d’abord justement les objets de son déplaisir, et sommes reçus ensuite en faveur. Nous dépendons plus manifestement de Dieu pour le bonheur, étant d’abord misérables, et heureux ensuite. Cela est plus manifestement gratuit et sans mérite de notre part, parce que nous sommes en réalité dépourvus de toute espèce d’excellence pour mériter, s’il pouvait exister quelque chose comme le mérite dans l’excellence de la créature. Et non seulement nous sommes sans aucune véritable excellence, mais nous sommes pleins, et tout entiers souillés, de ce qui est infiniment odieux. Tout notre bien vient plus manifestement de Dieu, parce que nous sommes d’abord nus et entièrement dépourvus de tout bien, et enrichis ensuite de tout bien.
2. Nous recevons tout de la puissance de Dieu. La rédemption de l’homme est souvent présentée comme une œuvre d’une puissance merveilleuse autant que de grâce. La grande puissance de Dieu paraît en ce qu’il tire un pécheur de son état misérable, des profondeurs du péché et de la misère, jusqu’à un état si élevé de sainteté et de bonheur. Éph. 1:19 : « et quelle est envers nous qui croyons l’infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force. »
Nous dépendons de la puissance de Dieu à chaque étape de notre rédemption. Nous dépendons de la puissance de Dieu pour nous convertir, pour nous donner la foi en Jésus-Christ et la nature nouvelle. C’est une œuvre de création : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature », 2 Cor. 5:17. « Nous avons été créés en Jésus-Christ », Éph. 2:10. La créature déchue ne peut atteindre la vraie sainteté qu’en étant créée de nouveau : Éph. 4:24, « et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. » C’est une résurrection d’entre les morts : Col. 2:12-13, « vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l’a ressuscité des morts. » Oui, c’est une œuvre de puissance plus glorieuse que la simple création, ou que le rappel à la vie d’un corps mort, en ce que l’effet atteint est plus grand et plus excellent. Cet être saint et heureux, et cette vie spirituelle, auxquels on parvient dans l’œuvre de la conversion, sont un effet bien plus grand et plus glorieux que le simple être et la simple vie. Et l’état d’où le changement s’opère — une telle mort dans le péché, une corruption totale de la nature et un tel abîme de misère — est bien plus éloigné de l’état atteint que la simple mort ou le néant.
C’est aussi par la puissance de Dieu que nous sommes conservés dans un état de grâce : 1 Pi. 1:5, « qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut ». Comme la grâce vient d’abord de Dieu, de même elle vient continuellement de lui, et est entretenue par lui, autant que la lumière dans l’atmosphère vient du soleil tout le long du jour, aussi bien qu’à la première aube ou au lever du soleil.
Les hommes dépendent de la puissance de Dieu pour chaque exercice de la grâce, et pour la poursuite de l’œuvre de la grâce dans le cœur, pour dompter le péché et la corruption, accroître les principes saints, rendre capable de porter du fruit en bonnes œuvres, et enfin amener la grâce à sa perfection, en rendant l’âme pleinement aimable à la glorieuse ressemblance de Christ, et en la remplissant d’une joie et d’une félicité qui rassasient ; et pour le rappel du corps à la vie, et à un état si parfait qu’il convienne comme demeure et organe d’une âme ainsi perfectionnée et bénie. Ce sont là les plus glorieux effets de la puissance de Dieu qui se voient dans la suite des actes de Dieu à l’égard des créatures.
L’homme dépendait de la puissance de Dieu dans son premier état, mais il dépend davantage de sa puissance maintenant ; il a besoin que la puissance de Dieu fasse pour lui plus de choses, et il dépend d’un exercice plus merveilleux de sa puissance. Ce fut un effet de la puissance de Dieu que de rendre l’homme saint au commencement ; mais c’en est un plus remarquable aujourd’hui, parce qu’il y a beaucoup d’opposition et de difficulté sur le chemin. C’est un effet de puissance plus glorieux de rendre saint ce qui était si dépravé et sous la domination du péché, que de conférer la sainteté à ce qui auparavant n’avait rien de contraire. C’est une œuvre de puissance plus glorieuse d’arracher une âme des mains du diable et des puissances des ténèbres, et de l’amener à un état de salut, que de conférer la sainteté là où il n’y avait ni occupation préalable ni opposition. Luc 11:21-22 : « Lorsqu’un homme fort et bien armé garde sa maison, ce qu’il possède est en sûreté. Mais, si un plus fort que lui survient et le dompte, il lui enlève toutes les armes dans lesquelles il se confiait, et il distribue ses dépouilles. » Ainsi c’est une œuvre de puissance plus glorieuse de soutenir une âme dans un état de grâce et de sainteté, et de la faire avancer jusqu’à ce qu’elle soit amenée à la gloire, alors qu’il reste dans le cœur tant de péché qui résiste, et que Satan s’y oppose de toute sa force, que ce ne l’eût été de préserver l’homme de tomber au commencement, quand Satan n’avait rien en l’homme.
Ainsi nous avons montré comment les rachetés dépendent de Dieu pour tout leur bien, en tant qu’ils tiennent tout de lui.
Deuxièmement, ils dépendent aussi de Dieu pour tout, en tant qu’ils ont tout par lui. C’est Dieu qui en est le moyen, aussi bien que l’auteur et la source. Tout ce que nous avons — la sagesse et le pardon du péché, la délivrance de l’enfer, l’accueil dans la faveur de Dieu, la grâce et la sainteté, la vraie consolation et le vrai bonheur, la vie éternelle et la gloire — nous le tenons de Dieu par un Médiateur ; et ce Médiateur est Dieu, Médiateur dont nous dépendons absolument, comme de celui par qui nous recevons tout. De sorte qu’il y a là une autre manière dont nous dépendons de Dieu pour tout bien. Non seulement Dieu nous donne le Médiateur, agrée sa médiation, et de sa puissance et de sa grâce accorde les choses acquises par le Médiateur, mais il est lui-même le Médiateur.
Nos bénédictions sont ce que nous avons par acquisition ; et l’acquisition est faite auprès de Dieu, les bénédictions sont acquises de lui, et Dieu donne l’acquéreur ; et non seulement cela, mais Dieu est l’acquéreur. Oui, Dieu est à la fois l’acquéreur et le prix ; car Christ, qui est Dieu, a acquis ces bénédictions pour nous en s’offrant lui-même comme prix de notre salut. Il a acquis la vie éternelle par le sacrifice de lui-même : Hé. 7:27, « en s’offrant lui-même » ; et 9:26, « il a paru une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice ». À la vérité, ce fut la nature humaine qui fut offerte ; mais c’était la même personne que la personne divine, et c’était donc un prix infini : on le regardait comme si Dieu avait été offert en sacrifice.
Comme nous avons ainsi notre bien par Dieu, nous dépendons de Dieu à un égard où l’homme, dans son premier état, ne dépendait pas de lui. L’homme devait alors avoir la vie éternelle par sa propre justice ; de sorte qu’il dépendait en partie de ce qui était en lui-même ; car nous dépendons de ce par quoi nous avons notre bien, aussi bien que de ce dont nous le tenons. Et bien que la justice de l’homme, dont il dépendait alors, vînt en effet de Dieu, elle était pourtant sienne, elle était inhérente à lui-même ; de sorte que sa dépendance n’était pas aussi immédiatement à l’égard de Dieu. Mais maintenant la justice dont nous dépendons n’est pas en nous-mêmes, mais en Dieu. Nous sommes sauvés par la justice de Christ : il a été fait pour nous justice ; et c’est pourquoi il est annoncé prophétiquement, Jér. 23:6, sous ce nom : « L’Éternel notre justice ». En ce que la justice par laquelle nous sommes justifiés est la justice de Christ, c’est la justice de Dieu : 2 Cor. 5:21, « afin que nous devenions en lui justice de Dieu ».
Ainsi, dans la rédemption, nous n’avons pas seulement toutes choses de Dieu, mais aussi par lui et au moyen de lui : 1 Cor. 8:6, « néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. »
Troisièmement, les rachetés ont tout leur bien en Dieu. Non seulement nous le tenons de lui et par lui, mais il consiste en lui ; il est tout notre bien.
Le bien des rachetés est ou objectif ou inhérent. Par leur bien objectif, j’entends cet objet intrinsèque dans la possession et la jouissance duquel ils sont heureux. Leur bien inhérent est cette excellence ou ce plaisir qui est dans l’âme elle-même. À l’égard de l’un et de l’autre, les rachetés ont tout leur bien en Dieu, ou, ce qui revient au même, Dieu lui-même est tout leur bien.
1. Les rachetés ont tout leur bien objectif en Dieu. Dieu lui-même est le grand bien dont ils sont amenés à la possession et à la jouissance par la rédemption. Il est le souverain bien, et la somme de tout ce bien que Christ a acquis. Dieu est l’héritage des saints ; il est la part de leurs âmes. Dieu est leur richesse et leur trésor, leur nourriture, leur vie, leur demeure, leur parure et leur diadème, et leur honneur et leur gloire éternels. Ils n’ont personne au ciel que Dieu ; il est le grand bien auquel les rachetés sont reçus à la mort, et vers lequel ils doivent ressusciter à la fin du monde. Le Seigneur Dieu, c’est lui qui est la lumière de la Jérusalem céleste ; il est le « fleuve d’eau de la vie » qui coule, et « l’arbre de vie qui croît au milieu du paradis de Dieu ». Les glorieuses excellences et la beauté de Dieu seront ce qui occupera à jamais l’esprit des saints, et l’amour de Dieu sera leur festin éternel. Les rachetés jouiront à la vérité d’autres choses ; ils jouiront des anges, et ils jouiront les uns des autres ; mais ce dont ils jouiront dans les anges, ou les uns dans les autres, ou en toute autre chose quelconque qui leur procurera délices et bonheur, sera ce qui se verra de Dieu en eux.
2. Les rachetés ont tout leur bien inhérent en Dieu. Le bien inhérent est double ; il est ou excellence, ou plaisir. Non seulement les rachetés les tirent de Dieu comme causés par lui, mais ils les ont en lui. Ils ont l’excellence et la joie spirituelles par une sorte de participation de Dieu. Ils sont rendus excellents par une communication de l’excellence de Dieu : Dieu met sa propre beauté, c’est-à-dire sa belle ressemblance, sur leurs âmes : ils sont rendus participants de la nature divine, ou image morale de Dieu, 2 Pi. 1:4. Ils sont saints en étant rendus participants de la sainteté de Dieu, Hé. 12:10. Les saints sont beaux et bénis par une communication de la sainteté et de la joie de Dieu, comme la lune et les planètes sont brillantes par la lumière du soleil. Le saint a la joie et le plaisir spirituels par une sorte d’effusion de Dieu sur l’âme. En ces choses, les rachetés ont communion avec Dieu ; c’est-à-dire qu’ils participent avec lui et de lui.
Les saints ont à la fois leur excellence et leur félicité spirituelles par le don du Saint-Esprit, ou Esprit de Dieu, et par son habitation en eux. Elles ne sont pas seulement causées par le Saint-Esprit, mais elles sont dans le Saint-Esprit comme en leur principe. Le Saint-Esprit, devenant un habitant, est un principe vital dans l’âme : agissant dans l’âme, sur elle et avec elle, il devient une source de vraie sainteté et de joie, comme une source l’est d’eau, par son propre déploiement et sa propre diffusion : Jean 4:14, « mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle », — à comparer avec le chap. 7:38-39, « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture. Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » La somme de ce que Christ a acquis pour nous est cette source d’eau dont parle le premier de ces passages, et ces fleuves d’eau vive dont parle le second. Et la somme des bénédictions que les rachetés recevront au ciel est ce fleuve d’eau de la vie qui sort du trône de Dieu et de l’agneau, Apoc. 22:1, — ce qui, sans doute, signifie la même chose que ces fleuves d’eau vive expliqués en Jean 7:38-39, et qui est ailleurs appelé le « torrent des délices de Dieu ». C’est en cela que consiste la plénitude de bien que les saints reçoivent par Christ. C’est en participant du Saint-Esprit qu’ils ont communion avec Christ en sa plénitude. Dieu ne lui a pas donné l’Esprit avec mesure, et ils reçoivent de sa plénitude, et grâce pour grâce. Telle est la somme de l’héritage des saints ; et c’est pourquoi ce peu du Saint-Esprit que les croyants ont en ce monde est appelé les arrhes de leur héritage. 2 Cor. 1:22 : « lequel nous a aussi marqués d’un sceau, et a mis l’Esprit dans nos cœurs. » Et au chap. 5:5 : « Et celui qui nous a formés pour cela, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit. » Et Éph. 1:13-14 : « vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis, lequel est un gage de notre héritage, pour la rédemption de ceux que Dieu s’est acquis. »
Le Saint-Esprit et les bonnes choses sont présentés dans l’Écriture comme une même chose, comme si l’Esprit de Dieu communiqué à l’âme comprenait toutes les bonnes choses : Matt. 7:11, « à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ? » En Luc, il est dit, au chap. 11:13 : « à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ? » Telle est la somme des bénédictions que Christ est mort pour procurer, et qui sont l’objet des promesses de l’Évangile : Gal. 3:13-14, « Il est devenu malédiction pour nous, afin que nous reçussions par la foi l’Esprit qui avait été promis. » L’Esprit de Dieu est la grande promesse du Père : Luc 24:49, « Et voici, j’enverrai sur vous ce que mon Père a promis. » C’est pourquoi l’Esprit de Dieu est appelé « le Saint-Esprit qui avait été promis », Éph. 1:13. Cette chose promise, Christ la reçut, et l’eut remise entre ses mains, dès qu’il eut achevé l’œuvre de notre rédemption, pour la répandre sur tous ceux qu’il avait rachetés : Actes 2:33, « Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis, et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez. » De sorte que toute la sainteté et tout le bonheur des rachetés sont en Dieu. Ils sont dans les communications, l’habitation et l’action de l’Esprit de Dieu. La sainteté et le bonheur sont dans le fruit, ici-bas et dans l’au-delà, parce que Dieu demeure en eux, et eux en Dieu.
Ainsi c’est Dieu qui nous a donné le Rédempteur, et c’est de lui que notre bien est acquis : de même c’est Dieu qui est le Rédempteur et le prix ; et c’est Dieu aussi qui est le bien acquis. De sorte que tout ce que nous avons est de Dieu, et par lui, et en lui : Rom. 11:36, « C’est de lui, par lui, et pour lui (ou en lui) que sont toutes choses. » Le même mot grec qui est ici rendu par pour lui est rendu par en lui en 1 Cor. 8:6.
II. Dieu est glorifié dans l’œuvre de la rédemption par ce moyen, à savoir : par le fait qu’il existe une dépendance des rachetés à son égard si grande et si universelle.
1. L’homme a d’autant plus d’occasion et d’obligation de remarquer et de reconnaître les perfections et la toute-suffisance de Dieu. Plus la dépendance de la créature à l’égard des perfections de Dieu est grande, et plus grand est l’intérêt qu’elle y a, plus grande est l’occasion qu’elle a de les remarquer. Plus grand est l’intérêt que quiconque a à la puissance et à la grâce de Dieu, et la dépendance où il est à leur égard, plus grande est l’occasion qu’il a de remarquer cette puissance et cette grâce. Plus grande et plus immédiate est la dépendance à l’égard de la sainteté divine, plus grande est l’occasion de la remarquer et de la reconnaître. Plus grande et plus absolue est notre dépendance à l’égard des perfections divines, en tant qu’elles appartiennent aux diverses personnes de la Trinité, plus grande est l’occasion que nous avons d’observer et de reconnaître la gloire divine de chacune d’elles. Ce à quoi nous avons le plus d’intérêt se trouve assurément le plus sous notre observation et notre attention ; et cette sorte d’intérêt pour une chose, à savoir la dépendance, tend particulièrement à attirer et à obliger l’attention et l’observation. Les choses dont nous ne dépendons guère, il est facile de les négliger ; mais nous ne pouvons guère faire autrement que d’être attentifs à ce dont nous dépendons grandement. En raison de notre si grande dépendance à l’égard de Dieu et de ses perfections, et à tant d’égards, lui et sa gloire sont plus directement placés sous nos yeux, de quelque côté que nous tournions le regard.
Nous avons d’autant plus d’occasion de remarquer la toute-suffisance de Dieu, que toute notre suffisance vient ainsi de lui de toute manière. Nous avons d’autant plus d’occasion de le contempler comme un bien infini, et comme la source de tout bien. Une telle dépendance à l’égard de Dieu démontre la toute-suffisance de Dieu. Autant la créature dépend de Dieu, autant paraît plus grand le vide de la créature en elle-même ; et plus grand est le vide de la créature, plus grande doit être la plénitude de l’Être qui la comble. Le fait que nous ayons tout de Dieu montre la plénitude de sa puissance et de sa grâce ; le fait que nous ayons tout par lui montre la plénitude de son mérite et de sa dignité ; et le fait que nous ayons tout en lui démontre sa plénitude de beauté, d’amour et de bonheur.
Et les rachetés, en raison de la grandeur de leur dépendance à l’égard de Dieu, n’ont pas seulement d’autant plus d’occasion, mais aussi d’obligation, de contempler et de reconnaître la gloire et la plénitude de Dieu. Combien serions-nous déraisonnables et ingrats si nous ne reconnaissions pas cette suffisance et cette gloire dont nous dépendons absolument, immédiatement et universellement !
2. Par là est démontrée la grandeur de la gloire de Dieu considérée comparativement, ou en comparaison de celle de la créature. Par le fait que la créature dépend ainsi entièrement et universellement de Dieu, il apparaît que la créature n’est rien, et que Dieu est tout. Par là il apparaît que Dieu est infiniment au-dessus de nous ; que la force, la sagesse et la sainteté de Dieu sont infiniment plus grandes que les nôtres. Si grand et si glorieux que la créature conçoive Dieu, si pourtant elle n’est pas sensible à la différence entre Dieu et elle, au point de voir que la gloire de Dieu est grande en comparaison de la sienne, elle ne sera pas disposée à rendre à Dieu la gloire due à son nom. Si la créature, à quelque égard, se met sur un pied d’égalité avec Dieu, ou s’élève jusqu’à quelque rivalité avec lui, quoiqu’elle puisse concevoir qu’un grand honneur et un profond respect soient dus à Dieu de la part de ceux qui lui sont plus inférieurs et à une plus grande distance, elle ne sera pas aussi sensible à ce qu’ils lui soient dus de sa propre part. Plus les hommes s’exaltent eux-mêmes, moins ils seront assurément disposés à exalter Dieu. C’est certainement ce que Dieu vise dans la disposition des choses en ce qui touche la rédemption (si nous admettons que les Écritures sont une révélation de la pensée de Dieu), que Dieu paraisse plein, et l’homme vide en lui-même, que Dieu paraisse tout, et l’homme rien. C’est le dessein déclaré de Dieu que nul autre « ne se glorifie devant Dieu » ; ce qui implique que son dessein est d’avancer sa propre gloire comparative. Plus l’homme « se glorifie devant Dieu », moins de gloire est attribuée à Dieu.
3. Par cette disposition, qui veut que la créature ait une dépendance à l’égard de Dieu si absolue et si universelle, il est pourvu à ce que Dieu ait nos âmes tout entières, et soit l’objet de notre respect sans partage. Si notre dépendance était en partie à l’égard de Dieu, et en partie à l’égard de quelque autre chose, le respect de l’homme serait partagé entre ces choses différentes dont il dépendrait. Il en serait ainsi si nous dépendions de Dieu pour une partie seulement de notre bien, et de nous-mêmes, ou de quelque autre être, pour une autre partie ; ou bien, si nous avions notre bien seulement de Dieu, et par un autre qui ne serait pas Dieu, et en quelque autre chose distincte des deux, nos cœurs seraient partagés entre le bien lui-même, et celui de qui, et celui par qui, nous le recevrions. Mais maintenant il n’y a pas lieu à cela, Dieu étant non seulement celui de qui nous tenons tout bien, mais aussi celui par qui, et étant ce bien lui-même que nous tenons de lui et par lui. De sorte que, quoi qu’il y ait pour attirer notre respect, la tendance en est toujours directement vers Dieu ; tout s’unit en lui comme en son centre.
USAGE
1. Nous pouvons observer ici la merveilleuse sagesse de Dieu dans l’œuvre de la rédemption. Dieu a fait du vide et de la misère de l’homme, de cet état bas, perdu et ruiné où il s’est enfoncé par la chute, une occasion du plus grand avancement de sa propre gloire, de diverses manières, mais particulièrement en ceci, qu’il y a maintenant une dépendance de l’homme à l’égard de Dieu bien plus universelle et manifeste. Quoiqu’il plaise à Dieu de retirer l’homme de ce sombre abîme de péché et de malheur où il était tombé, et de l’exalter extrêmement en excellence et en honneur, jusqu’à un haut degré de gloire et de félicité, la créature n’a pourtant rien, à quelque égard que ce soit, dont elle puisse se glorifier ; toute la gloire appartient manifestement à Dieu, tout est dans une dépendance pure, très absolue et divine, à l’égard du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Et chaque personne de la Trinité est également glorifiée dans cette œuvre : il y a une dépendance absolue de la créature à l’égard de chacune pour tout : tout est du Père, tout par le Fils, et tout dans le Saint-Esprit. Ainsi Dieu paraît dans l’œuvre de la rédemption comme tout en tous. Il convient que celui qui est, et hors de qui il n’en est point d’autre, soit l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le tout et l’unique, en cette œuvre.
2. De là, ces doctrines et ces systèmes de théologie qui, à quelque égard, s’opposent à une telle dépendance absolue et universelle à l’égard de Dieu portent atteinte à la gloire de Dieu et contrarient le dessein de l’économie de notre rédemption. Ces systèmes qui mettent la créature à la place de Dieu, à l’un quelconque des égards mentionnés ; qui élèvent l’homme à la place du Père, du Fils ou du Saint-Esprit, en quelque chose qui touche notre rédemption ; qui, tout en admettant une certaine dépendance des rachetés à l’égard de Dieu, nient pourtant une dépendance si absolue et si universelle ; qui reconnaissent une entière dépendance à l’égard de Dieu pour certaines choses, mais non pour d’autres ; qui reconnaissent que nous dépendons de Dieu pour le don et l’agrément d’un Rédempteur, mais nient une dépendance aussi absolue à son égard pour l’obtention d’une part au Rédempteur ; qui reconnaissent une dépendance absolue à l’égard du Père pour le don de son Fils, et à l’égard du Fils pour l’accomplissement de la rédemption, mais non une dépendance aussi entière à l’égard du Saint-Esprit pour la conversion et pour l’être en Christ, et pour venir ainsi à avoir droit à ses bienfaits ; qui reconnaissent une dépendance à l’égard de Dieu pour les moyens de grâce, mais non absolument pour le bienfait et le succès de ces moyens ; qui reconnaissent une dépendance partielle à l’égard de la puissance de Dieu pour l’obtention et l’exercice de la sainteté, mais non une pure dépendance à l’égard de la grâce arbitraire et souveraine de Dieu ; qui reconnaissent une dépendance à l’égard de la grâce gratuite de Dieu pour l’accueil dans sa faveur, en ce sens qu’elle est sans aucun mérite propre, mais non en ce sens qu’elle n’est ni attirée ni mue par aucune excellence ; qui reconnaissent une dépendance partielle à l’égard de Christ, comme celui par qui nous avons la vie, en tant qu’il a acquis de nouvelles conditions de vie, mais soutiennent encore que la justice par laquelle nous avons la vie est inhérente à nous-mêmes, comme elle l’était sous la première alliance ; et de quelque autre manière qu’un système soit incompatible avec notre entière dépendance à l’égard de Dieu pour tout, et à chacun de ces égards — avoir tout de lui, par lui et en lui —, il répugne au dessein et à la teneur de l’Évangile, et le dépouille de ce que Dieu tient pour son éclat et sa gloire.
3. De là, nous pouvons apprendre une raison pour laquelle la foi est ce par quoi nous venons à avoir part à cette rédemption ; car il entre dans la nature de la foi un sentiment et une reconnaissance de cette dépendance absolue à l’égard de Dieu en cette affaire. Il est très juste qu’il soit exigé de tous, pour qu’ils aient le bienfait de cette rédemption, qu’ils soient sensibles à leur dépendance à l’égard de Dieu pour elle, et qu’ils la reconnaissent. C’est par ce moyen que Dieu a résolu de se glorifier dans la rédemption ; et il est juste que Dieu ait au moins cette gloire de la part de ceux qui sont les sujets de cette rédemption et qui en ont le bienfait.
La foi est un sentiment de ce qui est réel dans l’œuvre de la rédemption ; et de même que nous dépendons réellement et entièrement de Dieu, de même l’âme qui croit dépend entièrement de Dieu pour tout le salut, dans son propre sentiment et son propre acte. La foi abaisse les hommes et exalte Dieu ; elle donne toute la gloire de la rédemption à Dieu seul. Il est nécessaire, pour la foi qui sauve, que l’homme soit vidé de lui-même, qu’il sente qu’il est « malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu ». L’humilité est un grand ingrédient de la vraie foi : celui qui reçoit véritablement la rédemption la reçoit comme un petit enfant : Marc 10:15, « quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. » C’est la joie d’une âme croyante de s’abaisser elle-même et d’exalter Dieu seul : tel est son langage, Psaume 115:1, « Non pas à nous, Éternel, non pas à nous, Mais à ton nom donne gloire ».
4. Soyons exhortés à exalter Dieu seul, et à lui attribuer toute la gloire de la rédemption. Efforçons-nous d’acquérir un sentiment de notre grande dépendance à l’égard de Dieu, et d’y croître, d’avoir les yeux fixés sur lui seul, de mortifier une disposition à compter sur soi-même et à se croire juste par soi-même. L’homme est naturellement extrêmement enclin à s’exalter lui-même et à compter sur sa propre puissance ou sa propre bonté, comme s’il était celui de qui il doit attendre le bonheur, et à porter son estime vers des jouissances étrangères à Dieu et à son Esprit, comme si c’était en elles que le bonheur se trouve.
Et cette doctrine devrait nous enseigner à exalter Dieu seul, autant par la confiance et l’appui que par la louange. Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. Quelqu’un a-t-il l’espérance d’être converti et sanctifié, que son esprit est doué d’une véritable excellence et d’une beauté spirituelle, que ses péchés sont pardonnés, qu’il est reçu dans la faveur de Dieu et élevé à l’honneur et à la félicité d’être son enfant et un héritier de la vie éternelle : qu’il en rende à Dieu toute la gloire, à lui seul qui le fait différer du pire des hommes en ce monde, ou du plus misérable des damnés en enfer. Quelqu’un a-t-il beaucoup de consolation et une ferme espérance de la vie éternelle : que son espérance ne l’enfle pas, mais le dispose d’autant plus à s’abaisser lui-même, à considérer sa propre et extrême indignité d’une telle faveur, et à exalter Dieu seul. Quelqu’un est-il éminent en sainteté et abondant en bonnes œuvres : qu’il ne s’attribue rien de cette gloire, mais qu’il la rapporte à celui dont « nous sommes l’ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres ».
Fac-similé du manuscrit de la première page du sermon
« Une lumière divine et surnaturelle ».
Chapitre 2 terminé
Dieu glorifié dans la dépendance de l’homme