Chapitre 1 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Le jour malheureux et béni
« Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l’a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. » — Genèse 50:20
C’était une belle matinée de 1821 à Osogun, une ville yoruba d’environ douze mille habitants, dans ce qui est aujourd’hui le sud-ouest du Nigeria. Un garçon nommé Ajayi, âgé d’environ treize ans, était à la maison pendant que sa famille préparait le petit déjeuner. Vers neuf heures, une rumeur courut dans la ville : l’ennemi arrivait.
Le pays yoruba tombait en morceaux. Son ancien empire se disloquait, et des bandes armées allaient de ville en ville capturer des gens pour les vendre aux acheteurs d’esclaves portugais et espagnols de la côte. Chaque ville qui tombait donnait de nouveaux captifs, et chaque vente rapportait de nouveaux fusils pour le raid suivant. Le temps que quiconque à Osogun puisse s’enfuir, les pillards avaient encerclé la ville. Après trois ou quatre heures de combat, ils étaient à l’intérieur.
Ajayi raconta la suite des années plus tard, et c’est l’un des témoignages oculaires les plus saisissants qu’on ait jamais écrits sur un raid d’esclavagistes. Des mères couraient à travers les buissons d’épines, un bébé sur le dos et des enfants accrochés à leurs bras ; elles laissaient tomber leurs fardeaux, puis découvraient qu’elles ne pouvaient pas non plus sauver tous leurs enfants. Ajayi avait un arc et cinq flèches. Il perdit l’arc dans les épines avant d’avoir pu s’en servir. La dernière fois qu’il vit son père, ce fut quand celui-ci revint du combat pour leur dire de courir. Les pillards jetèrent un nœud coulant au cou de chaque captif et les emmenèrent « à la manière de chèvres attachées ensemble ». Ajayi, sa mère, ses deux sœurs, dont l’une était un bébé, et un cousin furent conduits à travers la ville en flammes. Il aperçut sa grand-mère dans la foule pendant quelques minutes, et ne la revit jamais.
Seize ans plus tard, devenu chrétien et maître d’école, il s’assit pour écrire sur ce jour-là. Il l’appela « le jour malheureux, mais que l’on m’apprend maintenant, à d’autres égards, à appeler béni, et que je n’oublierai jamais de ma vie ». Malheureux, parce qu’il avait été violemment arraché à sa famille. Béni, parce que c’était le premier pas d’un voyage qui allait le conduire au Christ.
Lis bien cela, parce qu’il est facile de mal le comprendre. Crowther n’a jamais dit que l’esclavage était une bonne chose. Il n’a jamais dit que ses pertes ne comptaient pas. Il termina sa lettre en disant que ce jour était béni « quand on le considère sous cet angle ; bien qu’il doive certainement être aussi malheureux, puisque j’y fus privé de mon père, de ma mère, de mes sœurs et de tous mes autres parents ». Il garda les deux moitiés de cette phrase pour le reste de sa vie.
C’est exactement ainsi que parle Joseph dans la Genèse. Ses frères l’avaient vendu à des marchands d’esclaves. Des années plus tard, alors qu’ils étaient terrifiés à l’idée qu’il se venge, il ne leur dit pas que tout s’était bien passé. Il leur dit : « Vous aviez médité de me faire du mal. » C’était mal. Puis il ajouta : « Dieu l’a changé en bien. » Dieu avait été à l’œuvre au cœur même du mal, pour des desseins que personne ne pouvait voir sur le moment.
Peut-être qu’il t’est arrivé quelque chose qui était tout simplement injuste : une perte, une injustice, quelque chose qu’on t’a fait. Les chrétiens se dépêchent parfois de dire aux gens que « tout arrive pour une raison », comme si la raison rendait acceptable ce qui était mal. Crowther et Joseph sont plus honnêtes que ça. Tu as le droit de dire que c’était malheureux. Tu as aussi le droit d’espérer que Dieu n’en a pas fini avec ça.
Une chose à faire cette semaine : pense à la chose la plus dure qui te soit arrivée. Écris deux phrases à son sujet, en commençant la première par « C’était malheureux parce que… » et la seconde par « Dieu pourrait encore… ». Ne force pas la seconde. Si tu n’arrives pas encore à la terminer, laisse-la en blanc et reviens-y quand tu auras fini ce livre.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Que s’est-il passé à Osogun en 1821 ?
Des pillards esclavagistes encerclèrent la ville et y entrèrent de force. Ajayi, sa mère, ses sœurs et un cousin furent capturés et emmenés une corde au cou, et il ne revit jamais son père.
Pourquoi Crowther a-t-il appelé ce jour à la fois « malheureux » et « béni » ?
Malheureux, parce qu’il y perdit sa maison et sa famille ; béni, parce qu’il marqua le début du voyage qui le conduisit au Christ. Il ne laissa jamais la bénédiction effacer le chagrin.
En quoi la parole de Joseph en Genèse 50:20 est-elle différente de « tout arrive pour une raison » ?
Joseph appelle mal ce que ses frères ont fait et ne l’excuse pas. Il dit que Dieu était à l’œuvre pour le bien à travers cela, ce qui n’est pas la même chose que dire que le mal n’en était pas vraiment un.
Chapitre 1 terminé
Le jour malheureux et béni