Discours sur les réveils religieux
Discours XXI. Le cœur rétrograde

Chapitre 23 · 37 min de lecture · 48 min d’écoute

Discours XXI. Le cœur rétrograde

DISCOURS XXI.

LE CŒUR RÉTROGRADE.

Texte. — Celui dont le cœur s’égare se rassasie de ses voies. — Proverbes 14:14.

JE NE SAURAIS terminer cette série de discours sans mettre les convertis en garde contre la rétrogradation. En traitant ce sujet, j’exposerai :

I. Ce que n’est pas la rétrogradation du cœur.

II. Ce qu’est la rétrogradation du cœur.

III. Quels sont les indices de la rétrogradation du cœur.

IV. Je montrerai quelles sont les conséquences de la rétrogradation du cœur.

V. Comment se relever de cet état.

I. Ce que n’est pas la rétrogradation du cœur.

1. Elle ne consiste pas dans l’apaisement d’émotions religieuses vivement excitées. L’apaisement du sentiment religieux peut être un indice que le cœur a rétrogradé, mais la rétrogradation ne consiste pas dans le refroidissement du sentiment religieux.

II. Ce qu’est la rétrogradation du cœur.

1. Elle consiste à reprendre cette consécration à Dieu et à son service qui constitue la véritable conversion.

2. C’est, pour un chrétien, abandonner son premier amour.

3. Elle consiste, de la part du chrétien, à se retirer de cet état de dévouement entier et universel à Dieu qui constitue la vraie religion, et à retomber sous la domination d’un esprit qui ne cherche qu’à se plaire à lui-même.

4. Le texte implique qu’il peut y avoir un cœur rétrograde là même où l’on maintient la forme de la religion et de l’obéissance à Dieu. Comme nous savons, par le témoignage de notre propre conscience, que les hommes accomplissent les mêmes actes, ou des actes semblables, pour des motifs très différents et souvent opposés, nous sommes certains que les hommes peuvent conserver toutes les formes et toutes les apparences extérieures de la religion, alors qu’en réalité leur cœur a rétrogradé. Il n’est pas douteux que l’égoïsme le plus intense revête souvent un caractère religieux, et bien des considérations peuvent amener un rétrograde de cœur à conserver les formes, alors qu’il a perdu dans son âme la force de la piété.

III. Quels sont les indices d’un cœur rétrograde.

1. Un formalisme manifeste dans les exercices religieux. Une manière stéréotypée et formelle de dire et de faire les choses, qui est clairement le fruit de l’habitude plutôt que le jaillissement de la vie religieuse. Ce formalisme sera sans émotion, froid comme un iceberg, et trahira un manque total de sérieux dans l’accomplissement des devoirs religieux. Dans la prière et dans les exercices religieux, le rétrograde de cœur priera, louera, confessera ou rendra grâces des lèvres, de telle sorte que tous pourront l’entendre, peut-être, mais de telle manière que personne ne pourra le sentir. Un tel formalisme serait impossible là où existeraient une foi et un amour présents et vivants, et un véritable zèle religieux.

2. L’absence de joie religieuse est un indice d’un cœur rétrograde. Nous prenons toujours plaisir à dire et à faire ce qui plaît à ceux que nous aimons le plus ; de plus, quand le cœur n’a pas rétrogradé, la communion avec Dieu se maintient, et par conséquent non seulement tous les devoirs religieux sont accomplis avec plaisir, mais la communion avec Dieu qu’ils impliquent est une source de joie riche et continuelle. Si nous ne jouissons pas du service de Dieu, c’est que nous ne le servons pas véritablement. Si nous l’aimons par-dessus tout, il est impossible que nous ne trouvions pas de la joie à son service à chaque pas. Souvenez-vous donc toujours de ceci : chaque fois que vous perdez votre joie religieuse, ou la joie de servir Dieu, vous pouvez savoir que vous ne le servez pas comme il faut.

3. La servitude religieuse est un autre indice d’un cœur rétrograde. Dieu n’a point d’esclaves. Il n’accepte pas le service de serfs qui le servent parce qu’ils y sont contraints. Il n’accepte qu’un service d’amour. Le rétrograde de cœur trouve ses devoirs religieux pesants. Il a promis de servir le Seigneur. Il n’ose pas rompre entièrement avec la forme du service, et il s’efforce d’être fidèle à son devoir, alors qu’il n’a point de cœur pour la prière, la louange, le culte, les devoirs du cabinet, ni pour aucun de ces exercices qui sont si spontanés et si délicieux là où existe un véritable amour pour Dieu. Le rétrograde de cœur ressemble souvent à une épouse dévouée à son devoir, mais sans amour. Elle s’efforce de remplir son devoir envers son mari, mais elle échoue complètement parce qu’elle ne l’aime pas. La peine qu’elle se donne pour plaire à son mari est contrainte ; ce n’est pas le jaillissement spontané d’un cœur aimant, et sa condition comme ses devoirs deviennent le fardeau de sa vie. Elle va partout se plaignant du poids des soucis qui pèsent sur elle, et il est peu probable qu’elle conseille aux jeunes filles de se marier. Elle est engagée pour la vie, et elle doit donc remplir les devoirs de la vie conjugale, mais, hélas ! quelle servitude ! Il en est exactement de même de la servitude religieuse. Le professant doit faire son devoir. Il s’y traîne péniblement, et vous l’entendrez tout naturellement chanter les cantiques du rétrograde.

« J’entends la raison, je pèse ses conseils,

Et j’approuve tous ses discours ;

Et pourtant j’ai peine à obéir,

Et plus de peine encore à aimer. »

4. Une humeur que l’on ne gouverne pas.

Tant que le cœur est plein d’amour, l’humeur sera naturellement adoucie et aimable, ou du moins la volonté la tiendra en bride et ne lui permettra pas d’éclater en outrages scandaleux ; ou si, à un moment quelconque, elle échappait au contrôle de la volonté au point de se déchaîner en paroles odieuses, elle serait bientôt maîtrisée, et l’on ne lui permettrait nullement de prendre le dessus et de se manifester au déplaisir d’autrui. Un cœur aimant, surtout, confessera sa faute et s’humiliera si jamais la mauvaise humeur prend le dessus. Partout donc où l’on permet à une humeur irritable et sans frein de se manifester devant son entourage, vous pouvez savoir qu’il y a un cœur rétrograde.

5. Un esprit dépourvu de charité est un indice d’un cœur rétrograde. J’entends par là l’absence de cette disposition qui donne à la conduite de chacun la meilleure interprétation raisonnable — un manque de confiance dans les bonnes intentions et les professions d’autrui. Nous ajoutons naturellement foi aux bonnes professions de ceux que nous aimons. Nous leur attribuons naturellement des motifs droits, et nous donnons à leurs paroles et à leurs actes la meilleure interprétation permise. Là où cette disposition fait défaut, il y a une preuve concluante d’un cœur rétrograde, ou d’un cœur sans amour.

6. Un esprit de censure est une preuve concluante d’un cœur rétrograde. C’est un esprit qui cherche à redire, qui met en cause les motifs d’autrui alors que leur conduite admet une interprétation charitable. C’est une disposition à rejeter le blâme sur les autres et à les juger durement. C’est un esprit de défiance à l’égard du caractère et des professions des chrétiens. C’est un état d’esprit qui se révèle par des jugements durs, des propos durs et la manifestation de sentiments désobligeants envers certaines personnes. Cet état d’esprit est entièrement incompatible avec un cœur aimant, et partout où un professant manifeste un esprit de censure, vous pouvez savoir qu’il y a un cœur rétrograde.

7. Le manque d’intérêt pour la Parole de Dieu est aussi un indice d’un cœur rétrograde. Rien peut-être ne prouve plus clairement qu’un professant a un cœur rétrograde que la perte de son intérêt pour la Bible. Tant que le cœur est plein d’amour, aucun livre au monde n’est aussi précieux que la Bible. Mais quand l’amour s’en est allé, la Bible devient non seulement sans intérêt, mais souvent rebutante. Il n’y a plus de foi pour en accepter les promesses, mais il reste assez de conviction pour en redouter les menaces. En général pourtant, le rétrograde de cœur est apathique à l’égard de la Bible. Il ne la lit guère, et quand il la lit, il n’y prend pas assez d’intérêt pour la comprendre. Ses pages deviennent obscures et sans intérêt, et c’est pourquoi il la néglige.

8. Le manque d’intérêt pour la prière secrète est aussi un indice d’un cœur rétrograde.

Jeune chrétien ! Si vous vous apercevez que vous perdez votre intérêt pour la Bible et pour la prière secrète, arrêtez-vous net, revenez à Dieu, et ne vous donnez point de repos que vous ne jouissiez de la lumière de sa face. Si vous vous sentez peu disposé à prier ou à lire votre Bible ; si, lorsque vous priez et lisez votre Bible, vous n’y mettez pas votre cœur et n’y trouvez aucune joie ; si vous êtes enclin à abréger vos dévotions secrètes, ou si vous vous laissez facilement entraîner à les négliger ; si vos pensées, vos affections et vos émotions s’égarent, et si les devoirs du cabinet vous deviennent un fardeau, vous pouvez savoir que vous êtes un rétrograde de cœur, et votre première affaire est de vous briser et de veiller à ce que votre amour et votre zèle soient renouvelés.

9. Le manque d’intérêt pour la conversion des âmes et pour les efforts tendant à favoriser les réveils religieux. Voilà qui révèle évidemment un cœur rétrograde. Il n’est rien à quoi un cœur aimant s’intéresse davantage qu’à la conversion des âmes dans les réveils religieux, et aux efforts faits pour les favoriser.

10. Le manque d’intérêt pour les comptes rendus ou les récits publiés de réveils religieux est aussi un indice d’un cœur rétrograde. Tant que l’on garde son intérêt pour la conversion des âmes et pour les réveils religieux, on s’intéressera, bien entendu, à tous les récits de réveils religieux, où qu’ils aient lieu. Si donc vous vous trouvez peu disposé à lire de tels récits, ou si vous vous apercevez qu’ils ne vous intéressent pas, tenez pour certain que votre cœur a rétrogradé.

11. Il en est de même des missions, de l’œuvre et des entreprises missionnaires. Si vous perdez votre intérêt pour cette œuvre et pour la conversion des païens, et si vous ne prenez pas plaisir à lire et à entendre raconter les succès des missions, vous pouvez savoir que votre cœur a rétrogradé.

12. La perte d’intérêt pour les entreprises de bienfaisance en général est un indice d’un cœur rétrograde. Je dis la perte d’intérêt, car assurément, si vous avez jamais été converti à Christ, vous vous êtes intéressé à toutes les entreprises de bienfaisance qui sont venues à votre connaissance. La religion consiste dans la bienveillance désintéressée. Une âme convertie, cela va de soi, prend l’intérêt le plus profond à tous les efforts bienveillants pour réformer et sauver le genre humain. Dans le bon gouvernement, dans l’éducation chrétienne, dans la cause de la tempérance, dans l’abolition de l’esclavage, dans les secours aux pauvres, bref, dans toute bonne parole et toute bonne œuvre : c’est exactement dans la mesure où vous avez perdu votre intérêt pour ces choses que vous avez la preuve que votre cœur a rétrogradé.

13. La perte d’intérêt pour les entretiens vraiment spirituels est un autre indice d’un cœur rétrograde. « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » Notre Seigneur Jésus-Christ l’a énoncé comme une loi de notre nature. Aucun entretien n’est aussi doux à un cœur vraiment aimant que celui qui se rapporte à Christ et à notre expérience chrétienne vivante. Si vous vous apercevez que vous perdez le goût de vous entretenir de la religion du cœur et des expériences diverses et merveilleuses des chrétiens, alors, si vous avez jamais connu ce qu’est le véritable amour de Dieu, vous en êtes déchu, et vous êtes un rétrograde de cœur.

14. La perte d’intérêt pour l’entretien et la société des personnes éminemment spirituelles est un indice d’un cœur rétrograde. Nous prenons le plus grand plaisir à la société de ceux qui s’intéressent le plus aux choses qui nous sont le plus chères. C’est pourquoi un cœur chrétien aimant recherchera toujours la société de ceux qui ont l’esprit le plus spirituel, et dont la conversation est la plus évangélique et la plus spirituelle. Si vous vous trouvez en défaut à cet égard, sachez avec certitude que votre cœur a rétrogradé.

15. La perte d’intérêt pour la question de la sanctification est un indice d’un cœur rétrograde. Je le répète, la perte d’intérêt, car, si vous avez jamais véritablement connu l’amour de Dieu, vous avez dû porter un grand intérêt à la question de l’entière consécration à Dieu, ou de l’entière sanctification. Si vous êtes chrétien, vous avez senti que le péché était une abomination pour votre âme. Vous avez eu d’inexprimables désirs d’en être délivré pour toujours, et tout ce qui pouvait jeter de la lumière sur cette question d’une importance déchirante vous intéressait au plus haut point. Si cette question a été écartée, et si vous n’y prenez plus d’intérêt, c’est que votre cœur a rétrogradé.

16. La perte d’intérêt pour ceux qui viennent d’être convertis est aussi un indice d’un cœur rétrograde. Le psalmiste dit : « Ceux qui te craignent me voient et se réjouissent, Car j’espère en tes promesses. » Il met ces paroles dans la bouche d’un converti, et qui ne sait que cela est vrai ? Eh quoi ! il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent, et n’y aurait-il pas de la joie parmi les saints sur la terre pour ceux qui viennent à Christ et qui sont comme des enfants nouveau-nés dans le royaume des cieux ? Montrez-moi un professant qui ne manifeste pas un intérêt passionné pour ceux qui se convertissent à Christ, et je vous montrerai un rétrograde de cœur et un hypocrite ; il fait profession de religion, et il n’en a point.

17. Un état d’esprit dépourvu de charité à l’égard de ceux qui font profession de s’être convertis est aussi un indice d’un cœur rétrograde. La charité, ou l’amour, espère tout et croit tout ; elle est toute prête à juger avec bienveillance et faveur ceux qui font profession de s’être convertis à Christ ; elle veillera naturellement sur eux avec intérêt, priera pour eux, les instruira, et aura en eux autant de confiance qu’il est raisonnable d’en avoir. Une disposition à les éplucher, à les critiquer et à les censurer est donc un indice d’un cœur rétrograde.

18. L’absence de l’esprit de prière est un indice d’un cœur rétrograde. Tant que l’amour de Christ demeure frais dans l’âme, l’Esprit de Christ qui habite en nous se révélera comme un esprit de grâce et de supplication. Il fera naître dans l’âme d’ardents désirs pour le salut des pécheurs et la sanctification des saints. Souvent il intercédera en eux avec de grands désirs, de grands cris et des larmes, et par des soupirs que les mots ne peuvent exprimer, pour les choses qui sont selon la volonté de Dieu ; ou, pour le dire dans le langage de l’Écriture, selon Paul, Romains 8:26 et 27 : « De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. » Si l’esprit de prière s’en va, c’est un signe sûr d’un cœur rétrograde, car, tant que dure le premier amour d’un chrétien, il est certain d’être poussé par le Saint-Esprit à lutter beaucoup dans la prière.

19. Un cœur rétrograde se révèle souvent par la manière dont on prie. Par exemple, prier comme si l’on était dans un état de condamnation de soi-même, ou tout à fait comme un pécheur convaincu de péché, est un indice d’un cœur rétrograde. Un tel homme révélera qu’il n’est pas en paix avec Dieu. Ses confessions et ses accusations contre lui-même montreront aux autres ce que peut-être il ne comprend pas bien lui-même. Sa manière de prier révélera qu’il n’a pas de communion avec Dieu ; qu’au lieu d’être rempli de foi et d’amour, il est plus ou moins convaincu de péché, et conscient de n’être pas dans un état où Dieu l’agrée. Il priera naturellement plutôt comme un pécheur convaincu de péché que comme un chrétien. On verra à sa prière qu’il n’est pas dans un état de liberté chrétienne — qu’il vit l’expérience du chapitre 7 de l’épître aux Romains, au lieu de celle qui est décrite au chapitre 8.

20. Un cœur rétrograde se révélera encore en priant presque exclusivement pour soi-même, et pour les amis que l’on regarde comme une partie de soi-même. Il est souvent très frappant, et même révoltant, d’assister à une réunion de prière de rétrogrades, et je regrette beaucoup d’avoir à dire que bien des réunions de prière de l’Église ne sont guère autre chose. Leurs prières sont timides et hésitantes, et révèlent qu’ils n’ont que peu ou point de foi. Au lieu d’entourer le trône de la grâce et de répandre leur cœur pour demander une bénédiction sur ceux qui les entourent, il faut les presser de faire leur devoir, de prendre leur croix. Leur cœur ne s’épanche pas, ne veut pas s’épancher spontanément vers Dieu dans la prière. Ils n’ont que très peu de souci des autres, et quand ils prennent, comme ils disent, leur croix pour faire leur devoir, et font semblant de conduire la prière, on remarquera qu’ils prient exactement comme une troupe de pécheurs convaincus de péché, presque entièrement pour eux-mêmes. Ils demanderont ce qui, s’ils l’obtenaient, serait la religion, exactement comme un pécheur convaincu de péché demanderait un cœur nouveau ; et le fait même de prier pour obtenir la religion, comme ils le font, montre qu’ils n’en ont point dans leur état d’esprit présent. Demandez-leur de prier pour la conversion des pécheurs, et ou bien ils l’oublieront entièrement, ou bien ils ne les mentionneront qu’en passant, d’une manière qui montrera qu’ils n’ont pas le cœur à prier pour eux. J’ai connu des parents qui faisaient profession d’être chrétiens tomber dans un tel état qu’ils n’avaient pas le cœur à prier pour la conversion de leurs propres enfants, même quand ces enfants étaient sous la conviction du péché. Ils maintenaient le culte de famille, assistaient à une réunion de prière hebdomadaire, et ne sortaient jamais de la vieille ornière, tournant sans fin dans leurs prières autour d’eux-mêmes. Il y a quelques années, je travaillais à un réveil dans une Église presbytérienne. À la fin de la prédication du soir, je m’aperçus que la fille de l’un des anciens de l’Église était dans une grande détresse d’esprit. J’observai que la conviction de son péché était très profonde. Nous avions tenu une réunion avec les âmes en quête dans la salle de réunion attenante, et je venais de les congédier, lorsque cette jeune fille vint à moi, dans une grande agitation, et me supplia de prier pour elle. Les gens étaient pour la plupart partis, sauf quelques-uns qui attendaient dans la nef que l’on congédiât les amis qui avaient assisté à la réunion des âmes en quête. J’appelai le père de cette jeune fille dans la salle, afin qu’il vît dans quelle inquiétude extrême se trouvait l’esprit de sa fille. Après un court entretien personnel avec elle en présence de son père, je l’invitai, lui, à prier pour elle, en lui disant que je prierais après lui, et j’exhortai la jeune fille à donner son cœur à Christ. Nous nous agenouillâmes tous, et il fit sa prière jusqu’au bout, agenouillé à côté de sa fille qui sanglotait, sans jamais faire mention de son cas. Sa prière révéla qu’il n’avait pas plus de religion qu’elle, et qu’il était à peu près dans le même état d’esprit qu’elle — sous un terrible sentiment de condamnation. Il avait conservé l’apparence de la religion. En sa qualité d’ancien de l’Église, il était obligé de sauver les apparences. Il avait tourné et tourné sur la roue de ses devoirs, tandis que son cœur avait entièrement rétrogradé. Il est souvent presque écœurant d’assister à une réunion de prière de rétrogrades de cœur. Ils tournent en rond, l’un après l’autre, priant en réalité pour leur propre conversion. Ils ne l’expriment pas ainsi, mais c’est là le sens réel de leur prière. Ils ne pourraient rendre plus évident qu’ils sont des rétrogrades de cœur, quand bien même chacun d’eux en prêterait serment.

21. L’absence aux réunions de prière régulières pour de légères raisons est un signe certain d’un cœur rétrograde. Aucune réunion n’offre plus d’intérêt à un chrétien éveillé que la réunion de prière, et tant que les chrétiens ont quelque cœur à prier, ils ne manqueront pas la réunion de prière, à moins que la providence de Dieu ne les empêche d’y assister. Si la visite d’un ami à l’heure de la réunion peut les empêcher d’y aller, à moins que cette visite ne se fasse dans des circonstances très particulières, c’est une forte preuve qu’ils ne désirent pas y aller, et par conséquent qu’ils sont des rétrogrades de cœur. Une visite à pareil moment ne les empêcherait pas d’aller à une noce, à une soirée, à un pique-nique ou à une conférence divertissante. Le fait est que c’est une hypocrisie de leur part que de prétendre qu’ils veulent réellement y aller, alors que de légères raisons peuvent les retenir. S’il s’agissait d’un endroit où ils désireraient beaucoup aller, ils s’excuseraient en disant : « J’allais justement faire une promenade en voiture », ou : « J’allais justement à tel endroit », et ils s’en iraient.

22. Il en est de même de la négligence du culte de famille pour de légères raisons.

Tant que le cœur est engagé dans la religion, les chrétiens n’omettront pas facilement les dévotions de famille, et chaque fois qu’ils sont prêts à trouver une excuse pour les omettre, c’est un signe certain que leur cœur a rétrogradé.

23. Quand la prière secrète est regardée comme un devoir plutôt que comme un privilège, c’est que le cœur a rétrogradé. Il m’a toujours paru presque ridicule d’entendre des chrétiens parler de la prière comme d’un devoir. C’est l’un des plus grands privilèges de la terre. Que penserions-nous d’un enfant qui viendrait demander son dîner à ses parents, non parce qu’il a faim, mais par devoir ? Quelle impression nous ferait un mendiant qui parlerait du devoir de nous demander l’aumône ? C’est un privilège infini que d’être admis à venir à Dieu et à lui demander de pourvoir à tous nos besoins. Mais prier parce qu’il le faut, plutôt que parce que nous le pouvons, paraît contre nature. Demander ce dont nous avons besoin, et parce que nous en avons besoin, et parce que Dieu nous a encouragés à demander et a promis d’exaucer notre requête, voilà qui est naturel et raisonnable. Mais prier par devoir, et comme si nous obligions Dieu par notre prière, est tout à fait ridicule, et c’est un signe certain d’un cœur rétrograde.

24. Plaider en faveur des divertissements mondains est aussi un indice d’un cœur rétrograde. Les divertissements les plus agréables qui soient, pour un esprit vraiment spirituel, ce sont les occupations qui mettent l’âme dans la communion la plus directe avec Dieu. Tant que le cœur est plein d’amour et de foi, une heure ou une soirée passée seul, en communion avec Dieu, est plus délicieuse que tous les divertissements que le monde peut offrir. Un cœur aimant est jaloux de tout ce qui pourrait rompre sa communion avec Dieu ou y porter atteinte. Les divertissements purement mondains n’ont pour lui aucune saveur. Quand l’âme ne trouve pas plus de délices en Dieu qu’en toutes les choses du monde, le cœur a tristement rétrogradé.

25. L’aveuglement spirituel est un autre indice d’un cœur rétrograde. Tant que l’œil est simple, tout le corps sera plein de lumière spirituelle ; mais si l’œil est mauvais (et c’est là un cœur rétrograde), tout le corps sera plein de ténèbres.

L’aveuglement spirituel se révèle par un manque d’intérêt pour la Parole de Dieu et pour la vérité religieuse en général. Il se manifestera aussi par un manque de discernement spirituel, et se laissera facilement abuser par les insinuations de Satan. Un cœur rétrograde conduira à l’adoption de principes de morale relâchés. Il ne discerne pas la spiritualité de la loi de Dieu, ni de ses exigences en général. Quand cet aveuglement spirituel est manifeste, c’est un signe certain que le cœur a rétrogradé.

26. L’apathie religieuse, jointe à une vigilance et à une sensibilité mondaines, est un signe certain d’un cœur rétrograde. Nous voyons parfois des personnes qui s’émeuvent profondément et promptement sur les sujets de ce monde, mais qu’on ne peut amener à s’émouvoir profondément sur les sujets religieux. Cela indique clairement un état d’esprit rétrograde.

27. Un esprit de complaisance envers soi-même est un signe certain d’un cœur rétrograde. Par complaisance envers soi-même, j’entends une disposition à satisfaire les appétits, les passions et les penchants, « à accomplir les volontés de la chair et de nos pensées ».

Cet état est représenté dans la Bible comme un état de mort spirituelle. Je suis convaincu que l’occasion la plus ordinaire de la rétrogradation du cœur se trouve dans les clameurs qui réclament la satisfaction des divers appétits et penchants. L’appétit pour la nourriture est fréquemment — et peut-être plus fréquemment que tout autre — l’occasion de la rétrogradation. Peu de chrétiens, je le crains, appréhendent quelque danger de ce côté-là. L’ordre de Dieu est celui-ci : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » Les chrétiens l’oublient, et mangent et boivent pour se faire plaisir — ils consultent leurs appétits au lieu des lois de la vie et de la santé. La table prend au piège plus de personnes que l’Église ne le croit. La table est un piège de mort pour des multitudes que personne ne saurait compter. Beaucoup de gens, qui s’abstiennent entièrement des boissons alcooliques, se permettent le thé et le café, et même le tabac, et une nourriture qui, en quantité comme en qualité, viole toutes les lois de la santé. Ils semblent n’avoir d’autre loi que celle de l’appétit, et ils le dépravent tellement par l’abus que s’y livrer, c’est ruiner à la fois le corps et l’âme. Montrez-moi un professant gourmand, et je vous montrerai un rétrograde.

28. Une conscience cautérisée est aussi un indice d’un cœur rétrograde. Tant que l’âme est éveillée et aimante, la conscience est aussi sensible que la prunelle de l’œil. Mais quand le cœur a rétrogradé, la conscience se tait et devient insensible sur bien des sujets. Un tel homme vous dira qu’il ne viole point sa conscience en mangeant ou en buvant, ni en se complaisant à lui-même de quelque manière que ce soit. Vous verrez qu’un rétrograde n’a que bien peu de conscience. Il en sera de même, très généralement, des péchés d’omission. Une multitude de devoirs peuvent être négligés sans qu’une conscience cautérisée dise mot. Là où la conscience n’est pas éveillée, le cœur a sûrement rétrogradé.

29. Des principes moraux relâchés sont un signe certain d’un cœur rétrograde. Le rétrograde de cœur écrira des lettres le jour du sabbat, se livrera à des lectures profanes et à beaucoup de conversations mondaines. Dans les affaires, un tel homme prendra de petits avantages et jouera de petits tours de commerce, se conformera aux habitudes des hommes d’affaires mondains dans la conduite de ses affaires, se rendra coupable de tromperie et de fausses déclarations en concluant des marchés, exigera des intérêts exorbitants et profitera des besoins de ses semblables.

30. La prédominance de la crainte des hommes est un indice d’un cœur rétrograde. Tant que le cœur est plein de l’amour de Dieu, c’est Dieu que l’on craint, et non l’homme. Le désir des applaudissements des hommes est tenu en bride, et il suffit à un tel chrétien de plaire à Dieu, que les hommes soient contents ou mécontents. Mais quand l’amour de Dieu a diminué, « la crainte des hommes », qui « tend un piège », s’empare de l’homme. Plaire à l’homme plutôt qu’à Dieu, voilà alors son but. Dans un tel état, il offensera Dieu plutôt que l’homme.

31. Une susceptibilité pointilleuse au sujet des formes, des cérémonies et des choses non essentielles est un indice d’un cœur rétrograde. Un cœur aimant n’est exigeant que sur la substance et la puissance de la religion, et ne chicanera pas sur ses formes.

32. Un esprit chicanier à l’égard des mesures employées pour favoriser les réveils religieux est un signe certain d’un cœur rétrograde. Là où le cœur est pleinement attaché à la conversion des pécheurs et à la sanctification des croyants, il abordera naturellement le sujet de la manière la plus directe, et par les moyens les plus propres à atteindre ce but. Il ne fera pas d’objections contre les mesures que Dieu bénit évidemment et n’y trouvera pas de pierre d’achoppement, mais il emploiera toute sa sagacité à imaginer les moyens les plus convenables pour atteindre la grande fin sur laquelle il a fixé son cœur.

IV. Je montrerai quelles sont les conséquences de la rétrogradation du cœur. Le texte dit que celui dont le cœur s’égare se rassasie de ses voies.

1. Il sera rassasié de ses propres œuvres. Mais ce sont des œuvres mortes ; ce ne sont pas des œuvres de foi et d’amour, agréables à Dieu, mais les haillons souillés de sa propre justice. Si elles sont accomplies comme des services religieux, elles ne sont qu’une hypocrisie répugnante et une abomination pour Dieu ; le cœur n’y est pas, et c’est à un tel homme que Dieu dit : « Qui a demandé cela de vos mains ? » « Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu. » « Je sais que vous n’avez point en vous l’amour de Dieu. »

2. Il sera rassasié de ses propres sentiments. Au lieu de cette douce paix, de ce repos et de cette joie par le Saint-Esprit qu’il a autrefois connus, il se trouvera dans un état d’agitation, mécontent de lui-même et de tout le monde, ses sentiments étant souvent pénibles, humiliants, et aussi désagréables et aussi peu aimables qu’on puisse l’imaginer. Il est souvent très éprouvant de vivre avec un rétrograde. Ces gens-là sont souvent maussades, censeurs et irritants dans toute leur conduite. Ils ont abandonné Dieu, et il y a dans leurs sentiments plus de l’enfer que du ciel.

3. Ils seront rassasiés de leurs propres préjugés. Leur bonne volonté à connaître et à pratiquer la vérité s’en est allée. Ils prendront tout naturellement parti contre toute vérité qui pèse durement sur leur esprit de complaisance envers eux-mêmes. Ils s’efforceront de se justifier, ne voudront ni lire ni entendre ce qui pourrait reprendre leur état de rétrogradation, et ils concevront de profonds préjugés contre quiconque se mettra en travers de leur chemin. Si quelqu’un les reprend, ils le tiennent pour un ennemi. Ils se retranchent, ferment les yeux à la lumière, se tiennent sur la défensive et critiquent tout ce qui voudrait les sonder.

4. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres inimitiés. Un tel homme gardera presque à coup sûr rancune à ceux avec qui il a des affaires ou d’autres relations. Il s’irritera dans presque toutes les relations de la vie, se laissera aller au dépit et à la colère, et se mettra dans de tels rapports avec quelques personnes, et peut-être avec beaucoup, qu’il ne pourra pas prier pour elles honnêtement et pourra à peine les traiter avec une politesse ordinaire. C’est là un résultat presque certain d’un cœur rétrograde.

5. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres erreurs. Il ne marche pas avec Dieu. Il est sorti de l’ordre divin. Il n’est pas conduit par l’Esprit, mais il marche dans les ténèbres spirituelles. Dans cet état, il est sûr de tomber dans des erreurs nombreuses et graves, et il peut s’empêtrer de manière à gâter son bonheur, et peut-être à détruire son utilité pour toute sa vie. Erreurs dans les affaires, erreurs dans la formation de nouvelles relations, erreurs dans l’emploi de son temps, de sa langue, de son argent, de son influence — tout ira mal pour lui aussi longtemps qu’il restera dans un état de rétrogradation.

6. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres convoitises. Ses appétits et ses passions, qui avaient été tenus en bride, ont maintenant repris leur empire, et, ayant été si longtemps réprimés, ils sembleront se venger en devenant plus impérieux et plus despotiques que jamais. Les appétits et les passions animales éclateront, à l’étonnement du rétrograde, et il y a dix à parier contre un qu’il se trouvera plus soumis à leur influence et plus asservi par eux que jamais auparavant.

7. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres paroles. Tant qu’il est dans cet état, il ne veut pas et ne peut pas maîtriser sa langue. Elle se montrera un membre indocile, pleine d’un venin mortel ; elle enflammera le cours de la vie, étant elle-même enflammée par la géhenne. Par ses paroles, il s’engagera dans bien des difficultés et des embarras dont il ne pourra jamais se tirer avant d’être revenu à Dieu.

8. Il sera plein de ses propres épreuves. Au lieu de se garder de la tentation, il se jettera droit dans la tentation. Il attirera sur lui une multitude d’épreuves qu’il n’aurait jamais eues s’il ne s’était pas éloigné de Dieu. Il se plaindra de ses épreuves, et pourtant il les multipliera sans cesse. Le rétrograde ressent vivement ses épreuves, et, tout en se plaignant d’être si éprouvé par tout ce qui l’entoure, il ne cesse de les aggraver ; et, comme il en est lui-même l’auteur, il semble mettre tout son zèle à les faire fondre sur lui comme une avalanche.

9. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres folies. Ayant rejeté la direction divine, il tombera évidemment dans les profondeurs de sa propre folie. Il dira et fera inévitablement une multitude de choses insensées et ridicules. Comme il fait profession de religion, ces choses seront d’autant plus remarquées et, bien entendu, l’exposeront d’autant plus au ridicule et au mépris. Le rétrograde est, en vérité, le plus grand insensé du monde. Ayant une connaissance expérimentale du vrai chemin de la vie, il a l’infinie folie de l’abandonner. Connaissant la source d’eau vive, il l’a abandonnée, et il s’est creusé des citernes, des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l’eau. S’étant rendu coupable de cette folie infinie, il ne peut mener, tout au long de sa vie de rétrograde, qu’une vie d’insensé, au sens biblique du terme.

10. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres tourments. Dieu est contre lui, et il est contre lui-même. Il n’est en paix ni avec Dieu, ni avec lui-même, ni avec l’Église, ni avec le monde. Il n’a point de repos intérieur. Sa conscience le condamne. Dieu le condamne. Tous ceux qui connaissent son état le condamnent. « Il n’y a point de paix pour les méchants, dit mon Dieu. » Il n’est aucune position, dans le temps ou dans l’espace, où il puisse trouver le repos.

11. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres soucis. Il est retourné à l’égoïsme. Il se regarde comme s’appartenant à lui-même, et ses biens comme siens. Il a tout à prendre en charge. Il ne veut pas se considérer, lui et ses biens, comme appartenant à Dieu, et se décharger de la responsabilité de prendre soin de lui-même et de tout ce qu’il possède. Il ne se décharge pas — il ne veut pas se décharger — de ses soucis sur le Seigneur, mais il entreprend de tout gérer lui-même, selon sa propre sagesse et pour ses propres fins. Par conséquent, ses soucis se multiplieront et fondront sur lui comme un déluge.

12. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres perplexités. Ayant abandonné Dieu, étant sorti de son ordre et tombé dans les ténèbres de sa propre folie, il sera rempli de perplexités et de doutes quant à la conduite qu’il doit suivre pour arriver à ses fins égoïstes. Il ne marche pas avec Dieu, mais à l’encontre de Dieu. Aussi la providence de Dieu se mettra-t-elle constamment en travers de son chemin et déjouera-t-elle tous ses plans. Dieu, d’un froncement de sourcils, couvrira son sentier de ténèbres ; il prendra soin de confondre ses projets et dispersera ses plans aux quatre vents.

13. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres anxiétés. Il sera inquiet de lui-même, de ses affaires, de sa réputation, de tout. Il a retiré toutes ces choses des mains de Dieu, il les revendique et les traite comme siennes ; et, n’ayant plus foi en Dieu et étant incapable de maîtriser les événements, il doit nécessairement être rempli d’anxiété au sujet de l’avenir. Ces anxiétés sont le résultat inévitable de la démence et de la folie qu’il a commises en abandonnant Dieu.

14. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres déceptions. Ayant abandonné Dieu et pris devant lui l’attitude de la volonté propre, il verra inévitablement Dieu le décevoir dans la poursuite de ses fins égoïstes. Il réglera ses voies pour se plaire à lui-même, sans consulter Dieu. Naturellement, Dieu réglera ses voies de manière à le décevoir. Résolu à n’en faire qu’à sa tête, il sera cruellement déçu si ses plans sont déjoués ; et le cours certain des événements sous le gouvernement de Dieu doit naturellement amener une suite de déceptions sur des sujets qui se sont révoltés contre lui.

15. Le rétrograde de cœur ne peut qu’être plein de ses propres pertes. Il regarde ses biens comme siens, son temps comme sien, son influence comme sienne, sa réputation comme sienne. La perte de l’une quelconque de ces choses, il la tient pour sa perte à lui. Ayant abandonné Dieu, et étant incapable de maîtriser les événements dont dépend la conservation de ces choses, il se verra subir des pertes de tous côtés. Il perd sa paix. Il perd ses biens. Il perd une grande partie de son temps. Il perd sa réputation chrétienne. Il perd son influence chrétienne, et, s’il persiste, il perd son âme.

16. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres croix. Tout devoir religieux lui sera pénible, et par conséquent une croix. Son état d’esprit fera des croix d’une multitude de choses qui, dans un état d’esprit chrétien, lui auraient été au plus haut point agréables. Ayant perdu tout cœur pour la religion, il trouve que l’accomplissement de tous les devoirs religieux va à l’encontre de ses sentiments. Il n’y a point de secours pour lui, à moins qu’il ne revienne à Dieu. Tout le cours de la providence divine se mettra en travers de son chemin, et toute sa vie sera une suite de croix et d’épreuves. Il ne peut pas n’en faire qu’à sa tête. Il ne peut pas se satisfaire en accomplissant ses propres souhaits et ses propres désirs. Il peut se heurter et se briser contre les rochers éternels de la volonté de Dieu et des voies de Dieu ; mais passer au travers et tout emporter devant lui, il ne le peut pas. Il faut qu’il soit traversé, retraversé, et traversé encore, jusqu’à ce qu’il rentre dans l’ordre divin et s’abîme dans la volonté de Dieu.

17. Le rétrograde de cœur sera rassasié de ses propres humeurs. Ayant abandonné Dieu, il est sûr d’avoir bien des sujets d’irritation. Dans l’état de rétrogradation, il ne peut posséder son âme par la patience. Les tracas de sa vie de rétrograde le rendront nerveux et irritable ; son humeur deviendra explosive et impossible à maîtriser.

18. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres hontes. Il fait profession de religion. Les yeux du monde sont fixés sur lui, et toutes ses inconséquences, son esprit mondain, ses folies, ses mauvaises humeurs, ses paroles et ses actes odieux le déshonorent dans l’estime de tous ceux qui le connaissent.

19. Le rétrograde de cœur sera plein de ses propres illusions. Ayant l’œil mauvais, il aura tout le corps plein de ténèbres. Il tombera presque certainement dans des illusions quant aux doctrines et quant aux pratiques. Errant comme il le fait dans les ténèbres, il avalera très probablement les illusions les plus grossières. Le spiritisme, le mormonisme, l’universalisme et tous les autres -ismes éloignés de la vérité auront de grandes chances de s’emparer de lui. Qui n’a remarqué cela chez les rétrogrades de cœur ?

20. Le rétrograde de cœur sera rassasié de sa propre servitude. Sa profession de religion le met dans la servitude à l’égard de l’Église. Il n’a pas le cœur à rechercher les intérêts de l’Église ni à travailler à son édification, et pourtant il y est tenu par l’engagement de son alliance, et sa réputation est en jeu. Il faut qu’il fasse quelque chose pour soutenir les institutions religieuses, mais le faire est une servitude. S’il le fait, c’est parce qu’il le doit, et non parce qu’il le peut. De plus, il est dans la servitude à l’égard de Dieu. S’il accomplit quoi que ce soit de ce qu’il appelle devoir religieux, c’est plutôt en esclave qu’en homme libre. Il sert par crainte ou par espérance, exactement comme un esclave, et non par amour. De plus, il est dans la servitude à l’égard de sa propre conscience. Pour éviter la conviction et le remords, il fera ou omettra bien des choses, mais tout cela à contrecœur, et nullement de son propre et cordial gré.

21. Le rétrograde de cœur est plein de sa propre condamnation. Ayant goûté l’amour de Dieu, puis l’ayant abandonné, lui, il se sent condamné en toutes choses. S’il essaie de remplir un devoir religieux, il sait que son cœur n’y est pas, et c’est pourquoi il se condamne. S’il néglige un devoir religieux, il se condamne, cela va de soi. S’il lit sa Bible, elle le condamne. S’il ne la lit pas, il se sent condamné. S’il va à la réunion, le culte le condamne, et s’il reste chez lui, il est condamné. S’il prie en secret, en famille ou en public, il sait qu’il n’est pas sincère, et il se sent condamné. S’il néglige ou refuse de prier, il se sent condamné. Tout le condamne. Sa conscience est en armes contre lui, et les tonnerres et les éclairs de la condamnation le poursuivent partout où il va.

V. Comment se relever d’un état de rétrogradation.

1. Souvenez-vous d’où vous êtes tombé. Abordez la question sans retard, et comparez délibérément votre état présent avec celui où vous marchiez avec Dieu.

2. Acceptez pour vous-même la conviction de votre véritable position. Ne tardez plus à comprendre exactement où en sont les choses entre Dieu et votre âme.

3. Repentez-vous sans retard, et pratiquez de nouveau vos premières œuvres.

4. N’essayez pas de revenir en réformant simplement votre conduite extérieure. Commencez par votre cœur, et mettez-vous sans retard en règle avec Dieu.

5. N’agissez pas comme un simple pécheur convaincu de péché, et n’essayez pas de vous recommander à Dieu par des œuvres ou des prières impénitentes. Ne pensez pas qu’il vous faille vous réformer et vous rendre meilleur avant de pouvoir venir à Christ ; mais comprenez distinctement que venir à Christ, et cela seul, peut vous rendre meilleur. Quelque détresse que vous puissiez ressentir, sachez avec certitude que, jusqu’à ce que vous vous repentiez et acceptiez sa volonté sans condition, vous n’êtes pas meilleur, mais que vous devenez sans cesse pire. Jusqu’à ce que vous vous jetiez sur sa souveraine miséricorde, et que vous reveniez ainsi à Dieu, il n’acceptera rien de vos mains.

6. Ne vous imaginez pas être dans un état de justification, car vous savez que vous n’y êtes pas. Votre conscience vous condamne, et vous savez que Dieu doit vous condamner ; et s’il vous justifiait dans votre état présent, votre conscience ne pourrait pas le justifier, lui. Venez donc sans retard à Christ, comme le pécheur coupable et condamné que vous êtes ; avouez tout, prenez sur vous toute la honte et tout le blâme, et croyez que, malgré tous vos égarements loin de Dieu, il vous aime encore — qu’il vous a aimé d’un amour éternel, et que c’est pourquoi, dans sa bonté, il vous attire.

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