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Discours XIV. Les mesures propres à favoriser les réveils
DISCOURS XIV.
LES MESURES PROPRES À FAVORISER LES RÉVEILS.
Texte. — Ces hommes troublent notre ville; ce sont des Juifs, qui annoncent des coutumes qu’il ne nous est permis ni de recevoir ni de suivre, à nous qui sommes Romains. — Actes 16:20-21.
« Ces hommes » dont il est ici parlé étaient Paul et Silas, qui étaient allés à Philippes prêcher l’Évangile et qui avaient fort agité les gens de cette ville, parce que ceux-ci pensaient que cette prédication nuirait à leurs gains terrestres. Ils traduisirent donc les prédicateurs de l’Évangile devant les magistrats de la ville, comme des coupables, et les accusèrent d’enseigner des doctrines, et surtout d’employer des mesures, qui n’étaient pas permises.
En prenant ces paroles pour sujet, je me propose de montrer :
I. Que, sous la dispensation de l’Évangile, Dieu n’a établi aucun système particulier de mesures qu’il faille employer et observer invariablement pour faire avancer la religion.
II. Que nos formes actuelles de culte public, et tout le reste, pour autant qu’il s’agit de mesures, ont été obtenues par degrés, et par une succession de nouvelles mesures.
I. Je dois montrer que, sous l’Évangile, Dieu n’a établi aucune mesure particulière à employer.
Sous la dispensation juive, il y avait des formes particulières, ordonnées et prescrites par Dieu lui-même, dont il n’était pas permis de s’écarter. Mais ces formes étaient toutes typiques : elles étaient destinées à préfigurer Christ, ou quelque chose qui se rattachait à la dispensation nouvelle que Christ devait introduire. C’est pourquoi elles étaient fixées, et tous leurs détails expressément prescrits par l’autorité divine. Mais il n’en a jamais été ainsi sous l’Évangile. Quand Christ vint, la dispensation cérémonielle ou typique fut abrogée, parce que le dessein de ces formes était accompli et qu’elles-mêmes, dès lors, n’avaient plus d’utilité. Lui étant l’antitype, les types furent naturellement abolis à sa venue. L’ÉVANGILE fut alors prêché comme le moyen établi pour faire avancer la religion ; et il fut laissé à la discrétion de l’Église de déterminer, de temps à autre, quelles mesures on adopterait et quelles formes on suivrait pour donner à l’Évangile toute sa puissance. Nous sommes laissés dans l’obscurité quant aux mesures que suivaient les apôtres et les premiers prédicateurs, sauf ce que nous pouvons en recueillir dans quelques indications éparses du livre des Actes. Nous ne savons pas combien de fois ils chantaient et combien de fois ils priaient dans le culte public, ni même s’ils chantaient ou priaient du tout dans leurs réunions ordinaires de prédication. Quand Jésus-Christ était sur la terre, travaillant au milieu de ses disciples, il ne s’occupait ni de formes ni de mesures. Il agissait à cet égard, de temps à autre, exactement comme il serait naturel à tout homme d’agir en pareil cas, sans rien qui ressemblât à une forme fixe ou à une manière établie de procéder. Les Juifs l’accusaient de mépriser leurs formes. Son but était de prêcher et d’enseigner aux hommes la vraie religion. Et quand les apôtres prêchèrent ensuite, avec le Saint-Esprit envoyé du ciel, nous n’entendons point dire qu’ils aient eu un système particulier de mesures pour poursuivre leur œuvre, ni qu’un apôtre ait fait une chose d’une certaine manière parce que d’autres la faisaient ainsi. Leur mission était celle-ci : « Allez, prêchez l’Évangile, et faites de toutes les nations des disciples. » Elle ne prescrivait aucune forme. Elle n’en admettait aucune. Personne ne peut prétendre tirer de cette mission un ensemble de formes ou des directives particulières quant aux mesures. Faites-le — de la meilleure manière possible — demandez à Dieu la sagesse — servez-vous des facultés qu’il vous a données — cherchez la direction du Saint-Esprit — allez de l’avant et faites-le. Telle était leur mission. Et leur but était de faire connaître l’Évangile de la manière la plus efficace, de faire ressortir la vérité avec éclat, afin d’obtenir l’attention et de s’assurer l’obéissance du plus grand nombre possible. Personne ne peut trouver dans la Bible une forme prescrite pour faire cela. C’est la prédication de l’Évangile qui y ressort au premier plan comme la grande chose. La forme est laissée hors de question.
Il est manifeste que, pour prêcher l’Évangile, il faut adopter des mesures d’une sorte ou d’une autre. Il faut mettre l’Évangile sous les yeux de l’esprit des gens, et prendre des mesures pour qu’ils puissent l’entendre et pour les amener à y prêter attention. C’est ce que l’on fait en bâtissant des temples, en tenant des réunions régulières ou autres, et ainsi de suite. Sans quelques mesures, on ne pourra jamais faire en sorte qu’il produise son effet parmi les hommes.
II. Je dois montrer que nos formes actuelles de culte public, et tout le reste, pour autant qu’il s’agit de mesures, ont été obtenues par degrés, et par une succession de nouvelles mesures.
1. Je mentionnerai quelques faits qui touchent au ministère.
Il y a bien des années, les pasteurs avaient coutume de porter un costume particulier. C’est encore le cas dans les pays catholiques. Il en était de même ici autrefois. Les pasteurs avaient un habit particulier, tout autant que les soldats. Ils portaient un tricorne, un rabat au lieu de cravate ou de col, une culotte et une perruque. Un homme avait beau avoir une chevelure abondante, il fallait qu’il la coupe et qu’il porte perruque. Et puis il devait porter une robe. Toutes ces choses étaient d’usage, chaque ecclésiastique était tenu de les porter, et l’on ne trouvait pas convenable qu’il officiât sans elles. Toutes avaient sans doute été introduites par une succession d’innovations, car nous n’avons aucune bonne raison de croire que les apôtres et les premiers ministres de l’Évangile se soient habillés autrement que les autres hommes.
Mais aujourd’hui on a renoncé à toutes ces choses, l’une après l’autre, par une succession d’innovations ou de nouvelles mesures, si bien qu’à présent, dans beaucoup d’Églises, un pasteur peut monter en chaire et prêcher sans que personne le remarque, quoiqu’il soit vêtu comme n’importe quel autre homme. Et chaque fois que l’on a abandonné l’une d’elles, l’Église s’en est plainte autant que s’il s’était agi d’abandonner une institution divine. On l’a dénoncé comme une innovation. Quand les pasteurs commencèrent à quitter leurs tricornes pour porter des chapeaux comme les autres hommes, les personnes âgées en furent très affligées ; c’était si « peu digne », disaient-elles, qu’un pasteur portât un chapeau rond ! Quand, en 1827, je portai un bonnet de fourrure, un pasteur dit que « c’était vraiment trop fort pour un pasteur ».
Lorsque les pasteurs commencèrent, il y a quelques années, à porter des chapeaux blancs, beaucoup y virent une innovation fâcheuse et tout à fait contraire à la dignité. Et aujourd’hui encore, on est si étroit d’esprit en certains endroits qu’un ecclésiastique me disait, il y a quelques jours à peine, qu’en voyageant l’été dernier à travers la Nouvelle-Angleterre avec un chapeau blanc, il s’était aperçu que cela nuisait à son influence. Il ne faut pas regarder cet esprit comme inoffensif ; j’ai de bonnes raisons de savoir qu’il ne l’est pas. Les hommes qui réfléchissent y voient de la pure étroitesse d’esprit, et courent dès lors le plus grand danger de considérer tout ce qui touche à la religion sous le même jour. C’est ce qui est arrivé dans bien des cas. Il n’y a guère aujourd’hui dans le pays un seul pasteur qui ne se sente obligé de porter un habit noir, tout autant que si c’était une institution divine. L’Église est encore remplie d’une sorte de révérence superstitieuse pour de telles choses. C’est là une grande pierre d’achoppement pour bien des esprits.
De même, quand les pasteurs abandonnèrent le rabat pour porter la cravate ou le col, on dit qu’ils devenaient mondains, et beaucoup y trouvèrent à redire. Aujourd’hui encore, en certains endroits, un pasteur n’oserait pas paraître en chaire avec une cravate ou un col. Les gens auraient l’impression de n’avoir point d’ecclésiastique, s’il n’avait point de rabat. Un pasteur de cette ville demandait à un autre, il y a quelques jours à peine, s’il serait convenable de porter un col noir en chaire. Il en portait un dans ses relations ordinaires avec ses paroissiens, mais il doutait qu’il fût convenable de le porter en chaire.
Il en a été de même pour la culotte courte : on la tenait autrefois pour essentielle à la dignité pastorale. Aujourd’hui encore, dans les pays catholiques, chaque prêtre porte la culotte. Même les petits garçons qu’on y forme à la prêtrise portent le tricorne, des bas noirs et la culotte. Cela paraîtrait ridicule chez nous. Mais c’était autrefois l’usage dans ce pays. Il fut un temps où les braves gens auraient été scandalisés si un pasteur était monté en chaire en pantalon. Ils auraient pensé qu’il allait certainement ruiner l’Église par ses innovations. On m’a raconté qu’il y a quelques années, en Nouvelle-Angleterre, un certain ecclésiastique âgé était si opposé à la nouvelle mesure du pantalon chez un pasteur qu’il ne voulait à aucun prix en voir dans sa chaire. Un jeune homme devait prêcher à sa place, qui n’avait point de culotte, et le vieux pasteur refusa de le laisser officier en pantalon. « Quoi ! dit-il, mes gens penseraient que j’ai fait monter un petit-maître en chaire, s’ils y voyaient un homme en pantalon, et cela produirait parmi eux de l’agitation. » Si bien qu’en fin de compte le jeune homme fut obligé d’emprunter une culotte au vieux monsieur ; elle était trop courte pour lui, et il y fit une figure assez ridicule. Mais tout valait mieux qu’une innovation aussi terrible que de prêcher en pantalon. La raison, pourtant, a triomphé.
Il en fut exactement de même pour les perruques. Je me souviens d’un pasteur qui, bien qu’assez jeune, portait une énorme perruque blanche. Et les gens en parlaient comme s’il y avait là un droit divin, et il était presque aussi difficile d’y renoncer que de renoncer à la Bible elle-même. On considérait aussi la robe comme essentielle à la dignité pastorale. Et aujourd’hui encore, dans bien des assemblées de ce pays, les gens ne toléreront pas un pasteur en chaire s’il n’a pas une ample robe de soie aux manches énormes, aussi grosses que son corps. Même dans certaines Églises congrégationalistes de la Nouvelle-Angleterre, on ne peut se résoudre à y renoncer. Or, comment les gens en sont-ils venus à supposer qu’un pasteur doit avoir une robe ou une perruque pour prêcher avec effet ? Pourquoi chaque ecclésiastique était-il tenu de faire usage de ces choses ? Comment se fait-il qu’on n’ait pas renoncé à une seule d’entre elles dans les Églises sans y provoquer un choc ? On y a renoncé à toutes, l’une après l’autre, et bien des assemblées ont été troublées pendant un temps par l’innovation. Mais quelqu’un prétendra-t-il que la cause de la religion en a souffert ? Les gens avaient l’impression de pouvoir à peine adorer Dieu sans elles, mais il est évident que leur attachement à ces choses ne faisait pas partie de leur religion, c’est-à-dire ne faisait pas partie de la religion chrétienne. C’était pure superstition. Et quand on leur retira ces choses, ils se plaignirent, comme le fit Mica : « Vous avez enlevé mes dieux. » Mais nul doute que leur caractère religieux ne se soit amélioré quand on écarta ces objets de révérence superstitieuse. De sorte que l’Église, somme toute, a beaucoup gagné à ces innovations. Vous voyez ainsi que la manière actuelle dont s’habille un pasteur a été obtenue par une série de nouvelles mesures.
2. En ce qui concerne l’ordre du culte public.
Les mêmes difficultés se sont présentées à chaque changement, parce que l’Église avait le sentiment que Dieu avait établi précisément la manière à laquelle elle était habituée.
(1.) Les recueils de psaumes. Autrefois, on avait coutume de chanter les Psaumes de David. Par la suite, on introduisit une version des Psaumes en vers rimés. C’était fort mal, bien sûr ! Quand les pasteurs essayèrent de l’introduire, les Églises furent troublées, les gens s’y opposèrent violemment, et l’innovation causa de grands désordres. Mais la nouvelle mesure triompha.
Plus tard, on proposa une autre version, d’une meilleure facture poétique, et son introduction fut combattue avec beaucoup d’âpreté, comme une nouvelle mesure. Et enfin vint la version de Watts, à laquelle on s’oppose encore dans bien des Églises. Pas plus tard qu’en 1828, quand j’étais à Philadelphie, on me dit qu’un pasteur de cette ville prêchait à son assemblée une série de discours sur le chant sacré, afin de l’amener à se servir d’une meilleure version des psaumes et des cantiques que celle à laquelle elle était habituée. Et aujourd’hui encore, dans un très grand nombre d’assemblées, il y a des gens qui sortiront du temple si l’on annonce un psaume ou un cantique tiré d’un nouveau recueil. Et si l’on adoptait les Psaumes de Watts, ils feraient sécession et formeraient une nouvelle assemblée plutôt que de tolérer une telle innovation. Le même genre de sentiment s’est manifesté lorsqu’on a introduit les « Village Hymns » dans les réunions de prière. Dans une assemblée presbytérienne de cette ville, il y a peu d’années, la femme du pasteur désira introduire les Village Hymns dans les réunions de prière des femmes, sans oser aller plus loin. Elle croyait réussir. Mais quelques âmes prudentes découvrirent que le recueil avait été fait en Nouvelle-Angleterre, et refusèrent de l’admettre. « C’est une affaire hopkinsienne, j’en suis sûr. »
(2.) La lecture des cantiques ligne par ligne. Autrefois, quand il y avait peu de livres, on avait coutume de « ligner » les cantiques, comme on disait. Le diacre se tenait debout devant la chaire et lisait le psaume ou le cantique une ligne à la fois, ou deux lignes à la fois ; puis il chantait, et tous les autres reprenaient avec lui. Par la suite, on commença à introduire des livres et à laisser chacun chanter dans le sien. Et quelle innovation ! Hélas, quelle confusion et quel désordre cela causa ! Comment les braves gens pourraient-ils adorer Dieu par le chant, sans le diacre pour leur lire le cantique ligne par ligne de son ton sacré ? Car la sainteté de la chose semblait tenir en grande partie au ton, qui était tel qu’on pouvait à peine dire s’il lisait ou s’il chantait.
(3.) Les chœurs. Ensuite on fit passer une autre innovation. On jugea bon d’avoir un chœur choisi de chanteurs, assis à part, qui chanteraient, afin de donner l’occasion d’améliorer la musique. Mais on s’y opposa avec amertume. Oh ! combien d’assemblées furent déchirées et mises en pièces parce que des pasteurs et quelques personnes influentes désiraient améliorer la culture de la musique en formant des chœurs de chanteurs ! On parlait d’innovations et de nouvelles mesures, et l’on pensait que de grands maux allaient fondre sur les Églises, parce que les chanteurs étaient assis à part, cultivaient la musique et apprenaient de nouveaux airs que les vieilles gens ne savaient pas chanter. Il n’en allait pas ainsi quand ils étaient jeunes, et ils ne voulaient pas tolérer dans l’Église de telles nouvelles lumières et de telles nouveautés.
(4.) Les diapasons. Quand on cultiva la musique et que les chœurs furent assis ensemble, les chanteurs voulurent alors un diapason à vent. Autrefois, quand les lignes étaient lues par le diacre ou par le chantre, celui-ci entonnait l’air, et les autres suivaient comme ils pouvaient. Mais quand les directeurs des chœurs se mirent à employer des diapasons pour faire prendre à toutes les voix exactement le même ton, quelle immense confusion cela causa ! J’ai entendu un ecclésiastique raconter qu’un ancien de la ville où il demeurait autrefois se levait et quittait le temple chaque fois qu’il entendait le chantre souffler dans son instrument. « Arrière votre sifflet ! disait-il. Quoi ! siffler dans la maison de Dieu ! » Il y voyait une profanation.
(5.) La musique instrumentale. Par la suite, dans certaines assemblées, on introduisit divers instruments afin de soutenir les chanteurs et d’améliorer la musique. Quand on introduisit pour la première fois la basse de viole, elle fit grand bruit. Les gens soutenaient qu’autant valait avoir un violon dans la maison de Dieu. « Mais c’est un violon ; elle est faite exactement comme un violon, seulement un peu plus grande ; et qui peut adorer là où il y a un violon ? Bientôt vous voudrez danser dans le temple. » Qui n’a pas entendu parler de ces choses comme de questions de la plus haute importance pour la cause de la religion et la pureté de l’Église ? Des pasteurs, dans de graves assemblées ecclésiastiques, ont passé des jours à en débattre. Dans un synode de l’Église presbytérienne, il y a quelques années seulement, certains parlèrent sérieusement, comme d’une affaire méritant une mesure de discipline, du fait qu’une certaine Église avait un orgue dans la maison de Dieu. Et cela il y a peu d’années. Et il y a aujourd’hui bien des Églises qui ne toléreraient pas un orgue. Elles seraient moitié moins émues d’apprendre que des pécheurs s’en vont en enfer que d’apprendre qu’on va installer un orgue dans le temple. Oh ! en combien d’endroits l’on obtiendrait de l’Église n’importe quoi plus aisément que de l’amener, d’une manière simple et naturelle, à faire ce qui est nécessaire, et ce qu’il y a de plus sage et de meilleur, pour faire avancer la religion et sauver les âmes ! Ils agissent comme s’ils avaient un « Ainsi parle l’Éternel » pour chaque coutume et chaque usage qui leur a été transmis, ou qu’ils ont eux-mêmes suivi longtemps, si absurde ou si nuisible qu’il soit.
(6.) Les prières improvisées. Combien y a-t-il de gens qui parlent exactement comme si le livre de prières était d’institution divine ! Et je suppose qu’une multitude le croient. Et dans certaines parties de l’Église, on ne permettrait pas à un homme de prier sans avoir son livre devant lui.
(7.) La prédication sans notes. Il y a quelques années, une dame de Philadelphie, invitée à entendre prêcher un certain pasteur, refusa parce qu’il ne lisait pas ses sermons. Elle semblait penser que ce serait une profanation pour un homme de monter en chaire et de parler exactement comme s’il entretenait les gens de quelque sujet intéressant et important. Comme si Dieu avait prescrit l’usage des notes et des sermons écrits ! Ces gens ne savent pas que les notes elles-mêmes sont une innovation, et une innovation moderne encore. On les introduisit à une époque de difficultés politiques en Angleterre. Les pasteurs craignaient d’être accusés d’avoir prêché quelque chose contre le gouvernement s’ils ne pouvaient montrer ce qu’ils avaient prêché en l’ayant entièrement écrit d’avance. Et, dans un esprit de complaisance, ils cédèrent à des considérations politiques et imposèrent à l’Église un joug de servitude. Et aujourd’hui, en beaucoup d’endroits, on ne peut tolérer la prédication improvisée.
(8.) S’agenouiller pour prier. Cela a causé un grand trouble dans bien des régions du pays. Il fut un temps, dans les Églises congrégationalistes de la Nouvelle-Angleterre, où un homme ou une femme aurait eu honte d’être vu à genoux dans une réunion de prière, de peur d’être pris pour un méthodiste. J’ai prié dans des familles où j’étais le seul à m’agenouiller. Tous les autres restaient debout, de peur, je suppose, d’imiter les méthodistes et d’encourager ainsi des innovations contraires à la forme établie. D’autres, au contraire, parlent comme s’il n’y avait aucune autre posture que la position à genoux qui pût être agréable dans la prière.
3. Les travaux des laïques.
(1.) Les prières des laïques. On faisait autrefois beaucoup d’objections à ce qu’on permît à un homme de prier ou de prendre part à la conduite d’une réunion de prière, à moins qu’il ne fût ecclésiastique. On disait qu’un laïque qui priait en public portait atteinte à la dignité des pasteurs, et qu’on ne devait pas le tolérer. Un pasteur de Pennsylvanie me raconta qu’il y a quelques années, il avait convoqué une réunion de prière dans l’église, et que les anciens s’y opposèrent et la mirent à la porte. Ils dirent qu’ils ne voulaient pas de pareille besogne ; ils avaient engagé un pasteur pour faire les prières, c’était à lui de les faire, et ils n’allaient pas laisser prier de simples hommes.
Des pasteurs et bien d’autres ont très largement fait objection à ce qu’un laïque priât en public, et surtout en présence d’un pasteur. Cela rabaisserait l’autorité du clergé, et on ne devait pas le tolérer. Lors d’un synode tenu dans cet État, on avait prévu une réunion de prière synodale. Le comité d’organisation, comme il s’agissait d’une chose officielle, désigna d’avance les personnes qui devaient y prendre part, et nomma deux ecclésiastiques et un laïque. Ce laïque était un homme d’un talent et d’une instruction égaux à ceux de la plupart des pasteurs. Mais un docteur en théologie se leva et fit sérieusement objection à ce qu’on demandât à un laïque de prier devant le synode. Ce n’était pas l’usage, dit-il ; cela empiétait sur les droits du clergé, et il ne voulait pas d’innovations. Quel état de choses !
(2.) L’exhortation des laïques. On a fait une question d’une immense importance — une question qui a agité toute la Nouvelle-Angleterre et bien d’autres régions du pays — de savoir s’il fallait permettre aux laïques d’exhorter dans les réunions publiques. Beaucoup de pasteurs se sont efforcés de fermer entièrement la bouche aux laïques. Ils ne tenaient pas compte de la pratique des Églises primitives. On fit une si forte opposition à cette pratique, il y a près de cent ans, que le président Edwards dut réellement se saisir de la question et écrire une défense approfondie des droits et des devoirs des laïques. Mais l’opposition n’a pas entièrement cessé à ce jour. « Quoi ! un homme qui n’est pas pasteur parler en public ! Cela créera la confusion, cela rabaissera le ministère ; que pensera-t-on de nous, pasteurs, si nous permettons à de simples hommes de faire les mêmes choses que nous ? » Étonnant !
Mais aujourd’hui toutes ces choses sont passées, dans la plupart des endroits, et les laïques peuvent prier et exhorter sans la moindre objection. Les maux que l’on redoutait des travaux des laïques ne se sont pas produits, et bien des pasteurs sont heureux de les voir exercer leurs dons à faire le bien.
4. Les réunions de prière des femmes. Ces dernières années, les réunions de prière des femmes ont rencontré une large opposition dans cet État. Quelles choses épouvantables ! Un pasteur, aujourd’hui décédé, disait que lorsqu’il entreprit pour la première fois d’établir ces réunions, il eut contre lui tout le clergé d’alentour. « Faire prier les femmes ? Mais la prochaine chose, je suppose, sera de les faire prêcher ! » Et l’on conçut de sérieuses craintes pour la sûreté de Sion, si l’on permettait aux femmes de se réunir pour prier. Et aujourd’hui encore, on ne les tolère pas dans certaines Églises.
Il en a été de même pour tous les mouvements actifs de l’Église. Les missions, les écoles du dimanche et toutes les œuvres de ce genre ont rencontré de l’opposition, et n’ont acquis la place qu’elles ont aujourd’hui dans l’Église que par une succession de luttes et une série d’innovations. Une association baptiste de Pennsylvanie, il y a quelques années, rompit toute communion avec tout pasteur ayant reçu une instruction libérale, ou qui soutenait les missions, les sociétés bibliques, les écoles du sabbat, les sociétés de tempérance, etc. Tout cela fut dénoncé comme de nouvelles mesures, qui ne se trouvent pas dans la Bible et qui mèneraient nécessairement le trouble et la confusion dans les Églises. Certains, parmi les Églises allemandes, ont fait de même. Et dans bien des Églises presbytériennes, il s’en trouve qui prendront la même position et dénonceront toutes ces choses — à l’exception, peut-être, d’un ministère instruit — comme des innovations, de nouvelles mesures, de nouvelles lumières, une manière d’aller dans sa propre force, et ainsi de suite, et comme propres à faire beaucoup de mal.
5. Je mentionnerai plusieurs hommes que la providence divine a mis en avant comme les principaux artisans de l’introduction de ces innovations.
(1.) Les apôtres furent de grands novateurs, comme vous le savez tous. Après la résurrection, et après que le Saint-Esprit eut été répandu sur eux, ils entreprirent de refaçonner l’Église. Ils renversèrent le système juif de mesures et le déracinèrent, au point d’en laisser à peine un vestige.
(2.) Luther et les réformateurs. Vous savez tous contre quelles difficultés ils eurent à lutter ; et la raison en était qu’ils s’efforçaient d’introduire de nouvelles mesures — de nouvelles manières d’accomplir les devoirs publics de la religion, et de nouveaux moyens de faire pénétrer l’Évangile avec puissance dans le cœur des hommes. Toutes les choses étranges et ridicules des catholiques romains étaient maintenues dans l’Église avec une obstination opiniâtre, comme si elles étaient d’autorité divine. Et la tentative de les changer souleva une telle agitation qu’elle faillit plonger toute l’Europe dans le sang.
(3.) Wesley et ses collaborateurs. Wesley ne se sépara pas d’abord de l’Église établie d’Angleterre, mais il forma partout de petites classes qui devinrent une Église dans l’Église. Il resta dans l’Église épiscopale, mais il introduisit tant de nouvelles mesures qu’il remplit toute l’Angleterre d’agitation, de tumulte et d’opposition ; on le dénonçait partout comme un novateur, un fauteur de sédition et un docteur de choses nouvelles qu’il n’était pas permis de recevoir.
Whitefield était un homme de la même école et, comme Wesley, un novateur. Je crois que lui et plusieurs de ses compagnons furent chassés de l’université pour avoir mis sur pied une nouvelle mesure telle qu’une réunion de prière en commun. Ils priaient ensemble et expliquaient les Écritures, et c’était là une nouveauté si audacieuse qu’on ne pouvait la supporter. Quand Whitefield vint dans ce pays, quelle opposition étonnante il souleva ! Souvent il faillit perdre la vie, et n’en réchappa que de justesse. Aujourd’hui, tout le monde le regarde comme la gloire du siècle où il vécut. Et beaucoup de gens de notre propre dénomination se sont si bien dépouillés de leurs préjugés qu’ils tiennent Wesley non seulement pour un homme de bien, mais pour un homme sage et éminemment utile. Alors, presque toute l’Église les regardait avec animosité, craignant que les innovations qu’il introduisait ne détruisent l’Église.
(4.) Le président Edwards. Ce grand homme fut célèbre de son temps pour ses nouvelles mesures. Entre autres innovations, il refusa de baptiser les enfants de parents impénitents. La pratique de baptiser les enfants des impies avait été introduite dans les Églises de la Nouvelle-Angleterre au siècle précédent, et elle était devenue presque universelle. Le président Edwards vit que cette pratique était mauvaise, il refusa de s’y prêter, et ce refus ébranla toutes les Églises de la Nouvelle-Angleterre. Cent pasteurs s’unirent et résolurent de l’abattre. Il écrivit un livre sur la question, et les vainquit tous. Cela produisit l’une des plus grandes agitations qu’on ait jamais vues en Nouvelle-Angleterre. Rien, sinon peut-être la guerre d’Indépendance, ne produisit jamais une agitation pareille.
L’Association générale du Connecticut refusa d’appuyer Whitefield, tant il était novateur. « Mais il va prêcher en plein air et n’importe où ! » Affreux ! Quelle chose terrible, qu’un homme prêche dans les champs ou dans les rues ! Chassez-le.
Tous ces hommes étaient des hommes consacrés, qui cherchaient les moyens de faire le bien et de sauver des âmes. Et tous rencontrèrent exactement le même genre d’opposition de la part des corps ecclésiastiques, qui leur barraient le chemin et s’efforçaient de ruiner leur réputation et leur influence. Un livre, qui existe encore, fut écrit du temps du président Edwards par un docteur en théologie, et signé par une multitude de pasteurs, contre Whitefield et Edwards, leurs associés et leurs mesures. Un pasteur publia dans cette ville, contre Whitefield, une lettre qui soulevait contre les innovations les mêmes objections que nous entendons aujourd’hui. Lors de la récente opposition aux réveils dans l’État de New York, on porta une copie de cette lettre au rédacteur d’un périodique religieux en le priant de la publier. Il refusa, en donnant pour raison que, si elle était publiée, beaucoup l’appliqueraient à la controverse qui se poursuit maintenant. Je ne le mentionne que pour montrer combien l’opposition que l’on soulève, en différents siècles, contre toutes les nouvelles mesures destinées à faire avancer la cause de la religion est identique.
6. Dans la génération présente, on a introduit bien des choses qui se sont montrées utiles, mais auxquelles on s’est opposé sous prétexte que c’étaient des innovations. Et comme beaucoup sont encore indécis à leur égard, j’ai jugé bon de faire à leur sujet quelques remarques. Il y a en particulier trois choses qui ont surtout attiré l’attention, et c’est pourquoi j’en parlerai. Ce sont les réunions pour les âmes inquiètes, les réunions prolongées et le banc des inquiets. On s’oppose à toutes trois, et on les appelle de nouvelles mesures.
(1.) Les réunions pour les âmes inquiètes. Les premières dont j’aie jamais entendu parler sous ce nom se tenaient en Nouvelle-Angleterre ; on les convoquait dans le but d’avoir des entretiens personnels avec les pécheurs inquiets et d’adapter l’instruction au cas de chacun, afin de les conduire immédiatement à Christ. Leur dessein est évidemment conforme à la saine philosophie, mais on s’y est opposé parce qu’elles étaient nouvelles. Il y a deux manières de conduire une réunion pour les âmes inquiètes, et l’une comme l’autre peut atteindre le but qu’elle se propose.
(a.) Passer quelques instants en entretien personnel pour connaître l’état d’esprit de chacun, puis, dans une allocution adressée à tous, reprendre toutes leurs erreurs et lever ensemble toutes leurs difficultés.
(b.) Aller de l’un à l’autre, prendre chaque cas individuellement, parcourir tout le terrain avec chacun séparément, et l’amener à promettre de donner son cœur à Dieu. De l’une ou l’autre manière, ces réunions sont importantes, et l’expérience a montré qu’elles réussissent très bien. Mais une multitude de gens y ont fait objection parce qu’elles étaient nouvelles.
(2.) Les réunions prolongées. Elles ne sont pas nouvelles ; on les a toujours pratiquées, sous une forme ou sous une autre, depuis qu’il existe une Église sur la terre. Les fêtes juives n’étaient rien d’autre que des réunions prolongées. Quant à la manière, on les conduisait autrement qu’aujourd’hui. Mais le dessein était le même : consacrer une série de jours aux exercices religieux, afin de faire une impression plus puissante des choses divines sur l’esprit des gens. Toutes les dénominations chrétiennes, quand la religion prospère parmi elles, tiennent des réunions prolongées. En Écosse, on commençait autrefois le jeudi, à toutes les époques de communion, et l’on continuait jusqu’après le sabbat. Les épiscopaux, les baptistes et les méthodistes tiennent tous des réunions prolongées. Et pourtant, de nos jours, on s’y est opposé, particulièrement chez les presbytériens ; on les a appelées de nouvelles mesures et regardées comme grosses de toutes sortes de maux, bien qu’elles aient été si manifestement et si largement bénies. Je proposerai quelques points qu’il faut considérer à leur égard.
(a.) En les convoquant, il faut avoir égard à la situation des gens ; il faut voir si l’Église est en mesure d’y donner son attention et d’y consacrer son temps pour soutenir la réunion. Dans certains cas, on a négligé cette règle. Certains ont cru bien faire en venant interrompre les affaires nécessaires de la communauté. À la campagne, on convoquait la réunion au temps de la moisson, et à la ville au plus fort de la saison des affaires, quand tous les hommes étaient nécessairement occupés et pressés par leurs travaux temporels. Pour défendre cette manière d’agir, on dit que nos affaires doivent toujours céder aux affaires de Dieu ; que les choses éternelles sont tellement plus importantes que les choses temporelles que les affaires du monde, de quelque nature qu’elles soient et en tout temps, doivent céder et faire place à une réunion prolongée. Mais les affaires du monde dans lesquelles nous sommes engagés ne sont pas nos affaires. Elles sont tout autant les affaires de Dieu, et tout autant notre devoir, que nos prières et nos réunions prolongées. Si nous ne considérons pas nos affaires sous ce jour, nous n’avons pas encore reçu la première leçon de la religion ; nous n’avons pas appris à faire tout pour la gloire de Dieu. Avec cette manière de voir, qui sépare nos affaires de la religion, nous vivons six jours pour nous-mêmes et le septième pour Dieu. Les vrais devoirs ne se contrarient jamais les uns les autres. Les jours de la semaine ont leurs devoirs propres, et le sabbat les siens, et nous devons être également pieux chaque jour de la semaine et dans l’accomplissement des devoirs de chaque jour. Nous devons labourer, semer, vendre nos marchandises et vaquer à nos diverses occupations avec le même regard unique vers la gloire de Dieu que lorsque nous allons au temple le jour du sabbat, que nous prions en famille et que nous lisons notre Bible. C’est là un premier principe de la religion. Celui qui ne connaît pas ce principe et n’agit pas selon lui n’a pas encore appris l’ABC de la piété. Or il y a dans l’année des saisons particulières où Dieu, dans sa providence, appelle les hommes à s’occuper de leurs affaires, parce que les affaires du monde sont alors particulièrement pressantes et doivent se faire en cette saison ou ne se faire jamais : les semailles et la moisson pour le cultivateur, et les saisons des affaires pour le négociant. Et nous n’avons pas le droit de dire, en ces saisons-là, que nous allons quitter nos affaires pour tenir une réunion prolongée. Le fait est que ces affaires ne sont pas les nôtres. Et à moins que Dieu, par quelque indication spéciale de sa providence, ne montre qu’il lui plaît que nous laissions tout de côté pour tenir une réunion prolongée en de tels moments, je considère que c’est tenter Dieu que d’en convoquer une. C’est dire : « Ô Dieu, ces affaires du monde sont nos affaires, et nous voulons bien les mettre de côté pour tes affaires. » À moins que Dieu n’ait indiqué qu’il lui plaît de répandre son Esprit et de ranimer son œuvre en une telle saison, et qu’il n’ait ainsi appelé son peuple à quitter pour un temps ses occupations ordinaires pour s’appliquer tout spécialement à une réunion prolongée, il me semble qu’en pareilles circonstances Dieu pourrait nous dire : « Qui vous a demandé cela ? »
Dieu a le droit de disposer de notre temps comme il lui plaît, d’exiger que nous consacrions une portion quelconque de notre temps, ou tout notre temps, aux devoirs de l’instruction et de la dévotion. Et quand les circonstances l’exigent clairement, il est de notre devoir de mettre de côté toute autre affaire et de faire des efforts directs et soutenus pour le salut des âmes. Si nous traitons nos affaires selon de justes principes, par de justes motifs et entièrement pour la gloire de Dieu, nous ne ferons jamais difficulté de les quitter pour assister à une réunion prolongée chaque fois que la providence de Dieu paraîtra nous y appeler. Un homme qui se considère comme un intendant ou comme un commis ne regarde pas comme une peine, mais comme un privilège, de se reposer de ses travaux le jour du sabbat. Le propriétaire égoïste peut répugner à suspendre ses affaires le jour du sabbat. Mais le commis, qui traite les affaires non pour lui-même mais pour son patron, considère comme un privilège de se reposer le jour du sabbat. De même, si nous faisons nos affaires pour Dieu, nous ne trouverons pas dur qu’il nous fasse un devoir de suspendre nos affaires du monde pour assister à une réunion prolongée. Nous devrions plutôt la regarder comme un jour de fête. Chaque fois donc que vous entendez un homme plaider qu’il ne peut quitter ses affaires pour assister à une réunion prolongée — qu’il est de son devoir de s’occuper de ses affaires — il y a lieu de craindre qu’il ne considère ces affaires comme les siennes, et la réunion comme l’affaire de Dieu. S’il sentait que les affaires du magasin ou de la ferme sont tout autant les affaires de Dieu que d’assister à une réunion prolongée, il serait sans doute tout disposé à se reposer de ses labeurs terrestres, à monter à la maison de Dieu et à y être restauré, chaque fois qu’il y aurait, de la part de Dieu, une indication que la communauté est appelée à cette œuvre. Il est très digne de remarque que les fêtes juives avaient été fixées aux saisons de l’année où les affaires indispensables du monde pressaient le moins.
Dans certains cas, on a convoqué de telles réunions au plus fort de la saison des affaires, et elles n’ont été suivies d’aucun bon résultat, évidemment faute d’avoir eu égard à la règle que je viens de poser. Dans d’autres cas, on a convoqué des réunions en des saisons où les affaires du monde pressaient beaucoup, et elles ont été remarquablement bénies. Mais dans ces cas-là, la bénédiction est venue parce que la réunion avait été convoquée, en obéissance aux indications de la volonté de Dieu, par des hommes doués de discernement spirituel qui comprenaient les signes des temps. Et dans bien des cas, sans doute, il y a eu des personnes qui y ont assisté en croyant réellement abandonner leurs propres affaires pour s’occuper des affaires de Dieu ; dans ces cas-là, elles faisaient ce qu’elles croyaient être un véritable sacrifice, et Dieu, dans sa miséricorde, leur a accordé la bénédiction.
(b.) D’ordinaire, une réunion prolongée devrait être conduite d’un bout à l’autre, et le travail accompli pour l’essentiel, par le même pasteur, si possible. On a quelquefois tenu des réunions prolongées en comptant sur des pasteurs qui viendraient de jour en jour. Et elles n’avaient aucune bénédiction. La raison en était évidente. Ils n’arrivaient pas dans un état d’esprit qui leur permît d’entrer dans l’œuvre, et ils ne connaissaient pas l’état d’esprit des gens, de sorte qu’ils ne savaient que prêcher. Supposez qu’un malade fasse venir chaque jour un médecin différent. Celui-ci ne saurait ni quels ont été les symptômes, ni quelle a été la marche de la maladie ou du traitement, ni quels remèdes on a essayés, ni ce que le malade peut supporter. Mais il tuerait certainement le malade ! Il en est exactement de même d’une réunion prolongée conduite par une succession de pasteurs. Aucun d’eux n’en prend l’esprit, et généralement ils font plus de mal que de bien.
D’ordinaire, on ne devrait pas convoquer de réunion prolongée à moins de pouvoir s’assurer le genre d’aide qu’il faut, et d’obtenir un ou deux pasteurs qui consentent à rester sur place jusqu’à la fin de la réunion. Alors on s’assurera probablement une riche bénédiction.
(c.) Il ne devrait pas y avoir tant de réunions publiques qu’elles empiètent sur les devoirs du cabinet et de la famille. Autrement, les chrétiens perdront leur spiritualité, lâcheront prise sur Dieu, et la réunion s’éteindra.
(d.) Les familles ne devraient pas se donner tant de peine pour recevoir les étrangers qu’elles en viennent à négliger la prière et les autres devoirs. Il arrive souvent, quand on tient une réunion prolongée, que certaines des principales familles de l’Église — je veux dire celles sur qui l’on compte surtout pour soutenir les réunions — n’entrent pas du tout dans l’œuvre. Et la raison en est qu’elles sont occupées à divers soins domestiques. Elles se donnent souvent une peine inutile pour pourvoir aux besoins des hôtes qui viennent de loin à la réunion, et s’appliquent très sottement à offrir une réception non seulement confortable, mais somptueuse. Il devrait toujours être entendu que le devoir des familles est d’avoir le moins de travail et d’apparat possible, et d’exercer leur hospitalité de la manière la plus simple, afin que tous aient le temps de prier, d’aller à la réunion et de s’occuper des choses du royaume.
(e.) Gardez-vous par tous les moyens de veiller tard sans nécessité. Si les gens veillent tard, soir après soir, ils useront inévitablement leur corps, leur santé déclinera, et il y aura une réaction. Ils se laissent quelquefois exciter au point de perdre le sommeil et de devenir irréguliers dans leurs repas, jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, et qu’une réaction ne puisse manquer de venir. À moins de prendre le plus grand soin de garder une vie réglée, l’excitation deviendra si grande que la nature cédera, ils s’épuiseront, et l’œuvre s’arrêtera.
(f.) Il faut soigneusement éviter tout esprit sectaire. Si un esprit sectaire éclate, soit dans la prédication, soit dans la prière, soit dans la conversation, il détruira tout le bien de la réunion.
(g.) Veillez à ne pas mettre votre confiance dans une réunion prolongée, comme si elle devait d’elle-même produire un réveil. C’est là un point très dangereux, et il l’a toujours été. C’est la grande raison pour laquelle l’Église, de génération en génération, a toujours dû renoncer à ses mesures : parce que les chrétiens en étaient venus à compter sur elles pour réussir. Il en a été ainsi, en certains endroits, pour les réunions prolongées. Elles ont été si bénies qu’en certains endroits les gens ont pensé qu’il leur suffirait de tenir une réunion prolongée pour avoir une bénédiction, et que les pécheurs seraient convertis tout naturellement. Et ainsi ils ont convoqué leur réunion sans aucune préparation dans l’Église ; ils ont simplement envoyé chercher au loin quelque pasteur en renom et l’ont mis à prêcher, comme si cela devait convertir les pécheurs. Il est évident que la bénédiction serait refusée à une réunion organisée de cette manière.
(h.) Évitez d’adopter l’idée qu’on ne peut jouir d’un réveil sans une réunion prolongée. Certaines Églises sont tombées sur ce point dans un état de sentiment maladif. Leur zèle est devenu tout spasmodique et fiévreux, si bien qu’elles ne pensent jamais à rien faire pour favoriser un réveil, sinon de cette manière. Quand on tient une réunion prolongée, elles semblent merveilleusement zélées, puis elles retombent dans la torpeur jusqu’à ce qu’une autre réunion prolongée produise un autre spasme. Et maintenant une multitude de gens dans l’Église pensent qu’il faut renoncer aux réunions prolongées parce qu’on en abuse de cette manière. Il faudrait se garder de cela dans chaque Église, afin qu’elle ne soit pas réduite à y renoncer et à perdre tous les bienfaits que les réunions prolongées sont propres à produire.
(3.) Le banc des inquiets.
J’entends par là la désignation, dans le lieu de réunion, d’un banc particulier où les âmes inquiètes peuvent venir pour qu’on s’adresse particulièrement à elles, qu’on en fasse l’objet de la prière, et quelquefois qu’on s’entretienne avec elles individuellement. Ces derniers temps, cette mesure a rencontré plus d’opposition qu’aucune des autres. Quelle est donc la grande objection ? Je ne la vois pas. Le dessein du banc des inquiets est sans aucun doute conforme à la saine philosophie et aux lois de l’esprit. Il a deux effets :
1. Quand une personne est sérieusement troublée dans son esprit, chacun sait qu’elle a une forte tendance à le cacher. Quand une personne est accablée par le sentiment de son état, si vous pouvez l’amener à consentir qu’on le sache, si vous pouvez l’amener à rompre les chaînes de l’orgueil, vous avez gagné un point important vers sa conversion. Cela est conforme à la philosophie de l’esprit humain. Combien de milliers de personnes béniront Dieu pendant l’éternité d’avoir été amenées, quand la vérité les pressait, à faire ce pas, par lequel elles se défirent de l’idée que c’était une chose affreuse que quelqu’un sache qu’elles étaient sérieusement préoccupées de leur âme !
2. Un autre effet du banc des inquiets est de déceler la tromperie et l’illusion, et de prévenir ainsi les fausses espérances. On s’y est opposé sous prétexte qu’il était propre à créer l’illusion et de fausses espérances. Mais cette objection est déraisonnable. La vérité est tout le contraire. Supposez que je prêche sur la tempérance, que je montre d’abord les maux de l’intempérance, que je fasse paraître l’ivrogne et sa famille, et que je montre les divers maux qui en résultent, jusqu’à ce que chaque cœur batte d’émotion. Puis je dépeins le grand danger de boire avec modération, je montre comment cela mène à l’ivresse et à la ruine, et qu’il n’y a de sûreté que dans l’ABSTINENCE TOTALE, jusqu’à ce que cent cœurs soient prêts à dire : « Je ne boirai plus jamais une goutte d’eau-de-vie de ma vie ; si je le fais, je dois m’attendre à trouver la tombe d’un ivrogne. » Maintenant je m’arrête, je fais circuler l’engagement, et chacun de ceux qui sont pleinement résolus est prêt à le signer. Mais combien vont commencer à reculer et à hésiter, quand vous commencerez à les appeler à signer un engagement d’abstinence totale ! L’un se dit en lui-même : « Le signerai-je ou non ? Je croyais mon parti pris, mais signer ainsi un engagement de ne jamais plus boire, je ne sais pas trop. » Vous voyez ainsi que, lorsqu’on appelle une personne à prendre un engagement, s’il apparaît qu’elle n’est pas décidée, elle rend manifeste qu’elle n’était pas sincère. C’est-à-dire qu’elle n’avait jamais pris à ce sujet une résolution sur laquelle on pût compter pour gouverner sa vie future. Il en est exactement de même du pécheur réveillé. Prêchez-lui, et sur le moment il pense être disposé à faire n’importe quoi ; il se croit décidé à servir le Seigneur ; mais mettez-le à l’épreuve, appelez-le à faire une seule chose, à faire un seul pas qui l’identifie avec le peuple de Dieu ou qui contrarie son orgueil — son orgueil se lève, et il refuse ; son illusion est mise au jour, et il se trouve encore un pécheur perdu ; tandis que si vous ne l’aviez pas fait, il aurait pu s’en aller en se flattant d’être chrétien. Si vous lui dites : « Voici le banc des inquiets ; venez et déclarez votre résolution d’être du côté du Seigneur », et s’il ne veut pas faire une chose aussi petite que celle-là, alors il ne veut faire quoi que ce soit, et le voilà mis à nu devant sa propre conscience. Cela dévoile l’illusion du cœur humain et prévient un grand nombre de conversions fausses, en montrant à ceux qui pourraient autrement s’imaginer prêts à faire n’importe quoi pour Christ qu’en fait ils ne sont prêts à rien faire.
L’Église a toujours senti la nécessité d’avoir quelque chose de ce genre pour répondre précisément à ce but. Au temps des apôtres, c’était le baptême qui répondait à ce but. On prêchait l’Évangile aux gens, puis tous ceux qui voulaient être du côté de Christ étaient appelés à être baptisés. Le baptême tenait exactement la place que tient aujourd’hui le banc des inquiets, comme une manifestation publique de leur résolution d’être chrétiens. Et de nos jours, ceux qui se sont le plus violemment opposés au banc des inquiets ont été obligés d’adopter quelque substitut, faute de quoi ils ne pouvaient avancer dans l’œuvre d’un réveil. Certains ont adopté l’expédient d’inviter les personnes inquiètes pour leur âme à rester pour un entretien après que le reste de l’assemblée s’était retiré. Mais quelle est la différence ? C’est tout autant établir une épreuve que l’autre moyen. D’autres, qui auraient grand honte d’employer le banc des inquiets, ont prié ceux qui éprouvaient quelque sentiment à ce sujet de rester assis à leur place quand les autres se retiraient. D’autres ont invité les âmes inquiètes à se retirer dans la salle des réunions. Le but de tous ces moyens est le même, et le principe est le même : faire sortir les gens du refuge de la fausse honte. J’ai entendu parler d’un homme, très avancé dans son opposition aux nouvelles mesures, qui, dans une de ses réunions, pria tous ceux qui étaient disposés à se soumettre à Dieu, ou qui désiraient être l’objet de la prière, de le signifier en se penchant en avant et en posant la tête sur le banc devant eux. Qui ne voit que ce n’était là qu’une manière d’éluder le banc des inquiets, destinée à en tenir lieu, et qu’il l’avait adoptée parce qu’il sentait qu’il fallait quelque chose de ce genre ?
Or, quelle objection y a-t-il à prendre un banc particulier, à se lever ou à se rendre dans la salle des réunions ? Tous ces moyens signifient la même chose, quand on les emploie convenablement. Et ce ne sont nullement des nouveautés quant au principe. La chose s’est toujours faite en substance. Au temps de Josué, celui-ci appela le peuple à décider ce qu’il ferait, et le peuple répondit tout haut dans l’assemblée : « Nous servirons l’Éternel. Nous servirons l’Éternel, notre Dieu, et nous obéirons à sa voix. »
REMARQUES.
1. Si nous examinons l’histoire de l’Église, nous trouverons qu’il n’y a jamais eu de réformation étendue autrement que par de nouvelles mesures. Chaque fois que les Églises se figent dans une forme de faire les choses, elles en viennent bientôt à se reposer sur l’accomplissement extérieur de cette forme, et gardent ainsi la forme de la religion tout en en perdant la substance. Et alors on a toujours trouvé impossible de les réveiller de manière à opérer une réforme des abus et à produire un réveil religieux en suivant simplement cette forme établie. Il n’est peut-être pas exagéré de dire qu’il est impossible à Dieu lui-même d’opérer des réformations autrement que par de nouvelles mesures. Du moins est-ce un fait que Dieu a toujours choisi cette voie, comme la plus sage et la meilleure qu’il pût concevoir ou adopter. Et bien qu’il soit toujours arrivé que les mesures mêmes que Dieu avait choisi d’employer, et qu’il avait bénies pour ranimer son œuvre, aient été combattues comme de nouvelles mesures et dénoncées, il n’a pas cessé d’agir selon le même principe. Quand il a vu qu’une certaine manière avait perdu son influence en devenant une forme, il fait surgir quelque nouvelle mesure qui VIENDRA ROMPRE leurs habitudes paresseuses et RÉVEILLER une Église endormie. Et il en est résulté de grands biens.
2. Les mêmes divisions, en substance, qui existent aujourd’hui ont toujours existé à toutes les époques de réformation et de réveil religieux. Il y a toujours eu des gens particulièrement attachés à leurs formes, à leurs idées et à leur manière précise de faire les choses, comme s’ils avaient un « Ainsi parle l’Éternel » pour chacune d’elles. Ceux qui différaient d’eux et qui s’efforçaient de faire avancer l’arche du salut, ils les ont appelés méthodistes, nouvelles lumières, radicaux, Nouvelle École, nouvelle théologie, et de divers autres noms injurieux. Et les déclins qui ont suivi ont été uniformément dus à deux causes que l’Église ne devrait en aucun cas perdre de vue.
(1.) L’Ancienne École, ou le parti des anciennes mesures, a persévéré dans son opposition, et s’est saisi avidement de toute indiscrétion réelle ou apparente chez les amis de l’œuvre.
En pareil cas, les Églises ont peu à peu perdu leur confiance dans l’opposition aux nouvelles mesures, et le cri de « Nouvelle théologie » et d’« Innovation » a cessé de les alarmer. Elles voient que la bénédiction de Dieu est avec ceux que l’on accuse ainsi de nouvelles mesures et d’innovation ; l’opposition persistante de l’Ancienne École, jointe au succès persistant de la Nouvelle École, a détruit leur confiance dans l’opposition, et elles se lassent d’entendre le cri incessant de « Nouvelles lumières », de « Nouvelle théologie » et de « Nouvelles mesures ». Ainsi la balance a penché, et les Églises ont rendu un verdict en faveur de la Nouvelle École et de condamnation contre l’Ancienne École.
(2.) Mais maintenant, écoutez-moi bien : c’est précisément dans cet état de choses que le diable, à maintes reprises, a pris l’avantage. Des individus se sont levés qui, soutenus par la confiance des Églises dans le parti des nouvelles mesures, et les trouvant lasses de l’opposition et prêtes à faire n’importe quoi qui servirait les intérêts du royaume de Christ, se sont eux-mêmes lancés tête baissée, et ont en certains cas entraîné les Églises dans le tourbillon même de ces difficultés que leurs adversaires avaient prédites. Ainsi, quand la bataille avait été livrée et la victoire remportée, le zèle téméraire de quelques individus bien intentionnés mais impétueux a provoqué une réaction qui a jeté un voile funèbre sur les Églises pendant des années. Ce fut le cas, comme on le sait bien, au temps du président Edwards. Voilà un écueil sur lequel on a maintenant bâti un phare, et si l’Église s’y échoue maintenant, les deux partis sont entièrement sans excuse. On sait bien maintenant, ou l’on devrait savoir, que le déclin qui suivit les réveils de ce temps-là, de même que les déclins qui se sont produits à plusieurs reprises, furent dus à l’influence combinée de l’opposition persistante et opiniâtre de l’Ancienne École et, à la fin, du mauvais esprit et de la témérité de quelques individus de la Nouvelle École.
Et ici il faut faire retentir distinctement le cri d’alarme aux oreilles des deux partis, de peur que le diable ne l’emporte sur nous au point même et dans les circonstances mêmes où il l’a si souvent emporté. L’Église n’apprendra-t-elle jamais la sagesse par l’expérience ? Combien de fois, oh ! combien de fois ces scènes devront-elles se rejouer avant que vienne le millénium ? Quand donc verra-t-on une fois l’Église ranimée et la religion triompher sans soulever dans l’Église une opposition telle qu’elle finisse par amener une réaction ?
3. Le cri actuel contre les nouvelles mesures est tout à fait ridicule, quand on considère de quel côté il vient, et toutes les circonstances de la chose. Il est vraiment étonnant que de graves pasteurs soient réellement alarmés par les nouvelles mesures d’aujourd’hui, comme si les nouvelles mesures étaient quelque chose de nouveau sous le soleil, et comme si la forme et la manière actuelles de faire les choses étaient descendues des apôtres et avaient été établies par un « Ainsi parle l’Éternel » ; alors que la vérité est que chaque pas en avant de l’Église, depuis les épaisses ténèbres du papisme, s’est fait par l’introduction d’une nouvelle mesure après une autre. Nous regardons aujourd’hui avec étonnement, et nous sommes portés à regarder presque avec mépris, le cri d’« Innovation » qui a précédé notre temps ; et quand nous passons en revue les craintes que des multitudes dans l’Église ont nourries, aux jours d’autrefois, au sujet des innovations, nous avons de la peine à nous expliquer ce qui nous paraît les objections et les difficultés sans fondement et absurdes, pour ne pas dire ridicules, qu’ils élevaient. Mais, mes auditeurs, n’est-il pas étonnant qu’à cette date tardive, après que l’Église a eu tant d’expérience en ces matières, des hommes graves et pieux soient sérieusement alarmés par l’introduction des mesures simples, conformes à la saine philosophie et grandement bénies, de ces dix dernières années ? Comme si les nouvelles mesures étaient une chose à ne pas tolérer, d’une tendance hautement désastreuse, et qui devrait éveiller les accents et les échos de l’alarme dans tous les coins et recoins de l’Église !
4. Nous voyons pourquoi ceux qui ont fait tant de bruit au sujet des nouvelles mesures n’ont pas réussi à favoriser des réveils.
Ils ont été absorbés par les maux, réels ou imaginaires, qui ont accompagné cette grande et bénie œuvre de Dieu. Qu’il y ait eu des maux, personne ne prétendra le nier. Mais je crois vraiment qu’aucun réveil n’a jamais existé depuis le commencement du monde, d’une puissance et d’une étendue aussi grandes que celui qui a régné ces dix dernières années, qui n’ait été accompagné de maux aussi grands ou plus grands. Pourtant une large part de l’Église s’est effrayée et a effrayé les autres, en donnant une attention constante aux maux des réveils. L’un des professeurs d’un séminaire de théologie presbytérien s’est cru obligé d’écrire aux presbytériens une série de lettres, qui ont été largement répandues, et dont le but semblait être de faire retentir le cri d’alarme dans toutes les contrées de l’Église au sujet des maux qui accompagnent les réveils. Tant que les hommes sont absorbés par les maux plutôt que par les excellences d’une œuvre bénie de Dieu, comment peut-on s’attendre à ce qu’ils soient utiles pour la favoriser ? Je voudrais dire tout cela avec une grande bienveillance, mais c’est pourtant un point sur lequel je ne dois pas me taire.
5. Sans nouvelles mesures, il est impossible que l’Église réussisse à attirer l’attention du monde sur la religion. Il y a tant de sujets passionnants constamment mis sous les yeux du public, tant d’allées et venues, tant de gens qui crient « Il est ici » et « Il est là », que l’Église ne peut garder sa position ni commander l’attention sans une prédication très saisissante et des mesures assez nouvelles pour gagner l’oreille du public. Les mesures des politiciens, des incrédules et des hérétiques, la course aux richesses, l’accroissement du luxe, et les dix mille influences excitantes et contraires qui pèsent sur l’Église et sur le monde, gagneront leur attention et détourneront tous les hommes du sanctuaire et des autels du Seigneur, à moins que nous ne croissions en sagesse et en piété, et que nous n’adoptions sagement de nouvelles mesures propres à attirer l’attention des hommes sur l’Évangile de Christ. J’ai déjà dit, au cours de ces discours, qu’on ne devrait pas introduire de nouveautés plus vite qu’elles ne sont réellement nécessaires. Il faut les introduire avec la plus grande sagesse, la plus grande prudence et beaucoup de prière, et d’une manière propre à exciter le moins d’opposition possible. Mais de nouvelles mesures, il nous les faut. Et que Dieu empêche l’Église de se figer dans un ensemble fixe de formes, et de rendre stéréotypée l’édition présente, ou toute autre, de ses mesures !
6. Il est évident qu’il nous faut une prédication plus saisissante, pour répondre au caractère et aux besoins de l’époque. Les pasteurs commencent généralement à s’en apercevoir. Et certains d’entre eux s’en plaignent, et supposent que cela est dû aux nouvelles mesures, comme ils les appellent. Ils disent que des pasteurs tels que nos pères auraient été heureux d’entendre ne peuvent plus maintenant se faire écouter, ne peuvent obtenir de poste ni réunir un auditoire. Et ils pensent que les nouvelles mesures ont perverti le goût des gens. Mais là n’est pas la difficulté. Le caractère de l’époque a changé, et ces hommes ne s’y sont pas conformés ; ils gardent le même style de prédication raide, sec et ennuyeux qui convenait il y a un demi-siècle.
Voyez les méthodistes. Beaucoup de leurs prédicateurs sont sans instruction, au sens ordinaire du terme ; beaucoup sont tirés tout droit de l’atelier ou de la ferme ; et pourtant ils ont rassemblé des assemblées, ils se sont frayé un chemin et ont gagné des âmes partout. Partout où les méthodistes sont allés, leur manière de prêcher, simple, directe et sans apprêt, mais chaleureuse et animée, a toujours rassemblé des auditoires. Peu de pasteurs presbytériens ont réuni d’aussi grandes assemblées, ou gagné autant d’âmes. Et l’on viendra nous dire qu’il nous faut suivre la même vieille manière formaliste de faire les choses, au milieu de tous ces changements ? Autant faire remonter l’Hudson vers sa source que de voir le monde converti par une telle prédication. Ceux qui adoptent un autre style de prédication, comme l’ont fait les méthodistes, nous dépasseront. Le monde échappera à l’influence de ce ministère à l’ancienne mode — ou plutôt à la nouvelle mode. Il est impossible que l’esprit public soit retenu par une telle prédication. Il nous faut une prédication saisissante et puissante, ou le diable aura les gens, à l’exception de ceux que les méthodistes pourront sauver. Il est impossible que nos pasteurs continuent à faire du bien, à moins que nous n’ayons des innovations quant au style de la prédication. Beaucoup de pasteurs s’aperçoivent déjà qu’un prédicateur méthodiste, sans les avantages d’une instruction libérale, rassemblera autour de lui un auditoire qu’un pasteur presbytérien, avec peut-être dix fois plus de savoir, ne peut égaler, parce qu’il n’a pas la manière ardente de l’autre et qu’il ne répand pas le feu sur ses auditeurs quand il prêche.
7. Nous voyons combien il importe que les jeunes pasteurs acquièrent des vues justes sur les réveils. Dans une multitude de cas, j’ai vu qu’on se donne beaucoup de peine pour effrayer nos jeunes gens qui se préparent au ministère au sujet des maux des réveils, des nouvelles mesures et ainsi de suite. Dans certains séminaires de théologie, on enseigne aux jeunes gens à regarder les nouvelles mesures comme si elles étaient les inventions mêmes du diable. Comment de tels hommes peuvent-ils avoir des réveils ? Aussi, quand ils sortent du séminaire, regardent-ils autour d’eux, aux aguets, sursautant comme si le diable était là. Quelques jeunes gens de Princeton, il y a quelques années, publièrent un essai sur « les maux des réveils ». Je voudrais bien savoir maintenant combien de ces jeunes gens ont joui de réveils parmi leurs paroissiens depuis qu’ils sont dans le ministère ; et si certains en ont eu, je voudrais bien savoir s’ils ne se sont pas repentis de ce morceau sur les maux des réveils.
Si j’avais une voix assez forte pour être entendue à Princeton, je parlerais à ces jeunes gens à ce sujet. Il est grand temps de parler clairement sur ce point. L’Église gémit dans toutes ses contrées faute de pasteurs qui conviennent. Des hommes de bien travaillent, et sont prêts à travailler nuit et jour, pour aider à former des jeunes gens au ministère, afin de favoriser les réveils religieux ; et quand ceux-ci sortent du séminaire, certains d’entre eux se méfient de toutes les mesures que Dieu bénit autant que du papisme lui-même.
En sera-t-il toujours ainsi ? Faut-il que nous formions des jeunes gens pour le ministère, et qu’ils en sortent effrayés à mort au sujet des nouvelles mesures, comme s’il n’y avait jamais rien eu de tel que de nouvelles mesures ? Ils devraient savoir que les nouvelles mesures ne sont pas chose nouvelle dans l’Église. Qu’ils AILLENT DE L’AVANT, qu’ils restent eux-mêmes à l’œuvre, et qu’ils ne s’effraient pas des nouvelles mesures. J’ai été peiné de voir que certains hommes, en rendant compte de réveils, se sont évidemment sentis obligés de détailler avec soin les mesures employées, pour éviter qu’on en conclue que de nouvelles mesures avaient été introduites ; ils sentaient évidemment que l’Église elle-même ferait peu de cas du réveil, à moins qu’il ne parût avoir été favorisé sans nouvelles mesures. De plus, cette précaution de détailler les mesures pour démontrer qu’il n’y avait rien de nouveau ressemble à un aveu que les nouvelles mesures sont mauvaises parce qu’elles sont nouvelles, et qu’un réveil a plus de valeur parce qu’il n’a pas été favorisé par de nouvelles mesures. De cette manière, je crains que beaucoup de mal n’ait déjà été fait ; et si cette pratique doit continuer, il faudra en venir à ceci : qu’on jugera d’un réveil selon qu’il s’est produit en rapport avec de nouvelles ou d’anciennes mesures. Je n’approuverai jamais un tel esprit, et je ne m’abaisserai jamais à défendre le récit d’un réveil contre l’imputation de nouvelles ou d’anciennes mesures. Je crois que les nouvelles mesures sont légitimes, c’est-à-dire que ce n’est pas une objection contre une mesure qu’elle soit nouvelle ou ancienne.
Qu’un pasteur entre pleinement dans son œuvre, qu’il répande son cœur devant Dieu pour obtenir une bénédiction, et chaque fois qu’il voit le besoin d’une mesure quelconque pour mettre la vérité avec plus de puissance devant l’esprit des gens, qu’il l’adopte sans avoir peur, et Dieu ne lui refusera pas sa bénédiction. Si les pasteurs ne veulent pas aller de l’avant, s’ils ne veulent pas prêcher l’Évangile avec puissance et avec ardeur, et s’ils ne veulent pas sortir de leurs ornières pour faire quoi que ce soit de nouveau dans le but de sauver des âmes, ils attristeront le Saint-Esprit et le chasseront, et Dieu les frappera de sa malédiction et suscitera d’autres pasteurs pour faire l’œuvre dans le monde.
8. C’est le droit et le devoir des pasteurs d’adopter de nouvelles mesures pour favoriser les réveils. En certains endroits, l’Église s’est opposée à son pasteur quand il a tenté d’employer les mesures que Dieu a bénies pour un réveil ; on est allé jusqu’à abandonner les réunions de prière, à renoncer à travailler au salut des âmes et à se tenir à l’écart de tout, parce que le pasteur avait adopté ce qu’on appelle de nouvelles mesures. Peu importe que ces mesures soient raisonnables en elles-mêmes, ou opportunes, et combien Dieu peut les bénir. Il suffit qu’on les appelle de nouvelles mesures, et l’on ne veut rien avoir à faire avec les nouvelles mesures, ni les tolérer parmi les gens. Et c’est ainsi qu’on se querelle en chemin, qu’on attriste l’Esprit de Dieu et le chasse, et qu’on arrête le réveil, alors que le monde autour de soi s’en va en enfer.
Enfin. — Cet attachement zélé à des formes et à des manières particulières de faire les choses, qui a conduit l’Église à résister aux innovations dans les mesures, sent fortement le fanatisme. Et ce qui n’est pas peu singulier, c’est que les fanatiques de cette espèce sont toujours les premiers à crier au « fanatisme ». Qu’est-ce donc, sinon le fanatisme, qui pousse l’Église catholique romaine à s’attacher avec tant d’opiniâtreté à ses manières, à ses formes, à ses cérémonies et à ses momeries particulières ? Ils agissent comme si toutes ces choses étaient établies par l’autorité divine ; comme s’il y avait un « Ainsi parle l’Éternel » pour chacune d’elles. Or nous appelons à juste titre cela un esprit de fanatisme, et nous l’estimons digne de réprobation. Mais il est tout aussi absolument fanatique, pour l’Église presbytérienne ou pour toute autre Église, d’être pointilleuse sur ses formes particulières, et d’agir comme si elles étaient établies par l’autorité divine. Le fait est que Dieu n’a établi, dans aucune Église, aucune forme particulière, ni aucune manière de rendre le culte, pour faire avancer les intérêts de la religion. Les Écritures sont entièrement muettes sur ces sujets, sous la dispensation de l’Évangile, et l’Église est laissée libre d’exercer sa propre discrétion à l’égard de toutes ces questions. Et j’espère qu’on ne trouvera pas que je manque de charité si je dis encore une fois qu’il me paraît que le zèle peu charitable et irrité pour une certaine manière et une certaine façon de faire les choses, et le cri impérieux et exterminateur contre les nouvelles mesures, SENTENT FORTEMENT LE FANATISME.
La seule chose sur laquelle on insiste, sous la dispensation de l’Évangile, en matière de mesures, c’est qu’il y ait de la bienséance et de l’ordre. « Que tout se fasse avec bienséance et avec ordre. » Il nous est demandé de nous garder de toute confusion et de toute conduite désordonnée. Mais qu’est-ce que la bienséance et l’ordre ? Prétendra-t-on qu’une réunion pour les âmes inquiètes, ou une réunion prolongée, ou un banc des inquiets, soit incompatible avec la bienséance et l’ordre ? Je déplorerais très sincèrement, et je combattrais très fermement, tout ce qui serait inconvenant et désordonné dans le culte de la maison de Dieu. Mais je ne suppose pas que par « ordre » nous devions entendre une manière fixe particulière dont telle ou telle Église a pu avoir coutume d’accomplir son service.
Chapitre 16 terminé
Discours XIV. Les mesures propres à favoriser les réveils