Chapitre 12 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute
Discours X. Gagner des âmes demande de la sagesse
DISCOURS X.
GAGNER DES ÂMES DEMANDE DE LA SAGESSE.
Texte. — Le sage s’empare des âmes. — Proverbes 11:30.
LA définition la plus courante de la sagesse, c’est qu’elle consiste à choisir la meilleure fin et à choisir les moyens les plus propres à atteindre cette fin — la meilleure adaptation des moyens en vue d’obtenir le but désiré. « Le sage, dit Dieu, s’empare des âmes. » Le but de ce discours, ce soir, est de guider les chrétiens dans l’emploi des moyens propres à atteindre cette fin infiniment désirable : le salut des âmes. Ce soir, je bornerai mon attention aux efforts privés des individus pour la conversion et le salut des hommes. Une autre fois, peut-être, je reprendrai le même texte pour parler de ce qui est sage dans la prédication publique de l’Évangile et dans les travaux des pasteurs. Pour donner quelques directives qui aident les simples chrétiens dans cette œuvre, je me propose :
I. De montrer aux chrétiens comment ils doivent agir envers les pécheurs insouciants.
II. Comment ils doivent agir envers les pécheurs réveillés.
III. Comment ils doivent agir envers les pécheurs convaincus de péché.
I. La manière d’agir envers les pécheurs insouciants.
1. Quant au moment. Il importe de choisir un moment favorable pour tenter de produire une impression sérieuse sur l’esprit d’un pécheur insouciant. Beaucoup dépend du choix du moment de vos efforts. Car si vous ne savez pas choisir le moment le plus propice, vous échouerez très probablement. Il est vrai, direz-vous, que c’est votre devoir d’avertir les pécheurs en tout temps et de chercher à les réveiller pour qu’ils pensent à leur âme. C’est bien le cas ; mais si vous ne tenez pas dûment compte du moment et de l’occasion, votre espoir de succès risque d’être fort incertain.
(1.) Il est souhaitable, si possible, de s’adresser à une personne insouciante lorsqu’elle est libre de toute autre occupation. Plus son attention est absorbée par autre chose, plus il sera difficile de l’éveiller à la religion. Les gens insouciants et indifférents à la religion sont souvent offensés, plutôt qu’aidés, quand on les arrache à des affaires importantes et légitimes. Par exemple, un pasteur va rendre visite à la famille d’un marchand, d’un artisan ou d’un fermier, et trouve l’homme absorbé par ses affaires ; il l’arrache peut-être à un travail pressant, et l’homme, mal à l’aise et irrité, ressent cette visite comme une intrusion. En pareil cas, il y a peu de bien à espérer. Bien qu’il soit vrai que la religion est infiniment plus importante que toutes ses affaires terrestres, et qu’il devrait tout faire passer après le salut de son âme, il ne le sent pas, car s’il le sentait il ne serait plus un pécheur insouciant ; c’est pourquoi il juge la démarche injustifiable et s’en offense. Vous devez le prendre tel que vous le trouvez, un pécheur insouciant et impénitent, et agir avec lui en conséquence. Il est absorbé par d’autres choses, et très enclin à s’offenser si vous choisissez un tel moment pour intervenir et appeler son attention sur la religion.
(2.) Il importe de prendre une personne, si possible, à un moment où elle n’est pas vivement agitée par quelque autre sujet. Si tel est le cas, elle n’est pas dans une disposition propre à entendre parler de religion. Plus cette agitation est forte, plus il est probable que vous ne ferez aucun bien. Vous pourrez peut-être l’atteindre ; il est arrivé que des personnes aient eu l’esprit saisi et tourné vers la religion au milieu d’une puissante agitation causée par d’autres sujets. Mais ce n’est pas probable.
(3.) Assurez-vous que la personne est parfaitement sobre. Autrefois, il était plus courant qu’aujourd’hui que les gens boivent des spiritueux tous les jours et soient plus ou moins ivres. Dans l’exacte mesure où ils le sont, ils deviennent inaptes à être abordés sur le sujet de la religion. S’ils ont bu de la bière, du cidre ou du vin, au point que vous sentiez leur haleine, vous pouvez être sûrs qu’il y a bien peu de chances de produire sur eux un effet durable. Des gens qui font profession de religion m’ont amené des personnes, prétendant qu’elles étaient sous la conviction du péché (car vous savez que les gens pris de boisson aiment souvent beaucoup parler de religion) ; mais dès que je m’approchais d’elles au point de sentir leur haleine, j’ai demandé : Pourquoi m’amenez-vous cet homme ivre ? Mais, disent-ils, il n’est pas ivre, il a seulement bu un peu. Eh bien, ce peu l’a rendu un peu ivre. Il est ivre si vous sentez son haleine. Les cas où une personne a été véritablement convaincue de péché alors qu’elle avait en elle quelque boisson enivrante sont extrêmement rares.
(4.) Si possible, quand vous désirez vous entretenir avec un homme du salut de son âme, prenez-le lorsqu’il est de bonne humeur. Si vous le trouvez de mauvaise humeur, il est très probable qu’il se fâchera et vous injuriera. Mieux vaut le laisser tranquille pour cette fois, sinon vous risquez d’éteindre l’Esprit. Il se peut que vous arriviez à parler de manière à calmer son humeur, mais ce n’est pas probable. La vérité, c’est que les hommes haïssent Dieu, et bien que leur haine puisse sommeiller, elle s’éveille facilement ; et si vous mettez Dieu pleinement devant leur esprit alors qu’ils sont déjà échauffés par la colère, il sera d’autant plus facile de pousser leur inimitié jusqu’à la violence ouverte.
(5.) Si possible, saisissez toujours l’occasion de vous entretenir avec les pécheurs insouciants quand ils sont seuls. La plupart des hommes sont trop orgueilleux pour qu’on leur parle librement d’eux-mêmes en présence d’autres personnes, même de leur propre famille. Dans de telles circonstances, un homme rassemblera toutes ses forces pour se défendre, alors que, seul, il fondrait sous la vérité. Il résistera à la vérité, ou tentera de s’en tirer par une plaisanterie, de peur que, s’il laissait paraître quelque émotion, quelqu’un n’aille raconter qu’il est devenu sérieux.
Quand vous visitez les familles, au lieu de réunir toute la famille en même temps pour lui parler, le mieux est de les voir tous, un à la fois. Il y eut un cas de ce genre. Plusieurs jeunes demoiselles, orgueilleuses, frivoles et à la mode, vivaient ensemble dans une famille de la bonne société. Deux hommes désiraient vivement leur présenter le sujet de la religion, mais ne savaient comment s’y prendre, craignant qu’elles ne fassent toutes front commun pour contrecarrer ou repousser toute impression sérieuse. Ils finirent par adopter la méthode suivante. Ils se présentèrent et firent monter leur carte à l’une des jeunes filles, en la désignant par son nom. Elle descendit, et ils s’entretinrent avec elle de son salut ; comme elle était seule, non seulement elle les reçut poliment, mais elle parut accueillir la vérité avec sérieux. Un jour ou deux plus tard, ils rendirent visite de la même manière à une autre, puis à une autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’ils se fussent entretenus avec chacune séparément. Peu de temps après, toutes, je crois, sans exception, étaient converties, selon toute espérance. Il en alla comme il le fallait, car alors elles ne pouvaient plus s’enhardir les unes les autres. Et puis, l’impression produite sur l’une était poursuivie auprès des autres, de sorte qu’aucune n’était laissée libre d’exercer une mauvaise influence sur le reste.
Il y avait une femme pieuse qui tenait une pension pour jeunes gens ; elle en avait vingt et un ou vingt-deux sous son toit, et elle finit par être très inquiète pour leur salut ; elle en fit un sujet de prière, mais ne vit aucun sérieux parmi eux. Elle comprit enfin qu’il fallait faire autre chose que prier, et pourtant elle ne savait que faire. Un matin, après le petit déjeuner, comme ils se retiraient, elle demanda à l’un d’eux de rester quelques minutes. Elle le conduisit dans sa chambre, lui parla tendrement de la religion et pria avec lui. Elle poursuivit l’impression produite, et bientôt il fut converti, selon toute espérance. Alors ils furent deux ; ils s’adressèrent à un autre et prièrent avec lui, et il fut bientôt prêt à se joindre à eux. Puis un autre, et ainsi de suite, en les prenant un à un et sans laisser aucun des autres savoir ce qui se passait, pour ne pas les alarmer, jusqu’à ce que chacun de ces jeunes gens fût converti à Dieu. Or, si elle avait abordé le sujet devant tous ensemble, il est très probable qu’ils auraient tout tourné en ridicule ; ou peut-être se seraient-ils offensés et auraient-ils quitté la maison, et elle n’aurait plus eu aucune influence sur eux. Mais, pris seul et traité avec respect et bonté, chacun n’avait aucun de ces motifs de résistance que fait naître la présence des autres.
(6.) Cherchez à saisir l’occasion de vous entretenir avec un pécheur insouciant lorsque les événements de la Providence semblent favoriser votre dessein. S’il survient quelque événement particulier propre à produire une impression sérieuse, ne manquez pas de mettre fidèlement l’occasion à profit.
(7.) Saisissez la première occasion de vous entretenir avec ceux qui, autour de vous, sont insouciants. Ne remettez pas de jour en jour, en pensant qu’une meilleure occasion se présentera. Vous devez chercher une occasion, et si aucune ne se présente, créez-en une. Fixez un moment et un lieu, et obtenez un entretien avec votre ami ou votre voisin, là où vous pourrez lui parler librement. Envoyez-lui un billet, allez le voir exprès, donnez à la chose l’allure d’une affaire, comme quelqu’un qui cherche sérieusement à travailler au salut de son âme. Alors il sentira que c’est une chose importante, du moins à vos yeux. Poursuivez jusqu’à ce que vous réussissiez, ou jusqu’à ce que vous soyez convaincu que rien ne peut plus être fait pour le moment.
(8.) Si vous éprouvez quelque sentiment pour une personne en particulier, saisissez l’occasion de vous entretenir avec elle tant que ce sentiment persiste. Si c’est un sentiment véritablement bienveillant, vous avez lieu de croire que l’Esprit de Dieu vous pousse à désirer le salut de son âme, et que Dieu est prêt à bénir vos efforts pour sa conversion. En pareil cas, faites-en le sujet d’une prière particulière et instante, et cherchez au plus tôt l’occasion de lui ouvrir tout votre cœur et de l’amener à Christ.
2. Quant à la manière de faire tout cela.
(1.) Quand vous abordez une personne insouciante pour tenter de la réveiller aux intérêts de son âme, ne manquez pas de la traiter avec bonté. Faites-lui voir que vous vous adressez à elle, non pour lui chercher querelle, mais parce que vous aimez son âme et désirez son plus grand bien dans le temps et dans l’éternité. Si vos manières sont dures et autoritaires, vous l’offenserez probablement et l’éloignerez davantage du chemin de la vie.
(2.) Soyez grave. Évitez toute légèreté de manière ou de langage. La frivolité produira tout sauf une juste impression. Vous devez sentir que vous êtes engagé dans une œuvre très solennelle, qui va influer sur le caractère de votre ami ou de votre voisin, et probablement décider de sa destinée pour l’éternité. Qui pourrait badiner et faire preuve de légèreté en de telles circonstances, si son cœur était sincère ?
(3.) Soyez respectueux. Certains semblent croire qu’il faut être brusque, impoli et grossier dans ses rapports avec les insouciants et les impénitents. Rien ne saurait être une plus grande erreur. L’apôtre Paul nous a donné sur ce sujet une meilleure règle, lorsqu’il dit : « Soyez pleins de compassion, d’humilité. Ne rendez point mal pour mal, ou injure pour injure; bénissez, au contraire. » Une manière d’aborder les gens qui est impolie et grossière n’est propre qu’à donner une opinion défavorable de vous et de votre religion.
(4.) Ne manquez pas d’être très franc. Ne vous permettez de voiler aucun trait du caractère de la personne ni de ses rapports avec Dieu. Mettez tout à nu, non pour l’offenser ou la blesser, mais parce que c’est nécessaire. Avant de pouvoir guérir une plaie, il faut la sonder jusqu’au fond. Ne retenez rien de la vérité, mais faites-la paraître clairement devant elle.
(5.) Ne manquez pas de vous adresser à sa conscience. Dans les discours publics, les pasteurs ne saisissent souvent que les sentiments, et réveillent ainsi l’esprit. Mais dans une conversation privée, vous ne le pouvez pas. Vous ne pouvez pas répandre la vérité d’une manière passionnée et entraînante. Et si vous ne vous adressez pas à la conscience avec précision, vous n’avez aucune prise sur l’esprit.
(6.) Faites porter sur l’esprit de la personne les grandes vérités fondamentales. Les pécheurs sont très enclins à s’échapper sur quelque prétexte ou quelque point secondaire, surtout quelque point de controverse confessionnelle. Par exemple, si l’homme est presbytérien, il essaiera de détourner la conversation vers les points qui séparent les presbytériens des méthodistes. Ou bien il s’en prendra à la théologie de l’Ancienne École. Ne lui cédez pas, et ne discutez avec lui d’aucun point de ce genre ; cela ferait plus de mal que de bien. Dites-lui que l’affaire présente est de sauver son âme, et non de trancher des questions controversées de théologie. Tenez-le aux grands points fondamentaux par lesquels il sera sauvé ou perdu.
(7.) Soyez très patient. S’il a dans l’esprit une difficulté réelle, soyez très patient jusqu’à ce que vous ayez découvert ce qu’elle est, puis dissipez-la. Si ce qu’il avance n’est qu’une chicane, faites-lui voir que c’est une chicane. N’essayez pas d’y répondre par des arguments, mais montrez-lui qu’il n’est pas sincère en l’avançant. Il ne vaut pas la peine de passer votre temps à argumenter contre une chicane ; faites-lui plutôt sentir qu’il commet un péché en l’invoquant, et mettez ainsi sa conscience de votre côté.
(8.) Prenez soin de veiller sur votre propre esprit. Bien des gens n’ont pas assez de maîtrise d’eux-mêmes pour s’entretenir avec ceux qui sont très opposés à la religion. Et un tel homme ne demande pas de plus beau triomphe que de vous voir en colère. Il s’en ira triomphant, parce qu’il aura mis en colère un de ces saints.
(9.) Si le pécheur est enclin à se retrancher contre Dieu, prenez garde de ne prendre son parti en rien. S’il dit qu’il ne peut pas faire son devoir, ne vous rangez pas de son côté, et ne dites rien qui puisse appuyer son mensonge. Ne lui dites pas qu’il ne le peut pas, et ne l’aidez pas à se maintenir dans sa controverse contre son Créateur. Parfois un pécheur insouciant se met à critiquer les chrétiens. Ne prenez pas son parti et ne vous rangez pas avec lui contre les chrétiens. Dites-lui simplement qu’il n’aura pas à répondre de leurs péchés, et qu’il ferait mieux de s’occuper de ses propres affaires. Si vous abondez dans son sens, il sent qu’il vous a de son côté. Montrez-lui que c’est un esprit de critique et de méchanceté qui le pousse à faire ces remarques, et non le souci de l’honneur de la religion ou des lois de Jésus-Christ.
(10.) Mettez en avant les péchés particuliers de la personne. Parler en termes généraux contre le péché ne produira aucun résultat. Il faut faire sentir à un homme que c’est de lui que vous parlez. Un pasteur qui ne sait pas faire sentir à ses auditeurs que c’est d’eux qu’il parle ne peut pas s’attendre à accomplir grand-chose. Certaines personnes se gardent soigneusement de mentionner les péchés particuliers dont elles savent l’individu coupable, de peur de froisser ses sentiments. C’est un tort. Si vous connaissez son histoire, mettez en avant ses péchés particuliers, avec bonté mais clairement, non pour l’offenser, mais pour réveiller sa conscience et donner à la vérité toute sa force.
(11.) Il vaut généralement mieux être bref, et ne pas délayer ce que nous avons à dire. Amenez l’attention le plus tôt possible au point même, dites peu de choses et enfoncez-les, et amenez l’affaire à une décision. Si possible, obtenez qu’ils se repentent et se donnent à Christ sur-le-champ. C’est là l’issue qui convient. Évitez soigneusement de donner l’impression que vous ne vous attendez pas à ce qu’ils se repentent MAINTENANT.
(12.) Si possible, quand vous vous entretenez avec des pécheurs, ne manquez pas de prier avec eux. Si vous vous entretenez avec eux et les quittez sans prier, vous laissez votre ouvrage inachevé.
II. La manière d’agir envers les pécheurs réveillés.
1. Prenez soin de distinguer entre un pécheur réveillé et un pécheur qui est sous la conviction du péché. Quand vous trouvez une personne un peu touchée au sujet de la religion, ne tenez pas pour acquis qu’elle est convaincue de péché, en négligeant pour autant d’employer les moyens de lui montrer son péché. Les gens sont souvent réveillés par quelque circonstance providentielle — une maladie, un orage, une épidémie, un deuil dans la famille, une déception, ou quelque chose de semblable — ou par l’Esprit de Dieu, de sorte que leurs oreilles sont ouvertes et qu’ils sont prêts à entendre parler de religion avec attention, avec sérieux et avec quelque émotion. Si vous trouvez une personne réveillée, peu importe par quel moyen, ne perdez pas de temps pour répandre la lumière dans son esprit. N’ayez pas peur, mais montrez-lui l’étendue de la loi divine et l’extrême rigueur de ses préceptes. Faites-lui voir comment elle condamne ses pensées et sa vie. Sondez son cœur, découvrez ce qui s’y trouve et mettez-le sous ses yeux, autant que vous le pouvez. Si possible, faites-le fondre sur-le-champ. Une fois que vous avez l’attention d’un pécheur, sa conviction et sa conversion sont très souvent l’œuvre de quelques instants. Vous pouvez parfois faire plus en cinq minutes qu’en des années ou en une vie entière tant qu’il est insouciant ou indifférent.
J’ai été stupéfait de la conduite de ces parents cruels, et d’autres chefs de famille, qui laissent un pécheur réveillé vivre dans leur famille pendant des jours et des semaines sans lui dire un mot à ce sujet. Mais, disent-ils, si l’Esprit de Dieu a commencé une œuvre en lui, il la mènera certainement à bien ! Peut-être la personne désire-t-elle vivement qu’on lui parle, et se met-elle sur le chemin des chrétiens aussi souvent que possible, s’attendant à ce qu’ils s’entretiennent avec elle, et ils ne disent pas un mot. C’est stupéfiant ! Une telle personne devrait être recherchée immédiatement, dès qu’elle est réveillée, et il faudrait sans délai répandre dans son esprit un flot de lumière. Chaque fois que vous avez lieu de croire qu’une personne à votre portée est réveillée, ne dormez pas avant d’avoir répandu la lumière dans son esprit et cherché à l’amener à une repentance immédiate. C’est alors le moment de presser le sujet avec efficacité. Si ce moment favorable est perdu, il ne pourra jamais être retrouvé.
J’ai souvent vu, dans des réveils, des chrétiens qui étaient constamment aux aguets pour voir si quelques personnes paraissaient réveillées. Et dès qu’ils voyaient quelqu’un commencer à manifester de l’émotion pendant la prédication, ils le remarquaient, et sitôt la réunion terminée, ils l’invitaient dans une pièce, s’entretenaient et priaient avec lui, et, si possible, ne le quittaient pas avant qu’il fût converti. Un cas remarquable de ce genre se produisit dans une ville de l’Ouest. Un marchand était venu de loin dans la localité pour acheter des marchandises. C’était un temps de puissant réveil, mais il était résolu à se tenir à l’écart de son influence, et c’est pourquoi il ne voulait aller à aucune réunion. Il finit par trouver tout le monde si occupé de religion qu’elle le rencontrait à chaque pas ; il s’en irrita et jura qu’il rentrerait chez lui. Il y avait là tant de religion, disait-il, qu’il ne pouvait faire aucune affaire, et il ne resterait pas. En conséquence, il retint sa place dans la diligence, qui devait partir à quatre heures le lendemain matin. Comme il parlait de s’en aller, un monsieur de la maison, qui était un des jeunes convertis, lui demanda s’il ne voudrait pas aller une fois à une réunion avant de quitter la ville. Il finit par y consentir, et se rendit à la réunion. Le sermon saisit son esprit, mais pas avec assez de puissance pour le faire entrer dans le royaume. Il retourna à son logis et appela l’aubergiste pour régler sa note. L’aubergiste, qui avait lui-même récemment connu la religion, vit qu’il était agité. Il lui parla donc de la religion, et l’homme fondit en larmes. L’aubergiste fit aussitôt venir trois ou quatre jeunes convertis, qui prièrent avec lui et l’exhortèrent ; et à quatre heures du matin, quand la diligence passa le prendre, il poursuivit sa route, se réjouissant en Dieu ! Rentré chez lui, il réunit sa famille, lui confessa ses péchés passés, déclara sa résolution de vivre autrement, et pria avec elle pour la première fois. La chose fut si inattendue qu’elle se répandit bientôt au loin ; les gens commencèrent à s’informer, et un réveil éclata dans la localité. Maintenant, supposez que ces chrétiens eussent fait comme certains, qu’ils eussent été insouciants et eussent laissé partir cet homme légèrement impressionné ? Il n’est pas probable qu’il eût jamais pu être sauvé. De telles occasions sont souvent perdues pour toujours, une fois le moment favorable passé.
III. La manière d’agir envers les pécheurs convaincus de péché.
Par pécheur convaincu, j’entends celui qui se sent condamné par la loi de Dieu comme un pécheur coupable. Il est assez instruit pour comprendre quelque chose de l’étendue de la loi de Dieu ; il voit et sent son état de culpabilité, et sait quel est son remède. Agir envers de telles personnes exige souvent une grande sagesse. Il se présente des cas extrêmement éprouvants, où il est très difficile de savoir que faire d’elles.
1. Quand une personne est convaincue de péché sans être convertie, et demeure dans un état d’inquiétude, il y a généralement à cela quelque raison précise. En pareil cas, il ne sert à rien de l’exhorter à se repentir, ou de lui expliquer la loi. Elle sait tout cela, elle comprend tous ces points généraux. Et pourtant elle ne se repent pas. Il doit donc y avoir quelque difficulté particulière à surmonter. Vous pourriez prêcher, prier et exhorter jusqu’au jour du jugement sans rien gagner.
Vous devez alors vous appliquer à rechercher quelle est cette difficulté particulière. Un médecin, appelé auprès d’un malade qu’il trouve atteint d’une maladie particulière, administre d’abord les remèdes généraux qui conviennent à cette maladie. S’ils ne produisent aucun effet et que la maladie persiste, il doit examiner le cas, s’informer de la constitution du malade, de ses habitudes, de son régime, de sa manière de vivre, etc., et voir pourquoi le remède n’agit pas. Il en est de même d’un pécheur convaincu mais non converti. Si vos instructions et vos exhortations ordinaires échouent, c’est qu’il y a une difficulté. Cette difficulté particulière est souvent connue de l’individu lui-même, bien qu’il la tienne cachée. Parfois c’est une chose qui a échappé même à sa propre observation.
(1.) Parfois la personne a quelque idole, quelque chose qu’elle aime plus que Dieu, et qui l’empêche de se donner entièrement. Vous devez chercher et voir ce qu’elle ne veut pas abandonner. Ce sont peut-être les richesses, peut-être quelque ami terrestre, peut-être les toilettes élégantes, ou une compagnie mondaine, ou quelque divertissement favori. En tout cas, il y a une chose à laquelle son cœur est si attaché qu’elle ne veut pas se soumettre à Dieu.
(2.) Peut-être a-t-il fait à quelqu’un un tort qui demande réparation, et refuse-t-il de le confesser ou d’offrir un juste dédommagement. Or, tant qu’il ne voudra pas confesser et délaisser ce péché, il ne pourra trouver miséricorde. S’il a fait tort à cette personne dans ses biens ou dans sa réputation, ou s’il l’a maltraitée, il doit réparer. Si vous pouvez le découvrir, dites-lui clairement et franchement qu’il n’y a pas d’espoir pour lui tant qu’il ne sera pas disposé à le confesser et à faire ce qui est juste.
(3.) Il y a parfois quelque péché particulier qu’il ne veut pas abandonner. Il prétend que ce n’est qu’un petit péché, ou cherche à se persuader que ce n’en est pas un. Si petit soit-il, il ne pourra jamais entrer dans le royaume de Dieu tant qu’il ne l’aura pas abandonné. Parfois un individu en est venu à voir que l’usage du tabac est un péché, et il ne pourra jamais trouver la vraie paix tant qu’il n’y aura pas renoncé. Peut-être le regarde-t-il comme un petit péché.
Mais Dieu ne connaît pas de petits péchés en pareil cas. Quel est ce péché ? Eh bien, c’est nuire à votre santé, donner un mauvais exemple, et prendre l’argent de Dieu, que vous êtes tenu d’employer à son service, pour le dépenser en tabac. Que dirait un marchand s’il trouvait un de ses commis ayant l’habitude d’aller au tiroir-caisse et d’y prendre assez d’argent pour s’entretenir en cigares ? Appellerait-il cela une petite faute ? Non, il dirait qu’il mérite d’être envoyé à la prison d’État. Je mentionne ce péché particulier parce que j’ai constaté que c’est l’une des choses auxquelles les hommes convaincus de péché se cramponnent alors qu’ils savent que c’est mal, et ils s’étonnent ensuite de ne pas trouver la paix.
(4.) Voyez s’il n’y a pas quelque œuvre de dédommagement qu’il est tenu d’accomplir. Peut-être a-t-il fraudé quelqu’un dans le commerce, ou pris quelque avantage déloyal, contrairement à la règle d’or qui veut qu’on fasse aux autres ce qu’on voudrait qu’ils nous fissent, et refuse-t-il de donner satisfaction. C’est un péché très commun parmi les marchands et les hommes d’affaires. J’ai connu bien des exemples affligeants où des hommes ont attristé l’Esprit de Dieu au point de l’éloigner, ou bien ont été poussés presque au désespoir absolu, parce qu’ils refusaient de donner satisfaction là où ils avaient commis de telles choses. Or il est clair que de telles personnes ne peuvent jamais obtenir le pardon tant qu’elles ne l’ont pas fait.
(5.) Ils se sont peut-être retranchés quelque part, et ont fortifié leur esprit sur quelque point particulier qu’ils sont résolus à ne pas céder. Par exemple, ils ont peut-être déclaré fermement qu’ils ne feraient pas telle chose. J’ai connu un homme qui était résolu à ne pas aller prier dans un certain bosquet. Pendant le réveil, plusieurs autres personnes étaient allées dans ce bosquet et s’y étaient données à Dieu par la prière et la méditation. Son propre commis y avait été converti. L’avocat lui-même était réveillé, mais il était résolu à ne pas aller dans le bosquet. Il éprouvait de puissantes convictions, et il continua ainsi pendant des semaines, sans aucun soulagement. Il essayait de faire croire à Dieu que ce n’était pas l’orgueil qui le tenait loin de Christ ; aussi, en rentrant de la réunion, il s’agenouillait dans la rue et priait. Et ce n’est pas tout : il cherchait du regard une flaque de boue dans la rue pour s’y agenouiller, afin de montrer qu’il n’était pas orgueilleux. Une fois, il pria toute la nuit dans son salon, mais il ne voulut pas aller dans le bosquet. Sa détresse était si grande, et il était si irrité contre Dieu, qu’il fut fortement tenté de se donner la mort, et il jeta même son couteau de peur de se trancher la gorge. Enfin, il se décida à aller prier dans le bosquet, et dès qu’il y fut, il fut converti, et il épancha devant Dieu son cœur plein.
De même, des individus se retranchent parfois dans la résolution de ne pas aller à une réunion particulière, peut-être la réunion des âmes en quête, ou quelque réunion de prière ; ou bien ils ne veulent pas que telle personne prie avec eux, ou ne veulent pas prendre une place particulière, comme le banc des inquiets. Ils disent qu’ils peuvent tout aussi bien être convertis sans céder sur ce point, car la religion ne consiste pas en cela — aller à telle réunion, prendre telle attitude dans la prière, ou s’asseoir à telle place. C’est vrai ; mais en adoptant cette position, ils en font le point essentiel. Et tant qu’ils restent retranchés là, résolus à amener Dieu à leurs conditions, ils ne peuvent jamais être convertis. Les pécheurs céderont souvent sur toute autre chose, et feront n’importe quoi au monde, sauf céder sur le point où ils se sont engagés et ont pris position contre Dieu. Ils ne peuvent pas être humiliés tant qu’ils ne cèdent pas sur ce point, quel qu’il soit. Et si, sans y céder, ils obtiennent une espérance, ce sera une fausse espérance.
(6.) Peut-être a-t-il un préjugé contre quelqu’un, un membre de l’Église peut-être, à cause d’une franchise fidèle envers son âme, ou de quelque chose dans ses affaires qui ne lui a pas plu ; il s’y accroche, et ne sera jamais converti tant qu’il n’y aura pas renoncé. Quoi que ce soit, vous devez le découvrir et lui dire la vérité clairement et fidèlement.
(7.) Il se peut qu’il nourrisse de la malveillance envers quelqu’un, ou soit en colère, et entretienne de vifs sentiments de ressentiment, qui l’empêchent d’obtenir miséricorde de Dieu. « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. »
(8.) Peut-être entretient-il quelques erreurs de doctrine, ou quelques idées fausses sur la chose à faire ou sur la manière de la faire, qui le tiennent peut-être hors du royaume. Peut-être attend-il Dieu. Il est convaincu qu’il mérite d’aller en enfer, et qu’à moins d’être converti il devra y aller ; mais il attend que Dieu fasse quelque chose en lui avant de se soumettre. En fait, il attend que Dieu fasse pour lui ce que Dieu a exigé que le pécheur fasse.
Il attend peut-être une conviction plus forte. Les gens ne savent souvent pas ce qu’est la conviction, et pensent qu’ils ne sont pas sous la conviction du péché alors qu’en fait ils sont sous une puissante conviction. Ils pensent souvent que rien n’est conviction s’ils n’ont pas une grande peur de l’enfer. Mais le fait est que des individus ont souvent de fortes convictions tout en ayant très peu peur de l’enfer. Montrez-leur ce qui est vrai, et faites-leur voir qu’ils n’ont aucun besoin d’attendre.
Peut-être attend-il certains sentiments qu’une autre personne a éprouvés avant d’obtenir miséricorde. C’est très fréquent dans les réveils, quand l’un des premiers convertis a raconté des expériences remarquables. D’autres qui sont réveillés sont très enclins à penser qu’ils doivent attendre exactement les mêmes sentiments. J’ai connu un jeune homme ainsi réveillé ; son compagnon avait été converti d’une manière remarquable, et celui-ci attendait exactement les mêmes sentiments. Il disait qu’il employait les moyens et qu’il priait pour les obtenir ; mais il finit par découvrir qu’il était chrétien, bien qu’il ne fût pas passé par la suite de sentiments qu’il attendait.
Les pécheurs tracent souvent d’avance le plan de ce qu’ils pensent éprouver et de la manière dont ils pensent être convertis ; en fait, ils tracent l’ouvrage à Dieu, résolus à suivre ce chemin-là ou aucun. Dites-leur que tout cela est faux, qu’ils ne doivent tracer d’avance aucun chemin de ce genre, mais laisser Dieu les conduire comme il le juge le meilleur. Dieu conduit toujours les aveugles sur un chemin qu’ils ne connaissent pas. Jamais pécheur n’a été amené dans le royaume par la suite de sentiments qu’il attendait. Très souvent, ils sont stupéfaits de découvrir qu’ils y sont entrés sans avoir connu aucune des expériences qu’ils attendaient.
Il est très fréquent que des personnes attendent qu’on fasse d’elles le sujet de prières, ou qu’on emploie quelque moyen particulier, ou encore attendent de voir si elles ne pourront pas se rendre meilleures. Elles sont si méchantes, disent-elles, qu’elles ne peuvent pas venir à Christ. Elles veulent essayer, par l’humiliation, la souffrance et la prière, de se rendre aptes à venir. Vous devrez les déloger de tous ces refuges. Il est étonnant de voir dans combien de recoins elles se réfugient souvent avant d’aller à Christ. J’ai connu des personnes presque égarées faute d’un peu d’instruction juste.
Parfois de telles personnes pensent que leurs péchés sont trop grands pour être pardonnés, ou qu’elles ont attristé l’Esprit de Dieu au point de l’éloigner, alors que cet Esprit ne cesse de les convaincre de péché. Elles prétendent que leurs péchés sont plus grands que les miséricordes de Christ, insultant ainsi réellement le Seigneur Jésus-Christ.
Parfois les pécheurs se mettent en tête que Dieu les a abandonnés et que désormais ils ne peuvent plus être sauvés. Il est souvent très difficile de déloger les gens de cette position. Bien des cas parmi les plus douloureux que j’aie jamais rencontrés étaient de cette nature : des personnes soutenaient obstinément qu’elles étaient abandonnées, et rien ne pouvait les faire changer d’avis.
Dans un lieu où je travaillais pendant un réveil, j’entrai un jour dans la réunion, et avant le début des exercices j’entendis un gémissement sourd, déchirant, qui n’avait rien de terrestre. Je regardai et vis plusieurs femmes rassemblées autour de la personne qui le poussait. Elles me dirent que c’était une femme dans le désespoir. Elle était depuis longtemps dans cet état. Son mari était un ivrogne. Il l’avait amenée à la réunion, et lui-même était allé à la taverne. Je m’entretins avec elle et je vis son état, et combien il était difficile d’atteindre son cas. Comme je m’éloignais pour commencer les exercices, elle dit qu’il lui fallait sortir, car elle ne pouvait supporter d’entendre prier ou chanter. Je lui dis qu’elle ne devait pas partir, et je dis aux dames de la retenir, au besoin par la force. Je sentais que, si le diable la tenait, Dieu était plus fort que le diable et pouvait la délivrer. Les exercices commencèrent, et elle fit d’abord un peu de bruit. Mais bientôt elle leva les yeux. Le sujet avait été choisi spécialement en vue de son cas, et à mesure qu’il se développait, son attention fut captée, ses yeux se fixèrent — je n’oublierai jamais son air — les yeux et la bouche ouverts, la tête levée ; elle se soulevait presque de son siège tandis que la vérité inondait son esprit. Enfin, quand la vérité eut renversé chacun des fondements sur lesquels reposait son désespoir, elle poussa un cri, baissa la tête et resta parfaitement immobile jusqu’à la fin de la réunion. J’allai vers elle et la trouvai parfaitement calme et heureuse en Dieu. Je la revis longtemps après, et elle était demeurée ainsi. C’est ainsi que la Providence la plaça là où elle ne s’attendait nullement à être, et la contraignit d’entendre un enseignement adapté à son cas. Vous pouvez souvent faire un bien incalculable en découvrant précisément où est la difficulté, et en faisant alors porter la vérité droit sur ce point.
Parfois des personnes soutiennent avec acharnement qu’elles ont commis le péché impardonnable. Quand elles se sont mis cette idée en tête, elles retournent contre elles-mêmes tout ce que vous dites. Dans certains cas de ce genre, il est bon de se placer sur leur propre terrain, et de raisonner avec elles de cette manière : « Supposez que vous ayez commis le péché impardonnable, qu’en résulte-t-il ? Il est raisonnable que vous vous soumettiez à Dieu, que vous soyez affligé de vos péchés, que vous rompiez avec eux, et que vous fassiez tout le bien que vous pouvez, même si Dieu ne veut pas vous pardonner. Même si vous allez en enfer, vous devez faire cela. » Insistez sur cette pensée et retournez-la jusqu’à ce que vous constatiez qu’elles la comprennent et y consentent.
Il est fréquent qu’en pareil cas les personnes gardent les yeux fixés sur elles-mêmes ; elles s’enferment et ne cessent de regarder leurs propres ténèbres, au lieu de détourner les yeux vers Christ. Or, si vous pouvez détacher leur esprit d’elles-mêmes et les amener à penser à Christ, vous pourrez les arracher à la contemplation morose de leurs sentiments présents, et les amener à saisir l’espérance qui leur est proposée dans l’Évangile.
2. Prenez garde, en vous entretenant avec des pécheurs convaincus, de ne faire aucun compromis avec eux sur aucun point où ils rencontrent une difficulté. Si vous le faites, ils ne manqueront pas d’en profiter, et obtiendront ainsi une fausse espérance. Les pécheurs convaincus se trouvent souvent en difficulté quand il s’agit d’abandonner quelque péché chéri, ou de céder sur quelque point où la conscience et le Saint-Esprit sont en guerre avec eux. Et s’ils rencontrent quelqu’un qui cède sur ce point, ils se sentent mieux, sont heureux, et pensent qu’ils sont convertis. Le jeune homme qui vint à Christ était de ce caractère. Il avait une difficulté, et Jésus-Christ savait exactement laquelle. Il savait qu’il aimait son argent ; et au lieu de transiger et de chercher ainsi à le consoler, il mit le doigt sur l’endroit même et lui dit : « Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, puis viens, et suis-moi. » Quel en fut l’effet ? Eh bien, le jeune homme s’en alla tout triste. Très probablement, si Christ lui avait dit de faire n’importe quoi d’autre, il se serait senti soulagé et aurait obtenu une espérance ; il se serait déclaré disciple, se serait joint à l’Église, et serait allé en enfer.
Les gens sont souvent étonnamment désireux de faire un compromis. Ils poseront des questions comme celle-ci : Ne pensez-vous pas qu’une personne peut être chrétienne tout en faisant telle ou telle chose ? ou qu’elle peut être chrétienne sans faire telle ou telle chose ? Or, ne cédez pas d’un pouce devant de telles questions. Ces questions elles-mêmes peuvent souvent vous montrer le point même qui travaille leur esprit. Elles vous montreront que c’est l’orgueil, ou l’amour du monde, ou quelque chose de ce genre, qui les empêche de devenir chrétiens.
Prenez soin de faire un travail approfondi sur ce point, l’amour du monde. Je crois que plus de fausses espérances ont été bâties sur de mauvaises instructions en cette matière que de toute autre manière. J’ai entendu un jour un docteur en théologie qui tâchait de persuader ses auditeurs de renoncer au monde ; et il leur disait : « S’ils voulaient seulement y renoncer, Dieu le leur rendrait aussitôt. Il veut bien que vous jouissiez du monde. » Pitoyable ! Dieu ne rend jamais le monde au chrétien, dans le sens où il exige du pécheur convaincu qu’il y renonce. Il exige que nous lui abandonnions la propriété de toutes choses, de sorte que nous ne les considérions plus jamais, pas même un instant, comme nôtres. Un homme ne doit pas penser qu’il a le droit de juger par lui-même quelle part de ses biens il consacrera à Dieu. Un homme pense qu’il peut dépenser vingt mille dollars par an pour entretenir sa famille ; il a le droit de le faire, parce qu’il en a les moyens bien à lui. Un autre pense qu’il peut amasser cinq cent mille dollars. Un homme disait l’autre jour qu’il s’était promis de ne jamais donner aucune part de ses biens pour instruire des jeunes gens en vue du ministère. Quand on le sollicite, il répond simplement : « J’ai dit que je ne donnerais jamais à une telle œuvre, et je ne le ferai jamais. » Homme ! Jésus-Christ vous a-t-il jamais dit d’agir ainsi avec son argent ? A-t-il posé une telle règle ? Souvenez-vous que c’est de son argent que vous parlez, et s’il le veut pour former des pasteurs, vous le retenez à vos risques et périls. Cet homme doit encore apprendre le premier principe de la religion : qu’il ne s’appartient pas à lui-même, et que l’argent qu’il possède est à Jésus-Christ.
Voilà la grande raison pour laquelle l’Église est si pleine de fausses espérances. On a laissé les hommes supposer qu’ils pouvaient être chrétiens tout en se cramponnant à leur argent. Et cela a été une entrave pour toute entreprise. C’est un fait incontestable que l’Église a assez de fonds pour pourvoir le monde, immédiatement, de Bibles, de traités et de missionnaires. Mais la vérité, c’est que ceux qui font profession de religion ne croient pas que « la terre est au Seigneur, et tout ce qu’elle renferme ». Chacun suppose qu’il a le droit de décider de l’emploi qu’il fera de son propre argent. Et ils n’admettent nullement que Jésus-Christ leur dicte quoi que ce soit en cette matière.
Ne manquez pas de traiter ce point à fond. L’Église est maintenant remplie d’hypocrites, parce qu’on ne les a jamais amenés à renoncer au monde. On ne leur a jamais fait voir qu’à moins de faire une entière consécration de tout à Christ — tout leur temps, tous leurs talents, toute leur influence, tous leurs biens — ils n’arriveraient jamais au ciel. Beaucoup pensent qu’ils peuvent être chrétiens tout en traversant la vie comme en rêve, et en employant tout leur temps et tous leurs biens pour eux-mêmes, ne donnant qu’un peu de temps à autre, pour sauver les apparences, quand ils peuvent le faire sans la moindre gêne. Mais c’est une triste erreur, et ils le découvriront s’ils n’emploient pas leurs forces pour Dieu. Et quand ils mourront, au lieu de trouver le ciel au bout du chemin qu’ils suivent, ils y trouveront l’enfer.
Quand vous avez affaire à un pécheur convaincu, ne manquez pas de le chasser de tous ses refuges, et de ne pas lui laisser un pouce de terrain où se tenir, tant qu’il résiste à Dieu. Cela ne demande pas nécessairement beaucoup de temps. Quand l’Esprit de Dieu est à l’œuvre et lutte avec un pécheur, il est facile de le chasser de ses refuges. Vous verrez que la vérité sera comme un marteau qui écrase tout ce qu’il frappe. Faites avec elle un travail net, afin qu’il abandonne tout pour Dieu.
Faites voir clairement au pécheur la nature et l’étendue de la loi divine, et pressez la question principale : la soumission entière à Dieu. Appuyez sur ce point dès que vous lui avez fait clairement comprendre ce que vous visez, et ne vous détournez vers rien d’autre.
Prenez garde, en illustrant le sujet, d’égarer l’esprit en laissant l’impression qu’une soumission égoïste suffira, ou une acceptation égoïste de l’expiation, ou une manière égoïste de s’abandonner à Christ et de le recevoir, comme si un homme faisait une bonne affaire, abandonnant ses péchés et recevant le salut en échange. Ce n’est là qu’un troc, et non la soumission à Dieu. Ne laissez, dans vos explications ou vos illustrations, aucune place à une telle façon de voir. Le cœur égoïste de l’homme saisira avidement une telle conception de la religion, si on la lui présente, et très probablement s’y ralliera, obtenant ainsi une fausse espérance.
Une autre fois, j’appellerai votre attention sur certaines choses qu’il faut éviter quand on a affaire aux pécheurs.
REMARQUES.
1. Faites de l’art d’agir envers les pécheurs, de manière à favoriser leur conversion, un objet d’étude constante, de réflexion et de prière quotidiennes. Sauver des âmes, voilà la grande affaire de tout chrétien sur la terre. Les gens se plaignent souvent de ne pas savoir comment s’y prendre. Mais la raison en est bien claire : ils ne l’ont jamais étudié. Ils ne se sont jamais donné la peine nécessaire pour se rendre aptes à l’œuvre du salut des âmes. Si les gens ne mettaient pas plus d’attention et de réflexion à se préparer à leurs affaires terrestres qu’ils n’en mettent à sauver des âmes, comment pensez-vous qu’ils réussiraient ? Or, si vous négligez ainsi la principale affaire de la vie, pourquoi vivez-vous ? Si vous ne faites pas un objet d’étude de la manière dont vous pouvez agir avec le plus de succès pour édifier le royaume de Christ, vous jouez, comme chrétien, un rôle très coupable et très absurde.
2. Beaucoup de ceux qui font profession de religion font plus de mal que de bien lorsqu’ils essaient de parler aux pécheurs impénitents. Ils ont si peu de connaissance et d’habileté que leurs remarques détournent l’attention plutôt qu’elles ne l’augmentent.
3. Prenez soin de découvrir le point sur lequel l’Esprit de Dieu presse un pécheur, et pressez ce même point dans toutes vos remarques. Si vous détournez son attention de ce point, vous courrez grand risque de détruire ses convictions. Donnez-vous la peine de connaître l’état de son esprit, ce à quoi il pense, ce qu’il ressent et ce qui le touche le plus profondément ; puis pressez cela à fond, et ne détournez pas son esprit en parlant d’autre chose. Ne craignez pas de presser ce point de peur de le rendre fou. Certains craignent de presser un point auquel l’esprit est vivement et douloureusement sensible, de peur de lui nuire, bien que l’Esprit de Dieu débatte manifestement ce point avec le pécheur. C’est vouloir être plus sage que Dieu. Vous devez éclaircir ce point, répandre tout autour la lumière de la vérité, et amener l’âme à céder ; alors l’esprit est en repos.
4. De grands maux sont survenus, et beaucoup de fausses espérances sont nées, parce qu’on n’a pas su distinguer entre un pécheur réveillé et un pécheur convaincu. Faute de cette distinction, des personnes qui sont seulement réveillées sont aussitôt pressées de se soumettre : « Vous devez vous repentir », « Soumettez-vous à Dieu », alors qu’en réalité elles ne sont pas convaincues de leur culpabilité, ni assez instruites pour savoir même ce que signifie la soumission. C’est une des manières dont les réveils ont été gravement compromis par des exhortations à la repentance faites sans discernement et sans l’instruction convenable.
5. Il faut regarder les pécheurs inquiets comme étant dans un état très solennel et très critique. Ils sont en fait parvenus à un tournant. C’est un moment où leur destinée risque d’être fixée pour toujours. L’Esprit de Dieu ne luttera pas toujours. Les chrétiens doivent éprouver pour eux une profonde sollicitude. À bien des égards, leur situation est plus solennelle que le jour du jugement. C’est ici que leur destinée est fixée. Le jour du jugement la révèle. Et le moment précis où elle se fixe, c’est quand l’Esprit lutte avec eux. Les chrétiens devraient se souvenir de leur redoutable responsabilité en de tels moments. Le médecin, s’il connaît quelque peu son devoir, se sent parfois sous une responsabilité très solennelle. Son malade est dans un état critique, où une légère erreur détruira la vie, et il est suspendu, frémissant, entre la vie et la mort. Si l’on ressent une telle responsabilité à l’égard du corps, quelle redoutable responsabilité devrait-on ressentir à l’égard de l’âme, quand on la voit suspendue, tremblante, sur un point, et que sa destinée va maintenant se décider. Une fausse impression, une remarque indiscrète, une phrase mal comprise, une légère distraction de l’esprit peuvent le faire dévier dans la mauvaise direction, et son âme est perdue. Jamais un ange ne fut employé à une œuvre plus solennelle que celle d’agir envers des pécheurs sous la conviction du péché. Avec quelle gravité et quelle prudence les chrétiens devraient donc marcher, avec quelle sagesse et quelle habileté travailler, s’ils ne veulent pas être l’instrument de la damnation d’une âme !
Enfin. — S’il y a un pécheur dans cette maison, laissez-moi lui dire : Abandonnez toutes vos excuses. On vous a dit ce soir qu’elles sont toutes vaines. Ce soir même, on racontera en enfer, et on racontera au ciel, et l’écho en retentira jusqu’aux extrémités de l’univers, ce que vous aurez décidé de faire. Cette heure même peut sceller votre destinée éternelle. Voulez-vous vous soumettre à Dieu ce soir — MAINTENANT ?
Chapitre 12 terminé
Discours X. Gagner des âmes demande de la sagesse