La prière et les hommes de prière
Samuel, l’enfant de la prière

Chapitre 10 · 10 min de lecture · 14 min d’écoute

Samuel, l’enfant de la prière

Ce fut un acte magnifique que celui de Jérôme, l’un des Pères de l’Église romaine. Il mit de côté tous ses engagements pressants et partit répondre à l’appel que Dieu lui avait adressé, à savoir traduire les saintes Écritures. Ses assemblées étaient plus nombreuses que celles de bien des prédicateurs d’aujourd’hui, mais il dit à ses fidèles : « Il faut maintenant que les Écritures soient traduites ; trouvez-vous un autre pasteur : je pars pour le désert et je ne reviendrai pas avant d’avoir achevé ma tâche. » Il s’en alla donc, travailla et pria jusqu’à ce qu’il eût produit la Vulgate latine, qui durera aussi longtemps que le monde subsistera. Ainsi devons-nous dire à nos amis : « Il faut que je m’en aille, afin d’avoir du temps pour la prière et la solitude. » Et même si nous n’écrivons pas de Vulgates latines, notre œuvre sera pourtant immortelle. Gloire à Dieu.—Le pasteur C. H. Spurgeon.

Samuel vint au monde et reçut l’existence en réponse directe à la prière. Il naquit d’une mère qui priait, dont le cœur était rempli d’un ardent désir d’avoir un fils. Il entra dans la vie dans une atmosphère de prière, et ses premiers mois en ce monde se passèrent au contact direct d’une femme qui savait prier. Ce fut une prière accompagnée d’un vœu solennel : s’il lui était donné, il serait « prêté à l’Éternel » ; et, fidèle à ce vœu, cette mère qui priait le mit directement en contact avec le ministre du sanctuaire et sous l’influence de « la maison de prière ». Rien d’étonnant à ce qu’il soit devenu un homme de prière. Nous ne pouvions attendre autre chose d’un tel commencement dans la vie et d’un tel entourage dans ses premières années. Un tel entourage laisse toujours son empreinte sur les enfants ; il tend à former le caractère et à fixer la destinée.

Il se trouvait en un lieu favorable pour entendre Dieu quand Dieu lui parla, et dans une atmosphère qui le disposait à prêter l’oreille à l’appel divin qui lui fut adressé. Rien ne fut plus naturel au monde que ceci : au troisième appel venu du ciel, lorsqu’il reconnut la voix de Dieu, son cœur d’enfant répondit aussitôt : « Parle, Éternel, car ton serviteur écoute. » Prompte fut la réponse de son âme de jeune garçon, réponse de soumission, de bonne volonté et de prière.

S’il était né d’une mère d’une autre sorte, s’il avait été placé dans un autre entourage, s’il avait passé ses premiers jours au contact d’autres influences, quelqu’un peut-il supposer un seul instant qu’il aurait aisément entendu la voix de Dieu l’appelant à son service, et qu’il aurait si volontiers livré sa jeune vie au Dieu qui lui avait donné l’existence ? Un foyer mondain, dans un entourage mondain, séparé de l’Église de Dieu, avec une mère à l’esprit mondain, aurait-il produit un caractère tel que celui de Samuel ? Il faut de telles influences et de tels moyens dès les premières années pour produire des hommes de prière comme Samuel. Voulez-vous que votre enfant soit appelé de bonne heure au service divin et mis à part du monde pour Dieu ? Voulez-vous qu’il soit placé de telle sorte qu’il soit appelé dès son enfance par l’Esprit de Dieu ? Placez-le sous des influences de prière. Mettez-le près de l’homme de Dieu, directement sous son influence, et en contact étroit avec cette maison qui est appelée « la maison de prière ».

Samuel connut Dieu dans son enfance. En conséquence, il connut Dieu dans l’âge d’homme. Il reconnut Dieu dans son enfance, lui obéit et le pria. Le résultat fut qu’il reconnut Dieu dans l’âge d’homme, lui obéit et le pria. Si davantage d’enfants naissaient de mères qui prient, étaient élevés en contact direct avec « la maison de prière » et grandissaient dans une atmosphère de prière, davantage d’enfants entendraient la voix de l’Esprit de Dieu leur parler, et répondraient plus promptement à ces appels divins à une vie consacrée à Dieu. Voulons-nous des hommes de prière dans nos Églises ? Il nous faut des mères qui prient pour leur donner naissance, des foyers où l’on prie pour colorer leur vie, et un entourage de prière pour marquer leur esprit et poser les fondements de vies de prière. Les Samuel qui prient viennent des Anne qui prient. Les prêtres qui prient viennent de « la maison de prière ». Les conducteurs qui prient viennent des foyers où l’on prie.

Israël avait été pendant des années asservi aux Philistins, et l’arche était abritée dans la maison d’Abinadab, dont le fils Éléazar avait été établi pour garder ce témoignage sacré de Dieu. Le peuple s’était livré à l’idolâtrie, et Samuel était troublé par l’état religieux de la nation. L’arche de Dieu était absente, le peuple était adonné au culte des idoles, et il y avait eu un douloureux éloignement de Dieu. Les appelant à ôter leurs dieux étrangers, il les pressa de préparer leur cœur pour le Seigneur et de recommencer à le servir — leur promettant que le Seigneur les délivrerait de la main des Philistins. Cette prédication si franche — car, outre tout ce qui le caractérisait, Samuel était un prédicateur de son temps — fit une profonde impression et porta de riches fruits, comme une telle prédication le fait toujours. « Alors les enfants d’Israël ôtèrent du milieu d’eux les Baals et les Astartés, et ils servirent l’Éternel seul. »

Mais cela ne suffisait pas. La prière devait se mêler à leur réforme et l’accompagner. Aussi Samuel, fidèle à ses convictions touchant la prière, dit-il au peuple : « Assemblez tout Israël à Mitspa, et je prierai l’Éternel pour vous. » Tandis que Samuel offrait sa prière pour ces Israélites coupables, les Philistins s’approchèrent pour livrer bataille à la nation ; mais le Seigneur intervint au moment critique, fit retentir un grand tonnerre et mit en déroute ces ennemis d’Israël, « et ils furent battus devant Israël ».

La nation avait heureusement un homme qui savait prier, qui connaissait la place et la valeur de la prière, un conducteur qui avait l’oreille de Dieu et qui pouvait exercer une influence sur Dieu.

Mais la prière de Samuel ne s’arrêta pas là. Il jugea Israël tous les jours de sa vie, et il avait chaque année l’occasion de faire le tour de Béthel, de Guilgal et de Mitspa. Puis il revenait chez lui à Rama, où il résidait. « Et il y bâtit un autel à l’Éternel. » C’était un autel de sacrifice, mais c’était aussi bien un autel de prière. Et s’il a pu servir au bien de la localité où il habitait, à la manière d’une église de ville, il ne faut pourtant pas perdre de vue qu’il devait être un autel familial, un lieu où l’on offrait le sacrifice pour le péché, mais aussi où sa maisonnée se réunissait pour le culte, la louange et la prière. Là, le Dieu tout-puissant était reconnu dans le foyer ; là s’affichait un foyer consacré à Dieu ; là, le père et la mère invoquaient le nom du Seigneur, ce qui distinguait ce foyer de tous les foyers mondains et idolâtres qui l’entouraient.

Voilà l’exemple d’un foyer où l’on craint Dieu, du genre dont on a tant besoin en cet âge irréligieux et sans Dieu. Heureux le foyer qui possède un autel de sacrifice et de prière, d’où les actions de grâces montent chaque jour vers le ciel et où l’on prie matin et soir.

Samuel n’était pas seulement un prêtre qui priait, un conducteur qui priait, un enseignant et un chef qui priait ; il était aussi un père qui priait. Et quiconque connaît la situation en ce qui concerne la religion dans la famille sait parfaitement que le grand besoin de ces temps modernes, ce sont des foyers pieux, des pères et des mères qui prient. C’est là que se produit l’effondrement de la religion, là que la vie religieuse d’une communauté commence d’abord à dépérir, et c’est là que nous devons aller en premier lieu pour susciter des hommes et des femmes de prière dans l’Église de Dieu. C’est dans le foyer que le réveil doit commencer.

Une crise survint dans l’histoire de cette nation. Le peuple était épris de la gloire d’un royaume doté d’un roi humain, et il était prêt à rejeter Dieu comme son roi, ce qu’il avait toujours été. Ils vinrent donc trouver Samuel avec cette demande audacieuse : « Établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. » La chose déplut à cet homme de Dieu, jaloux du nom, de l’honneur et du bon plaisir du Seigneur Dieu. Comment pouvait-il en être autrement ? Qui n’en aurait été pareillement mécontent, s’il avait été bâti sur le modèle de Samuel ? Il en fut affligé dans son âme. Mais le Seigneur vint à lui juste à ce moment-là avec l’assurance réconfortante, pour ce qui le concernait personnellement dans cette affaire, que « ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. Écoute la voix du peuple dans tout ce qu’il te dira. »

Alors Samuel suivit la pente de son esprit : « Et Samuel pria l’Éternel. » Il semble que, dans toute affaire touchant ce peuple et à laquelle Samuel était mêlé, il lui fallait prier. Combien plus maintenant qu’allait s’opérer une révolution complète dans la forme du gouvernement, que Dieu allait être écarté comme souverain du peuple et qu’un roi humain allait être établi ? Les affaires nationales ont besoin qu’on prie à leur sujet. Il faut des hommes de prière pour porter à Dieu dans la prière les affaires du gouvernement. Ceux qui font les lois, ceux qui les appliquent dans les tribunaux et ceux qui les exécutent ont besoin de conducteurs en Israël qui prient pour eux. Combien moins d’erreurs commettrait-on si l’on priait davantage pour les affaires civiles ?

Mais ce ne devait pas être la fin de l’affaire. Dieu devait montrer si clairement et si nettement son déplaisir devant une telle demande d’un roi humain que le peuple sût quelle méchante action il avait commise, bien que Dieu eût accédé à sa demande. Il fallait qu’ils sachent que Dieu existait toujours et qu’il avait affaire avec ce peuple, avec son roi et avec les affaires du gouvernement. Ainsi les prières de Samuel devaient-elles de nouveau entrer en jeu pour accomplir les desseins divins. Samuel invita donc le peuple à se tenir là, et il allait leur montrer ce que le Seigneur ferait sous leurs yeux. Il invoqua donc Dieu, et en réponse Dieu envoya une terrible tempête de tonnerre et de pluie, qui effraya extrêmement le peuple et l’amena à reconnaître le grand péché qu’il avait commis en demandant un roi. Le peuple fut si effrayé qu’il supplia en hâte Samuel de prier pour lui et de lui épargner ce qui semblait être la destruction. Samuel pria de nouveau, Dieu entendit et exauça, et le tonnerre et la pluie cessèrent.

Un autre épisode de la vie de prière de Samuel mérite d’être remarqué. Le roi Saül avait reçu l’ordre de détruire tous les Amalécites, racine et branches, avec tout ce qui leur appartenait ; mais Saül, contrairement aux instructions divines, avait épargné le roi Agag ainsi que le meilleur du petit et du gros bétail, et il s’en était justifié en prétendant que le peuple l’avait voulu.

Dieu adressa alors ce message à Samuel :

« Je me repens d’avoir établi Saül pour roi, car il se détourne de moi et il n’observe point mes paroles. »

« Et Samuel fut affligé, et il cria à l’Éternel toute la nuit. » Une déclaration si soudaine suffisait à jeter dans l’affliction un homme comme Samuel, qui aimait sa nation, qui était fidèle à Dieu et qui désirait par-dessus tout la prospérité de Sion. Une telle affliction de l’âme devant les maux de l’Église et à la vue des abominations du temps pousse toujours un homme à genoux dans la prière. Naturellement, Samuel porta l’affaire devant Dieu. C’était le moment de prier. L’affaire était trop grave pour qu’il ne fût pas profondément poussé à prier. L’âme de Samuel fut si profondément troublée qu’il pria toute la nuit à ce sujet. Il y avait trop en jeu pour qu’il fermât les yeux sur l’affaire, la traitât avec indifférence et la laissât passer sans y faire intervenir Dieu, car le bien futur d’Israël était dans la balance.

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