La puissance par la prière
Il faut des hommes de prière

Chapitre 1 · 8 min de lecture · 11 min d’écoute

Il faut des hommes de prière

Recherchez une sainteté de vie universelle. Toute votre utilité en dépend, car vos sermons ne durent qu’une heure ou deux ; votre vie prêche toute la semaine. Si Satan parvient seulement à faire d’un ministre cupide un amoureux de la louange, du plaisir, de la bonne chère, il a ruiné votre ministère. Donnez-vous à la prière, et recevez de Dieu vos textes, vos pensées, vos paroles. Luther consacrait à la prière ses trois meilleures heures. — Robert Murray McCheyne

NOUS sommes constamment tendus, sinon crispés, à imaginer de nouvelles méthodes, de nouveaux plans, de nouvelles organisations pour faire avancer l’Église et assurer à l’Évangile expansion et efficacité. Cette tendance du jour risque de perdre de vue l’homme, ou de noyer l’homme dans le plan ou l’organisation. Le plan de Dieu est de faire grand cas de l’homme, bien plus que de toute autre chose. Les hommes sont la méthode de Dieu. L’Église cherche de meilleures méthodes ; Dieu cherche de meilleurs hommes. « Il y eut un homme envoyé de Dieu: son nom était Jean. » La dispensation qui annonça le Christ et lui prépara le chemin était tout entière liée à cet homme, Jean. « un enfant nous est né, un fils nous est donné. » Le salut du monde sort de ce Fils couché dans un berceau. Quand Paul en appelle au caractère personnel des hommes qui ont enraciné l’Évangile dans le monde, il dévoile le mystère de leur succès. La gloire et l’efficacité de l’Évangile reposent sur les hommes qui le proclament. Quand Dieu déclare que « l’Éternel étend ses regards sur toute la terre, pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à lui », il proclame la nécessité des hommes et sa dépendance à leur égard, comme du canal par lequel il exerce sa puissance sur le monde. Cette vérité vitale et pressante est de celles que notre âge de machines est enclin à oublier. L’oublier est aussi funeste à l’œuvre de Dieu que le serait d’arracher le soleil de sa sphère. Les ténèbres, la confusion et la mort s’ensuivraient.

Ce dont l’Église a besoin aujourd’hui, ce n’est pas de plus de machinerie, ni d’une meilleure, ni de nouvelles organisations, ni de méthodes plus nombreuses et plus inédites, mais d’hommes dont le Saint-Esprit puisse se servir — des hommes de prière, des hommes puissants dans la prière. Le Saint-Esprit ne coule pas à travers des méthodes, mais à travers des hommes. Il ne descend pas sur des machines, mais sur des hommes. Il n’oint pas des plans, mais des hommes — des hommes de prière.

Un historien éminent a dit que les accidents du caractère personnel ont plus de part aux révolutions des nations que ne veulent bien l’admettre les historiens philosophes ou les politiciens démocrates. Cette vérité s’applique pleinement à l’Évangile du Christ : le caractère et la conduite des disciples du Christ christianisent le monde, transfigurent les nations et les individus. Des prédicateurs de l’Évangile, elle est éminemment vraie.

Le caractère aussi bien que la fortune de l’Évangile sont confiés au prédicateur. Il fait ou défait le message de Dieu à l’homme. Le prédicateur est le conduit d’or par lequel coule l’huile divine. Le conduit doit être non seulement d’or, mais ouvert et sans fêlure, afin que l’huile ait un écoulement plein, sans entrave et sans perte.

C’est l’homme qui fait le prédicateur. Dieu doit faire l’homme. Le messager est, si possible, plus que le message. Le prédicateur est plus que le sermon. Le prédicateur fait le sermon. Comme le lait qui donne la vie, tiré du sein de la mère, n’est que la vie même de la mère, ainsi tout ce que dit le prédicateur est teinté, imprégné de ce qu’il est. Le trésor est dans des vases de terre, et le goût du vase l’imprègne et peut l’altérer. L’homme, l’homme tout entier, se tient derrière le sermon. La prédication n’est pas la représentation d’une heure. C’est l’épanchement d’une vie. Il faut vingt ans pour faire un sermon, parce qu’il faut vingt ans pour faire l’homme. Le vrai sermon est une chose vivante. Le sermon grandit parce que l’homme grandit. Le sermon a de la force parce que l’homme a de la force. Le sermon est saint parce que l’homme est saint. Le sermon est plein de l’onction divine parce que l’homme est plein de l’onction divine.

Paul l’appelait « mon Évangile » ; non qu’il l’eût dégradé par ses excentricités personnelles ou détourné par une appropriation égoïste, mais l’Évangile avait été mis dans le cœur et dans le sang même de l’homme Paul, comme un dépôt personnel à exécuter selon ses traits pauliniens, à embraser et à rendre puissant par l’énergie ardente de son âme ardente. Les sermons de Paul — que furent-ils ? Où sont-ils ? Des squelettes, des fragments épars, flottant sur la mer de l’inspiration ! Mais l’homme Paul, plus grand que ses sermons, vit à jamais, dans la plénitude de sa forme, de ses traits et de sa stature, et sa main façonne encore l’Église. La prédication n’est qu’une voix. La voix meurt dans le silence, le texte est oublié, le sermon s’efface de la mémoire ; le prédicateur demeure vivant.

Le sermon ne peut s’élever, dans ses forces vivifiantes, au-dessus de l’homme. Des hommes morts produisent des sermons morts, et les sermons morts tuent. Tout dépend du caractère spirituel du prédicateur. Sous la dispensation juive, le souverain sacrificateur portait, gravés en lettres de joyaux sur un frontal d’or, ces mots : « Sainteté à l’Éternel. » De même, tout prédicateur au ministère du Christ doit être façonné par cette même sainte devise et entièrement gouverné par elle. C’est une honte criante que le ministère chrétien tombe plus bas, en sainteté de caractère et en sainteté de but, que le sacerdoce juif. Jonathan Edwards disait : « Je poursuivais avec ardeur ma quête d’une plus grande sainteté et d’une plus grande conformité au Christ. Le ciel que je désirais était un ciel de sainteté. » L’Évangile du Christ n’avance pas par des vagues populaires. Il n’a en lui-même aucune puissance de propagation. Il avance comme avancent les hommes qui en ont la charge. Le prédicateur doit incarner l’Évangile. Ses traits divins, les plus distinctifs, doivent prendre corps en lui. La puissance contraignante de l’amour doit être dans le prédicateur comme une force qui se projette, excentrique, souveraine en tout, oublieuse d’elle-même. L’énergie du renoncement doit être son être même, son cœur, son sang et ses os. Il doit s’avancer comme un homme parmi les hommes, revêtu d’humilité, demeurant dans la douceur, prudent comme le serpent, simple comme la colombe ; portant les liens d’un serviteur avec l’esprit d’un roi, un roi au port élevé, royal, indépendant, avec la simplicité et la tendresse d’un enfant. Le prédicateur doit se jeter dans son œuvre pour le salut des hommes avec tout l’abandon d’une foi parfaite qui se vide d’elle-même et d’un zèle qui se consume. Ce sont des martyrs de tout cœur, héroïques, compatissants, intrépides, que doivent être les hommes qui saisissent une génération et la façonnent pour Dieu. S’ils sont de timides opportunistes, des chercheurs de places, s’ils cherchent à plaire aux hommes ou craignent les hommes, si leur foi n’a qu’une faible prise sur Dieu ou sur sa Parole, si leur renoncement est entamé par quelque forme du moi ou du monde, ils ne peuvent saisir ni l’Église ni le monde pour Dieu.

La prédication la plus incisive et la plus forte du prédicateur devrait s’adresser à lui-même. Son travail le plus difficile, le plus délicat, le plus laborieux et le plus approfondi doit se faire sur lui-même. La formation des Douze fut la grande œuvre, difficile et durable, du Christ. Les prédicateurs ne sont pas des faiseurs de sermons, mais des faiseurs d’hommes et des faiseurs de saints, et celui-là seul est bien formé pour cette tâche qui a fait de lui-même un homme et un saint. Ce dont Dieu a besoin, ce n’est pas de grands talents, ni d’une grande érudition, ni de grands prédicateurs, mais d’hommes grands en sainteté, grands en foi, grands en amour, grands en fidélité, grands pour Dieu — des hommes qui prêchent toujours, par de saints sermons en chaire, et par une vie sainte hors de la chaire. Ceux-là peuvent façonner une génération pour Dieu.

C’est sur ce modèle que furent formés les premiers chrétiens. C’étaient des hommes d’une trempe solide, des prédicateurs selon le type céleste — héroïques, robustes, soldats, saints. Prêcher, pour eux, voulait dire renoncement, crucifixion de soi, gravité, labeur, une affaire de martyrs. Ils s’y appliquaient d’une manière qui marquait leur génération, et ils formaient dans son sein, pour Dieu, une génération encore à naître. L’homme qui prêche doit être l’homme qui prie. La prière est l’arme la plus puissante du prédicateur. Force toute-puissante en elle-même, elle donne vie et force à tout.

Le vrai sermon se fait dans le lieu secret de la prière. L’homme — l’homme de Dieu — se fait dans le lieu secret. Sa vie et ses convictions les plus profondes sont nées dans sa communion secrète avec Dieu. L’agonie chargée de larmes de son esprit, ses messages les plus graves et les plus doux, il les a reçus seul avec Dieu. La prière fait l’homme ; la prière fait le prédicateur ; la prière fait le pasteur.

La chaire d’aujourd’hui est faible dans la prière. L’orgueil du savoir s’oppose à l’humilité dépendante de la prière. Trop souvent, la prière n’est pour la chaire qu’une chose officielle — une formalité dans la routine du culte. La prière n’est pas pour la chaire moderne la force puissante qu’elle était dans la vie de Paul ou dans son ministère. Tout prédicateur qui ne fait pas de la prière un puissant facteur de sa propre vie et de son ministère est un facteur faible dans l’œuvre de Dieu, et il est impuissant à faire avancer la cause de Dieu dans ce monde.

Chapitre 1 terminé

Il faut des hommes de prière

Page 1 / 1 · 8 min restantes dans le chapitre
Suivant