Le Voyage du pèlerin
Troisième étape

Chapitre 4 · 33 min de lecture

Troisième étape

Je vis alors dans mon songe que la grand-route par laquelle Chrétien devait monter était bordée de chaque côté d’un mur, et que ce mur s’appelait Salut. Ésaïe 26:1. Chrétien, chargé de son fardeau, monta donc ce chemin en courant, mais non sans grande peine, à cause de la charge qu’il avait sur le dos.

Il courut ainsi jusqu’à ce qu’il arrivât à un endroit qui montait quelque peu; sur cet endroit se dressait une croix, et un peu plus bas, au fond, un sépulcre. Je vis alors dans mon songe qu’au moment même où Chrétien parvint à la croix, son fardeau se détacha de ses épaules, tomba de son dos et se mit à rouler, et continua ainsi jusqu’à l’entrée du sépulcre, où il tomba dedans, et je ne le vis plus.

Alors Chrétien fut joyeux et allègre, et dit d’un cœur content: « Il m’a donné le repos par sa douleur, et la vie par sa mort. » Puis il demeura immobile un moment, pour regarder et s’émerveiller; car il était très surprenant pour lui que la vue de la croix le soulageât ainsi de son fardeau. Il regarda donc, et regarda encore, jusqu’à ce que les sources qui étaient dans sa tête fissent couler les eaux sur ses joues. Zacharie 12:10. Or, comme il se tenait là, regardant et pleurant, voici, trois Resplendissants vinrent à lui et le saluèrent en disant: « Paix soit avec toi. » Le premier lui dit: « Tes péchés sont pardonnés », Marc 2:5; le second le dépouilla de ses haillons et le revêtit d’habits de fête, Zacharie 3:4; le troisième lui mit aussi une marque sur le front, Éphésiens 1:13, et lui donna un rouleau scellé d’un sceau, qu’il lui recommanda de lire en courant, et de remettre à la porte céleste: puis ils s’en allèrent. Alors Chrétien fit trois sauts de joie, et poursuivit sa route en chantant:

« Jusqu’ici je suis venu, chargé de mon péché,

Sans que rien pût calmer la douleur qui m’accablait,

Jusqu’à ce que je vinsse ici. Quel est ce lieu!

Est-ce ici que doit commencer ma félicité?

Est-ce ici que le fardeau doit tomber de mon dos?

Ici que doivent se rompre les liens qui m’attachaient ce fardeau?

Bénie soit la croix! béni le sépulcre! mais béni plutôt

Soit l’Homme qui là fut couvert de honte pour moi! »

Je vis ensuite dans mon songe qu’il continua ainsi jusqu’à ce qu’il arrivât au bas de la pente, où il vit, un peu à l’écart du chemin, trois hommes profondément endormis, qui avaient des entraves aux pieds. Le nom de l’un était Simple, celui d’un autre Paresse, et celui du troisième Présomption.

Chrétien, les voyant couchés en cet état, alla vers eux, pour voir s’il pourrait les réveiller, et s’écria: Vous êtes comme un homme couché sur le sommet d’un mât, Proverbes 23:34, car la mer Morte est sous vous, un gouffre qui n’a point de fond: réveillez-vous donc, et venez-vous-en; ayez-en seulement la volonté, et je vous aiderai à ôter vos fers. Il leur dit aussi: Si celui qui rôde comme un lion rugissant, 1 Pierre 5:8, vient à passer, vous deviendrez certainement la proie de ses dents. Là-dessus ils le regardèrent et se mirent à répondre de cette sorte: Simple dit: Je ne vois aucun danger; Paresse dit: Encore un peu de sommeil; et Présomption dit: Chaque cuve doit reposer sur son propre fond. Et ainsi ils se recouchèrent pour dormir, et Chrétien continua son chemin.

Pourtant il était troublé de penser que des hommes exposés à un tel danger fissent si peu de cas de la bonté de celui qui leur offrait si libéralement son aide, tant en les réveillant qu’en les conseillant et en proposant de leur ôter leurs fers. Et comme il en était troublé, il aperçut deux hommes qui passaient en culbutant par-dessus le mur, à main gauche du chemin étroit; et ils le rejoignirent promptement. Le nom de l’un était Formaliste, et le nom de l’autre Hypocrisie. Ainsi, comme je l’ai dit, ils s’approchèrent de lui, et il entra en conversation avec eux.

Chrétien: Messieurs, d’où venez-vous, et où allez-vous?

Formaliste et Hypocrisie: Nous sommes nés au pays de Vaine-Gloire, et nous allons, pour y recueillir des louanges, à la montagne de Sion.

Chrétien: Pourquoi n’êtes-vous pas entrés par la porte qui se trouve au commencement du chemin? Ne savez-vous pas qu’il est écrit que « celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand »? Jean 10:1.

Formaliste et Hypocrisie: Ils dirent que tous leurs compatriotes estimaient que c’était faire un trop long détour que d’aller jusqu’à la porte pour entrer; et que, par conséquent, leur habitude était de prendre un raccourci et d’escalader le mur, comme ils venaient de le faire.

Chrétien: Mais ne sera-ce pas tenu pour une offense envers le Seigneur de la cité où nous nous rendons, que de violer ainsi sa volonté révélée?

Formaliste et Hypocrisie: Ils lui dirent que, pour cela, il n’avait pas à s’en mettre la tête en peine: car ce qu’ils faisaient, ils avaient la coutume pour eux, et pouvaient produire, s’il le fallait, des témoignages qui l’attesteraient depuis plus de mille ans.

Chrétien: Mais, dit Chrétien, soutiendrez-vous un procès en justice?

Formaliste et Hypocrisie: Ils lui dirent qu’une coutume établie depuis si longtemps, depuis plus de mille ans, serait sans doute admise désormais comme chose légale par un juge impartial: et d’ailleurs, dirent-ils, si nous entrons dans le chemin, qu’importe par où nous y entrons? Si nous y sommes, nous y sommes: toi, tu n’es que dans le chemin, toi qui, à ce que nous voyons, es entré par la porte; et nous aussi, nous sommes dans le chemin, nous qui sommes venus en culbutant par-dessus le mur: en quoi donc ta condition est-elle meilleure que la nôtre?

Chrétien: Je marche selon la règle de mon Maître: vous marchez selon les grossières inventions de votre fantaisie. Vous êtes déjà tenus pour des voleurs par le Seigneur du chemin: c’est pourquoi je crains bien que vous ne soyez pas trouvés hommes loyaux à la fin du chemin. Vous entrez de vous-mêmes sans sa direction, et vous sortirez de vous-mêmes sans sa miséricorde.

À cela ils ne lui firent que peu de réponse; seulement ils lui dirent de prendre garde à lui-même. Puis je vis qu’ils avancèrent, chacun dans son chemin, sans guère s’entretenir les uns avec les autres, si ce n’est que ces deux hommes dirent à Chrétien que, pour ce qui était des lois et des ordonnances, ils ne doutaient pas de les observer aussi consciencieusement que lui. Aussi, dirent-ils, nous ne voyons pas en quoi tu diffères de nous, sinon par l’habit que tu portes sur le dos, lequel, à ce que nous pensons, t’a été donné par quelqu’un de tes voisins pour cacher la honte de ta nudité.

Chrétien: Ce n’est pas par les lois et les ordonnances que vous serez sauvés, puisque vous n’êtes pas entrés par la porte. Galates 2:16. Et quant à cet habit que je porte sur le dos, il m’a été donné par le Seigneur du lieu où je vais; et cela, comme vous le dites, pour en couvrir ma nudité. Et je le reçois comme un gage de sa bonté envers moi; car auparavant je n’avais que des haillons. Et d’ailleurs, voici comment je me console en chemin. Assurément, me dis-je, quand j’arriverai à la porte de la cité, le Seigneur de ce lieu me reconnaîtra favorablement, puisque j’ai son habit sur le dos; un habit qu’il m’a donné gratuitement le jour où il m’a dépouillé de mes haillons. J’ai de plus une marque sur le front, que vous n’avez peut-être pas remarquée, et qu’un des plus intimes compagnons de mon Seigneur y a imprimée le jour où mon fardeau est tombé de mes épaules. Je vous dirai de plus qu’on m’a donné alors un rouleau scellé, pour me consoler en le lisant tandis que je chemine; et il m’a été recommandé de le remettre à la porte céleste, en gage de mon entrée assurée à sa suite: toutes choses qui, je le crains, vous manquent, et qui vous manquent parce que vous n’êtes pas entrés par la porte.

À cela ils ne répondirent rien; seulement ils se regardèrent l’un l’autre et se mirent à rire. Puis je vis qu’ils avancèrent tous, si ce n’est que Chrétien marchait devant, ne s’entretenant plus qu’avec lui-même, tantôt en soupirant, tantôt avec réconfort: souvent aussi il lisait dans le rouleau que l’un des Resplendissants lui avait donné, et il en était restauré.

Je vis ensuite qu’ils avancèrent tous jusqu’à ce qu’ils arrivassent au pied de la colline Difficulté, au bas de laquelle il y avait une source. Il y avait aussi au même endroit deux autres chemins, outre celui qui venait tout droit de la porte: l’un tournait à main gauche, et l’autre à main droite, au bas de la colline; mais le chemin étroit montait tout droit la colline, et le nom de la montée, sur le flanc de la colline, est Difficulté. Chrétien alla alors à la source, Ésaïe 49:10, et y but pour se rafraîchir, puis il commença à gravir la colline en disant:

« La colline, bien que haute, je veux la gravir;

La difficulté ne saurait me faire fléchir;

Car je vois que le chemin de la vie est ici:

Allons, courage! ne défaillons ni ne craignons ici.

Mieux vaut, bien que difficile, suivre le droit chemin,

Que le mauvais, bien qu’aisé, dont le malheur est la fin. »

Les deux autres arrivèrent aussi au pied de la colline. Mais quand ils virent que la colline était escarpée et haute, et qu’il y avait deux autres chemins à prendre, supposant aussi que ces deux chemins pourraient rejoindre, de l’autre côté de la colline, celui par où Chrétien montait, ils résolurent de prendre ces chemins-là. Or, le nom de l’un de ces chemins était Danger, et le nom de l’autre Destruction. L’un prit donc le chemin qu’on appelle Danger, qui le conduisit dans une grande forêt; et l’autre prit tout droit le chemin de la Destruction, qui le mena dans une vaste plaine pleine de sombres montagnes, où il trébucha et tomba, et ne se releva plus.

Je regardai alors du côté de Chrétien, pour le voir gravir la colline, et je m’aperçus que de la course il passa à la marche, et de la marche à l’escalade sur les mains et les genoux, à cause de l’escarpement du lieu. Or, à mi-chemin environ du sommet de la colline se trouvait une agréable tonnelle, faite par le Seigneur de la colline pour le rafraîchissement des voyageurs fatigués. Chrétien y parvint donc, et s’y assit pour se reposer: puis il tira son rouleau de son sein, et y lut pour sa consolation; il se mit aussi de nouveau à contempler l’habit ou le vêtement qui lui avait été donné tandis qu’il se tenait près de la croix. S’étant ainsi délecté quelque temps, il finit par s’assoupir, et de là tomba dans un profond sommeil, qui le retint en ce lieu jusqu’à ce qu’il fût presque nuit; et pendant son sommeil son rouleau lui tomba de la main. Or, tandis qu’il dormait, quelqu’un vint à lui et le réveilla en disant: « Va vers la fourmi, paresseux; Considère ses voies, et deviens sage. » Proverbes 6:6. Là-dessus Chrétien se leva en sursaut, se hâta de reprendre son chemin, et avança vivement jusqu’à ce qu’il fût parvenu au sommet de la colline.

Or, quand il fut arrivé au sommet de la colline, deux hommes accoururent à toutes jambes; le nom de l’un était Timoré, et celui de l’autre Méfiance: Chrétien leur dit: Messieurs, qu’y a-t-il? vous courez dans le mauvais sens. Timoré répondit qu’ils se rendaient à la cité de Sion, et qu’ils avaient gravi ce passage difficile: mais, dit-il, plus nous avançons, plus nous rencontrons de dangers; c’est pourquoi nous avons rebroussé chemin, et nous nous en retournons.

Oui, dit Méfiance, car juste devant nous il y a deux lions couchés dans le chemin, endormis ou éveillés, nous ne savons; et nous ne pouvions penser autre chose, sinon que, si nous arrivions à leur portée, ils nous mettraient aussitôt en pièces.

Chrétien: Alors Chrétien dit: Vous me faites peur; mais où fuirai-je pour être en sûreté? Si je retourne dans mon pays, il est réservé au feu et au soufre, et j’y périrai certainement; si je puis parvenir à la Cité céleste, je suis sûr d’y être en sûreté: il faut que je m’y risque. Retourner en arrière, ce n’est rien que la mort; aller en avant, c’est la crainte de la mort, et au-delà la vie éternelle: j’irai donc en avant. Ainsi Méfiance et Timoré redescendirent la colline en courant, et Chrétien poursuivit son chemin. Mais, repensant à ce qu’il avait entendu de la bouche de ces hommes, il chercha son rouleau dans son sein, afin d’y lire et d’être consolé; mais il chercha et ne le trouva point. Alors Chrétien fut dans une grande détresse, et ne sut que faire; car il lui manquait ce qui avait coutume de le soulager, et ce qui devait être son passeport pour entrer dans la Cité céleste. Ici donc il commença à être fort perplexe, et ne sut que faire. Enfin il se souvint qu’il avait dormi dans la tonnelle qui est sur le flanc de la colline; et, tombant à genoux, il demanda pardon à Dieu de cet acte insensé, puis il retourna sur ses pas pour chercher son rouleau. Mais tout le long du chemin qu’il refit en arrière, qui pourrait dépeindre suffisamment la douleur du cœur de Chrétien? Tantôt il soupirait, tantôt il pleurait, et souvent il se reprochait d’avoir été assez insensé pour s’endormir en ce lieu, qui n’avait été élevé que pour lui procurer un peu de rafraîchissement dans sa lassitude. Il retourna donc ainsi en arrière, regardant attentivement de ce côté-ci et de ce côté-là, tout le long du chemin, s’il pourrait par bonheur trouver son rouleau, qui l’avait si souvent consolé dans son voyage. Il alla ainsi jusqu’à ce qu’il revît la tonnelle où il s’était assis et endormi; mais cette vue renouvela d’autant plus sa douleur, en lui remettant de nouveau à l’esprit, tout fraîchement, la faute qu’il avait commise en dormant. Apocalypse 2:4; 1 Thessaloniciens 5:6-8. Il continua donc ainsi son chemin, déplorant son sommeil coupable, et disant: Misérable que je suis, de m’être endormi en plein jour! de m’être endormi au milieu de la difficulté! d’avoir tellement complu à la chair que d’user pour le bien-être de ma chair de ce repos que le Seigneur de la colline n’a établi que pour le soulagement de l’esprit des pèlerins! Combien de pas n’ai-je pas faits en vain! Ainsi en arriva-t-il à Israël: à cause de leur péché, ils furent renvoyés par le chemin de la mer Rouge; et me voilà contraint de fouler avec tristesse ces pas que j’aurais pu fouler avec joie, n’eût été ce sommeil coupable. Combien j’aurais pu être avancé dans mon chemin à l’heure qu’il est! Me voilà contraint de fouler trois fois ces pas que je n’aurais eu besoin de fouler qu’une seule fois: oui, et maintenant je risque aussi d’être surpris par la nuit, car le jour est presque passé. Oh! si je n’avais pas dormi!

Or, il était alors revenu à la tonnelle, où il s’assit un moment et pleura; mais enfin (comme la Providence le voulut), regardant tristement sous le banc, il y aperçut son rouleau, qu’il saisit en tremblant et en toute hâte, et qu’il mit dans son sein. Mais qui pourra dire quelle fut la joie de cet homme quand il eut retrouvé son rouleau? Car ce rouleau était l’assurance de sa vie, et de son accueil au port désiré. C’est pourquoi il le serra dans son sein, rendit grâces à Dieu d’avoir dirigé ses yeux vers l’endroit où il se trouvait, et, avec joie et avec larmes, se remit en route. Mais oh! avec quelle agilité il gravit le reste de la colline! Pourtant, avant qu’il fût arrivé en haut, le soleil se coucha sur Chrétien; et cela lui remit de nouveau en mémoire la vanité de son sommeil; et ainsi il recommença à se lamenter sur lui-même: Ô toi, sommeil coupable! à cause de toi, me voici en danger d’être surpris par la nuit dans mon voyage! Il me faut marcher sans soleil, les ténèbres vont couvrir le sentier de mes pieds, et il me faut entendre le bruit des créatures lugubres, à cause de mon sommeil coupable! Alors il se souvint aussi de l’histoire que Méfiance et Timoré lui avaient racontée, comment ils avaient été effrayés à la vue des lions. Chrétien se dit alors de nouveau en lui-même: Ces bêtes rôdent la nuit pour chercher leur proie; et si elles me rencontraient dans l’obscurité, comment leur échapperais-je? comment éviterais-je d’être mis en pièces par elles? Ainsi il poursuivit son chemin. Mais tandis qu’il déplorait sa malheureuse faute, il leva les yeux, et voici, il y avait devant lui un palais très majestueux, dont le nom était Beau; et il se trouvait au bord de la grand-route.

Je vis donc dans mon songe qu’il se hâta et avança, afin, s’il était possible, d’y trouver un gîte. Or, avant qu’il fût allé bien loin, il entra dans un passage très étroit, qui était à environ un stade de la loge du portier; et, regardant très attentivement devant lui en marchant, il aperçut deux lions dans le chemin. Voilà, pensa-t-il, les dangers qui ont fait rebrousser chemin à Méfiance et à Timoré. (Les lions étaient enchaînés, mais il ne voyait pas les chaînes.) Alors il eut peur, et songea lui aussi à retourner en arrière à leur suite; car il pensait n’avoir que la mort devant lui. Mais le portier de la loge, dont le nom est Vigilant, voyant que Chrétien s’était arrêté, comme s’il voulait retourner en arrière, lui cria: Ta force est-elle si petite? Marc 4:40. Ne crains pas les lions, car ils sont enchaînés, et ils sont placés là pour éprouver la foi là où elle est, et pour découvrir ceux qui n’en ont point: tiens-toi au milieu du sentier, et il ne t’arrivera aucun mal.

Je vis alors qu’il avança, tremblant de peur à cause des lions, mais en suivant avec soin les directions du portier; il les entendit rugir, mais ils ne lui firent aucun mal. Alors il battit des mains, et avança jusqu’à ce qu’il arrivât devant la porte où se tenait le portier. Chrétien dit alors au portier: Monsieur, quelle est cette maison? et puis-je y loger cette nuit? Le portier répondit: Cette maison a été bâtie par le Seigneur de la colline, et il l’a bâtie pour le soulagement et la sûreté des pèlerins. Le portier lui demanda aussi d’où il était, et où il allait.

Chrétien: Je viens de la ville de Destruction, et je vais à la montagne de Sion: mais comme le soleil est maintenant couché, je désire, si cela m’est permis, loger ici cette nuit.

Le portier: Quel est votre nom?

Chrétien: Mon nom est maintenant Chrétien, mais mon nom au commencement était Sans-Grâce: je suis issu de la race de Japhet, que Dieu amènera à habiter dans les tentes de Sem. Genèse 9:27.

Le portier: Mais comment se fait-il que vous arriviez si tard? Le soleil est couché.

Chrétien: Je serais arrivé plus tôt, si, misérable que je suis, je ne m’étais pas endormi dans la tonnelle qui se trouve sur le flanc de la colline! Et même, malgré cela, je serais arrivé bien plus tôt, si, pendant mon sommeil, je n’avais pas perdu mon titre, et si je n’étais pas venu sans lui jusqu’au sommet de la colline; et alors, le cherchant et ne le trouvant pas, j’ai été contraint, le cœur plein de tristesse, de retourner jusqu’au lieu où j’avais dormi, où je l’ai trouvé; et maintenant me voici.

Le portier: Eh bien, je vais appeler une des vierges de ce lieu, qui, si ton discours lui plaît, t’introduira auprès du reste de la famille, selon les règles de la maison. Vigilant, le portier, sonna donc une cloche, au son de laquelle sortit de la porte de la maison une demoiselle grave et belle, nommée Discrétion, qui demanda pourquoi on l’appelait.

Le portier répondit: Cet homme est en voyage de la ville de Destruction à la montagne de Sion; mais, fatigué et surpris par la nuit, il m’a demandé s’il pourrait loger ici cette nuit; je lui ai donc dit que je t’appellerais, toi qui, après avoir conversé avec lui, pourras faire ce qui te semblera bon, selon la loi même de la maison.

Alors elle lui demanda d’où il était, et où il allait; et il le lui dit. Elle lui demanda aussi comment il était entré dans le chemin; et il le lui dit. Puis elle lui demanda ce qu’il avait vu et rencontré en chemin, et il le lui dit. Enfin elle lui demanda son nom. Il répondit: Je m’appelle Chrétien; et je désire d’autant plus loger ici cette nuit que, d’après ce que je vois, ce lieu a été bâti par le Seigneur de la colline pour le soulagement et la sûreté des pèlerins. Elle sourit alors, mais les larmes lui vinrent aux yeux; et, après une courte pause, elle dit: Je vais appeler deux ou trois autres membres de la famille. Elle courut donc à la porte, et appela Prudence, Piété et Charité, qui, après avoir encore un peu conversé avec lui, le firent entrer dans la famille; et plusieurs d’entre eux, venant à sa rencontre sur le seuil de la maison, lui dirent: Viens, béni de l’Éternel; cette maison a été bâtie par le Seigneur de la colline tout exprès pour y recevoir de tels pèlerins. Alors il inclina la tête, et les suivit dans la maison. Quand il fut entré et se fut assis, ils lui donnèrent à boire, et convinrent ensemble que, jusqu’à ce que le souper fût prêt, quelques-uns d’entre eux s’entretiendraient particulièrement avec Chrétien, pour employer au mieux le temps; et ils désignèrent Piété, Prudence et Charité pour converser avec lui; et ils commencèrent ainsi.

Piété: Allons, bon Chrétien, puisque nous avons eu assez d’affection pour vous recevoir cette nuit dans notre maison, parlons avec vous, si peut-être nous pouvons en devenir meilleurs, de tout ce qui vous est arrivé dans votre pèlerinage.

Chrétien: De très bon cœur; et je suis heureux que vous soyez si bien disposés.

Piété: Qu’est-ce qui vous a poussé d’abord à embrasser la vie de pèlerin?

Chrétien: J’ai été chassé de mon pays natal par un bruit terrible qui retentissait à mes oreilles: à savoir, qu’une destruction inévitable m’attendait, si je demeurais dans le lieu où j’étais.

Piété: Mais comment se fait-il que vous soyez sorti de votre pays par ce chemin-ci?

Chrétien: Ce fut comme Dieu le voulut; car, lorsque j’étais sous la crainte de la destruction, je ne savais où aller; mais, par hasard, il vint à moi, tandis que je tremblais et pleurais, un homme nommé Évangéliste, et il me dirigea vers la porte étroite, que sans lui je n’aurais jamais trouvée; et il me mit ainsi dans le chemin qui m’a conduit tout droit à cette maison.

Piété: Mais n’êtes-vous pas passé par la maison de l’Interprète?

Chrétien: Oui, et j’y ai vu des choses dont le souvenir me restera aussi longtemps que je vivrai; trois surtout: à savoir, comment Christ, en dépit de Satan, maintient son œuvre de grâce dans le cœur; comment l’homme s’était, par ses péchés, entièrement ôté l’espérance de la miséricorde de Dieu; et aussi le songe de celui qui crut, dans son sommeil, que le jour du jugement était venu.

Piété: Quoi, l’avez-vous entendu raconter son songe?

Chrétien: Oui, et un songe terrible, à mon avis; il me serrait le cœur pendant qu’il le racontait, et pourtant je suis heureux de l’avoir entendu.

Piété: Est-ce là tout ce que vous avez vu dans la maison de l’Interprète?

Chrétien: Non; il me prit et me conduisit là où il me montra un palais magnifique, et comment ceux qui y demeuraient étaient vêtus d’or; et comment vint un homme hardi, qui se fraya un passage à travers les hommes armés qui se tenaient à la porte pour l’empêcher d’entrer; et comment il fut invité à entrer et à gagner la gloire éternelle. Il me semble que ces choses ravissaient mon cœur. Je serais resté un an dans la maison de cet homme de bien, si je n’avais su que j’avais encore du chemin à faire.

Piété: Et qu’avez-vous vu d’autre en chemin?

Chrétien: Ce que j’ai vu? Eh bien, je n’allai qu’un peu plus loin, et je vis quelqu’un, à ce qu’il me sembla, suspendu tout sanglant à un bois; et sa seule vue fit tomber le fardeau de mon dos; car je gémissais sous un fardeau très pesant, mais alors il tomba de dessus moi. Ce fut pour moi une chose étrange, car je n’avais jamais rien vu de semblable; oui, et pendant que je restais à regarder en haut (car je ne pouvais alors m’empêcher de regarder), trois Resplendissants vinrent à moi. L’un d’eux m’attesta que mes péchés m’étaient pardonnés; un autre m’ôta mes haillons, et me donna cette robe brodée que vous voyez; et le troisième mit sur mon front la marque que vous voyez, et me donna ce rouleau scellé (et, en disant cela, il le tira de son sein).

Piété: Mais vous avez vu plus que cela, n’est-ce pas?

Chrétien: Les choses que je vous ai racontées étaient les meilleures; j’en ai pourtant vu quelques autres: ainsi, j’ai vu trois hommes, Simple, Paresse et Présomption, endormis un peu à l’écart du chemin, comme je passais, avec des fers aux talons; mais pensez-vous que j’aie pu les réveiller? J’ai vu aussi Formaliste et Hypocrisie venir en culbutant par-dessus le mur, pour aller, à ce qu’ils prétendaient, à Sion; mais ils furent bientôt perdus, comme je le leur avais moi-même dit, mais ils ne voulurent pas me croire. Mais, par-dessus tout, j’ai eu grand-peine à gravir cette colline, et tout autant à passer devant la gueule des lions; et vraiment, n’eût été cet homme de bien, le portier qui se tient à la porte, je ne sais si, après tout, je ne serais pas retourné en arrière; mais je remercie Dieu d’être ici, et je vous remercie de m’avoir reçu.

Alors Prudence jugea bon de lui poser quelques questions, et le pria d’y répondre.

Prudence: Ne pensez-vous pas quelquefois au pays d’où vous êtes venu?

Chrétien: Oui, mais avec beaucoup de honte et d’horreur. Vraiment, si j’avais eu en vue ce pays d’où je suis sorti, j’aurais eu le temps d’y retourner; mais maintenant j’en désire un meilleur, c’est-à-dire un pays céleste. Hébreux 11:15-16.

Prudence: N’emportez-vous pas encore avec vous quelques-unes des choses qui vous étaient alors familières?

Chrétien: Oui, mais bien malgré moi; surtout mes pensées intérieures et charnelles, dans lesquelles tous mes compatriotes, aussi bien que moi-même, trouvaient leur plaisir. Mais à présent toutes ces choses font mon chagrin; et, si je pouvais seulement choisir moi-même, je choisirais de ne plus jamais penser à ces choses; mais, quand je voudrais faire ce qui est le meilleur, ce qui est le pire est attaché à moi. Romains 7:15, 21.

Prudence: Ne vous semble-t-il pas quelquefois que ces choses sont vaincues, qui font en d’autres temps votre tourment?

Chrétien: Oui, mais cela n’arrive que rarement; ce sont pour moi des heures d’or que celles où il en est ainsi.

Prudence: Pouvez-vous vous rappeler par quel moyen il vous semble parfois que vos tourments sont vaincus?

Chrétien: Oui: quand je pense à ce que j’ai vu à la croix, cela suffit; et quand je regarde ma robe brodée, cela suffit; et quand je lis dans le rouleau que je porte en mon sein, cela suffit; et quand mes pensées s’échauffent au sujet du lieu où je vais, cela suffit.

Prudence: Et qu’est-ce qui vous donne un si grand désir d’aller à la montagne de Sion?

Chrétien: Eh bien, c’est que là j’espère voir vivant celui qui était suspendu mort à la croix; et là j’espère être délivré de toutes ces choses qui, jusqu’à ce jour, sont en moi un tourment pour moi: là, dit-on, la mort ne sera plus, Ésaïe 25:8; Apocalypse 21:4; et là j’habiterai avec la compagnie que j’aime le mieux. Car, à vous dire la vérité, je l’aime parce que c’est par lui que j’ai été soulagé de mon fardeau; et je suis las de ma maladie intérieure. Je voudrais être là où je ne mourrai plus, et avec la compagnie qui criera sans cesse: Saint, saint, saint.

Alors Charité dit à Chrétien: Avez-vous une famille? Êtes-vous marié?

Chrétien: J’ai une femme et quatre petits enfants.

Charité: Et pourquoi ne les avez-vous pas amenés avec vous?

Chrétien: Alors Chrétien pleura, et dit: Oh! avec quelle joie je l’aurais fait! mais ils étaient tous entièrement opposés à mon départ en pèlerinage.

Charité: Mais vous auriez dû leur parler, et vous efforcer de leur montrer le danger qu’il y avait à rester en arrière.

Chrétien: C’est ce que j’ai fait; et je leur ai dit aussi ce que Dieu m’avait montré de la destruction de notre ville; mais je parus à leurs yeux plaisanter, et ils ne me crurent pas. Genèse 19:14.

Charité: Et avez-vous prié Dieu de bénir vos conseils auprès d’eux?

Chrétien: Oui, et avec beaucoup d’affection; car vous pensez bien que ma femme et mes pauvres enfants m’étaient très chers.

Charité: Mais leur avez-vous parlé de votre propre chagrin, et de votre crainte de la destruction? car je suppose que cette destruction vous était assez visible.

Chrétien: Oui, encore, et encore, et encore. Ils pouvaient aussi voir mes craintes sur mon visage, dans mes larmes, et aussi dans le tremblement que me causait l’appréhension du jugement suspendu sur nos têtes; mais tout cela ne suffit pas à les décider à venir avec moi.

Charité: Mais que pouvaient-ils dire pour se justifier de ne pas venir?

Chrétien: Eh bien, ma femme avait peur de perdre ce monde, et mes enfants étaient livrés aux folles joies de la jeunesse; si bien que, pour une raison ou pour une autre, ils m’ont laissé errer seul de la sorte.

Charité: Mais n’avez-vous pas, par votre vie vaine, refroidi tout ce que vous employiez de paroles pour les persuader de partir avec vous?

Chrétien: À la vérité, je ne puis louer ma vie, car j’ai conscience de bien des manquements. Je sais aussi qu’un homme, par sa conduite, peut vite renverser ce que, par des raisonnements ou des exhortations, il s’efforce de faire accepter aux autres pour leur bien. Pourtant je puis dire ceci: j’ai bien pris garde de leur donner occasion, par quelque action malséante, de se détourner du pèlerinage. Oui, à cause de cela même, ils me disaient que j’étais trop scrupuleux, et que je me privais (à cause d’eux) de choses où ils ne voyaient aucun mal. Bien plus, je crois pouvoir dire que, si ce qu’ils voyaient en moi les a retenus, c’était ma grande délicatesse à ne pas pécher contre Dieu, ni faire aucun tort à mon prochain.

Charité: En effet, Caïn haïssait son frère, parce que ses œuvres étaient mauvaises, et que celles de son frère étaient justes, 1 Jean 3:12; et si ta femme et tes enfants se sont offensés de toi pour cette raison, ils montrent par là qu’ils sont irréconciliables avec le bien; tu as sauvé ton âme de leur sang. Ézéchiel 3:19.

Je vis alors dans mon songe qu’ils restèrent ainsi assis à converser ensemble jusqu’à ce que le souper fût prêt. Quand tout fut apprêté, ils se mirent à table. Or la table était garnie de mets succulents et de vins vieux, clarifiés; et tous leurs propos à table roulaient sur le Seigneur de la colline: à savoir, sur ce qu’il avait fait, et pourquoi il avait fait ce qu’il avait fait, et pourquoi il avait bâti cette maison; et, par ce qu’ils disaient, je compris qu’il avait été un grand guerrier, et qu’il avait combattu et tué celui qui avait la puissance de la mort, Hébreux 2:14-15; mais non sans grand péril pour lui-même, ce qui me le fit aimer davantage.

Car, comme ils le disaient, et comme je le crois, dit Chrétien, il le fit au prix de beaucoup de sang. Mais ce qui mettait la gloire de la grâce dans tout ce qu’il faisait, c’est qu’il le fit par pur amour pour son pays. En outre, il y avait quelques-uns de la maison qui disaient avoir été auprès de lui et lui avoir parlé depuis qu’il était mort sur la croix; et ils attestaient tenir de sa propre bouche qu’il aime tant les pauvres pèlerins, qu’on ne trouverait pas son pareil de l’orient à l’occident. Ils donnèrent de plus un exemple de ce qu’ils affirmaient: c’est qu’il s’était dépouillé de sa gloire afin de faire cela pour les pauvres; et ils l’avaient entendu dire et affirmer qu’il ne voulait pas habiter seul sur la montagne de Sion. Ils dirent encore qu’il avait fait de beaucoup de pèlerins des princes, bien qu’ils fussent nés mendiants par nature, et que leur origine eût été le fumier. 1 Samuel 2:8; Psaumes 113:7.

Ils s’entretinrent ainsi ensemble jusque tard dans la nuit; et, après s’être remis à leur Seigneur pour être protégés, ils allèrent se reposer. On coucha le pèlerin dans une grande chambre haute, dont la fenêtre s’ouvrait du côté du soleil levant. Cette chambre s’appelait Paix; il y dormit jusqu’au point du jour, et alors il s’éveilla et chanta:

« Où suis-je donc? Est-ce l’amour, le soin

Que prend Jésus des hommes pèlerins,

Qui pourvoit ainsi à ce que je sois pardonné,

Et que tout près du ciel je sois déjà logé! »

Le matin, donc, ils se levèrent tous; et, après s’être encore entretenus, ils lui dirent qu’il ne partirait pas avant qu’ils lui eussent montré les raretés de ce lieu. D’abord ils le menèrent dans le cabinet d’étude, où ils lui montrèrent des archives de la plus haute antiquité; dans lesquelles, autant que je me souviens de mon songe, ils lui montrèrent la généalogie du Seigneur de la colline: qu’il était le Fils de l’Ancien des jours, et venait d’une génération éternelle. Là aussi étaient consignés plus au long les actes qu’il avait accomplis, et les noms de plusieurs centaines de gens qu’il avait pris à son service; et comment il les avait placés dans des demeures telles que ni la longueur des jours ni le déclin de la nature ne pouvaient les détruire.

Puis ils lui lurent quelques-uns des hauts faits accomplis par certains de ses serviteurs: comment ils vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères. Hébreux 11:33-34.

Ils lui lurent ensuite une autre partie des archives de la maison, où il était montré combien leur Seigneur était disposé à recevoir en sa faveur qui que ce fût, oui, qui que ce fût, même ceux qui, par le passé, avaient fait de grands affronts à sa personne et à ses desseins. Il y avait là aussi plusieurs autres histoires de beaucoup d’autres choses célèbres, que Chrétien put toutes voir: des choses anciennes aussi bien que modernes, ainsi que des prophéties et des prédictions de choses qui ont leur accomplissement certain, à l’effroi et à la stupeur des ennemis, et à la consolation et au réconfort des pèlerins.

Le lendemain, ils le menèrent dans l’arsenal, où ils lui montrèrent toutes sortes d’équipements que leur Seigneur avait préparés pour les pèlerins: l’épée, le bouclier, le casque, la cuirasse, la prière de tous les instants, et des chaussures qui ne s’usaient point. Et il y avait là de quoi équiper, pour le service de leur Seigneur, autant d’hommes qu’il y a d’étoiles dans le ciel.

Ils lui montrèrent aussi quelques-uns des instruments avec lesquels certains de ses serviteurs avaient fait des choses merveilleuses. Ils lui montrèrent la verge de Moïse; le marteau et le pieu avec lesquels Jaël tua Sisera; les cruches, les trompettes et les flambeaux avec lesquels Gédéon mit en fuite les armées de Madian. Puis ils lui montrèrent l’aiguillon à bœufs avec lequel Schamgar tua six cents hommes. Ils lui montrèrent aussi la mâchoire avec laquelle Samson fit de si grands exploits. Ils lui montrèrent encore la fronde et la pierre avec lesquelles David tua Goliath de Gath; et aussi l’épée avec laquelle leur Seigneur tuera l’homme du péché, au jour où il se lèvera pour le butin. Ils lui montrèrent en outre beaucoup de choses excellentes, dont Chrétien fut ravi. Cela fait, ils allèrent de nouveau se reposer.

Puis je vis dans mon songe que, le lendemain, il se leva pour poursuivre sa route; mais ils le prièrent de rester encore jusqu’au jour suivant; et alors, dirent-ils, nous vous montrerons, si le temps est clair, les Montagnes délicieuses; ce qui, disaient-ils, ajouterait encore à sa consolation, parce qu’elles étaient plus près du port désiré que le lieu où il se trouvait à présent; il y consentit donc et resta. Quand le matin fut venu, ils le menèrent au haut de la maison, et lui dirent de regarder vers le midi. Il le fit, et voici, il vit à une grande distance un pays de montagnes très agréable, embelli de bois, de vignes, de fruits de toutes sortes, de fleurs aussi, avec des sources et des fontaines, très délicieux à contempler. Ésaïe 33:16-17. Alors il demanda le nom de ce pays. Ils dirent que c’était la terre d’Emmanuel; et elle est, dirent-ils, aussi commune que cette colline, à tous les pèlerins et pour tous. Et quand tu y seras, tu pourras de là voir jusqu’à la porte de la Cité céleste, comme te le montreront les bergers qui y demeurent.

Alors il songea à se mettre en route, et ils le voulurent bien. Mais d’abord, dirent-ils, retournons à l’arsenal. Ils le firent; et quand il y fut, ils l’armèrent de la tête aux pieds d’armes à toute épreuve, de peur qu’il ne fût assailli en chemin. Ainsi équipé, il sortit avec ses amis jusqu’à la porte; et là il demanda au portier s’il avait vu passer quelque pèlerin. Le portier répondit: Oui.

Chrétien: Dites-moi, je vous prie, le connaissiez-vous? dit-il.

Le portier: Je lui ai demandé son nom, et il m’a dit qu’il s’appelait Fidèle.

Chrétien: Oh! dit Chrétien, je le connais; il est de ma ville, mon proche voisin; il vient de l’endroit où je suis né. À quelle distance pensez-vous qu’il soit devant moi?

Le portier: À l’heure qu’il est, il est déjà au bas de la colline.

Chrétien: Eh bien, dit Chrétien, bon portier, que le Seigneur soit avec toi, et qu’il ajoute à toutes tes bénédictions un grand accroissement, pour la bonté que tu m’as témoignée.

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