Le Voyage du pèlerin
Quatrième étape

Chapitre 18 · 32 min de lecture

Quatrième étape

Lorsqu’ils eurent mangé et bu, et causé encore un peu, leur guide leur dit: Le jour s’avance; si vous le trouvez bon, apprêtons-nous à partir. Ils se levèrent donc pour s’en aller, et les petits garçons marchaient devant; mais Christiana avait oublié d’emporter son flacon de cordial, et elle renvoya son petit garçon le chercher. Alors Miséricorde dit: Je crois que c’est ici un lieu où l’on perd: ici Chrétien perdit son rouleau, et ici Christiana a laissé son flacon derrière elle. Monsieur, quelle en est la cause? Leur guide lui répondit: La cause en est le sommeil, ou l’oubli: les uns dorment quand ils devraient veiller, et les autres oublient quand ils devraient se souvenir; et c’est là justement la cause pour laquelle, aux lieux de repos, certains pèlerins sortent souvent perdants en quelque chose. Les pèlerins doivent veiller, et se souvenir de ce qu’ils ont déjà reçu, au milieu même de leurs plus grandes jouissances; mais faute de le faire, bien souvent leur joie finit dans les larmes, et leur soleil dans un nuage: témoin l’histoire de Chrétien en ce lieu.

Quand ils furent arrivés à l’endroit où Méfiance et Timoré avaient rencontré Chrétien pour le persuader de rebrousser chemin par crainte des lions, ils aperçurent comme un échafaud, et devant, du côté de la route, une large plaque sur laquelle étaient écrits quelques vers, et au-dessous la raison pour laquelle cet échafaud avait été dressé en ce lieu. Voici quels étaient les vers:

« Qui voit cet échafaud, qu’il prenne garde

À sa langue et à son cœur,

De peur qu’ici, s’il n’y regarde,

Il ne subisse, comme d’autres, le malheur. »

Et voici les mots écrits au-dessous des vers: « Cet échafaud a été construit pour y punir ceux qui, par timidité ou par méfiance, craindront d’aller plus loin dans leur pèlerinage. C’est aussi sur cet échafaud que Méfiance et Timoré eurent la langue percée d’un fer rouge, pour avoir tenté d’empêcher Chrétien de poursuivre son voyage. »

Alors Miséricorde dit: Cela ressemble fort à la parole du Bien-Aimé: « Que te donnera-t-on, que t’ajoutera-t-on, langue trompeuse? Les traits aigus du guerrier, Avec les charbons ardents du genêt. » Psaumes 120:3-4.

Ils poursuivirent donc leur route jusqu’à ce qu’ils fussent en vue des lions. Or M. Grand-Cœur était un homme fort, et il ne craignait pas un lion; mais lorsqu’on fut arrivé à l’endroit où se trouvaient les lions, les garçons, qui marchaient devant, furent bien aises alors de se blottir derrière, car ils avaient peur des lions; ils reculèrent donc et passèrent derrière. À cette vue leur guide sourit et dit: Eh quoi, mes garçons! aimez-vous marcher devant quand aucun danger n’approche, et aimez-vous passer derrière dès que les lions paraissent?

Or, comme ils avançaient, M. Grand-Cœur tira son épée, dans l’intention d’ouvrir un passage aux pèlerins en dépit des lions. Alors parut quelqu’un qui, semble-t-il, avait pris sur lui de soutenir les lions; et il dit au guide des pèlerins: Quelle est la cause de votre venue ici? Or le nom de cet homme était Farouche, ou l’Homme-Sanguinaire, parce qu’il tuait les pèlerins; et il était de la race des géants.

M. Grand-Cœur: Alors le guide des pèlerins répondit: Ces femmes et ces enfants s’en vont en pèlerinage, et c’est ici le chemin qu’ils doivent prendre; et ils le prendront, en dépit de toi et des lions.

Farouche: Ce n’est pas leur chemin, et ils n’y passeront pas. Je suis sorti pour leur résister, et c’est à cette fin que je soutiendrai les lions.

Or, à vrai dire, à cause de la férocité des lions et de l’air farouche de celui qui les soutenait, ce chemin était depuis quelque temps fort délaissé, et il était presque envahi par l’herbe.

Christiana: Alors Christiana dit: Bien qu’autrefois les routes aient été abandonnées, et que ceux qui voyageaient aient dû prendre des chemins détournés, il n’en sera plus ainsi maintenant que je me suis levée, maintenant que je me suis levée comme une mère en Israël. Juges 5:6-7.

Farouche: Alors il jura par les lions qu’il en serait ainsi; et il leur ordonna de se détourner, car ils n’auraient point passage par là.

Mais Grand-Cœur, leur guide, s’avança le premier contre Farouche, et le chargea si rudement de son épée qu’il le força à reculer.

Farouche: Alors celui qui prétendait soutenir les lions dit: Voulez-vous me tuer sur mon propre terrain?

M. Grand-Cœur: C’est sur le grand chemin du Roi que nous sommes, et c’est sur ce chemin que tu as posté les lions; mais ces femmes et ces enfants, tout faibles qu’ils sont, poursuivront leur chemin en dépit de tes lions. Et là-dessus il lui asséna de nouveau un coup droit, et le fit tomber à genoux. De ce coup il lui brisa aussi son casque, et du suivant il lui trancha un bras. Alors le géant rugit si horriblement que sa voix effraya les femmes; et pourtant elles furent bien aises de le voir étendu de tout son long sur le sol. Or les lions étaient enchaînés, et ne pouvaient donc rien faire d’eux-mêmes. C’est pourquoi, quand le vieux Farouche, qui avait voulu les soutenir, fut mort, M. Grand-Cœur dit aux pèlerins: Venez maintenant et suivez-moi, et il ne vous arrivera aucun mal de la part des lions. Ils avancèrent donc, mais les femmes tremblaient en passant près d’eux; les garçons aussi avaient l’air de gens qui vont mourir; mais ils passèrent tous sans autre dommage.

Quand ils furent en vue de la loge du Portier, ils y arrivèrent bientôt; mais ils se hâtèrent d’autant plus d’y parvenir qu’il est dangereux de voyager par là pendant la nuit. Lorsqu’ils furent donc arrivés à la porte, le guide frappa, et le Portier cria: Qui est là? Mais dès que le guide eut dit: C’est moi, il reconnut sa voix et descendit, car le guide était souvent venu là auparavant pour conduire des pèlerins. Quand il fut descendu, il ouvrit la porte; et voyant le guide debout juste devant (car il ne voyait pas les femmes, qui étaient derrière lui), il lui dit: Eh quoi, M. Grand-Cœur, qu’est-ce qui vous amène ici si tard dans la nuit? J’ai amené ici, dit-il, quelques pèlerins, qui doivent y loger par ordre de mon Seigneur; je serais arrivé il y a quelque temps déjà, si je n’avais été arrêté par le géant qui avait coutume de soutenir les lions. Mais, après un long et pénible combat contre lui, je l’ai abattu, et j’ai amené les pèlerins ici sains et saufs.

Le Portier: Ne voulez-vous pas entrer, et rester jusqu’au matin?

M. Grand-Cœur: Non, je retournerai ce soir auprès de mon Seigneur.

Christiana: Oh! monsieur, je ne sais comment me résoudre à ce que vous nous laissiez en chemin: vous avez été pour nous si fidèle et si affectueux, vous avez combattu pour nous si vaillamment, vous nous avez conseillés de si bon cœur, que je n’oublierai jamais votre bonté envers nous.

Miséricorde: Alors Miséricorde dit: Oh! si nous pouvions avoir ta compagnie jusqu’au bout de notre voyage! Comment de pauvres femmes comme nous pourront-elles tenir bon sur un chemin aussi plein de difficultés que celui-ci, sans un ami et un défenseur?

Jacques: Alors Jacques, le plus jeune des garçons, dit: Je vous en prie, monsieur, laissez-vous persuader de venir avec nous et de nous aider, parce que nous sommes si faibles, et le chemin si dangereux.

M. Grand-Cœur: Je suis aux ordres de mon Seigneur; s’il me désigne pour être votre guide jusqu’au bout, je vous servirai volontiers. Mais c’est ici que vous avez manqué dès le début; car lorsqu’il m’a ordonné de venir jusqu’ici avec vous, vous auriez dû lui demander que j’aille avec vous jusqu’au bout, et il vous l’aurait accordé. Quoi qu’il en soit, pour le moment je dois me retirer; ainsi donc, bonne Christiana, Miséricorde, et vous, mes braves enfants, adieu.

Alors le Portier, M. Vigilant, demanda à Christiana de quel pays elle était, et quelle était sa parenté. Et elle dit: Je viens de la ville de Destruction. Je suis veuve, mon mari est mort; il s’appelait Chrétien, le pèlerin. Comment! dit le Portier, il était votre mari? Oui, dit-elle, et voici ses enfants; et celle-ci, dit-elle en montrant Miséricorde, est une femme de ma ville. Alors le Portier sonna sa cloche, comme il a coutume de le faire en pareil cas, et il vint à la porte une des demoiselles, qui s’appelait Humble-Esprit; et le Portier lui dit: Va annoncer à l’intérieur que Christiana, la femme de Chrétien, et ses enfants sont arrivés ici en pèlerinage. Elle entra donc, et l’annonça. Mais oh! quels cris d’allégresse il y eut à l’intérieur, dès que la demoiselle eut laissé tomber ces paroles de sa bouche!

Ils vinrent donc en hâte vers le Portier, car Christiana se tenait toujours à la porte. Alors quelques-uns des plus graves lui dirent: Entre, Christiana, entre, toi la femme de cet homme de bien; entre, femme bénie, entre avec tous ceux qui sont avec toi. Elle entra donc, et ceux qui étaient ses enfants et ses compagnons la suivirent. Quand ils furent entrés, on les conduisit dans une grande salle, où on les pria de s’asseoir; ils s’assirent donc, et l’on appela les principaux de la maison pour voir les hôtes et leur souhaiter la bienvenue. Ceux-ci entrèrent, et, apprenant qui ils étaient, ils se saluèrent les uns les autres d’un baiser, et dirent: Soyez les bienvenus, vous, vases de la grâce de Dieu; soyez les bienvenus parmi nous, vos amis.

Or, comme il était assez tard, que les pèlerins étaient las de leur voyage, et aussi affaiblis par la vue du combat et des terribles lions, ils désirèrent se préparer au plus tôt à aller se reposer. Non, dirent ceux de la famille, restaurez-vous d’abord de quelque nourriture; car on leur avait préparé un agneau, avec la sauce accoutumée qui l’accompagne, Exode 12:21; Jean 1:29; le Portier, en effet, avait appris d’avance leur venue, et l’avait annoncée à ceux de l’intérieur. Quand ils eurent donc soupé, et terminé leur prière par un psaume, ils demandèrent à aller se reposer.

Mais permettez-nous, dit Christiana, si nous pouvons avoir la hardiesse de choisir, d’être dans cette chambre qui fut celle de mon mari quand il était ici; on les y fit donc monter, et ils couchèrent tous dans une même chambre. Quand ils furent couchés, Christiana et Miséricorde s’entretinrent de choses qui convenaient.

Christiana: Je ne pensais guère autrefois, quand mon mari partit en pèlerinage, que je le suivrais un jour.

Miséricorde: Et vous ne pensiez pas davantage reposer dans son lit et dans sa chambre, comme vous le faites maintenant.

Christiana: Et bien moins encore pensais-je voir un jour son visage avec consolation, et adorer avec lui le Seigneur, le Roi; et pourtant je crois maintenant que je le ferai.

Miséricorde: Écoutez! n’entendez-vous pas un bruit?

Christiana: Oui; c’est, je crois, un bruit de musique, à cause de la joie de ce que nous sommes ici.

Miséricorde: Merveille! De la musique dans la maison, de la musique dans le cœur, et de la musique aussi dans le ciel, à cause de la joie de ce que nous sommes ici! Elles causèrent ainsi quelque temps, puis s’abandonnèrent au sommeil.

Le matin donc, quand elles furent éveillées, Christiana dit à Miséricorde: Qu’avais-tu donc à rire dans ton sommeil cette nuit? Je suppose que tu faisais un rêve.

Miséricorde: C’est vrai, et c’était un doux rêve; mais êtes-vous sûre que j’aie ri?

Christiana: Oui, tu as ri de bon cœur; mais je t’en prie, Miséricorde, raconte-moi ton rêve.

Miséricorde: Je rêvais que j’étais assise toute seule dans un lieu solitaire, et que je gémissais sur la dureté de mon cœur. Or je n’étais pas assise là depuis longtemps qu’il me sembla que beaucoup de gens s’assemblaient autour de moi pour me voir, et pour entendre ce que je disais. Ils écoutèrent donc, et je continuai à gémir sur la dureté de mon cœur. Là-dessus, les uns se moquèrent de moi, d’autres me traitèrent de folle, et d’autres se mirent à me bousculer. Sur quoi il me sembla que je levais les yeux, et je vis quelqu’un qui venait vers moi avec des ailes. Il vint droit à moi, et me dit: Miséricorde, qu’as-tu? Quand il m’eut entendue exposer ma plainte, il me dit: La paix soit avec toi; il m’essuya aussi les yeux avec son mouchoir, et me revêtit d’argent et d’or. Ézéchiel 16:8-11. Il me mit un collier au cou, des pendants à mes oreilles, et une belle couronne sur ma tête. Puis il me prit par la main, et me dit: Miséricorde, suis-moi. Il monta donc, et je le suivis jusqu’à ce que nous fussions arrivés à une porte d’or. Alors il frappa; et quand ceux du dedans eurent ouvert, l’homme entra, et je le suivis jusqu’à un trône sur lequel quelqu’un était assis; et il me dit: Sois la bienvenue, ma fille. Le lieu paraissait brillant et scintillant comme les étoiles, ou plutôt comme le soleil, et je crus y voir votre mari; et là-dessus je m’éveillai de mon rêve. Mais ai-je vraiment ri?

Christiana: Si tu as ri! oui, certes, et tu avais bien de quoi, en te voyant si bien partagée. Car permets-moi de te dire que c’était un bon rêve; et que, comme tu as commencé d’en trouver la première partie vraie, ainsi tu en trouveras la seconde à la fin. « Dieu parle cependant, tantôt d’une manière, Tantôt d’une autre, et l’on n’y prend point garde. Il parle par des songes, par des visions nocturnes, Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil, Quand ils sont endormis sur leur couche. » Job 33:14-15. Nous n’avons pas besoin, quand nous sommes au lit, de rester éveillés pour parler avec Dieu; il peut nous visiter pendant que nous dormons, et nous faire alors entendre sa voix. Souvent notre cœur veille quand nous dormons, et Dieu peut parler à ce cœur, soit par des paroles, soit par des proverbes, par des signes et des similitudes, tout aussi bien que si l’on était éveillé.

Miséricorde: Eh bien, je suis contente de mon rêve; car j’espère le voir bientôt accompli, au point de me faire rire encore.

Christiana: Je pense qu’il est grand temps maintenant de nous lever, et de savoir ce que nous devons faire.

Miséricorde: Je vous en prie, s’ils nous invitent à rester quelque temps, acceptons volontiers l’offre. J’ai d’autant plus envie de rester ici quelque temps, pour mieux faire connaissance avec ces jeunes filles: il me semble que Prudence, Piété et Charité ont des visages fort avenants et fort graves.

Christiana: Nous verrons ce qu’elles feront.

Quand elles furent donc levées et prêtes, elles descendirent, et l’on se demanda les uns aux autres comment on avait reposé, et si la nuit avait été bonne ou non.

Miséricorde: Très bonne, dit Miséricorde: ce fut l’une des meilleures nuits que j’aie jamais passées de ma vie.

Alors Prudence et Piété dirent: Si vous voulez bien vous laisser persuader de rester ici quelque temps, vous aurez tout ce que la maison peut offrir.

Charité: Oui, et cela de très bon cœur, dit Charité. Elles y consentirent donc, et restèrent là environ un mois ou davantage, et se furent fort utiles les uns aux autres. Et comme Prudence voulait voir comment Christiana avait élevé ses enfants, elle lui demanda la permission de les catéchiser. Christiana y consentit volontiers. Alors elle commença par le plus jeune, qui s’appelait Jacques.

Prudence: Et elle dit: Viens, Jacques, peux-tu me dire qui t’a créé?

Jacques: Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit.

Prudence: Bon garçon. Et peux-tu me dire qui t’a sauvé?

Jacques: Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit.

Prudence: Bon garçon, encore. Mais comment Dieu le Père te sauve-t-il?

Jacques: Par sa grâce.

Prudence: Comment Dieu le Fils te sauve-t-il?

Jacques: Par sa justice, sa mort et son sang, et sa vie.

Prudence: Et comment Dieu le Saint-Esprit te sauve-t-il?

Jacques: Par son illumination, par son renouvellement, et par sa préservation.

Alors Prudence dit à Christiana: Vous êtes digne d’éloges pour avoir ainsi élevé vos enfants. Je pense qu’il n’est pas nécessaire que je pose ces questions aux autres, puisque le plus jeune d’entre eux sait si bien y répondre. Je m’adresserai donc maintenant au suivant.

Prudence: Alors elle dit: Viens, Joseph (car il s’appelait Joseph), veux-tu me laisser te catéchiser?

Joseph: De tout mon cœur.

Prudence: Qu’est-ce que l’homme?

Joseph: Une créature raisonnable, faite telle par Dieu, comme l’a dit mon frère.

Prudence: Que suppose ce mot: sauvé?

Joseph: Que l’homme, par le péché, s’est mis lui-même dans un état de captivité et de misère.

Prudence: Que suppose le fait qu’il est sauvé par la Trinité?

Joseph: Que le péché est un tyran si grand et si puissant que nul ne peut nous arracher de ses griffes, sinon Dieu; et que Dieu est si bon et si plein d’amour envers l’homme qu’il l’arrache en effet de cet état misérable.

Prudence: Quel est le dessein de Dieu en sauvant les pauvres hommes?

Joseph: La glorification de son nom, de sa grâce et de sa justice, etc., et le bonheur éternel de sa créature.

Prudence: Qui sont ceux qui seront sauvés?

Joseph: Ceux qui acceptent son salut.

Prudence: Bon garçon, Joseph; ta mère t’a bien enseigné, et tu as écouté ce qu’elle t’a dit.

Alors Prudence dit à Samuel, qui était le second par l’âge,

Prudence: Viens, Samuel, veux-tu bien que je te catéchise?

Samuel: Oui, vraiment, s’il vous plaît.

Prudence: Qu’est-ce que le ciel?

Samuel: Un lieu et un état très bienheureux, parce que Dieu y habite.

Prudence: Qu’est-ce que l’enfer?

Samuel: Un lieu et un état très misérables, parce que c’est la demeure du péché, du diable et de la mort.

Prudence: Pourquoi voudrais-tu aller au ciel?

Samuel: Pour voir Dieu, et le servir sans lassitude; pour voir Christ, et l’aimer éternellement; pour avoir en moi cette plénitude du Saint-Esprit dont je ne puis en aucune manière jouir ici-bas.

Prudence: Voilà un très bon garçon, et qui a bien appris.

Puis elle s’adressa à l’aîné, qui s’appelait Matthieu, et elle lui dit: Viens, Matthieu, te catéchiserai-je aussi?

Matthieu: De très bon cœur.

Prudence: Je te demande donc s’il y a jamais eu quelque chose qui ait eu l’existence antérieurement à Dieu, ou avant lui?

Matthieu: Non, car Dieu est éternel; et il n’y a rien, excepté lui-même, qui ait eu l’existence avant le commencement du premier jour. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu.

Prudence: Que penses-tu de la Bible?

Matthieu: C’est la sainte parole de Dieu.

Prudence: N’y a-t-il rien d’écrit là-dedans que tu ne comprennes?

Matthieu: Si, beaucoup de choses.

Prudence: Que fais-tu quand tu rencontres des passages que tu ne comprends pas?

Matthieu: Je pense que Dieu est plus sage que moi. Je le prie aussi qu’il veuille bien me faire connaître tout ce qu’il sait devoir y être pour mon bien.

Prudence: Que crois-tu touchant la résurrection des morts?

Matthieu: Je crois qu’ils ressusciteront tels qu’ils ont été ensevelis; les mêmes quant à la nature, mais non quant à la corruption. Et je le crois pour une double raison: premièrement, parce que Dieu l’a promis; secondement, parce qu’il est capable de l’accomplir.

Alors Prudence dit aux garçons: Il vous faut toujours écouter votre mère, car elle peut vous en enseigner davantage. Prêtez aussi une oreille diligente aux bons discours que vous entendrez d’autres personnes: c’est pour vous qu’elles disent de bonnes choses. Observez encore, et cela avec soin, ce que les cieux et la terre vous enseignent; mais surtout méditez beaucoup ce livre qui fut cause que votre père devint pèlerin. Pour moi, mes enfants, je vous enseignerai ce que je pourrai pendant que vous serez ici, et je serai heureuse que vous me posiez des questions propres à une pieuse édification.

Or, quand ces pèlerins eurent passé une semaine en ce lieu, Miséricorde reçut la visite d’un homme qui prétendait avoir pour elle quelque inclination; il se nommait M. Pimpant. C’était un homme d’une certaine éducation, qui faisait profession de religion, mais qui restait fort attaché au monde. Il vint donc une ou deux fois, ou davantage, trouver Miséricorde, et lui offrit son amour. Or Miséricorde avait un beau visage, et n’en était que plus attrayante.

Elle avait aussi l’esprit toujours occupé à faire quelque ouvrage; car, lorsqu’elle n’avait rien à faire pour elle-même, elle confectionnait des bas et des vêtements pour autrui, et les donnait à ceux qui étaient dans le besoin. Et M. Pimpant, ne sachant ni où ni comment elle employait ce qu’elle faisait, parut fort épris, parce qu’il ne la trouvait jamais oisive. Je gage qu’elle fera une bonne ménagère, se dit-il en lui-même.

Miséricorde s’ouvrit alors de l’affaire aux jeunes filles de la maison, et s’informa auprès d’elles de cet homme, car elles le connaissaient mieux qu’elle. Elles lui dirent donc que c’était un jeune homme fort affairé, qui faisait profession de religion, mais qui était, à ce qu’elles craignaient, étranger à la puissance de ce qui est bon.

Eh bien, dit Miséricorde, je ne le regarderai plus; car je suis résolue à ne jamais mettre une entrave à mon âme.

Prudence répondit alors qu’il n’était point besoin de le décourager beaucoup: si elle continuait comme elle avait commencé de faire pour les pauvres, son ardeur se refroidirait bien vite.

La fois suivante, il vint donc et la trouva à son ouvrage habituel, faisant des choses pour les pauvres. Alors il dit: Quoi, toujours à la tâche? Oui, dit-elle, soit pour moi, soit pour les autres. Et combien peux-tu gagner par jour? dit-il. Je fais ces choses, dit-elle, afin d’être riche en bonnes œuvres, et de m’amasser ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un fondement solide, afin de saisir la vie éternelle. 1 Timothée 6:17-19. Mais dis-moi, je te prie, qu’en fais-tu? dit-il. Je vêts ceux qui sont nus, dit-elle. À ces mots, son visage s’allongea. Il cessa donc de venir la voir. Et quand on lui en demanda la raison, il dit que Miséricorde était une jolie fille, mais affligée de fâcheuses dispositions.

Lorsqu’il l’eut quittée, Prudence dit: Ne t’avais-je pas dit que M. Pimpant t’abandonnerait bientôt? Oui, et il fera courir sur toi un mauvais bruit; car, malgré sa profession de religion et l’amour qu’il semblait porter à Miséricorde, Miséricorde et lui sont d’humeurs si différentes que je crois qu’ils ne s’uniront jamais.

Miséricorde: J’aurais pu avoir des maris avant aujourd’hui, bien que je n’en aie parlé à personne; mais c’étaient des hommes à qui mes dispositions ne plaisaient pas, bien qu’aucun d’eux n’ait jamais trouvé à redire à ma personne. Ainsi, eux et moi ne pouvions nous accorder.

Prudence: De nos jours, la miséricorde n’est guère estimée au-delà de son nom: la pratique que révèlent tes dispositions, il en est peu qui puissent la supporter.

Miséricorde: Eh bien, dit Miséricorde, si personne ne veut de moi, je mourrai sans être mariée, ou mes dispositions me tiendront lieu de mari: car je ne puis changer ma nature; et avoir un homme qui me contrarie en cela, c’est ce que je suis résolue à ne jamais accepter tant que je vivrai. J’avais une sœur nommée Généreuse, qui fut mariée à l’un de ces rustres; mais elle et lui ne purent jamais s’accorder; et parce que ma sœur était résolue à faire comme elle avait commencé, c’est-à-dire à montrer de la bonté envers les pauvres, son mari commença par la décrier sur la place publique, puis la mit à la porte de sa maison.

Prudence: Et pourtant il faisait profession de piété, je gage?

Miséricorde: Oui, à la manière dont il l’était, et le monde est plein aujourd’hui de gens tels que lui: mais je ne veux d’aucun d’eux.

Or Matthieu, le fils aîné de Christiana, tomba malade, et sa maladie était grave, car il souffrait fort des entrailles, si bien qu’il en était par moments comme tiré par les deux bouts à la fois. Il demeurait non loin de là un certain M. Habile, médecin âgé et fort estimé. Christiana le fit donc demander; il entra dans la chambre, et, après avoir un peu observé le garçon, il conclut qu’il souffrait de coliques. Puis il dit à la mère: De quoi Matthieu s’est-il nourri ces derniers temps? De quoi? dit Christiana, de rien que de sain. Le médecin répondit: Ce garçon a touché à quelque chose qui lui reste sur l’estomac sans être digéré, et qui ne s’en ira pas sans remède. Et je vous le dis, il faut le purger, ou bien il mourra.

Samuel: Alors Samuel dit: Mère, qu’est-ce donc que mon frère ramassa et mangea aussitôt que nous fûmes sortis de la porte qui est à l’entrée de ce chemin? Vous savez qu’il y avait un verger à main gauche, de l’autre côté du mur, et que quelques-uns des arbres pendaient par-dessus le mur; et mon frère en cueillit et en mangea.

Christiana: C’est vrai, mon enfant, dit Christiana, il en prit, et il en mangea: méchant garçon qu’il était, je le grondai, et pourtant il voulut en manger.

M. Habile: Je savais qu’il avait mangé quelque chose qui n’était pas une nourriture saine; et cette nourriture, à savoir ce fruit, est bien la plus nuisible de toutes. C’est le fruit du verger de Béelzébul. Je m’étonne que personne ne vous en ait avertis; beaucoup en sont morts.

Christiana: Alors Christiana se mit à pleurer, et dit: Oh, méchant garçon! et oh, mère négligente! que ferai-je pour mon fils?

M. Habile: Allons, ne vous laissez pas trop abattre; le garçon peut encore se rétablir, mais il faut qu’il soit purgé et qu’il vomisse.

Christiana: Je vous en prie, monsieur, employez pour lui toute votre habileté, quoi qu’il en coûte.

M. Habile: Allons, j’espère que je serai raisonnable. Il lui prépara donc une purge, mais elle était trop faible; on disait qu’elle était faite du sang d’un bouc, de la cendre d’une génisse et d’un peu de jus d’hysope. Hébreux 9:13, 19; 10:1-4. Quand M. Habile eut vu que cette purge était trop faible, il en fit une qui convenait. Elle était faite ex carne et sanguine Christi (vous savez que les médecins donnent d’étranges remèdes à leurs malades), et on la mit en pilules, avec une promesse ou deux, et une quantité proportionnée de sel. Marc 9:49. Or il devait les prendre trois à la fois, à jeun, dans un demi-quart de pinte des larmes de la repentance. Zacharie 12:10.

Quand cette potion fut préparée et apportée au garçon, il répugnait à la prendre, bien qu’il fût tordu par les coliques comme s’il allait être mis en pièces. Allons, allons, dit le médecin, il faut la prendre. Elle me soulève le cœur, dit le garçon. Je veux que tu la prennes, dit sa mère. Je vais la vomir, dit le garçon. Je vous prie, monsieur, dit Christiana à M. Habile, quel goût a-t-elle? Elle n’a point mauvais goût, dit le docteur; et là-dessus elle toucha une des pilules du bout de la langue. Oh, Matthieu, dit-elle, cette potion est plus douce que le miel. Si tu aimes ta mère, si tu aimes tes frères, si tu aimes Miséricorde, si tu aimes ta vie, prends-la. Ainsi, à grand-peine, après une courte prière pour que Dieu la bénît, il la prit, et elle opéra doucement en lui. Elle le purgea; elle le fit dormir et reposer paisiblement; elle lui donna une bonne chaleur et une sueur douce, et le délivra tout à fait de ses coliques. En peu de temps il se leva donc, et se promena avec un bâton, et il allait de chambre en chambre, s’entretenant avec Prudence, Piété et Charité de son mal et de la manière dont il avait été guéri.

Quand le garçon fut guéri, Christiana interrogea donc M. Habile, disant: Monsieur, que vous faut-il pour vos peines et pour les soins que vous avez donnés à mon enfant? Et il répondit: Vous devez payer le maître du Collège des médecins, Hébreux 13:11-15, selon les règles établies et prévues en pareil cas.

Christiana: Mais, monsieur, dit-elle, à quoi d’autre cette pilule est-elle bonne?

M. Habile: C’est une pilule universelle; elle est bonne contre toutes les maladies auxquelles les pèlerins sont sujets; et quand elle est bien préparée, elle se conserve de temps immémorial.

Christiana: Je vous prie, monsieur, préparez-m’en douze boîtes; car si je puis les avoir, je ne prendrai jamais d’autre remède.

M. Habile: Ces pilules sont bonnes pour prévenir les maladies aussi bien que pour guérir quand on est malade. Oui, j’ose le dire et je le soutiens: si un homme veut seulement user de ce remède comme il le doit, ce remède le fera vivre éternellement. Jean 6:51. Mais, bonne Christiana, tu ne dois donner ces pilules que de la manière que j’ai prescrite; car si tu fais autrement, elles ne feront aucun bien. Il donna donc à Christiana des remèdes pour elle-même, pour ses garçons et pour Miséricorde; il recommanda à Matthieu de bien se garder de manger encore des prunes vertes; puis il les embrassa et s’en alla.

On vous a dit plus haut que Prudence avait invité les garçons, s’ils le voulaient, à lui poser en tout temps des questions qui pourraient leur être profitables, et qu’elle leur dirait quelque chose.

Matthieu: Alors Matthieu, qui avait été malade, lui demanda pourquoi les remèdes sont le plus souvent amers à notre palais.

Prudence: Pour montrer combien la parole de Dieu et ses effets sont malvenus pour un cœur charnel.

Matthieu: Pourquoi le remède, s’il fait du bien, purge-t-il et fait-il vomir?

Prudence: Pour montrer que la parole, lorsqu’elle agit efficacement, purifie le cœur et l’esprit. Car vois: ce que l’un fait au corps, l’autre le fait à l’âme.

Matthieu: Que devons-nous apprendre en voyant la flamme de notre feu monter vers le haut, et en voyant les rayons et les douces influences du soleil frapper vers le bas?

Prudence: Par le feu qui monte, nous apprenons à nous élever vers le ciel par des désirs fervents et brûlants. Et par le soleil qui envoie vers le bas sa chaleur, ses rayons et ses douces influences, nous apprenons que le Sauveur du monde, bien qu’il soit élevé, s’abaisse jusqu’à nous qui sommes en bas, avec sa grâce et son amour.

Matthieu: D’où les nuées tirent-elles leur eau?

Prudence: De la mer.

Matthieu: Qu’en pouvons-nous apprendre?

Prudence: Que les ministres doivent puiser leur doctrine en Dieu.

Matthieu: Pourquoi se vident-elles sur la terre?

Prudence: Pour montrer que les ministres doivent répandre dans le monde ce qu’ils savent de Dieu.

Matthieu: Pourquoi l’arc-en-ciel est-il produit par le soleil?

Prudence: Pour montrer que l’alliance de la grâce de Dieu nous est confirmée en Christ.

Matthieu: Pourquoi les sources viennent-elles de la mer jusqu’à nous à travers la terre?

Prudence: Pour montrer que la grâce de Dieu vient à nous à travers le corps de Christ.

Matthieu: Pourquoi certaines sources jaillissent-elles au sommet de hautes collines?

Prudence: Pour montrer que l’Esprit de grâce jaillira en quelques-uns qui sont grands et puissants, aussi bien qu’en beaucoup qui sont pauvres et petits.

Matthieu: Pourquoi le feu s’attache-t-il à la mèche de la chandelle?

Prudence: Pour montrer que, si la grâce ne s’allume dans le cœur, il n’y aura en nous aucune vraie lumière de vie.

Matthieu: Pourquoi la mèche, et le suif, et le tout, se consument-ils pour entretenir la lumière de la chandelle?

Prudence: Pour montrer que le corps et l’âme, et le tout, doivent être au service de la grâce de Dieu qui est en nous, et se consumer pour la maintenir en bon état.

Matthieu: Pourquoi le pélican se perce-t-il la poitrine de son bec?

Prudence: Pour nourrir ses petits de son sang, et montrer ainsi que Christ, le béni, a tant aimé ses petits (son peuple) qu’il les a sauvés de la mort par son sang.

Matthieu: Que peut-on apprendre en entendant chanter le coq?

Prudence: Apprends à te souvenir du péché de Pierre et de la repentance de Pierre. Le chant du coq montre aussi que le jour approche: que le chant du coq te rappelle donc ce dernier et terrible jour du jugement.

Or, vers ce temps-là, leur mois était écoulé; c’est pourquoi ils firent savoir aux gens de la maison qu’il était à propos pour eux de se lever et de partir. Alors Joseph dit à sa mère: Il convient que vous n’oubliiez pas d’envoyer à la maison de M. l’Interprète, pour le prier d’accorder que M. Grand-Cœur nous soit envoyé, afin qu’il soit notre guide pour le reste du chemin. Bon garçon, dit-elle, je l’avais presque oublié. Elle rédigea donc une requête, et pria M. Vigilant, le portier, de l’envoyer par quelque homme sûr à son bon ami M. l’Interprète; lequel, quand elle fut arrivée et qu’il eut vu le contenu de la requête, dit au messager: Va, dis-leur que je l’enverrai.

Quand la famille chez qui était Christiana vit qu’ils avaient le dessein d’aller plus avant, on rassembla toute la maison pour rendre grâces à leur Roi de leur avoir envoyé des hôtes aussi profitables que ceux-là. Cela fait, ils dirent à Christiana: Ne te montrerons-nous pas quelque chose, comme nous avons coutume de le faire pour les pèlerins, sur quoi tu pourras méditer quand tu seras en chemin? Ils emmenèrent donc Christiana, ses enfants et Miséricorde dans le cabinet, et leur montrèrent une des pommes dont Ève mangea, et qu’elle donna aussi à son mari, et pour avoir mangé de laquelle ils furent tous deux chassés du paradis; et ils lui demandèrent ce qu’elle pensait que ce fût. Alors Christiana dit: C’est une nourriture ou un poison, je ne sais lequel des deux. Ils lui expliquèrent donc la chose, et elle leva les mains et s’émerveilla. Genèse 3:6; Romains 7:24.

Puis ils la menèrent en un lieu, et lui montrèrent l’échelle de Jacob. Genèse 28:12. Or, à ce moment, il y avait des anges qui y montaient. Christiana regarda donc et regarda encore pour voir monter les anges; ainsi fit le reste de la compagnie. Ils allaient ensuite passer dans un autre lieu, pour leur montrer autre chose; mais Jacques dit à sa mère: Je vous prie, demandez-leur de rester ici encore un peu, car c’est un spectacle curieux. Ils revinrent donc sur leurs pas, et restèrent à repaître leurs yeux d’une vue si agréable.

Après cela, ils les menèrent en un lieu où était suspendue une ancre d’or. Ils dirent donc à Christiana de la décrocher; car, dirent-ils, vous l’emporterez avec vous, car il est absolument nécessaire que vous l’ayez, afin que vous puissiez saisir ce qui est au-delà du voile, Hébreux 6:19, et demeurer fermes si vous veniez à rencontrer un temps orageux, Joël 3:16. Ils en furent donc bien aises.

Puis ils les prirent et les menèrent à la montagne sur laquelle Abraham notre père offrit Isaac son fils, et leur montrèrent l’autel, le bois, le feu et le couteau, car on peut les voir encore aujourd’hui. Genèse 22:9. Quand ils les eurent vus, ils levèrent les mains, se bénirent et dirent: Oh, quel homme fut Abraham, pour l’amour de son Maître et le renoncement à lui-même!

Après leur avoir montré toutes ces choses, Prudence les conduisit dans une salle à manger où se trouvait une excellente épinette; elle en joua donc, et fit de ce qu’elle leur avait montré ce beau cantique, disant:

« La pomme d’Ève, on vous l’a montrée;

Gardez-vous-en toujours:

L’échelle de Jacob aussi,

Où les anges font leur parcours.

Une ancre, vous l’avez reçue;

Mais que tout cela ne suffise

Qu’au jour où, comme Abraham, vous aurez rendu

Votre meilleur bien en sacrifice. »

Or, vers ce temps-là, quelqu’un frappa à la porte; le portier ouvrit donc, et voici, M. Grand-Cœur était là. Mais quand il fut entré, quelle joie ce fut! car il leur revint de nouveau à l’esprit comment, peu de temps auparavant, il avait tué le vieux géant Farouche, ou l’Homme-Sanguinaire, et les avait délivrés des lions.

Alors M. Grand-Cœur dit à Christiana et à Miséricorde: Mon Seigneur vous envoie à chacune une bouteille de vin, et aussi du grain rôti, avec deux grenades; il envoie aussi aux garçons des figues et des raisins secs, pour vous rafraîchir en chemin.

Alors ils se mirent en route, et Prudence et Piété les accompagnèrent. Quand ils arrivèrent à la porte, Christiana demanda au portier si quelqu’un était passé récemment. Il dit: Non; un seul, il y a quelque temps, qui m’a aussi raconté que dernièrement un grand vol avait été commis sur le grand chemin du Roi, par où vous allez. Mais, dit-il, les voleurs sont pris, et ils seront bientôt jugés, et il y va de leur vie. Alors Christiana et Miséricorde eurent peur; mais Matthieu dit: Mère, ne craignez rien, tant que M. Grand-Cœur doit venir avec nous et être notre guide.

Alors Christiana dit au portier: Monsieur, je vous suis très obligée de toutes les bontés que vous m’avez témoignées depuis que je suis venue ici, et aussi de ce que vous avez été si affectueux et si bon envers mes enfants. Je ne sais comment reconnaître votre bonté; c’est pourquoi, je vous prie, acceptez ce petit denier en témoignage de mon respect. Elle lui mit donc dans la main un angelot d’or; et il lui fit une profonde révérence, et dit: « Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête. » Ecclésiaste 9:8. Que Miséricorde vive et qu’elle ne meure point, et que ses œuvres ne soient pas en petit nombre. Deutéronome 33:6. Et aux garçons il dit: Fuyez les passions de la jeunesse, et recherchez la piété avec ceux qui sont graves et sages, 2 Timothée 2:22; ainsi vous mettrez la joie au cœur de votre mère, et vous obtiendrez la louange de tous ceux qui sont sensés. Ils remercièrent donc le portier, et partirent.

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