Le Voyage du pèlerin
Troisième étape

Chapitre 17 · 16 min de lecture

Troisième étape

L’Interprète appela alors un de ses serviteurs, nommé Grand-Cœur, et lui commanda de prendre une épée, un casque et un bouclier; puis: Prends ces filles qui sont miennes, dit-il, et conduis-les au palais appelé Beau, où elles feront leur prochaine halte. Il prit donc ses armes et marcha devant elles; et l’Interprète leur dit: Que Dieu vous conduise! Ceux aussi qui étaient de la maison les congédièrent avec force bons souhaits. Ils poursuivirent donc leur chemin, et chantèrent:

Ce lieu fut pour nous seconde étape;

Nous y avons ouï et vu

Ces biens qui, d’âge en âge,

Aux autres restèrent cachés.

L’homme au râteau, l’araignée, la poule,

Le poussin aussi, m’ont appris

Une leçon: qu’à elle donc

Je sois désormais conforme.

Le boucher, le jardin et le champ,

Le rouge-gorge et sa proie,

L’arbre pourri aussi, me fournissent

Un argument de grand poids

Pour m’exciter à veiller et prier,

À m’efforcer d’être sincère,

À prendre ma croix chaque jour

Et servir le Seigneur avec crainte.

Alors je vis dans mon songe qu’ils poursuivirent leur route, Grand-Cœur marchant devant eux. Ils allèrent ainsi, et arrivèrent à l’endroit où le fardeau de Chrétien était tombé de son dos et avait roulé dans un sépulcre. Là ils firent une halte, et là aussi ils bénirent Dieu. Maintenant, dit Christiana, il me revient à l’esprit ce qui nous fut dit à la porte, à savoir que nous aurions le pardon par parole et par fait: par parole, c’est-à-dire par la promesse; par fait, c’est-à-dire par la manière dont il a été obtenu. Ce qu’est la promesse, j’en sais quelque chose; mais ce que c’est qu’avoir le pardon par fait, ou par la manière dont il a été obtenu, vous le savez, je pense, M. Grand-Cœur; c’est pourquoi, s’il vous plaît, faites-nous entendre votre discours là-dessus.

M. Grand-Cœur: Le pardon par le fait accompli est un pardon obtenu par quelqu’un pour un autre qui en a besoin; non par celui qui est pardonné, mais, dit un autre, de la manière dont moi je l’ai obtenu. Ainsi donc, pour traiter la question plus au long, le pardon que vous, Miséricorde et ces garçons avez reçu a été obtenu par un autre, à savoir par celui qui vous a fait entrer par la porte. Et il l’a obtenu de cette double manière: il a accompli la justice pour vous couvrir, et il a répandu son sang pour vous y laver.

Christiana: Mais s’il se dessaisit de sa justice en notre faveur, que lui restera-t-il pour lui-même?

M. Grand-Cœur: Il a plus de justice que vous n’en avez besoin, et qu’il n’en a besoin lui-même.

Christiana: Je vous prie, faites-le-nous voir.

M. Grand-Cœur: De tout mon cœur; mais je dois d’abord poser en préalable que celui dont nous allons parler est un être qui n’a point son pareil. Il a deux natures en une seule personne, qu’on distingue clairement et qu’il est impossible de diviser. À chacune de ces natures appartient une justice, et chaque justice est essentielle à cette nature; de sorte qu’on pourrait aussi aisément anéantir cette nature que séparer d’elle sa justice ou sa droiture. De ces justices-là, donc, nous ne sommes point faits participants, en sorte qu’elles, ou l’une d’elles, soient mises sur nous afin que nous soyons rendus justes et que nous en vivions. Outre celles-ci, il y a une justice que possède cette personne en tant que ces deux natures sont unies en une seule. Et ce n’est pas la justice de la divinité, distinguée de l’humanité, ni la justice de l’humanité, distinguée de la divinité, mais une justice qui réside dans l’union des deux natures, et qu’on peut proprement appeler la justice essentielle à ce qu’il ait été préparé de Dieu pour être rendu capable de l’office de médiateur qui devait lui être confié. S’il se dessaisit de sa première justice, il se dessaisit de sa divinité; s’il se dessaisit de sa seconde justice, il se dessaisit de la pureté de son humanité; s’il se dessaisit de la troisième, il se dessaisit de cette perfection qui le rend capable de l’office de médiation. Il a donc une autre justice, qui consiste dans l’accomplissement, ou dans l’obéissance à une volonté révélée; et c’est celle-là qu’il met sur les pécheurs, et par laquelle leurs péchés sont couverts. C’est pourquoi il dit: « Comme par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l’obéissance d’un seul beaucoup seront rendus justes. » Romains 5:19.

Christiana: Mais les autres justices ne nous sont-elles d’aucun usage?

M. Grand-Cœur: Si; car bien qu’elles soient essentielles à ses natures et à son office, et qu’elles ne puissent être communiquées à un autre, c’est pourtant en vertu d’elles que la justice qui justifie est efficace à cette fin. La justice de sa divinité donne sa vertu à son obéissance; la justice de son humanité donne à son obéissance la capacité de justifier; et la justice qui réside dans l’union de ces deux natures en vue de son office donne à cette justice l’autorité de faire l’œuvre pour laquelle elle a été ordonnée.

Voici donc une justice dont Christ, en tant que Dieu, n’a pas besoin, car il est Dieu sans elle; voici une justice dont Christ, en tant qu’homme, n’a pas besoin pour être tel, car il est homme parfait sans elle. Voici encore une justice dont Christ, en tant que Dieu-homme, n’a pas besoin, car il l’est parfaitement sans elle. Voici donc une justice dont Christ, en tant que Dieu et en tant que Dieu-homme, n’a pas besoin pour lui-même, et c’est pourquoi il peut s’en dessaisir; une justice qui justifie, dont il n’a point besoin pour lui-même, et c’est pourquoi il la donne: de là vient qu’elle est appelée le don de la justice. Cette justice, puisque le Seigneur Jésus-Christ s’est placé sous la loi, doit être donnée; car la loi n’oblige pas seulement celui qui est sous elle à agir justement, mais encore à user de charité. Romains 5:17. C’est pourquoi il doit, ou il est tenu par la loi, s’il a deux tuniques, d’en donner une à celui qui n’en a point. Or notre Seigneur a vraiment deux tuniques, l’une pour lui-même, et l’autre de reste; c’est pourquoi il en fait don gratuitement à ceux qui n’en ont point. Et ainsi, Christiana et Miséricorde, et vous tous qui êtes ici, votre pardon vient par le fait, ou par l’œuvre d’un autre homme. Votre Seigneur Christ est celui qui a travaillé, et il a donné ce qu’il a acquis par son œuvre au premier pauvre mendiant qu’il rencontre.

Mais encore, pour que le pardon soit par fait, il faut que quelque chose soit payé à Dieu comme prix, aussi bien que quelque chose soit préparé pour nous en couvrir. Le péché nous a livrés à la juste malédiction d’une loi juste: or, de cette malédiction, il faut que nous soyons justifiés par voie de rédemption, un prix étant payé pour les torts que nous avons faits; et cela se fait par le sang de votre Seigneur, qui est venu se tenir à votre place et en votre lieu, et qui est mort de votre mort pour vos transgressions. Ainsi vous a-t-il rachetés de vos transgressions par le sang, et a-t-il couvert de justice vos âmes souillées et difformes, Romains 8:34; c’est à cause d’elle que Dieu passe à côté de vous, et ne vous fera aucun mal quand il viendra juger le monde. Galates 3:13.

Christiana: Voilà qui est admirable! Je vois maintenant qu’il y avait quelque chose à apprendre dans le fait d’être pardonnés par parole et par fait. Bonne Miséricorde, efforçons-nous de garder cela en mémoire; et vous, mes enfants, souvenez-vous-en aussi. Mais, monsieur, n’est-ce pas cela qui fit tomber de dessus les épaules de mon bon Chrétien son fardeau, et qui lui fit faire trois sauts de joie?

M. Grand-Cœur: Oui, c’est la foi en cela qui coupa ces cordes que nul autre moyen ne pouvait couper; et c’est pour lui donner une preuve de la vertu de cela qu’il lui fut permis de porter son fardeau jusqu’à la croix.

Christiana: Je le pensais bien; car, bien que mon cœur fût léger et joyeux auparavant, il est maintenant dix fois plus léger et plus joyeux. Et je suis persuadée, par ce que j’ai éprouvé, quoique je n’aie encore éprouvé que peu de chose, que si l’homme le plus chargé du monde était ici, et voyait et croyait comme je fais maintenant, son cœur en serait plus gai et plus allègre.

M. Grand-Cœur: Ce n’est pas seulement la consolation et le soulagement d’un fardeau que nous apportent la vue et la considération de ces choses, mais encore une tendre affection qu’elles engendrent en nous: car qui pourrait, s’il pense une seule fois que le pardon ne vient pas seulement par la promesse, mais de cette manière, ne pas être touché de la voie et des moyens de sa rédemption, et partant de l’homme qui l’a opérée pour lui?

Christiana: C’est vrai; il me semble que mon cœur saigne à la pensée qu’il ait saigné pour moi. Ô toi qui m’aimes! Ô toi, le Béni! Tu mérites de m’avoir; tu m’as achetée. Tu mérites de m’avoir tout entière: tu as payé pour moi dix mille fois plus que je ne vaux. Rien d’étonnant à ce que cela ait fait monter les larmes aux yeux de mon mari, et qu’il en ait marché d’un pas si alerte. Je suis persuadée qu’il me souhaitait avec lui; mais, misérable que j’étais, je l’ai laissé partir tout seul. Oh, Miséricorde, si seulement ton père et ta mère étaient ici; oui, et Mme Timorée aussi; bien plus, je voudrais maintenant de tout mon cœur que Madame Lascive y fût aussi. Assurément, assurément, leurs cœurs seraient touchés; et ni la crainte de l’une, ni les puissantes convoitises de l’autre, ne pourraient les décider à retourner chez elles et à refuser de devenir de bons pèlerins.

M. Grand-Cœur: Vous parlez à présent dans la chaleur de vos affections; pensez-vous qu’il en sera toujours ainsi de vous? D’ailleurs, cela n’est pas communiqué à chacun, ni à tous ceux qui ont vu saigner votre Jésus. Il y en eut qui se tenaient là, et qui virent le sang couler du cœur jusqu’à terre, et qui pourtant en étaient si éloignés qu’au lieu de se lamenter, ils se moquèrent de lui, et qu’au lieu de devenir ses disciples, ils endurcirent leur cœur contre lui. De sorte que tout ce que vous avez, mes filles, vous l’avez par une impression particulière qu’a produite en vous une méditation divine de ce que je vous ai dit. Souvenez-vous qu’on vous a dit que la poule, par son appel ordinaire, ne donne point de nourriture à ses poussins. Ceci, vous l’avez donc par une grâce spéciale.

Alors je vis dans mon songe qu’ils marchèrent jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à l’endroit où Simple, Paresse et Présomption étaient couchés et dormaient quand Chrétien passa en pèlerinage; et voici, ils étaient pendus dans des chaînes de fer, un peu plus loin, de l’autre côté.

Miséricorde: Alors Miséricorde dit à celui qui était leur guide et conducteur: Qui sont ces trois hommes, et pourquoi sont-ils pendus là?

M. Grand-Cœur: Ces trois hommes étaient des hommes de fort mauvaises qualités; ils n’avaient aucune envie d’être pèlerins eux-mêmes, et tous ceux qu’ils pouvaient, ils les en empêchaient. Ils étaient eux-mêmes la paresse et la folie, et tous ceux qu’ils pouvaient persuader, ils les rendaient tels, et leur enseignaient en outre à présumer qu’ils s’en tireraient bien à la fin. Ils dormaient quand Chrétien passa; et maintenant que vous passez, ils sont pendus.

Miséricorde: Mais purent-ils amener quelqu’un à leur opinion?

M. Grand-Cœur: Oui, ils en détournèrent plusieurs du chemin. Il y eut Pas-Lent, qu’ils persuadèrent de faire comme eux. Ils gagnèrent aussi un certain Court-d’Haleine, un certain Sans-Cœur, un certain Traîne-après-Convoitise, un certain Tête-Endormie, et une jeune femme nommée Lourdeur, à sortir du chemin et à devenir comme eux. En outre, ils répandirent un mauvais bruit sur votre Seigneur, persuadant les autres qu’il était un maître dur. Ils décrièrent aussi le bon Pays, disant qu’il n’était pas à moitié aussi bon que certains le prétendaient. Ils se mirent aussi à dénigrer ses serviteurs, et à tenir les meilleurs d’entre eux pour des importuns, des fâcheux, des gens qui se mêlent de tout. Bien plus, ils appelaient le pain de Dieu des carouges; les consolations de ses enfants, des chimères; le voyage et le labeur des pèlerins, des choses vaines.

Christiana: Non, dit Christiana, s’ils étaient tels, ils ne seront jamais pleurés par moi: ils n’ont que ce qu’ils méritent; et je trouve bon qu’ils soient si près du grand chemin, afin que d’autres les voient et en prennent avertissement. Mais n’eût-il pas été bon que leurs crimes fussent gravés sur quelque plaque de fer ou d’airain, et laissés ici où ils ont fait leurs méfaits, pour servir d’avertissement à d’autres méchants?

M. Grand-Cœur: C’est ce qui a été fait, comme vous pouvez bien le voir, si vous voulez vous approcher un peu du mur.

Miséricorde: Non, non; qu’ils restent pendus, que leurs noms pourrissent, et que leurs crimes vivent à jamais contre eux. Je tiens pour une grande faveur qu’ils aient été pendus avant que nous vinssions ici: qui sait autrement ce qu’ils auraient pu faire à de pauvres femmes comme nous? Puis elle en fit un chant, disant:

« Restez donc pendus là, vous trois, et soyez un signe

À tous ceux qui contre la vérité se liguent.

Et que tout homme après vous redoute cette fin,

S’il n’est point pour les pèlerins un ami.

Et toi, mon âme, de ces gens-là garde-toi bien,

Qui sont à la sainteté des ennemis. »

Ils poursuivirent ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivassent au pied de la colline Difficulté, où de nouveau le bon M. Grand-Cœur saisit l’occasion de leur raconter ce qui était arrivé là quand Chrétien lui-même y passa. Il les mena donc d’abord à la source. Voici, dit-il, la source où Chrétien but avant de gravir cette colline; elle était alors claire et bonne; mais maintenant elle est troublée par les pieds de certains qui ne désirent pas que les pèlerins étanchent ici leur soif. Ézéchiel 34:18-19. Là-dessus Miséricorde dit: Et pourquoi tant d’envie, je vous prie? Mais, dit leur guide, elle fera l’affaire, si on la puise et qu’on la mette dans un vase propre et bon; car alors la boue ira au fond, et l’eau en sortira d’elle-même plus claire. C’est donc ce que Christiana et ses compagnons furent obligés de faire. Ils en puisèrent, la mirent dans un pot de terre, et la laissèrent reposer jusqu’à ce que la boue fût descendue au fond; et alors ils en burent.

Ensuite il leur montra les deux chemins détournés qui étaient au pied de la colline, où Formaliste et Hypocrisie se perdirent. Et, dit-il, ce sont des sentiers dangereux. Deux hommes y périrent quand Chrétien passa par ici; et bien que, comme vous le voyez, ces chemins aient été depuis barrés de chaînes, de poteaux et d’un fossé, il y en a pourtant qui aiment mieux s’y aventurer que de prendre la peine de gravir cette colline.

Christiana: « La voie des perfides est rude. » Proverbes 13:15. C’est merveille qu’ils puissent s’engager dans ces chemins sans danger de se rompre le cou.

M. Grand-Cœur: Ils s’y risquent; oui, et si parfois quelqu’un des serviteurs du Roi vient à les voir, les appelle, leur dit qu’ils sont dans le mauvais chemin et les avertit de prendre garde au danger, alors ils lui répondent avec outrage, et disent: « Nous ne t’obéirons en rien de ce que tu nous as dit au nom du Roi; mais nous voulons agir comme l’a déclaré notre bouche. » Jérémie 44:16-17. Bien plus, si vous regardez un peu plus loin, vous verrez que ces chemins sont assez signalés comme dangereux, non seulement par ces poteaux, ce fossé et cette chaîne, mais encore par une haie qui les ferme; et pourtant ils aiment mieux y aller.

Christiana: Ils sont paresseux; ils n’aiment pas se donner de la peine; un chemin qui monte leur est désagréable. Ainsi s’accomplit pour eux ce qui est écrit: « Le chemin du paresseux est comme une haie d’épines. » Proverbes 15:19. Oui, ils aiment mieux marcher sur un piège que de gravir cette colline et de suivre le reste de ce chemin jusqu’à la cité.

Alors ils se mirent en route, et commencèrent à gravir la colline, et ils montèrent, ils montèrent. Mais avant qu’ils fussent au sommet, Christiana commença à haleter, et dit: J’ose dire que voilà une colline qui essouffle; il n’est pas étonnant que ceux qui aiment leurs aises plus que leurs âmes se choisissent un chemin plus uni.

Alors Miséricorde dit: Il faut que je m’asseye; et le plus petit des enfants se mit aussi à pleurer. Allons, allons, dit Grand-Cœur, ne vous asseyez pas ici; car un peu plus haut se trouve la tonnelle du Prince. Puis il prit le petit garçon par la main, et l’y conduisit.

Quand ils furent arrivés à la tonnelle, ils furent bien aises de s’asseoir, car ils étaient tous en nage. Alors Miséricorde dit: « Que le repos est doux à ceux qui travaillent! » Matthieu 11:28; et que le Prince des pèlerins est bon de leur préparer de tels lieux de repos! J’ai beaucoup entendu parler de cette tonnelle, mais je ne l’avais jamais vue. Mais gardons-nous ici de dormir; car, à ce que j’ai entendu dire, cela coûta cher au pauvre Chrétien.

Alors M. Grand-Cœur dit aux petits: Eh bien, mes jolis garçons, comment allez-vous? Que pensez-vous maintenant du pèlerinage? Monsieur, dit le plus petit, j’avais presque perdu courage; mais je vous remercie de m’avoir prêté la main dans mon besoin. Et je me souviens maintenant de ce que ma mère m’a dit, à savoir que le chemin du ciel est comme une échelle, et le chemin de l’enfer comme une descente. Mais j’aime mieux monter l’échelle vers la vie que descendre la pente vers la mort.

Alors Miséricorde dit: Mais le proverbe dit: « Descendre la colline est chose facile. » Mais Jacques dit (car tel était son nom): Le jour vient où, à mon avis, descendre la colline sera le plus difficile de tout. C’est un bon garçon, dit son maître; tu lui as fait une juste réponse. Alors Miséricorde sourit, mais le petit garçon rougit.

Christiana: Allons, dit Christiana, voulez-vous manger un morceau pour vous adoucir la bouche, pendant que vous êtes assis ici à reposer vos jambes? car j’ai ici un morceau de grenade que l’Interprète m’a mis dans la main juste comme je sortais de sa porte; il m’a donné aussi un morceau de rayon de miel et une petite bouteille de cordial. Je pensais bien qu’il vous avait donné quelque chose, dit Miséricorde, parce qu’il vous avait appelée à part. Oui, c’est ce qu’il fit, dit l’autre; mais, dit Christiana, il en sera toujours comme je l’ai dit quand nous partîmes d’abord de la maison: tu auras part à tout le bien que j’ai, parce que tu es si volontiers devenue ma compagne. Alors elle leur en donna, et ils mangèrent, Miséricorde et les garçons. Et Christiana dit à M. Grand-Cœur: Monsieur, ne ferez-vous pas comme nous? Mais il répondit: Vous allez en pèlerinage, et bientôt je m’en retournerai; grand bien vous fasse ce que vous avez: chez moi j’en mange tous les jours.

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