Le Voyage du pèlerin
Dixième étape

Chapitre 11 · 25 min de lecture

Dixième étape

Alors Chrétien s’adressa en ces termes à son compagnon:

Chrétien: Eh bien, allons, mon bon Plein-d’Espoir, je vois que toi et moi, il nous faut de nouveau marcher seuls.

Je vis donc en mon songe qu’ils allèrent devant d’un bon pas, et qu’Ignorance vint derrière en clopinant. Alors Chrétien dit à son compagnon: J’ai grand-pitié de ce pauvre homme; certainement, les choses iront mal pour lui à la fin.

Plein-d’Espoir: Hélas! il y en a quantité dans notre ville qui sont dans son état, des familles entières, oui, des rues entières, et cela parmi les pèlerins aussi; et s’il y en a tant dans nos quartiers, combien, pensez-vous, doit-il y en avoir dans le lieu où il est né?

Chrétien: En vérité, la Parole dit: « Il a aveuglé leurs yeux, de peur qu’ils ne voient », etc.

Mais, maintenant que nous sommes seuls, que pensez-vous de tels hommes? N’ont-ils jamais, pensez-vous, de convictions de péché, et par conséquent des craintes que leur état ne soit dangereux?

Plein-d’Espoir: Non, répondez vous-même à cette question, car vous êtes le plus âgé.

Chrétien: Je dis donc qu’il leur arrive parfois (à ce que je pense) d’en avoir; mais, étant ignorants par nature, ils ne comprennent pas que de telles convictions tendent à leur bien; c’est pourquoi ils cherchent désespérément à les étouffer, et continuent avec présomption à se flatter dans la voie de leur propre cœur.

Plein-d’Espoir: Je crois, comme vous le dites, que la crainte contribue beaucoup au bien des hommes, et à les mettre dans la bonne voie dès qu’ils commencent leur pèlerinage.

Chrétien: Sans aucun doute, si elle est la bonne; car ainsi parle la Parole: « La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse. » Job 28:28; Psaumes 111:10; Proverbes 1:7; 9:10.

Plein-d’Espoir: Comment décririez-vous la bonne crainte?

Chrétien: La vraie crainte, ou la bonne, se reconnaît à trois choses:

1. À sa naissance: elle est produite par des convictions de péché qui conduisent au salut.

2. Elle pousse l’âme à saisir fermement Christ pour être sauvée.

3. Elle engendre et entretient dans l’âme un grand respect pour Dieu, pour sa Parole et pour ses voies; elle la garde sensible, et lui fait craindre de s’en détourner, à droite ou à gauche, vers quoi que ce soit qui puisse déshonorer Dieu, troubler sa paix, attrister l’Esprit, ou donner à l’ennemi l’occasion de parler avec outrage.

Plein-d’Espoir: C’est bien dit; je crois que vous avez dit la vérité. Sommes-nous maintenant presque sortis de la Terre enchantée?

Chrétien: Pourquoi? Êtes-vous las de cet entretien?

Plein-d’Espoir: Non, vraiment; mais je voudrais savoir où nous sommes.

Chrétien: Nous n’avons plus guère que deux milles à y faire. Mais revenons à notre sujet.

Les ignorants, donc, ne savent pas que ces convictions qui tendent à leur faire peur sont pour leur bien; c’est pourquoi ils cherchent à les étouffer.

Plein-d’Espoir: Comment cherchent-ils à les étouffer?

Chrétien: 1. Ils pensent que ces craintes sont l’œuvre du diable (quoiqu’en vérité elles soient l’œuvre de Dieu); et, pensant ainsi, ils leur résistent comme à des choses qui tendent directement à leur ruine. 2. Ils pensent aussi que ces craintes tendent à gâter leur foi; alors que, hélas pour eux, pauvres gens qu’ils sont, ils n’en ont point du tout; c’est pourquoi ils endurcissent leur cœur contre elles. 3. Ils présument qu’ils ne doivent pas craindre, et c’est pourquoi, en dépit de ces craintes, ils deviennent présomptueusement assurés. 4. Ils voient que ces craintes tendent à leur ôter leur misérable vieille sainteté à eux, et c’est pourquoi ils leur résistent de toutes leurs forces.

Plein-d’Espoir: J’en sais quelque chose par moi-même; car, avant de me connaître, il en était ainsi de moi.

Chrétien: Eh bien, laissons pour cette fois notre voisin Ignorance à lui-même, et abordons une autre question profitable.

Plein-d’Espoir: De tout mon cœur; mais c’est encore vous qui commencerez.

Chrétien: Eh bien donc, n’avez-vous pas connu, il y a une dizaine d’années, un certain Temporaire dans votre contrée, qui était alors un homme ardent en religion?

Plein-d’Espoir: Si je l’ai connu! Oui; il demeurait à Sans-Grâce, une ville à environ deux milles d’Honnêteté, et il demeurait porte à porte avec un certain Rebrousse-Chemin.

Chrétien: C’est juste; il demeurait sous le même toit que lui. Eh bien, cet homme fut un jour fort réveillé: je crois qu’il eut alors quelque vue de ses péchés, et du salaire qui leur était dû.

Plein-d’Espoir: Je suis de votre avis; car (ma maison n’étant pas à plus de trois milles de chez lui) il venait souvent me trouver, et cela avec beaucoup de larmes. Vraiment, j’avais pitié de cet homme, et je n’étais pas tout à fait sans espérance à son sujet; mais on peut le voir, ce n’est pas quiconque crie: « Seigneur, Seigneur! »

Chrétien: Il me dit un jour qu’il était résolu à partir en pèlerinage, comme nous le faisons à présent; mais tout à coup il fit la connaissance d’un certain Sauve-Soi, et alors il devint un étranger pour moi.

Plein-d’Espoir: Maintenant, puisque nous parlons de lui, recherchons un peu la raison de son brusque retour en arrière, et de celui d’autres comme lui.

Chrétien: Cela peut être très profitable; mais commencez, vous.

Plein-d’Espoir: Eh bien donc, il y en a, à mon jugement, quatre raisons:

1. Bien que la conscience de tels hommes soit réveillée, leur esprit n’est pas changé; c’est pourquoi, lorsque la force de la culpabilité s’use, ce qui les poussait à être religieux cesse; aussi retournent-ils naturellement à leur ancienne conduite. C’est comme le chien que nous voyons malade de ce qu’il a mangé: tant que son malaise dure, il vomit et rejette tout; non qu’il le fasse de plein gré (si l’on peut dire qu’un chien a un gré), mais parce que cela lui trouble l’estomac; mais, dès que son malaise est passé, et que son estomac est soulagé, son désir n’étant nullement détourné de son vomissement, il se retourne et lèche le tout; ainsi s’accomplit ce qui est écrit: « Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi. » 2 Pierre 2:22. Ainsi, dis-je, n’étant ardents pour le ciel que par le seul effet du sentiment et de la crainte des tourments de l’enfer, à mesure que ce sentiment et cette crainte de la damnation se refroidissent et s’attiédissent, leurs désirs du ciel et du salut se refroidissent aussi. Il arrive donc que, lorsque leur culpabilité et leur crainte sont parties, leurs désirs du ciel et du bonheur meurent, et ils retournent à leur ancienne conduite.

2. Une autre raison, c’est qu’ils ont des craintes serviles qui les maîtrisent: je parle ici des craintes qu’ils ont des hommes; « Car la crainte des hommes tend un piège. » Proverbes 29:25. Ainsi donc, bien qu’ils paraissent ardents pour le ciel tant que les flammes de l’enfer leur grondent aux oreilles, cependant, quand cette terreur est un peu passée, ils se ravisent, et pensent qu’il est bon d’être sage, et de ne pas courir (pour ils ne savent quoi) le risque de tout perdre, ou du moins de s’attirer des ennuis inévitables et inutiles; et ainsi ils retombent dans le monde.

3. La honte qui accompagne la religion est aussi comme une pierre sur leur chemin: ils sont orgueilleux et hautains, et la religion est à leurs yeux basse et méprisable; c’est pourquoi, lorsqu’ils ont perdu le sentiment de l’enfer et de la colère à venir, ils retournent à leur ancienne conduite.

4. La culpabilité, et la pensée de la terreur, leur sont pénibles; ils n’aiment pas voir leur misère avant d’y entrer; quoique peut-être cette vue, dès le commencement, s’ils l’aimaient, pourrait les faire fuir là où fuient les justes et où ils sont en sûreté; mais parce qu’ils fuient, comme je l’ai déjà insinué, jusqu’à la pensée de la culpabilité et de la terreur, dès qu’ils sont délivrés de leurs alarmes au sujet des terreurs et de la colère de Dieu, ils endurcissent volontiers leur cœur, et choisissent des voies qui les endurciront de plus en plus.

Chrétien: Vous touchez d’assez près le fond de l’affaire; car le fond de tout, c’est le manque d’un changement dans leur esprit et dans leur volonté. Aussi ne sont-ils que comme le malfaiteur qui se tient devant le juge: il tremble et frissonne, et paraît se repentir du fond du cœur; mais le fond de tout, c’est la crainte de la corde; non qu’il ait aucune horreur de son crime, comme cela est évident: car, rendez seulement la liberté à cet homme, et il sera encore voleur, et par conséquent un coquin; au lieu que, si son esprit était changé, il en serait autrement.

Plein-d’Espoir: Maintenant que je vous ai montré la raison de leur retour en arrière, montrez-moi, vous, la manière dont il se fait.

Chrétien: Je le ferai volontiers.

1. Ils détournent leurs pensées, autant qu’ils le peuvent, du souvenir de Dieu, de la mort et du jugement à venir.

2. Puis ils abandonnent peu à peu les devoirs particuliers, comme la prière dans le secret, le frein mis à leurs convoitises, la vigilance, la tristesse du péché, et autres choses semblables.

3. Puis ils fuient la compagnie des chrétiens vivants et fervents.

4. Après cela, ils se refroidissent à l’égard des devoirs publics, comme d’entendre la Parole, de la lire, de s’entretenir pieusement, et autres choses semblables.

5. Ils commencent alors à chercher, comme on dit, des trous dans l’habit de quelques gens pieux, et cela diaboliquement, afin d’avoir un semblant de prétexte pour jeter la religion derrière leur dos (à cause de quelques infirmités qu’ils ont épiées chez eux).

6. Puis ils commencent à s’attacher à des hommes charnels, relâchés et libertins, et à se lier avec eux.

7. Puis ils se laissent aller en secret à des discours charnels et licencieux; et ils sont bien aises s’ils peuvent voir de telles choses chez quelqu’un qui passe pour honnête, afin de les faire plus hardiment à son exemple.

8. Après cela, ils commencent à jouer ouvertement avec de petits péchés.

9. Et alors, étant endurcis, ils se montrent tels qu’ils sont. Ainsi, lancés de nouveau dans le gouffre de la misère, à moins qu’un miracle de grâce ne l’empêche, ils périssent éternellement dans leurs propres illusions.

Or je vis en mon songe qu’à ce moment les pèlerins avaient franchi la Terre enchantée, et qu’ils entraient dans le pays de Beulah, dont l’air était fort doux et agréable, Ésaïe 62:4-12; Cantique des cantiques 2:10-12; et, le chemin le traversant tout droit, ils s’y délassèrent quelque temps. Oui, ils y entendaient sans cesse le chant des oiseaux, et voyaient chaque jour les fleurs paraître sur la terre, et entendaient la voix de la tourterelle dans le pays. Dans ce pays, le soleil brille nuit et jour; c’est pourquoi il était au-delà de la vallée de l’Ombre de la mort, et hors de l’atteinte du géant Désespoir; et, de ce lieu, ils ne pouvaient pas même apercevoir le château du Doute. Là, ils étaient en vue de la cité où ils allaient; là aussi, quelques-uns de ses habitants vinrent à leur rencontre; car en ce pays les Resplendissants se promenaient d’ordinaire, parce qu’il était sur les frontières du ciel. En ce pays aussi fut renouvelé le contrat entre l’Épouse et l’Époux; oui, là, « comme l’époux se réjouit de l’épouse, ainsi Dieu se réjouit à leur sujet ». Là, ils ne manquèrent ni de blé ni de vin; car en ce lieu ils trouvèrent en abondance ce qu’ils avaient cherché pendant tout leur pèlerinage. Là, ils entendirent des voix qui venaient de la cité, de grandes voix, disant: « Dites à la fille de Sion: Voici, ton sauveur arrive; Voici, le salaire est avec lui! » Là, tous les habitants du pays les appelaient « peuple saint, rachetés de l’Éternel, recherchés », etc.

Or, comme ils marchaient dans ce pays, ils eurent plus de réjouissance que dans les régions plus éloignées du royaume vers lequel ils se rendaient; et, approchant de la cité, ils en eurent une vue plus parfaite encore: elle était bâtie de perles et de pierres précieuses, et ses rues étaient pavées d’or; si bien qu’à cause de la gloire naturelle de la cité, et de la réverbération des rayons du soleil sur elle, Chrétien tomba malade de désir; Plein-d’Espoir aussi eut un accès ou deux du même mal; c’est pourquoi ils demeurèrent couchés là quelque temps, s’écriant à cause de leurs douleurs: « Si vous trouvez mon bien-aimé, dites-lui que je suis malade d’amour. »

Mais, s’étant un peu fortifiés, et plus capables de supporter leur mal, ils poursuivirent leur chemin, et s’approchèrent de plus en plus, là où étaient des vergers, des vignes et des jardins, dont les portes s’ouvraient sur la grande route. Or, comme ils arrivaient à ces lieux, voici, le jardinier se tenait sur le chemin; et les pèlerins lui dirent: À qui sont ces belles vignes et ces jardins? Il répondit: Ils sont au Roi, et ils sont plantés ici pour ses propres délices, et aussi pour le soulagement des pèlerins. Le jardinier les fit donc entrer dans les vignes, et les invita à se rafraîchir de ces délicatesses, Deutéronome 23:24; il leur montra aussi les allées et les tonnelles du Roi, où il se plaisait à être; et là ils s’arrêtèrent et dormirent.

Or je vis en mon songe qu’ils parlèrent plus dans leur sommeil en ce temps-là qu’ils ne l’avaient fait pendant tout leur voyage; et, comme j’en étais tout songeur, le jardinier me dit à moi-même: Pourquoi t’étonnes-tu de cela? C’est la nature du fruit des raisins de ces vignes, « de couler si doucement qu’il fait parler les lèvres de ceux qui dorment ». Cantique des cantiques 7:10.

Je vis donc que, lorsqu’ils s’éveillèrent, ils se disposèrent à monter à la cité. Mais, comme je l’ai dit, la réverbération du soleil sur la cité (car la cité était d’or pur, Apocalypse 21:18) était si extrêmement éclatante qu’ils ne pouvaient encore la contempler à visage découvert, sinon au moyen d’un instrument fait pour cet usage. 2 Corinthiens 3:18. Je vis donc que, comme ils avançaient, deux hommes vinrent à leur rencontre, en vêtements qui brillaient comme l’or; et leurs visages aussi brillaient comme la lumière.

Ces hommes demandèrent aux pèlerins d’où ils venaient; et ils le leur dirent. Ils leur demandèrent aussi où ils avaient logé, quelles difficultés et quels dangers, quelles consolations et quels plaisirs ils avaient rencontrés en chemin; et ils le leur dirent. Alors les hommes qui les avaient rencontrés dirent: Vous n’avez plus que deux difficultés à rencontrer, et puis vous êtes dans la Cité.

Chrétien donc et son compagnon prièrent ces hommes de les accompagner; et ils leur dirent qu’ils le feraient. Mais, dirent-ils, il faut que vous l’obteniez par votre propre foi. Je vis donc en mon songe qu’ils allèrent ensemble jusqu’à ce qu’ils vinssent en vue de la porte.

Or je vis de plus qu’entre eux et la porte il y avait un fleuve; mais il n’y avait point de pont pour le passer, et le fleuve était fort profond. À la vue de ce fleuve, les pèlerins furent donc fort consternés; mais les hommes qui allaient avec eux dirent: Il faut que vous le traversiez, ou vous ne pourrez parvenir à la porte.

Les pèlerins commencèrent alors à s’informer s’il n’y avait point d’autre chemin pour arriver à la porte. À quoi ceux-ci répondirent: Oui; mais il n’a été permis à personne, sauf à deux, savoir Énoch et Élie, de fouler ce sentier depuis la fondation du monde, et cela ne sera permis à personne jusqu’à ce que sonne la dernière trompette. Les pèlerins alors, et surtout Chrétien, commencèrent à perdre courage en leur esprit; ils regardèrent de côté et d’autre, mais ils ne purent trouver aucun chemin par où ils pussent éviter le fleuve. Ils demandèrent alors à ces hommes si les eaux étaient partout de la même profondeur. Ils répondirent: Non; toutefois ils ne pouvaient les aider en ce cas; car, dirent-ils, vous le trouverez plus profond ou moins profond selon que vous croirez au Roi de ce lieu.

Alors ils s’avancèrent vers l’eau; et, comme ils y entraient, Chrétien commença d’enfoncer; et, criant à son bon ami Plein-d’Espoir, il dit: J’enfonce dans les eaux profondes; les flots passent par-dessus ma tête; toutes ses vagues passent sur moi. Sélah.

Alors l’autre dit: Prends courage, mon frère; je sens le fond, et il est bon. Alors Chrétien dit: Ah! mon ami, les liens de la mort m’ont environné; je ne verrai pas le pays où coulent le lait et le miel. Et là-dessus une grande obscurité et une grande horreur tombèrent sur Chrétien, de sorte qu’il ne voyait plus devant lui. Là aussi il perdit en grande partie ses sens, de sorte qu’il ne pouvait ni se souvenir, ni parler avec suite, d’aucun de ces doux rafraîchissements qu’il avait rencontrés sur le chemin de son pèlerinage. Mais toutes les paroles qu’il prononçait montraient encore qu’il avait l’esprit plein d’horreur, et le cœur plein de craintes de mourir dans ce fleuve et de n’obtenir jamais l’entrée par la porte. Là aussi, comme s’en aperçurent ceux qui se tenaient auprès, il était fort occupé des pensées troublantes des péchés qu’il avait commis, tant depuis qu’avant le temps où il avait commencé d’être pèlerin. On remarqua aussi qu’il était tourmenté par des apparitions de lutins et d’esprits mauvais; car de temps à autre il le donnait à entendre par ses paroles.

Plein-d’Espoir eut donc ici beaucoup de peine à tenir la tête de son frère hors de l’eau; oui, parfois il disparaissait tout à fait au fond, et puis, peu après, il remontait à demi mort. Plein-d’Espoir s’efforçait aussi de le consoler, en disant: Frère, je vois la porte, et des hommes qui se tiennent là pour nous recevoir; mais Chrétien répondait: C’est vous, c’est vous qu’ils attendent; car vous avez été plein d’espoir depuis que je vous connais. Et vous aussi, dit l’autre à Chrétien. Ah! frère (dit-il), assurément, si j’étais dans le bon état, il se lèverait maintenant pour me secourir; mais, à cause de mes péchés, il m’a conduit dans le piège, et il m’a abandonné. Alors Plein-d’Espoir dit: Mon frère, vous avez tout à fait oublié le texte où il est dit des méchants: « Rien ne les tourmente jusqu’à leur mort, Et leur corps est chargé d’embonpoint; Ils n’ont aucune part aux souffrances humaines, Ils ne sont point frappés comme le reste des hommes. » Psaumes 73:4-5. Ces peines et ces angoisses que vous traversez dans ces eaux ne sont pas un signe que Dieu vous a abandonné; mais elles vous sont envoyées pour vous éprouver, pour voir si vous vous rappellerez ce que vous avez reçu jusqu’ici de sa bonté, et si vous vivrez de lui dans vos angoisses.

Alors je vis en mon songe que Chrétien demeura quelque temps tout pensif. Plein-d’Espoir lui ajouta encore ces paroles: Prends courage, Jésus-Christ te guérit. Et là-dessus Chrétien s’écria d’une voix forte: Oh! je le vois de nouveau; et il me dit: « Si tu traverses les eaux, je serai avec toi; Et les fleuves, ils ne te submergeront point. » Ésaïe 43:2. Alors ils prirent courage tous les deux, et l’ennemi, après cela, fut immobile comme une pierre jusqu’à ce qu’ils eussent passé. Chrétien trouva donc bientôt un fond où poser le pied, et il se trouva que le reste du fleuve n’était que peu profond. Ainsi ils passèrent.

Or, sur la rive du fleuve, de l’autre côté, ils virent de nouveau les deux hommes resplendissants, qui les y attendaient. C’est pourquoi, étant sortis du fleuve, ils furent salués par eux, qui leur dirent: Nous sommes des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut. Ainsi ils s’avancèrent vers la porte.

Or il vous faut remarquer que la cité était bâtie sur une haute colline; mais les pèlerins gravirent cette colline avec aisance, parce qu’ils avaient ces deux hommes pour les y conduire en les tenant par les bras; ils avaient aussi laissé leurs vêtements mortels derrière eux dans le fleuve; car, bien qu’ils y fussent entrés avec eux, ils en sortirent sans eux. Ils montèrent donc ici avec beaucoup d’agilité et de promptitude, bien que le fondement sur lequel la cité était bâtie fût plus haut que les nuées; ils montèrent donc à travers la région de l’air, s’entretenant doucement en chemin, consolés d’avoir passé le fleuve sains et saufs, et d’avoir de si glorieux compagnons pour leur faire escorte.

L’entretien qu’ils eurent avec les Resplendissants roula sur la gloire du lieu; et ceux-ci leur dirent que la beauté et la gloire en étaient inexprimables. Là, dirent-ils, sont « la montagne de Sion, la Jérusalem céleste, la foule innombrable des anges, et des esprits des justes parvenus à la perfection ». Hébreux 12:22-24. Vous allez maintenant, dirent-ils, au paradis de Dieu, où vous verrez l’arbre de vie, et mangerez de ses fruits qui ne se flétrissent jamais; et, quand vous y arriverez, on vous donnera des robes blanches, et vous marcherez et converserez chaque jour avec le Roi, oui, tous les jours de l’éternité. Apocalypse 2:7; 3:4-5; 22:5. Là, vous ne reverrez plus les choses que vous avez vues quand vous étiez dans la région inférieure, sur la terre, savoir la douleur, la maladie, l’affliction et la mort; « Car les premières choses ont disparu. » Apocalypse 21:4. Vous allez maintenant vers Abraham, vers Isaac et vers Jacob, et vers les prophètes, hommes que Dieu a retirés du malheur à venir, et qui maintenant « reposent sur leur couche, chacun marchant dans sa droiture ». Les hommes demandèrent alors: Que devrons-nous faire dans le lieu saint? Il leur fut répondu: Vous devrez y recevoir le réconfort de toutes vos peines, et avoir de la joie pour toute votre tristesse; vous devrez moissonner ce que vous avez semé, savoir le fruit de toutes vos prières, de vos larmes et de vos souffrances pour le Roi le long du chemin. Galates 6:7-8. En ce lieu, vous porterez des couronnes d’or, et vous jouirez de la vue et de la contemplation perpétuelles du Saint; car « là, vous le verrez tel qu’il est ». 1 Jean 3:2. Là aussi, vous servirez continuellement, par la louange, par des cris de joie et des actions de grâces, celui que vous désiriez servir dans le monde, quoique avec beaucoup de peine, à cause de l’infirmité de votre chair. Là, vos yeux seront réjouis de voir, et vos oreilles d’entendre, la voix agréable du Puissant. Là, vous retrouverez vos amis qui y sont allés avant vous; et là, vous recevrez avec joie chacun de ceux qui vous suivront dans le lieu saint. Là aussi, vous serez revêtus de gloire et de majesté, et mis dans un équipage digne d’accompagner le Roi de gloire. Quand il viendra au son de la trompette dans les nuées, comme sur les ailes du vent, vous viendrez avec lui; et quand il s’assiéra sur le trône du jugement, vous serez assis auprès de lui; oui, et quand il prononcera la sentence sur tous les ouvriers d’iniquité, qu’ils soient anges ou hommes, vous aurez, vous aussi, voix dans ce jugement, parce qu’ils étaient ses ennemis et les vôtres. De même, quand il retournera à la cité, vous irez aussi au son de la trompette, et vous serez toujours avec lui. 1 Thessaloniciens 4:14-17; Jude 1:14-15; Daniel 7:9-10; 1 Corinthiens 6:2-3.

Or, tandis qu’ils s’approchaient ainsi de la porte, voici, une troupe de l’armée céleste sortit à leur rencontre; et les deux autres Resplendissants lui dirent: Ce sont ici les hommes qui ont aimé notre Seigneur quand ils étaient dans le monde, et qui ont tout quitté pour son saint nom; et il nous a envoyés les chercher, et nous les avons amenés jusqu’ici dans le voyage qu’ils désiraient faire, afin qu’ils entrent et contemplent avec joie la face de leur Rédempteur. Alors l’armée céleste poussa un grand cri, disant: « Heureux ceux qui sont appelés au festin de noces de l’agneau! » Apocalypse 19:9. Il sortit aussi en ce temps-là, à leur rencontre, plusieurs des trompettes du Roi, vêtus de vêtements blancs et éclatants, qui, par des sons mélodieux et puissants, faisaient retentir les cieux mêmes de leur bruit. Ces trompettes saluèrent Chrétien et son compagnon de dix mille souhaits de bienvenue, à leur sortie du monde; et ils le firent avec des cris de joie et au son de la trompette.

Cela fait, ils les entourèrent de tous côtés; les uns allaient devant, les autres derrière, les uns à droite et les autres à gauche (comme pour les garder à travers les régions supérieures), sonnant continuellement en chemin, d’un son mélodieux, sur des notes élevées; de sorte que ce spectacle même était, pour ceux qui pouvaient le contempler, comme si le ciel lui-même était descendu à leur rencontre. Ils marchèrent donc ainsi ensemble; et, tout en marchant, ces trompettes, de temps à autre, d’un son joyeux, mêlant leur musique à des regards et à des gestes, faisaient encore comprendre à Chrétien et à son frère combien ils étaient les bienvenus dans leur compagnie, et avec quelle allégresse ils étaient venus à leur rencontre. Et maintenant ces deux hommes étaient comme au ciel avant d’y être arrivés, absorbés qu’ils étaient par la vue des anges et par l’audition de leurs notes mélodieuses. Là aussi, ils avaient en vue la cité elle-même; et il leur sembla entendre toutes les cloches de la ville sonner pour leur souhaiter la bienvenue. Mais, par-dessus tout, les pensées chaleureuses et joyeuses qu’ils avaient d’y habiter eux-mêmes, avec une telle compagnie, et cela pour toujours et à jamais: oh! quelle langue ou quelle plume pourrait exprimer leur joie glorieuse! Ainsi ils arrivèrent à la porte.

Or, quand ils furent arrivés à la porte, il y avait écrit au-dessus, en lettres d’or:

« Heureux ceux qui observent ses commandements, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville. »

Alors je vis en mon songe que les hommes resplendissants leur dirent d’appeler à la porte; et, quand ils l’eurent fait, quelques-uns regardèrent d’en haut par-dessus la porte, savoir Énoch, Moïse et Élie, etc., et on leur dit: Ces pèlerins sont venus de la ville de Destruction, pour l’amour qu’ils portent au Roi de ce lieu; et alors les pèlerins leur remirent chacun son certificat, qu’ils avaient reçu au commencement; ces certificats furent donc portés au Roi, qui, lorsqu’il les eut lus, dit: Où sont ces hommes? Il lui fut répondu: Ils se tiennent hors de la porte. Le Roi commanda alors d’ouvrir la porte: « Laissez entrer, dit-il, la nation juste et fidèle. »

Ésaïe 26:2.

Or je vis en mon songe que ces deux hommes entrèrent par la porte; et voici, comme ils entraient, ils furent transfigurés, et on les revêtit de vêtements qui brillaient comme l’or. Il y en eut aussi qui vinrent à leur rencontre avec des harpes et des couronnes, et les leur donnèrent: les harpes pour louer, et les couronnes en signe d’honneur. Alors j’entendis en mon songe que toutes les cloches de la cité sonnèrent de nouveau de joie, et qu’on leur dit:

« Entrez dans la joie de votre Seigneur. »

J’entendis aussi les hommes eux-mêmes chanter à haute voix, disant:

« À celui qui est assis sur le trône, et à l’agneau, soient la louange, l’honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles! »

Or, au moment même où les portes s’ouvraient pour laisser entrer ces hommes, je regardai après eux; et voici, la cité resplendissait comme le soleil; les rues aussi étaient pavées d’or; et il y marchait beaucoup d’hommes, avec des couronnes sur la tête, des palmes à la main, et des harpes d’or pour chanter des louanges.

Il y en avait aussi qui avaient des ailes, et ils se répondaient les uns aux autres sans interruption, disant: Saint, saint, saint est le Seigneur. Et après cela ils fermèrent les portes; et, quand j’eus vu cela, je souhaitai d’être parmi eux.

Or, tandis que je contemplais toutes ces choses, je tournai la tête pour regarder en arrière, et je vis Ignorance arriver au bord du fleuve; mais il le passa bientôt, et cela sans la moitié de la difficulté qu’avaient rencontrée les deux autres hommes. Car il se trouva qu’il y avait alors en ce lieu un certain Vain-Espoir, passeur, qui l’aida à passer avec son bateau; de sorte qu’il monta la colline, comme j’avais vu faire aux autres, pour arriver à la porte; seulement il venait seul, et personne ne vint à sa rencontre pour lui donner le moindre encouragement. Quand il fut arrivé à la porte, il leva les yeux vers l’inscription qui était au-dessus, et puis il commença à frapper, supposant qu’on lui accorderait promptement l’entrée; mais les hommes qui regardaient par-dessus la porte lui demandèrent: D’où venez-vous? Et que voulez-vous? Il répondit: J’ai mangé et bu en présence du Roi, et il a enseigné dans nos rues. Alors ils lui demandèrent son certificat, afin de pouvoir entrer le montrer au Roi; il chercha donc à tâtons dans son sein, et n’en trouva point. Alors ils dirent: N’en avez-vous point? Mais l’homme ne répondit pas un mot. Ils le dirent donc au Roi; mais il ne voulut pas descendre pour le voir, et il commanda aux deux Resplendissants qui avaient conduit Chrétien et Plein-d’Espoir à la cité de sortir, de saisir Ignorance, de le lier pieds et mains, et de l’emmener. Alors ils l’enlevèrent, le portèrent à travers les airs jusqu’à la porte que j’avais vue sur le flanc de la colline, et l’y jetèrent. Alors je vis qu’il y avait un chemin vers l’enfer, même depuis la porte du ciel, aussi bien que depuis la ville de Destruction. Alors je m’éveillai, et voici, c’était un songe.

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