Sur l’incarnation du Verbe
Son union avec le corps se fonde sur sa relation avec la création tout entière

Chapitre 42 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Son union avec le corps se fonde sur sa relation avec la création tout entière

§42. Son union avec le corps se fonde sur sa relation avec la création tout entière. Il s’est servi d’un corps humain, puisque c’est à l’homme qu’il voulait se révéler.

Car de même que, alors que le corps tout entier est vivifié et éclairé par l’homme, si quelqu’un disait qu’il est absurde que la puissance de l’homme soit aussi dans l’orteil, on le jugerait insensé, parce que, tout en accordant que l’homme pénètre le tout et y agit, il conteste qu’il soit aussi dans la partie ; de même, celui qui accorde et croit que le Verbe de Dieu est dans l’univers entier, et que le tout est éclairé et mû par lui, ne doit pas trouver absurde qu’un seul corps humain reçoive aussi de lui le mouvement et la lumière. 2. Mais si c’est parce que le genre humain est une chose créée et a été fait de rien qu’ils tiennent pour malséante cette manifestation du Sauveur dans l’homme dont nous parlons, il est grand temps qu’ils l’expulsent aussi de la création ; car elle aussi a été amenée à l’existence par le Verbe à partir de rien. 3. Mais si, bien que la création soit une chose faite, il n’est pas absurde que le Verbe soit en elle, il n’est pas absurde non plus qu’il soit dans l’homme. Car quelque idée qu’ils se fassent du tout, ils doivent nécessairement appliquer la même idée à la partie. Car l’homme aussi, comme je l’ai dit plus haut, est une partie du tout. 4. Il n’est donc nullement malséant que le Verbe soit dans l’homme, alors que toutes choses tiennent de lui leur lumière, leur mouvement et leur vie, comme le disent aussi leurs propres auteurs : « En lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être. » 5. Qu’y a-t-il donc à railler dans ce que nous disons, si le Verbe s’est servi de ce en quoi il est, comme d’un instrument pour se manifester ? Car s’il n’y était pas, il n’aurait pas non plus pu s’en servir ; mais si nous avons déjà admis qu’il est dans le tout et dans ses parties, qu’y a-t-il d’incroyable à ce qu’il se manifeste dans ce en quoi il est ? 6. Car par sa propre puissance il est uni tout entier à chacune et à toutes choses, et il ordonne tout sans mesure, de sorte que nul n’aurait pu trouver déplacé qu’il parlât et se fît connaître, lui et son Père, au moyen du soleil, s’il l’avait voulu, ou de la lune, ou du ciel, ou de la terre, ou des eaux, ou du feu ; puisqu’il tient tout ensemble à la fois, et qu’il est en fait non seulement dans le tout, mais aussi dans la partie dont il s’agit, et que là il se manifeste invisiblement. De même, il ne peut être absurde que, ordonnant comme il le fait le tout et donnant la vie à toutes choses, et ayant voulu se faire connaître par les hommes, il se soit servi d’un corps humain comme de son instrument pour manifester la vérité et la connaissance du Père. Car l’humanité, elle aussi, est une partie réelle du tout. 7. Et de même que l’intelligence, qui pénètre l’homme tout entier, est interprétée par une partie du corps, je veux dire la langue, sans que personne, j’imagine, dise que l’essence de l’intelligence en soit pour autant abaissée, de même, si le Verbe, qui pénètre toutes choses, s’est servi d’un instrument humain, cela ne peut paraître malséant. Car, comme je l’ai dit précédemment, s’il est malséant de s’être servi d’un corps comme instrument, il est malséant aussi qu’il soit dans le tout.

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