La nécessité de la prière
La prière et la confiance

Chapitre 4 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

La prière et la confiance

« Un soir, je quittai mon bureau de New York, un vent glacial en plein visage. J’avais sur moi (du moins le croyais-je) mon cache-nez épais et chaud ; mais quand je voulus me boutonner contre la tempête, je m’aperçus qu’il avait disparu. Je revins sur mes pas, je parcourus les rues du regard, je fouillai mon bureau, mais en vain. Je compris alors que j’avais dû le laisser tomber, et je priai Dieu de me le faire retrouver ; car le temps était tel qu’il y aurait eu grand risque à continuer sans lui. Je cherchai de nouveau, d’un bout à l’autre des rues voisines, mais sans succès. Soudain, je vis un homme, de l’autre côté de la chaussée, qui tendait quelque chose à la main. Je traversai et lui demandai si ce n’était pas mon cache-nez. Il me le tendit en disant : “Le vent me l’a apporté.” Celui qui chevauche la tempête s’était servi du vent pour exaucer une prière. » — WILLIAM HORST.

LA PRIÈRE ne se tient pas seule. Elle n’est pas un devoir isolé ni un principe indépendant. Elle vit en association avec d’autres devoirs chrétiens, elle est unie à d’autres principes, elle est l’associée d’autres grâces. Mais c’est à la foi que la prière est indissolublement liée. La foi lui donne sa couleur et son ton, façonne son caractère et assure ses résultats.

La confiance, c’est la foi devenue absolue, ratifiée, consommée. Il y a, tout bien considéré, une sorte d’aventure dans la foi et dans son exercice. Mais la confiance est une ferme croyance, c’est la foi en pleine floraison. La confiance est un acte conscient, un fait dont nous avons le sentiment. Selon la conception de l’Écriture, elle est l’œil de l’âme nouvellement née et l’oreille de l’âme renouvelée. Elle est le sentiment de l’âme ; l’œil spirituel, l’oreille, le goût, le sentiment — tous, sans exception, relèvent de la confiance. Qu’elle est lumineuse, distincte, consciente, puissante, et par-dessus tout conforme à l’Écriture, une telle confiance ! Combien elle diffère de bien des formes de croyance moderne, si faibles, si sèches et si froides ! Ces nouvelles formes de croyance n’apportent aucune conscience de leur présence ; aucune « joie ineffable et glorieuse » ne résulte de leur exercice. Elles sont, pour la plupart, des aventures dans les peut-être de l’âme. Il n’y a là aucune confiance sûre et certaine en quoi que ce soit. Toute l’affaire se passe dans le royaume du Peut-être et du Qui-sait.

La confiance, comme la vie, est sentiment, bien qu’elle soit beaucoup plus qu’un sentiment. Une vie qu’on ne sent pas est une contradiction ; une confiance qu’on ne sent pas est un abus de langage, une illusion, une contradiction. La confiance est, de tous les attributs, celui qui se sent le plus. Elle est tout entière sentiment, et elle n’agit que par l’amour. Un amour qu’on ne sent pas est aussi impossible qu’une confiance qu’on ne sent pas. La confiance dont nous parlons ici est une conviction. Une conviction qu’on ne sent pas ? Quelle absurdité !

La confiance voit Dieu agir ici et maintenant. Bien plus encore : elle s’élève jusqu’à un haut sommet et, plongeant son regard dans l’invisible et l’éternel, elle saisit que Dieu a accompli les choses, et elle les tient pour déjà faites. La confiance fait entrer l’éternité dans les annales et les événements du temps, change la substance de l’espérance en réalité de la jouissance, et transforme la promesse en possession présente. Nous savons quand nous avons confiance, tout comme nous savons quand nous voyons, tout comme nous avons conscience de notre sens du toucher. La confiance voit, reçoit, retient. La confiance est son propre témoin.

Pourtant, bien souvent, la foi est trop faible pour obtenir immédiatement le plus grand bien de Dieu ; elle doit donc attendre, dans une obéissance aimante, forte, priante et pressante, jusqu’à ce qu’elle grandisse en force et devienne capable de faire descendre l’éternel dans le domaine de l’expérience et du temps.

Sur ce point, la confiance rassemble toutes ses forces. Là, elle tient bon. Et dans la lutte, l’étreinte de la confiance devient plus puissante, et saisit pour elle-même tout ce que Dieu a fait pour elle dans son éternelle sagesse et dans la plénitude de sa grâce.

Dans l’attente de la prière, de la prière la plus puissante, la foi s’élève à son plus haut niveau et devient vraiment le don de Dieu. Elle devient la bienheureuse disposition et l’expression de l’âme, que procurent une communion constante avec Dieu et une application infatigable à le chercher.

Jésus-Christ a clairement enseigné que la foi était la condition de l’exaucement de la prière. Quand notre Seigneur eut maudit le figuier, les disciples furent très surpris que l’arbre se fût réellement desséché, et leurs remarques trahissaient leur incrédulité. C’est alors que Jésus leur dit : « Ayez foi en Dieu. »

« Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir. C’est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »

La confiance ne croît nulle part aussi promptement et aussi richement que dans le lieu secret de la prière. Son épanouissement et son développement sont rapides et sains quand ces rendez-vous sont gardés avec régularité et fidélité. Quand ces rencontres sont cordiales, pleines et libres, la confiance prospère abondamment. Le regard et la présence de Dieu donnent à la confiance une vie vigoureuse, tout comme le regard et la présence du soleil font croître le fruit et la fleur, et rendent toutes choses joyeuses et éclatantes d’une vie plus pleine.

« Ayez foi en Dieu », « Confiez-vous en l’Éternel » : voilà la note dominante et le fondement de la prière. Il ne s’agit pas d’abord de la confiance en la Parole de Dieu, mais plutôt de la confiance en la Personne de Dieu. Car la confiance en la Personne de Dieu doit précéder la confiance en la Parole de Dieu. « Croyez en Dieu, et croyez en moi » : telle est l’exigence que notre Seigneur adresse à la confiance personnelle de ses disciples. La personne de Jésus-Christ doit être au centre, pour l’œil de la confiance. Cette grande vérité, Jésus chercha à l’imprimer dans l’esprit de Marthe, quand son frère gisait mort dans la maison de Béthanie. Marthe affirma sa foi dans le fait de la résurrection de son frère :

« Je sais, lui répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »

Jésus élève sa confiance bien au-dessus du simple fait de la résurrection, jusqu’à sa propre Personne, en disant :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? Elle lui dit: Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde. »

La confiance en un fait historique ou en un simple récit peut être une chose très passive ; mais la confiance en une personne vivifie cette qualité, la rend féconde, la pénètre d’amour. La confiance qui anime la prière a pour centre une Personne.

La confiance va plus loin encore. La confiance qui inspire notre prière doit être non seulement confiance en la Personne de Dieu et en celle du Christ, mais aussi en leur pouvoir et en leur volonté d’accorder ce qu’on leur demande. Il n’est pas seulement dit : « Confiez-vous en l’Éternel », mais encore : « car dans le Seigneur Jéhovah est la force éternelle. »

La confiance que notre Seigneur a enseignée comme condition d’une prière efficace n’est pas affaire de tête, mais de cœur. C’est la confiance qui « ne doute point en son cœur ». Une telle confiance a l’assurance divine qu’elle sera honorée de réponses amples et satisfaisantes. La forte promesse de notre Seigneur ramène la foi dans le présent, et elle compte sur une réponse présente.

Croyons-nous, sans l’ombre d’un doute ? Quand nous prions, croyons-nous, non pas que nous recevrons un jour futur les choses que nous demandons, mais que nous les recevons, là, sur-le-champ ? Tel est l’enseignement de cette Écriture si inspirante. Combien nous avons besoin de prier : « Seigneur, augmente-nous la foi », jusqu’à ce que le doute ait disparu et qu’une confiance sans réserve réclame les bénédictions promises comme son bien propre.

Ce n’est pas une condition facile. On n’y parvient qu’après bien des échecs, après beaucoup de prières, après de nombreuses attentes, après une longue épreuve de la foi. Puisse notre foi grandir ainsi, jusqu’à ce que nous saisissions et recevions toute la plénitude contenue dans ce Nom qui garantit d’accomplir de si grandes choses.

Notre Seigneur place la confiance au fondement même de la prière. L’arrière-plan de la prière, c’est la confiance. Tout l’aboutissement du ministère et de l’œuvre du Christ dépendait d’une confiance sans réserve en son Père. Le centre de la confiance, c’est Dieu. Les montagnes de difficultés et tous les autres obstacles à la prière sont ôtés du chemin par la confiance et par son vigoureux lieutenant, la foi. Quand la confiance est parfaite et sans doute, la prière n’est rien d’autre que la main tendue, prête à recevoir. La confiance parfaite, c’est la prière parfaite. La confiance s’attend à recevoir ce qu’elle demande — et elle l’obtient. La confiance n’est pas la croyance que Dieu peut bénir, qu’il bénira, mais qu’il bénit, ici et maintenant. La confiance agit toujours au présent. L’espérance regarde vers l’avenir. La confiance regarde au présent. L’espérance attend. La confiance possède. La confiance reçoit ce que la prière acquiert. Ainsi, ce dont la prière a besoin en tout temps, c’est d’une confiance constante et abondante.

Leur déplorable manque de confiance, et l’échec qui en résulta pour les disciples, incapables de faire ce pour quoi ils avaient été envoyés, se voient dans le cas du fils lunatique que son père amena à neuf d’entre eux pendant que leur Maître était sur la montagne de la Transfiguration. Un garçon cruellement affligé fut amené à ces hommes pour être guéri de son mal. Ils avaient reçu mission de faire précisément ce genre d’œuvre. Cela faisait partie de leur mission. Ils tentèrent de chasser le démon hors de l’enfant, mais ils échouèrent de façon éclatante. Le démon était trop fort pour eux. Ils étaient humiliés de leur échec et remplis de honte, tandis que leurs ennemis triomphaient. Au milieu de la confusion qui accompagne l’échec, Jésus s’approche. On l’informe des circonstances, on lui expose la situation qui s’y rattache. Voici la suite du récit :

« Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous? Jusques à quand vous supporterai-je? Amenez-le-moi ici. Jésus parla sévèrement au démon, qui sortit de lui, et l’enfant fut guéri à l’heure même. Quand Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui demandèrent en particulier: Pourquoi n’avons-nous pu chasser cet esprit? Il leur dit: Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et par le jeûne. »

Où était donc la difficulté chez ces hommes ? Ils avaient négligé de cultiver leur foi par la prière et, par voie de conséquence, leur confiance fit entièrement défaut. Ils ne se confiaient ni en Dieu, ni en Christ, ni en l’authenticité de sa mission, ni en celle de la leur. Il en a été ainsi bien des fois depuis, dans bien des crises de l’Église de Dieu. L’échec est venu d’un manque de confiance ou d’une faiblesse de la foi, et celle-ci, à son tour, d’un manque d’esprit de prière. Bien des échecs dans les efforts de réveil se sont ramenés à la même cause. La foi n’avait pas été nourrie et rendue puissante par la prière. La négligence du lieu secret de la prière est l’explication de la plupart des échecs spirituels. Et cela est aussi vrai de nos luttes personnelles avec le diable que ce l’était lorsque nous sortions pour tenter de chasser des démons. Être beaucoup à genoux, en communion secrète avec Dieu, est la seule garantie que nous l’aurons avec nous, soit dans nos luttes personnelles, soit dans nos efforts pour convertir les pécheurs.

Partout, lorsque les gens s’approchaient de lui, notre Seigneur mettait au premier plan la confiance en lui et en la divinité de sa mission. Il ne donna aucune définition de la confiance, et il n’en fournit ni discussion théologique ni analyse ; car il savait que les hommes verraient ce qu’était la foi par ce que la foi faisait ; et de son libre exercice, la confiance naissait spontanément en sa présence. Elle était le fruit de son œuvre, de sa puissance et de sa Personne. Celles-ci fournissaient et créaient une atmosphère des plus favorables à son exercice et à son développement. La confiance est bien trop splendidement simple pour une définition verbale ; trop cordiale et trop spontanée pour la terminologie théologique. C’est la simplicité même de la confiance qui déconcerte beaucoup de gens. Ils regardent au loin, attendant que quelque grande chose arrive, alors que pendant tout ce temps « la parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. »

Quand on apporta à Jaïrus la triste nouvelle de la mort de sa fille, notre Seigneur intervint : « Ne crains pas, dit-il avec calme, crois seulement. » À la femme atteinte d’une perte de sang, qui se tenait toute tremblante devant lui, il dit :

« Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal. »

Comme les deux aveugles le suivaient, se frayant un passage jusque dans la maison, il dit :

« Qu’il vous soit fait selon votre foi. Et leurs yeux s’ouvrirent. »

Lorsque le paralytique fut descendu par le toit de la maison où Jésus enseignait, et déposé devant lui par quatre de ses amis, le récit le rapporte de cette manière :

« Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique: Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. »

Quand Jésus congédia le centenier dont le serviteur était gravement malade, et qui était venu le prier de dire la parole de guérison sans même aller jusqu’à sa maison, il le fit de la manière suivante :

« Puis Jésus dit au centenier: Va, qu’il te soit fait selon ta foi. Et à l’heure même le serviteur fut guéri. »

Lorsque le pauvre lépreux tomba aux pieds de Jésus et cria pour être délivré : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur », Jésus exauça aussitôt sa requête, et l’homme le glorifia à haute voix. Alors Jésus lui dit : « Lève-toi, va; ta foi t’a sauvé. »

La femme syrophénicienne vint à Jésus au sujet de sa fille affligée, faisant sienne la cause de son enfant, avec cette prière : « Seigneur, secours-moi », et elle livra une lutte terrible et héroïque. Jésus honore sa foi et sa prière, en disant :

« Femme, ta foi est grande; qu’il te soit fait comme tu veux. Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »

Après que les disciples eurent complètement échoué à chasser le démon hors du garçon épileptique, le père de l’enfant frappé vint à Jésus avec ce cri plaintif et presque désespéré : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous. » Mais Jésus répondit : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit. »

L’aveugle Bartimée, assis au bord du chemin, entend notre Seigneur qui passe, et s’écrie d’une voix pitoyable et presque désespérée : « Fils de David, Jésus aie pitié de moi! » Les oreilles attentives de notre Seigneur saisissent aussitôt le son de la prière, et il dit au mendiant :

« Va, ta foi t’a sauvé. Aussitôt il recouvra la vue, et suivit Jésus dans le chemin. »

À la femme pénitente et en larmes, qui lui lavait les pieds de ses larmes et les essuyait avec ses cheveux, Jésus adresse des paroles encourageantes et consolantes pour l’âme : « Ta foi t’a sauvée, va en paix. »

Un jour, Jésus guérit dix lépreux à la fois, en réponse à leur prière commune : « Jésus, maître, aie pitié de nous », et il leur dit d’aller se montrer aux sacrificateurs. « Et, pendant qu’ils y allaient, il arriva qu’ils furent guéris. »

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