La nécessité de la prière
La prière et la vigilance

Chapitre 12 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

La prière et la vigilance

« David Brainerd était poursuivi par des adversaires surnaturels, résolus à lui ravir sa récompense. Il savait qu’il ne devait jamais quitter son armure, mais se coucher pour prendre du repos avec sa cuirasse lacée. Les taches qui gâtaient la perfection de son vêtement éclatant, les points de rouille sur son bouclier étincelant, nous sont imperceptibles ; mais ils étaient pour lui la source d’un grand chagrin et d’une ardente aspiration. » — VIE DE DAVID BRAINERD.

LA description du soldat chrétien que donne Paul au sixième chapitre de l’Épître aux Éphésiens est concise et complète. Il y est dépeint comme toujours engagé dans le combat, un combat aux saisons changeantes — saisons de prospérité et d’adversité, de lumière et de ténèbres, de victoire et de défaite. Il doit prier en toute saison, et par toutes sortes de prières, et cela doit s’ajouter à l’armure avec laquelle il doit partir au combat. En tout temps, il doit porter la panoplie complète de la prière. Le soldat chrétien, s’il combat pour vaincre, doit beaucoup prier. Par ce moyen seulement, il est rendu capable de vaincre son ennemi invétéré, le diable, ainsi que les multiples émissaires du Malin. « Priez en tout temps, par toutes sortes de prières » : telle est la directive divine qui lui est donnée. Elle couvre toutes les saisons et embrasse toutes les manières de prier.

Les soldats chrétiens, qui combattent le bon combat de la foi, ont accès à un lieu de retraite où ils se rendent continuellement pour prier. « Priez en tout temps, par toutes sortes de prières » : c’est là une affirmation claire du besoin impérieux de beaucoup prier, et de prier de bien des manières, pour celui qui, combattant le bon combat de la foi, veut finalement l’emporter sur tous ses ennemis.

La version révisée anglaise (Revised Version) le rend ainsi :

« Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes. »

On ne saurait trop répéter que la vie du chrétien est une guerre, un conflit intense, une lutte de toute une vie. C’est de plus une bataille livrée contre des ennemis invisibles, toujours en éveil, et qui cherchent sans cesse à prendre au piège, à tromper et à perdre les âmes des hommes. La vie à laquelle l’Écriture sainte appelle les hommes n’est ni un pique-nique ni une partie de plaisir. Ce n’est ni un passe-temps ni une promenade d’agrément. Elle exige l’effort, la lutte, le combat ; elle demande que l’esprit déploie toute son énergie pour déjouer l’ennemi et sortir enfin plus que vainqueur. Ce n’est pas un chemin semé de primevères, ni un badinage parfumé de roses. Du début à la fin, c’est la guerre. Depuis l’heure où il tire l’épée pour la première fois jusqu’à celle où il dépose son harnais, le guerrier chrétien est contraint de « supporter les souffrances comme un bon soldat ».

Quelle fausse idée bien des gens se font de la vie chrétienne ! Comme le membre d’Église moyen semble peu connaître la nature du combat et ce qu’il exige de lui ! Comme il semble ignorer les ennemis qu’il doit affronter, s’il s’engage à servir Dieu fidèlement et à réussir ainsi à parvenir au ciel et à recevoir la couronne de vie ! Il semble à peine se rendre compte que le monde, la chair et le diable s’opposeront à sa marche en avant et le vaincront complètement, à moins qu’il ne se donne à une vigilance constante et à une prière incessante.

Le soldat chrétien n’a pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre la méchanceté spirituelle dans les lieux élevés. Ou, comme le porte la note marginale de l’Écriture, contre « les esprits méchants dans les lieux célestes ». Quelle redoutable armée de forces se dresse contre celui qui voudrait se frayer un chemin à travers le désert de ce monde jusqu’aux portes de la Cité céleste ! Il n’est donc pas surprenant de voir Paul, qui comprenait si bien la nature de la vie chrétienne et qui était si parfaitement informé de la malignité et du nombre des ennemis que le disciple du Seigneur doit affronter, l’exhorter avec soin et clarté à « se revêtir de toutes les armes de Dieu » et à « prier par l’Esprit avec toutes sortes de prières et de supplications ». Sage, d’une grande sagesse, serait la génération présente si tous ceux qui professent notre foi pouvaient être amenés à saisir cette vérité capitale et vitale, si absolument indispensable à une vie chrétienne victorieuse.

C’est précisément sur ce point que l’on peut trouver le plus grand défaut d’une bonne part de la profession chrétienne d’aujourd’hui. L’élément militaire y est faible, voire absent. La discipline, le renoncement à soi, l’esprit d’endurance, la détermination, si visibles dans la vie militaire et qui lui appartiennent, y font tous, dans une large mesure, défaut. Pourtant, la vie chrétienne est une guerre, d’un bout à l’autre.

Que les directives de Paul au soldat chrétien résolu à déjouer le diable et à garder son âme en vie sont complètes, précises et frappantes ! Tout d’abord, il doit avoir une idée claire de la nature de la vie dans laquelle il est entré. Ensuite, il doit connaître quelque chose de ses ennemis — les adversaires de son âme immortelle —, de leur force, de leur habileté, de leur malignité. Connaissant donc quelque chose de la nature de l’ennemi, et comprenant qu’il faut se préparer pour le vaincre, il est prêt à entendre la conclusion décisive de l’apôtre :

« Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté. »

Toutes ces directives aboutissent à un point culminant ; et ce point culminant, c’est la prière. Comment le brave guerrier du Christ peut-il devenir plus brave encore ? Comment le soldat fort peut-il devenir plus fort encore ? Comment le combattant victorieux peut-il devenir plus victorieux encore ? Voici les directives explicites de Paul à cette fin :

« Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. »

La prière, et encore la prière, ajoute aux qualités combatives et aux victoires plus certaines des bons soldats de Dieu. La puissance de la prière n’est jamais aussi forte que sur le champ de bataille, au milieu du vacarme et de la mêlée du combat. Paul était par excellence un soldat de la croix. Pour lui, la vie n’était pas un lit de fleurs où l’on se repose. Il n’était pas un soldat de parade, un soldat des jours de fête, dont la seule affaire était d’endosser l’uniforme dans les grandes occasions. Sa vie fut une vie de lutte intense, faite d’adversaires nombreux à affronter, d’une vigilance sans sommeil et d’un effort constant. Et, à son terme — en vue de la fin —, nous l’entendons chanter son dernier chant de victoire : « J’ai combattu le bon combat », et, en lisant entre les lignes, nous voyons qu’il est plus que vainqueur !

Dans son Épître aux Romains, Paul indique la nature de sa vie de soldat et nous donne quelque aperçu du genre de prière que réclame une telle carrière. Il écrit :

« Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur, afin que je sois délivré des incrédules de la Judée. »

Paul avait des ennemis en Judée — des ennemis qui l’assaillaient et s’opposaient à lui sous la forme des « incrédules » —, et cela, ajouté à d’autres raisons sérieuses, le conduisit à presser les chrétiens de Rome de « combattre avec lui dans la prière ». Ce mot « combattre » indiquait la lutte, le déploiement d’un grand effort. Tel est le genre d’effort, et tel est l’esprit, qui doivent animer le soldat chrétien.

Voici un grand soldat, un capitaine général, engagé dans la grande lutte, face à des forces malveillantes qui cherchent sa perte. Ses forces sont presque épuisées. Sur quels renforts peut-il compter ? Qu’est-ce qui peut secourir et faire triompher un guerrier dans une situation aussi pressante ? C’est un moment critique du combat. Quelle force peut s’ajouter à l’énergie de ses propres prières ? La réponse est : les prières des autres, celles-là mêmes de ses frères qui étaient à Rome. Celles-ci, il en est convaincu, lui apporteront un secours supplémentaire, afin qu’il puisse gagner son combat, vaincre ses adversaires et, finalement, l’emporter.

Le soldat chrétien doit prier en toute saison et en toutes circonstances. Sa prière doit être disposée de manière à couvrir ses temps de paix aussi bien que ses heures de combat actif. Elle doit l’accompagner dans ses marches comme dans ses combats. La prière doit se répandre dans tout effort, imprégner toute entreprise, décider de toute issue. Le soldat chrétien doit être aussi intense dans sa prière que dans son combat, car ses victoires dépendront bien davantage de sa prière que de son combat. La supplication fervente doit s’ajouter à la résolution ferme ; la prière et la supplication doivent compléter les armes de Dieu. Le Saint-Esprit doit soutenir la supplication de son propre plaidoyer ardent. Et le soldat doit prier par l’Esprit. Dans cette guerre, comme dans les autres, une vigilance éternelle est le prix de la victoire ; aussi la vigilance et une persévérance tenace doivent-elles marquer chacune des activités du guerrier chrétien.

La prière du soldat doit exprimer son profond souci du succès et du bien-être de l’armée tout entière. La bataille n’est pas entièrement une affaire personnelle ; la victoire ne peut s’obtenir pour soi seul. En un sens, c’est toute l’armée du Christ qui est engagée. La cause de Dieu, ses saints, leurs malheurs et leurs épreuves, leurs devoirs et leurs croix, tout cela doit trouver une voix et un avocat dans le soldat chrétien quand il prie. Il n’ose pas limiter sa prière à lui-même. Rien ne tarit les sources spirituelles aussi sûrement et aussi complètement ; rien n’empoisonne aussi efficacement la fontaine de la vie spirituelle ; rien n’agit de façon aussi mortelle que la prière égoïste.

Remarquez bien que l’armure du chrétien ne lui servira de rien si la prière ne s’y ajoute. C’est le pivot, le lien qui unit les armes de Dieu. C’est elle qui les tient ensemble et les rend efficaces. Le vrai soldat de Dieu prépare ses campagnes, dispose ses forces de combat et mène ses batailles par la prière. Il est de toute importance, et absolument essentiel à la victoire, que la prière imprègne tellement la vie que chaque souffle soit une requête, chaque soupir une supplication. Le soldat chrétien doit nécessairement être toujours en train de combattre. Il devrait, par pure nécessité, être toujours en train de prier.

Le soldat chrétien est astreint à une garde constante aux avant-postes. Il doit toujours être sur ses gardes. Il fait face à un ennemi qui ne dort jamais, toujours en éveil et toujours prêt à tirer parti des hasards de la guerre. La vigilance est un principe capital pour le guerrier du Christ, avec ce « Veillez et priez » qui retentit sans cesse à ses oreilles. Il ne peut se permettre de s’endormir à son poste. Une telle défaillance ne l’expose pas seulement au déplaisir du Chef de son salut, mais le livre encore à un danger accru. La vigilance constitue donc impérativement le devoir du soldat du Seigneur.

Dans le Nouveau Testament, il y a trois mots différents qui sont traduits par « veiller ». Le premier signifie « absence de sommeil » et implique une disposition d’esprit éveillée, par opposition à l’apathie ; c’est l’injonction de rester éveillé, circonspect, attentif, constant, vigilant. Le deuxième signifie « pleinement éveillé » — un état produit par quelque effort qui secoue, les facultés étant excitées à l’attention et à l’intérêt, actives, prudentes, de peur que, par négligence ou par paresse, quelque calamité destructrice ne survienne soudain. Le troisième signifie « être calme et maître de soi en esprit » : sans passion, à l’abri des influences qui endorment ou qui obscurcissent, en garde contre tous les pièges et toutes les séductions.

Ces trois définitions sont employées par saint Paul. Deux d’entre elles le sont en rapport avec la prière. Une vigilance intensifiée est une condition requise de la prière. La vigilance doit garder et couvrir l’homme spirituel tout entier, et le rendre apte à la prière. Tout ce qui ressemble à l’impréparation ou au manque de vigilance est la mort de la prière.

Dans l’épître aux Éphésiens, Paul met en relief le devoir d’une vigilance constante : « Veillez à cela avec une entière persévérance. » Veillez, dit-il, veillez, VEILLEZ ! « Ce que je vous dis, je le dis à tous: Veillez. »

Une vigilance sans sommeil est le prix qu’il faut payer pour remporter la victoire sur ses ennemis spirituels. Soyez assurés que le diable ne s’endort jamais. Il ne cesse de rôder, « cherchant qui il dévorera ». De même qu’un berger ne doit jamais être négligent ni relâcher sa vigilance, de peur que le loup ne dévore ses brebis, de même le soldat chrétien doit toujours avoir les yeux grands ouverts, ce qui suppose qu’il possède un esprit qui ne s’assoupit jamais et ne devient jamais négligent. Les compagnons inséparables et les sauvegardes de la prière sont la vigilance, l’attention en éveil et une garde montée. Écrivant aux Colossiens, Paul réunit ces qualités inséparables : « Persévérez dans la prière », recommande-t-il, « veillez-y avec actions de grâces. »

Quand les chrétiens apprendront-ils plus parfaitement la double leçon : qu’ils sont appelés à une grande guerre, et que, pour remporter la victoire, ils doivent se donner à une vigilance sans sommeil et à une prière incessante ?

« Soyez sobres, veillez », dit Pierre. « Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. »

L’Église de Dieu est une armée militante. Sa guerre est contre les forces invisibles du mal. Le peuple de Dieu forme une armée qui combat pour établir son royaume sur la terre. Son but est de détruire la souveraineté de Satan et, sur ses ruines, d’ériger le royaume de Dieu, qui est « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Cette armée militante est composée de soldats de la croix pris un à un, et les armes de Dieu sont nécessaires à sa défense. La prière doit s’y ajouter comme ce qui couronne le tout.

« Tenez donc ferme en sa grande puissance, Revêtus de toute sa force ; Mais prenez, pour vous armer pour le combat, La panoplie de Dieu. »

La prière est un devoir trop simple, trop évident, pour avoir besoin d’une définition. C’est la nécessité qui donne à la prière son existence et sa forme. Son importance est si absolue que la vie du soldat chrétien, dans toute son ampleur et toute son intensité, devrait être une vie de prière. La vie entière d’un soldat chrétien — son être, son intention, sa portée et son action — dépend tout entière de ce qu’elle soit une vie de prière. Sans la prière — quoi qu’il possède par ailleurs —, la vie du soldat chrétien sera faible et inefficace, et fera de lui une proie facile pour ses ennemis spirituels.

L’expérience chrétienne sera sans sève, et l’influence chrétienne sèche et aride, si la prière n’occupe pas une haute place dans la vie. Sans la prière, les grâces chrétiennes se flétriront et mourront. Sans la prière, pouvons-nous ajouter, la prédication est sans tranchant et chose vaine, et l’Évangile perd ses ailes et ses reins. Le Christ est le législateur de la prière, et Paul est son apôtre de la prière. Tous deux en proclament la primauté et l’importance, et en démontrent le caractère indispensable. Leurs directives sur la prière couvrent tous les lieux, embrassent tous les temps et comprennent toutes choses. Comment donc le soldat chrétien peut-il espérer, ou même rêver, la victoire, s’il n’est fortifié par sa puissance ? Comment pourrait-il échouer si, en plus de revêtir les armes de Dieu, il est en tout temps et en toute saison « veillant pour la prière » ?

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