De la mortification du péché chez les croyants
L’utilité de la mortification pour la vigueur de notre vie spirituelle

Chapitre 5 · 9 min de lecture · 11 min d’écoute

L’utilité de la mortification pour la vigueur de notre vie spirituelle

Le dernier principe : de l’utilité de la mortification — La vigueur et la consolation de notre vie spirituelle dépendent de notre mortification — En quel sens — Non pas absolument et nécessairement ; Psaume 88, la condition d’Héman — Non comme de leur cause prochaine et immédiate — Comme d’un moyen, en ôtant ce qui leur est contraire — Les effets désastreux de toute convoitise non mortifiée : elle affaiblit l’âme, Psaume 38:4, 9, de diverses manières, et elle l’obscurcit — Toutes les grâces fortifiées par la mortification du péché — La meilleure preuve de la sincérité.

Le dernier principe sur lequel j’insisterai (laissant de côté, premièrement, la nécessité de la mortification pour la vie, et, deuxièmement, la certitude de la vie qui suit la mortification) est celui-ci : —

III. Que la vie, la vigueur et la consolation de notre vie spirituelle dépendent beaucoup de notre mortification du péché.

La force et la consolation, la puissance et la paix dans notre marche avec Dieu, voilà ce que nous désirons. Si l’on demandait sérieusement à l’un de nous ce qui le trouble, il lui faudrait le ramener à l’un de ces deux chefs : — ou bien il nous manque la force ou la puissance, la vigueur et la vie dans notre obéissance, dans notre marche avec Dieu ; ou bien il nous y manque la paix, la consolation et le réconfort. Tout ce qui peut arriver à un croyant et qui ne se rattache pas à l’un de ces deux chefs ne mérite pas d’être mentionné aux jours de nos plaintes.

Or, tout cela dépend beaucoup d’une pratique constante de la mortification, au sujet de laquelle remarquez ceci : —

1. Je ne dis pas que ces choses en procèdent, comme si elles y étaient nécessairement attachées. Un homme peut être conduit toute sa vie dans une pratique constante de la mortification, et cependant ne jamais connaître, peut-être, un seul bon jour de paix et de consolation. Ainsi en fut-il d’Héman, Psaume 88 : sa vie fut une vie de mortification perpétuelle et de marche avec Dieu, et pourtant les terreurs et les blessures furent son partage tous les jours de sa vie. Mais Dieu mit à part Héman, un ami de choix, pour faire de lui un exemple à ceux qui seraient plus tard dans la détresse. Peux-tu te plaindre s’il n’en va pas autrement de toi que d’Héman, cet éminent serviteur de Dieu ? et ce sera sa louange jusqu’à la fin du monde. Dieu se réserve comme sa prérogative de parler de paix et de consolation, Ésaïe 57:18, 19. « Je ferai cette œuvre », dit Dieu, « je le consolerai », verset 18. Mais comment ? Par une œuvre immédiate de la nouvelle création : « Je le crée », dit Dieu. L’usage des moyens pour obtenir la paix nous appartient ; le don de la paix est la prérogative de Dieu.

2. Dans les voies que Dieu a instituées pour nous donner la vie, la vigueur, le courage et la consolation, la mortification n’est pas l’une des causes immédiates de ces choses. Ce sont les privilèges de notre adoption, manifestés à nos âmes, qui nous les donnent immédiatement. « L’Esprit rendant témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu », nous donnant un nom nouveau et un caillou blanc, l’adoption et la justification, — c’est-à-dire quant au sentiment et à la connaissance que nous en avons, — voilà les causes immédiates (dans la main de l’Esprit) de ces choses. Mais voici ce que je dis : —

3. Dans notre marche ordinaire avec Dieu, et dans le cours ordinaire de sa conduite envers nous, la vigueur et la consolation de notre vie spirituelle dépendent beaucoup de notre mortification, non seulement comme d’une « causa sine qua non », mais comme d’une chose qui y exerce une influence efficace. Car, —

(1.) Elle seule empêche le péché de nous priver de l’une et de l’autre.

Tout péché non mortifié fera certainement deux choses : — [1.] Il affaiblira l’âme et la privera de sa vigueur. [2.] Il obscurcira l’âme et la privera de sa consolation et de sa paix.

[1.] Il affaiblit l’âme et la prive de sa force. Quand David eut abrité quelque temps dans son cœur une convoitise non mortifiée, elle lui brisa tous les os et ne lui laissa aucune force spirituelle ; aussi se plaignait-il d’être malade, faible, blessé, défaillant. « Il n’y a rien de sain en moi », dit-il, Psaume 38:4 ; « Je suis sans force, entièrement brisé », verset 9 ; « oui, je ne puis pas même lever les yeux », Psaume 40:13. Une convoitise non mortifiée boira l’esprit et toute la vigueur de l’âme, et l’affaiblira pour tous les devoirs. Car, —

1er. Elle désaccorde et dérègle le cœur lui-même, en enlaçant ses affections. Elle détourne le cœur de la disposition spirituelle qu’exige une communion vigoureuse avec Dieu ; elle s’empare des affections, rendant son objet aimable et désirable, et chasse ainsi l’amour du Père, 1 Jean 2:15 ; 3:17 ; de sorte que l’âme ne peut dire à Dieu avec droiture et vérité : « Tu es mon partage », puisqu’elle a autre chose qu’elle aime. La crainte, le désir, l’espérance, qui sont les affections de choix de l’âme et qui devraient être remplies de Dieu, seront d’une manière ou d’une autre enlacées par elle.

2e. Elle remplit les pensées de projets à son sujet. Les pensées sont les grands pourvoyeurs de l’âme, chargés d’apporter de quoi satisfaire ses affections ; et si le péché demeure non mortifié dans le cœur, il faut qu’elles soient sans cesse occupées à avoir soin de la chair pour en satisfaire les convoitises. Il faut qu’elles lustrent, parent et habillent les objets de la chair, et qu’elles les ramènent au logis pour leur donner satisfaction ; et cela, au service d’une imagination souillée, elles sont capables de le faire au-delà de toute expression.

3e. Elle éclate au-dehors et empêche effectivement le devoir. L’ambitieux doit étudier, l’homme du monde doit travailler ou combiner, et la personne sensuelle et vaine se pourvoir pour sa vanité, alors qu’ils devraient être occupés au culte de Dieu.

Si c’était là mon propos présent, d’exposer les brèches, la ruine, la faiblesse, les désolations qu’une seule convoitise non mortifiée attire sur une âme, ce discours devrait s’étendre bien au-delà de mon intention.

[2.] Comme le péché affaiblit, ainsi il obscurcit l’âme. C’est un nuage, un épais nuage, qui s’étend sur la face de l’âme et intercepte tous les rayons de l’amour et de la faveur de Dieu. Il ôte tout sentiment du privilège de notre adoption ; et si l’âme commence à recueillir des pensées de consolation, le péché a tôt fait de les disperser : nous en parlerons plus loin.

Or, c’est à cet égard que la vigueur et la puissance de notre vie spirituelle dépendent de notre mortification : elle est l’unique moyen d’ôter ce qui ne nous laissera ni l’une ni l’autre. Les hommes malades et blessés sous la puissance de la convoitise recourent à bien des secours ; ils crient à Dieu quand la perplexité de leurs pensées les accable, c’est à Dieu même qu’ils crient, mais ils ne sont pas délivrés ; en vain ils emploient bien des remèdes, — « ils ne seront point guéris. » Ainsi, Osée 5:13, « Éphraïm voit son mal, et Juda ses plaies », et l’on tenta divers remèdes : rien n’y fera jusqu’à ce qu’ils en viennent (verset 15) à « s’avouer coupables ». Les hommes peuvent voir leur maladie et leurs blessures ; mais s’ils n’y appliquent pas les remèdes qui conviennent, leur guérison ne s’accomplira pas.

(2.) La mortification émonde toutes les grâces de Dieu et leur fait de la place dans nos cœurs pour croître. La vie et la vigueur de notre vie spirituelle consistent dans la vigueur et l’épanouissement des plantes de la grâce dans nos cœurs. Or, comme vous pouvez le voir dans un jardin, qu’on y plante une herbe précieuse, qu’on laisse la terre sans culture et que les mauvaises herbes poussent autour d’elle, peut-être vivra-t-elle encore, mais ce sera une pauvre chose, flétrie, inutile. Il vous faut la chercher et la rechercher, et parfois vous avez peine à la trouver ; et quand vous la trouvez, vous avez peine à la reconnaître, à savoir si c’est ou non la plante que vous cherchez ; et à supposer que ce le soit, vous n’en pouvez faire aucun usage. Mais qu’on en mette en terre une autre de la même espèce, dans un sol naturellement aussi stérile et mauvais que l’autre, mais qu’on la sarcle bien et qu’on ôte d’autour d’elle tout ce qui est nuisible et malfaisant, — elle fleurit et prospère ; vous pouvez la voir au premier regard jeté dans le jardin, et l’avoir à votre usage quand il vous plaît. Il en est ainsi des grâces de l’Esprit qui sont plantées dans nos cœurs. C’est vrai, elles sont toujours là, elles demeurent dans un cœur où la mortification est quelque peu négligée ; mais elles sont près de mourir, Apocalypse 3:2, elles se flétrissent et dépérissent. Le cœur est comme le champ du paresseux, — si envahi par les mauvaises herbes qu’on a peine à y voir le bon grain. Un tel homme peut chercher la foi, l’amour et le zèle, et avoir peine à en trouver ; et s’il découvre que ces grâces sont encore là, vivantes et sincères, elles sont pourtant si faibles, si encombrées de convoitises, qu’elles ne sont que de très peu d’usage ; elles demeurent, il est vrai, mais elles sont près de mourir. Mais qu’à présent le cœur soit purifié par la mortification, que les mauvaises herbes de la convoitise soient constamment et chaque jour arrachées (car elles poussent chaque jour, la nature étant leur sol propre), qu’on fasse place à la grâce pour qu’elle prospère et fleurisse, — comme chaque grâce jouera son rôle et sera prête pour tout usage et tout dessein !

(3.) Quant à notre paix : comme il n’y a rien qui porte quelque preuve de sincérité sans elle, de même je ne connais rien qui porte en soi une telle preuve de sincérité ; — ce qui n’est pas un petit fondement de notre paix. La mortification est l’opposition vigoureuse de l’âme au moi, et c’est là que la sincérité est la plus évidente.

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