De la mortification du péché chez les croyants
L’Esprit est le seul auteur de cette œuvre

Chapitre 4 · 13 min de lecture · 16 min d’écoute

L’Esprit est le seul auteur de cette œuvre

Le second principe général, touchant les moyens de la mortification, proposé pour être confirmé — L’Esprit, seul auteur de cette œuvre — Vanité de la mortification papiste mise au jour — Beaucoup des moyens qu’ils emploient n’ont pas été établis par Dieu — Ceux qu’il a établis sont détournés de leur usage — Les erreurs d’autres en cette affaire — L’Esprit est promis aux croyants pour cette œuvre, Ézéchiel 11:19 ; 36:26 — Tout ce que nous recevons de Christ, nous le recevons par l’Esprit — Comment l’Esprit fait mourir le péché — Galates 5:19-23 — Les diverses manières dont il agit à cette fin proposées — Comment son œuvre et notre devoir s’accordent.

Le principe suivant concerne la grande cause souveraine de la mortification dont nous traitons ; cause qui, dans les paroles posées pour fondement de ce discours, est dite être l’Esprit, c’est-à-dire le Saint-Esprit, comme on l’a démontré.

II. Lui seul suffit à cette œuvre ; toutes les voies et tous les moyens sans lui sont comme une chose de néant ; et il en est le grand agent efficace : il agit en nous comme il lui plaît.

1. C’est en vain que les hommes cherchent d’autres remèdes ; ils n’en seront pas guéris. On sait quelles voies diverses ont été prescrites pour obtenir la mortification du péché. La plus grande partie de la religion papiste, de ce qui ressemble le plus à de la religion dans ce qu’elle professe, consiste en des voies et des moyens erronés de mortification. C’est là le prétexte de leurs vêtements de poil, par lesquels ils trompent. Leurs vœux, leurs ordres, leurs jeûnes, leurs pénitences, tout cela est bâti sur ce fondement ; tout cela vise à la mortification du péché. Leurs prédications, leurs sermons et leurs livres de dévotion, tout regarde de ce côté-là. De là vient que ceux qui interprètent les sauterelles sorties du puits de l’abîme, Apocalypse 9:3, comme désignant les moines de l’Église romaine — sauterelles dont il est dit qu’elles tourmentent les hommes, de sorte que ceux-ci « chercheront la mort, et ils ne la trouveront pas », verset 6 —, pensent qu’ils le faisaient par leurs sermons piquants, par lesquels ils convainquaient les hommes de péché ; mais, incapables de leur découvrir le remède qui guérit et fait mourir le péché, ils les tenaient dans une angoisse et une terreur si perpétuelles, et dans un tel trouble de conscience, qu’ils désiraient mourir. C’est là, dis-je, la substance et la gloire de leur religion ; mais, entre leur peine à mortifier des créatures mortes, dans l’ignorance de la nature et de la fin de l’œuvre, et le poison qu’ils y ont mêlé par leur persuasion de son mérite, et même de sa surérogation (comme ils appellent, d’un titre orgueilleux et barbare, leur mérite superflu), leur gloire est leur honte ; mais nous parlerons plus loin d’eux et de leur mortification, au chapitre VII.

On sait que les voies et les moyens qu’ils ont inventés pour la mortification du péché sont encore recommandés et prescrits, pour la même fin, par certains qui devraient avoir plus de lumière et de connaissance de l’Évangile. Des directives de ce genre ont été données ces derniers temps par quelques-uns, et sont avidement saisies par d’autres qui se disent protestants, telles qu’elles auraient convenu à des dévots papistes il y a trois ou quatre cents ans. Des efforts tout extérieurs, des exercices corporels, des œuvres accomplies par soi-même, des devoirs purement légaux, sans la moindre mention de Christ ni de son Esprit, sont vernis de discours enflés de vanité comme les seuls moyens et les seuls expédients pour la mortification du péché, d’une manière qui révèle une ignorance profondément enracinée de la puissance de Dieu et du mystère de l’Évangile. La considération de ces choses a été l’un des motifs de la publication de ce simple discours.

Or, les raisons pour lesquelles les papistes ne peuvent jamais, avec tous leurs efforts, mortifier véritablement un seul péché sont, entre autres, les suivantes :

(1.) Parce que beaucoup des voies et des moyens qu’ils emploient et recommandent à cette fin n’ont jamais été établis par Dieu pour cet usage. (Or, il n’y a rien dans la religion qui ait quelque efficace pour atteindre une fin, sinon ce qui la tient de ce que Dieu l’a établi pour cet usage.) Tels sont leurs vêtements de poil, leurs vœux, leurs pénitences, leurs disciplines, leur genre de vie monastique, et autres choses semblables ; au sujet de toutes ces choses, Dieu dira : « Qui vous a demandé ces choses ? » et : « C’est en vain que vous m’honorez, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes. » De même nature sont diverses mortifications que d’autres s’infligent et qu’ils recommandent.

(2.) Parce que les choses que Dieu a établies comme moyens ne sont pas employées par eux à leur juste place et dans leur ordre — telles que la prière, le jeûne, la vigilance, la méditation, et autres semblables. Elles ont leur usage dans l’affaire qui nous occupe ; mais alors qu’elles doivent toutes être regardées comme des ruisseaux, ils les regardent comme la source. Alors qu’elles produisent et accomplissent leur fin seulement comme des moyens, subordonnés à l’Esprit et à la foi, ils pensent qu’elles le font en vertu de l’œuvre accomplie. S’ils jeûnent tant, s’ils prient tant, s’ils observent leurs heures et leurs temps, l’œuvre est faite. Comme l’apôtre le dit de certains dans un autre cas, ils vont « apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité » ; ainsi ils mortifient toujours, mais n’arrivent jamais à aucune mortification véritable. En un mot, ils ont divers moyens de mortifier l’homme naturel, quant à la vie naturelle que nous menons ici-bas ; ils n’en ont aucun pour mortifier la convoitise ou la corruption.

Telle est l’erreur générale des hommes qui ignorent l’Évangile à ce sujet ; et elle se trouve au fond d’une très grande part de la superstition et du culte volontaire qui ont été introduits dans le monde. Quelles horribles macérations certains des anciens auteurs de la dévotion monastique n’ont-ils pas pratiquées ! Quelle violence n’ont-ils pas faite à la nature ! À quelles souffrances extrêmes ne se sont-ils pas soumis ! Sondez jusqu’au fond leurs voies et leurs principes, et vous trouverez que tout cela n’avait d’autre racine que cette erreur : en entreprenant une mortification rigoureuse, ils s’en prenaient à l’homme naturel au lieu du vieil homme corrompu, au corps dans lequel nous vivons au lieu du corps de mort.

Le papisme naturel qui est dans d’autres ne le fera pas davantage. Des hommes sont blessés par la culpabilité d’un péché qui a eu le dessus sur eux ; aussitôt ils promettent à eux-mêmes et à Dieu qu’ils ne le feront plus ; ils veillent sur eux-mêmes et prient pendant un temps, jusqu’à ce que cette ardeur se refroidisse et que le sentiment du péché se soit effacé ; et ainsi la mortification s’en va aussi, et le péché retrouve son ancienne domination. Les devoirs sont une excellente nourriture pour une âme qui n’est pas en bonne santé ; ils ne sont pas un remède pour une âme malade. Celui qui fait de sa nourriture son médicament ne doit pas s’attendre à un grand effet. Les malades spirituels ne peuvent chasser leur mal à force de transpirer au travail. Mais c’est là la voie des hommes qui trompent leur propre âme, comme nous le verrons plus loin.

Qu’aucune de ces voies ne suffise, cela ressort de la nature même de l’œuvre à accomplir ; c’est une œuvre qui requiert le concours de tant d’actions qu’aucun effort personnel n’y peut atteindre, et elle est d’une telle nature qu’une énergie toute-puissante est nécessaire à son accomplissement, comme on le montrera plus loin.

2. C’est donc l’œuvre de l’Esprit. Car :

(1.) Il est promis par Dieu, pour nous être donné afin d’accomplir cette œuvre. L’enlèvement du cœur de pierre — c’est-à-dire du cœur obstiné, orgueilleux, rebelle et incrédule — est, en général, l’œuvre de la mortification dont nous traitons. Or il est toujours promis que cela se fera par l’Esprit, Ézéchiel 11:19 ; 36:26 : « Je mettrai mon esprit en vous… j’ôterai de votre corps le cœur de pierre » ; et c’est par l’Esprit de Dieu que cette œuvre s’accomplit quand tous les moyens font défaut, Ésaïe 57:17-18.

(2.) Nous tenons toute notre mortification du don de Christ, et tous les dons de Christ nous sont communiqués et donnés par l’Esprit de Christ : « Sans Christ nous ne pouvons rien faire », Jean 15:5. Toutes les communications de secours et de soulagement qui viennent de lui, dans les commencements, les accroissements et l’exercice de quelque grâce que ce soit, se font par l’Esprit, par qui seul il agit dans les croyants et sur eux. C’est de lui que nous tenons notre mortification : « Il a été élevé comme Prince et Sauveur, pour nous donner la repentance », Actes 5:31 ; et notre mortification n’est pas la moindre part de notre repentance. Comment le fait-il ? Ayant « reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis », il l’envoie à cette fin, Actes 2:33. Vous connaissez les nombreuses promesses qu’il a faites d’envoyer l’Esprit, comme le dit Tertullien, « Vicariam navare operam », pour accomplir à sa place les œuvres qu’il avait à accomplir en nous.

La solution d’une ou deux questions me rapprochera maintenant de ce que j’ai principalement en vue.

La première est celle-ci : Comment l’Esprit fait-il mourir le péché ?

Je réponds, en général, de trois manières :

[1.] En faisant abonder notre cœur en grâce et en fruits contraires à la chair, à ses fruits et à leurs principes. Ainsi l’apôtre oppose les fruits de la chair à ceux de l’Esprit : « Les fruits de la chair, dit-il, sont tels et tels », Galates 5:19-21 ; « mais, dit-il, les fruits de l’Esprit sont tout contraires, d’une tout autre sorte », versets 22 et 23. Oui ; mais si ceux-ci sont en nous et y abondent, les autres ne peuvent-ils pas abonder aussi ? Non, dit-il au verset 24 : « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. » Mais comment ? Eh bien, au verset 25 : « En vivant par l’Esprit et en marchant selon l’Esprit » ; c’est-à-dire par l’abondance en nous de ces grâces de l’Esprit, et en marchant selon elles. Car, dit l’apôtre, « ils sont opposés entre eux », verset 17 ; de sorte qu’ils ne peuvent se trouver tous deux dans le même sujet à un degré intense ou élevé. Ce « renouvellement du Saint-Esprit », comme il est appelé en Tite 3:5, est l’un des grands moyens de la mortification ; il nous fait croître, prospérer, fleurir et abonder dans ces grâces qui sont contraires, opposées et destructrices à l’égard de tous les fruits de la chair, et du repos ou de la prospérité du péché qui habite en nous.

[2.] Par une efficace réelle et physique sur la racine et l’habitude du péché, pour l’affaiblir, le détruire et l’ôter. C’est pourquoi il est appelé « Esprit de jugement et d’embrasement », Ésaïe 4:4, parce qu’il consume et détruit réellement nos convoitises. Il ôte le cœur de pierre par une efficace toute-puissante ; car, de même qu’il commence l’œuvre quant à sa nature, de même il la poursuit quant à ses degrés. Il est le feu qui consume la racine même de la convoitise.

[3.] Il fait entrer la croix de Christ dans le cœur du pécheur par la foi, et nous donne la communion avec Christ dans sa mort et la participation à ses souffrances ; nous en verrons la manière plus loin.

Deuxièmement. Si c’est là l’œuvre de l’Esprit seul, comment se fait-il que nous y soyons exhortés ? Puisque seul l’Esprit de Dieu peut l’accomplir, qu’on lui laisse entièrement l’œuvre.

[1.] Elle n’est l’œuvre de l’Esprit qu’au même titre que toutes les grâces et toutes les bonnes œuvres qui sont en nous sont les siennes. Il produit en nous « le vouloir et le faire, selon son bon plaisir », Philippiens 2:13 ; il accomplit « toutes nos œuvres » en nous, Ésaïe 26:12 — « l’œuvre de la foi avec puissance », 2 Thessaloniciens 1:11 ; Colossiens 2:12 ; il nous fait prier, et il est un « Esprit de supplication », Romains 8:26 ; Zacharie 12:10 ; et cependant nous sommes exhortés, et nous devons être exhortés, à toutes ces choses.

[2.] Il n’opère pas en nous notre mortification de telle manière qu’elle cesse d’être un acte de notre obéissance. Le Saint-Esprit agit en nous et sur nous selon que nous sommes propres à ce qu’on agisse en nous et sur nous ; c’est-à-dire de manière à préserver notre propre liberté et notre libre obéissance. Il agit sur notre entendement, notre volonté, notre conscience et nos affections, conformément à leur propre nature ; il agit en nous et avec nous, non contre nous ou sans nous; de sorte que son assistance est un encouragement, en ce qu’elle facilite l’œuvre, et non une occasion de négligence quant à l’œuvre elle-même. Et, en vérité, je pourrais déplorer ici le labeur sans fin et insensé de pauvres âmes qui, convaincues de péché et incapables de tenir contre la puissance de leurs convictions, s’appliquent, par d’innombrables voies et devoirs qui les tourmentent, à réprimer le péché, mais qui, étant étrangères à l’Esprit de Dieu, le font en vain. Elles combattent sans victoire, ont la guerre sans la paix, et sont dans l’esclavage tous les jours de leur vie. Elles dépensent leur force pour ce qui n’est pas du pain, et leur travail pour ce qui ne profite pas.

C’est la plus triste guerre dans laquelle une pauvre créature puisse être engagée. Une âme sous la puissance de la conviction qui vient de la loi est poussée à combattre le péché, mais n’a aucune force pour le combat. Ces âmes ne peuvent s’empêcher de combattre, et elles ne peuvent jamais vaincre ; elles sont comme des hommes jetés sur l’épée de leurs ennemis tout exprès pour être tués. La loi les pousse en avant, et le péché les repousse. Parfois, il est vrai, elles pensent avoir terrassé le péché, alors qu’elles n’ont fait que soulever une poussière qui les empêche de le voir ; c’est-à-dire qu’elles mettent en désordre leurs affections naturelles de crainte, de douleur et d’angoisse, ce qui leur fait croire que le péché est vaincu, alors qu’il n’est pas même touché. Le temps qu’elles se refroidissent, il leur faut retourner au combat ; et la convoitise qu’elles croyaient tuée apparaît n’avoir reçu aucune blessure.

Et si le cas est si triste pour ceux qui travaillent et luttent, et qui pourtant n’entrent pas dans le royaume, quelle est la condition de ceux qui méprisent tout cela ; qui sont perpétuellement sous la puissance et la domination du péché, et qui aiment qu’il en soit ainsi ; et qui ne sont troublés de rien, sinon de ne pouvoir prendre suffisamment « soin de la chair pour en satisfaire les convoitises » ?

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