Chapitre 15 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute
Exerce la foi sur Christ pour faire mourir ton péché
L’usage général des directives qui précèdent — La grande directive pour l’accomplissement de l’œuvre visée : exercer la foi sur Christ — Les diverses manières de le faire — Considérer la plénitude qui est en Christ pour le secours qu’on cherche — Grandes attentes à l’égard de Christ — Fondements de ces attentes : sa miséricorde, sa fidélité — Issue de ces attentes, du côté de Christ, du côté des croyants — La foi doit s’exercer particulièrement sur la mort de Christ, Romains 6:3-6 — L’œuvre de l’Esprit dans toute cette affaire.
Or, les considérations sur lesquelles j’ai insisté jusqu’ici portent plutôt sur des choses préparatoires à l’œuvre visée que sur des choses qui l’accomplissent. C’est la juste préparation du cœur à l’œuvre elle-même, sans laquelle elle ne s’accomplira pas, que j’ai eue en vue jusqu’à présent.
Les directives pour l’œuvre elle-même sont fort peu nombreuses — j’entends celles qui lui sont propres. Ce sont celles qui suivent : —
1. Mets la foi à l’œuvre sur Christ pour faire mourir ton péché. Son sang est le grand remède souverain pour les âmes malades du péché. Vis en cela, et tu mourras vainqueur ; bien plus, par la bonne providence de Dieu, tu vivras assez pour voir ta convoitise morte à tes pieds.
Mais tu diras : « Comment la foi s’exercera-t-elle sur Christ dans ce but et à cette fin ? » Je réponds : de plusieurs manières : —
(1.) Par la foi, remplis ton âme d’une juste considération de cette provision qui est mise en réserve en Jésus-Christ dans ce but et à cette fin : que toutes tes convoitises, et cette convoitise même dans laquelle tu es empêtré, soient mortifiées. Par la foi, médite ceci : bien que tu ne sois nullement capable, en toi-même ou par toi-même, de remporter la victoire sur ta maladie, bien que tu sois même las de combattre et tout près de défaillir, il y a pourtant assez en Jésus-Christ pour te secourir, Philippiens 4:13. Ce qui soutint le prodigue, lorsqu’il était près de défaillir, c’est qu’il y avait encore du pain en abondance dans la maison de son père ; bien qu’il en fût éloigné, cela le soulagea et le soutint de savoir qu’il y en avait là. Dans ta plus grande détresse et ta plus grande angoisse, considère cette plénitude de grâce, ces richesses, ces trésors de force, de puissance et de secours, qui sont mis en réserve en lui pour nous soutenir, Jean 1:16, Colossiens 1:19. Qu’ils entrent dans ton esprit et y demeurent. Considère qu’il a été « élevé » comme « Prince et Sauveur, pour donner à Israël la repentance », Actes 5:31 ; et s’il donne la repentance, il donne aussi la mortification, sans laquelle la repentance n’est pas et ne peut être. Christ nous dit que nous obtenons la grâce qui purifie en demeurant en lui, Jean 15:3. Exercer la foi sur la plénitude qui est en Christ pour être pourvus est une manière éminente de demeurer en Christ, car notre greffe et notre demeure en lui se font l’une et l’autre par la foi, Romains 11:19-20. Que ton âme s’exerce donc par la foi à des pensées et à des réflexions comme celles-ci : « Je suis une pauvre et faible créature ; instable comme l’eau, je ne puis exceller . Cette corruption est trop forte pour moi, et elle est tout près de ruiner mon âme ; et je ne sais que faire. Mon âme est devenue comme une terre desséchée et un repaire de chacals . J’ai fait des promesses et je les ai rompues ; vœux et engagements ont été comme une chose de néant. Bien des fois j’ai été persuadé que j’avais remporté la victoire et que je serais délivré, mais je me suis trompé ; de sorte que je vois clairement que, sans quelque secours et quelque assistance éminents, je suis perdu, et que je serai entraîné à abandonner entièrement Dieu. Mais pourtant, bien que tel soit mon état et ma condition, que les mains languissantes se relèvent, et que les genoux affaiblis soient fortifiés . Voici, le Seigneur Christ, qui a toute plénitude de grâce dans son cœur et toute plénitude de puissance dans sa main, est capable de mettre à mort tous ces ennemis qui sont les siens. Il y a en lui une provision suffisante pour mon secours et mon assistance. Il peut prendre mon âme abattue et mourante, et me rendre plus que vainqueur. “Pourquoi dis-tu, ô mon âme : Ma destinée est cachée devant l’Éternel, Mon droit passe inaperçu devant mon Dieu ? Ne le sais-tu pas? Ne l’as-tu pas appris? C’est le Dieu d’éternité, l’Éternel, Qui a créé les extrémités de la terre; Il ne se fatigue point, il ne se lasse point; On ne peut sonder son intelligence. Il donne de la force à celui qui est fatigué, Et il augmente la vigueur de celui qui tombe en défaillance. Les adolescents se fatiguent et se lassent, Et les jeunes hommes chancellent; Mais ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point.” Ésaïe 40:27-31. Il peut faire que “la terre desséchée de mon âme devienne un étang, et mon cœur altéré et stérile des sources d’eaux” ; bien plus, il peut faire de ce “repaire de chacals”, de ce cœur si plein de convoitises abominables et de tentations ardentes, un lieu d’“herbe” et de fruit pour lui-même. » Ésaïe 35:7. C’est ainsi que Dieu soutint Paul dans sa tentation, en lui faisant considérer la suffisance de sa grâce : « Ma grâce te suffit », 2 Corinthiens 12:9. Bien qu’il n’y eût pas immédiatement part au point d’être délivré de sa tentation, la suffisance de cette grâce en Dieu, dans ce but et à cette fin, suffisait à soutenir son esprit. Je dis donc : par la foi, applique-toi beaucoup à considérer cette provision et la plénitude de celle-ci qui est en Jésus-Christ, et comment il peut à tout moment te donner force et délivrance. Or, si par là tu ne parviens pas à la victoire, tu seras du moins maintenu dans le char, de sorte que tu ne fuiras pas du champ de bataille avant que le combat soit fini ; tu seras gardé d’un découragement complet, de l’abandon à ton incrédulité, ou de te détourner vers de faux moyens et de faux remèdes qui, à la fin, ne te soulageront pas. L’efficacité de cette considération ne se découvre que dans la pratique.
(2.) Élève ton cœur par la foi à l’attente du secours de Christ. Le secours de Christ, en ce cas, est semblable à la vision du prophète, Habacuc 2:3 : c’est « une prophétie dont le temps est déjà fixé, Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas; Si elle tarde, attends-la, Car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement. » Bien que cela puisse te sembler un peu long, tandis que tu es dans ta peine et ta perplexité, il viendra pourtant sûrement au temps fixé par le Seigneur Jésus, qui est la meilleure saison. Si donc tu peux élever ton cœur à une attente ferme du secours de Jésus-Christ — si tes yeux sont tournés vers lui « comme les yeux du serviteur vers la main de son maître » , quand il attend de recevoir de lui quelque chose —, ton âme sera rassasiée ; il te délivrera assurément ; il mettra à mort la convoitise, et ta fin sera la paix. Attends-le seulement de sa main ; attends qu’il le fasse, quand et comme il le voudra. « Si vous ne croyez pas, Vous ne subsisterez pas. »
Mais tu diras : « Quel fondement ai-je pour bâtir une telle attente, de manière à pouvoir espérer n’être pas trompé ? »
De même que la nécessité te pousse dans cette voie — il faut que tu sois secouru et sauvé par ce moyen, ou par aucun ; à qui irais-tu ? —, de même il y a dans le Seigneur Jésus des choses innombrables pour t’encourager et t’engager à cette attente.
Quant à sa nécessité, je l’ai en partie montrée plus haut, lorsque j’ai fait voir que c’est là l’œuvre de la foi, et des croyants seulement. « Sans moi, dit Christ, vous ne pouvez rien faire », Jean 15:5 ; et il parle tout particulièrement de la purification du cœur à l’égard du péché, verset 2. La mortification de quelque péché que ce soit doit se faire par un apport de grâce. Par nous-mêmes, nous ne pouvons l’accomplir. Or « Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui », Colossiens 1:19 ; afin que de sa plénitude nous recevions « grâce pour grâce », Jean 1:16. Il est la tête dont l’homme nouveau doit recevoir des influences de vie et de force, sans quoi il dépérira de jour en jour. Si nous sommes « puissamment fortifiés dans l’homme intérieur », c’est parce que « Christ habite dans nos cœurs par la foi » , Éphésiens 3:16-17. Que cette œuvre ne puisse se faire sans l’Esprit, je l’ai aussi montré plus haut. D’où donc attendons-nous l’Esprit ? De qui l’espérons-nous ? Qui nous l’a promis, après nous l’avoir acquis ? Toutes nos attentes à cet égard ne doivent-elles pas se porter sur Christ seul ? Que ceci donc soit fixé dans ton cœur : si tu n’as pas de secours de lui, tu n’en auras jamais aucun. Toutes les voies, tous les efforts, tous les combats qui ne sont pas animés par cette attente du secours de Christ, et de lui seul, sont sans effet et ne te feront aucun bien ; bien plus, s’ils sont autre chose que des soutiens de ton cœur dans cette attente, ou des moyens institués par lui-même pour recevoir de lui du secours, ils sont vains.
Or, pour t’engager davantage à cette attente, —
(1.) Considère sa miséricorde, sa tendresse et sa bonté, en tant qu’il est notre grand souverain sacrificateur à la droite de Dieu. Assurément il a pitié de toi dans ta détresse ; il dit : « Comme un homme que sa mère console, Ainsi je vous consolerai », Ésaïe 66:13. Il a la tendresse d’une mère pour l’enfant qu’elle allaite. Hébreux 2:17-18 : « En conséquence, il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu’il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l’expiation des péchés du peuple; car, ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés. » Comment la capacité de Christ nous est-elle présentée, en raison de ses souffrances ? « ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut. » Les souffrances et les tentations de Christ ont-elles ajouté à sa capacité et à sa puissance ? Non, sans doute, si on les considère absolument et en elles-mêmes. Mais la capacité dont il est ici question est de celles qu’accompagnent la promptitude, l’inclination et la bonne volonté à se déployer ; c’est une capacité de la volonté contre tout ce qui pourrait l’en détourner. Il est capable, ayant souffert et ayant été tenté, de passer outre à tout ce qui pourrait l’en dissuader, pour secourir les pauvres âmes tentées : Δύναται βοηθῆσαι — « il peut secourir ». C’est une métonymie de l’effet ; car il peut maintenant être ému à secourir, ayant été lui-même ainsi tenté. De même au chapitre 4:15-16 : « Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses; au contraire, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins. » L’exhortation du verset 16 est celle-là même que je développe, à savoir que nous entretenions l’attente du secours de Christ, ce que l’apôtre appelle là χάριν εἰς εὔκαιρον βοήθειαν, « une grâce pour un secours opportun » . « Si jamais, dit l’âme, un secours a été opportun, il le serait pour moi dans ma condition présente. Voilà ce à quoi j’aspire : une grâce pour un secours opportun. Je suis près de mourir, de périr, d’être perdu pour toujours ; l’iniquité prévaudra contre moi, si le secours ne vient pas. » L’apôtre dit : « Attends ce secours, ce soulagement, cette grâce, de Christ. » Oui, mais à quel titre ? Pour la raison qu’il pose au verset 15. Et nous pouvons remarquer que le mot du verset 16 que nous avons traduit par « obtenir » est λαβωμεν. Ἵνα λάβωμεν ἔλεον, « afin que nous la recevions » : le secours convenable et opportun viendra. Je le dirai librement : cette seule chose — affermir l’âme par la foi dans l’attente du secours de Jésus-Christ, en raison de sa miséricorde comme notre souverain sacrificateur — sera plus efficace pour ruiner ta convoitise et ta maladie, et aura une issue meilleure et plus prompte, que tous les moyens les plus rigoureux de macération de soi auxquels aucun des fils des hommes se soit jamais astreint. Bien plus, laissez-moi ajouter que jamais âme n’a péri ni ne périra par la puissance d’aucune convoitise, d’aucun péché ou d’aucune corruption, si elle a pu élever son âme par la foi à l’attente du secours de Jésus-Christ.
(2.) Considère la fidélité de celui qui a promis ; elle peut te relever et t’affermir dans cette attente patiente du secours. Il a promis de secourir en de tels cas, et il accomplira sa parole jusqu’au bout. Dieu nous dit que son alliance avec nous est comme les « lois » du ciel , le soleil, la lune et les étoiles, qui ont leur cours assuré, Jérémie 31:36. C’est pourquoi David disait qu’il attendait le secours de Dieu « comme les gardes comptent sur le matin » — une chose qui viendra certainement en sa saison fixée. Ainsi en sera-t-il de ton secours de la part de Christ. Il viendra en sa saison, comme la rosée et la pluie sur la terre desséchée ; car celui qui a fait la promesse est fidèle. Les promesses particulières à cet effet sont innombrables ; que l’âme soit toujours munie de quelques-unes d’entre elles, de celles qui semblent convenir particulièrement à sa condition.
Or, il y a deux avantages éminents qui accompagnent toujours cette attente du secours de Jésus-Christ : —
[1.] Elle l’engage à une assistance pleine et prompte. Rien n’engage davantage le cœur d’un homme à se rendre utile et secourable à un autre que l’attente que celui-ci a de son secours, si elle a été justement éveillée et encouragée par celui-là même qui doit accorder le secours. Notre Seigneur Jésus a éveillé nos cœurs à cette attente par sa bonté, sa sollicitude et ses promesses ; assurément, le fait que nous nous élevions à elle ne peut qu’être pour lui un grand engagement à nous assister en conséquence. Le psalmiste nous donne cela comme une maxime éprouvée : « Tu n’abandonnes jamais, ô Éternel, ceux qui se confient en toi » . Quand le cœur est une fois gagné à se reposer en Dieu, à s’appuyer sur lui, Dieu le rassasiera assurément. Il ne sera jamais comme une eau qui tarit ; et il n’a jamais dit à la postérité de Jacob : « Cherchez-moi vainement ! » Si Christ est choisi pour fondement de notre provision, il ne nous fera pas défaut.
[2.] Elle engage le cœur à s’appliquer diligemment à toutes les voies et à tous les moyens par lesquels Christ a coutume de se communiquer à l’âme ; et ainsi elle fait entrer en jeu l’assistance réelle de toutes les grâces et de toutes les ordonnances quelles qu’elles soient. Celui qui attend quelque chose d’un homme s’applique aux voies et aux moyens par lesquels il peut l’obtenir. Le mendiant qui attend une aumône se tient couché à la porte, ou sur le chemin, de celui de qui il l’attend. La voie par laquelle et les moyens dans lesquels Christ se communique, ce sont ordinairement ses ordonnances ; celui qui attend de lui quelque chose doit s’attendre à lui dans ces ordonnances. C’est l’attente de la foi qui met le cœur à l’œuvre. Ce n’est pas d’une espérance oisive et sans fondement que je parle. Si donc il y a quelque vigueur, quelque efficacité et quelque puissance dans la prière ou dans le sacrement pour cette fin, qui est de faire mourir le péché, un homme y aura assurément part tout entière par cette attente du secours de Christ. C’est pourquoi je ramène à ce chef tous les exercices particuliers, par la prière, la méditation et les choses semblables ; et je n’y insisterai donc pas davantage, dès lors qu’ils sont établis sur ce fondement et jaillissent de cette racine. Ils sont d’un usage singulier dans ce but, et autrement non.
Or, sur cette directive pour la mortification d’une maladie dominante, vous pouvez avoir mille « probatum est ». Qui a marché avec Dieu sous cette tentation sans en avoir éprouvé l’utilité et le succès ? J’ose y laisser l’âme sans rien ajouter de plus. On peut seulement mentionner quelques points particuliers qui s’y rapportent : —
Premièrement, exerce la foi particulièrement sur la mort, le sang et la croix de Christ, c’est-à-dire sur Christ crucifié et mis à mort. La mortification du péché vient particulièrement de la mort de Christ. C’est l’une des fins particulières, et même éminentes, de la mort de Christ, et elle sera assurément accomplie par elle. Il est mort pour détruire les œuvres du diable. Tout ce qui est venu sur notre nature par sa première tentation, tout ce qui prend force en nos personnes par ses suggestions quotidiennes, Christ est mort pour le détruire entièrement. « Il s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres », Tite 2:14. C’était là son but et son intention (en quoi il ne faillira pas) lorsqu’il s’est donné pour nous. Que nous fussions affranchis de la puissance de nos péchés et purifiés de toutes nos convoitises souillées, tel était son dessein. « Il s’est livré lui-même pour l’Église, afin de la sanctifier et de la purifier ; afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible », Éphésiens 5:25-27. Et cela, en vertu de sa mort, sera accompli à des degrés divers et différents. De là vient que notre lavage, notre purification et notre nettoiement sont partout attribués à son sang, 1 Jean 1:7 ; Hébreux 1:3 ; Apocalypse 1:5. Ce sang, répandu sur nous, « purifie notre conscience des œuvres mortes, afin que nous servions le Dieu vivant » , Hébreux 9:14. Voilà ce que nous visons, voilà ce que nous poursuivons : que nos consciences soient purifiées des œuvres mortes, que celles-ci soient déracinées, détruites, et n’aient plus de place en nous. Cela sera certainement amené par la mort de Christ ; il en sortira une vertu à cet effet. En vérité, tous les apports de l’Esprit, toutes les communications de grâce et de puissance viennent de là, comme je l’ai montré ailleurs. C’est ainsi que l’apôtre pose la question ; Romains 6:2 présente le cas même que nous traitons : « Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ? » — « Morts au péché par profession ; morts au péché par l’obligation de l’être ; morts au péché par la participation à la vertu et à la puissance qui le font mourir ; morts au péché par l’union avec Christ et la part que nous avons en lui, en qui et par qui il est mis à mort : comment y vivrions-nous ? » Il insiste là-dessus par diverses considérations, toutes tirées de la mort de Christ, dans les versets qui suivent. Cela ne doit pas être : verset 3, « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? » Nous avons dans le baptême une attestation de notre implantation en Christ ; nous sommes baptisés en lui ; mais en quoi de lui sommes-nous baptisés pour y avoir part ? « En sa mort », dit-il. Si vraiment nous sommes baptisés en Christ, et au-delà d’une profession extérieure, nous sommes baptisés en sa mort. L’explication de ceci — qu’on soit baptisé en la mort de Christ —, l’apôtre nous la donne aux versets 4 et 6 : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché. » « C’est là, dit-il, être baptisés en la mort de Christ, à savoir notre conformité à celle-ci : être morts au péché, avoir nos corruptions mortifiées, comme il a été mis à mort pour le péché ; afin que, comme il a été ressuscité pour la gloire, nous soyons ressuscités pour la grâce et la nouveauté de vie. » Il nous dit d’où vient que nous avons ce baptême en la mort de Christ, verset 6 ; et cela vient de la mort même de Christ : « notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit » ; συνεσταυρώθη, « a été crucifié avec lui », non quant au temps, mais quant à la causalité. Nous sommes crucifiés avec lui méritoirement, en ce qu’il nous a acquis l’Esprit pour faire mourir le péché ; efficacement, en ce que de sa mort sort la vertu qui nous crucifie ; et par mode de représentation et d’exemplaire, nous serons assurément crucifiés au péché, comme il l’a été pour notre péché. Voilà ce que l’apôtre veut dire : Christ, par sa mort, détruisant les œuvres du diable et nous acquérant l’Esprit, a tellement mis à mort le péché, quant à son règne dans les croyants, qu’il n’atteindra pas sa fin ni sa domination.
Secondement, exerce donc la foi sur la mort de Christ, et cela sous ces deux aspects : premièrement, dans l’attente de la puissance ; secondement, dans l’effort vers la conformité. Pour le premier, la directive donnée en général peut suffire ; quant au second, la parole de l’apôtre peut nous donner quelque lumière pour notre direction, Galates 3:1. Que la foi regarde Christ dans l’Évangile, tel qu’il y est dépeint mourant et crucifié pour nous. Regarde-le sous le poids de nos péchés, priant, saignant, mourant ; fais-le entrer dans ton cœur par la foi en cet état ; applique son sang ainsi répandu à tes corruptions : fais cela chaque jour. Je pourrais développer longuement cette considération, en divers points particuliers, mais il me faut conclure.
2. Il ne me reste donc qu’à ajouter les chefs de l’œuvre de l’Esprit dans cette affaire de la mortification, qui lui est si particulièrement attribuée.
En un mot : toute cette œuvre, que j’ai décrite comme notre devoir, est opérée, poursuivie et achevée par la puissance de l’Esprit, dans toutes ses parties et tous ses degrés ; ainsi : —
(1.) Lui seul convainc clairement et pleinement le cœur du mal, de la culpabilité et du danger de la corruption, de la convoitise ou du péché qu’il faut faire mourir. Sans cette conviction, ou tant qu’elle est si faible que le cœur peut lutter contre elle ou la digérer, aucune œuvre complète ne se fera. Un cœur incrédule (et nous en avons tous un, en partie) se tirera d’affaire avec n’importe quelle considération, jusqu’à ce qu’il soit vaincu par des convictions claires et évidentes. Or c’est là l’œuvre propre de l’Esprit : « Il convainc en ce qui concerne le péché », Jean 16:8 ; lui seul peut le faire. Si les considérations rationnelles des hommes, jointes à la prédication de la lettre, pouvaient les convaincre de péché, nous verrions peut-être plus de convictions que nous n’en voyons. Il vient, par la prédication de la parole, une appréhension sur l’intelligence des hommes : qu’ils sont pécheurs, que telles et telles choses sont des péchés, qu’ils en sont eux-mêmes coupables ; mais cette lumière n’est pas puissante, et elle ne saisit pas les principes pratiques de l’âme de manière à y conformer l’esprit et la volonté, pour produire des effets qui répondent à une telle appréhension. C’est pourquoi des hommes sages et instruits, dépourvus de l’Esprit, ne tiennent nullement pour des péchés les choses mêmes où consistent les principaux mouvements et les principales activités de la convoitise. C’est l’Esprit seul qui peut faire cette œuvre comme il faut, et qui la fait. Et c’est là la première chose que fait l’Esprit en vue de la mortification de quelque convoitise que ce soit : il convainc l’âme de tout le mal qui est en elle, retranche tous ses plaidoyers, découvre toutes ses tromperies, ferme toutes ses échappatoires, répond à ses prétextes, amène l’âme à reconnaître son abomination et à se courber sous le sentiment qu’elle en a. À moins que cela ne soit fait, tout ce qui suit est vain.
(2.) L’Esprit seul nous révèle la plénitude de Christ pour notre secours ; c’est cette considération qui retient le cœur loin des fausses voies et du découragement désespéré, 1 Corinthiens 2:8.
(3.) L’Esprit seul affermit le cœur dans l’attente du secours de Christ, qui est, comme on l’a montré, le grand moyen souverain de la mortification, 2 Corinthiens 1:21.
(4.) L’Esprit seul fait entrer dans nos cœurs la croix de Christ avec sa puissance qui fait mourir le péché ; car c’est par l’Esprit que nous sommes baptisés en la mort de Christ.
(5.) L’Esprit est l’auteur et le consommateur de notre sanctification ; il donne de nouveaux apports et de nouvelles influences de grâce pour la sainteté et la sanctification, quand le principe contraire est affaibli et diminué, Éphésiens 3:16-18.
(6.) Dans toutes les démarches de l’âme auprès de Dieu en cette condition, elle reçoit de l’Esprit son soutien. D’où viennent la puissance, la vie et la vigueur de la prière ? D’où vient son efficacité pour prévaloir auprès de Dieu ? N’est-ce pas de l’Esprit ? Il est l’« Esprit de supplication » promis à ceux « qui tourneront les regards vers celui qu’ils ont percé », Zacharie 12:10, et qui les rend capables de « prier avec des soupirs et des gémissements inexprimables » , Romains 8:26. On reconnaît que c’est là le grand moyen, ou la grande voie, par laquelle la foi prévaut auprès de Dieu. C’est ainsi que Paul traita sa tentation, quelle qu’elle fût : « j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi. » Quelle est l’œuvre de l’Esprit dans la prière, d’où et comment il nous donne son assistance et nous fait prévaloir, ce que nous devons faire pour jouir de son secours à cette fin, ce n’est pas mon intention présente de le démontrer.
Chapitre 15 terminé
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