Seigneur, enseigne-nous à prier
Le modèle de prière

Chapitre 4 · 11 min de lecture

Le modèle de prière

« Voici donc comment vous devez prier: “Notre Père qui es aux cieux!…” » Matthieu 6:9.

Tout maître connaît la puissance d’un exemple. Non seulement il dit à l’enfant ce qu’il faut faire et comment le faire, mais il lui montre comment cela peut réellement s’accomplir. Dans sa condescendance envers notre faiblesse, notre Maître céleste nous a donné les paroles mêmes que nous devons emporter avec nous lorsque nous nous approchons de notre Père. Nous y trouvons une forme de prière où respirent la fraîcheur et la plénitude de la Vie éternelle. Si simple qu’un enfant peut la balbutier, et pourtant si divinement riche qu’elle embrasse tout ce que Dieu peut donner.

Une forme de prière qui devient le modèle et l’inspiration de toutes les autres prières, et qui pourtant nous ramène toujours à elle-même comme l’expression la plus profonde de nos âmes devant notre Dieu. « Notre Père qui es aux cieux! » Matthieu 6:9. Pour bien saisir cette parole d’adoration, je dois me souvenir qu’aucun des saints, dans l’Écriture, n’avait jamais osé s’adresser à Dieu comme à son Père. Cette invocation nous place aussitôt au centre de la merveilleuse révélation que le Fils est venu faire de son Père comme étant aussi notre Père. Elle embrasse le mystère de la rédemption — le Christ nous délivrant de la malédiction afin que nous devenions les enfants de Dieu. Le mystère de la régénération — l’Esprit nous donnant, dans la nouvelle naissance, une vie nouvelle. Et le mystère de la foi — avant même que la rédemption ne soit accomplie ou comprise, la parole est mise sur les lèvres des disciples pour les préparer à la bienheureuse expérience encore à venir. Ces paroles sont la clé de toute cette prière, de toute prière. Il faut du temps, il faut toute une vie pour les étudier ; il faudra une éternité pour les comprendre pleinement.

La connaissance de l’amour paternel de Dieu est la première et la plus simple, mais aussi la dernière et la plus haute leçon de l’école de la prière. C’est dans la relation personnelle avec le Dieu vivant, et dans la communion d’amour personnelle et consciente avec lui-même, que la prière commence. C’est dans la connaissance de la paternité de Dieu, révélée par le Saint-Esprit, que la puissance de la prière trouvera à s’enraciner et à croître. Dans la tendresse, la compassion et la patience infinies du Père infini, dans son empressement plein d’amour à écouter et à secourir, la vie de prière trouve sa joie. Oh ! prenons le temps, jusqu’à ce que l’Esprit ait fait de ces paroles, pour nous, esprit et vérité, remplissant le cœur et la vie : « Notre Père qui es aux cieux! » Alors nous sommes vraiment au-dedans du voile, dans le lieu secret de la puissance où la prière l’emporte toujours.

« Que ton nom soit sanctifié. » Matthieu 6:9. Il y a ici quelque chose qui nous frappe aussitôt. Alors que, d’ordinaire, nous apportons d’abord à Dieu nos propres besoins dans la prière, puis songeons à ce qui appartient à Dieu et à ses intérêts, le Maître renverse cet ordre. D’abord ton nom, ton règne, ta volonté ; ensuite : donne-nous, pardonne-nous, conduis-nous, délivre-nous. Matthieu 6:10-13. Cette leçon a plus d’importance que nous ne le pensons. Dans la vraie adoration, le Père doit être premier, il doit être tout. Plus tôt j’apprends à m’oublier moi-même dans le désir qu’il soit glorifié, plus riche sera la bénédiction que la prière m’apportera. Nul ne perd jamais ce qu’il sacrifie pour le Père.

Cela doit influencer toutes nos prières. Il y a deux sortes de prière : la prière personnelle et la prière d’intercession. Cette dernière n’occupe d’ordinaire que la moindre part de notre temps et de notre énergie. Il ne doit pas en être ainsi. Le Christ a ouvert l’école de la prière spécialement pour former des intercesseurs en vue de la grande œuvre qui consiste à faire descendre, par leur foi et leur prière, les bénédictions de son œuvre et de son amour dans le monde. Il ne peut y avoir de croissance profonde dans la prière si nous n’en faisons pas notre but. Le petit enfant ne demande peut-être au père que ce dont il a besoin pour lui-même ; et pourtant il apprend bientôt à dire : « Donnes-en aussi pour ma sœur. » Mais le fils devenu grand, qui ne vit que pour les intérêts de son père et prend en charge les affaires de son père, demande plus largement et obtient tout ce qu’il demande. Et Jésus voudrait nous former à la vie bienheureuse de consécration et de service, où tous nos intérêts sont subordonnés au Nom, au Règne et à la Volonté du Père. Vivons pour cela, et qu’à chaque acte d’adoration — Notre Père ! — succède d’un même souffle : Ton Nom, Ton Règne, Ta Volonté ; c’est là ce vers quoi nous levons les yeux et vers quoi nous aspirons.

« Que ton nom soit sanctifié… » Matthieu 6:9. Quel nom ? Ce nouveau nom de Père. Le mot Saint est le mot central de l’Ancien Testament ; le nom de Père, celui du Nouveau. Dans ce nom d’Amour, toute la sainteté et toute la gloire de Dieu doivent maintenant être révélées. Et comment ce nom doit-il être sanctifié ? Par Dieu lui-même : « Je sanctifierai mon grand nom, qui a été profané parmi les nations. » Ézéchiel 36:23. Notre prière doit être qu’en nous-mêmes, en tous les enfants de Dieu, en présence du monde, Dieu lui-même révèle la sainteté, la puissance divine, la gloire cachée du nom de Père. L’Esprit du Père est le Saint-Esprit : ce n’est que lorsque nous nous laissons conduire par lui que le nom sera sanctifié dans nos prières et dans nos vies. Apprenons cette prière : « Notre Père, que ton nom soit sanctifié. »

« que ton règne vienne. » Matthieu 6:10. Le Père est un Roi et il a un royaume. Le fils et héritier d’un roi n’a pas de plus haute ambition que la gloire du royaume de son père. En temps de guerre ou de danger, cela devient sa passion ; il ne peut penser à rien d’autre. Les enfants du Père sont ici en territoire ennemi, où le royaume, qui est dans les cieux, n’est pas encore pleinement manifesté. Quoi de plus naturel que, lorsqu’ils apprennent à sanctifier le nom du Père, ils soupirent et crient avec un profond enthousiasme : « que ton règne vienne. » Matthieu 6:10. La venue du royaume est le grand événement dont dépendent la révélation de la gloire du Père, le bonheur de ses enfants et le salut du monde. Dans nos prières aussi, la venue du royaume attend. Ne nous joindrons-nous pas au cri profond et plein de désir des rachetés : « que ton règne vienne » ? Apprenons-le à l’école de Jésus.

« que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Matthieu 6:10. Cette demande est trop souvent appliquée uniquement à l’acceptation résignée de la volonté de Dieu. Au ciel, la volonté de Dieu est faite, et le Maître enseigne à l’enfant à demander que cette volonté soit faite sur la terre tout comme au ciel : dans un esprit de soumission adoratrice et d’obéissance empressée. Parce que la volonté de Dieu est la gloire du ciel, l’accomplir est la félicité du ciel. À mesure que la volonté s’accomplit, le royaume des cieux entre dans le cœur. Et partout où la foi a accepté l’amour du Père, l’obéissance accepte la volonté du Père. L’abandon à une vie d’obéissance semblable à celle du ciel, et la prière pour une telle vie, voilà l’esprit de la prière filiale.

« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » Matthieu 6:11. Lorsque l’enfant s’est d’abord remis au Père pour le soin de son Nom, de son Règne et de sa Volonté, il a pleine liberté de demander son pain quotidien. Un maître pourvoit à la nourriture de son serviteur, un général à celle de ses soldats, et le père à celle de son enfant. Et le Père qui est aux cieux ne prendra-t-il pas soin de l’enfant qui, dans la prière, s’est livré à ses intérêts ? Nous pouvons en effet dire en pleine confiance : Père, je vis pour ton honneur et pour ton œuvre ; je sais que tu prends soin de moi. La consécration à Dieu et à sa volonté donne une merveilleuse liberté dans la prière pour les choses temporelles : la vie terrestre tout entière est remise au soin plein d’amour du Père.

« pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Matthieu 6:12. De même que le pain est le premier besoin du corps, ainsi le pardon l’est pour l’âme. Et la provision pour l’un est aussi certaine que pour l’autre. Nous sommes des enfants, mais notre droit d’accès à la présence du Père, nous le devons au sang précieux et au pardon qu’il nous a acquis.

Prenons garde que la prière pour le pardon ne devienne une simple formalité : seul ce qui est réellement confessé est réellement pardonné.

Acceptons par la foi le pardon tel qu’il est promis : comme réalité spirituelle, comme transaction effective entre Dieu et nous, il est l’entrée dans tout l’amour du Père et dans tous les privilèges des enfants. Un tel pardon, en tant qu’expérience vivante, est impossible sans un esprit disposé à pardonner aux autres : de même qu’être pardonné exprime le versant tourné vers le ciel, pardonner exprime le versant tourné vers la terre de la relation de l’enfant de Dieu.

Dans chaque prière adressée au Père, je dois pouvoir dire que je ne connais personne que je n’aime pas de tout cœur. « ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. » Matthieu 6:13. Notre pain quotidien, le pardon de nos péchés, puis notre préservation de tout péché et de la puissance du malin : ces trois demandes embrassent tout notre besoin personnel. La prière pour le pain et le pardon doit s’accompagner de l’abandon à vivre en toutes choses dans une sainte obéissance à la volonté du Père, et de la prière confiante d’être en tout gardé, par la puissance de l’Esprit qui habite en nous, de la puissance du malin.

Enfants de Dieu ! c’est ainsi que Jésus voudrait nous voir prier le Père qui est aux cieux. Ô que son Nom, son Règne et sa Volonté aient la première place dans notre amour ; son amour qui pourvoit, qui pardonne et qui garde sera notre sûre part. Ainsi la prière nous élèvera à la vraie vie d’enfant : le Père pour l’enfant, le Père envers l’enfant. Nous comprendrons comment le Père et l’enfant, le Ton et le Notre, ne font qu’un, et comment le cœur qui commence sa prière par le Ton tout consacré à Dieu aura la puissance, par la foi, de prononcer aussi le Notre. Une telle prière sera, en effet, la communion et l’échange de l’amour, nous ramenant toujours dans la confiance et l’adoration vers Celui qui n’est pas seulement le Commencement, mais aussi la Fin : « Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen! » Matthieu 6:13.

Fils du Père, enseigne-nous à prier : « Notre Père. »

Toi qui es le Fils unique, enseigne-nous, nous t’en supplions, à prier : « Notre Père. » Nous te rendons grâce, Seigneur, pour ces Paroles vivantes et bénies que tu nous as données. Nous te rendons grâce pour les millions d’âmes qui, par elles, ont appris à connaître et à adorer le Père, et pour ce qu’elles ont été pour nous. Seigneur ! c’est comme s’il nous fallait des jours et des semaines dans ton école avec chaque demande prise à part, tant elles sont profondes et pleines. Mais nous nous attendons à toi pour nous conduire plus avant dans leur sens : fais-le, nous t’en prions, à cause de ton nom ; ton nom est Fils du Père.

Seigneur ! Tu as dit un jour : « personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Matthieu 11:27. Et encore : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois en eux. »

Jean 17:26. Seigneur Jésus ! révèle-nous le Père. Que son nom, son amour paternel infini, l’amour dont il t’a aimé, selon ta prière, SOIT EN NOUS. Alors nous dirons justement : « Notre Père ! » Alors nous saisirons ton enseignement, et le premier souffle spontané de notre cœur sera : « Notre Père, ton Nom, ton Règne, ta Volonté. » Et nous apporterons nos besoins, nos péchés et nos tentations à Celui-là, dans la confiance que l’amour d’un tel Père prend soin de tout. Seigneur béni ! Nous sommes tes élèves.

Nous nous confions en toi ; enseigne-nous à prier : « Notre Père. » Amen.

FIN

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