Chapitre 3 · 11 min de lecture
Seul avec Dieu
« Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu 6:6.
Après avoir appelé ses premiers disciples, Jésus leur donna leur premier enseignement public sur la montagne. Là, il leur exposa le royaume de Dieu, ses lois et sa vie. Dans ce royaume, Dieu n’est pas seulement Roi, mais Père ; il ne donne pas seulement tout, mais il est lui-même tout. C’est dans la connaissance et la communion de lui seul que réside sa félicité. Aussi allait-il de soi que la révélation de la prière et de la vie de prière fît partie de son enseignement touchant le royaume nouveau qu’il venait établir. Moïse ne donna ni commandement ni règle au sujet de la prière ; les prophètes eux-mêmes disent peu de chose, directement, du devoir de la prière ; c’est le Christ qui enseigne la prière.
La première chose que le Seigneur enseigne à ses disciples, c’est qu’ils doivent avoir un lieu secret pour la prière ; chacun doit avoir quelque coin solitaire où il puisse être seul avec son Dieu. Tout maître doit avoir une salle de classe. Nous avons appris à connaître et à recevoir Jésus comme notre unique maître à l’école de la prière. Il nous a déjà enseigné, en Samarie, que l’adoration n’est plus liée aux temps ni aux lieux ; que l’adoration, la véritable adoration spirituelle, est une chose de l’esprit et de la vie ; que l’homme tout entier doit, dans toute sa vie, adorer en esprit et en vérité. Il veut que chacun choisisse pour lui-même le lieu fixe où il peut le rencontrer chaque jour. Cette chambre intérieure, ce lieu solitaire, voilà la salle de classe de Jésus.
Ce lieu peut être n’importe où ; ce lieu peut changer de jour en jour s’il nous faut changer de demeure ; mais ce lieu secret doit exister, avec le temps de recueillement où l’élève se place en présence du Maître, pour être par lui préparé à adorer le Père. Là seulement, mais là très sûrement, Jésus vient à nous pour nous apprendre à prier.
Un maître désire toujours que sa salle de classe soit claire et attrayante, remplie de la lumière et de l’air du ciel, un lieu où les élèves aspirent à venir et aiment à demeurer. Dans ses premières paroles sur la prière, au sermon sur la montagne, Jésus cherche à nous présenter la chambre intérieure sous son jour le plus attrayant. Si nous écoutons avec soin, nous remarquons bientôt quelle est la chose principale : il lui faut nous parler de notre séjour en ce lieu. Trois fois il emploie le nom de Père : « prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu 6:6. « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » Matthieu 6:8.
La première chose, dans la prière du lieu secret, c’est : je dois rencontrer mon Père. La lumière qui brille dans le lieu secret doit être la lumière du visage du Père. L’air frais du ciel dont Jésus voudrait remplir l’atmosphère où je dois respirer et prier, c’est l’amour paternel de Dieu, l’infinie paternité de Dieu. Ainsi, chaque pensée ou requête que nous exhalons sera une confiance simple, cordiale et enfantine dans le Père. Voici comment le Maître nous enseigne à prier : il nous introduit dans la présence vivante du Père. Ce que nous prions là ne peut manquer d’avoir sa valeur. Écoutons attentivement ce que le Seigneur a à nous dire. D’abord : « prie ton Père qui est là dans le lieu secret ». Matthieu 6:6.
Dieu est un Dieu qui se cache à l’œil charnel. Tant que, dans notre adoration de Dieu, nous sommes surtout occupés de nos propres pensées et de nos propres exercices, nous ne rencontrerons pas celui qui est Esprit, l’Invisible. Mais à l’homme qui se retire de tout ce qui est du monde et de l’homme, et qui se prépare à s’attendre à Dieu seul, le Père se révélera.
À mesure qu’il abandonne, qu’il renonce et qu’il ferme la porte au monde et à la vie du monde, et qu’il se livre pour être conduit par le Christ dans le secret de la présence de Dieu, la lumière de l’amour du Père se lèvera sur lui.
Le secret de la chambre intérieure et de la porte fermée, la séparation entière d’avec tout ce qui nous entoure, est une image de ce sanctuaire spirituel intérieur, le secret du tabernacle de Dieu, au-dedans du voile, où notre esprit entre véritablement en contact avec l’Invisible. Et ainsi l’on nous enseigne, dès le commencement même de notre recherche du secret de la prière efficace, à nous souvenir que c’est dans la chambre intérieure, où nous sommes seuls avec le Père, que nous apprendrons à bien prier.
Le Père est dans le secret. Par ces paroles, Jésus nous enseigne où il nous attend, où on peut toujours le trouver. Les chrétiens se plaignent souvent que la prière particulière n’est pas ce qu’elle devrait être. Ils se sentent faibles et pécheurs, leur cœur est froid et ténébreux ; c’est comme s’ils avaient si peu de sujets de prière, et, dans ce peu, peu ou point de foi ni de joie. Ils sont découragés et détournés de la prière par la pensée qu’ils ne peuvent venir au Père comme ils le devraient ou comme ils le voudraient. Enfant de Dieu ! Écoute ton Maître. Il te dit que, lorsque tu vas à la prière particulière, ta première pensée doit être : le Père est dans le secret, le Père m’y attend. C’est précisément parce que ton cœur est froid et sans prière que tu dois entrer dans la présence du Père plein d’amour. Comme un père a compassion de ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de toi. Ne pense pas au peu que tu as à apporter à Dieu, mais à tout ce qu’il veut te donner. Place-toi seulement devant lui et lève les yeux vers sa face ; songe à son amour, à son amour merveilleux, tendre et compatissant.
Dis-lui simplement combien tout est pécheur, froid et ténébreux : c’est le cœur aimant du Père qui donnera lumière et chaleur au tien.
Oh, fais ce que Jésus dit : ferme seulement la porte, et prie ton Père qui est dans le secret. N’est-il pas merveilleux de pouvoir s’en aller seul avec Dieu, le Dieu infini, puis de lever les yeux et de dire : mon Père ! « et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu 6:6. Ici, Jésus nous assure que la prière secrète ne peut être stérile : sa bénédiction se manifestera dans notre vie. Tandis que nous sommes seuls avec Dieu dans le secret, il nous faut lui confier notre vie devant les hommes ; il nous récompensera publiquement ; il fera en sorte que la réponse à la prière soit rendue manifeste dans la bénédiction qu’il répand sur nous. Notre Seigneur voudrait ainsi nous enseigner que, de même qu’une paternité et une fidélité infinies sont ce par quoi Dieu nous rencontre dans le secret, de même il doit y avoir, de notre part, la simplicité enfantine de la foi, l’assurance que notre prière fait bien descendre une bénédiction.
« il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » Hébreux 11:6. Ce n’est pas du sentiment fort ou fervent avec lequel je prie que dépend la bénédiction du lieu secret, mais de l’amour et de la puissance du Père à qui je confie mes besoins. C’est pourquoi le Maître n’a qu’un seul désir : souviens-toi que ton Père voit et entend dans le secret ; vas-y, demeures-y, et repars de là avec confiance : il te récompensera. Compte sur lui pour cela ; appuie-toi sur lui : la prière adressée au Père ne peut être vaine ; il te récompensera publiquement.
Pour confirmer encore ceci, cette foi en l’amour paternel de Dieu, le Christ prononce une troisième parole : « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » Matthieu 6:8. À première vue, il pourrait sembler que cette pensée rende la prière moins nécessaire : Dieu sait bien mieux que nous ce dont nous avons besoin. Mais à mesure que nous pénétrons plus avant dans ce qu’est vraiment la prière, cette vérité aidera à fortifier notre foi. Elle nous enseignera que nous n’avons pas besoin, comme les païens, par la multitude et l’insistance de nos paroles, de contraindre un Dieu réticent à nous écouter. Elle conduira à une sainte gravité et au silence dans la prière, car elle suggère la question : mon Père sait-il vraiment que j’ai besoin de cela ? Elle nous donnera, une fois que l’Esprit nous aura amenés à la certitude que notre demande est bien quelque chose dont, selon la Parole, nous avons besoin pour la gloire de Dieu, une merveilleuse assurance de dire : mon Père sait que j’en ai besoin et que je dois l’avoir. Et s’il survient quelque délai dans la réponse, elle nous enseignera à tenir ferme dans une paisible persévérance : Père ! tu sais que j’en ai besoin.
Oh, la bienheureuse liberté et la simplicité d’enfant que le Christ, notre Maître, voudrait cultiver en nous à mesure que nous approchons de Dieu : levons les yeux vers le Père jusqu’à ce que son Esprit l’opère en nous. Parfois, dans nos prières, lorsque nous risquons d’être si occupés de nos requêtes ferventes et pressantes que nous en oublions que le Père sait et entend, tenons-nous en repos et disons seulement, dans le calme : mon Père voit, mon Père entend, mon Père sait ; cela aidera notre foi à recevoir la réponse et à dire : « nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. »
Et maintenant, vous tous qui êtes désormais entrés à l’école du Christ pour apprendre à prier, recevez ces leçons, mettez-les en pratique, et attendez-vous à lui pour qu’il vous y rende parfaits. Demeurez longtemps dans la chambre intérieure, la porte fermée — fermés au regard des hommes, enfermés avec Dieu ; c’est là que le Père vous attend, et c’est là que Jésus vous enseignera à prier. Être seul dans le secret avec le Père : voilà votre plus haute joie. Avoir l’assurance que le Père récompensera publiquement la prière secrète, en sorte qu’elle ne saurait demeurer sans bénédiction : voilà votre force jour après jour. Et savoir que le Père sait que vous avez besoin de ce que vous demandez, voilà votre liberté d’apporter tout besoin, dans l’assurance que votre Dieu y pourvoira selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ.
Bienheureux Sauveur, de tout mon cœur je te bénis d’avoir institué la chambre intérieure comme l’école où tu rencontres seul à seul chacun de tes élèves et lui révèles le Père. Oh, mon Seigneur ! Affermis tellement ma foi dans le tendre amour et la bonté du Père que, chaque fois que je me sens pécheur ou troublé, ma première pensée, instinctive, soit d’aller là où je sais que le Père m’attend, et où la prière ne peut jamais rester sans bénédiction. Que la pensée qu’il connaît mon besoin avant que je le lui demande m’amène, dans le grand repos de la foi, à me confier qu’il donnera ce dont son enfant a besoin. Oh, que le lieu de la prière secrète devienne pour moi l’endroit le plus aimé de la terre.
Seigneur ! exauce-moi tandis que je prie pour que tu bénisses les lieux de prière secrète de ton peuple croyant, partout. Que ta merveilleuse révélation de la tendresse d’un Père délivre tous les jeunes chrétiens de toute pensée qui ferait de la prière secrète un devoir ou un fardeau, et les amène à la regarder comme le plus haut privilège de leur vie, une joie et une bénédiction. Ramène tous ceux qui sont découragés parce qu’ils ne trouvent rien à t’apporter dans la prière. Fais-leur comprendre qu’ils n’ont qu’à venir avec leur vide à celui qui a tout à donner et qui prend plaisir à le faire. Que leur unique pensée soit, non ce qu’ils ont à apporter au Père, mais ce que le Père attend de leur donner.
Et bénis spécialement la chambre intérieure de tous tes serviteurs qui travaillent pour toi, comme le lieu où la vérité de Dieu et la grâce de Dieu leur sont révélées, où ils sont chaque jour oints d’une huile nouvelle, où leur force est renouvelée, et où sont reçues dans la foi les bénédictions par lesquelles ils doivent bénir leurs semblables. Seigneur, attire-nous tous, dans le lieu secret, plus près de toi et du Père. Amen.
Chapitre 3 terminé
Seul avec Dieu