Les enseignements clés de Richard Baxter
Le pasteur réformé

Chapitre 7 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

Le pasteur réformé

Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques. ACTES 20:28

En 1656, Baxter publia un livre destiné aux pasteurs du Worcestershire, écrit pour accompagner leur engagement à entreprendre dans leurs paroisses une instruction personnelle et méthodique. C’était un écrit de circonstance, au service d’un besoin local. Il n’a jamais cessé d’être réimprimé depuis, et on le donne encore à lire aux étudiants en théologie trois siècles et demi plus tard. « Le pasteur réformé » emprunte sa structure à l’exhortation que Paul adressa à Milet, et suit exactement l’ordre du texte. « Prenez donc garde à vous-mêmes » vient en premier ; « à tout le troupeau » vient en second. Baxter ne laissait personne inverser l’ordre.

Le pasteur inconverti

Il ouvrait sur une possibilité que la plupart des livres sur le ministère se gardent bien d’évoquer : qu’un homme puisse exercer une charge, prêcher avec compétence, être respecté de ses paroissiens — et ne pas être converti. Baxter ne jugeait cela ni rare ni hypothétique. Un homme peut entrer dans le ministère comme on embrasse une carrière, en apprendre couramment le vocabulaire, et n’avoir jamais traité une seule fois avec Dieu pour son propre compte. Il peut passer sa vie à presser les autres de se rendre en un lieu où il n’est jamais allé lui-même.

Toi donc, qui enseignes les autres, tu ne t’enseignes pas toi-même! ROMAINS 2:21
Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres. 1 CORINTHIENS 9:27

Ce verset est de Paul, et il parle de Paul. Si l’apôtre jugeait le danger assez réel pour le nommer, aucun pasteur depuis n’a de raison de s’endormir dans la suffisance.

Prêcher contre les péchés où l’on vit

Son deuxième avertissement est plus subtil. Il est tout à fait possible de prêcher avec une vraie force contre un péché tout en le pratiquant. La chaire procure une curieuse immunité : l’homme qui dénonce la cupidité ne pense pas, à ce moment-là, à lui-même, et le fait même de condamner la faute peut lui donner le sentiment confortable de se trouver du bon côté. Baxter en nommait les versions propres au ministère. L’orgueil d’abord — orgueil des dons, du savoir, de la réputation, de la taille de l’assemblée, et même orgueil de passer pour humble. La paresse, déguisée en étude. La mondanité, déguisée en prudence en matière d’argent. Et l’esprit querelleur, déguisé en zèle pour la vérité. Ce dernier, il se l’appliquait à lui-même sans hésiter, et quiconque a lu ses écrits polémiques conviendra que le diagnostic était juste.

Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil? MATTHIEU 7:3

L’exemple

Un pasteur enseigne surtout par ce qu’il est. L’assemblée apprend davantage de la manière dont un homme traite sa famille, gère son argent, reçoit la critique et parle de ses adversaires que de tout ce qu’il peut dire dans un sermon. Le moindre écart entre les deux se remarque aussitôt, et il fait plus de dégâts que n’importe quelle quantité de mauvaises prédications.

Sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté. 1 TIMOTHÉE 4:12

Baxter relevait deux domaines où l’échec saute aux yeux de tous, sauf de l’intéressé. Le premier est sa maison, et Paul établit le lien de façon explicite.

Il faut qu’il dirige bien sa propre maison, et qu’il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté; car si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu? 1 TIMOTHÉE 3:4–5

Un homme peut donner ses meilleures heures à la paroisse et rentrer chez lui vidé, si bien que ceux qui ont le plus besoin de lui reçoivent ce qu’il a de pire. Baxter y voyait un simple manquement au devoir, et non un effet secondaire regrettable du zèle, et il avertissait qu’une assemblée n’en est pas dupe longtemps. Le second domaine est l’argent — non pas, d’ordinaire, une malhonnêteté spectaculaire, mais ce lent accommodement par lequel le train de vie d’un homme, ses ambitions et le choix de ses fréquentations finissent par être façonnés par l’intérêt financier sans qu’il ait jamais rien décidé à ce sujet. Sa propre pratique était sévère : il vivait simplement, donnait une grande partie d’un revenu modeste, et refusa les promotions quand on les lui offrit. Il n’exigeait pas des autres qu’ils l’imitent, mais il exigeait qu’ils affrontent la question. Son critère consistait à se demander si, au cours de l’année écoulée, une seule décision prise dans son ministère avait été influencée par ce qu’elle lui coûterait.

Veille sur toi-même et sur ton enseignement; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t’écoutent. 1 TIMOTHÉE 4:16

Il en tirait la conclusion que la vie de piété personnelle d’un pasteur n’est pas une affaire privée. L’homme qui néglige sa propre âme en prive son peuple, car il ne peut donner que ce qu’il a. Et tout cela vaut, à plus petite échelle, pour quiconque enseigne qui que ce soit — un parent, un moniteur d’école du dimanche, un ancien, un croyant plus âgé qui a un plus jeune à sa charge. Ce que vous êtes les atteindra plus sûrement que ce que vous dites.

Chacun, sans exception

La seconde moitié de l’exhortation de Paul gouverne la seconde moitié du livre, et Baxter s’y attachait à un seul mot : « tout ». Pas ceux qui répondent, pas les fidèles assidus, pas ceux dont la conversation est agréable ou le soutien utile. Tous. Un pasteur est responsable de chaque personne qui lui est confiée, nommément, et il ne peut s’acquitter de cette charge du seul haut de la chaire. La prédication s’adresse à une assemblée ; la charge d’âmes exige de connaître les personnes. Il ne prenait pas de gants avec l’arithmétique. Si une paroisse est trop grande pour que son pasteur en connaisse les membres, soit il doit trouver de l’aide, soit la paroisse doit être divisée — mais il n’a pas le droit de se contenter de prêcher à une foule en appelant cela la charge d’âmes.

Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement. 1 PIERRE 5:2

Le poids de la charge

Ce qui animait Baxter, c’était une responsabilité qui ne lui sortait jamais de l’esprit.

Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte. HÉBREUX 13:17
Quand je dirai au méchant: Tu mourras! Si tu ne l’avertis pas …je te redemanderai son sang. ÉZÉCHIEL 3:18

Le passage d’Ézéchiel sur la sentinelle a façonné tout son ministère, et il ne l’adoucissait en rien. Il en tirait une règle : il ne suffit pas d’avoir prêché la vérité en termes généraux à une assemblée. Un pasteur doit pouvoir dire qu’il a dit à chacun, personnellement, où il en est.

Ce qu’implique la charge d’âmes

La liste est lourde. Connaître les gens — leurs familles, leurs métiers, leurs tentations, et l’état de leur âme pour autant qu’on puisse le connaître. Les instruire individuellement, ce qui fait l’objet du chapitre suivant. Prendre soin des jeunes, des nouveaux convertis et de ceux qui sont sous la conviction du péché. Visiter les malades et les mourants, ce qu’il considérait comme le lieu où un pasteur gagne le crédit, quel qu’il soit, dont il jouit. Et distinguer ceux qui ont besoin d’être consolés de ceux qui ont besoin d’être avertis — ce qu’il tenait pour l’art le plus difficile du travail pastoral, et celui qu’on pratique le plus souvent à l’envers.

Nous vous en prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous. 1 THESSALONICIENS 5:14

Quatre catégories, quatre traitements différents, en un seul verset. Le pasteur qui n’a qu’une seule manière de faire abîmera les trois quarts de son assemblée. Baxter militait aussi pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, non pour punir, mais parce qu’admettre à la table du Seigneur des gens qui ne donnaient aucune preuve de foi les confirmait dans une fausse assurance. Son époque a usé de la discipline d’une manière que les générations suivantes ont remise en question à juste titre, et le Nouveau Testament vise d’un bout à l’autre le relèvement, « avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté » (Galates 6:1).

Aller chercher celui qui s’égare

Il y avait un devoir qu’il jugeait presque partout négligé : aller chercher ceux qui se sont éloignés.

Vous n’avez pas fortifié celles qui étaient faibles, guéri celle qui était malade, pansé celle qui était blessée; vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue. ÉZÉCHIEL 34:4

Chaque membre de phrase décrit une omission, non un acte de cruauté. Les bergers n’ont pas chassé les brebis ; ils ne sont simplement pas allés les chercher. Les assemblées perdent des gens sans bruit. La présence se raréfie, puis cesse, et six mois plus tard il est gênant de reprendre contact, si bien que personne ne le fait. Le conseil de Baxter était d’agir tôt et sans accuser. Demandez-leur comment ils vont plutôt que pourquoi ils ne sont pas venus. Supposez une difficulté plutôt qu’une rébellion, parce que c’est d’ordinaire le cas — une maladie, la honte, une querelle, un deuil, un doute qu’ils ne savaient pas comment évoquer. Celui qui s’est éloigné a rarement besoin qu’on le lui fasse remarquer. Il a généralement besoin de découvrir que quelqu’un l’a remarqué, lui.

Il supposait aussi une obligation en sens inverse. Si le pasteur est tenu de connaître son peuple, le peuple est tenu de se laisser connaître — de se rendre disponible, de répondre honnêtement, et de soutenir l’œuvre.

Nous vous prions, frères, d’avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous …Ayez pour eux beaucoup d’affection, à cause de leur œuvre. 1 THESSALONICIENS 5:12–13

Une mise en garde nécessaire

Maintenant, un avertissement au sujet du livre lui-même. « Le pasteur réformé » est l’un des livres les plus pénétrants de la langue anglaise, et l’un des plus écrasants. L’exigence de Baxter est extraordinairement élevée, et son ton implacable. Des pasteurs déjà consciencieux — précisément ceux qui le lisent — en ont été réduits au désespoir et, dans certains cas, poussés à quitter tout à fait le ministère. Ce n’était pas son intention. Il écrivait pour secouer des hommes devenus suffisants, non pour achever des hommes déjà à bout. La sauvegarde consiste à le lire en tenant l’Évangile dans l’autre main. Chaque échec qu’il met au jour est un échec que Christ a déjà porté.

Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. ROMAINS 8:1

Deux questions tirées du livre peuvent être posées dès ce soir par quiconque enseigne ou dirige. Y a-t-il une chose que vous recommandez régulièrement aux autres sans la pratiquer vous-même ? Et pourriez-vous écrire les noms des personnes dont vous avez la charge, et dire quelque chose de vrai sur l’état spirituel de chacune ?

POUR RÉFLÉCHIR ET AGIR

1. Nommez une chose que vous recommandez régulièrement aux autres et que vous ne faites pas. Commencez à la faire cette semaine.

2. Examinez-vous à la lumière des quatre péchés du ministère — l’orgueil, la paresse, la mondanité, l’esprit querelleur — et discernez lequel est le vôtre.

3. Si vous exercez une responsabilité, écrivez les noms de ceux qui vous sont confiés et notez en face de chacun ce que vous savez réellement de son état spirituel. Les blancs, voilà le travail.

4. Apprenez les quatre catégories de 1 Thessaloniciens 5:14 et vérifiez si vous traitez tout le monde de la même manière.

5. Prenez contact avec une personne qui s’est discrètement éloignée. Demandez-lui comment elle va, et non pourquoi elle ne vient plus.

6. Si ce chapitre vous écrase au lieu de vous convaincre de péché, arrêtez-vous et lisez Romains 8:1. Changez une chose ; ne désespérez pas.

UNE PRIÈRE
Seigneur, j’ai recommandé aux autres ce que je ne pratique pas, et j’ai prêché aux gens au lieu de les connaître.
Sonde-moi. Montre-moi l’orgueil que j’ai déguisé en conviction, la paresse que j’ai appelée étude, l’esprit querelleur que j’ai appelé zèle. Garde mon âme, afin que j’aie quelque chose à donner.
Montre-moi ceux dont j’ai discrètement fait mon deuil, et donne-moi le discernement d’avertir ceux qui vivent dans le désordre et de consoler ceux qui sont abattus, sans confondre les uns avec les autres.
Garde ce poids sur moi — que je veille sur les âmes comme devant en rendre compte — et quand je vois combien je reste en deçà, ne me laisse pas désespérer. Ma position devant toi n’a jamais reposé sur mes performances. Amen.
Page 1 / 1 · 11 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant