Chapitre 4 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
Le repos éternel des saints
Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. HÉBREUX 4:9
En 1647, Baxter avait trente et un ans et il était mourant — c’est du moins ce que tout le monde croyait, lui compris. Il s’était effondré après deux années comme aumônier dans l’armée ; des amis l’avaient recueilli dans une maison de campagne, très loin de sa bibliothèque, et il resta alité des mois durant, presque sans livres à consulter. Il décida de consacrer ce qu’il pensait être ses derniers mois à méditer sur le lieu où il allait, et à mettre par écrit ce qu’il en pensait. Le résultat fut « Le repos éternel des saints », qui le rendit célèbre dans toute l’Angleterre. Il se rétablit, et vécut encore quarante-quatre ans. Le livre qu’il avait écrit pour son propre lit de mort fut lu au chevet de milliers d’autres mourants.
Ce que signifie le repos
Baxter commença par définir le mot, car on a vite fait de le rendre sentimental. Le repos n’est pas l’oisiveté. Le repos céleste, tel qu’il l’exposait, a deux faces : la cessation de ce qui nous a épuisés, et l’entrée dans la jouissance de ce pour quoi nous avons été faits. C’est la fin du labeur et le commencement de la possession.
Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! …afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. APOCALYPSE 14:13
Le côté négatif est facile à énoncer, et Baxter, qui souffrait sans relâche, l’énonçait avec émotion. Il y aura une fin au péché — non seulement à sa culpabilité, qui est déjà réglée, mais à sa présence en nous. Une fin au chagrin, à la maladie, à la tentation, à la persécution, à la peur de la mort, et au spectacle de l’Église de Dieu divisée et harcelée.
Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. APOCALYPSE 21:4
Un repos auprès d’une Personne
Mais Baxter s’impatientait d’un ciel décrit surtout par ce qui y manquera. La substance du repos, insistait-il, c’est Dieu lui-même, connu, aimé et savouré. Il y aura une connaissance parfaite : tout croyant qui a peiné sur l’obscurité de l’Écriture, le silence de la providence ou les raisons de sa propre souffrance aura la réponse — non sous forme d’argument, mais par la vue. Il y aura un amour parfait, que Baxter tenait pour le cœur de tout : la faculté dont nous avons fait le plus mauvais usage, en la dépensant pour des choses incapables de nous la rendre, aura enfin un objet digne d’elle tout entière. Et il y aura une joie parfaite, qui découle des deux autres, puisque la joie est ce qui se produit quand une âme connaît et aime ce qui le mérite.
Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d’abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. PSAUME 16:11
L’idée qui ordonne le tout, c’est que le ciel n’est pas un lieu dont nous jouissons, mais une Personne que nous voyons.
Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. 1 JEAN 3:2
Baxter dégageait l’enchaînement de ce verset. Voir produit la ressemblance. La transformation à laquelle nous avons travaillé toute notre vie, avec un succès si partiel, sera accomplie entièrement par la vue de Christ. Voilà pourquoi il jugeait une image égocentrique du ciel — les retrouvailles avec la famille, la fin des soucis, la couronne et la harpe — vraie, mais terriblement insuffisante. Ces choses sont réelles. Elles ne sont pas l’essentiel. Un croyant dont l’espérance du ciel pourrait être comblée par le confort et la compagnie n’a pas encore compris ce qu’il espère.
Un repos où l’on entre ensemble
Il est une dimension du repos que Baxter ressentait plus vivement que la plupart, et elle naissait de sa situation. Il passa sa vie à regarder l’Église d’Angleterre se déchirer, et chacun des partis qu’il tenta d’unir conclut qu’il appartenait au camp adverse. Aussi, quand il écrivait sur le ciel, la fin des divisions en occupait-elle presque le centre.
Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges, de l’assemblée des premiers-nés. HÉBREUX 12:22–23
L’assemblée des premiers-nés. Un seul rassemblement, sans division, réunissant les partis qui refusaient de s’asseoir à la même table et les hommes qui écrivaient les uns contre les autres. Baxter y trouvait un réconfort, et aussi un reproche. Si nous devons passer l’éternité dans la compagnie ininterrompue de chrétiens avec qui nous ne supportons pas aujourd’hui de nous trouver dans une même pièce, alors nos divisions présentes sont temporaires — ce que notre théologie admet et ce que notre conduite dément. Sa suggestion pratique était de penser au ciel chaque fois qu’une querelle d’Église s’envenime, et de se demander de quoi l’affaire aura l’air vue de là-haut. Il trouvait que cela abrégeait bien des disputes — mais pas toutes les siennes, reconnaissait-il.
La maladie que le livre voulait guérir
Baxter n’écrivit pas ce livre comme une théologie spéculative, et on y trouve très peu de curiosité pour la mécanique du monde à venir. Il l’écrivit comme le remède à une maladie qu’il jugeait presque universelle chez les chrétiens : nous croyons au ciel et nous n’y pensons jamais. La conséquence, soutenait-il, est une religion du devoir morose. Le croyant qui ne contemple jamais sa destination trouve l’obéissance pesante, la souffrance intolérable et la mort terrifiante — non que sa doctrine soit fausse, mais parce qu’il en a laissé la meilleure part inemployée.
Aussi la dernière partie du livre — celle qui lui tenait le plus à cœur, et la raison pour laquelle il fut si largement utilisé — passe-t-elle de la description du ciel à une question pratique : comment un chrétien s’y prend-il, concrètement, pour y penser ? Sa réponse est une discipline qu’il appelait la contemplation céleste, exposée avec la minutie d’un homme qui indique le chemin à un étranger dans une ville inconnue.
Si donc vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses d’en haut …Affectionnez-vous aux choses d’en haut, et non à celles qui sont sur la terre. COLOSSIENS 3:1–2
Pourquoi elle doit être délibérée
Son observation de départ est que cela ne se fait pas tout seul. Les croyants supposent que, s’ils tiennent la doctrine, son réconfort sera disponible au moment voulu — au bord d’une tombe, ou dans une crise. L’expérience de Baxter était inverse. L’esprit ne va pas au ciel de lui-même ; il va là où on l’a habitué à aller, c’est-à-dire en général vers l’argent, le travail, les griefs et l’avenir immédiat. Une vérité sur laquelle nous ne nous sommes jamais arrêtés ne sera pas là quand nous tendrons la main vers elle.
Parce que nous regardons, non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. 2 CORINTHIENS 4:18
Regarder est un verbe actif. L’invisible ne s’impose pas à notre attention ; il faut le regarder.
Baxter était d’un sens pratique presque comique quant à l’organisation. Fixez un moment — chaque jour si possible, au moins chaque semaine —, car les intentions occasionnelles s’évaporent ; il jugeait les après-midi et les soirées du dimanche particulièrement propices. Choisissez un lieu tranquille ; lui-même aimait marcher dans les champs vers le soir. Venez le cœur libre, et non au sortir d’une querelle ou alourdi par les affaires. Et prenez un texte ou une scène plutôt que d’essayer de penser au ciel en général : une promesse précise, une description précise de l’Apocalypse, un attribut précis de Dieu. Le flou fait échouer la méditation.
La considération, puis les affections
L’exercice lui-même comporte deux étapes, et Baxter insistait sur le fait que la plupart des gens s’arrêtent après la première. La première est la considération — le travail délibéré de l’intelligence. Retournez la vérité dans tous les sens. Demandez-vous ce qu’elle signifie et ce qu’elle vaut. Comparez le ciel avec ce que vous poursuivez en ce moment. La seconde est la mise en mouvement des affections, et c’est là tout l’objet de l’exercice. La considération est le soufflet ; les affections sont le feu. Après avoir réfléchi à la vérité, efforcez-vous délibérément de l’aimer, de la désirer, de vous en réjouir, et de vous affliger de l’avoir négligée.
Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. PSAUME 73:25
Baxter faisait grand cas du soliloque — prêcher à sa propre âme, comme le font les psalmistes : « Pourquoi t’abats-tu, mon âme ? » On peut plaider avec soi-même comme on plaiderait avec un autre, et Baxter pensait que la plupart des chrétiens seraient transformés s’ils se parlaient à eux-mêmes ne serait-ce qu’avec la moitié de la franchise qu’ils mettent à parler aux autres. L’exercice s’achève en conversation avec Dieu, la méditation se changeant naturellement en prière, là où elle tendait depuis le début.
Il ajoutait une aide pour ceux dont l’esprit se vide au mot « ciel ». Raisonnez en remontant à partir de ce que vous connaissez. Prenez la joie la plus profonde que vous ayez éprouvée — des retrouvailles, une guérison, un fardeau ôté — et considérez qu’elle est l’ombre portée de quelque chose de plus grand, venue d’un Dieu qui a inventé la joie et n’en a pas épuisé la réserve.
Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. 1 CORINTHIENS 2:9
Il était attentif aux limites. Il s’agit de comparaison, non de construction : dès que l’exercice se met à produire un lieu façonné par nos préférences plutôt que par la présence de Dieu, il a fait fausse route. Et rien de ce qu’il fait entrevoir ne peut être enseigné comme un fait. L’Écriture gouverne, et là où elle se tait, nous acceptons de ne pas savoir.
Deux mises en garde
D’abord, cela peut devenir une technique, et une technique peut devenir un fardeau. Baxter rédigeait des directives, il n’édictait pas une loi, et le croyant qui mesure sa spiritualité à la réussite de l’exercice en a fait un mauvais usage. Ensuite — et c’est important —, certaines personnes n’en sont pas capables, et ce n’est pas leur faute. Ceux qu’accablent le deuil, l’épuisement ou cette maladie de l’esprit que Baxter appelait la mélancolie peuvent constater qu’une méditation prolongée les enfonce au lieu de les aider. Il le savait et le disait, et nous en viendrons à ses conseils sur ce point dans un chapitre ultérieur. Une telle personne ne doit pas conclure que le ciel lui est fermé parce que son esprit ne parvient pas à se poser.
Il est une question qui mérite d’être emportée au sortir de ce chapitre, et c’est un bon test pour savoir si la doctrine est devenue réelle. Si le ciel se composait de tout ce que vous y associez actuellement — l’absence de douleur, les retrouvailles, le repos — mais que Dieu lui-même, d’une manière ou d’une autre, n’y soit pas, voudriez-vous encore y aller ?
POUR RÉFLÉCHIR ET AGIR
1. Notez ce que vous vous représentez réellement quand vous pensez au ciel. Remarquez quelle part de cette image tourne autour de vous.
2. Répondez honnêtement à la question ci-dessus. Si Dieu n’y était pas, le voudriez-vous encore ?
3. Fixez cette semaine un moment et un lieu précis pour une méditation délibérée sur le ciel. Vingt minutes suffisent pour commencer.
4. Prenez une promesse concrète plutôt que le sujet en général, et ne vous arrêtez pas à la compréhension. Éveillez vos affections — le désir, la joie, la tristesse de votre propre négligence.
5. Essayez le soliloque. Adressez-vous à voix haute à votre âme comme vous le feriez à un ami qu’il faut convaincre.
6. Si votre esprit ne parvient pas à se poser à cause du deuil ou de l’épuisement, ne le forcez pas et ne vous condamnez pas. Lisez plutôt le chapitre « Conseils aux mélancoliques ».
UNE PRIÈRE
Père, je crois au ciel et je n’y pense presque jamais, et ma religion s’en est trouvée alourdie.
Pardonne-moi une espérance si petite qu’elle pourrait se contenter de confort et de compagnie. C’est toi, le repos. Non pas l’absence de mes ennuis — toi-même.
Mon esprit va là où on l’a habitué à aller. Apprends-moi à regarder délibérément ce qui est invisible, et conduis-moi au-delà de la compréhension, jusqu’au désir.
Et là où mon cœur est trop lourd pour s’élever, sois doux avec moi, et relève-le toi-même. Rappelle-moi qu’il reste un repos pour ton peuple, et que je suis en chemin vers lui. Amen.
Chapitre 4 terminé
Le repos éternel des saints