Chapitre 4 · 9 min de lecture · 11 min d’écoute
Trois sortes de foi
Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. ÉPHÉSIENS 2:8–9
Après avoir écarté ce que la foi n’est pas, Evans se tourne vers ce que l’Écriture en dit réellement. Quand il étudie la Bible, explique-t-il à ses lecteurs dans « Il tient mes lendemains » puis de nouveau dans « Le festin à la table », il y trouve la foi évoquée de trois manières distinctes : la foi qui sauve, la foi comme fruit de l’Esprit et le don de la foi. Le classement est simple, presque un plan d’instituteur, et c’est en partie ce qui le rend utile. Mais la conclusion qu’il en tire est profonde, et elle traverse tout le reste de son enseignement.
La foi qui sauve
La première sorte de foi est celle par laquelle nous sommes sauvés. Evans lit Éphésiens 2:8 comme un enseignement selon lequel même cette foi-là n’est pas une chose que nous tirons de nos propres ressources. Nous pouvons choisir de croire et vouloir croire, mais la capacité de se confier en Christ pour le salut vient de Dieu. Il n’y a pas en nous, dit-il en substance, de réserve de foi qui n’attendrait que d’être puisée.
C’est la foi que partage tout croyant né de nouveau. Par elle nous sommes justifiés, tenus pour justes à cause de Christ, et introduits dans la famille de Dieu. Evans aime s’attarder ici sur la grâce. Il aime placer la grâce et la miséricorde côte à côte, comme beaucoup de prédicateurs avant lui : la grâce nous comble du bien que nous n’avons jamais mérité, et la miséricorde nous épargne le jugement que nous avions amplement mérité. La foi qui sauve reçoit l’une et l’autre.
Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. ROMAINS 5:1
Mais Evans ajoute une observation triste, tirée de longues années de ministère pastoral. Beaucoup de chrétiens, croit-il, ne vont jamais beaucoup plus loin que ce commencement. Il trouve une mesure de la maturité dans les paroles que l’apôtre Jean adresse aux petits enfants, aux jeunes gens et aux pères :
Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le malin. Je vous ai écrit, petits enfants, parce que vous avez connu le Père. 1 JEAN 2:13
Ce ne sont pas des âges mais des étapes, insiste Evans. Il a rencontré de jeunes croyants qui étaient déjà des pères et des mères dans la foi, et des membres d’Église âgés qui étaient encore des enfants. Le petit enfant sait que ses péchés sont pardonnés et peut appeler Dieu Père ; le jeune homme est fort, la Parole demeure en lui et il triomphe du malin ; le père en est venu à connaître celui qui est dès le commencement. La foi qui sauve est la porte, pas la maison.
La foi comme fruit de l’Esprit
La deuxième sorte de foi est le fruit de l’Esprit. Dans la version King James, la liste de Galates 5 nomme expressément la foi (Segond traduit « la fidélité ») :
Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la foi, la douceur, la tempérance; la loi n’est pas contre ces choses. GALATES 5:22–23
Evans l’illustre par une histoire qu’il raconte depuis des années, dans ses livres comme en chaire, et dont il reconnaît ouvertement qu’elle est inventée. Assis avec Anne dans leur jardin canadien par un soir d’été, il entendit un gémissement suivi d’un soupir de soulagement, et ils se retournèrent pour voir un pommier forcer jusqu’à ce qu’une pomme surgisse sur une branche. Puis les pruniers et les cerisiers se mirent à faire de même. Personne, bien sûr, ne croit cette histoire. Les arbres ne produisent pas de fruit à force d’efforts. Et pourtant, dit Evans, c’est exactement ainsi que bien des croyants pensent que se produit le fruit de l’Esprit : en faisant de gros efforts.
Un arbre porte du fruit en restant là où Dieu l’a planté, en buvant la pluie et en puisant la sève dans le sol. Le fruit est l’expression naturelle de la vie qui est en lui.
Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu’il fait lui réussit. PSAUME 1:3
Il en va de même pour la foi comme fruit. Elle croît lentement, au fil des années, chez le croyant qui demeure en Christ. Elle demande la taille, la patience et la confiance, mais pas la crispation. Evans y ajoute un conseil pratique bien à lui : au lieu d’examiner sans cesse nos sarments pour y guetter des signes de fruit, nous ferions mieux de tourner les yeux vers le cep.
Il remarque aussi que les fruits énumérés par Paul semblent se faire plus rares à mesure que la liste avance. La plupart des nouveaux croyants goûtent tôt à l’amour, à la joie et à la paix ; la foi, la douceur et la maîtrise de soi sont rares et lentes à mûrir. Et le mot fruit est au singulier. Ce ne sont pas neuf fruits distincts, mais un seul fruit qui se manifeste de différentes manières, à mesure que l’unique vie de Christ se forme en nous.
Le don de la foi
La troisième sorte de foi est l’un des dons de l’Esprit énumérés en 1 Corinthiens 12 :
À un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit. 1 CORINTHIENS 12:9
Evans y voit une assurance particulière, donnée par Dieu pour une situation précise, accordée pour le bien de tout le corps. Il l’illustre par une scène qu’il décrit plus d’une fois : un conseil d’Église divisé sur l’embauche d’un animateur de jeunesse qu’il n’a pas les moyens de payer. Les membres prient et discutent, puis l’un d’eux, arrivé opposé au projet, déclare que quelque chose a changé en lui pendant qu’il écoutait ; il sait maintenant que le Seigneur est dans cette affaire. En quelques minutes, tous sont d’accord. Voilà, pour Evans, le don de la foi : Dieu qui plante dans son peuple, pour ce moment-là et pour ce besoin-là, une assurance qui l’emporte sur les circonstances.
Il raconte aussi l’histoire d’un jeune ami du pays de Galles, affligé d’un bégaiement invalidant, qui, contre tous les conseils, y compris ceux d’Evans lui-même, tint à louer une salle pour dire à sa ville natale ce que Christ avait fait pour lui, et parla distinctement pour la première fois de sa vie. Dieu avait donné à son faible serviteur la foi pour cette heure-là.
Tout vient de Dieu
Après avoir exposé les trois, Evans fait l’observation qui gouverne tout le reste de son enseignement sur la foi. Toutes trois ont leur source en Dieu, et non dans le croyant. La foi qui sauve est son don ; la foi comme fruit est ce que son Esprit fait croître en nous ; le don de la foi est la manifestation de son Esprit à travers nous. Nous ne pouvons rien faire pour fabriquer la foi.
Ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. HÉBREUX 12:2
Voilà pourquoi il supplie, non sans émotion, que personne ne dise à un croyant malade ou en difficulté d’avoir plus de foi. Ce en quoi une telle personne a besoin de grandir, dit-il, c’est la confiance : la disposition, jour après jour, à s’appuyer sur Dieu et à lui obéir. Cela est à notre portée, car ce n’est rien d’autre que la réponse d’un enfant à un Père qui a déjà agi.
Certains lecteurs voudront ajouter que le Nouveau Testament commande aussi la foi et loue ceux qui y grandissent ; la foi est un don de Dieu, mais elle est aussi véritablement notre réponse, et l’Écriture n’oppose pas l’un à l’autre. Evans en conviendrait. Ce qui le préoccupe, c’est la racine. Là où l’on considère la foi comme une réussite humaine, l’orgueil et le désespoir ne sont jamais loin. Là où on la reçoit comme l’œuvre de Dieu, le croyant est humilié et rendu libre.
Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. ROMAINS 10:17
Le chemin pratique ne consiste donc pas à nous évertuer à avoir la foi, mais à nous placer là où Dieu la donne : dans sa Parole, dans la prière, au milieu de son peuple, en demeurant dans le cep.
POUR RÉFLÉCHIR ET AGIR
1. À partir des trois étapes de Jean, petit enfant, jeune homme et père, demandez-vous honnêtement où vous en êtes dans votre marche avec Dieu. Ne vous laissez pas décourager par la réponse ; demandez-vous quel pourrait être le pas suivant.
2. Dressez la liste des neuf fruits de l’Esprit et soulignez celui qui vous semble le moins présent dans votre vie. Au lieu de vous promettre de faire plus d’efforts, prenez du temps cette semaine pour simplement demeurer en Christ, dans la prière et dans la Parole.
3. Rappelez-vous un moment où vous-même, ou votre Église, avez reçu une assurance inattendue que Dieu était à l’œuvre dans quelque chose. Remerciez-le pour cela.
4. Remplacez l’expression « ayez plus de foi » dans votre vocabulaire par une offre de prier, d’aider ou de rester aux côtés de l’autre.
5. Lisez Romains 10:17 et réservez des moments réguliers pour écouter la Parole, et non seulement pour la lire.
UNE PRIÈRE
Père, ce n’est pas par ma propre foi que j’ai trouvé le chemin jusqu’à toi. Tu m’as ouvert les yeux et tu m’as donné la foi pour me confier en ton Fils, et je te remercie.
Je confesse que j’ai souvent essayé de produire du fruit à force d’efforts, et que j’en suis sorti las et honteux. Apprends-moi plutôt à demeurer, à boire au fleuve de ton Esprit, et à te laisser porter du fruit en moi en sa saison.
Quand ton peuple se trouve face à des montagnes, donne-nous la foi pour l’heure présente, et qu’elle te rende gloire à toi seul.
Chef et consommateur de ma foi, achève ce que tu as commencé en moi. Amen.
Questions pour la réflexion
Quelles sont les trois sortes de foi qu’Evans trouve dans l’Écriture ?
La foi qui sauve, par laquelle nous sommes justifiés et introduits dans la famille de Dieu ; la foi comme fruit de l’Esprit, l’un des fruits de l’Esprit énumérés en Galates 5 ; et le don de la foi, l’un des dons de l’Esprit énumérés en 1 Corinthiens 12, accordé pour une situation précise et pour le bien de tout le corps.
Comment Evans lit-il les paroles que Jean adresse aux petits enfants, aux jeunes gens et aux pères ?
Comme des étapes de maturité, et non comme des âges. Le petit enfant sait que ses péchés sont pardonnés et peut appeler Dieu Père ; le jeune homme est fort, la Parole demeure en lui et il triomphe du malin ; le père en est venu à connaître celui qui est dès le commencement. La foi qui sauve est « la porte, pas la maison ».
Quel est le sens de l’histoire du pommier qui gémit, qu’Evans reconnaît avoir inventée ?
Les arbres ne produisent pas de fruit à force d’efforts, et pourtant bien des croyants pensent que le fruit de l’Esprit s’obtient en faisant de gros efforts. Un arbre porte du fruit en restant là où Dieu l’a planté et en puisant la sève dans le sol ; de même, la foi comme fruit croît lentement chez le croyant qui demeure en Christ. C’est pourquoi Evans conseille de tourner les yeux vers le cep plutôt que d’examiner sans cesse nos sarments.
Comment Evans illustre-t-il le don de la foi ?
Par un conseil d’Église divisé qui débat de l’embauche d’un animateur de jeunesse qu’il n’a pas les moyens de payer : un membre, arrivé opposé au projet, découvre que quelque chose a changé en lui et sait que le Seigneur est dans cette affaire, et en quelques minutes tous sont d’accord. Il raconte aussi l’histoire d’un jeune ami du pays de Galles, affligé d’un bégaiement invalidant, qui loua une salle pour dire à sa ville ce que Christ avait fait pour lui, et parla distinctement pour la première fois de sa vie.
Quelle conclusion Evans tire-t-il du fait que les trois sortes de foi viennent de Dieu ?
Que nous ne pouvons rien faire pour fabriquer la foi, et que personne ne devrait donc dire à un croyant malade ou en difficulté d’avoir plus de foi. Ce en quoi une telle personne a besoin de grandir, c’est la confiance, la disposition, jour après jour, à s’appuyer sur Dieu et à lui obéir ; et le chemin pratique consiste à nous placer là où Dieu donne la foi : dans sa Parole, dans la prière, au milieu de son peuple, en demeurant dans le cep.
Chapitre 4 terminé
Trois sortes de foi