Chapitre 3 · 8 min de lecture · 11 min d’écoute
Ce que la foi n’est pas
Or sans la foi il est impossible de lui être agréable; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. HÉBREUX 11:6
« Il tient mes lendemains » ne s’ouvre pas sur une définition mais sur une blessure. Evans raconte la visite qu’il rendit à une femme atteinte d’une maladie longue et déroutante, une croyante fidèle qui pouvait à peine sortir de chez elle. Un jour, il la trouva en larmes. Une amie de son Église venait de lui téléphoner pour lui dire que le groupe de prière avait décidé de cesser de prier pour elle, car si elle avait eu assez de foi, elle serait déjà guérie. Evans comprit aussitôt que quelque chose avait gravement déraillé dans l’idée que cette Église se faisait de la foi, et il écrivit tout un livre pour remettre les choses en ordre.
Cette entrée en matière vous dit pourquoi le sujet lui importe tant. Pour Evans, la foi n’est pas une doctrine abstraite ; c’est une urgence pastorale. Les idées fausses sur la foi font de vrais dégâts. Elles accablent les malades de culpabilité, poussent les Églises à des décisions insensées et éloignent de Dieu des croyants déçus, persuadés qu’il les a laissés tomber. Avant de dire ce qu’est la foi, il commence donc par déblayer le terrain en disant ce qu’elle n’est pas.
La foi n’est pas une simple croyance
La première confusion porte sur la foi et la croyance. Evans ne veut pas dire que croire des choses vraies soit sans importance ; il veut dire que l’assentiment de la tête n’est pas la foi qui sauve ou qui plaît à Dieu. Jacques le dit avec une certaine rudesse :
Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. JACQUES 2:19
Les sondages, fait remarquer Evans, montrent régulièrement qu’un grand nombre de gens, dans des pays comme le Canada, croient que Jésus est ressuscité des morts. Cela ne change visiblement rien à leur manière de vivre. Une croyance qui laisse la vie intacte n’est pas ce que le Nouveau Testament appelle la foi.
Il se souvient qu’à l’école juive où il enseignait à Toronto, le grand rabbin lui confia un jour sa tristesse de voir ses élèves ne croire en Dieu qu’avec leur tête. Dans « Il tient mes lendemains », Evans retourne la plainte du rabbin contre l’Église. Bien des gens assis sur nos bancs, suggère-t-il, ressemblent exactement à ces élèves : ils ont la connaissance intellectuelle, mais aucune expérience vivante du Christ.
La foi n’est pas la présomption
La deuxième confusion porte sur la foi et la présomption. Dans plus d’un de ses livres et de ses sermons, Evans parle d’Églises qui avaient décidé de construire bien au-delà de leurs moyens parce que Dieu, de toute évidence, les bénissait, et qui taxaient de manque de foi quiconque hésitait. Quand les taux d’intérêt montèrent et qu’un employeur local ferma ses portes, la dette les écrasa, des membres partirent, et beaucoup finirent par accuser Dieu. Selon lui, elles avaient pris un pari religieux pour de la foi, en supposant tacitement que si le pari échouait, la faute en reviendrait à Dieu.
Pour Evans, l’exemple le plus clair de la différence est la tentation de Jésus. Satan l’invite à changer des pierres en pain et à se jeter du haut du temple, en citant l’Écriture pour prouver que les anges le rattraperont. Jésus aurait pu faire l’un et l’autre. Mais agir sur la base d’une promesse en dehors de la volonté du Père n’aurait pas été de la foi ; c’eût été de la présomption.
Jésus lui répondit: Il est dit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. LUC 4:12
Evans est prudent sur ce point. Il ne méprise pas ceux qui bâtissent leur vie sur les promesses de Dieu ; il dit clairement qu’il y a beaucoup de bon à enseigner aux gens à s’appuyer sur la Parole. Mais il insiste : nous devons lire la Parole correctement, ne revendiquer que les promesses qui s’appliquent à nous, et en remplir les conditions lorsqu’elles en comportent. Certaines promesses sont inconditionnelles : rien ne peut séparer le croyant de l’amour de Dieu. D’autres, comme la paix et la joie que Jésus a promises dans la chambre haute, appartiennent à ceux qui gardent sa parole.
La foi n’est pas l’espérance
La troisième confusion est de celles auxquelles Evans revient sans cesse : la confusion entre la foi et l’espérance. Une grande partie de ce que l’enseignement populaire appelle la foi, suggère-t-il, est en réalité de l’espérance. Quand un chrétien dit, en substance, que Dieu l’a dit, qu’il le croit et que la question est réglée, il exprime l’attente confiante de ce que Dieu a promis. C’est une chose précieuse, mais c’est de l’espérance. Dans plusieurs de ses livres, Evans résume la distinction par un contraste simple : l’espérance relève de l’intelligence et se manifeste par la confiance ; la foi relève du cœur et se manifeste par l’obéissance. Il en trouve une indication dans l’image que Paul donne de l’armure du chrétien :
Mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, ayant revêtu la cuirasse de la foi et de la charité, et ayant pour casque l’espérance du salut. 1 THESSALONICIENS 5:8
La cuirasse protège le cœur, et c’est la foi et la charité ; le casque protège la tête, et c’est l’espérance. Le chapitre six de ce livre reviendra sur l’espérance, qu’Evans estime gravement négligée par l’Église.
La foi n’est pas la pensée positive
La quatrième confusion se fait avec la pensée positive. Le monde des affaires, note Evans, enseigne depuis longtemps que l’on devient ce que l’on pense être, et une bonne partie de l’Église a emprunté l’idée. Il se montre ici le plus tranchant envers les enseignants qui disent aux malades de nier leurs symptômes et aux pauvres de confesser la prospérité, ainsi qu’envers l’usage de techniques de visualisation dans la prière pour la guérison. On ne peut pas, dit-il en substance, se mettre en bonne santé ou obtenir l’exaucement à force de pensée. Un tel enseignement n’est pas la foi, quelle que soit la quantité d’Écriture citée à l’appui.
Pourtant, même ici, il reste équitable. Il croit à la guérison divine, comme l’a toujours fait la tradition de l’Alliance qu’il a servie, et il considère la guérison comme l’une des richesses acquises à la croix. Il a lui-même vu Dieu guérir. Mais il insiste sur le fait qu’il n’existe aucune formule pour l’obtenir, que Dieu demeure souverain lorsqu’il l’accorde, et qu’aucune quantité de foi, de prières ou de larmes ne peut l’y obliger. L’homme qui criait à Jésus pour son fils est, aux yeux d’Evans, un bien meilleur modèle de foi que celui qui revendique avec assurance :
Aussitôt le père de l’enfant s’écria: Je crois! Viens au secours de mon incrédulité! MARC 9:24
Peser les distinctions
Les quatre négations d’Evans sont pastoralement sages, et un très grand nombre de croyants en ont été libérés. Il vaut la peine d’ajouter, avec douceur, que le Nouveau Testament ne sépare pas toujours les mots autant qu’il le fait. En grec, le nom qui signifie la foi et le verbe qui signifie croire ont la même racine, si bien que dans l’Évangile de Jean, croire au Christ, c’est tout simplement avoir foi en lui. L’espérance et la foi sont aussi étroitement entrelacées en Hébreux 11:1. Evans reconnaît lui-même que la foi qui sauve commence par le fait de croire, et sa vraie cible n’est pas le fait de croire en tant que tel, mais une croyance qui n’atteint jamais le cœur ni la volonté. Lues sous cet éclairage, ses distinctions sont une aide plutôt qu’un nouveau vocabulaire à imposer.
Le point le plus profond reste solide. La foi n’est pas une quantité que nous produisons, et son absence n’est pas l’explication de chaque chagrin. Aucun croyant ne devrait jamais dire à un frère ou à une sœur qui souffre d’avoir plus de foi, comme si l’affaire était entre ses mains.
Et mon juste vivra par la foi; mais, s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. HÉBREUX 10:38
Le juste vit par la foi ; il ne vit pas de sentiments, de formules ni d’une assurance forcée. Ce qu’est cette foi, positivement, sera le sujet du chapitre suivant.
POUR RÉFLÉCHIR ET AGIR
1. Pensez à une occasion où l’on vous a dit, à vous ou à un proche, qu’un problème venait d’un manque de foi. Quel effet cela a-t-il eu sur vous ? Apportez honnêtement ce souvenir à Dieu.
2. Demandez-vous à laquelle des quatre confusions, une croyance sans vie, la présomption, l’espérance prise pour la foi ou la pensée positive, vous êtes le plus enclin.
3. Repensez à une décision que vous avez un jour appelée un pas de foi. Était-ce une réponse d’obéissance à Dieu, ou de la présomption ? Que feriez-vous autrement ?
4. Si vous connaissez quelqu’un qui est malade ou en difficulté, prenez la résolution de ne pas commenter la taille de sa foi. Rendez-lui visite, priez avec lui, et soyez simplement présent.
5. Lisez lentement Luc 4:1–13 et remarquez comment Jésus répond à chaque tentation par l’Écriture correctement comprise.
UNE PRIÈRE
Seigneur Jésus, tu as refusé de présumer de ton Père alors même que tu avais faim et que tu étais seul. Garde-moi de traiter tes promesses comme des outils au service de ma propre volonté.
Pardonne-moi les fois où j’ai confondu l’assurance avec la foi, ou la croyance de ma tête avec la confiance de mon cœur.
Là où j’ai blessé d’autres personnes en laissant entendre que leur souffrance venait de leur propre manque de foi, pardonne-moi, et rends-moi doux.
Je crois! Viens au secours de mon incrédulité! Amen.
Questions pour la réflexion
Quel épisode ouvre « Il tient mes lendemains », et pourquoi montre-t-il que la foi importe tant à Evans ?
Une croyante fidèle, atteinte d’une maladie longue et déroutante, apprit que le groupe de prière de son Église allait cesser de prier pour elle, car si elle avait eu assez de foi, elle serait déjà guérie. Pour Evans, la foi n’est donc pas une doctrine abstraite, mais une urgence pastorale, car les idées fausses à son sujet accablent les malades de culpabilité, poussent les Églises à des décisions insensées et éloignent de Dieu des croyants.
Comment Evans se sert-il de la tentation de Jésus pour distinguer la foi de la présomption ?
Satan invita Jésus à changer des pierres en pain et à se jeter du haut du temple, en citant l’Écriture selon laquelle les anges le rattraperaient. Jésus aurait pu faire l’un et l’autre, mais agir sur la base d’une promesse en dehors de la volonté du Père n’aurait pas été de la foi ; c’eût été de la présomption.
Quel contraste simple Evans établit-il entre l’espérance et la foi ?
L’espérance relève de l’intelligence et se manifeste par la confiance ; la foi relève du cœur et se manifeste par l’obéissance. Il en trouve une indication en 1 Thessaloniciens 5:8, où la foi et la charité sont une cuirasse qui protège le cœur, et l’espérance un casque qui protège la tête.
Pourquoi Evans refuse-t-il de voir dans la pensée positive de la foi, tout en croyant à la guérison divine ?
Il dit qu’on ne peut pas se mettre en bonne santé ou obtenir l’exaucement à force de pensée, et il se montre tranchant envers ceux qui disent aux malades de nier leurs symptômes ou aux pauvres de confesser la prospérité. Il croit que Dieu guérit et considère la guérison comme l’une des richesses acquises à la croix, mais il insiste sur le fait qu’il n’existe aucune formule pour l’obtenir, que Dieu demeure souverain, et qu’aucune quantité de foi, de prières ou de larmes ne peut l’y obliger.
Selon le chapitre, comment faut-il lire les distinctions tranchées qu’Evans établit entre la foi, la croyance et l’espérance ?
Comme une aide pastorale plutôt que comme un vocabulaire à imposer, puisqu’en grec le nom qui signifie la foi et le verbe qui signifie croire ont la même racine, et qu’Hébreux 11:1 entrelace l’espérance et la foi. Sa vraie cible n’est pas le fait de croire en tant que tel, mais une croyance qui n’atteint jamais le cœur ni la volonté.
Chapitre 3 terminé
Ce que la foi n’est pas