George Müller de Bristol
Le Récit des voies du Seigneur

Chapitre 8 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

Le Récit des voies du Seigneur

LES choses sacrées interdisent même un contact négligent.

Le récit que George Müller a écrit des voies du Seigneur se lit, en certaines parties surtout, presque comme un écrit inspiré, parce qu’il n’est rien d’autre que la trace de la direction divine dans une vie humaine — non pas les œuvres ou les projets, les souffrances ou les services de cet homme, mais les voies du Seigneur envers lui et son action par lui.

Il nous rappelle ce passage frappant des Actes des apôtres où, dans l’espace de vingt versets, Dieu est mis hardiment en avant quinze fois comme le seul Acteur de tous les événements. Paul et Barnabas racontèrent, aux oreilles de l’Église d’Antioche, puis à Jérusalem, non ce qu’ils avaient fait pour le Seigneur, mais tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi ; tous les miracles et les prodiges que Dieu avait faits par eux au milieu des païens. Et, dans le même esprit, Pierre, devant l’assemblée, souligne que Dieu avait fait choix de sa bouche pour que les païens entendissent la parole de l’Évangile et qu’ils crussent ; qu’il leur avait donné le Saint-Esprit et n’avait fait aucune différence entre Juif et païen, ayant purifié leurs cœurs par la foi ; et que celui qui connaît les cœurs leur avait ainsi rendu témoignage. Puis Jacques, sur le même ton, rappelle comment Dieu avait jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple qui portât son nom ; et il conclut par deux citations ou adaptations de l’Ancien Testament, qui résument fort bien toute la question :

« Le Seigneur, qui fait ces choses. »

« À Dieu sont connues toutes ses œuvres de toute éternité. » (Actes 14:27 à 15:18.)

Le sens d’une telle répétition des mêmes termes ne peut être méconnu. Dieu est présenté ici comme le seul agent ou acteur, et les apôtres mêmes les plus en vue, comme Paul et Pierre, seulement comme ses instruments. Il n’y a pas dans la parole de Dieu vingt versets qui contiennent des leçons plus fortes et plus répétées sur l’insuffisance et le néant de l’homme, sur la toute-suffisance et la toute-puissance de Dieu. C’était Dieu qui agissait sur l’homme par l’homme. C’était lui qui avait choisi Pierre pour être son porte-parole, lui dont la clef ouvrait les portes fermées, lui qui jetait les regards sur les nations, qui changeait les pécheurs en saints, qui choisissait dès lors un peuple pour son nom, purifiant les cœurs et leur rendant témoignage ; c’était lui et lui seul qui faisait toutes ces choses merveilleuses, et cela selon sa connaissance et son plan de ce qu’il ferait, dès le commencement. Nous ne lisons pas tant les Actes des apôtres que les actes de Dieu par les apôtres. N’est-ce pas peut-être ce passage même de ce livre inspiré qui suggéra le nom de ce journal : « Les voies du Seigneur envers George Müller » ?

Ce récit ou journal, dans son ensemble, nous ne pouvons que le parcourir rapidement. Dans le présent ouvrage, plus court, condensé à dessein pour atteindre un plus large public, même parmi les gens occupés, ce récit ne pouvait être traité plus complètement, car, dans sa forme originale, il couvre environ trois mille pages imprimées et contient près d’un million de mots. Ceux qui peuvent et veulent lire ce compte rendu plus détaillé y ont accès à bas prix,* et nous le leur recommandons vivement pour une lecture attentive et sans hâte. Mais, pour le but présent, l’histoire de sa vie, telle qu’on la trouve dans ces pages, prend une forme à la fois plus brève et différente.

* Cinq volumes à 16s. Publiés par Jas. Nisbet & Co., Londres. Avec les rapports annuels ultérieurs à 3d. chacun.

Le journal est en grande partie composé des rapports annuels de l’œuvre, condensé à partir d’eux, puis complété par eux ; il comprend naturellement et nécessairement, non seulement des milliers de petits détails, mais aussi beaucoup de répétitions inévitables d’année en année, parce que chaque nouveau rapport risquait de tomber entre les mains de personnes qui n’avaient jamais lu ceux des années précédentes. Le désir et le dessein de ce mémoire plus bref est de présenter les points saillants du récit, de passer en revue toute l’histoire de cette vie comme depuis les grands sommets ou belvédères qu’offre ce journal remarquable ; de sorte que, comme l’observateur qui, du haut de quelque pic élevé, regarde vers les différents points de l’horizon et embrasse ainsi d’un coup d’œil rapide, saisissant, comparatif et complet tout le paysage, le lecteur puisse saisir comme d’un seul regard les traits marquants du caractère et de la carrière de cet homme pieux, qui incitent à faire de nouveaux pas en avant dans la foi et dans une vie sainte. Quelques-unes des notes caractéristiques du journal trouveront place ici ; d’autres, seulement en substance ; tandis que, pour la plupart, il suffira d’en donner une vue d’ensemble, en classant les faits principaux et en donnant sous chaque catégorie quelques exemples et illustrations représentatifs.

À considérer ce récit dans son ensemble, il faut noter avec soin certaines particularités saillantes. Nous avons ici le récit et la révélation de sept expériences frappantes :

1. L’expérience de difficultés financières fréquentes et parfois prolongées.

L’argent en caisse pour les besoins personnels, pour les besoins de centaines et de milliers d’orphelins, et pour les diverses branches de l’œuvre de l’Institution pour la connaissance des Écritures, était souvent réduit à une seule livre, ou même à un seul penny, et quelquefois à rien. Il fallait donc s’attendre constamment à Dieu, regarder directement à lui pour toutes les ressources. Pendant des mois, sinon des années de suite, et à plusieurs périodes de l’œuvre, les ressources ne furent fournies que de mois en mois, de semaine en semaine, de jour en jour, d’heure en heure ! La foi était ainsi tenue dans un exercice vivant et sous une discipline perpétuelle.

2. L’expérience de la fidélité immuable du Dieu-Père.

Les difficultés furent longues et éprouvantes, mais il n’y eut jamais un seul cas où le secours fit défaut ; jamais une heure de repas sans au moins un repas frugal, jamais un besoin ou une crise sans que vînt la provision et le soutien divins. M. Müller dit à l’auteur de ces lignes : « Non pas une fois, ni cinq fois, ni cinq cents fois, mais des milliers de fois au cours de ces soixante années, nous n’avons pas eu en main de quoi faire un seul repas de plus, ni en vivres ni en fonds ; mais pas une seule fois Dieu ne nous a fait défaut ; pas une seule fois, nous ou les orphelins, nous n’avons eu faim ni manqué d’aucun bien. » De 1838 à 1844 s’étendit une période de difficultés particulières et prolongées ; et pourtant, quand le moment du besoin arrivait effectivement, la provision était toujours donnée, quoique souvent au dernier moment.

3. L’expérience de l’action de Dieu sur l’esprit, le cœur et la conscience des donateurs de l’œuvre.

On sera amplement récompensé de parcourir pas à pas ces milliers de pages, ne serait-ce que pour suivre la main de Dieu touchant, dans le monde entier, les ressorts de l’action humaine par des voies qui lui sont propres, et dans des temps de grand besoin, et ajustant au besoin existant le montant, le jour et l’heure exacts de la provision. Littéralement des extrémités de la terre, des hommes, des femmes et des enfants qui n’avaient jamais vu M. Müller et ne pouvaient rien savoir de la gêne du moment ont été amenés, au point critique même de la situation, à envoyer de l’aide dans la somme exacte ou sous la forme la plus nécessaire. Dans des cas sans nombre, alors qu’il était à genoux à demander, la réponse est venue en une correspondance si étroite avec la requête qu’elle excluait le hasard comme explication et forçait à croire en un Dieu qui exauce la prière.

4. L’expérience d’une dépendance habituelle du Dieu invisible et de rien d’autre.

Les rapports, publiés chaque année pour faire connaître au public l’histoire et les progrès de l’œuvre, et pour rendre compte de leur gestion aux nombreux donateurs qui avaient droit à un rapport — ces rapports ne faisaient aucun appel direct à l’aide. À une certaine époque, et c’était un temps de grand besoin, M. Müller se sentit conduit à retenir l’exposé annuel habituel, de peur que certains n’interprétassent le compte rendu de l’œuvre déjà faite comme un appel à l’aide pour l’œuvre encore à faire, et ne retirassent ainsi quelque chose à la gloire du grand Pourvoyeur.* Le Dieu vivant seul était et est le Patron de ces institutions ; et jamais pas même le plus sage ni le plus riche, le plus noble ni le plus influent des êtres humains n’a été considéré comme leur appui.

* Par exemple, le vol. II, p. 102, rapporte que le rapport donné porte sur 1846-1848, aucun rapport n’ayant été publié pour 1847 ; et à la page 113, à la date du 25 mai, on trouve ces mots : « pas, à beaucoup près, assez pour faire face aux dépenses de la maison », etc. ; et, les 28 et 30 mai, d’autres mots comme ceux-ci : « maintenant notre pauvreté », « dans ce grand besoin qui est le nôtre », « en ces jours de gêne ». M. Wright pense que c’est pour cette raison même que M. Müller ne publia pas le rapport de 1847.

5. L’expérience d’un soin consciencieux dans l’acceptation et l’emploi des dons.

Voici un modèle pour tous ceux qui agissent comme intendants de Dieu. Chaque fois qu’il y avait quelque motif de doute quant à la convenance ou à l’opportunité de recevoir ce qui était offert, on le refusait, si pressant que fût le besoin, à moins que ou jusqu’à ce que tous ces aspects contestables eussent disparu. Si le donateur était connu pour ne pas honorer des dettes légitimes, de sorte que l’argent était en justice dû à d’autres ; si le don était grevé et entravé de restrictions qui empêchaient son libre emploi pour Dieu ; s’il était destiné à constituer une dotation ou à pourvoir à la vieillesse de M. Müller ou à l’avenir des institutions ; ou s’il y avait quelque indice ou quelque soupçon que le don était fait à contrecœur, avec répugnance ou pour sa propre gloire, il était promptement refusé et renvoyé. Dans certains cas, même lorsqu’il s’agissait de sommes importantes, on pressait les donateurs d’attendre que davantage de prière et de réflexion eussent rendu évident qu’ils agissaient sous la direction divine.

6. L’expérience d’une extrême prudence, de peur qu’il n’y eût, même par inadvertance, une révélation du fait d’un besoin pressant, au public du dehors.

Les collaborateurs des institutions étaient admis à une communion si étroite et à une connaissance si exacte de l’état de l’œuvre qu’elles leur servaient d’aide, non seulement dans les travaux communs, mais aussi dans les prières et les renoncements communs. Sans une telle connaissance, ils n’auraient pu servir, prier ni se sacrifier avec intelligence. Mais il était enjoint à ces associés, de la manière la plus solennelle et à maintes reprises, de ne jamais révéler à ceux du dehors, pas même dans les crises les plus graves, aucun besoin quel qu’il fût de l’œuvre. Le seul et unique recours devait toujours être le Dieu qui entend le cri du nécessiteux ; et plus l’urgence était grande, plus grande était la prudence, de peur qu’on ne parût même détourner les regards du secours divin vers le secours humain.

7. L’expérience d’une hardiesse croissante de la foi à demander et à attendre de grandes choses.

À mesure que la foi s’exerçait, elle prenait de la force, si bien qu’il devint aussi facile et aussi naturel de demander avec confiance cent, mille ou dix mille livres, que ce l’avait été autrefois pour une livre ou un penny. Après que la confiance en Dieu eut été fortifiée par la discipline, et que Dieu se fut montré fidèle, il ne fallait pas plus d’audace pour se jeter sur Dieu afin qu’il pourvût à deux mille enfants et à une dépense annuelle d’au moins vingt-cinq mille livres pour eux, qu’il n’en avait fallu, dans les premiers temps de l’œuvre, pour regarder à lui afin qu’il prît soin de vingt orphelins sans abri au prix de deux cent cinquante livres par an. Ce n’est qu’en exerçant la foi que nous sommes gardés de la perdre pratiquement ; et, au contraire, exercer la foi, c’est perdre l’incrédulité qui fait obstacle aux œuvres puissantes de Dieu.

Ce bref résumé du contenu de milliers de notes est le fruit d’un examen répété et attentif, page après page, où ont été patiemment consignés, avec une exactitude scrupuleuse et minutieuse, les innombrables détails de la longue expérience de M. Müller comme ouvrier avec Dieu. Il se sentait non seulement l’intendant d’un Maître céleste, mais le dépositaire de dons humains ; c’est pourquoi il s’appliquait à « rechercher ce qui est bien devant tous les hommes ». Il aurait pu ne jamais publier un rapport ni étaler ces menus détails sous les yeux du public, et être cependant un intendant tout aussi fidèle envers Dieu ; mais il n’aurait pas été, dans ce cas, un dépositaire aussi fidèle envers les hommes.

Fréquemment, de nos jours, des hommes reçoivent de diverses sources des sommes d’argent considérables pour des œuvres de bienfaisance, et pourtant ne rendent aucun compte de la gestion de ce dépôt. Si honnêtes que puissent être ces personnes, non seulement elles agissent imprudemment, mais elles donnent, par leur conduite, une caution à d’autres pour qui une telle façon d’agir sans rendre de comptes est le manteau d’une fraude systématique. Toute la carrière de M. Müller est d’autant plus irréprochable qu’à cet égard son administration de ce grand dépôt défie l’examen le plus rigoureux.

Le bref aperçu des leçons qu’enseigne son journal peut bien saisir l’esprit incrédule de notre siècle sceptique. Ceux qui doutent que la prière ait le pouvoir de faire descendre une bénédiction réelle, ou qui confondent la foi en Dieu avec la crédulité et la superstition, peuvent bien s’étonner, et peut-être trébucher, devant un tel ensemble de faits. Mais si quelque lecteur doute encore des faits, ou pense qu’ils sont présentés ici sous un vêtement trompeur ou parés d’une auréole imaginaire, il est invité par les présentes à examiner lui-même les annales singulièrement minutieuses que George Müller a été conduit par Dieu à mettre sous les yeux du monde sous une forme imprimée, qui n’admet donc aucun changement, et à accompagner d’un défi hardi et répété, lancé à quiconque en aurait l’envie, de soumettre chaque affirmation à l’examen le plus sévère, et de prouver, si possible, qu’un seul détail est à quelque égard faux, exagéré ou trompeur. L’absence de tout enthousiasme dans la précision calme et mathématique du récit oblige le lecteur à sentir que l’auteur fut d’une exactitude presque mécanique dans ses notes, et inspire la confiance qu’il contient la vérité absolue et toute nue.

Un avertissement devrait, comme le message évangélique d’Habakuk — « le juste vivra par sa foi » —, être écrit en gros caractères et bien lisiblement, afin qu’un simple coup d’œil puisse le saisir. Que personne n’attribue à George Müller un don miraculeux de la foi qui l’aurait élevé au-dessus des croyants ordinaires et mis hors de l’atteinte des tentations et des infirmités auxquelles toutes les âmes faillibles sont exposées. Il était constamment exposé aux assauts de Satan, et nous le voyons confesser fréquemment les mêmes péchés que les autres, et même l’incrédulité, et parfois accablé d’une douleur sincère à cause de ses écarts loin de Dieu. En fait, il se sentait plutôt plus méchant que d’ordinaire par nature, et entièrement impuissant même comme croyant : n’était-ce pas cette pauvreté d’esprit et cette affliction à cause du péché, ce sentiment de son indignité et de sa dépendance entières, qui le poussaient ainsi vers le trône de la grâce et vers le Père tout miséricordieux et tout-puissant ? Parce qu’il était si faible, il s’appuyait fortement sur le bras puissant de celui dont la force non seulement se manifeste, mais ne peut s’accomplir que dans la faiblesse.*

* 2 Cor. 12:1-10.

À ceux qui pensent que nul ne peut exercer une telle puissance dans la prière ou vivre une telle vie de foi s’il ne fait exception aux fragilités communes des mortels, il sera utile de trouver, dans ce journal même si éclairé par les récits de la bonté de Dieu, les ombres sombres du péché et de la culpabilité ressentis. Même au milieu de miséricordes et d’interventions abondantes, il souffrait de tentations à la défiance et à la désobéissance, et devait parfois déplorer leur pouvoir sur lui, comme le jour où il se surprit à se plaindre intérieurement du gigot de mouton froid qui formait le fond de son dîner du dimanche ! Nous découvrons en lisant que nous sommes en communion avec un homme qui non seulement était de la même nature que nous, mais qui se sentait plus que la plupart des autres soumis à l’empire du mal, et qui avait donc besoin d’une puissance particulière pour le garder. À peine s’était-il engagé dans son nouveau chemin de dépendance entière à l’égard de Dieu, qu’il s’avouait « assez coupable » pour entretenir quelque temps la pensée « qu’il ne servirait à rien de se confier dans le Seigneur de cette manière », craignant d’être peut-être déjà allé trop loin dans cette direction en s’étant engagé dans une telle voie.* Il est vrai que cette tentation fut promptement surmontée et Satan confondu ; mais de temps à autre, des traits enflammés semblables lui furent lancés, qu’il fallut éteindre avec le même bouclier de la foi. Jamais, jusqu’à la dernière heure de sa vie, il ne put se fier à lui-même, ni relâcher un seul instant sa prise sur Dieu et négliger la parole de Dieu et la prière, sans tomber dans le péché. Le « vieil homme » du péché resta toujours trop fort pour George Müller laissé à lui-même, et plus il vécut d’une « vie de confiance », moins il plaça sa confiance en lui-même.

* Vol. I, 73.

Un autre fait, qui devient plus frappant à chaque nouvelle page de son journal, est que, dans les choses ordinaires et petites comme dans les choses extraordinaires et grandes, il ne faisait aucun pas sans avoir d’abord pris conseil des oracles de Dieu et cherché sa direction dans la prière de la foi. La devise de sa vie était de connaître la volonté de Dieu avant d’entreprendre quoi que ce fût, et d’attendre qu’elle fût claire, parce que c’est seulement ainsi qu’on peut être béni dans son âme ou voir prospérer l’œuvre de ses mains.* Beaucoup de disciples, relativement hardis pour chercher le secours de Dieu dans les grandes crises, ne viennent pas à lui avec la même hardiesse pour des choses qui semblent trop insignifiantes pour occuper la pensée de Dieu ou pour appeler l’intervention de celui qui compte jusqu’aux cheveux de notre tête et ne permet pas qu’un seul cheveu se perde. L’auteur de ce journal échappa à ce grand piège et porta au Seigneur même les plus petites choses.

* Vol. I, 74.

De plus, dans son journal, il cherche constamment à préserver de l’opprobre le bon nom de celui qu’il sert : il ne peut souffrir qu’un tel Dieu passe pour un Maître dur. Dès juillet 1831, une fausse rumeur se répandit selon laquelle sa femme et lui étaient à moitié affamés, et certains maux physiques étaient la suite du manque du nécessaire ; et il se voit contraint de consigner que, bien que souvent réduits au point de n’avoir plus un penny et de n’avoir sur la table que le dernier pain, ils ne s’étaient encore jamais mis à table sans quelque nourriture substantielle. Ce témoignage fut répété de temps à autre, et jusque peu avant son départ pour la maison du Père, là-haut ; on peut donc l’accepter comme s’étendant à toute cette vie de foi qui embrassa près de soixante-dix ans.

Un témoignage apparenté, rendu pour la première fois à cette même époque et réitéré de la même manière d’étape en étape au cours de son pèlerinage, concerne la fidélité du Seigneur à accompagner sa parole de puissance, conformément à cette promesse positive et sans équivoque d’Ésaïe 55:11 : « Ma parole… ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. » Il est très remarquable que cela n’est pas dit de la parole de l’homme, si sage, importante ou sincère soit-elle, mais de la parole de Dieu. Nous sommes donc fondés à attendre et à réclamer que, dans la mesure où notre message n’est pas d’invention ou d’autorité humaine, mais est le message de Dieu par notre bouche, il ne manquera jamais d’accomplir son bon plaisir et sa mission divine, quel que soit son échec apparent sur le moment. M. Müller, parlant de sa propre prédication, atteste que presque partout, sinon partout, où il annonça la parole de Dieu, que ce fût dans de grandes chapelles ou dans de petites salles, le Seigneur y apposa le sceau de son propre témoignage. Il observa cependant que la bénédiction ne suivait pas aussi visiblement ni aussi abondamment ses réunions en plein air : il n’était venu à sa connaissance qu’un seul cas de résultats marquants, celui d’un officier de l’armée venu pour se moquer. M. Müller pensa qu’il plaisait peut-être au Seigneur de ne pas lui laisser voir le fruit réel de son travail dans les réunions en plein air, ou bien qu’il n’y avait pas eu à leur sujet assez de prière de foi ; mais il conclut que cette manière de prêcher n’était pas son œuvre pour le moment, puisque Dieu ne l’avait pas aussi visiblement scellée de sa bénédiction.

Son journal fait de très fréquentes allusions à la faiblesse physique et à l’incapacité dont il souffrait.

La lutte contre l’infirmité corporelle dura presque toute sa vie, et ajoute une leçon nouvelle à l’histoire de sa vie. La force de la foi dut triompher de la faiblesse de la chair. Nous le voyons souvent souffrir de maux physiques, et parfois si gravement qu’il était incapable de travailler.

Par exemple, au début de 1832, il se rompit un vaisseau sanguin dans l’estomac et perdit beaucoup de sang par l’hémorragie. Le lendemain même était le jour du Seigneur, et il fallait pourvoir à quatre postes de prédication extérieurs, d’où son incapacité retirerait un ouvrier pour le remplacer dans sa propre chapelle. Après une heure de prière, il sentit que la foi lui était donnée pour se lever, s’habiller et aller à la chapelle ; et, bien que très faible, au point que la courte marche le fatigua, il fut aidé à prêcher comme d’habitude. Après le service, un ami médecin lui fit des remontrances sur sa conduite, qui risquait de lui causer un dommage permanent ; mais il répondit qu’il l’aurait lui-même jugée présomptueuse si le Seigneur ne lui avait pas donné la foi. Il prêcha l’après-midi et le soir, devenant plus fort plutôt que plus faible à chaque effort, et n’en éprouva aucune réaction par la suite.

En lisant la biographie de M. Müller et le récit de telles expériences, il n’est pas probable que tous s’accordent sur la sagesse de sa conduite dans chaque cas. Les uns l’approuveront, tandis que d’autres, peut-être, la condamneront. Lui-même assortit cette note de son journal d’un salutaire avertissement : aucun lecteur ne devrait en pareille matière suivre son exemple, s’il n’a pas reçu la foi ; mais il lui assure que, si Dieu lui donne la foi pour entreprendre ainsi quelque chose pour lui, une telle confiance se montrera comme une bonne monnaie et sera honorée quand on la présentera. Lui-même ne suivit pas toujours une conduite semblable, parce qu’il n’avait pas toujours une foi semblable, et cela l’amène, dans son journal, à établir entre le don de la foi et la grâce de la foi une distinction précieuse, qui mérite une attention sérieuse.

Il observa qu’à plusieurs reprises il pria avec des malades jusqu’à ce qu’ils fussent rétablis, demandant sans condition la bénédiction de la santé du corps, chose que, dit-il plus tard, il n’aurait pu faire. Presque toujours, en pareil cas, la requête fut exaucée, mais dans certains cas elle ne le fut pas. Une fois, dans son propre cas, dès 1829, il avait été guéri d’une infirmité corporelle dont il souffrait depuis longtemps, et qui ne revint jamais. Pourtant ce même homme de Dieu souffrit par la suite d’une maladie qui ne fut pas guérie de la même manière, et plus d’une fois il se soumit à une opération coûteuse entre les mains d’un chirurgien habile.

Certains diront sans doute que même cet homme de foi manquait de la foi nécessaire pour la guérison de son propre corps ; mais il faut le laisser parler pour lui-même, d’autant plus qu’il donne sa propre vue du don et de la grâce de la foi. Il dit que le don de la foi s’exerce chaque fois que nous « faisons ou croyons une chose alors que ne pas la faire ou ne pas la croire ne serait pas un péché » ; mais la grâce de la foi, « lorsque nous faisons ou croyons ce que ne pas faire ou ne pas croire serait un péché » ; dans un cas, nous n’avons aucun commandement ni aucune promesse sans équivoque pour nous guider, et dans l’autre, nous en avons. Le don de la foi n’est pas toujours en exercice, mais la grâce doit l’être, puisqu’elle a pour appui la parole précise de Dieu, et que l’absence ou même la faiblesse de la foi en de telles circonstances implique le péché. Il y eut des cas, ajoute-t-il, où il plut au Seigneur de lui accorder parfois quelque chose comme le don de la foi, de sorte qu’il pouvait demander sans condition et attendre avec confiance.

Nous pouvons maintenant laisser ce journal dans son ensemble, après avoir ainsi considéré les traits généraux qui caractérisent ses nombreuses pages. Mais redisons-le : pour tout lecteur qui en examinera lui-même soigneusement le contenu, sa lecture se révélera un moyen de grâce. En lire un peu à la fois, et faire suivre cette lecture de réflexion et d’examen de soi-même, se révélera des plus stimulants pour la foi, quoique souvent des plus humiliants, à cause du contraste ressenti avec l’incrédulité et l’infidélité du lecteur. Cet homme vécut tout particulièrement avec Dieu et en Dieu, et son jugement était exercé à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Sa conscience devint de plus en plus sensible et son discernement singulièrement pénétrant, si bien qu’il décelait des sophismes là où ils échappent à l’œil ordinaire, et prévoyait des dangers qui, comme des écueils cachés droit devant, risquent d’endommager et peut-être de détruire le service, sinon le caractère. C’est pourquoi l’auteur de ce mémoire est si loin de désirer remplacer ce journal qu’il cherche plutôt à inciter beaucoup de ceux qui ne l’ont pas lu à l’examiner par eux-mêmes. Ils y trouveront tracé un chemin de marche quotidienne et intime avec Dieu, où, pas à pas, avec une vigilance circonspecte, la conduite et même les motifs sont observés et pesés dans les balances mêmes de Dieu.

Pour résumer très brièvement l’impression que laisse la lecture attentive de tout ce récit, avec les rapports annuels qui le complètent, la voici simplement : CONFIANCE EN DIEU.

Dans une petite esquisse de la vie de Beate Paulus, la Frau Pastorin supplie Dieu, dans une grande crise, de ne pas l’abandonner, ajoutant pittoresquement qu’elle « voulait bien être la seconde qu’il abandonnerait », mais qu’elle était « décidée à ne pas être la première ».* George Müller croyait qu’en aucun temps il n’y avait encore eu un seul croyant véritable et confiant envers qui Dieu se fût montré faux ou infidèle, et il était parfaitement sûr qu’on pouvait se confier en toute sécurité en celui dont il est écrit : « si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même ».† Dieu n’a pas seulement parlé, mais il a juré ; sa parole est confirmée par son serment : ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même. Et tout cela, afin que nous ayons un puissant encouragement ; afin que nous ayons de l’assurance pour nous risquer sur lui, saisissant et retenant fermement sa promesse. L’incrédulité fait de Dieu un menteur et, pire encore, un parjure, car elle le tient pour infidèle non seulement à sa parole, mais à son serment. George Müller crut, et parce qu’il crut, il pria ; et en priant, il attendit ; et en attendant, il reçut. Heureux celui qui croit, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

* Faith’s Miracles, p. 43.

† 2 Timothée 2:13.

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