George Müller de Bristol
Le témoignage de Dieu rendu à l’œuvre

Chapitre 25 · 30 min de lecture · 38 min d’écoute

Le témoignage de Dieu rendu à l’œuvre

LE onzième chapitre de l’épître aux Hébreux — cette « abbaye de Westminster » où les saints de l’Ancien Testament ont un mémorial devant Dieu — laisse entrevoir une récompense particulière dont jouit la foi, dès cette vie, comme arrhes et avant-goût de sa rétribution finale.

C’est par la foi que « les anciens ont obtenu un témoignage favorable », c’est-à-dire que témoignage leur fut rendu par Dieu en retour du témoignage qu’ils lui avaient rendu. Tous les exemples marquants de foi rapportés ici font voir ce double témoignage. Abel témoigna de sa foi en l’Agneau expiatoire de Dieu, et Dieu rendit témoignage à ses offrandes. Énoch rendit témoignage au Dieu invisible par sa sainte marche avec lui, et Dieu rendit témoignage à Énoch, par son enlèvement, et même auparavant, qu’il lui était agréable. La foi de Noé rendit témoignage à la parole de Dieu, en construisant l’arche et en prêchant la justice, et Dieu lui rendit témoignage en faisant venir le déluge sur un monde d’impies et en le sauvant, lui et sa famille, dans l’arche.

La vie de George Müller fut un long témoignage rendu au Dieu qui exauce la prière ; et, d’un bout à l’autre, Dieu lui rendit témoignage que ses prières étaient exaucées et son œuvre agréée. Les pages de son journal abondent en exemples frappants de ce témoignage — arrhes ou avant-goût de la rémunération plus complète réservée pour l’avènement du Seigneur.

Les compensations des renoncements et les récompenses du service n’attendent pas toutes le tribunal de Christ ; mais, de même que les péchés de certains hommes sont manifestes d’avance et les devancent au jugement, de même la semence semée pour Dieu produit une moisson « manifeste d’avance », que l’on reconnaît avec joie. L’amour divin a reconnu avec grâce et largesse ces longues années de dévouement oublieux de soi, consacrées à lui et à ses indigents, par des marques de bénédiction abondantes et inattendues. Labeurs et épreuves, larmes et prières ne furent pas vains, même en deçà de l’Au-delà.

Pour en trouver des exemples, nous nous tournons tout naturellement d’abord vers l’œuvre des orphelins. Dix mille enfants privés de mère et de père avaient trouvé un foyer et des soins tendrement paternels dans l’institution fondée par George Müller, et ils y avaient été nourris, vêtus et instruits avant qu’il fût rappelé là-haut. Ses efforts pour améliorer leur condition physique, morale et spirituelle furent si manifestement bénis de Dieu qu’il sentit sa récompense à la fois constante et abondante, et son journal s’illumine, de temps à autre, de ses ferventes actions de grâces.

Cette œuvre des orphelins rachèterait amplement tout ce qu’elle a coûté durant deux tiers de siècle, quand on n’en compterait que les bienfaits temporels. L’expérience a prouvé que, avec la bénédiction de Dieu, la moitié des vies sacrifiées parmi les enfants de la misère seraient sauvées par de meilleures conditions physiques — telles que la régularité et la propreté des habitudes, une bonne nourriture, un air pur, des vêtements convenables et un exercice salutaire. Les deux tiers au moins, sinon les trois quarts, des parents dont les enfants ont trouvé un abri à Ashley Down étaient morts de phtisie et de maladies apparentées ; et c’est pourquoi les enfants portaient en grand nombre le germe d’une semblable disposition. Et pourtant, tout au long de l’histoire de cette œuvre, on a veillé avec tant de soin à de bonnes conditions d’hygiène que l’on a été singulièrement préservé de toutes sortes de maux, et surtout des maladies épidémiques ; et quand la scarlatine, la rougeole et d’autres maladies semblables ont pénétré dans les maisons, les cas ont été relativement peu nombreux et bénins, et la proportion habituelle de décès extrêmement faible.

Ce n’est pas le seul domaine de la formation où la récompense ait été abondante. L’ignorance est partout la servante ordinaire de la pauvreté, et l’on s’est appliqué avec beaucoup de soin à assurer une bonne culture intellectuelle. Avec quel succès on a veillé à l’instruction de ces orphelins, les rapports de l’inspecteur des écoles le montreront suffisamment. D’année en année, ces élèves ont été examinés en lecture, écriture, arithmétique, Écriture sainte, dictée, géographie, histoire, grammaire, rédaction et chant ; et M. Horne rapporta en 1885 une moyenne générale des notes atteignant 91,1 pour cent, chiffre qui fut même dépassé l’année suivante, où elle fut de 94, et, deux ans plus tard, où elle atteignit 96,1.

Mais c’est dans le bien moral et spirituel de ces orphelins, recherché avant tout, qu’a été goûtée la plus riche récompense. Le seul grand but de M. Müller et de tout son personnel d’aides, du premier au dernier jour, a été de sauver ces enfants — de les élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. Les obstacles étaient nombreux et redoutables. Si l’on doit redouter la tare héréditaire de la maladie, que dire de l’affreux héritage du péché et du crime ! Beaucoup de ces petits n’avaient reçu aucune véritable éducation avant d’entrer dans les maisons d’orphelins ; et un bon nombre avaient bien été formés, mais seulement aux écoles de Satan, celles de la boisson et de la luxure. Et pourtant, malgré tous ces désavantages, M. Müller rapporte, avec une pieuse reconnaissance, que « le Seigneur les avait amenés, dans l’ensemble, à se conduire extrêmement bien, au point d’attirer l’attention des observateurs ». Mieux encore, un grand nombre, tout au long de l’histoire de cette œuvre, ont donné les signes d’un état véritablement régénéré, ont ensuite gardé un caractère et une conduite conséquents et, dans certains cas, ont rendu un témoignage singulier à la grâce de Dieu, tant par leur transformation complète que par leur influence pour le bien.

En août 1858, une orpheline, Martha Pinnell, qui avait été pendant plus de douze ans confiée aux soins de M. Müller, et plus de cinq ans malade de la phtisie, s’endormit en Jésus. Avant sa mort, elle connaissait le Seigneur depuis deux ans et demi, et le changement de son caractère et de sa conduite avait été remarquable. D’enfant extrêmement désobéissante et difficile, à l’influence pernicieuse, elle était devenue à la fois très docile et humble, et une influence puissante pour le bien. Aux jours où elle n’était pas encore régénérée, elle avait déclaré que, si jamais elle se convertissait, elle serait « une chrétienne accomplie » ; et il en fut ainsi. Son bonheur en Dieu, son étude de sa parole, sa profonde connaissance du Seigneur Jésus, son ardente passion pour les âmes semblaient presque incroyables chez une enfant si jeune et si récemment tournée vers Dieu. Et M. Müller a conservé dans les pages de son journal quatre des précieuses lettres qu’elle écrivit à d’autres pensionnaires des maisons d’orphelins.*

* Récit, 3 : 253-257.

À plusieurs reprises, et fréquemment, de vastes réveils se sont produits parmi eux, où des vingtaines et des centaines d’enfants ont trouvé le Seigneur. L’année qui se termina le 26 mai 1858 fut particulièrement remarquable par la grandeur et la rapidité sans précédent de l’œuvre que l’Esprit de Dieu avait accomplie en de telles conversions. En quelques jours, et sans autre cause apparente particulière que la mort très paisible d’une orpheline chrétienne, Caroline Bailey, plus de cinquante des cent quarante filles de la maison des orphelins no 1 furent saisies par la conviction du péché, et l’œuvre s’étendit aux autres sections, si bien qu’environ soixante exercèrent bientôt la foi. En juillet 1859, de nouveau, dans une école de cent vingt filles, plus de la moitié furent amenées à une profonde inquiétude spirituelle ; et, au bout d’un an, elles montraient la grâce de la persévérance dans une vie nouvelle. En janvier et février 1860, une autre vague puissante de la force du Saint-Esprit passa sur l’institution. Elle commença parmi les petites filles de six à neuf ans, s’étendit ensuite aux plus grandes, puis aux garçons, jusqu’à ce que, en moins de dix jours, plus de deux cents fussent en quête du salut et, dans bien des cas, trouvassent aussitôt la paix. Les jeunes convertis demandèrent sur-le-champ à tenir des réunions de prière entre eux, et on le leur permit ; bien plus, beaucoup se mirent à travailler et à prier pour les autres, et, sur les sept cents orphelins alors à la charge de l’œuvre, quelque deux cent soixante furent bientôt considérés comme convertis ou dans un état des plus encourageants.

De nouveau, en 1872, dès le premier jour de la semaine de prière, le Saint-Esprit agit de telle sorte que, sans aucune occasion inhabituelle de profond sérieux, des centaines d’enfants furent, durant cette période, convertis selon toute espérance. La prière constante pour leurs âmes fit des maisons d’orphelins un lieu sanctifié, et, au 1er août, on estima, après un examen attentif, que sept cent vingt-neuf pouvaient être comptés sans crainte au nombre des disciples de Christ, le nombre des orphelins croyants dépassant ainsi de loin celui de toute période antérieure. Une suite de bénédictions semblables a, jusqu’à ce jour, couronné les efforts sincères de tous ceux qui ont la charge de ces enfants pour les amener à chercher premièrement le royaume et la justice de Dieu.

La grande majorité des orphelins placés en service ou en apprentissage connaissaient le Seigneur depuis quelque temps déjà ; et même parmi ceux qui quittèrent l’institution sans être convertis, l’histoire ultérieure de beaucoup montra que l’éducation qu’ils y avaient reçue leur avait rendu impossible de persévérer dans une vie de péché.

Ainsi, les précieuses moissons de ces semailles, recueillies dans les années suivantes, ont montré que Dieu n’est pas injuste, pour oublier cette œuvre de la foi, ce travail de la charité et cette fermeté de l’espérance.

En avril 1874, une lettre d’une ancienne pensionnaire de l’orphelinat contenait une offrande de reconnaissance pour l’excellent enseignement biblique qu’elle y avait reçu et qui avait porté du fruit des années plus tard. Elle avait été si soigneusement instruite du chemin du salut que, alors qu’elle-même n’était pas encore renouvelée, elle avait été l’instrument de Dieu pour amener à Christ une compagne de service qui cherchait la paix depuis longtemps ; et ainsi, comme un poteau indicateur au bord de la route, elle était devenue le moyen de diriger une autre âme vers le vrai chemin, simplement en lui répétant ce qu’on lui avait enseigné, bien qu’elle-même ne suivît pas encore ce chemin.

Un autre orphelin écrivit en 1876 que souvent, lorsqu’il était tenté de s’abandonner au péché d’incrédulité, la pensée de ces six années passées à Ashley Down lui traversait l’esprit comme un rayon de soleil. Il se rappelait que les vêtements qu’il y portait, la nourriture qu’il y mangeait, le lit où il dormait et les murs mêmes qui l’entouraient étaient les réponses visibles à la prière de la foi ; et le souvenir de toutes ces choses s’était révélé une ordonnance et un remède puissants contre les doutes et les hésitations de l’enfant de Dieu, un bouclier contre les traits enflammés des suggestions sataniques.

Durant les trente années de 1865 à 1895, on sait que deux mille cinq cent soixante-six orphelins quittèrent l’institution comme croyants, soit une moyenne de quatre-vingt-cinq chaque année ; et, au terme de ces trente années, près de six cents de ceux qui se trouvaient encore dans les maisons d’Ashley Down avaient donné des preuves dignes de foi d’un état régénéré.

Il fut donné à M. Müller de savoir que non seulement ces orphelins avaient été bénis dans leur santé, instruits dans leur esprit, convertis à Dieu et rendus utiles comme citoyens chrétiens, mais que beaucoup d’entre eux étaient devenus pères ou mères de foyers chrétiens. On peut en citer un exemple représentatif. Un homme et une femme qui avaient autrefois compté parmi ces orphelins devinrent mari et femme, et ils ont eu huit enfants, tous disciples fervents, dont l’un est parti comme missionnaire en Afrique.

Dès le commencement, Dieu mit son sceau sur cette éducation religieuse donnée dans les maisons d’orphelins. Les deux premiers enfants reçus au no 1 devinrent tous deux de vrais croyants et des ouvriers zélés : l’un, diacre congrégationaliste qui, dans un quartier plongé dans les ténèbres, remplit le rôle de prédicateur laïque ; l’autre, ecclésiastique laborieux et fécond de l’Église d’Angleterre ; et tous deux furent largement employés par Dieu à gagner des âmes. Si l’on pouvait écrire l’histoire complète de tous ceux qui sont sortis de ces maisons d’orphelins, quel volume de témoignages on obtiendrait, puisque ce ne sont là que quelques exemples épars du service remarquablement utile auquel Dieu a appelé ceux dont on peut suivre la carrière ultérieure !

Au cours de ses longues et vastes tournées missionnaires, il fut donné à M. Müller de voir, de recueillir et de goûter bien des fruits largement dispersés de son œuvre d’Ashley Down. Alors qu’il prêchait à Brooklyn, dans l’État de New York, en septembre 1877, il apprit qu’à Philadelphie un legs de mille livres l’attendait, produit d’une assurance sur la vie que le testateur avait léguée à l’œuvre ; et, de ville en ville, il eut la joie de rencontrer des dizaines d’orphelins élevés sous sa garde.

Il rapporte en détail l’utilité remarquable d’un certain M. Wilkinson, qui avait été instruit à l’orphelinat jusqu’à l’âge de quatorze ans et demi. Vingt ans s’étaient écoulés depuis que M. Müller l’avait vu, lorsqu’en 1878 il le rencontra à l’église du Calvaire, à San Francisco, à six mille cinq cents milles de Bristol. Il le trouva gardant fermement sa foi au Seigneur Jésus, chrétien heureux et conséquent. Il entendit en outre les récits les plus stimulants du service singulier de cet homme pendant la guerre de Sécession en Amérique. Se trouvant à bord de la canonnière Louisiana, il y avait été l’âme et le chef reconnu d’une petite Église de Béthel parmi ses camarades marins, qu’il amena à s’engager au service de Christ avec un dévouement qui, sans la moindre trace d’enthousiasme fanatique, était plein d’un saint zèle et de joie. Toute leur conversation était de Dieu. On apprit encore que, des mois auparavant, lorsque la nuée d’une bataille imminente planait sur l’équipage, lui et l’un de ses camarades s’étaient réunis pour prier dans la « soute aux chaînes » ; et ainsi commença une série de réunions des plus remarquables qui, sans une seule soirée d’interruption, durèrent quelque vingt mois. Wilkinson était le seul de tout l’équipage à avoir quelque connaissance préalable de la parole de Dieu, et il devint non seulement le conducteur du mouvement, mais le principal interprète des Écritures lorsqu’ils se réunissaient pour lire le Livre de Dieu et échanger leurs vues à son sujet. Et il ne se contentait pas d’en faire autant chaque jour avec ses camarades ; mais, à une autre heure fixe, il rassemblait, avec quelques aides choisis, les marins de couleur du navire pour leur apprendre à lire, à écrire, etc.

Un membre de la Commission chrétienne, M. J. E. Hammond, qui rendit ces faits publics et qui connaissait intimement M. Wilkinson et son œuvre à bord, déclara qu’il semblait être un « produit direct de la foi de M. Müller, de sa calme confiance en Dieu, de la méthode de toute sa manière de vivre, de la persévérance de son dessein et de sa tranquille puissance spirituelle », traits qui caractérisaient si bien le fondateur de l’orphelinat de Bristol et se retrouvaient éminemment chez ce jeune homme formé sous son influence. Lorsqu’il était à terre, dans une voilerie, il fut contraint pendant deux semaines d’écouter les propos obscènes et impies de deux compagnons affectés avec lui à un certain travail. La plupart du temps, il se réfugia dans le silence ; mais sa manière de se conduire, et une seule phrase tombée de ses lèvres, amenèrent ces deux marins grossiers et méchants au Sauveur qu’il aimait ; et l’un d’eux, en trois mois, lut la parole de Dieu de la Genèse à l’Apocalypse.

M. Müller n’allait nulle part sans rencontrer des orphelins convertis ou entendre parler de leur œuvre, jusque dans les coins les plus reculés de la terre. Parfois, dans les grandes villes, dix ou quinze d’entre eux l’attendaient à la fin d’une allocution pour serrer la main de leur « père » et lui dire leur dette de reconnaissance et d’amour. Il les trouvait dans toutes les sphères de service imaginables ; beaucoup d’entre eux avaient des foyers où régnaient les principes enseignés dans les maisons d’orphelins, et ils exerçaient les professions savantes aussi bien que des métiers plus humbles.

Dieu accorda aussi à son serviteur la douce récompense de voir une grande bénédiction accompagner les écoles de jour soutenues par l’Institution pour la connaissance des Écritures.

Le maître de l’école de Clayhidon, par exemple, écrivit au sujet d’un pauvre garçon, élève de l’école de jour, terrassé par un rhumatisme articulaire aigu, dans un misérable logis et entouré d’adversaires acharnés de la vérité. Réduit à l’état de squelette et profondément inquiet pour son âme, il fut dirigé vers celui qui dit : « Venez à moi,... et je vous donnerai du repos. » Tandis que cette conversation se poursuivait encore, comme s’il était soudain entré dans un monde nouveau, ce garçon émacié se mit à répéter des passages tels que : « Laissez venir à moi les petits enfants », et éclata en chantant :

« Jésus m’aime, je le sais, Car la Bible me le dit. »

Il semblait transporté d’extase, et récitait passage après passage, cantique après cantique, appris à cette école. Il n’est pas étonnant que ce maître d’école ait éprouvé une joie semblable à celle des anges devant cette seule preuve que son travail n’était pas vain dans le Seigneur. On pourrait multiplier indéfiniment de tels exemples ; mais cette poignée de prémices d’une moisson peut indiquer la nature de toute la récolte.

M. Müller recevait constamment des lettres d’ouvriers missionnaires de diverses parties du monde qui étaient aidés par les dons de l’Institution pour la connaissance des Écritures. Les témoignages venus de cette seule source rempliraient un volume de bonne taille, si bien qu’il serait impossible de les incorporer à ces mémoires. Ceux qui voudraient voir quels magnifiques encouragements parvinrent à M. Müller de champs de travail où il n’était représenté que par d’autres, que ses dons aidaient, devraient lire les rapports annuels. On peut donner quelques exemples des résultats bénis d’une si large dissémination de la semence du royaume, comme échantillons de milliers d’autres.

M. Albert Fenn, qui travaillait à Madrid, parla d’un garde civil qui, à cause de son hardi témoignage pour Christ et de son renoncement au confessionnal romain, fut envoyé d’un lieu à l’autre, traité avec la plus grande cruauté et menacé de déportation dans un bagne. Il parle encore d’un converti de Borne qui, pour avoir tenté d’établir une petite réunion, fut cité devant le gouverneur.

« Qui vous paie pour cela ? » « Personne. » « Qu’y gagnez-vous ? » « Rien. » « De quoi vivez-vous ? » « Je travaille de mes mains dans une mine. » « Pourquoi tenez-vous des réunions ? » « Parce que Dieu a béni mon âme, et que je désire que d’autres soient bénis. » « Vous ? vous avez été fait pour être un misérable journalier ; j’interdis les réunions. » « Je cède à la force, répondit-il avec calme, mais tant que j’aurai une bouche pour parler, je parlerai pour Christ. » Comme cela rappelle les disciples des premiers temps, qui affrontèrent hardiment les chefs à Jérusalem et qui, défense leur étant faite de parler au nom de Jésus, répondirent fermement : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu; car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. »

Un ouvrier missionnaire écrit de l’Inde au sujet de trois prêtres brahmanes et de dizaines de Santals et d’Hindous assis avec quatre Européens pour célébrer la cène du Seigneur — tous fruits de son ministère. En l’espace de douze mois, soixante-deux hommes et femmes, parmi lesquels des chefs de village, et quatre femmes brahmanes, épouses de prêtres et de chefs, furent baptisés ; ils représentaient vingt-trois villages où l’Évangile avait été prêché. À un moment donné, plus de cent personnes furent réveillées dans une seule mission en Espagne ; et de telles moissons n’étaient pas rares dans les divers champs auxquels le fondateur de l’œuvre des orphelins avait la joie d’envoyer de l’aide.

En 1885, un élève de l’une des écoles de Carrare, en Italie, se trouva face à un prêtre. « Dans la Bible, dit celui-ci, vous ne trouvez pas les commandements de l’Église. » « Non, monsieur, dit l’enfant, car ce n’est pas à l’Église de Dieu de commander, mais d’obéir. » « Dites-moi donc, reprit le prêtre, ces commandements de Dieu. » « Oui, monsieur, répondit l’enfant : Je suis l’Éternel, ton Dieu. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. Tu ne te feras point d’image taillée. » « Arrête ! arrête ! s’écria le prêtre, je ne l’entends pas ainsi. » « Mais c’est ainsi, répliqua tranquillement l’enfant, qu’il est écrit dans la parole de Dieu. » Ce simple incident peut illustrer à la fois la nature de l’enseignement donné dans ces écoles et le caractère qui se formait souvent chez ceux qui y étaient instruits.

Sur les nombreuses pages du journal de M. Müller, environ un cinquième sans doute sont entièrement occupées par des extraits de lettres de ce genre, venues de missionnaires, d’instituteurs et d’aides, qui le tenaient informé des progrès de l’œuvre du Seigneur dans son pays et dans bien des contrées où les ouvriers pouvaient, grâce à lui, poursuivre leur service. Voitures bibliques, réunions en plein air, écoles chrétiennes, distribution de traités et diverses autres formes de saint labeur en faveur des âmes plongées dans les ténèbres, proches ou lointaines, faisaient partie de l’arbre de vie aux multiples rameaux qui avait été planté à Ashley Down.

Un autre des principaux encouragements et récompenses dont M. Müller jouit en cette vie fut de savoir que son exemple avait enhardi d’autres croyants à entreprendre pour Dieu une œuvre semblable, sur des principes semblables. Il regardait lui-même comme la plus grande bénédiction issue de l’œuvre de sa vie le fait que des centaines de milliers d’enfants de Dieu eussent été amenés, en diverses parties du monde, à se confier en Dieu en toute simplicité ; et quand cette confiance s’exprimait dans un service semblable envers des orphelins, cela lui semblait le couronnement de ses espérances, car l’œuvre se montrait ainsi porteuse de sa semence en elle-même selon son espèce, vie qui se propage d’elle-même, ce qui démontrait doublement qu’elle était un arbre planté par le Seigneur lui-même, une plantation de l’Éternel, pour servir à sa gloire.

En décembre 1876, par exemple, M. Müller apprit qu’un évangéliste chrétien, simplement en lisant le récit de l’œuvre des orphelins de Bristol, avait senti peser sur son cœur le souci des orphelins et, encouragé par l’exemple de M. Müller, dans la seule dépendance du Seigneur, avait commencé en 1863 avec trois orphelins à Nimègue, en Hollande, et en avait à cette date, quatorze ans plus tard seulement, plus de quatre cent cinquante dans son institution. Il plut au Seigneur que M. et Mme Müller vissent de leurs propres yeux cette institution, et il dit que, dans des cas « presque innombrables », le Seigneur lui permit de connaître de semblables fruits de son œuvre.

Lors de sa première visite à Tokyo, au Japon, il en fit le récit ; il en résulta que M. Ishii, chrétien japonais indigène, fonda un orphelinat sur une même base de prière, de foi et de dépendance du Dieu vivant ; et, lors de la seconde visite de M. Müller dans l’empire insulaire, il trouva cette œuvre des orphelins en pleine prospérité.

Combien l’exemple ainsi fourni à Ashley Down a été fécond en bien pour l’Église et pour le monde, on ne le saura jamais sur la terre. Un homme qui habitait Horfield, en vue des bâtiments des orphelinats, a raconté que, chaque fois qu’il sentait des doutes au sujet du Dieu vivant se glisser dans son esprit, il avait coutume de se lever et de regarder, à travers la nuit, les nombreuses fenêtres éclairées d’Ashley Down, qui brillaient dans les ténèbres comme des étoiles dans le ciel.

Ce fut le témoignage rendu par M. Müller à un Dieu qui exauce la prière qui encouragea le pasteur J. Hudson Taylor, en 1863, trente ans après le grand pas franchi par M. Müller, à s’en remettre entièrement au Seigneur en fondant la Mission à l’intérieur de la Chine. On a dit qu’à l’exemple d’A. H. Francke à Halle, ou de George Müller à Bristol, on peut rattacher plus ou moins directement toutes les formes d’« œuvre de foi » qui se sont répandues depuis.

L’Institution pour la connaissance des Écritures devint dans toutes ses branches un moyen de bénédiction. Déjà, dans l’année qui se termina le 26 mai 1860, cent serviteurs de Christ avaient été plus ou moins aidés, et beaucoup plus d’âmes avaient été, selon toute espérance, amenées à Dieu par leurs travaux qu’au cours d’aucune année précédente. Environ six cents lettres reçues d’eux avaient réjoui le cœur de M. Müller durant ces douze mois, et cette source de joie déborda pendant toute sa vie. Dans des cas innombrables, des enfants de Dieu furent élevés à un niveau plus haut de foi et de vie, et des âmes inconverties furent tournées vers Dieu par le témoignage rendu à Dieu par les institutions d’Ashley Down. M. Müller a résumé cette longue histoire de bénédiction en deux affirmations qui méritent qu’on les médite.

Premièrement, qu’il avait plu au Seigneur de lui donner bien au-delà de tout ce qu’il s’attendait d’abord à accomplir ou à recevoir.

Et deuxièmement, qu’il était pleinement persuadé que tout ce qu’il avait vu et connu n’égalerait pas la millième partie de ce qu’il verrait et connaîtrait quand le Seigneur viendrait, sa rétribution avec lui, pour rendre à chacun selon ce qu’est son œuvre.

La diffusion du récit de M. Müller fut un moyen des plus remarquables d’un bien incalculable.

En novembre 1856, M. James McQuilkin, jeune Irlandais, fut converti, et au début de l’année suivante il lut les deux premiers volumes de ce récit. Il se dit : « M. Müller obtient tout cela simplement par la prière ; moi aussi, je puis être béni par le même moyen », et il se mit à prier. Il reçut d’abord du Seigneur, en réponse, un compagnon spirituel, puis deux autres animés du même esprit ; et tous quatre commencèrent à se réunir à heures fixes pour prier, chaque vendredi soir, dans une petite école près de Kells, dans le comté d’Antrim, en Irlande. Le premier jour de la nouvelle année 1858, un valet de ferme fut amené au Seigneur de façon remarquable en réponse à leurs prières, et ces cinq se donnèrent de nouveau à la supplication commune. Bientôt un sixième jeune homme vint s’ajouter à leur nombre par la conversion, et ainsi la petite troupe d’âmes en prière grandit lentement, seuls les croyants étant admis à ces simples réunions de communion, consacrées à la lecture des Écritures, à la prière et à l’exhortation mutuelle.

Vers Noël de cette année-là, M. McQuilkin, avec les deux frères qui s’étaient joints à lui les premiers — dont l’un était M. Jeremiah Meneely, qui travaille encore pour Dieu —, tint une réunion, sur invitation, à Ahoghill. Les uns crurent et les autres se moquèrent, tandis que d’autres encore jugeaient ces trois convertis présomptueux ; mais, deux semaines plus tard, une autre réunion eut lieu, au cours de laquelle l’Esprit de Dieu commença à agir très puissamment, et les conversions se multiplièrent alors rapidement. Certains convertis emportèrent les charbons sacrés et allumèrent le feu ailleurs ; ainsi, en bien des lieux, les flammes du réveil se mirent à brûler ; et à Ballymena, à Belfast et en d’autres points, l’œuvre de grâce de l’Esprit se manifesta.

Tel fut en réalité le point de départ de l’un des réveils les plus étendus et les plus mémorables qu’ait connus notre siècle, et qui se répandit l’année suivante en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse. Des milliers d’âmes trouvèrent Christ et marchèrent en nouveauté de vie ; et les résultats en sont encore manifestes après plus de quarante ans.

Dès 1868, on apprit qu’une personne qui avait lu ce récit avec reconnaissance en avait publié un abrégé en suédois. Nous avons vu combien il a été utile en Allemagne ; et dans bien d’autres langues, sa substance du moins a été rendue accessible aux lecteurs du pays.

M. Müller eut connaissance d’un garçon de dix ans qui, ayant mis la main sur l’un de ces rapports, se mit à prier, bien qu’il appartînt à une famille incrédule : « Ô Dieu, apprends-moi à prier comme George Müller, et exauce-moi comme tu exauces George Müller. » Il déclara en outre son désir de devenir prédicateur, ce à quoi sa mère, veuve, s’opposa très vivement, objectant que l’enfant n’en savait pas assez pour entrer au collège, premier pas vers une si haute vocation. Mais le garçon répliqua : « J’apprendrai et je prierai, et Dieu m’aidera à réussir comme il l’a fait pour George Müller. » Et bientôt, à la surprise de tous, l’enfant passa son examen avec succès et fut reçu au collège.

Un donateur écrit, le 20 septembre 1879, que la lecture du récit transforma entièrement sa vie intérieure en une vie de parfaite confiance en Dieu. Elle l’amena à consacrer au moins la dixième partie de ses gains aux desseins du Seigneur, et lui montra combien il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ; elle le conduisit aussi à placer un exemplaire de ce récit sur les rayons de la bibliothèque d’un institut municipal, où trois mille membres et souscripteurs pouvaient y avoir accès.

Un autre donateur suggère qu’il serait peut-être bon que le professeur Huxley et ceux qui partagent ses vues, qui avaient proposé une nouvelle et arbitraire « jauge de la prière », au lieu de traiter la prière comme autant de souffle perdu, essayent combien de temps ils pourraient faire marcher cinq maisons d’orphelins, avec plus de deux mille orphelins, et sans demander d’aide à personne, — ni « à DIEU ni aux HOMMES ».

En septembre 1882, un autre donateur se dit « tout simplement stupéfait des résultats bénis de la prière et de la foi », et beaucoup d’autres ont trouvé dans ce bref récit « la réfutation du scepticisme la plus merveilleuse et la plus complète qu’il leur eût jamais été donné de rencontrer » — un ensemble de faits constituant les plus indéniables « preuves du christianisme ». Les exemples abondent de la puissance exercée par le témoignage de M. Müller, comme lorsqu’une femme qui avait été incrédule lui écrit qu’il était « la première personne dont l’exemple lui avait appris qu’il y a des hommes qui vivent par la foi », et que pour cette raison elle lui avait légué tout ce qu’elle possédait.

Un autre lecteur trouva ces rapports « plus fortifiants pour la foi et plus rafraîchissants pour l’âme que bien des sermons », surtout après avoir pataugé dans la fange d’un discours d’un incrédule français qui affirmait hardiment que, de tous les millions de prières prononcées chaque jour, pas une seule n’est exaucée. Nous aimerions voir un sceptique de bonne foi confronté au récit sans fard que M. Müller fait d’une vie de foi, et voir comment il expliquerait, sur quelque principe de « probabilité composée » et de « coïncidences fortuites » que ce soit, les dizaines de milliers de réponses à la prière de la foi ! Le fait est que la moitié de l’incrédulité du monde est malhonnête, et que l’autre moitié ignore les preuves quotidiennes que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent.

Presque dès la première publication de son récit, M. Müller avait eu la conviction qu’il serait ainsi grandement béni de Dieu comme témoignage de sa fidélité ; et, dès 1842, il eut à cœur d’envoyer gratuitement un exemplaire de son rapport annuel à chaque ministre chrétien du pays, ce que le Seigneur l’aida à faire, son but n’étant pas d’obtenir de l’argent, ni même d’éveiller l’intérêt pour l’œuvre, mais plutôt de stimuler la foi et d’animer la prière.*

* L’auteur de ces mémoires se propose d’en remettre un exemplaire à chaque missionnaire à l’étranger, ainsi qu’aux ouvriers des champs de mission intérieure, dans la mesure où les moyens seront fournis en réponse à la prière. Il espère que le témoignage de cette vie aura ainsi une influence plus large encore pour stimuler la prière et la foi. Le lecteur pieux est prié d’unir ses supplications à celles de beaucoup d’autres qui demandent qu’il plaise au Seigneur de fournir les moyens d’accomplir ce dessein. Déjà environ cent livres sterling ont été données à cette fin, dont une partie, modeste par le montant mais riche en renoncement, de la part du personnel et des orphelins d’Ashley Down. A. T. P.

Vingt-deux ans plus tard, en 1868, il était déjà si évident que les récits publiés des voies du Seigneur envers lui étaient employés si largement à sanctifier et à édifier les saints, et même à convertir les pécheurs et à convaincre les incrédules, qu’il note ce fait comme la plus grande de toutes les bénédictions spirituelles issues jusque-là de son œuvre pour Dieu. Depuis lors, trente années de plus se sont enfuies, et, durant toute cette période, des lettres venues de mille sources ont rendu un témoignage croissant que l’exemple qu’il a donné a conduit d’autres âmes à une foi plus entière et à une confiance plus ferme en la parole, la puissance et l’amour de Dieu ; à une conviction plus profonde que, bien qu’Élie ait été enlevé, Dieu, le Dieu d’Élie, opère toujours ses merveilles.

Et ainsi, dans toutes les branches de son œuvre pour Dieu, le Seigneur à qui il rendait témoignage lui rendit témoignage en retour, et devança sa récompense finale par une rétribution de joie présente et débordante. Cela fut particulièrement vrai des longues tournées entreprises, alors qu’il avait passé soixante-dix ans, pour semer en des terres lointaines les semences du Royaume ! Quand le semeur sortit pour semer, il trouva non seulement des champs en friche, mais aussi des champs mûrs pour la moisson, où ses bras se remplirent de gerbes. Ainsi, en un sens nouveau, le moissonneur rattrapa le laboureur, et celui qui récolte, celui qui répand la semence. Dans chaque ville du Royaume-Uni et dans les « soixante-huit villes » où, jusqu’en 1877, il avait prêché sur les continents d’Europe et d’Amérique, il avait trouvé des orphelins convertis et des croyants à qui une abondante bénédiction était venue par la lecture de ses rapports. Après cette date, il lui restait encore vingt et une années remplies d’expériences heureuses. Ainsi, avant que le Seigneur rappelât George Müller là-haut, il lui avait donné un avant-goût de sa récompense : dans le profit physique, intellectuel et spirituel des orphelins ; dans les fruits de ses larges semailles en d’autres pays aussi bien qu’en Grande-Bretagne ; dans la dissémination de la parole de Dieu et de la littérature chrétienne ; dans l’éducation chrétienne de milliers d’enfants dans les écoles qu’il soutenait ; dans l’aide apportée à des centaines de missionnaires dévoués ; dans la large bénédiction répandue par son récit publié ; et dans le privilège personnel de rendre témoignage, à travers le monde entier, à l’Évangile de la grâce.

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