Chapitre 21 · 18 min de lecture · 24 min d’écoute
Vers le soir, la lumière
LA scène finale de cette belle et riche histoire d’une vie offre un intérêt qui n’est pas uniquement pathétique. M. Müller ressemble à une haute montagne dont le soleil du soir illumine longuement le sommet de sa splendeur attardée, et dont la cime dorée s’élève bien au-dessus du niveau ordinaire et appartient au ciel plus qu’à la terre, dans le calme limpide et sans nuage de Dieu.
À partir de mai 1892, date à laquelle s’acheva la dernière tournée missionnaire, il se consacra principalement à l’œuvre de l’Institution pour la connaissance des Écritures, et à la prédication à Bethesda et ailleurs, selon ce que Dieu semblait lui assigner. Sa santé était merveilleuse, surtout si l’on considère que, tout jeune homme encore, des maladies fréquentes et graves et une faiblesse générale l’avaient apparemment rendu impropre à tout service militaire, et que beaucoup lui prédisaient une mort précoce ou une défaite sans espoir devant la maladie. Il avait connu la chaleur des tropiques et le froid de l’Arctique, les tempêtes et les typhons en mer, et des voyages en chemin de fer parfois aussi longs et ininterrompus qu’une traversée. Il avait supporté le fléau des puces, des moustiques et même des rats. Il avait enduré les changements de climat, de régime, d’habitudes de vie, et la fatigue de réunions presque quotidiennes, et il en était sorti indemne. Cet homme, dont la santé n’avait jamais été robuste, avait accompli des travaux qui eussent mis à l’épreuve la trempe d’une constitution de fer ; cet homme, que la maladie avait bien des fois mis à l’écart, parfois pendant des mois, et qui, en 1837, avait craint qu’un mal de tête persistant ne lui dérangeât l’esprit, pouvait dire, dans sa quatre-vingt-douzième année : « J’ai pu, chaque jour et toute la journée, travailler, et cela avec aisance, comme il y a soixante-dix ans. » Lorsque l’auteur tint des réunions à Bristol en 1896, à l’occasion d’un anniversaire qui lui était très sacré, il demanda à son bien-aimé père Müller de prendre la parole à la réunion de clôture de la série, dans la salle de la Y.M.C.A. ; et celui-ci le fit, prononçant un puissant discours de quarante-cinq minutes sur la prière dans ses rapports avec les missions, et racontant en partie l’histoire de sa propre vie avec une vigueur de voix et d’attitude qui semblait démentir son grand âge.*
* Annexe K.
La merveilleuse conservation d’un tel homme à un tel âge fait penser à Caleb, qui, à quatre-vingt-cinq ans, pouvait se glorifier en Dieu d’être aussi fort, même pour la guerre, qu’au jour où il fut envoyé dans le pays comme l’un des espions ; et M. Müller lui-même attribuait cette conservation à trois causes : premièrement, au soin qu’il prenait d’avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ; deuxièmement, à l’amour qu’il éprouvait pour les Écritures, et à la puissance réparatrice qu’elles exerçaient sans cesse sur tout son être ; et troisièmement, à ce bonheur qu’il trouvait en Dieu et dans son œuvre, qui le délivrait de toute inquiétude et de toute usure inutile dans ses travaux.
La grande vérité fondamentale que cet homme héroïque imprima sur sa génération, c’est que le Dieu vivant est le même aujourd’hui et à jamais qu’hier et que dans tous les siècles passés, et que, avec une confiance égale à celle des âmes les plus confiantes de n’importe quelle époque, nous pouvons croire sa parole et, comme Abraham, ajouter à chaque promesse notre « Amen » — IL EN SERA AINSI !* Lorsque, quelques jours après sa mort, M. E. H. Glenny, connu de beaucoup comme l’ami bien-aimé et plein d’abnégation de la Mission de l’Afrique du Nord, passa par Barcelone, il trouva, écrites dans un album au-dessus de sa signature, ces paroles : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. » Et, comme l’auteur de l’Épître aux Hébreux citant le psaume 102, nous pouvons dire de l’Éternel, tandis que tout le reste change et périt :
« TU SUBSISTES » ; « TU RESTES LE MÊME ».
Vers la fin de sa vie, M. Müller, suivant l’avis des médecins, réduisit quelque peu ses travaux actifs, ne prêchant d’ordinaire qu’une fois le dimanche. J’eus le privilège de l’entendre le matin du jour du Seigneur, le 22 mars 1896. Il parla sur le psaume 77 ; bien entendu, il y trouva son thème favori, la prière ; et, si l’on prend ce discours comme un échantillon fidèle de sa prédication ordinaire, il était assurément un remarquable interprète de l’Écriture, même à quatre-vingt-onze ans. On trouvera plus loin le plan de ce discours.
* Gen. 15:6. (Hébreu.)
Le dimanche matin 6 mars 1898, il prit la parole à la chapelle d’Alma Road, et le lundi soir suivant il assista à la réunion de prière de Bethesda, les deux fois dans son état de santé habituel. Le mercredi soir suivant, il prit sa place accoutumée à la réunion de prière de la maison des orphelins et indiqua les cantiques :
« L’innombrable multitude d’en haut » et « Chantons le Berger qui est mort ».
Lorsqu’il souhaita « bonne nuit » à son gendre bien-aimé, aucun signe extérieur ne trahissait un déclin de ses forces. Il parut jusqu’au bout le vieillard vigoureux, et il se retira pour se reposer comme d’habitude. On avait jugé qu’un homme si avancé en âge devait avoir quelqu’un pour veiller sur lui la nuit, d’autant que des signes de faiblesse du cœur avaient été remarqués depuis peu, et il avait cédé aux instances de l’affection et consenti à un tel arrangement à partir du lendemain. Mais ce consentement vint trop tard. Il ne devait plus jamais avoir besoin de soins ni d’attentions humaines. Le jeudi matin 10 mars, vers sept heures, on porta dans sa chambre la tasse de thé habituelle. On frappa à la porte : aucune réponse, sinon un silence de mauvais augure. La personne qui le servait ouvrit la porte, pour trouver le vénérable patriarche étendu mort sur le plancher, à côté du lit. Il s’était probablement levé pour prendre quelque nourriture — un verre de lait et un biscuit étaient toujours placés à sa portée — et, tandis qu’il mangeait le biscuit, il s’était senti défaillir et était tombé, en s’agrippant à la nappe dans sa chute, car elle avait été entraînée, avec certains objets qui se trouvaient sur la table. Son médecin, appelé sur-le-champ, exprima l’avis qu’il était mort d’une défaillance cardiaque une heure ou deux avant d’avoir été trouvé par la personne qui le servait.
Un tel départ, même à un tel âge, produisit une émotion dans le monde entier. Les forces morales et spirituelles de cet homme avaient atteint et touché les extrémités de la terre. Non seulement à Bristol, ou en Grande-Bretagne, mais par-delà les grandes eaux, vers le levant et vers le couchant, on sentit battre en réponse le pouls d’une profonde sympathie. Des cœurs saignèrent sur tout le globe lorsqu’on annonça, par le fil du télégraphe et le câble sous-marin, que George Müller était mort. On a dit d’un grand Anglais que son influence ne pouvait se mesurer que par « des parallèles de latitude » ; de George Müller nous pouvons ajouter : et par des méridiens de longitude. Il appartenait à toute l’Église et au monde entier, dans un sens unique ; et la race humaine tout entière subit une perte lorsqu’il mourut.
Les funérailles, qui eurent lieu le lundi suivant, furent un hommage populaire d’affection tel qu’on en voit rarement. Des dizaines de milliers de personnes se tenaient avec respect le long du parcours du simple cortège ; les hommes avaient quitté leurs ateliers et leurs bureaux, les femmes leurs élégantes demeures ou leurs humbles cuisines, tous désireux de rendre un dernier témoignage de respect. Bristol n’avait jamais encore vu pareille scène.
Un bref service eut lieu à la maison des orphelins no 3, où plus de mille enfants se réunirent, qui, pour la seconde fois, avaient perdu un « père » ; devant le pupitre de lecture, dans le grand réfectoire, un cercueil d’orme, d’une simplicité voulue et, sur sa demande, sans offrandes de fleurs, contenait tout ce qui était mortel de George Müller, et sur une plaque de cuivre se lisait une simple inscription, donnant la date de sa mort et son âge.
M. James Wright prononça l’allocution, rappelant à l’assemblée qu’à nous tous, même à ceux qui ont vécu le plus près de Dieu, la mort vient tant que le Seigneur tarde ; qu’il est heureux de mourir dans le Seigneur ; et que, pour les croyants en Christ, une résurrection glorieuse les attend. Les larmes qui coulaient sur ces jeunes joues étaient plus éloquentes que toutes les paroles, comme témoignage d’affection envers le défunt. Le cortège se forma en silence. Parmi ceux qui suivaient la bière se trouvaient quatre personnes qui avaient habité ce premier foyer d’orphelins de Wilson Street. Le chagrin des enfants attendrit le cœur des spectateurs, et des yeux peu habitués aux pleurs s’humectèrent ce jour-là. Les diverses voitures portaient les médecins, les parents et alliés de M. Müller, les anciens et les diacres des Églises auxquelles il était associé, et son équipe d’aides dans l’œuvre d’Ashley Down. Venaient ensuite quarante ou cinquante autres véhicules, avec des délégations de divers corps religieux, etc.
À Bethesda, le moindre pouce de terrain était occupé, et des centaines de personnes cherchèrent en vain à entrer. On chanta le cantique que M. Müller avait indiqué à cette dernière réunion de prière, la veille de son départ. Le docteur Maclean, de Bath, offrit une prière mêlée de louanges pour une si longue vie de service et de témoignage, de prière et de foi, et M. Wright parla sur Hébreux 13:7, 8 :
« Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu; considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi. Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. »
Il parla de ces conducteurs et guides spirituels que Dieu établit sur son peuple, et du privilège d’imiter leur foi, attirant l’attention sur deux caractères de la foi de son beau-père bien-aimé : premièrement, qu’elle reposait sur ce Rocher des siècles inébranlable, la parole écrite de Dieu ; et deuxièmement, qu’elle traduisait dans la vie quotidienne les préceptes et les promesses de cette parole.
M. Wright souligna avec beaucoup de force que M. Müller recevait l’Écriture tout entière comme divinement inspirée. Il avait coutume de dire aux jeunes croyants : « Mettez le doigt sur le passage sur lequel repose votre foi », et lui-même avait lu la Bible d’un bout à l’autre près de deux cents fois. Il se nourrissait de la Parole, et c’est pourquoi il était fort. Il trouvait le centre de cette Parole dans la Personne vivante qu’elle renferme, et l’unique fondement de sa confiance était l’œuvre expiatoire de cette Personne. Toujours faible, misérable et vil à ses propres yeux, indigne de la moindre bénédiction, il se reposait uniquement sur le mérite et la médiation de son grand souverain sacrificateur.
George Müller cultivait la foi. Il avait coutume de dire à ses compagnons de prière et de service : « Ne laissez jamais entrer dans votre esprit l’ombre d’un doute quant à l’amour du cœur du Père ou à la puissance du bras du Père. » Et il projetait sa vie entière en avant, et la considérait à la lumière du jour du Jugement.
L’allocution de M. Wright mit en relief une ou deux autres leçons des plus importantes, par exemple que l’Esprit nous ordonne d’imiter, non les particularités ou la philanthropie des autres, mais leur foi. Et il saisit l’occasion de rappeler à ses auditeurs que la philanthropie n’était pas le but premier ni le trait dominant de la vie de M. Müller, mais, avant toute autre chose, d’exalter et de glorifier Dieu, « comme étant toujours le Dieu vivant qui, aujourd’hui comme il y a des milliers d’années, entend les prières de ses enfants et secourt ceux qui se confient en lui. » Il évoqua avec émotion l’humilité qui amenait M. Müller à accomplir pour Dieu les plus grandes choses sans se regarder lui-même, et il montra que Dieu peut prendre et employer ceux qui consentent à n’être que des instruments.
M. Wright fit encore cette remarque : « On m’a demandé maintes et maintes fois ces derniers temps si l’œuvre des orphelins continuerait. Elle continue. Depuis le début de l’année, nous avons reçu entre quarante et cinquante nouveaux orphelins, et nous comptons en recevoir d’autres cette semaine. Les quatre autres objets de l’Institution, selon la capacité que Dieu nous donne, se poursuivent toujours. Nous croyons que tout ce que Dieu voudra faire à l’égard de l’avenir sera digne de lui. Nous n’en savons guère plus, et nous ne désirons pas en savoir davantage. Il sait ce qu’il fera. Je ne puis croire, toutefois, que le Dieu qui a si longtemps béni l’œuvre laissera sans réponse nos prières au sujet de l’avenir. »
M. Benjamin Perry prit ensuite brièvement la parole, qualifiant M. Müller de plus grande personnalité que Bristol eût connue parmi ses citoyens. Il rappela sa puissance comme interprète de l’Écriture, et le fait qu’il apportait aux autres, pour leur consolation et leur soutien, ce qui avait d’abord été la nourriture de sa propre âme. Il donna quelques souvenirs personnels, évoquant, par exemple, sa capacité, à un âge extrêmement avancé, de travailler encore sans entrave, ni mentale ni physique, exempt de rhumatisme, de courbature ou de douleur, et souffrant rarement d’épuisement. Il le dépeignit brièvement comme un homme qui, en réponse à l’amour infini de Dieu, qui l’avait appelé d’une vie de péché à une vie de salut et de service, aimait Dieu tout entier par-dessus tous et par-dessus tout, de sorte que son plus grand plaisir était de lui plaire et de le servir. Pour illustrer son humilité, il rapporta un incident. Comme un ami lui avait dit dernièrement : « Quand Dieu vous rappellera à lui, ce sera comme un navire qui entre au port toutes voiles dehors. » — « Oh non ! répondit M. Müller, c’est le pauvre George Müller qui a besoin de prier chaque jour : “Soutiens-moi dans ma marche, afin que mes pieds ne chancellent point.” » La fin de vies comme celles d’Asa et de Salomon était pour M. Müller un avertissement perpétuel, qui le poussait à prier afin de ne jamais s’éloigner ainsi du Seigneur dans sa vieillesse.
Après une prière de M. J. L. Stanley, le colonel Molesworth indiqua le cantique :
« Qu’il est doux de penser à ceux qui reposent. »
Et, après une autre prière de M. Stanley Arnot, le corps fut porté à son lieu de repos, au cimetière d’Arno’s Vale, et enseveli à côté des corps de la première et de la seconde femme de M. Müller, quelque quatre-vingts voitures se joignant au cortège jusqu’à la tombe. Tout, du commencement à la fin, fut aussi simple et dépourvu d’ostentation qu’il l’eût lui-même souhaité. Au bord de la tombe, le colonel Molesworth pria, et M. George F. Bergin lut 1 Cor. 15 et dit quelques mots sur le dixième verset, qui exalte si fort la grâce de Dieu, tant dans ce que nous sommes que dans ce que nous faisons.
M. E. K. Groves, neveu de M. Müller, annonça comme cantique final le second de ceux qu’il avait indiqués à cette dernière réunion de prière à l’orphelinat.
« Chantons le Berger qui est mort. »
M. E. T. Davies offrit alors une prière, et le corps fut laissé à son repos que rien ne troublera, jusqu’à ce que le Seigneur vienne.
D’autres services commémoratifs eurent lieu à la salle de la Y.M.C.A. et, tout naturellement, à la chapelle Bethesda, ce qui clôtura dignement cette série d’hommages affectueux rendus au défunt. Le jour du Seigneur qui précéda l’inhumation, dans presque toutes les chaires de la ville, on avait fait une allusion plus ou moins développée à la vie, au caractère et à la carrière du saint bien-aimé qui avait, pendant tant d’années, mené à Bristol sa vie irréprochable. La presse quotidienne et hebdomadaire regorgea aussi de notices nécrologiques et d’hommages à sa piété, à son mérite et à son œuvre.
On fit remarquer avec émotion, lors de ses funérailles, que c’est ce dernier soir de son séjour terrestre qu’il avoua pour la première fois se sentir faible et las dans son travail ; et il sembla particulièrement tendre de la part du Seigneur de ne pas permettre à ce sentiment d’épuisement de l’atteindre avant le moment même où il allait envoyer son char pour l’emporter en sa présence. Le dernier sermon de M. Müller à la chapelle Bethesda, après un ministère de soixante-six ans, avait porté sur 2 Cor. 5:1 :
« Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme. »
C’était comme s’il avait quelque pressentiment qu’il allait bientôt quitter cette tente qui était la sienne. De toute évidence, il ne fut pas pris au dépourvu. Il avait prévu que ses jours achevaient rapidement leur nombre. Sept mois avant son départ, il avait dit à son médecin, au sujet de l’irrégularité de son pouls : « Cela signifie la mort. »
Beaucoup de ces chers orphelins — comme à la mort de la première Mme Müller — écrivirent pour demander à contribuer à l’érection d’un monument à la mémoire de leur bienfaiteur bien-aimé. Déjà une chère jeune domestique avait recueilli à cette fin plus de vingt livres. Conformément au désir connu de son beau-père que seule la plus simple des pierres tombales fût placée sur ses restes, M. Wright jugea nécessaire d’arrêter l’afflux de tels dons, la somme reçue étant tout à fait suffisante.
D’autres appels pressants furent adressés, tant par des amis britanniques qu’américains, pour l’érection de quelque statue ou de quelque autre grand monument ou mémorial visible, et les journaux locaux se joignirent à ces appels. À la fin, des lettres particulières amenèrent M. Wright à s’adresser à la presse, comme au meilleur moyen à la fois de faire taire ces appels et d’exposer les raisons qui faisaient rejeter de telles propositions. Il écrivit ce qui suit :
« Vous me demandez, à moi qui ai été longtemps et étroitement associé à feu M. George Müller, de dire ce qui, à mon avis, serait le plus conforme à ses propres désirs comme mémorial digne de lui.
« La meilleure manière de répondre à cette question ne sera-t-elle pas de le laisser parler lui-même ?
« 1° Lorsqu’il bâtit la maison des orphelins no 1, et que se posa la question du nom à donner à l’édifice, il évita délibérément d’y associer son propre nom, et l’appela “la Nouvelle Maison des orphelins, Ashley Down”. N.B. — Jusqu’à la fin de sa vie, il lui déplaisait d’entendre ou de lire les mots “l’orphelinat de Müller”. Dans le même esprit, pendant des années, dans chaque rapport annuel, lorsqu’il parlait de l’orphelinat, il répétait cette déclaration : “Les Nouvelles Maisons des orphelins d’Ashley Down, à Bristol, ne sont pas mes maisons d’orphelins,... ce sont les maisons d’orphelins de Dieu.” (Voir, par exemple, le rapport de 1897, p. 69.)
« 2° Pendant des années, en fait jusqu’à ce qu’il eût près de quatre-vingts ans, il refusa constamment de laisser publier aucun portrait de lui-même ; et ce n’est qu’avec la plus grande répugnance (pour des raisons qu’il expose avec une minutie caractéristique dans la préface de “Preaching Tours”) qu’il finit par céder sur ce point.
« 3° Dans le dernier rapport publié, à la page 66, il déclare : “Le but premier que j’avais en vue en poursuivant cette œuvre”, à savoir : “qu’on vît que maintenant, au dix-neuvième siècle, Dieu est toujours le Dieu vivant, et que maintenant, comme il y a des milliers d’années, il écoute les prières de ses enfants et secourt ceux qui se confient en lui.” D’après ces paroles et cette manière d’agir, n’est-il pas évident que le seul “mémorial” dont George Müller se souciait était celui qui consiste dans l’effet de son exemple, tourné vers Dieu, sur ses semblables ? Chaque âme convertie à Dieu (instrumentalement) par ses paroles ou son exemple constitue pour lui un mémorial permanent, comme du père en Christ de cette âme. Chaque croyant fortifié dans la foi (instrumentalement) par ses paroles ou son exemple constitue un mémorial semblable pour son maître spirituel.
« Il savait que Dieu, dans les richesses de sa grâce, lui avait déjà donné bien des mémoriaux de ce genre ; et il a quitté cette vie, je le sais bien, en nourrissant la plus vive espérance de saluer là-haut des milliers d’autres pour lesquels il avait plu à Dieu de faire de lui le canal d’une riche bénédiction spirituelle.
« Il avait souvent coutume de me dire, quand il ouvrait une lettre où l’auteur déversait le récit d’une dure détresse pécuniaire et implorait son aide pour une somme deux, trois ou dix fois supérieure au total de ses biens terrestres (ceux de M. Müller) à ce moment-là : “Ah ! ces chères gens passent tout à fait à côté de la leçon que j’essaie de leur enseigner, car ils viennent à moi, au lieu d’aller à Dieu.” Et s’il pouvait revenir parmi nous pour une heure, et écouter le récit de ce que ses amis, sincères dans leur admiration mais dans l’erreur, se proposent de faire pour perpétuer sa mémoire, je l’entends s’écrier avec un soupir : “Ah ! ces chers amis passent tout à fait à côté de la leçon que j’ai essayé pendant soixante-dix ans de leur enseigner”, à savoir : “qu’un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel,” et que, par conséquent, c’est le bienheureux Donateur, et non le pauvre bénéficiaire, qui doit être glorifié.
« Votre tout dévoué, « JAMES WRIGHT. »
Chapitre 21 terminé
Vers le soir, la lumière