George Müller de Bristol
L’ombre d’un grand deuil

Chapitre 18 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

L’ombre d’un grand deuil

« IL couvre la lumière de nuées. » Aucune vie humaine n’est sans quelque expérience des cieux voilés et des jours d’orage, et parfois « les nuages reviennent après la pluie ». C’est une expérience bénie que de reconnaître la frange d’argent du plus sombre nuage d’orage, et, mieux encore, d’être sûr que la lumière de Dieu brille derrière un ciel qui semble entièrement et désespérément couvert.

L’année 1870 fut rendue à jamais douloureusement mémorable par la mort de Mme Müller, qui vécut juste assez longtemps pour voir s’ouvrir la dernière des nouvelles maisons d’orphelins. Depuis le début de l’œuvre, en novembre 1835, pendant plus de trente-quatre ans, cette épouse bien-aimée et dévouée avait été aussi une aide pleine de sympathie.

Cette vie conjugale s’était approchée de très près de l’idéal du bonheur conjugal, grâce à leur convenance mutuelle, à leur foi commune en Dieu et à leur amour pour son œuvre, et à leur longue association dans la prière et le service. Dans leur cas, le temps des fiançailles ne passa jamais ; en vérité, les attentions mutuelles, tendres et délicates, de ces premiers jours augmentèrent plutôt qu’elles ne diminuèrent à mesure que passaient les années ; et la grande maxime se trouva à la fois prouvée et illustrée, que le secret de gagner l’amour est aussi le secret de le garder. Bien plus, une telle affection grandit et devient de plus en plus une source de joie mutuelle. Jamais sa « Mary » bien-aimée n’avait été aussi précieuse à son mari que pendant l’année même de son départ.

Cette union conjugale fut si heureuse que M. Müller ne pouvait s’empêcher de rendre ce témoignage plein d’amour : jamais, à aucun moment après qu’elle fut devenue sa femme, il ne la vit sans éprouver une joie nouvelle. Et, jour après jour, ils avaient coutume de trouver au moins quelques moments de repos ensemble, assis après le dîner, la main dans la main, dans un affectueux échange de pensées et de sentiments, rendu plus complet encore par ce contact physique, et, que ce fût en paroles ou en silence, communiant dans le Seigneur. Leur bonheur en Dieu et l’un en l’autre était durable, perpétuel, et grandissait à mesure que fuyaient les années.

La conviction solennelle de M. Müller était que tout ce bonheur conjugal venait de ce qu’elle n’était pas seulement une chrétienne dévouée, mais que leur unique but commun était de vivre seulement et entièrement pour Dieu ; qu’ils avaient toujours une abondance de travail pour Dieu, dans lequel ils étaient de tout cœur unis ; que jamais ce travail n’avait été autorisé à empiéter sur le soin de leur propre âme, ni sur leurs moments de prière secrète et d’étude des Écritures ; et qu’ils avaient coutume, chaque jour, et souvent trois fois par jour, de se ménager un temps de prière et de louange en commun, où ils présentaient au Seigneur les sujets qui appelaient alors l’action de grâces et la supplication.

Mme Müller n’avait jamais été une femme très robuste, et plus d’une fois elle avait été près de la mort. En octobre 1859, après vingt-neuf années de vie et d’amour conjugaux, elle avait été mise à l’écart par un rhumatisme et était restée dans de grandes souffrances pendant environ neuf mois, tout à fait impotente et incapable de travailler ; mais on sentit comme une marque spéciale de l’amour et de la fidélité de Dieu que cette affliction même servît, entre ses mains, à la rétablir en santé et en force, le repos forcé imposé pendant la plus grande partie d’une année étant, au jugement de M. Müller, un moyen de prolonger sa vie et son temps de service pour les dix années suivantes. Ainsi une rude épreuve, affrontée par eux deux dans la foi, avait abouti à beaucoup de bénédiction, pour l’âme comme pour le corps.

Les dernières scènes de cette belle vie sont presque trop sacrées pour être dévoilées aux regards ordinaires. Pendant quelques années avant son départ, il était évident que sa santé et sa vitalité déclinaient. On avait pourtant peine à la décider à modérer son activité, ou même, quand une toux pénible l’assaillit, à laisser appeler un médecin. Son mari la gardait et la soignait avec attention, et, grâce à un soin attentif du régime et du repos, en évitant toute exposition inutile, et par un recours constant à la prière, elle fut maintenue en vie à travers beaucoup de faiblesse et parfois beaucoup de douleur. Mais, le samedi soir 5 février, elle s’aperçut qu’elle avait perdu l’usage de l’un de ses membres, et il était évident que la fin était proche. Son esprit était lucide et son cœur en paix. Elle-même fit cette remarque : « Il viendra bientôt. » Et quelques minutes après quatre heures de l’après-midi, le jour du Seigneur 6 février 1870, elle passa doucement des travaux et des épreuves humaines, pour être toujours avec le Seigneur.

Sous le poids d’un tel chagrin, la plupart des hommes auraient sombré dans les profondeurs d’un désespoir presque sans espérance. Mais cet homme de Dieu, soutenu par un amour divin, chercha aussitôt des sujets d’action de grâces ; et, au lieu de se lamenter sur sa perte, il se rappela et consigna avec reconnaissance la bonté de Dieu, qui avait repris une telle épouse, délivrant son esprit saint de la servitude de la faiblesse, de la maladie et de la douleur, plutôt que de la laisser à une souffrance prolongée et à l’angoisse muette de l’impuissance ; et, par-dessus tout, qui l’avait introduite dans l’objet du désir de son cœur, la présence immédiate du Seigneur Jésus, et le service plus élevé d’une sphère céleste. N’est-il pas proche de l’égoïsme, ce chagrin qui s’attarde tant sur nos propres privations qu’il en oublie le gain extatique des saints partis, qui, retirés d’auprès de nous et ayant quitté ce corps, demeurent auprès du Seigneur ?

C’est seulement dans ces circonstances d’extrême épreuve, qui sont pour les hommes ordinaires un poids écrasant, qu’une foi implicite en la sagesse et en l’amour infaillibles du Père montre toute sa puissance pour soutenir. Là où la volonté propre est véritablement perdue dans la volonté de Dieu, la vie qui est cachée en lui se manifeste avec le plus d’éclat à l’heure la plus sombre.

La mort de cette épouse bien-aimée en fournit une illustration. Quelques heures à peine après que lui eut été retirée celle qui avait partagé avec lui les projets et les travaux de ces longues années de service, M. Müller se rendit à la réunion de prière du lundi soir, qui se tenait alors à la chapelle de Salem, pour mêler comme d’habitude ses prières et ses louanges à celles de ses frères. Le visage littéralement rayonnant, il se leva et dit : « Bien-aimés frères et sœurs en Christ, je vous demande de vous joindre à moi pour louer et remercier de tout cœur mon précieux Seigneur de la bonté qu’il a eue de retirer ma chère et bien-aimée femme de la douleur et de la souffrance qu’elle a endurées, pour la prendre dans sa propre présence ; et, comme je me réjouis de tout ce qui fait son bonheur, je me réjouis maintenant en comprenant combien elle est plus heureuse, à contempler son Seigneur qu’elle a tant aimé, qu’elle ne l’a été ou n’aurait pu l’être dans aucune joie d’ici-bas. Je vous demande aussi de prier pour que le Seigneur me rende capable d’entrer si bien en communion avec sa joie, que mon cœur endeuillé soit occupé de sa félicité plutôt que de ma perte inexprimable. » Ces paroles remarquables nous sont fournies par quelqu’un qui était lui-même présent, et dans la mémoire duquel elles laissèrent une impression ineffaçable.

Cet événement produisit un effet marqué sur tous ceux qui assistaient à cette réunion. Mme Müller était connue de tous comme une femme et une épouse des plus précieuses, des plus aimables et des plus saintes. Après près de quarante années de vie et d’amour conjugaux, elle avait quitté la demeure terrestre pour la demeure céleste. Pour son mari, elle avait été une bénédiction indescriptible, et, pour sa fille Lydia, à la fois une mère sage et tendre et une compagne pleine de sympathie. Leur perte à tous deux ne pourrait jamais être réparée sur la terre. Pourtant, dans ces circonstances, cet homme de Dieu reçut la grâce d’oublier sa propre perte irréparable et celle de sa fille, et de louer Dieu pour le gain inexprimable de l’épouse et de la mère disparue.

Le corps fut mis en terre le 11 février, des milliers d’amis affligés témoignant la plus profonde sympathie. Douze cents orphelins prirent part au cortège funèbre, ainsi que tout le personnel des aides, autant qu’on pouvait s’en passer dans les maisons. Le mari endeuillé, étrangement soutenu par le bras de l’Ami tout-puissant en qui il se confiait, se chargea lui-même du service funèbre, à la chapelle comme au cimetière. Il tomba ensuite gravement malade, mais, dès que ses forces revenues le permirent, il prêcha le sermon funèbre de sa femme — autre occasion mémorable. Ce fut la sérénité surnaturelle de sa paix en présence d’un tel deuil qui amena le médecin qui le soignait à dire à un ami : « Je n’ai jamais vu un homme aussi peu humain. » Oui, surhumain en vérité, quoique bien loin d’être inhumain, élevé au-dessus de la faiblesse de la simple humanité par une puissance qui ne vient pas de l’homme.

Ce sermon funèbre fut un noble hommage à la bonté du Seigneur, même dans la grande affliction de sa vie. Le texte en était :

« Tu es bon et bienfaisant. » (Ps. 119:68.)

Ses trois divisions étaient : « Le Seigneur a été bon et bienfaisant : premièrement, en me la donnant ; deuxièmement, en me la laissant si longtemps ; et troisièmement, en me la reprenant. » Il est heureusement conservé dans le journal de M. Müller, et doit être lu pour être apprécié.*

* Récit, 3 : 575-594.

Cette union, commencée dans la prière, fut dans la prière sanctifiée jusqu’à la fin. La principale excellence de Mme Müller résidait dans sa piété dévouée. Elle portait cette unique parure qui est d’un grand prix devant Dieu — un esprit doux et paisible ; la grâce de l’Éternel, son Dieu, reposait sur elle. Elle avait partagé avec sympathie les prières et les larmes de son mari pendant tout le long temps d’épreuve de la foi et de la patience, et avait pris part à toutes les joies et à toutes les récompenses des heures de triomphe. Le témoignage que M. Müller lui-même lui rend ne laisse rien à ajouter, car c’est l’hommage de celui qui l’a connue le plus longtemps et le mieux. Il écrit :

« Elle était un don de Dieu lui-même, admirablement assortie à moi, jusque dans son tempérament naturel. Des milliers de fois je lui ai dit : “Ma chérie, c’est Dieu lui-même qui t’a choisie pour moi, comme l’épouse la plus convenable que j’eusse jamais pu souhaiter avoir.” »

Quant à la culture, elle possédait le fond d’une éducation pratique et sensée, couronnée et ornée par les talents d’agrément d’une femme du monde, qu’elle n’eut ni le temps ni le goût de cultiver dans sa vie d’épouse. Elle n’était pas seulement versée dans les langues et dans des études supérieures comme l’astronomie, mais aussi dans les mathématiques ; et cette dernière compétence fit d’elle, pendant trente-quatre ans, une aide inestimable pour son mari, car, mois après mois, elle examinait tous les cahiers de comptes et les centaines de factures des directrices des maisons d’orphelins, et, d’un œil d’expert, en relevait la moindre erreur.

Toute sa formation et ses aptitudes naturelles marquaient une adaptation providentielle à sa tâche, comme « la cheville ronde dans le trou rond ». Son éducation pratique dans les travaux d’aiguille, et sa connaissance des matières les plus utiles aux divers usages domestiques, la rendaient compétente pour diriger aussi bien l’achat que la confection des draps et autres étoffes destinés aux vêtements, au linge de lit, etc. Elle allait et venait dans ces maisons d’orphelins comme un ange d’amour, trouvant une joie désintéressée à d’humbles services tels que préparer des lits propres et nets pour le repos des petits, et les couvrir de chaudes couvertures par les temps froids. Pour l’amour de celui qui prit les petits enfants dans ses bras, elle devint pour ces milliers d’orphelins démunis une mère nourricière.

Peu après sa mort, on reçut une lettre d’une orpheline croyante, placée en service quelque dix-sept ans auparavant, qui demandait, au nom aussi d’autres anciennes pensionnaires des maisons, la permission d’élever une pierre sur la tombe de Mme Müller, en témoignage d’amour et de souvenir reconnaissant. Le consentement ayant été donné, des centaines de petites offrandes arrivèrent d’orphelins qui, au cours des vingt-cinq années précédentes, avaient été sous sa garde maternelle — bel hommage à sa valeur, et offrande touchante de ceux qui avaient été pour elle comme sa famille élargie.

La chère fille, Lydia, avait, deux ans avant le départ de Mme Müller, trouvé dans l’un des carnets de sa mère une note sacrée de sa propre main, qu’elle porta à la connaissance de son père endeuillé deux jours après le départ de sa femme. Elle compte parmi les précieuses reliques de son histoire. Elle est ainsi conçue :

« S’il plaisait au Seigneur de retirer M. M. [Mary Müller] par un départ soudain, qu’aucun des survivants bien-aimés ne pense que ce soit par mode de jugement, ni envers elle ni envers eux. Elle a si souvent senti, en jouissant consciemment de la proximité du Seigneur, combien il serait doux de partir maintenant et d’être pour toujours avec Jésus, que seul le choc qu’en éprouveraient son mari et son enfant bien-aimés, etc., a retenu en elle le désir ardent que son esprit heureux prenne ainsi son essor. Précieux Jésus ! Que ta volonté soit faite en ceci comme en toute autre chose, et non la sienne ! »

Ces paroles furent pour M. Müller son dernier legs ; et, avec la consolation qu’elles lui apportaient, la sympathie aimante de sa précieuse Lydia, qui fit tout ce qu’une fille peut faire pour tenir la place d’une mère, et le souvenir de celui qui a dit : « Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point », il poursuivit son chemin solitaire de pèlerin, se réjouissant dans le Seigneur, tout en sentant néanmoins au cœur une blessure qui semblait se creuser plutôt que guérir.

Seize mois passèrent, puis M. James Wright, qui, comme M. Müller, avait été privé de sa compagne, lui demanda la main de sa bien-aimée Lydia. La demande prit M. Müller entièrement par surprise, mais il sentit qu’il n’était homme vivant à qui il pût, avec une confiance plus joyeuse, remettre et confier le plus cher trésor terrestre qui lui restait ; et, toujours soucieux du bonheur des autres plutôt que du sien, il encouragea sa fille à accepter l’amour que lui offrait M. Wright, alors qu’elle hésitait naturellement à cause de son père. Ils se marièrent le 16 novembre 1871, et commencèrent une vie de prière et de sympathie mutuelles qui, comme celle de son père et de sa mère, se révéla suprêmement, presque idéalement heureuse, secourable et utile.

Alors que cet événement n’était encore qu’en perspective, M. Müller ressentait vivement sa propre solitude, et bien davantage en vue du départ prochain de sa fille pour le foyer de son mari. Il sentait le besoin de quelqu’un qui partageât intimement ses travaux et ses prières et l’aidât dans l’œuvre du Seigneur, et la persuasion grandit en lui que c’était la volonté de Dieu qu’il se remariât. Après beaucoup de prière, il résolut de demander à Mlle Susannah Grace Sangar de devenir sa femme, la connaissant depuis plus de vingt-cinq ans comme une disciple conséquente, et la croyant bien faite pour être son aide dans le Seigneur. Ainsi, quatorze jours après le mariage de sa fille avec M. Wright, il contracta une union semblable avec Mlle Sangar, qui, pendant des années, se joignit à lui dans la prière, dans les dons désintéressés et dans les travaux pour le salut des âmes.

La seconde Mme Müller était d’un même sentiment que son mari quant à l’intendance des biens du Seigneur. Il la trouva pauvre, car ce qu’elle avait possédé autrefois, elle l’avait perdu ; et, si elle avait été riche, il aurait considéré sa fortune comme un obstacle au mariage, qui l’aurait rendue impropre à être sa compagne dans un renoncement fondé sur un principe scripturaire. Les richesses ou une fortune thésaurisée auraient été pour eux deux un piège, et elle le sentait aussi ; de sorte que, ayant encore, avant son mariage, un reste de deux cents livres, elle le mit aussitôt à la disposition du Seigneur, s’associant ainsi à son mari dans une vie de pauvreté volontaire ; et, bien que des legs lui fussent versés par la suite, elle demeura jusqu’au jour de sa mort pauvre pour l’amour du Seigneur.

On avait souvent demandé à M. Müller ce que deviendrait l’œuvre quand lui, le maître d’œuvre, serait retiré. Les hommes ont peine à détacher leurs regards de l’instrument et à se rappeler qu’il n’y a, à proprement parler, qu’un seul AGENT, car l’agent est celui qui agit, et l’instrument ce avec quoi l’agent agit. Même si l’on pouvait pourvoir, au moyen d’un conseil d’administrateurs, à la continuation de l’œuvre des orphelins, où trouverait-on l’homme qui en prendrait la direction, un homme dont l’esprit fût si proche de celui du fondateur qu’il se confierait en Dieu et dépendrait de lui exactement comme M. Müller l’avait fait avant lui ? Telles étaient les questions des observateurs quelque peu sceptiques ou craintifs de l’œuvre grande et ramifiée qui se poursuivait sous la direction de M. Müller.

À toutes ces questions il avait toujours une réponse prête — sa solution unique et invariable de tous les soucis et de toutes les perplexités : le Dieu vivant. Celui qui avait bâti les maisons d’orphelins pouvait les entretenir ; celui qui avait suscité un homme humble pour surveiller l’œuvre en son nom pouvait pourvoir à un digne successeur, comme Josué, qui non seulement suivit Moïse, mais lui succéda. L’Éternel des armées n’est pas limité dans ses ressources.

Néanmoins, on pria beaucoup pour que le Seigneur pourvût à un tel successeur, et, en M. James Wright, la prière fut exaucée. Il ne fut pas choisi en tant que gendre de M. Müller, car le choix fut fait avant même qu’il eût songé à épouser Lydia Müller. Depuis plus de trente ans, dès son enfance, M. Wright était bien connu de M. Müller, qui avait suivi sa croissance dans les choses de Dieu. Depuis treize ans déjà il était son « bras droit » dans toutes les affaires les plus importantes ; et, pendant presque tout ce temps, il avait été présenté devant Dieu comme son successeur dans les prières de M. et Mme Müller, qui tous deux se sentaient divinement assurés que Dieu le rendrait de plus en plus apte à porter tout le fardeau de la responsabilité.

Lorsque, en 1870, l’épouse s’endormit en Jésus et que M. Müller lui-même était malade, il ouvrit son cœur à M. Wright au sujet de la succession. L’humilité le fit reculer devant un tel poste, et sa femme d’alors craignit que la charge ne fût trop lourde pour lui ; mais toutes les objections furent surmontées quand on vit et sentit que c’était l’appel de Dieu. Ce fut vingt et un mois plus tard, en novembre 1871, que M. Wright épousa la fille unique et seule enfant de M. Müller ; il est donc tout à fait évident qu’il n’avait pas recherché la position qu’il occupe maintenant, et qu’il n’y fut pas nommé parce qu’il était le gendre de M. Müller, car, à ce moment-là, sa première femme était vivante et en bonne santé. À partir de mai 1872, M. Wright partagea donc avec son beau-père les responsabilités de l’Institution, et lui donna une grande joie comme associé et successeur en pleine sympathie avec tous les grands principes sur lesquels son œuvre avait été fondée.

Un peu plus de trois ans après le second mariage de M. Müller, en mars 1874, Mme Müller tomba malade et devint, deux jours plus tard, fiévreuse et agitée ; au bout de deux semaines environ, elle fut prise d’une hémorragie qui l’amena, elle aussi, tout près des portes de la mort. Elle se reprit ; mais la fièvre et le délire suivirent, et une insomnie opiniâtre, au point que, pour la deuxième fois, elle sembla sur le point de mourir. Sa vitalité était même si faible que, le 17 avril encore, un médecin de Londres très expérimenté déclara n’avoir jamais vu un malade se remettre d’une telle maladie ; et ainsi, pour la troisième fois, tout espoir humain de guérison sembla perdu. Et pourtant, en réponse à la prière, Mme Müller fut relevée ; à la fin de mai, on l’emmena au bord de la mer pour changer d’air, et elle reprit rapidement des forces jusqu’à être entièrement rétablie. Ainsi le Seigneur l’épargna, pour qu’elle fût la compagne de son mari pendant ces années de tournées missionnaires qui lui permirent de rendre un si vaste témoignage dans le monde entier. Toujours, de l’ombre de ses deuils, ce bien-aimé homme de Dieu sortait pour trouver ce rafraîchissement divin qui est comme « l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée ».

Page 1 / 1 · 18 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant