George Müller de Bristol
Nouvelles leçons à l’école de la prière

Chapitre 14 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute

Nouvelles leçons à l’école de la prière

CELUI qui enseigne doit aussi apprendre ; seul celui qui continue d’apprendre est donc capable de continuer d’enseigner. Rien que des leçons nouvelles, maîtrisées chaque jour, ne peut garder notre témoignage frais et vivifiant, et nous rendre capables de donner des leçons plus avancées. Au lieu d’être toujours occupés à une sorte de révision, notre enseignement et notre témoignage seront ainsi puisés chaque jour à un niveau nouveau et plus élevé.

Les expériences de George Müller en matière de prière victorieuse ne cessaient de s’accumuler, et le rendaient ainsi capable de parler aux autres, non d’une affaire de spéculation, de théorie ou de croyance doctrinale, mais d’une expérience personnelle longue, variée et couronnée de succès. Avec patience, avec soin et fréquemment, il cherche à graver dans l’esprit des autres les conditions de la supplication efficace. De temps à autre, il rencontrait des gens pour qui sa confiance en Dieu, courageuse et enfantine, était un mystère ; et parfois les doutes secrets de l’incrédulité trouvaient leur expression dans cette question : que ferait-il si Dieu n’envoyait pas de secours ? qu’arriverait-il si l’heure d’un repas venait réellement sans qu’il y eût de nourriture, ni d’argent pour s’en procurer ; ou si les vêtements étaient usés, sans rien pour les remplacer ?

À toutes ces questions, il avait toujours cette unique réponse prête : un tel manquement de la part de Dieu est inconcevable, et doit donc être rangé parmi les impossibilités. Il y a cependant des conditions nécessaires de la part de l’homme : l’âme qui supplie doit venir à Dieu dans l’esprit et l’attitude qui conviennent. Pour ceux de ses lecteurs qui pouvaient avoir besoin d’être mieux guidés sur la manière juste et agréable de s’approcher de Dieu, il avait coutume d’exposer très clairement l’enseignement de l’Écriture sur ce point.

Cinq grandes conditions de la prière victorieuse étaient toujours présentes à son esprit :

1. Une entière dépendance à l’égard des mérites et de la médiation du Seigneur Jésus-Christ, seul fondement de tout droit à la bénédiction. (Voir Jean 14:13-14 ; 15:16, etc.)

2. La séparation d’avec tout péché connu. Si nous concevons l’iniquité dans notre cœur, le Seigneur ne nous exaucera pas, car ce serait sanctionner le péché. (Psaume 66:18.)

3. La foi en la parole de promesse de Dieu, confirmée par son serment. Ne pas le croire, c’est faire de lui à la fois un menteur et un parjure. (Hébreux 11:6 ; 6:13-20.)

4. Demander selon sa volonté. Nos motifs doivent être pieux : nous ne devons rechercher aucun don de Dieu dans le but de satisfaire nos propres passions. (1 Jean 5:14 ; Jacques 4:3.)

5. La persévérance dans la supplication. Il faut s’attendre à Dieu et attendre Dieu, comme le laboureur prend longuement patience en attendant la moisson. (Jacques 5:7 ; Luc 18:1-10.)

On ne saurait trop insister sur l’importance de fixer fermement dans l’esprit des principes comme ceux-là. Le premier pose le fondement de toute prière : notre union avec le grand souverain sacrificateur. Le deuxième énonce une condition de la prière : l’abandon du péché. Le troisième nous rappelle la nécessité d’honorer Dieu par la foi qu’il existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent avec diligence. Le quatrième révèle la communion de sentiment avec Dieu qui nous aide à demander ce qui est pour notre bien et pour sa gloire. Le dernier nous enseigne que, après avoir saisi Dieu dans la prière, nous devons tenir ferme jusqu’à ce que son bras s’étende pour bénir.

Là où ces conditions n’existent pas, exaucer la prière serait pour Dieu à la fois se déshonorer lui-même et nuire à celui qui supplie. Encourager ceux qui viennent à lui en leur propre nom, ou dans un esprit de propre justice, d’égoïsme et de désobéissance, ce serait accorder une prime à la persévérance dans le péché. Exaucer les requêtes des incrédules, ce serait faire peu de cas du double outrage infligé à sa parole de promesse et à son serment de confirmation par un doute obstiné de sa véracité et une défiance de sa fidélité. En vérité, il n’existe pas une seule condition de la prière victorieuse qui ne le soit par la nature même des choses. Ce ne sont pas là des limites arbitraires imposées à la prière par une volonté despotique ; elles sont nécessaires tant au caractère de Dieu qu’au bien de l’homme.

Toutes les leçons apprises à l’école de la prière de Dieu rendirent les sentiments et les convictions de M. Müller à ce sujet plus profonds et plus pénétrants. Il voyait le rapport vital de la prière avec la sainteté, et cherchait sans cesse à le graver dans l’esprit de ses auditeurs comme de ses lecteurs ; et, se souvenant que, pour persuader, la figure de style la plus efficace est la répétition, il ne reculait devant aucune fréquence de redite qui pût faire prendre racine à de telles vérités dans l’esprit et le cœur des autres.

Il n’y a jamais eu de saint, depuis le temps d’Abel jusqu’au nôtre, à qui n’aient été enseignées les mêmes leçons essentielles. Toute prière qui a jamais fait descendre la bénédiction a prévalu selon la même loi de succès : l’impulsion intérieure du Saint-Esprit de Dieu. Si donc les enseignements de cet Esprit sont négligés ou désobéis, ou si ses mouvements intérieurs sont entravés, dans cette mesure exacte la prière deviendra formelle, ou sera tout à fait abandonnée. Le péché consciemment entretenu, ou le devoir sciemment négligé, fait de la supplication une offense envers Dieu.

De plus, toute prière ne prévaut que dans la mesure de notre union réelle, même si elle n’est pas consciente, avec le Seigneur Jésus-Christ, fondement de notre approche, et dans la mesure de notre dépendance à l’égard de lui comme moyen de notre accès auprès de Dieu.

Et encore : toute prière ne prévaut que si elle est offerte avec foi ; et la réponse à une telle prière ne peut être reconnue et reçue que sur le plan de la foi ; c’est-à-dire que nous devons garder une disposition croyante, attendant la bénédiction, et prêts à la recevoir selon la voie, le temps et la forme de Dieu, et non selon les nôtres.

La foi qui attend ainsi ne peut être surprise par les exaucements. Lorsque, en novembre 1840, une sœur donna dix livres pour les orphelins, à un moment particulièrement opportun, M. Müller rapporte sa joie triomphante en Dieu, joie qui dépassait et défiait toute expression. Pourtant il était exempt d’agitation et pas le moins du monde surpris, parce que, par la grâce, il s’était attendu avec confiance à Dieu pour la délivrance. Le secours avait tant tardé que, dans l’une des maisons, il n’y avait plus de pain, et que dans aucune il n’y avait de lait, ni d’argent pour acheter l’un ou l’autre. Ce fut quelques minutes seulement avant le passage de la voiture du laitier que cet argent arriva.

Si fidèles et si confiants que nous soyons dans la prière, il ne nous en faut pas moins user avec soin et diligence de tous les moyens légitimes. Ici encore, la vie entière de M. Müller est une leçon pour les autres croyants. Par exemple, lorsqu’il voyageait en d’autres pays, ou qu’il aidait d’autres frères à partir, il implorait la garde constante du Seigneur sur les moyens de transport employés, et même sur les bagages, si sujets à s’égarer. Mais lui-même veillait avec soin à ce que le navire sur lequel il devait s’embarquer fût en bon état de tenir la mer, ainsi qu’à toutes les autres conditions d’un transport sûr et rapide pour lui-même et pour les autres. Une fois que certains frères et sœurs allemands partaient pour des rivages lointains, il remarqua la façon dont le cocher rangeait les menus bagages dans le fiacre, et observa que plusieurs sacs de voyage avaient été fourrés à la hâte dans un coffre arrière. Il compta aussi soigneusement les colis, et nota qu’il y en avait dix-sept en tout. En arrivant au quai, où règnent d’ordinaire beaucoup de hâte et d’agitation, le cocher malhonnête serait reparti avec une grande partie des effets appartenant au groupe, sans cet homme de Dieu qui non seulement priait mais veillait. Celui qui se confiait implicitement en Dieu ne surveillait pas moins fidèlement la loyauté du cocher, lequel, après avoir prétendu avoir remis tous les bagages aux porteurs, fut contraint d’ouvrir ce coffre arrière et, à sa grande confusion, de rendre les cinq ou six sacs qui y étaient cachés. M. Müller ajoute dans son récit qu’« une telle circonstance devrait nous apprendre à faire des plus petites affaires un sujet de prière, par exemple, que tous les bagages puissent être retirés sans encombre d’un fiacre ». Ne pouvons-nous pas ajouter qu’une telle circonstance nous enseigne cette leçon complémentaire, tout aussi importante à sa manière, que nous devons être vigilants aussi bien que priants, et veiller à ce qu’un cocher malhonnête ne s’enfuie pas avec les biens d’autrui !

Ce saint qui priait, et qui surveillait l’homme, surveillait avant tout Dieu. Même dans les moindres détails de son œuvre, son regard guettait toujours les ressources infaillibles de Dieu, et prenait note des directions et des voies divines ; et ensuite venait toujours le fruit de lèvres qui confessent son nom. Voici encore un secret révélé : l’esprit de prière et l’esprit de reconnaissance, ces deux servantes de Dieu, vont toujours ensemble, l’une aidant l’autre. « Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses. » (1 Thess. 5:17-18.) Ces deux préceptes se tiennent côte à côte, à leur juste place, et celui qui néglige l’un se trouvera désobéir à l’autre. Cet homme qui priait tant et si bien offrait sans cesse à Dieu un sacrifice de louange.

Par exemple, le 21 septembre 1840, il consigna dans son récit une note si simple, si enfantine et si caractéristique à tous égards, que chacun de ses mots est précieux.

« Le Seigneur, pour nous montrer qu’il continue à prendre soin de nous, suscite de nouveaux aides. Ceux qui se confient dans le Seigneur ne seront jamais confus. Parmi ceux qui ont aidé pendant un temps, certains peuvent s’endormir en Jésus ; d’autres se refroidir dans le service du Seigneur ; d’autres désirer aider autant que jamais, mais n’en être plus capables ; ou bien, ayant les moyens, estimer que sa volonté est qu’ils les emploient d’une autre manière. Mais, en nous appuyant sur Dieu, sur le seul Dieu vivant, nous sommes À L’ABRI DE LA DÉCEPTION et À L’ABRI de l’abandon pour cause de mort, ou de manque de moyens, ou de manque d’amour, ou à cause des exigences d’une autre œuvre. Qu’il est précieux d’avoir appris, en quelque mesure, à se contenter de se tenir seul avec Dieu dans le monde, et de savoir qu’assurément aucun bien ne nous sera refusé tant que nous marcherons dans l’intégrité ! »

Parmi les dons reçus au cours de cette longue vie d’intendance pour Dieu, certains méritent une mention particulière.

À une offrande reçue en mars 1839 se rattache une histoire singulière. Les circonstances qui accompagnèrent sa réception firent sur lui une profonde impression. Il avait donné un exemplaire du rapport annuel à un frère croyant, que sa lecture avait vivement poussé à la prière ; et, sachant que sa propre sœur, qui était elle aussi une disciple, possédait diverses parures et bijoux de prix, tels qu’une lourde chaîne d’or, une paire de bracelets d’or et une superbe bague sertie de beaux brillants, ce frère supplia le Seigneur de lui montrer si bien l’inutilité de ces colifichets qu’elle fût amenée à les déposer tous sur son autel, en offrande pour l’œuvre des orphelins. Cette prière fut littéralement exaucée. Ce sacrifice de bijoux rendit service à l’œuvre à un moment de besoin si pressant que le cœur de M. Müller se réjouit tout particulièrement en Dieu. Le produit de la vente de ces parures lui permit de faire face aux dépenses d’une semaine entière, et en outre de payer les traitements dus aux aides. Mais, avant de se défaire de la bague de diamants, il s’en servit pour écrire sur la vitre de sa propre chambre ce nom et ce titre précieux du Seigneur, « JEHOVA-JIRÉ » ; et dès lors, chaque fois que, dans une profonde pauvreté, il jetait les yeux sur ces deux mots, impérissablement tracés à la pointe d’un diamant sur cette vitre, il se rappelait avec reconnaissance que « L’ÉTERNEL POURVOIRA ».

Combien de ses frères en la foi pourraient trouver un rafraîchissement et une inspiration inépuisables à méditer les promesses divines ! Il était ordonné aux croyants d’autrefois d’écrire les paroles de Dieu sur la paume de leurs mains, sur les poteaux de leurs maisons et sur leurs portes, afin que les travaux de leurs mains, leurs allées et venues, leur vie personnelle et familiale fussent autant de rappels constants de la fidélité éternelle de l’Éternel. Celui qui avait gravé ce nom choisi de Dieu sur la vitre de sa demeure trouva que chaque rayon de soleil qui entrait dans sa chambre illuminait la promesse de son Seigneur.

Voici comment il résume les expériences de l’année 1840 :

1. Malgré des épreuves de foi multipliées, les orphelins n’ont manqué de rien.

2. Au lieu qu’il eût été déçu dans ses attentes ou dans son œuvre, c’est l’inverse qui s’était produit, de telles épreuves se révélant nécessaires pour démontrer que le Seigneur était leur aide au temps du besoin.

3. Une telle manière de vivre rend le Seigneur très proche, comme quelqu’un qui inspecte chaque jour le besoin afin d’envoyer un secours plus opportun.

4. Une dépendance aussi constante et aussi immédiate à l’égard du secours divin n’absorbe pas l’esprit dans les choses temporelles au point de le rendre impropre aux occupations et aux joies spirituelles ; elle pousse plutôt à une communion habituelle avec le Seigneur et avec sa Parole.

5. D’autres enfants de Dieu ne sont peut-être pas appelés à une œuvre semblable, mais ils sont appelés à une foi semblable, et ils peuvent faire l’expérience d’interventions semblables s’ils vivent selon sa volonté et recherchent son secours.

6. Contracter des dettes, étant non scripturaire, est un péché qui doit être confessé et abandonné si nous désirons une communion sans entrave avec Dieu et l’expérience de ses interventions.

C’est aussi en cette année 1840 qu’un nouvel objet fut ajouté à l’œuvre de l’Institution pour la connaissance des Écritures, à savoir la diffusion de livres et de traités chrétiens. Mais, à mesure que la continuation et l’extension de ces activités bienfaisantes rendaient les besoins plus grands, la main du grand Pourvoyeur, en réponse à la prière, accordait des ressources plus larges.

L’intervention divine ne sera jamais mise en doute par celui qui, comme George Müller, s’adonne à la prière, car les coïncidences entre la demande et l’apport, entre les temps et les moments de la requête et de l’exaucement, se révéleront trop exactes et trop fréquentes pour permettre de douter que Dieu ait aidé.

La « morale du langage » renferme bien des leçons. Par exemple, l’expression « justice poétique » désigne un jugement où la peine convient singulièrement au crime. De même que les vers poétiques s’harmonisent, la rime et le rythme montrant l’œuvre d’une main qui les a conçus, de même il y a souvent une harmonie entre une offense et son châtiment : ainsi lorsque Adoni-Bézek, qui avait infligé une semblable mutilation à soixante-cinq rois captifs, eut lui-même les pouces des mains et des pieds coupés, ou lorsque Haman fut lui-même pendu à la potence qu’il avait dressée pour Mardochée. Nous lisons au Psaume 9:17 :

« L’Éternel se montre, il fait justice, Il enlace le méchant dans l’œuvre de ses mains. »

La pensée inspirée est que le châtiment des malfaiteurs correspond si exactement à la nature de leurs méfaits qu’il montre que c’est le Seigneur qui exerce la vengeance : la peine révèle une main qui l’a conçue. Celui qui observe les jugements de rétribution particuliers de Dieu, la manière dont il fait tomber dans les pièges et les fosses ceux qui les tendent ou les creusent pour d’autres, ne doutera pas que derrière cette « justice poétique » il y ait un Juge intelligent.

De façon assez semblable, l’harmonie poétique entre la prière et son exaucement fait taire toute question quant à l’existence d’un Auditeur qui discerne l’âme suppliante. Un seul cas de prière ainsi exaucée pourrait être tenu pour accidentel ; mais, depuis que l’on commença à invoquer le nom de l’Éternel, il y a eu entre les requêtes de l’homme et les réponses de Dieu des correspondances si répétées, si frappantes et si merveilleuses, que la conclusion est parfaitement sûre : l’induction a une base trop large et un ensemble de faits particuliers trop considérable pour permettre l’erreur. Les coïncidences sont à la fois trop nombreuses et trop exactes pour admettre la doctrine du hasard. Nous sommes contraints, pour ne pas dire fondés, à conclure que la seule explication suffisante et raisonnable doit se trouver en un Dieu qui entend et exauce la prière.

M. Müller n’était pas la seule partie dans ces transactions, ni la seule personne ainsi convaincue que Dieu était présent dans toute l’affaire de l’œuvre et de son entretien. Les donateurs aussi bien que celui qui recevait avaient conscience d’une direction divine.

Fréquents furent aussi les cas où ceux qui apportaient un secours des plus opportuns faisaient part à M. Müller des expériences qui avaient accompagné ou précédé leurs offrandes ; par exemple, lorsque, sans qu’aucun homme leur eût laissé entendre qu’il y avait un besoin particulier, leur cœur avait reçu dans la prière l’impression qu’il y avait une urgence exigeant une aide prompte.

Ainsi, en juin 1841, cinquante livres furent reçues avec ces mots : « Je ne m’inquiète pas d’avoir été empêché pendant tant de jours d’envoyer cet argent ; je suis certain qu’on n’en a pas eu besoin. »

« Cette dernière phrase est remarquable, dit M. Müller. Il y a maintenant près de trois ans que nos fonds ont été épuisés pour la première fois, et c’est seulement à ce moment-ci, depuis lors, qu’on aurait pu dire en vérité, autant que je me souvienne, qu’un don de cinquante livres n’était pas nécessaire. Depuis le commencement, en juillet 1838, jusqu’à maintenant, il n’y avait jamais eu de période où nous ayons été dans une telle abondance qu’au moment où ce don est arrivé ; car il y avait alors, dans le fonds des orphelins et dans les autres fonds, entre deux et trois cents livres ! Les paroles de notre frère sont d’autant plus remarquables que, en quatre occasions précédentes, où il avait également fait des dons considérables, nous étions toujours dans le besoin, et même dans un grand besoin, ce qu’il a su ensuite par les comptes imprimés. »

La prière victorieuse est en grande partie subordonnée à une obéissance constante. « Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. » (1 Jean 3:22.) Il n’y a pas d’autre moyen de rester en contact étroit avec Dieu que de faire un pas nouveau en avant chaque fois qu’une lumière nouvelle est donnée. Voilà encore l’un des secrets de la vie de George Müller. Sans calculer outre mesure ce qu’il en coûterait, il suivit chaque direction de Dieu.

En juillet 1841, M. Craik et M. Müller eurent tous deux l’impression que la manière dont ils recevaient alors les offrandes volontaires de ceux parmi lesquels ils travaillaient n’était pas opportune. Ces contributions étaient déposées dans des troncs au-dessus desquels étaient inscrits leurs noms, avec une explication de l’usage auquel ces offrandes étaient destinées. Mais on sentit que cela pourrait sembler les élever indûment au-dessus des autres, comme s’ils s’attribuaient une importance officielle, ou s’ils excluaient d’autres frères d’une pleine et égale reconnaissance comme ouvriers de la prédication et de l’enseignement. Ils décidèrent donc d’abandonner cette manière de recevoir de telles offrandes.

Un tel acte d’obéissance peut sembler à certains trop scrupuleux, mais il coûta quelques luttes intérieures, car il faisait craindre une diminution possible, et même probable, des ressources pour leurs propres besoins, et la question se posait naturellement de savoir comment il serait pourvu à ce manque. Heureusement, M. Müller avait depuis longtemps tranché la question : suivre un sentiment clair du devoir est toujours sûr. Il pouvait dire, dans chacune de ces crises : « Ô Dieu, mon cœur est affermi, mon cœur est affermi, confiant en toi. » (Psaume 112:7.) Une fois pour toutes, ayant pris une telle décision, de tels risques apparents ne troublèrent pas un instant sa paix. D’une manière ou d’une autre, le Seigneur pourvoirait, et tout ce qu’il avait à faire était de le servir, de se confier en lui, et de laisser le reste à sa paternité.

À l’automne de 1841, il plut à Dieu qu’il y eût, plus qu’à aucune période antérieure, une rude épreuve de la foi. Pendant quelques mois, les ressources avaient été relativement abondantes ; mais maintenant, de jour en jour et de repas en repas, l’œil de la foi devait se tourner vers le Seigneur, et, malgré la persévérance dans la prière, le secours semblait par moments faire défaut, à tel point que ce fut une marque particulière de la grâce de Dieu que, pendant cette longue épreuve de l’attente, la confiance de M. Müller et de ses aides ne cédât pas entièrement. Mais lui et eux furent soutenus, et il se reposa sans faiblir sur la pitié paternelle de Dieu.

Une fois, une pauvre femme donna deux pence, en ajoutant : « Ce n’est qu’une bagatelle, mais il faut que je vous la donne. » Or le don de ces « deux pites » fut si opportun qu’un de ces deux pence était justement ce qu’il fallait alors pour compléter la somme nécessaire à l’achat du pain pour l’usage immédiat. Une autre fois, alors qu’il fallait huit pence de plus pour pourvoir au repas suivant, mais qu’on n’en avait que sept en main, on ouvrit l’un des troncs et l’on n’y trouva déposé qu’un seul penny, de sorte qu’un unique penny fut, lui aussi, rapporté aux soins du Père.

Ce fut en décembre de cette même année 1841 que, pour montrer combien la dépendance reposait uniquement sur un Pourvoyeur céleste, on décida de différer pour un temps à la fois la tenue de toute réunion publique et l’impression du rapport annuel. M. Müller avait l’assurance que, même si aucune parole n’était dite ni imprimée sur l’œuvre et ses besoins, les ressources seraient encore fournies. En fait, le rapport de 1841-2 fut ainsi différé de cinq mois ; et ainsi, au milieu d’une profonde pauvreté et en partie à cause même de la pression d’un tel besoin, une autre démarche hardie fut faite, qui, comme les cordes de la chaloupe coupées lors de ce naufrage en Méditerranée, jeta M. Müller et tous ceux qui étaient avec lui dans l’œuvre plus complètement encore sur la promesse et la providence de Dieu.

On pourrait supposer que, devant une telle décision, le Seigneur se hâterait de récompenser aussitôt une confiance si courageuse. Et pourtant, tant ses voies sont mystérieuses, jamais jusqu’alors la foi de M. Müller n’avait été aussi rudement éprouvée qu’entre le 12 décembre 1841 et le 12 avril 1842. Pendant ces quatre mois, de nouveau, ce fut comme si Dieu disait : « Je vais voir maintenant si vraiment vous vous appuyez sur moi et si vous regardez à moi. » À tout moment de cette épreuve, M. Müller aurait pu changer de ligne de conduite, tenir la réunion publique et publier le rapport, car, en dehors du petit nombre de ceux qui étaient dans ses conseils, personne ne connaissait cette résolution, et, de fait, beaucoup d’enfants de Dieu, qui attendaient le journal habituel de l’année, « Les voies du Seigneur », furent surpris du retard. Mais la conclusion à laquelle il était arrivé en conscience fut, pour la gloire du Seigneur, poursuivie avec la même fermeté, et de nouveau Jehova-Jiré révéla sa fidélité.

Au cours de ces quatre mois, le 9 mars 1842, le besoin fut si extrême que, si aucun secours n’était venu, l’œuvre n’aurait pu continuer. Mais, ce jour-là même, dix livres arrivèrent d’un frère demeurant près de Dublin ; et la main du Seigneur apparut clairement dans ce don, car, alors que le courrier était déjà passé sans apporter de lettre, une ferme confiance fut suggérée à l’esprit de M. Müller que la délivrance était proche ; et il en fut bien ainsi, car bientôt on lui apporta la lettre, qui avait été remise à l’une des autres maisons. Au cours de ce même mois, il fallut une fois retarder le dîner d’environ une demi-heure, faute de provisions. Un tel retard ne s’était guère jamais vu auparavant, et il ne se répéta que très rarement dans toute l’histoire ultérieure de l’œuvre, bien que des milliers de bouches eussent à être nourries chaque jour.

Au printemps de 1843, M. Müller se sentit conduit à ouvrir une quatrième maison d’orphelins, la troisième ayant été ouverte près de six ans auparavant. Cette démarche fut faite avec la conscience, la réflexion et l’esprit de prière qui lui étaient habituels. Il avait vu bien des raisons d’agrandir ainsi l’œuvre, mais il n’en avait rien dit, pas même à sa femme bien-aimée. Jour après jour, il s’attendit à Dieu dans la prière, préférant ne prendre conseil que de lui, de peur de faire quelque chose avec précipitation, d’aller plus vite qu’une direction claire, ou de se laisser indûment influencer par le jugement humain.

Des obstacles inattendus l’empêchèrent d’obtenir les locaux qui lui avaient déjà été offerts et qu’il avait trouvés convenables ; mais il n’en fut nullement « troublé ». Le fond de sa prière était : « Seigneur, si tu n’as pas besoin d’une autre maison d’orphelins, moi non plus » ; et il jugea avec raison que le calme réfléchi avec lequel il avait entrepris toute l’affaire, et la paix inaltérée avec laquelle il accueillait de nouveaux obstacles, étaient la preuve qu’il suivait la direction de Dieu, et non les mouvements de la volonté propre.

Comme la réunion publique et la publication du rapport annuel avaient été différées à dessein, pour montrer qu’on ne s’appuyait pas indûment, même sur des appels indirects à l’homme, beaucoup de prières particulières montèrent vers Dieu, pour qu’avant le 15 juillet 1844, date à laquelle la réunion publique devait se tenir, il pourvût si richement à tous les besoins qu’il apparût clairement que, bien que ces moyens légitimes d’informer ses serviteurs au sujet de l’œuvre n’eussent pas été employés pendant un temps, la prière de la foi avait fait descendre le secours d’en haut. L’exercice financier ayant été clos en mai, il y aurait plus de deux ans que le précédent rapport aurait été présenté au public.

George Müller était plein de zèle pour l’Éternel, le Dieu des armées. Il désirait que « même l’ombre d’un prétexte fût ôtée à ceux qui voudraient dire : “Ils ne peuvent plus obtenir d’argent ; c’est pourquoi ils publient maintenant un nouveau rapport.” » Aussi, tout en désirant, pendant toute la marche de l’œuvre, se tenir avec son Maître sans se soucier des jugements favorables ou défavorables des hommes, sentait-il fortement que Dieu serait grandement honoré et glorifié comme le Dieu qui exauce la prière si, avant que le public eût été en rien averti de la situation, une ample provision pouvait être donnée. En ce cas, au lieu de paraître demander l’aide des hommes, lui et ses associés pourraient rendre témoignage, devant l’Église et devant le monde, de la fidélité de Dieu, et lui offrir la louange de cœurs joyeux et reconnaissants. Comme il avait demandé, ainsi lui fut-il fait. L’argent et d’autres provisions arrivèrent, et, la veille de la clôture des comptes, des dons si généreux qu’il y eut un excédent de plus de vingt livres pour l’ensemble de l’œuvre.

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