George Müller de Bristol
Un arbre que Dieu lui-même a planté

Chapitre 10 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute

Un arbre que Dieu lui-même a planté

LE temps était maintenant pleinement venu où le divin Cultivateur allait se glorifier par un fruit de sa propre culture dans le sol de Bristol.

Le 20 février 1834, George Müller fut conduit par Dieu à semer la graine de ce qui devint finalement un grand instrument de bien, connu sous le nom de « l’Institution pour la connaissance des Écritures, dans le pays et à l’étranger ». Comme toutes les autres démarches de sa vie, celle-ci fut le fruit de beaucoup de prière, de méditation de la Parole, d’examen de son propre cœur, et d’une patiente attente pour connaître la pensée de Dieu.

Un bref exposé des raisons qui firent fonder une telle institution, et des principes sur lesquels elle reposait, sera utile ici. Ce furent des motifs de conscience qui déterminèrent M. Müller et M. Craik à commencer une œuvre nouvelle plutôt qu’à s’unir aux sociétés déjà établies pour les missions, pour la diffusion des Bibles et des traités, et pour le développement des écoles chrétiennes. Comme ils avaient cherché à conformer entièrement leur vie personnelle et la conduite de l’Église au modèle des Écritures, ils sentaient que toute œuvre pour Dieu devait être soigneusement menée en exacte conformité avec sa volonté connue, afin d’obtenir sa plus pleine bénédiction. Bien des traits des sociétés existantes leur paraissaient étrangers à l’Écriture, sinon franchement contraires à elle, et ils se sentaient tenus de les éviter.

Par exemple, ils estimaient que le but proposé par ces organisations, à savoir la conversion du monde dans l’économie présente, n’était pas justifié par la Parole, qui partout représente cet âge comme celui où l’Église est rassemblée hors du monde, et non celui où le monde est rassemblé dans l’Église. Se proposer un but tel que la conversion du monde serait donc non seulement sans fondement dans l’Écriture, mais illusoire et décevant, décourageant les serviteurs de Dieu par l’échec à obtenir le résultat, et déshonorant pour Dieu lui-même en le faisant paraître infidèle.

En outre, ces sociétés existantes semblaient à M. Müller et à M. Craik entretenir un rapport faux avec le monde — mêlées à lui, au lieu d’en être séparées. N’importe qui, en payant une certaine somme d’argent fixée, pouvait en devenir membre ou même directeur, avoir voix ou vote dans la conduite des affaires et devenir éligible aux charges. On employait couramment des moyens non scripturaires pour se procurer de l’argent, comme de solliciter l’aide de personnes inconverties, de demander des dons simplement pour l’argent qu’ils rapportaient, sans égard au caractère des donateurs ni à la manière dont l’argent avait été obtenu. L’usage de rechercher le patronage des gens du monde et de leur demander de présider les réunions publiques, et l’habitude de contracter des dettes, — ces méthodes de gestion et quelques autres leur paraissaient si contraires à l’Écriture et si peu spirituelles que les fondateurs de cette nouvelle institution ne pouvaient en bonne conscience leur donner leur approbation. Ils espéraient donc qu’en fondant leur œuvre sur des principes entièrement bibliques, ils pourraient en recueillir bien des résultats bénis.

Avant tout, ils croyaient avec assurance que l’œuvre du Seigneur pouvait être menée le mieux et avec le plus de succès à l’intérieur des bornes et des limites posées dans sa parole, et que le fait même de la mener ainsi donnerait de la hardiesse dans la prière et de la confiance dans le travail. Mais ils désiraient aussi que l’œuvre elle-même fût un témoignage rendu au Dieu vivant, et un témoignage pour les croyants, en attirant l’attention sur les méthodes répréhensibles déjà en usage et en encourageant tous les vrais serviteurs de Dieu à s’attacher aux principes et aux pratiques qu’il a sanctionnés.

Le 5 mars, dans une réunion publique, l’annonce officielle de l’intention de fonder une telle institution fut accompagnée d’un exposé complet de ses buts et de ses principes,* en substance comme suit :

* Annexe D. Journal I, 107-113.

1. C’est le devoir et le privilège de tout croyant d’aider à l’avancement de la cause et de l’œuvre de Christ.

2. Le patronage du monde ne doit être ni recherché, ni pris pour appui, ni encouragé.

3. On ne doit ni demander ni rechercher, auprès de ceux qui ne sont pas croyants, une aide pécuniaire, ou un concours pour la gestion ou la conduite des affaires.

4. On ne doit, pour aucune raison, contracter ni tolérer de dettes dans l’œuvre du Seigneur.

5. La mesure du succès ne doit pas être une mesure numérique ou financière.

6. Tout compromis avec la vérité, et toute mesure qui affaiblit le témoignage rendu à Dieu, doivent être évités.

Ainsi la parole de Dieu était acceptée comme conseillère, et toute la dépendance reposait sur la bénédiction de Dieu en réponse à la prière.

Les objets de l’institution furent de même annoncés comme suit :

1. Fonder ou aider des écoles de jour, des écoles du dimanche et des écoles d’adultes, dont l’enseignement et la direction soient confiés uniquement à des croyants et reposent sur des principes entièrement scripturaires.

2. Répandre les saintes Écritures, en entier ou par portions, sur le territoire le plus vaste possible.

3. Aider les entreprises missionnaires et assister les ouvriers, dans la vigne du Seigneur en quelque lieu que ce soit, qui travaillent sur une base biblique et ne s’attendent qu’au Seigneur pour leur entretien.

Projeter une telle œuvre, sur une telle échelle et à un tel moment, était doublement un acte de foi ; car non seulement l’œuvre déjà entreprise suffisait à absorber tout le temps et toutes les forces disponibles, mais à ce moment même on lit dans le journal de M. Müller : « Il ne nous reste qu’un shilling. » Assurément, aucun pas en avant n’eût été fait si les regards ne s’étaient tournés, non vers la bourse vide, mais vers le trésor plein et inépuisable d’un Seigneur riche et généreux !

Il entrait clairement dans le dessein de Dieu que, d’une si grande abondance de pauvreté, les richesses de sa libéralité fussent manifestées. Il plut à celui de qui et par qui sont toutes choses que l’œuvre fût commencée au moment où ses serviteurs étaient le plus pauvres et le plus faibles, afin que sa croissance jusqu’à des proportions si gigantesques prouvât d’autant mieux qu’elle était une plante que sa droite avait plantée, et que sa parole s’accomplît dans toute son histoire :

« Moi l’Éternel, j’en suis le gardien, Je l’arrose à chaque instant; De peur qu’on ne l’attaque, Nuit et jour je la garde. » (És. 27:3.)

Quoi qu’on puisse penser de la nécessité d’une telle organisation nouvelle, ou des scrupules qui poussèrent ses fondateurs à exiger, même dans les petites choses, l’attachement le plus strict à l’enseignement de l’Écriture, une chose du moins est claire : depuis plus d’un demi-siècle, elle se tient sur son fondement primitif ; son développement et son utilité ont dépassé les rêves les plus enthousiastes de ses fondateurs ; et les principes proclamés au début n’ont jamais été abandonnés. Avec le Dieu vivant pour seul patron et la prière pour seul appel, elle a atteint de vastes proportions, et son œuvre, qui embrasse le monde entier, a été d’une manière éclatante reconnue et bénie de Dieu.

Le 19 mars, Mme Müller donna naissance à un fils, à la grande joie de ses parents ; et, après beaucoup de prière, ils lui donnèrent le nom d’Élie — « Mon Dieu est Jah » —, ce nom même étant l’une des devises de la vie de George Müller. Jusque-là, les familles de M. Müller et de M. Craik avaient habité sous le même toit, mais on jugea sage qu’elles eussent désormais des logements séparés.

Lorsque, à la fin de 1834, il jeta l’habituel regard en arrière sur la manière dont le Seigneur l’avait conduit et traité, M. Müller reconnut avec gratitude la bonté divine qui l’avait ainsi aidé à lancer dans sa carrière l’œuvre et ses diverses branches. Ne s’attendant qu’au Seigneur pour la lumière et le secours, il avait posé la pierre angulaire de cette « petite institution » ; et en octobre, après sept mois seulement d’existence, elle avait déjà commencé à s’affermir. L’école du dimanche comptait cent vingt enfants ; les classes d’adultes, quarante ; les quatre écoles de jour, deux cent neuf garçons et filles ; quatre cent quatre-vingt-deux Bibles et cinq cent vingt Nouveaux Testaments avaient été mis en circulation, et cinquante-sept livres avaient été dépensées pour aider les entreprises missionnaires. Pendant ces sept mois, le Seigneur avait envoyé, en réponse à la prière, plus de cent soixante-sept livres en argent, et beaucoup de bénédiction sur l’œuvre elle-même. Les frères et les sœurs qui en avaient la charge avaient eux aussi été donnés par le même Dieu qui exauce la prière, en réponse directe au cri du besoin et à la supplication de la foi.

Cependant un autre objet prenait une place de plus en plus grande dans l’esprit et le cœur de M. Müller : c’était la pensée de pourvoir de façon permanente aux besoins des enfants privés de père et de mère.

Un garçon orphelin qui avait fréquenté l’école avait été conduit à l’asile des pauvres, ne pouvant plus y venir à cause de son extrême pauvreté ; et ce petit incident amena M. Müller à réfléchir et à prier au sujet des orphelins. Ne pourrait-on rien faire pour répondre aux besoins temporels et spirituels de cette catégorie d’enfants très pauvres ? Sans qu’il en eût conscience, Dieu avait déposé une semence dans son âme, et il veillait sur elle et l’arrosait. L’idée d’une œuvre précise en faveur des orphelins avait pris racine en lui, et, comme tout autre germe vivant, elle levait et croissait sans qu’il sût comment. Ce n’était encore que l’herbe, mais avec le temps viendraient l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi, semence nouvelle d’une plus grande moisson.

Pendant ce temps, l’Église grandissait. En ces deux ans et demi, plus de deux cents personnes y avaient été ajoutées, ce qui portait le nombre total des membres à deux cent cinquante-sept ; mais l’extension de l’œuvre en général ne fit ni négliger la vie de l’Église, ni décliner aucune branche du devoir — fait très remarquable dans cette histoire.

Le point où nous sommes maintenant parvenus offre un double intérêt et une double importance, étant à la fois un point d’arrivée et un point de départ. L’œuvre du serviteur choisi de Dieu peut être considérée comme assez bien, sinon pleinement, inaugurée sous toutes ses formes principales de service. Lui-même est dans sa trentième année, l’âge où son divin Maître commença à se manifester pleinement au monde et à aller de lieu en lieu faisant du bien. Par les démarches et les étapes préparatoires qui conduisaient à sa mission et à son ministère complets envers l’Église et le monde, l’humble disciple de Christ a été de même amené à ce point, et sa carrière d’utilité plus pleine commence maintenant, avec les divers moyens d’action par lesquels, pendant plus de soixante ans, il allait donner à la fois la preuve et l’exemple de ce que Dieu peut faire par un seul homme qui consent à n’être qu’un simple instrument entre ses mains. Rien n’est plus frappant chez George Müller, jusqu’au jour même de sa mort, que ceci : il regardait tellement à Dieu et s’appuyait tellement sur Dieu qu’il se sentait n’être rien, et Dieu être tout. Il cherchait à être toujours et en toutes choses abandonné, comme un outil passif, à la volonté et à la main du divin Artisan.

Ce point d’arrivée et de départ est aussi un point de vue. Ici, faisant halte et regardant en arrière, nous pouvons embrasser d’un coup d’œil les diverses démarches et étapes successives de la préparation par laquelle le Seigneur avait rendu son serviteur prêt pour la sphère de service à laquelle il l’appelait et pour laquelle il le formait. De cette hauteur, il suffit de jeter les yeux sur les dix années écoulées pour voir, hors de toute contestation ou de tout doute, le dessein divin qui se trouvait derrière la vie de George Müller, et pour éprouver une crainte révérencielle devant le Dieu qui choisit ainsi, façonne, puis emploie ses vases de service.

Il sera bon, même au prix de quelques répétitions, de passer en revue les étapes les plus importantes du travail par lequel le divin Potier avait façonné son vase pour son dessein, instruisant et préparant George Müller pour son œuvre.

1. Avant tout, sa conversion. De la manière la plus imprévue et au moment le plus inattendu, Dieu l’amena à se détourner de la voie où il s’était égaré, et le conduisit à la connaissance salutaire de Jésus-Christ.

2. Ensuite, son esprit missionnaire. Fut allumée en lui cette flamme dévorante qui, lorsque l’Esprit l’attise et que les faits l’alimentent, incline au service désintéressé et rend disposé à aller partout et à faire tout ce que le Seigneur veut.

3. Ensuite, son renoncement à soi-même. En plus d’une occasion, il lui fut donné de renoncer, pour l’amour de Christ, à un attachement terrestre qui était une idolâtrie, parce qu’il entravait sa pleine obéissance et sa loyauté sans partage envers son Maître céleste.

4. Puis, son habitude de prendre conseil de Dieu. Dès le début de sa vie chrétienne, il prit l’habitude, dans les grandes choses comme dans les petites, de s’assurer de la volonté du Seigneur avant d’agir, demandant à être dirigé en toute affaire, par la Parole et par l’Esprit.

5. Son humble caractère d’enfant. Le Père attira son enfant à lui, lui communiquant l’esprit simple qui demande avec foi et se confie avec assurance, et l’esprit filial qui se soumet au conseil et à la direction du père.

6. Sa manière de prêcher. À cette même école divine, il apprit de bonne heure à prêcher la Parole dans une simple dépendance de l’Esprit de Dieu, étudiant les Écritures dans le texte original et les exposant sans la sagesse du langage.

7. Sa rupture avec les appuis humains. Pas à pas, toute dépendance de l’homme et tout appel à l’homme pour un soutien pécuniaire furent abandonnés, ainsi que tout emprunt, toute dette, tout traitement fixe, etc. Ses regards se tournèrent vers Dieu seul comme vers celui qui pourvoit.

8. Son contentement dans la Parole. À mesure que croissait sa connaissance des Écritures, son amour pour les divins oracles augmentait, jusqu’à ce que tous les autres livres, même religieux, eussent perdu leurs charmes en comparaison du propre manuel de Dieu, tel que l’explique et l’éclaire le divin Interprète.

9. Son étude approfondie de la Bible. Peu de jeunes gens ont jamais été amenés à une recherche aussi méthodique dans les trésors de la vérité de Dieu. Il lut et relut le Livre de Dieu d’un bout à l’autre, fixant ses enseignements dans son esprit par la méditation et les traduisant en pratique.

10. Son affranchissement de tout contrôle humain. Il sentait le besoin d’être indépendant de l’homme afin de dépendre entièrement de Dieu, et il brisa hardiment toutes les entraves qui gênaient sa liberté de prêcher, d’enseigner, ou de suivre le Guide céleste et de servir le Maître céleste.

11. Son emploi des occasions. Il sentait le prix des âmes, et il prit l’habitude d’aborder les autres au sujet du salut, même dans les voitures publiques. Par une parole de témoignage, un traité, un humble exemple, il cherchait constamment à conduire quelqu’un à Christ.

12. Sa libération des obligations civiles. Ce fut une pure œuvre de la Providence. D’une manière étrange, Dieu l’affranchit de toute obligation au service militaire, et le laissa libre de poursuivre sa vocation céleste comme soldat de Dieu, sans s’embarrasser des affaires de cette vie.

13. Ses compagnons de service. Deux collaborateurs des plus capables lui furent divinement donnés : d’abord son frère Craik, animé du même esprit que lui, et ensuite sa femme, si particulièrement un don de Dieu ; tous deux lui furent d’un grand secours dans le travail et pour porter les fardeaux de la responsabilité.

14. Sa vue du retour du Seigneur. Il rendit grâces à Dieu de lui avoir dévoilé cette grande vérité, qu’il ne plaçait au second rang d’aucune autre pour son influence sur sa piété et son utilité ; et à sa lumière, il vit clairement que le but de cet âge de l’Évangile n’est pas de convertir le monde, mais d’en faire sortir une Église croyante, l’épouse de Christ.

15. Son attente de Dieu pour recevoir un message. Pour chaque occasion nouvelle, il lui demandait une parole dite à propos ; puis une manière de la traiter, et l’onction pour la prononcer ; et, avec la simplicité et la sincérité que donne la piété, avec la démonstration de l’Esprit, il s’efforçait d’atteindre ses auditeurs.

16. Sa soumission à l’autorité de la Parole. À la lumière des saints oracles, il examina toutes les coutumes, si anciennes fussent-elles, et toutes les traditions des hommes, si populaires fussent-elles ; il soumit toutes les opinions et toutes les pratiques à l’épreuve de l’Écriture, puis, sans égard aux conséquences, il marcha selon toute lumière nouvelle que Dieu lui donnait.

17. Son modèle de vie d’Église. Dès son entrée dans l’œuvre pastorale, il chercha à conduire les autres uniquement en suivant lui-même le Pasteur et le Gardien des âmes. Il pressa l’assemblée des croyants de se conformer en toutes choses aux modèles du Nouveau Testament, pour autant qu’on pouvait les trouver clairement dans la Parole, et de réformer ainsi tous les abus existants.

18. Son insistance sur les offrandes volontaires. Tandis qu’il renonçait courageusement, pour lui-même, à tout traitement fixe, il enseignait que toute l’œuvre de Dieu devait être soutenue par les dons volontaires des croyants, et que la location des bancs favorise entre les saints des distinctions odieuses.

19. Son abandon de tous ses biens terrestres. Lui et sa femme vendirent littéralement tout ce qu’ils possédaient et le donnèrent en aumônes, pour vivre désormais au jour le jour, sans thésauriser d’argent, même en vue d’un temps de besoin futur, de maladie, de vieillesse, ou de toute autre crise de dénuement possible.

20. Son habitude de la prière secrète. Il apprit à priser tellement la communion avec Dieu dans le cabinet qu’il en vint à la regarder comme son devoir et son privilège les plus élevés. Pour lui, rien ne pouvait compenser l’absence ou la perte de cette communion avec Dieu et de cette méditation de sa parole, qui sont le soutien de toute vie spirituelle.

21. Sa jalouse vigilance sur son témoignage. En prenant la conduite d’une assemblée, il prit soin de se garder de toute ingérence possible dans la plénitude et la liberté de sa parole et de son service. Il ne pouvait souffrir aucune contrainte sur ses paroles ou ses actes qui pût compromettre sa fidélité envers le Seigneur ou sa loyauté envers les hommes.

22. Son organisation de l’œuvre. Dieu le conduisit à concevoir un plan embrassant plusieurs branches de sainte activité, comme la diffusion en tout lieu de la connaissance de la parole de Dieu, l’encouragement de l’évangélisation du monde entier et l’éducation chrétienne de la jeunesse ; et à préserver la nouvelle Institution de toute dépendance à l’égard du patronage, des méthodes ou des appels du monde.

23. Sa compassion pour les orphelins. Son cœur aimant s’était ouvert à la pauvreté et à la misère partout où elles se trouvaient, mais surtout à celles des enfants indigents privés de leurs deux parents ; et la connaissance qu’il avait de l’œuvre de Francke à Halle lui suggéra une œuvre semblable à Bristol.

24. Outre toutes ces étapes de préparation, il avait été conduit par le Seigneur de son lieu de naissance, en Prusse, à Londres, à Teignmouth et à Bristol, en Grande-Bretagne ; et ainsi le vase choisi, façonné pour son grand usage, avait été porté par la même Main divine au lieu même où il devait rendre un service si éclatant en témoignage au Dieu vivant.

Assurément, aucun observateur impartial ne peut considérer ce cours de discipline et de préparation divines, se rappeler combien fut brève la période qu’il embrasse — moins de dix ans —, et remarquer les nombreuses étapes distinctes par lesquelles cette éducation en vue d’une vie de service fut rendue singulièrement complète, sans éprouver un sentiment d’étonnement et de crainte révérencielle. Chaque trait saillant qui devait plus tard paraître avec éclat dans la carrière de ce serviteur de Dieu fut annoncé d’avance dans la formation par laquelle il fut rendu propre à son œuvre et introduit en elle. Nous avons eu une vision saisissante du divin Potier assis à son tour, prenant l’argile dans ses mains, amollissant sa dureté, la soumettant à sa propre volonté ; puis, peu à peu et avec habileté, en façonnant le vase de terre ; puis le cuisant dans son four de discipline jusqu’à ce qu’il eût acquis la solidité et la fermeté requises ; puis le remplissant des riches trésors de sa parole et de son Esprit, et le plaçant enfin là où il voulait qu’il servît à ses desseins particuliers, en communiquant à d’autres la grandeur de sa puissance !

Perdre de vue cette Main souveraine qui façonne, c’est manquer l’une des principales leçons que Dieu veut nous enseigner par toute la carrière de George Müller. Lui-même voyait et sentait qu’il n’était qu’un vase de terre ; que Dieu l’avait à la fois choisi et rempli pour l’œuvre qu’il devait accomplir ; et, si cette conviction le rendait heureux dans son œuvre, elle le rendait humble, et plus il avançait en âge, plus il devenait humble. Il sentait de plus en plus son entière insuffisance. Il souffrait de voir des regards humains se détourner du Maître vers le serviteur, et il cherchait sans cesse à détourner ces regards de lui-même pour les diriger vers Dieu seul. « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. A lui la gloire dans tous les siècles! Amen! »

Il y a dans l’histoire de M. Müller plusieurs épisodes importants sur lesquels on peut passer rapidement, parce qu’ils ne lui sont pas si caractéristiques qu’ils n’eussent pu être communs à beaucoup d’autres, et qu’ils ne constituent donc pas des traits qui distinguent assez cette vie des autres pour en faire une leçon particulière pour les croyants.

Par exemple, au début de 1835, il fit un voyage en Allemagne pour une mission particulière. Il allait aider M. Groves, venu des Indes orientales pour recruter des missionnaires, et qui lui avait demandé son aide, comme à quelqu’un qui connaissait la langue du pays, pour exposer aux frères allemands les droits de l’Inde et plaider en faveur de ses millions d’âmes non sauvées.

Lorsque M. Müller se rendit au bureau des étrangers, à Londres, pour obtenir un passeport, il découvrit que, par ignorance, il avait enfreint la loi qui obligeait tout étranger à renouveler tous les six mois son certificat de résidence, sous peine d’une amende de cinquante livres ou de l’emprisonnement. Il avoua au fonctionnaire son manquement, ne s’excusant que sur son ignorance, et remit toutes les conséquences à Dieu, qui, dans sa grâce, disposa le fonctionnaire à passer outre à cette infraction. Un autre obstacle qui l’empêchait encore d’obtenir son passeport fut lui aussi écarté en réponse à la prière ; de sorte que, dès le départ, il fut vivement frappé de l’approbation que le Seigneur donnait à son entreprise.

Son séjour à l’étranger dura près de deux mois, pendant lesquels il passa à Paris, Strasbourg, Bâle, Tubingue, Wurtemberg, Schaffhouse, Stuttgart, Halle, Sandersleben, Aschersleben, Heimersleben, Halberstadt et Hambourg. À Halle, rendant visite au docteur Tholuck après sept ans de séparation, il fut chaleureusement accueilli et pressé de loger chez lui. Le docteur Tholuck lui raconta bien des faits réjouissants au sujet d’anciens condisciples qui avaient été ramenés au Seigneur de leurs voies impies, ou qui avaient été fortifiés dans leur foi et leur piété chrétiennes. Il visita aussi les maisons d’orphelins de Francke, passa une soirée dans la chambre même où l’œuvre de la grâce de Dieu avait commencé dans son cœur, et revit plusieurs membres de ce même petit groupe de croyants qui, en ces jours-là, priaient ensemble.

De même, il rendit partout un témoignage fidèle au Seigneur. Pendant son séjour chez son père, l’occasion lui fut donnée de rendre indirectement témoignage à son père et à son frère. Il avait constaté qu’aborder directement son père au sujet du salut de son âme ne faisait qu’éveiller sa colère, et il jugea donc plus sage de s’abstenir d’une manière d’agir qui n’aurait fait que repousser celui qu’il désirait gagner. Un ami inconverti de son père lui rendait visite à ce moment-là ; devant lui, il exposa la vérité très franchement et très complètement, en présence de son père et de son frère, et rendit ainsi témoignage à ceux-ci tout aussi efficacement. Mais il fut particulièrement poussé à prier afin de rendre témoignage chez lui par toute sa vie, en manifestant son amour pour les siens, sa propre joie en Dieu, son contentement en Christ, et son entière indifférence à l’égard de toutes les séductions d’autrefois d’une vie mondaine et pécheresse, grâce à l’attrait suprême qu’il trouvait en lui ; car cela, il en était sûr, aurait beaucoup plus d’influence que de simples paroles : notre conduite compte toujours plus que nos discours.

L’effet fut des plus heureux. Dieu aida tellement le fils à vivre sous les yeux du père que, juste avant son départ pour l’Angleterre, celui-ci lui dit : « Mon fils, que Dieu m’aide à suivre ton exemple et à agir selon ce que tu m’as dit ! »

Le 22 juin 1835, le beau-père de M. Müller, M. Groves, mourut ; ses deux enfants à lui étaient très malades, et quatre jours plus tard le petit Élie fut enlevé. Les deux parents avaient été singulièrement préparés à ces deuils, et furent divinement soutenus. Ils n’avaient senti aucune liberté pour prier en vue de la guérison de l’enfant, si cher qu’il leur fût ; et le grand-père et le petit-fils furent déposés dans la même tombe. Désormais, M. et Mme Müller ne devaient plus avoir de fils, et Lydia devait rester leur seule et unique enfant.

Vers le milieu du mois suivant, M. Müller fut entièrement empêché de travailler par une faiblesse de poitrine qui rendit nécessaires le repos et un changement. Le Seigneur pourvut avec tendresse à son besoin par l’intermédiaire de personnes dont il toucha le cœur, les amenant à offrir l’hospitalité, à lui et à sa femme, dans l’île de Wight, tandis qu’en même temps on lui envoyait de l’argent destiné à « un changement d’air ». Le jour de son trentième anniversaire, en lien avec une communion avec Dieu particulièrement rafraîchissante, et pour la première fois depuis sa maladie, il lui fut donné un esprit de prière croyante pour sa propre guérison ; et ses forces revinrent si rapidement qu’au milieu d’octobre il était de retour à Bristol.

Ce fut juste avant cela, le 9 du même mois, que la lecture de la Vie de John Newton le poussa à rendre un semblable témoignage aux voies du Seigneur envers lui-même. En vérité, il n’y a pas de petites choses dans notre vie, puisque ce qui paraît insignifiant peut être le moyen d’amener des résultats de grande conséquence. C’est la seconde fois qu’une lecture fortuite se révélait un tournant pour George Müller. La vie de Francke avait poussé son cœur à commencer une œuvre en faveur des orphelins, et la vie de Newton lui suggéra le récit des voies du Seigneur envers lui. C’est à ce qu’on appelle un hasard que l’on doit, sous la main de Dieu, ces pages de son journal qui se lisent comme de nouveaux chapitres des Actes des apôtres, et qui seront encore si largement lues et si abondamment employées de Dieu.

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