Amanda Smith : une autobiographie
Travaux en Angleterre, et retour au pays

Chapitre 41 · 19 min de lecture · 24 min d’écoute

Travaux en Angleterre, et retour au pays

Mon premier travail en Angleterre, après mon retour d’Afrique, fut à Gordon Hall, chez Mme Stephen Menzies, à Liverpool, où je pris la parole et chantai à une grande conférence ; et le Seigneur me bénit grandement. Mon travail suivant fut à Fleshfield, chez M. Radcliff. Je commençai le soir de la veillée du Nouvel An et y passai une semaine. Je n’étais pas bien, mais, je ne sais comment, le Seigneur m’aida à parler à une grande assemblée dans la petite chapelle. De là, j’allai à Southport, où j’aidai à quelques réunions tenues par le pasteur D. F. Sanford, de Boston, aux États-Unis.

Pendant tout ce temps, j’étais mal en point ; mais je priais avec ferveur et demandais au Seigneur de me fortifier, et il le faisait toujours ; je vois pourtant maintenant que le plus sage aurait été de me reposer entièrement, car c’était là mon vrai besoin, et la force que je dépensais à prier, j’aurais dû l’employer à me reposer. Je crois que cela aurait plu à Dieu. Quelle élève lente j’ai été à son école, et pourtant il a été si patient avec moi !

Puis je tins plusieurs réunions à Liverpool ; ensuite, à Doncaster, je fus reçue chez Mlle Morris, à Chequer House. Je n’oublierai jamais sa bonté pour Bob et pour moi. Là, j’eus un peu de repos, mais je tins un certain nombre de réunions, quelques-unes dans la salle de l’Union chrétienne de jeunes gens, des réunions de mères, plusieurs réunions de salon chez Mme Richard Norris, et diverses autres réunions. De Doncaster, nous allâmes à Londres, en route pour Folkestone. Ma chère amie Mme D. Bordman, de Londres, m’avait aimablement invitée à m’arrêter chez elle en passant. Elle avait aussi eu la bonté d’organiser une petite réception intime. Un certain nombre d’amis avaient été invités ; parmi les personnes présentes se trouvaient Mme Hannah Whitall Smith, Mme Mark Guy Pearse et

d’autres encore. Ce fut une surprise pour moi, mais ce fut une réunion bénie, qui compta pour moi plus que je n’ai de mots pour le dire.

De Londres, je me rendis à Folkestone, où l’on m’avait fait venir pour tenir un service spécial à la Railway Mission. Là, Bob et moi avions un bon logement à notre disposition ; et c’est là que le petit Bob fut converti, un matin, juste après le petit déjeuner, tandis que nous étions agenouillés ensemble pour notre culte du matin. Gloire au Seigneur !

Je n’oublierai jamais la bénédiction que le Seigneur nous accorda à l’église de M. Tokes. C’est un grand homme de Dieu, un homme d’Église convaincu, mais de ce qu’on appelle la Basse Église ; large d’esprit, mais orthodoxe, si bien qu’il invita une femme à présider des services dans son église ; et Dieu bénit merveilleusement son œuvre et son peuple. Une chère femme me dit qu’elle avait recherché pendant plusieurs années la bénédiction de la pureté du cœur, mais que, je ne sais comment, le Seigneur m’avait aidée à rendre le chemin si simple qu’elle l’avait vu, avait cru et était entrée dans le repos. Son visage rayonnait de bonheur. À lui seul soit la gloire à jamais !

Puis, le dimanche soir, le pasteur congrégationaliste invita la réunion de la Railway Mission dans sa belle église, qui se trouvait juste en face, la foule étant si grande que nous ne pouvions pas l’asseoir dans la salle. Il m’ouvrit sa chaire, bien que ce fût une chose nouvelle sous le soleil qu’une femme se tienne dans la chaire d’une Église congrégationaliste ; et je dois avouer que je me sentais moi-même un peu tremblante d’être là-haut toute seule ; mais je criai avec force au Seigneur pour qu’il m’aide, et si jamais il m’a aidée, ce fut bien ce dimanche soir-là ; il bénit sa propre Parole dans le cœur des gens, et plusieurs y entrèrent et trouvèrent le repos de leur âme. Gloire au Seigneur !

Puis je parlai à plusieurs autres réunions, dont une de l’Armée du Salut, qui faisait une œuvre magnifique à Folkestone. Ils m’avaient instamment invitée à parler chez eux. Je n’avais qu’un seul soir que je pouvais leur donner ; j’y allai donc au nom du Seigneur, et je fis ce que je pus.

De Folkestone, je me rendis à Londres et passai quelques jours chez Mme Finch White, la femme du colonel, à Lewisham Hill. J’y tins plusieurs réunions, dont une réunion de salon chez Mme Finch White. Les réunions de salon n’y sont pas une chose rare comme elles le sont en Amérique, je crois, car je n’en ai jamais tenu ici, alors que j’en ai souvent tenu en Angleterre, et souvent avec grand profit, je l’espère.

Jeudi 3 avril, je quitte Londres pour Southport et m’arrête à la maison Berachia de Mme Stavely. Lundi 10 avril, je conduis Bob à l’école de Mlle Hobb, où il est encore aujourd’hui et où il est resté depuis lors.

Comme le Seigneur fut bon d’ouvrir cette porte de miséricorde à ce cher garçon ! Ainsi la promesse est vraie : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » Le 16, je vais à une conférence à Manchester, au Star Hall de M. Crossley. Ce fut une réunion bénie, dirigée par le pasteur D. F. Sanford ; j’y étais invitée, et je fus reçue chez M. Crossley avec M. et Mme Sanford ; et, bien que j’aie fait peu de chose, le Seigneur me bénit. Et quand je partis, M. C. me remit un chèque de dix livres, je crois — je ne suis pas tout à fait sûre du montant — ; mais partout on me paya bien.

Outre les réunions du Star Hall, je présidai une réunion dans une grande salle de mission tenue par la Société des Amis. Là, le Seigneur accorda sa bénédiction à la Parole.

Le 23 avril, je quitte Manchester pour Southport, je règle quelques petites affaires pour Bob ; puis, le vendredi 25 avril, je quitte Southport pour Londres et m’arrête chez Mme Isabella Walker, qui m’avait très chaleureusement invitée à passer quelque temps chez elle. Cette dame désirait vivement que j’aille à quelques-unes des réunions tenues au quartier général de l’Armée du Salut, Congress Hall.

Cela, je ne pus le faire, mais je passai deux semaines très agréables chez Mme Walker, à Clapham. Comme la grâce de Dieu était magnifiée dans la vie de famille de cette dame, une femme de rang, de culture et de position, mais si pleinement consacrée à Dieu ! Elle était l’amie la plus intime de Mme Booth et resta auprès d’elle pendant sa dernière et grave maladie. C’est là que j’eus le plaisir de rencontrer le colonel et Mme Clibborn, de l’Armée du Salut, dont l’œuvre est à Paris. Que le Seigneur les bénisse !

Le 1er mai, je fus invitée par M. Reader Harris et le pasteur D. F. Sanford à assister à leur réunion anniversaire, à Speak Hall, à Clapham. C’est une grande réunion, qui se tient chaque année, et qui a été une grande bénédiction pour des dizaines et des dizaines d’âmes venues de toutes les régions d’Angleterre.

Le 7 mai, à l’invitation de M. Clifford, trésorier honoraire de la grande Church Army, je parle à la réunion anniversaire à Piccadilly. La foule était très grande, mais le Seigneur accorda sa bénédiction ; puis je pris la parole à plusieurs réunions à la Maison de repos de Mlle Mason, à Cambridge Gardens, dans l’ouest de Londres.

Samedi 10 mai, à Woodgreen, M. Morgan, le rédacteur de « The Christian », m’invita à présider quelques services dans sa salle le jour du sabbat et plusieurs soirs de semaine. Là encore, il plut au Seigneur de donner des marques de sa faveur, et un certain nombre déclarèrent avoir trouvé la paix en croyant.

Le 24, je quitte Londres pour l’Écosse et m’arrête à Carlisle, chez la sœur de Mme Walker, Mme Johnston. Quelle charmante maison ! J’étais si fatiguée et j’aurais tant voulu me reposer, mais je n’étais pas là depuis longtemps qu’un certain nombre de chers amis se réunirent, et il me fallut tenir une réunion. Je sentais d’abord que je ne pouvais vraiment pas, mais je demandai au Seigneur de m’aider, et il le fit ; louange à son nom ! Le lundi 26, je quitte Carlisle pour Alloa, en Écosse. Mlle Patten, de Morris Hill House, par l’intermédiaire de ma chère amie Mme Lisle, m’avait aimablement invitée à Alloa pour prendre un peu de repos ; que Dieu la bénisse ! Je n’oublierai jamais sa bonté envers moi en toutes choses. Avant même de m’avoir vue, elle m’écrivit et m’envoya cinq livres, qui arrivèrent juste au moment où j’en avais besoin. La parole de promesse de Dieu n’a pas failli (Philippiens 4:19).

Après un peu de repos, je tins plusieurs réunions en différents endroits d’Écosse, à Alloa, puis à Crieff. Là, Mlle Patten m’emmena, à ses propres frais, au grand établissement hydrothérapique, où j’aurais bien pu passer un mois ; mais, à cause d’un engagement pour des réunions à Édimbourg, je ne pus y rester qu’une semaine. Comme les gens furent bons, et comme les bains et les soins que je reçus pendant ce court séjour me firent le plus grand bien ! Je louerai toujours Dieu pour Mlle Patten et pour la bonté qu’on me témoigna dans ce bel établissement. On me demanda de donner un matin, dans la chapelle, une petite causerie missionnaire, qui sembla être très appréciée.

De Crieff, j’allai à Édimbourg, après avoir tenu pendant une semaine des réunions organisées par M. Govern, qui avait aussi organisé une série de réunions à Peebles, sur la Clyde, et dans plusieurs autres endroits. Puis, partie de là, j’allai à Blaine O’Chile, à Dunblane. J’y allai le vendredi pour rester jusqu’au lundi. Cette dame, Mme Chapman, était une très chère amie de Mme Lisle, qui avait passé plusieurs années en Afrique, sur le Congo et au Vieux-Calabar, où je l’avais rencontrée pour la première fois et où j’avais un peu travaillé avec elle. C’est par elle que j’avais fait la connaissance de Mme Chapman ; depuis, elle est partie recevoir sa récompense. Que Dieu bénisse sa mémoire !

Mme Chapman est une dame qui a de grands moyens, et je crois n’avoir jamais vu personne dont les biens et tout l’être fussent aussi pleinement consacrés à Dieu. Combien de jeunes gens elle a fait instruire pour l’œuvre à l’étranger, blancs et gens de couleur ; et elle a aussi été le soutien de beaucoup d’autres ! Son histoire est inscrite dans le ciel.

Elle m’avait invitée à venir la voir avant de quitter l’Écosse. Je me préparais à rentrer chez moi et je sentais que j’avais besoin de l’argent ; pourtant

je voulais aller voir cette dame ; aussi je dis au Seigneur que, s’il voulait que j’y aille, il ne me laisse pas m’inquiéter des moyens, mais m’ouvre lui-même le chemin. J’eus un bon samedi tranquille ; le dimanche, il fit un temps de tempête et de pluie, si bien que Mme S. dit que nous n’irions pas à l’église le matin. L’après-midi, elle me demanda si je voudrais présider un service et parler aux domestiques dans la grande cuisine. C’est ce que je fis, et je parlai avec une grande liberté sur le 15e chapitre de Jean. Nous eûmes une réunion très intéressante. À la fin, Mme S. dit : je crois que la réunion a été très profitable. Elle était très contente, et comme nous passions dans la pièce voisine, elle me dit : « Je veux vous remettre un petit don » ; et elle me donna six livres. Je dis : comme le Seigneur a exaucé la prière !

Le lundi matin, comme je partais, elle me dit : « Je crois que je ferais mieux de vous donner encore une livre. » Je la remerciai et louai le Seigneur.

De là, je me rendis à Greenock, y passai une nuit et parlai à une grande assemblée dans une salle. Le 15, je partis pour Belfast et passai quelques jours à Newry, où je tins plusieurs réunions. Le 18, je quitte Newry pour Fox Rock, près de Dublin ; je m’arrêtai chez mon amie Mme Margaret Davis, que Dieu suscita pour m’aider si bien pendant que j’étais en Afrique ; que Dieu la bénisse à jamais !

Pendant mon séjour dans cette très agréable demeure irlandaise, je tins plusieurs réunions à la maison de réunion des Amis, à Monkstown, puis en différents endroits de Dublin, à la chapelle wesleyenne, etc., etc.

Puis, le 30 juillet, je quitte Dublin pour Leeds, en Angleterre. Grâce à Dieu, il m’a donné la force, et le signe que je peux me mettre en route pour rentrer chez moi. Louange à son nom ! Comment j’ai pu mener à bien tout le travail que j’ai fait, je ne saurais le dire, car je n’étais pas en état de songer à rassembler mes affaires avant lundi dernier, le 28. Ce matin-là, à mon réveil, la pensée me vint : comment allais-je rassembler mes affaires ? Et quand j’eus bien réfléchi à tout cela, je constatai que la terrible faiblesse ne m’accablait plus comme auparavant. Je dis : Gloire au Seigneur, je peux rentrer chez moi !

Je me levai et écrivis à M. Stavely, à Liverpool, pour qu’il me procure un billet ; il ne put le faire, car tout était retenu. Je dus donc attendre jusqu’au 26 août, date à laquelle je partis pour New York par le paquebot Gallier ; j’arrivai le vendredi 5 septembre 1890.

Pendant la traversée depuis l’Angleterre, il y avait à bord un certain nombre de pasteurs et quatre ou cinq prêtres catholiques. Tous eurent des services le jour du sabbat : les catholiques dans la cabine inférieure, et les protestants dans le salon supérieur.

L’après-midi, il y eut une réunion parmi les passagers de l’entrepont. J’allai écouter un jeune homme qui parlait un anglais très écorché ; mais, oh ! si ardent. C’était un étranger, et il parlait sur le quatorzième chapitre de Jean.

Il y avait parmi eux un certain nombre de frères de Plymouth, et ils semblaient avoir la priorité, si bien que le pauvre jeune homme était seul ; car, en règle générale, ils n’ont que peu de sympathie ou de communion pour quiconque ne dit pas ce qu’ils disent et n’enseigne pas la vérité comme eux. Tous ceux que j’ai rencontrés semblaient penser, et s’efforcer de vous convaincre, qu’eux seuls connaissent les Écritures, et que tout enseignement en dehors d’eux — les vrais frères de Plymouth — n’est pas sûr et ne mérite pas qu’on s’y fie. Ainsi, tous s’éloignèrent de ce pauvre étranger, à part quelques-uns. Quand il s’arrêta, le Seigneur me dit, comme il l’avait dit à Philippe : « Avance, et approche-toi de lui. » Je dis donc : « Je voudrais chanter. » Et j’entonnai :


« Je loue le Seigneur qu’un être comme moi
Puisse en Jésus trouver un refuge de grâce.
Il dit que quiconque le veut
Peut encore chercher et trouver le salut. »

Puis le refrain :


« La promesse de mon Sauveur ne faillit jamais ;
Il me compte parmi les “quiconque”. »

Je chantai de toutes mes forces rachetées, et les gens accoururent de toutes les parties du navire. Il y eut une grande foule. L’orateur parut un peu étonné, mais dit : « Alléluia. Amen. »

Quand j’eus fini mon cantique, je me mis à parler. Oh, comme le Seigneur m’aida ! Alors les gens voulurent que je parle dans le salon le dimanche soir. Je sentais que Dieu voulait que je le fasse, et la porte était ouverte ; je le vois maintenant. Je suis prudente, et je n’aime jamais rien exagérer — je n’aime jamais rien faire qui ait l’air de me mettre en avant ; aussi le diable en profita, et quand je pensai que je le ferais, il me dit :

« Maintenant, tu ferais mieux de t’en tenir là ; il y en a eu assez pour aujourd’hui, et demain il n’y aura rien ; pourquoi ne pas le faire demain ? »

« Oui, dis-je, c’est peut-être le mieux. » Mais non, ce ne l’était pas. J’aurais dû le faire quand le Seigneur me l’ordonnait.

Le lundi, le salon était plein ; on chantait et l’on jouait

aux cartes et à d’autres jeux. Pas l’ombre d’une chance pour qui que ce soit de parler, à moins de tout interrompre carrément.

« Eh bien, dis-je, je parlerai mardi » ; mais non, pas moyen.

Puis je dis : « Je le ferai le dernier soir », car on disait que nous n’arriverions probablement pas avant vendredi.

« Oh, dis-je, je me préparerai et je le ferai jeudi » ; mais je sentais que j’aurais dû parler le mercredi soir, de toute façon.

Un certain nombre de passagers, des dames et des amis, désiraient que je parle, mais je dis : « Jeudi soir, je parlerai et je chanterai sans faute. »

Mais, oh, quelle erreur ! Nous arrivâmes le jeudi après-midi, à quatre heures, au lieu du vendredi. Comme j’eus honte et regret de n’avoir pas parlé le mercredi soir, comme le Seigneur me l’avait montré !

Ce n’est pas la seule fois que le courage m’a manqué dans des circonstances un peu semblables. Une fois, en allant de Calcutta, aux Indes, en Birmanie britannique, il y avait à bord un certain nombre de passagers anglais ; et bien qu’ils fussent respectables et tout à fait comme il faut, autant que je sache, ils n’étaient pas du meilleur type de dames et de messieurs anglais. Ils étaient de l’espèce « qui se donne des airs », et cette catégorie d’Anglais ou d’Américains, surtout en voyage, n’est pas celle que le bon goût porterait à admirer ou à aimer ; et faire son devoir malgré un tel entourage demande beaucoup de cran, surtout pour une femme de couleur.

Il y avait un homme, sa femme et leur bébé, ainsi que son frère, de San Francisco, en Californie. Ce bébé était vraiment le plus grognon que j’aie jamais vu. Il pleurait nuit et jour pour le simple plaisir, semblait-il, à défaut d’autre chose. Tout le monde en était à bout.

Ces Californiens semblaient fuir toute piété. Ils riaient et se moquaient de tout ce qu’on disait de la religion ; mais ils tenaient beaucoup à ce que je parle le dimanche matin, quand ils découvrirent que j’étais évangéliste ; et je priai Dieu de me rendre mon devoir clair ; et je crois qu’il me montra très clairement que je devais parler le dimanche.

Ils ne cessèrent d’en rire et d’en plaisanter tout le samedi, et le dimanche matin au petit déjeuner ; tous les passagers de l’entrepont étaient au courant, et ils avaient l’air d’attendre une ménagerie. Quand je vis cela, je me mis à douter, et le diable m’y aida.

« Tu sais bien que tu ne dois pas jeter tes perles devant les pourceaux », me dit-il.

On aurait pu croire qu’il prenait soin des perles de Dieu. Je ne le fis donc pas. Je ne sentais pas que j’agissais bien, mais tout de même je ne le fis pas.

Je crois que Dieu aurait béni des âmes sur ce paquebot si seulement j’avais fait mon devoir. Et puis les Californiens, après tout, parurent déçus, et se montrèrent plus railleurs et plus moqueurs qu’auparavant. Oh, comme je vis mon erreur ! Je pleurai devant le Seigneur et implorai de nouveau sa miséricorde qui pardonne. Les erreurs de ma vie ont été nombreuses.

Oh, la patience et la bonté du Seigneur, si infini en puissance et en force, pour supporter de tels lâches ! Comme elles sont vraies, les paroles de ce cantique :


« Si l’amour et la miséricorde ne demeuraient en mon Seigneur,
Quand ma conscience est surprise, où me cacherais-je ?
Comment vivrais-je sans toi, Sauveur et ami ?
Tu es mon seul refuge, sauvé jusqu’au bout. »

À notre arrivée à New York, je fus aimablement invitée chez M. et Mme Gibson, dans leur agréable demeure, au 384 Union Street, à Brooklyn. Mme Gibson était malade, alitée, mais M. Gibson vint m’attendre au débarcadère et m’emmena chez lui, où je restai deux semaines. Puis je pris une chambre, la seule que je pus trouver ; elle coûtait dix dollars par mois ; mais cela me laissa un peu le temps de me retourner ; puis mon amie Mme Mary R. Denman, de Newark, dans le New Jersey, me donna aimablement une chambre dans l’une de ses petites maisons, où j’ai eu mon foyer jusqu’en octobre dernier, quand je suis venue à Chicago. Depuis, j’ai décidé de faire de cette ville ma demeure à l’avenir, mais entièrement sous réserve de la direction et de la conduite de Dieu.

Et maintenant je termine le dernier chapitre de ce petit livre, qui a été une telle tâche pour une personne si peu exercée à ce genre de travail. Je n’ai cherché à faire montre ni de rhétorique ni de capacités intellectuelles ; c’est simplement l’histoire des voies de Dieu envers un ver de terre. Si, après tout, personne n’était amené plus près de Dieu et à une consécration plus profonde, j’en serais bien déçue ; car tout mon but et tout mon désir, c’est que Dieu en fasse une bénédiction pour tous ceux qui le liront ; et c’est avec ce désir et cette prière que je le livre au monde. Et je prie surtout pour que beaucoup de ceux de mon peuple soient amenés à une consécration plus entière, et que l’Esprit du

Seigneur vienne sur quelques-unes des jeunes femmes qui ont du talent et qui ont eu de meilleures occasions que je n’en ai jamais eu, et qui doivent donc faire un meilleur travail pour le Maître ; afin que, lorsque je serai tombée dans la bataille et que je ne pourrai plus rien faire, elles relèvent l’étendard et le portent plus loin, avec cette inscription profondément gravée dans le cœur et dans la vie : « Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur. »

FIN.

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