Chapitre 29 · 34 min de lecture · 44 min d’écoute
La Conférence de Monrovia
Monrovia, 1er janvier 1885. La matinée est magnifique, et ma note de louange est celle-ci : « Oh ! Seigneur, je te louerai, et dans la grande assemblée je raconterai tes merveilles. Tu m’as fait traverser des eaux profondes l’année passée. Je te louerai tant que j’existerai. Gloire au Seigneur ! »
Les dames tiennent une vente de charité dans les salons de la résidence de Mme la présidente Roberts. En Afrique, on ne tient pas les ventes de charité et les kermesses dans les églises. C’est une bonne chose. J’y descends et j’y passe une heure. Me sentant très faible et mal en point, je rentre chez moi.
Vendredi 9 janvier. Gloire au Seigneur pour cette journée ! Le président oppose son veto à un projet de loi qui supprimait les droits sur le gin et le whisky importés. Amen. Dieu soit loué. Un grand triomphe pour nos amis de la tempérance. C’est un noble geste, et il fallait un homme courageux pour l’accomplir, juste en ce moment. On a beaucoup prié parmi le peuple, et surtout dans nos réunions de groupe. Nous attendons l’évêque, et nous pensons être dans de bonnes dispositions pour recevoir une bénédiction.
Mercredi 21 janvier. Que je suis heureuse d’être ici juste en ce moment, et de pouvoir ainsi aider un peu l’évêque ! Il paraît que, d’une manière ou d’une autre, frère Ware et les frères du bureau ont eu quelque petit malentendu ; si bien que tout cela doit aboutir au paiement d’une grosse somme pour la pension de l’évêque. Frère Ware a réglé l’affaire avec M. R. E. Sherman, qui est négociant et qui possède une belle et grande maison — la plus grande, après la résidence du président.
M. Sherman est l’un des principaux diacres de l’Église presbytérienne. C’est donc avec lui que frère Ware a convenu que l’évêque logerait. Il doit tenir ses barques et ses équipages tout prêts pour aller au-devant de l’évêque dès que le canon tirera et que le vapeur sera
arrivé. M. et Mme Sherman comptent parmi mes meilleurs amis à Monrovia. Comme ils sont bons pour moi ! Que Dieu les bénisse.
M. Sherman ne refuse pas de recevoir l’évêque, mais il pense que cela ne ferait pas très bon effet, alors qu’il y a dans l’Église méthodiste des hommes qui ont de bonnes maisons et qui sont largement en mesure de recevoir l’évêque, ou qui que ce soit d’autre. Frère Henry Cooper est le premier intendant ; lui et son fils Jesse ont chacun leur grande maison de briques ; ce sont des négociants prospères, et ils ont leurs propres barques et leurs équipages. Il y a aussi frère Campbell, conducteur de classe et intendant, lui aussi, dans l’Église méthodiste, qui possède une belle demeure. Mais ils ne savent rien de l’arrangement de frère Ware. Ayant ainsi achevé tous ses arrangements, celui-ci remonte le fleuve.
Le mercredi soir, nous eûmes une réunion très précieuse. J’avais donné une causerie sur le message de la sainteté ; à vrai dire, c’est une sorte de conférence tirée de ce grand petit livre intitulé le Manuel de sainteté du croyant, de frère Davies. Je fis donc cette causerie devant les gens ; puis nous terminâmes par une réunion de consécration. Le Seigneur nous aida très grandement. Comme nous sortions de l’église, quelqu’un me chuchota :
« Saviez-vous que frère Ware a convenu que l’évêque Taylor, à son arrivée, logerait chez M. Sherman ? »
« Non. »
Et puis la nouvelle courut, comme les choses courent au Liberia. Je partis donc aussitôt m’enquérir des faits. En arrivant à la grille de frère Sherman, je le trouvai en conversation avec quelqu’un. Il me parla très aimablement et me dit :
« Eh bien, madame Smith, j’apprends que votre évêque arrive. »
« Oui, dis-je, c’est ce que j’ai entendu dire ; et qu’il doit être votre hôte. »
« Eh bien, oui, dit-il ; comment se fait-il que vous autres ne puissiez pas prendre soin de votre évêque ? »
Cette remarque se voulait une plaisanterie, bien entendu.
« Eh bien, voyez-vous, dis-je, c’est bien dommage, quand nous avons dans l’Église méthodiste des hommes comme frère Henry Cooper, M. Gabriel Moore et d’autres. Mais je crois que nous pouvons vous décharger de cette tâche, monsieur Sherman. Je trouve pourtant très aimable de votre part d’être disposé à recevoir l’évêque. Mais je vais aller voir frère Cooper à ce sujet. »
« Eh bien, dit-il, frère Ware est venu me trouver avant de
remonter le fleuve, et il a pris cet arrangement. Mais je crois que vous vous sentiriez tous mieux si l’évêque logeait chez des gens de votre propre Église. »
« Certainement, dis-je ; d’autant qu’il y en a qui sont bien en mesure de le faire, sans vous déranger. »
Je le remerciai donc, et je partis aussitôt chez frère Cooper, à qui je racontai toute l’affaire.
« Oui, sœur Smith, dit-il, nous attendons l’évêque ici. Mais frère Ware ne m’a rien dit de son arrangement. »
« Eh bien, voilà où en sont les choses. Et le vapeur peut arriver ce soir ou demain. Préparez donc votre barque et tout le reste, puis dites à M. Sherman que vous ou Jesse vous chargerez de ramener l’évêque à terre. »
« Entendu. »
Tout fut donc arrangé, et je rentrai chez moi en laissant le reste au Seigneur. Les gens furent contents que j’eusse fait ce que je pouvais.
Le lendemain matin fut une belle matinée, comme le sont d’ordinaire les matinées en Afrique. Je fus très occupée toute la journée. L’après-midi, je montai en ville et fis quelques visites. Vers sept heures du soir, un messager arriva chez Mme Moore, où je me trouvais, et dit que l’évêque était arrivé et qu’il était allé à l’église. C’était notre soir habituel de prédication ; aussi l’évêque, à son arrivée, s’était-il rendu tout droit à l’église.
Ma foi ! quand j’appris la nouvelle, je descendis en ville au pas de course ; j’allai à l’église, et l’évêque était là, en chaire. Il prêcha un sermon puissant sur ce texte : « Que ta volonté soit faite. » Et comme les gens venaient d’ordinaire en bon nombre le jeudi soir, l’évêque eut une belle assemblée, et tout le monde fut ravi. Moi, je fus ravie au-delà de toute expression. Je l’avais déjà vu et je le connaissais. Gloire au Seigneur !
« Mais comment a-t-il donc gagné la terre ? »
Quand le vapeur arriva, il ne tira pas son coup de canon comme d’habitude ; il n’avait pas de cargaison pour ce port ; il n’était entré que pour débarquer l’évêque ; le capitaine l’envoya donc à terre dans l’une des chaloupes du vapeur, avec le second ; si bien que frère Cooper n’eut pas à mettre sa barque à l’eau, bien qu’il fût tout prêt, et que Jesse eût aperçu le vapeur et se trouvât au quai, s’apprêtant à envoyer la barque, quand, ô surprise ! voilà l’évêque devant lui.
Quelle belle victoire ce fut ! Combien de fois me suis-je tenue
RÉSIDENCE DU FEU PRÉSIDENT ROBERTS, DU LIBERIA.
tranquille, et ai-je vu Dieu prendre le dessus sur les inventions de l’homme et accomplir sa volonté souveraine ! Amen.
Ainsi, depuis ce jour-là, quand l’évêque Taylor est au Liberia, il loge chez frère Henry Cooper. Il lui est arrivé d’y rester trois semaines avant de pouvoir repartir. Et Dieu a toujours aidé frère Cooper, et il l’aidera toujours.
Comme je me souviens bien de cette réunion de sainteté qui dura toute la journée, où Dieu sanctifia si merveilleusement frère Cooper, et, quelques jours plus tard, sa chère épouse ! Comme je me souviens bien du matin où elle arriva chez sœur Payne en chantant son chant de victoire, car elle avait reçu le baptême chez elle, dans sa propre maison. Elle monta chez sœur Payne, où je demeurais. Je la vis entrer. Son visage était tout rayonnant de lumière. Oh ! je ne l’oublierai jamais. La première chose qu’elle dit en entrant fut :
« Gloire à son nom !
Gloire à son nom !
Là, sur mon cœur, le sang fut appliqué ;
Gloire à son nom ! »
Et elle le chante depuis lors, au milieu des épreuves et des tempêtes, car elle en a eu, comme en aura quiconque plonge résolument dans la source. Dieu ne nous forme guère par une autre voie que celle de l’épreuve, et parfois de la souffrance, sous diverses formes ; « Car l’épreuve de votre foi est plus précieuse que l’or, qui cependant est éprouvé par le feu. »
Samedi 24 janvier. L’évêque et moi avons été invités à prendre le petit déjeuner à la légation des États-Unis, chez le consul américain, l’honorable John Smyth. Le professeur Brown, qui était l’hôte de M. Smyth, était aussi présent. On nous a servi un petit déjeuner des plus élégants, vraiment à l’américaine, et nous l’avons pleinement apprécié.
Je crois que l’évêque ne s’attendait nullement à pareille réception en Afrique. Mais M. Smyth, qui est si parfaitement qualifié pour son poste, est toujours prompt à rendre aux étrangers les politesses qui leur sont dues, et surtout à ceux de son propre pays, l’Amérique.
L’évêque et moi avons fait ensemble un certain nombre de visites en divers endroits. Il ne refusait jamais d’aller où que ce fût, chez les plus pauvres d’entre les pauvres. Il entrait, s’asseyait, chantait, priait, causait, et laissait sa bénédiction. Jamais il ne semblait donner à quiconque l’impression qu’il fallût se tenir à distance de lui, ou le craindre, parce qu’il était évêque. Il était toujours affable et bon envers chacun.
La Conférence s’est ouverte le 29. L’évêque a prêché chaque soir, ainsi que le dimanche matin, puis il a pris la parole à l’école du dimanche l’après-midi, et à quatre heures il a prêché à Krootown. Le Seigneur a merveilleusement répandu son Esprit, et il y a eu un réveil plein de grâce. Des pécheurs ont été convertis, des rétrogrades ramenés, des croyants sanctifiés. Oh ! quel raz de marée a passé sur nous ! Ainsi, la Conférence s’est réunie au milieu de la pleine marée du réveil. Gloire au Seigneur !
Dimanche 1er février 1885. La grande ordination. Dix diacres et neuf anciens ordonnés par l’évêque Taylor. Gloire à Dieu ! Ç’a été une journée merveilleuse. On n’avait encore jamais rien vu de pareil à Monrovia.
Lundi 2 février. Je suis très faible de corps, mais ma foi est forte en Dieu. Je fais quelques visites, et je vais voir William Potter, dont tout le monde a peur, car c’est un homme très méchant. Mais jamais personne ne m’a traitée avec plus de respect que lui. Je lui ai parlé, et je lui ai dit combien il avait tort de se traiter, lui, sa femme et ses enfants, comme il le faisait. Il m’a écoutée avec bienveillance et m’a remerciée. Pauvre vieux William Potter ! Que Dieu le sauve.
Mercredi 4 février. On me demande de présider le culte ce soir. Le Seigneur m’a merveilleusement aidée. J’ai parlé sur le quatorzième chapitre de Jean. Plusieurs ont déclaré être sauvés. À six heures, j’avais invité l’évêque, avec quelques-uns des principaux jeunes gens de l’endroit, à prendre le thé chez Mme Payne. Il n’y avait qu’un ou deux chrétiens parmi ces jeunes gens, et je voulais qu’ils voient l’évêque, car il était si paternel, et je pensais qu’une bonne et aimable causerie de sa part leur ferait du bien ; ainsi, de toutes les manières possibles, j’ai essayé d’aider. Si Israël n’est pas rassemblé, Jacob ne perdra pas sa récompense.
Jeudi 5 février. Je suis invitée, avec l’évêque, à prendre le petit déjeuner chez M. Gabriel Moore. Son Excellence le président de la République, Hillary Johnson, ainsi que Mme Day, missionnaire blanche de la mission Muhlenburg, de l’Église luthérienne, sont présents. M. Day n’a pas pu venir. Que Dieu bénisse M. et Mme Day ! Quel sanatorium leur foyer de la mission Muhlenburg a été pour ceux qui étaient las et épuisés ! Que de journées agréables j’ai passées chez eux ! C’est là que j’ai eu l’un de mes plus violents accès de fièvre, et j’ai bien cru que j’allais mourir. Comme M. et Mme Day ont été bons ! Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient, et ils m’ont procuré tant de bien-être. Que Dieu les bénisse toujours, telle est ma prière. Amen.
Dimanche 8 février. Le nouveau pasteur est installé. Trente-sept personnes
se joignent à l’Église ce matin. Gloire au Seigneur ! Je préside le culte du soir. Je parle sur le quinzième chapitre de Jean : « Demeurez en Christ. » Le Seigneur m’aide, et il nous accorde sa bénédiction.
Lundi 9 février. Journée très chargée. Je suis allée voir Mme Van Harmon, une dame blanche, épouse de l’un des négociants. Elle avait eu la fièvre. Elle a été heureuse de me voir, et je l’ai trouvée un peu mieux. Puis je suis allée voir Mme Day, et je l’accompagne à l’église. Elle a proposé d’organiser un pique-nique, une petite sortie, en l’honneur de l’évêque. Elle a fait le tour des dames, et la chose a été arrangée.
Mercredi 11 février. Nous allons tous à la ferme de M. Johnson : l’évêque Taylor, le professeur Brown, l’honorable John Smyth, M. Moore, Mme C. A. Moore, Mlle Payne et un certain nombre d’autres.
Vendredi 13 février. Mme C. A. Moore et sa fille, le docteur Moore et moi partons pour Madère, ou la Grande Canarie. Mme Moore n’allait pas bien depuis quelque temps, et son beau-père pensait qu’un voyage lui ferait du bien. Sa mère a consenti à ce qu’elle parte si je l’accompagnais, car elle n’avait guère l’habitude de voyager. Ils sont très bons et paient tous mes frais, et je pars. Comme j’ai besoin de ce changement et de ce repos !
Dimanche 15 février. Sierra Leone. Nous sommes arrivés tôt samedi après-midi, et nous sommes descendus à terre. Ce matin, nous sommes allés à la cathédrale, et nous avons entendu un magnifique sermon du nouvel évêque, Ingham. Nous y sommes retournés ce soir. Le sermon portait sur « La consécration et la sainteté ». Mais les gens ne semblaient pas comprendre où il voulait en venir. Une belle assemblée ; un certain nombre de Blancs sont présents, pour la plupart des fonctionnaires du gouvernement.
Lundi 16 février. Nous partons à dix heures ce matin et nous remontons à bord du vapeur. Et nous voilà partis. Dieu soit loué, je me sens un peu mieux.
Mardi 17 février. Nous avons tous un peu le mal de mer aujourd’hui. C’est moi qui m’en tire le mieux. Grâces soient rendues à Dieu pour sa tendre miséricorde, car elle est merveilleuse.
Mercredi 18 février. Gloire à Dieu ce matin pour sa bonté ! Mme Moore et moi nous proposons de lire les Évangiles d’un bout à l’autre pendant notre traversée. Qu’il nous aide, pour l’amour de son nom !
Jeudi 19 février. Vents contraires. Cela veut dire mal de mer. Comme on se sent misérable ! Mais, oh ! que l’océan est grandiose ! Qu’il est majestueux, et semblable à Dieu ! Comme il tient et meut le puissant océan, ainsi puisse-t-il me tenir et me mouvoir.
Vendredi 20 février. Les épreuves commencent. Mais, Seigneur, tu as été ma demeure dans tous les âges, et tu l’es encore aujourd’hui, et mon âme t’exalte.
Dimanche 22 février. La houle est moins forte aujourd’hui, si bien que nous nous sentons tous mieux. Dieu soit loué. Nous espérons atteindre la Grande Canarie d’ici mardi.
Mardi 24 février. Gloire au Seigneur ! Que je suis contente que nous soyons à la Grande Canarie ! Vue du vapeur, elle paraît magnifique. Nous descendrons à terre dans deux heures environ. Première nuit à terre. Tout le monde parle français. Nous ne comprenons rien de ce qu’on nous dit, et l’on ne comprend pas ce que nous disons. Nous nous débrouillons par le mouvement — un mouvement presque perpétuel —, mais nous nous en tirons.
Mercredi 25 février. Gloire au Seigneur pour sa bonté jusqu’ici ! Si nous étions là où nous pourrions parler dans notre propre langue, dans notre langue maternelle, avec toute la bonté qu’on nous témoigne, étrangères parmi des gens étrangers, nous nous sentirions tout à fait chez nous.
Jeudi 26 février. Les rachetés du Seigneur habiteront en sécurité auprès de lui. Comme il m’a semblé proche toute la journée ! La maîtresse de maison sort avec nous. Elle comprend bien l’anglais, mais ne le parle guère. Elle nous conduit à un magasin où un monsieur parle assez bien l’anglais ; si bien que nous faisons quelques petits achats, et que nous mimons tant bien que mal une conversation en espagnol.
Samedi 28 février. Le Seigneur nous a aidées : un petit garçon d’une dizaine d’années, un petit gars très éveillé, venu du Mexique, vient nous servir d’interprète. Nous nous sentons heureuses et reconnaissantes envers le Seigneur pour son amour.
Dimanche 1er mars. Il n’y a ici aucun culte, sauf catholique romain. Nous passons donc une matinée de repos tranquille ; l’après-midi, nous faisons une petite promenade et arrivons devant une très belle église catholique ; nous entrons, et je passe une demi-heure à pleurer sur ce pauvre peuple. Oh ! Seigneur ! Jusques à quand ? Jusques à quand ? L’ignorance du peuple et l’arrogance des prêtres sont quelque chose d’effroyable.
Mardi 10 mars. Nous avons fait de très agréables promenades, à pied et en voiture, depuis que nous sommes ici. Tout le paysage alentour est magnifique. L’air embaumé, les belles fleurs et les fruits de toutes sortes sont délicieux. On nous dit que septembre est le plus beau mois pour venir ici. Nous sortons aujourd’hui pour achever nos petites emplettes. J’ai été profondément blessée aujourd’hui. J’ai commis une erreur en achetant ce que je n’aurais pas dû acheter. Mais je l’ai fait
KATE ROACH, SIERRA LEONE, AFRIQUE.
sans en parler d’abord au Seigneur. Je sens qu’il pardonne. Auprès de lui sont la miséricorde et le pardon.
Mardi 17 mars. Nous avons passé ici vingt et un jours, et nous partons aujourd’hui pour Monrovia sur le vapeur « Vaulter », capitaine Haynes.
Mercredi 18 mars. Mal de mer toute la journée. On a laissé le hublot ouvert, et l’eau inonde la cabine des dames. J’écope jusqu’à l’épuisement. Je fais tout ce que je peux pour aider mon amie et lui rendre les choses agréables. Mais je vois que j’échoue. Oh ! comme mon cœur souffre de l’esprit qui se manifeste ! Mais Dieu a pris ma cause en main ; aussi je me repose en lui. Une nuit ou deux avant de quitter la Grande Canarie, j’avais fait un rêve remarquable. J’avais eu une journée d’épreuve. J’avais prié et pleuré devant le Seigneur. Cette nuit-là, j’ai rêvé que je voyais un beau serpent brun. Il n’était pas long, et il avait un visage de femme, très paisible et agréable. Il me semblait connaître ce visage. Et, chose plus étrange encore, il avait des cheveux très noirs et ondulés ; et je me suis dit en moi-même : « Que ce serpent est joli ! On ne devrait pas le tuer. Mais enfin, c’est un serpent, et il est de l’espèce venimeuse. » Puis le visage a semblé changer un tout petit peu, et j’ai tenté de m’écarter ; et, tandis que je reculais, il semblait guetter de quel côté j’allais ; et j’ai continué à reculer jusqu’au moment où j’ai fait un bond pour m’écarter, et cela m’a réveillée. Comme j’ai guetté l’accomplissement de ce rêve ! Et comme il s’est révélé réel ! Quand j’ai vu comment les choses allaient probablement tourner, j’ai tremblé de la tête aux pieds, et je ne trouvais de soulagement à mon chagrin qu’en m’agenouillant pour prier.
Lundi 23 mars. Bathurst. Nous ne repartirons probablement pas d’ici avant cinq heures. Je fais donc la connaissance d’un M. Taylor et de sa femme, missionnaires de Saint-Louis du Sénégal. Ce sont des gens très aimables. Elle est allée voir des amis et m’a emmenée avec elle ; entre autres, Mme Nickles, l’épouse du pasteur Nickles. Il est aumônier colonial. Elle est la fille de l’évêque Crowther, du Niger. J’ai été heureuse de faire sa connaissance, et nous avons entretenu une agréable correspondance. Ils habitent maintenant Freetown, en Sierra Leone, où j’ai eu le plaisir de les voir souvent.
Sierra Leone, vendredi 27 mars. Le vapeur a beaucoup de marchandises à débarquer dans ce port, si bien que nous descendons tous à terre. Nous dînons chez M. Boyle, consul du Liberia en Sierra Leone. Un très bon dîner. Comme il y avait plusieurs services, il était très tard quand nous avons fini. Auparavant, nous nous étions promenés ; nous avions fait plusieurs visites en
divers endroits. Puis nous sommes allés chez M. Boyle, nous avons dîné, et entre neuf et dix heures du soir nous sommes repartis vers le vapeur. Le docteur Moore nous a accompagnées jusqu’au quai et nous a vues monter dans les barques, mais nous autres femmes avons dû partir seules avec l’équipage. Comme je remercie Dieu ! C’était une belle nuit de clair de lune, comme on n’en voit qu’en Afrique ; car je crois que la lune y est plus belle que partout où je l’ai jamais vue. Je la trouvais belle en Inde. Mais, oh ! le clair de lune en Afrique ! Tout était calme et lumineux.
Le vapeur était mouillé assez loin au large, mais nous y sommes arrivées saines et sauves. Le capitaine a été surpris de nous voir seules, et il a dit que nous avions couru un grand danger. Mais nous n’en savions rien. Gloire au Seigneur pour sa bonté ! Nous sommes repartis samedi vers quatre heures de l’après-midi.
Dimanche 29 mars. La journée est très agréable. Il n’y a pas grand-chose à faire. J’ai quelques traités ; je les distribue donc çà et là aux hommes sur le pont, et je dis un mot de mon mieux, confiante que le Seigneur le bénira.
Lundi 30 mars. Huit heures. Nous voici dans le port de Monrovia. Gloire au Seigneur ! Nous sommes tous en bonne santé. Que le Seigneur est bon de me ramener chez moi saine et sauve, et dans la paix ! Après m’être un peu restaurée, je fais plusieurs visites.
Jeudi 2 avril 1885. La Parole du Seigneur pour moi ce matin est : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. » Une bonne journée tranquille, et beaucoup de paix et de joie dans la prière. Je prêche ce soir à l’église méthodiste, sur le 5e chapitre d’Amos. Que le Seigneur m’aide !
Vendredi 3 avril (Vendredi saint). L’Éternel est ma lumière et mon salut. C’est l’un de mes jours de jeûne. Mon âme reprend de nouvelles forces. Ce matin, je vais à l’église épiscopale, parce qu’elle est un peu plus proche, et j’espère entendre un sermon sur la résurrection de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Mais le sujet me déçoit. C’est bien, Seigneur, je me repose en toi. Tu es ressuscité dans mon âme. Alléluia !
Dimanche 5 avril. Gloire au Seigneur, il me laisse vivre pour voir un autre matin de Pâques.
Mardi 7 avril. Gloire au Seigneur pour le privilège de cette journée ! Quelle bonne et sensée causerie j’ai entendue à l’église baptiste ! L’ancien Jordan, tout juste arrivé d’Amérique, apporte la vérité. Oh ! Seigneur, je te remercie. Comme il a confirmé la Parole que le Seigneur m’a aidée à donner ! Bien sûr, eux le croiront, car c’est un homme, et un baptiste par-dessus le marché.
Mercredi 8 avril. J’en suis bien désolée, mais l’œuvre est entravée par la coutume. Les baptistes n’ont pas l’habitude que chacun prenne la parole. Aussi l’ancien Jordan, après avoir parlé ce soir, a organisé une réunion générale, et il dit que chacun est libre de s’exprimer au sujet de l’œuvre.
Jeudi 9 avril. Bien entendu, comme ce n’était pas une réunion fermée, plusieurs méthodistes y sont allés. Mais il n’y avait pas même une douzaine de baptistes. Ils avaient peur, je suppose. C’était trop large pour eux. Il a continué pendant plusieurs jours, mais rien de bien particulier ne s’est fait.
Mardi 21 avril. L’Éternel est bon, Il est un refuge au jour de la détresse. Je suis allée voir frère Capehart, le pasteur de l’église, et j’ai causé avec lui de la tenue d’une réunion de sainteté d’une journée entière. Il y est favorable, et il fera tout ce qu’il pourra pour aider. Dieu soit loué.
Mercredi 22 avril. Je quitte Monrovia avec frère Deputie pour Mt. Olive. Nous partons à onze heures du matin, et en trois heures nous arrivons à ce qu’on appelle « les Vieux-Champs ». Nous y passons la nuit, nous repartons à trois heures du matin et atteignons Mt. Olive à cinq heures. Nous devons voyager en pirogue. Les criques sont basses, et il faut s’arranger pour profiter des marées.
Dimanche 26 avril. Gloire au Seigneur, je vais mieux ce matin ; je fais un mille à pied pour aller à l’église, et je préside le culte. C’est la première église indigène où j’entre depuis que je suis dans le pays. Le Seigneur m’a aidée à parler sur Hébreux 12:2. Le Seigneur a béni. Il y avait un indigène qui a dit qu’il se joindrait à l’Église si je restais. Pauvre homme ! Sœur Deputie et sa famille sont restées très fidèles à la cause de la tempérance depuis qu’elle a été organisée.
Lundi 27 avril. Je ne suis pas bien du tout aujourd’hui, mais je me repose dans le Seigneur et je puis l’attendre. L’après-midi, j’ai une bonne conversation avec sœur Deputie et sœur Artist. Je leur raconte mon expérience de la sainteté. Que Dieu en fasse une bénédiction !
Mardi 28 avril. Un peu plus de force ce matin. Je vais avec frère Deputie, et nous faisons quatre visites. Nous chantons et prions à chaque endroit, puis nous rentrons à pied, et je prie au culte de famille. Bien des fois, un travail comme celui-là représentait en moyenne sept visites par jour.
Mercredi 29 avril. La fièvre me tourmente de nouveau aujourd’hui, dans le dos. Je suis merveilleusement sauvée en Dieu. Oh ! comme il m’a bénie dans mes dévotions privées et pendant la prière en famille !
Vendredi 1er mai 1885. Frère Williams envoie son fils à Mt. Olive me chercher pour me conduire à la pirogue, et nous partons à neuf heures du matin pour Marshall. Nous nous arrêtons à Grassdale, un très joli petit endroit, avec un certain nombre de colons libériens et quelques très bonnes maisons. Je vais voir le roi Tom. Je chante et je prie avec lui. C’est un bon vieillard, qui cherche péniblement la lumière. Que Dieu le sauve ! Je crois qu’il le fera.
Dimanche 3 mai. Marshall, sur la rivière Junk. J’ai présidé le culte ce matin à l’église méthodiste. J’ai parlé sur le 1er chapitre de la 1re épître de Pierre. J’ai eu une grande liberté pour parler, et je crois que le Seigneur a béni les gens. J’ai parlé à l’école du dimanche l’après-midi, et de nouveau le soir.
Lundi 4 mai. Départ de Marshall pour Sheflenville à six heures du matin ; arrivée à onze heures. Arrêt chez Mme D., petit déjeuner, puis nous continuons jusqu’à Paynesville, qui est à vingt milles plus loin ; puis nous sommes descendus de notre pirogue et nous avons marché sept milles. Arrivés chez frère Pitman à sept heures du soir. Si frère Deputie n’avait pas si bien connu toute cette route, je ne sais pas ce que je serais devenue. Quand j’ai été presque à bout de forces (car il me semblait que nous n’arriverions jamais chez frère Pitman, après cette longue marche depuis l’embouchure de la crique à travers ce qu’on appelait « les Vieux-Champs » — et c’étaient bien de vieux champs, en effet), j’ai dit à frère Deputie : « Mon Dieu, frère Deputie, n’y sommes-nous pas bientôt ? »
« Oh ! m’a-t-il dit, sœur Smith, ne savez-vous pas que les presbytériens croient à la persévérance finale ? C’est ce qu’il nous faut faire. Nous y arriverons tout à l’heure. »
Et nous y sommes arrivés. Je crois qu’il était environ huit heures du soir quand nous sommes entrés. Frère et sœur Pitman ont été contents de nous voir, et ils nous ont bientôt servi un bon souper, qui a été le bienvenu, car j’avais faim. Nous avons un peu causé, puis nous sommes allés nous coucher.
Jeudi 7 mai. Je quitte aujourd’hui frère Pitman pour Monrovia. Deux milles à pied, puis je monte dans la pirogue, et en trois heures et demie je suis à Monrovia. Gloire au Seigneur !
Lundi 11 mai. Écrit un bon nombre de lettres. Oh ! comme elles s’accumulent, et quel fardeau c’est ! Et pourtant, qu’il est doux de recevoir des lettres de nos amis du pays ; et l’on sent qu’il est juste d’y répondre ; et je remercie Dieu pour les nombreux amis qu’il m’a donnés.
Je quittai Monrovia pour la Conférence de Bassa en janvier 1886. Je n’avais prévu de rester que trois semaines — pas davantage —, en comptant, à ce que je pensais, le retard pour revenir à Monrovia. Je n’emmenai pas
SUR LE FLEUVE SAINT-PAUL.
avec moi ma petite fille indigène, Frances ; je la laissai chez moi, chez Mme Payne, où je logeais à Monrovia, et où l’on veillerait bien sur elle et en prendrait soin jusqu’à mon retour.
Je n’avais pas eu de nouvelles directes de l’évêque Taylor ; mais, comme la Conférence devait se tenir à Bassa, il nous parvenait des rumeurs volantes sur les déplacements de l’évêque : il devait s’arrêter à Monrovia, il devait passer trois mois dans les régions d’alentour, aller à Bopora, etc.
Non que l’évêque l’eût annoncé, ni qu’il en sût quoi que ce soit ; mais il y a des gens qui se sentent le droit de puiser dans leur imagination, ou d’inventer tout ce qui conviendra à la situation ; et bien souvent on se trouve complètement désorienté ; car, quand on croit tenir un fait, voilà qu’il n’y est plus ! Mais, au milieu de tout cela, il y a des faits qui demeurent, et qui demeureront jusqu’à la fin des temps.
Un navire américain entra au port — le trois-mâts barque Monrovia —, et, comme il allait à Bassa, bien que ce fût une semaine avant l’ouverture de la session de la Conférence, je pensai que je ferais mieux de partir, puisque je voulais y aller, et que c’était peut-être ma seule occasion ; car, bien qu’un vapeur fût attendu, il risquait de ne pas s’arrêter à Monrovia.
Le capitaine du navire, grâce à un bon mot que lui avait dit en ma faveur mon fils (car il le fut pour moi tout le temps que je passai au Liberia ; Dieu bénisse ce cher jeune homme), B. Y. Payne, eut la bonté de se donner beaucoup de peine pour nous accommoder, moi et l’amie qui m’accompagnait, Mme Emma Cooper. Je crois que nous fûmes environ vingt-quatre heures sur ce qu’on appelait une « bonne mer ».
Eh bien, nous eûmes une semaine avant l’ouverture de la Conférence. Comme je n’étais pas venue là depuis quelque temps, je passai la semaine à visiter les gens — les pauvres et les malades, et d’autres, de tous côtés.
Je me souviens qu’un matin je rendis visite à un pauvre jeune Allemand qui avait la fièvre. Il n’était pas en Afrique depuis longtemps. C’était un jeune homme bien élevé et bien formé, instruit, qui portait sur lui toutes les marques d’un gentleman. Il dirigeait un magasin allemand à Bassa. Comme il était seul et s’ennuyait, il venait souvent le soir causer avec M. Gus. Williams, son voisin, qui tenait un grand magasin dans la même rue.
Pauvre garçon ! comme il fut content de ma visite ! Il me dit qu’il allait mieux ; mais je voyais à sa mine qu’il avait besoin d’aide, de bons soins et d’une attention médicale au plus vite, sinon il ne resterait pas longtemps ; le pauvre garçon s’efforçait d’être gai, et je ne dis rien qui pût l’alarmer. Je l’encourageai à faire tout ce qu’il pouvait pour lui-même, et à mettre sa confiance en Dieu. Il n’était pas croyant, mais très
respectueux. Il était venu plusieurs fois à nos réunions de tempérance évangélique, et il me dit qu’elles l’intéressaient beaucoup. Je lui dis que j’aimerais prier avec lui ; je vis qu’il en était très embarrassé, mais il ne s’y opposa pas. Le Seigneur m’aida, et je le quittai avec au cœur la pitié d’une mère.
Au bout d’une semaine ou deux, il était mort. Comme je fus heureuse d’être allée faire mon devoir envers ce pauvre homme ! On se moqua de moi et l’on me critiqua sur le moment. « Quelle idée d’aller prier avec ce marchand allemand, un Blanc ! »
Eh bien, je sais qu’en règle générale ils n’ont d’égard pour l’Afrique qu’à cause de l’argent qu’ils en tirent.
« Mais, oh ! dis-je, il a une âme, et une pauvre mère quelque part ; je crois qu’elle me remercierait d’être allée voir son garçon, même si personne d’autre ne le faisait. »
Oh ! combien de fois j’ai eu pitié de ces jeunes gens ; certains étaient de bonne famille et bien élevés, venus d’Écosse et d’Allemagne. J’en ai vu à Calabar, et aussi à Lagos. Je crois qu’ils signent un contrat pour rester un certain temps ; et, étant jeunes, peu habitués au climat, et n’ayant personne pour s’occuper d’eux, hormis les indigènes qui les servent, beaucoup meurent en peu de temps. Comme mon cœur souffrait, tandis que je me tenais dans le cimetière du Vieux-Calabar, sur un beau coteau face au grand océan — le cimetière des missionnaires ! Des missionnaires d’Écosse et de la Jamaïque, aux Antilles, et des jeunes gens d’Angleterre et d’Allemagne.
Debout, je regardais tandis qu’on me les montrait — leurs amis ont envoyé à beaucoup d’entre eux de belles pierres tombales —, et je pleurai en pensant au cantique que l’évêque Taylor m’avait appris, assis dans la barque sur la rivière Cavala ; je n’oublierai jamais comment il le chanta la première fois que je l’entendis :
« Au son de la trompette, quand les saints se rassembleront au ciel,
Nous nous saluerons au bord de la mer de cristal ;
Avec les amis et tous les bien-aimés qui attendent notre venue,
Quel rassemblement des fidèles ce sera ! »
« Quel rassemblement, rassemblement,
Au son du glorieux jubilé !
Quel rassemblement, rassemblement,
Quel rassemblement des fidèles ce sera ! »
Mais revenons à mon récit. Je crois que la Conférence devait se réunir le 29, et l’évêque arriva lui aussi plusieurs jours avant la date. J’avais bien fait de quitter Monrovia sur ce navire, car le vapeur qui amena l’évêque ne s’arrêta pas à Monrovia, mais seulement à Bassa ; je l’aurais donc manqué si j’avais attendu ce vapeur.
J’étais à Lower Buchanan, et je n’appris l’arrivée de l’évêque que plusieurs heures après ; je montai à Edina, siège de la Conférence, et il y régnait une grande agitation. L’évêque était arrivé. Les frères arrivaient de leurs diverses stations, et plusieurs étaient déjà là, ayant saisi les occasions comme ils avaient pu. Il ne leur était pas toujours très commode de se rendre à la Conférence, en Afrique. Ils devaient parfois partir deux ou trois jours d’avance pour arriver à temps.
Frère Rust père était le pasteur titulaire de l’église d’Edina, et le vieux monsieur était un peu particulier ; comme l’évêque était arrivé à l’improviste et qu’il n’avait pas été prévenu en temps voulu, comme il pensait qu’il aurait dû l’être, il était tout à fait de mauvaise humeur. De plus, il faisait refaire en bardeaux le toit de sa maison ; et, comme il était le pasteur, c’est naturellement chez lui qu’on avait envoyé l’évêque à son arrivée.
On me raconta tout cela, et combien ils en étaient contrariés ; alors, comme je les connaissais très bien, je pensai monter les aider un petit peu. J’allai donc à la maison et trouvai le vieux monsieur, et sa femme aussi, exactement dans l’état qu’on m’avait dit. Ils se mirent à me raconter combien ils étaient pris au dépourvu, etc. Je leur parlai, et leur dis que l’évêque était très simple et ne s’attendrait pas à ce qu’ils fassent des préparatifs particuliers pour lui. Naturellement, je parlais à voix basse, car l’évêque était dans la pièce voisine.
Ils pensaient que quelqu’un d’autre aurait pu mieux le recevoir. Mais celui-ci avait peur parce qu’il était « évêque », et cet autre n’aimait pas le faire parce qu’il était « évêque ». Tandis que je parlais ainsi et que j’expliquais de mon mieux les choses à frère et sœur Rust, le cher évêque entendit ce que nous disions, et il s’écria :
« Oh ! mes frères, ne vous tracassez pas pour moi ; je peux dormir dehors ; je le préférerais même. »
Et quand j’entrai dans la pièce, il était là, assis, souriant, en train de raccommoder sa moustiquaire.
« Eh bien, Amanda, dit-il, comment allez-vous ? »
« Très bien, monsieur l’évêque ; que Dieu vous bénisse. »
« Avez-vous un dé à coudre ? Je n’arrive pas à grand-chose sans dé. »
Je trouvai donc un dé et l’aidai à raccommoder sa moustiquaire. Mais il n’eut pas à dormir dehors.
Comme l’évêque était arrivé plusieurs jours avant la Conférence, il avait un dimanche de libre, et frère Morgan, qui avait la charge de notre église de Hartford, descendit à Edina et insista pour que l’évêque monte prêcher chez eux, à Hartford, le dimanche. Edina était une ville plus grande, et l’évêque y aurait prêché le dimanche devant un plus grand nombre de gens ; mais, comme les gens de là-haut ne l’avaient jamais vu, frère Morgan tenait beaucoup à ce qu’il y monte, et il me demanda si je voudrais accompagner l’évêque.
Bien entendu, j’y allai ; et s’il ne me l’avait pas demandé, j’y serais allée quand même, parce que je connaissais tout le monde là-haut. J’y avais passé environ six mois, et je savais que je pourrais rendre service en veillant un peu sur l’évêque et en faisant tout ce que je pourrais ; et, y étant déjà allée, je connaissais un peu les choses, et j’étais bien sûre de pouvoir être utile.
Le samedi après-midi, frère Rust, l’évêque, moi-même et plusieurs autres partîmes donc pour Hartford.
Il n’était pas aussi commode pour les gens de frère Morgan qu’il l’aurait été pour d’autres que je connaissais de recevoir l’évêque ; mais il pensait que, puisqu’il était le pasteur et qu’il avait invité l’évêque, c’était son devoir de le recevoir. Sa belle-sœur, Mlle Barclay, et moi arrangeâmes donc la chambre du mieux que nous pûmes. Je logeai chez une amie non loin de là ; je faisais l’aller-retour, et je fis tout ce que je pus.
Le cher vieil évêque était aussi bon, aussi doux et aussi aimable que s’il avait été dans un palais. Il restait assis à causer, et il mettait ces pauvres gens à l’aise, parce qu’il voyait qu’ils faisaient de leur mieux.
Ma foi ! quand j’y repense maintenant, je me demande ce qu’auraient fait certains de nos évêques de chez nous. Il n’y a pas d’hôtels en Afrique comme il y en a ici, mais il y a quelques foyers agréables et confortables. Mais ce ne sont pas toujours ces gens-là qui reçoivent l’évêque. Frère Morgan était un homme remarquable ; un Anglais noir, né, élevé et instruit aux Antilles ; un homme très intelligent. Sa femme, elle aussi, était antillaise — une demoiselle Barclay.
La famille Barclay est l’une des plus belles familles du Liberia. M. Arthur Barclay est l’un des principaux avocats de Monrovia,
un jeune homme d’une haute moralité, un véritable et solide pilier de notre école du dimanche méthodiste, et aussi un ardent ouvrier de la cause de la tempérance ; ou du moins il l’était quand j’y étais.
L’évêque prêcha à Hartford le dimanche matin et le dimanche soir, dans notre petite église. Le lundi, nous allâmes à Fortsville, et il y prêcha le lundi soir. Le mardi, nous revînmes à Edina ; nous eûmes un jour ou deux de repos, puis ce fut la Conférence.
Chapitre 29 terminé
La Conférence de Monrovia