Chapitre 16 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute
Le camp-meeting de Kennebunk
J’avais fait la connaissance de frère Luce au camp-meeting de Round Lake. C’était un ardent prédicateur de la sainteté. Parmi d’autres qui m’avaient demandé de venir à divers camp-meetings, il me l’avait demandé, lui aussi. Je n’étais encore qu’une jeune débutante, et je savais que le Seigneur me conduisait. Mais d’ordinaire, je priais beaucoup sur les choses avant de me décider. Il y avait une certaine Mme Brown, qui habitait autrefois Harlem, N. Y. C’était une brave femme, et j’avais travaillé pour elle. Je l’aimais beaucoup. Ils avaient, eux aussi, une tente à Round Lake. Un jour donc, elle me demanda de lui apporter une cruche d’eau.
Je rendais souvent de petits services aux dames : je balayais et rangeais leurs tentes, ou je leur allais chercher une cruche ou un seau d’eau. Je n’ai jamais eu le sentiment que cela portait atteinte à ma dignité.
Quand je lui eus apporté sa cruche d’eau, Mme Brown me dit : « Nous avons un camp-meeting à Wesley Grove à telle date, et nous manquons d’ouvriers ; et je crois, Amanda, que le Seigneur vous bénirait si vous veniez à notre camp-meeting ; et tout l’argent dont vous auriez besoin serait à votre disposition. »
« Merci, lui dis-je ; il y a plusieurs personnes qui m’ont parlé d’aller à différents camp-meetings. Mais vous savez qu’il faut que je prie à ce sujet. Si donc vous me donnez l’adresse, je saurai comment m’y rendre quand je serai rentrée chez moi et que je me serai tenue tranquille devant le Seigneur, pour savoir exactement où il veut que j’aille ; car lorsque l’un dit “Venez ici”, et l’autre “Là-bas”, je ne peux pas savoir de quel côté ni en quel lieu le Seigneur veut que j’aille. Mais quand je suis rentrée chez moi et que je me tiens tranquille, je peux reconnaître sa voix. »
Là-dessus, je m’en allai. La veille de la clôture du camp-meeting, je rencontrai de nouveau frère Luce.
« Eh bien, sœur Smith, me dit-il, j’ai une Église à St. Johnsville, et nos gens ont une grande tente de société où vous pourriez loger, et j’aimerais que vous veniez à notre camp-meeting. Je vais vous donner mon adresse, et, quand je serai rentré chez moi, je vous écrirai et vous donnerai toutes les indications pour venir, afin que vous n’ayez aucune difficulté. »
« Très bien, monsieur ; merci », dis-je.
Le camp-meeting prit fin, et jamais je n’avais entendu une prédication aussi merveilleuse sur le thème de la sainteté. J’en étais remplie et toute vibrante. Je rentrai donc chez moi et me mis à prier et à demander au Seigneur où il voulait que j’aille. Car, de tous les endroits où l’on m’avait invitée, je voulais savoir exactement où il voulait que j’aille. Et une conviction profonde s’établit en moi que je devais aller à Kennebunk. J’aimais frère Luce et frère Munger, et leurs familles avaient toutes été si bonnes pour moi à Round Lake. Et puis frère Luce devait m’écrire exactement comment venir. Mais, à ma surprise, quand la lettre arriva, frère Luce disait : « Sœur Smith, je ne suis pas bien, et nos gens ont décidé de ne pas emporter notre grande tente ; vous feriez donc mieux de ne pas venir, puisque vous êtes une étrangère et que vous n’avez aucun endroit où loger. »
« Bon, pensai-je, très bien. J’irai à Wesley Grove, où Mme Brown désire que j’aille. Et puis je la connais, et j’aime travailler pour elle. Cela vaudra donc mieux que d’aller à Kennebunk. »
Alors la conviction d’aller à Kennebunk sembla s’approfondir, et je ne la comprenais pas. Il fallait que j’aille à Kennebunk. J’allai au Seigneur et je le lui dis. Je dis : « Seigneur, je serais bien disposée à aller à Kennebunk, mais tu sais que frère Luce m’a écrit pour me dire de ne pas venir. Et tu sais que ce n’est pas convenable d’aller là où l’on vous a dit de ne pas venir. Et si j’y vais, cela aura l’air d’une impertinence, après qu’il m’a écrit de ne pas venir. J’irai donc à Wesley Grove. Mme Brown dit qu’on a besoin d’aide là-bas. Et puis j’ai travaillé pour Mme Brown, je la connais mieux, et ce serait préférable pour moi. »
Cette fois, Satan me donna un petit coup de main. Il dit : « Oui, la raison pour laquelle tu veux aller à Wesley Grove, c’est que Mme Brown t’a offert de l’argent ; et c’est uniquement pour cela que tu y vas : pour l’argent. »
Oh ! comme cela me parut horrible quand j’y songeai. Et je savais que ce n’était pas vrai. Et je dis : « Eh bien, Monsieur Satan, c’est un mensonge, et je n’irai pas du tout à Wesley Grove. Je m’en vais tout droit à Kennebunk, là où l’on m’a dit de ne pas venir. Et je vais te montrer que ce n’est pas l’argent que je cherche. »
Je ne savais pas combien il me faudrait pour aller à Kennebunk. Je n’étais jamais allée plus loin que Philadelphie. Le vendredi soir, je me rendis donc à la vieille église de John Street. Frère Roberts y était conducteur de classe. Lorsqu’on y avait célébré le cinquantième anniversaire, on m’avait faite, avec un certain nombre d’autres, membre à vie ; aussi allais-je souvent à cette classe.
Ce soir-là, il y avait là un certain M. Palmer. C’était un homme très aimable et un chrétien très conséquent. Quand la réunion fut terminée, ce monsieur vint me conduire au tramway de la Sixième Avenue. Tout en marchant et en causant, il me dit : « Sœur Smith, il y a des années que je recherche la bénédiction de la pureté du cœur, et votre témoignage de ce soir m’a fait du bien. Mais d’où vient que je ne parviens pas, semble-t-il, à entrer dans la pleine lumière ? Le Seigneur m’a béni, ajouta-t-il, et j’ai quelque fortune. Je suis courtier à Wall Street. Mais j’ai tout consacré au Seigneur. Et chaque fois que vous aurez besoin d’aide, vous n’aurez qu’à me le faire savoir. »
« Eh bien, monsieur, lui dis-je, je ne parle jamais de mes besoins à personne d’autre qu’au Seigneur. Il sait tout, et je lui demande toujours de mettre au cœur des gens de m’aider quand j’en ai besoin, et puis je laisse la chose entre ses mains. »
Or, je ne sais comment, je sentais que le Seigneur voulait que ce frère me donne de l’argent, car je n’en avais pas tout à fait assez pour aller à Kennebunk. Je lui souhaitai donc le bonsoir, montai dans le tramway, et je partis. Mais je priai tout le long du chemin, et encore une fois rentrée chez moi, pour que le Seigneur trouble le cœur de cet homme ; car je sentais qu’il désobéissait à l’Esprit, et que c’était l’une des raisons pour lesquelles il ne pouvait pas entrer dans la lumière du plein salut. Il ne faut pas retenir le plein prix d’une obéissance loyale envers Dieu, et s’attendre malgré tout à ce qu’il vous bénisse. Et pourtant, combien de fois ne voyons-nous pas des gens faire précisément cela ! Après quoi ils se demandent pourquoi ils n’avancent pas. Que le Seigneur aide quelqu’un qui lira ceci à voir la vérité !
Je sentais tout le temps, je ne sais comment, que cet homme était celui qui devait me tirer d’affaire. Le lendemain matin, je me mis donc à genoux et je priai encore. Puis je me relevai et commençai à préparer mes affaires. J’étais en train de repasser. Tout à coup, j’entendis quelqu’un monter l’escalier en courant, très vite. Arrivé au pied de l’escalier, il cria : « Sœur Smith ! »
« Oui », répondis-je. Et qui était-ce, sinon ce frère-là même ?
« J’avais une course à faire dans le haut de la ville ce matin, dit-il, et j’ai pensé passer en coup de vent vous voir. »
Or, il n’était jamais venu chez moi de sa vie. Je me
dis donc : « C’est le Seigneur qui l’a envoyé. » Je lui dis : « Asseyez-vous, frère Palmer. » « Eh bien, dit-il, je n’ai pas beaucoup de temps. »
Mais il s’assit pourtant quelques minutes, puis il dit : « Je voulais vous donner un peu d’argent. »
« Amen, dis-je. Vous auriez aussi bien pu le faire hier soir. C’est ce que le Seigneur vous a dit de faire. »
« Eh bien, oui », dit-il.
C’était juste assez, avec ce que j’avais, pour me procurer un billet aller et retour pour le camp-meeting de Kennebunk. Gloire au Seigneur !
Puis nous nous mîmes à genoux et nous priâmes. Je dis : « Maintenant, frère, vous feriez aussi bien de régler cette affaire. Le Seigneur est disposé à vous bénir. Pourquoi ne le laissez-vous pas faire ? Pourquoi ne pas obéir dès maintenant ? Le Seigneur peut le faire maintenant, si seulement vous voulez vous confier en lui. »
Pendant que nous étions à genoux, il me vint à l’esprit de chanter une strophe ou deux de ce vieux cantique de Charles Wesley :
« Viens, ô toi, voyageur inconnu,
Que je retiens sans pouvoir te voir.
Mes compagnons sont partis devant,
Et je reste seul avec toi », etc.
Après avoir chanté, je lui dis : « Maintenant, frère Palmer, priez et lâchez prise. »
C’est ce qu’il fit. Ma foi ! comme il pria ! Le Seigneur le brisa complètement. Il fut béni pendant qu’il priait. Je priai un peu, puis je chantai la strophe suivante :
« En vain tu luttes pour t’affranchir,
Jamais je ne lâcherai prise ;
Tu es l’homme qui mourut pour moi,
Dévoile le secret de ton amour.
Tes compassions ne s’éloigneront jamais,
Ta nature et ton nom sont Amour. »
Alors le bienheureux Esprit tomba sur lui, et il s’élança dans la lumière et la liberté. Oh ! comme il loua le Seigneur ! Quelle matinée ce fut, dans cette petite mansarde de la rue Amity ! « Et il y en a encore d’autres à suivre. »
Quelques jours plus tard, je partais pour Kennebunk. Je quittai New York par la Fall River Line à cinq heures du soir. En montant sur le bateau, à ma surprise, qui rencontrai-je, sinon sœur Clark ?
« Comment, sœur Smith, me dit-elle, où allez-vous donc ? »
« Je vais au camp-meeting de Kennebunk. Et vous, où allez-vous ? » « Eh bien, gloire au Seigneur, dit-elle, c’est justement là que je vais. »
Nous passâmes ensemble une soirée très agréable sur le bateau. Nous causâmes, nous priâmes et nous chantâmes. Il y avait là un certain nombre de dames fort aimables, qui semblaient apprécier les propos et les prières de sœur Clark. Nous aurions dû arriver à Boston, à la vieille gare de Providence, à huit heures du matin, de manière à y prendre le train pour Kennebunk. Mais, à cause du brouillard, le bateau n’arriva pas à l’heure, si bien que nous manquâmes le train de dix minutes. Il nous fallut alors attendre jusqu’à midi pour avoir un autre train. Or, j’avais l’intention de prendre mon billet et de continuer en bateau depuis Boston. C’était meilleur marché de cette façon. Mais sœur Clark me dit :
« Non, ne faites pas cela, sœur Smith. Vous perdrez deux jours du camp-meeting si vous faites cela. Venez donc tout de suite avec moi. »
Eh bien, je pensais que j’aimerais le faire, mais je n’avais pas assez d’argent. Elle me dit pourtant : « Je crois que vous feriez mieux de le faire. Je crois que vous feriez mieux de venir tout de suite avec moi. »
Après en avoir causé un moment, je me décidai donc à acheter mon billet et à partir avec elle. Il ne me resta que cinquante cents. Une fois mon billet pris, et à peine assise, oh ! comme Satan m’assaillit ! Il me dit : « Jusqu’à présent tu avançais, et le Seigneur t’a conduite tout le long du chemin. Mais maintenant, tu es sortie des mains du Seigneur. Tu es tombée entre les mains de Mme Clark. C’est elle qui te conduit à présent. »
Oh ! je me sentis affreusement mal. J’aurais voulu ne pas avoir rencontré Mme Clark. J’aurais voulu ne pas être montée sur le bateau. Oh ! penser que le Seigneur m’avait tant bénie, et que maintenant j’étais sortie tout droit de ses mains pour tomber dans celles d’une femme ! Je ne pense pas que sœur Clark ait jamais su à quel point je me sentais mal. J’en aurais pleuré.
Après avoir marché un peu de long en large, je dis à Mme Clark : « J’ai l’adresse de Mlle Sarah Clapp. »
Elle habitait rue Winter, à Boston. Je l’avais rencontrée au camp-meeting de Round Lake ; elle m’avait donné cette adresse et m’avait dit que, si jamais je venais à Boston, il fallait que je passe la voir. Je dis donc : « Je crois que je vais aller voir Mlle Clapp. »
« Très bien, dit-elle, je resterai ici à garder les bagages. Surtout, soyez de retour à temps. »
« Oui », dis-je.
Je sortis donc, pris le tramway et me rendis chez Mlle Clapp. Comme elle fut heureuse de me voir ! Elle avait reçu la bénédiction au
camp-meeting de Round Lake, et elle louait le Seigneur et racontait combien le Seigneur l’avait gardée merveilleusement, et comment elle avait avancé depuis son retour à Boston. Elle me servit une collation. Nous chantâmes et fîmes une petite prière ensemble, puis elle m’apporta quelque chose et me dit : « Je veux que vous preniez ceci. Le Seigneur veut que je vous le donne. Mais il ne faut pas que vous le regardiez avant d’être dans le train. »
Eh bien, je ne tenais plus en place, tant je voulais voir ce que c’était. Elle envoya une petite fille avec moi pour me mettre dans le bon tramway, celui qui me mènerait tout droit à la gare. Oh ! comme j’avais envie de regarder ce qu’elle m’avait donné ! Mais elle m’avait fait promettre de ne pas le regarder, et je ne le fis donc pas. Quand enfin je le regardai, ô surprise, c’était un billet de cinq dollars ! Encore un triomphe pour Jésus.
Nous arrivâmes à Kennebunk à neuf heures du soir. Sœur Clark avait des amis qui l’attendaient ; ils vinrent donc la chercher à la gare. Naturellement, quand nous arrivâmes sur le terrain, la réunion était terminée, et tout le monde était dans les tentes. J’eus la compagnie de sœur Clark et de son amie jusqu’à l’estrade, ou auditorium. Alors sœur Clark me dit : « Sœur Smith, qu’allez-vous faire ? »
« Je ne sais pas. »
La dame qui était avec elle dit : « Je voudrais bien avoir de la place pour vous, madame Smith, je vous recevrais. Mais vraiment, je n’ai de place que pour sœur Clark. »
« Si je pouvais trouver la tente d’hébergement, dis-je, je pourrais demander s’il y aurait une place pour moi pour la nuit. »
Mais elle dit qu’elle ne savait vraiment pas où m’envoyer. L’homme posa donc ma malle par terre, et je m’assis au bout d’un long banc, à côté. Il n’y avait qu’une ou deux lumières allumées.
« Eh bien, me dit le diable, si tu avais pris le bateau comme tu en avais d’abord eu l’idée, et si tu n’avais pas suivi sœur Clark, tu serais arrivée ici en plein jour, et cela aurait beaucoup mieux valu. Et puis, en plus, tu aurais peut-être pu faire une bonne œuvre pour Dieu sur le bateau. Tout cela est bien beau pour Mme Clark. Elle avait des amis qui l’attendaient. Mais ici, personne ne te connaît. » « C’est vrai, dis-je, et je regrette tant de ne pas avoir pris le bateau. »
On aurait pu croire qu’il s’intéressait prodigieusement aux pauvres pécheurs du bateau. Quel dommage que je ne sois pas allée parler à ces gens, comme il le disait ! Oh ! comme ses suggestions sont subtiles ! Comme il aime vous tourmenter avec ce que vous auriez pu faire, surtout une fois l’occasion passée ! Il le fait pour que votre regard se
tourne vers une erreur, ou vers la tristesse de votre cœur parce que vous avez commis une erreur ; et combien de pauvres âmes il réduit en servitude justement à cet endroit-là ! J’étais assise là, et dans mon cœur je pleurais. Mais, je ne sais comment, je sentais que j’avais eu raison de venir. Je dis donc : « Seigneur, aide-moi à apprendre la leçon. Je suppose qu’il va falloir que je dorme sous l’estrade. »
Je me mis donc à combiner en moi-même de quel côté je poserais la tête. Il y avait sous l’estrade un grand tas de feuilles et un peu de paille, qu’on gardait au sec au cas où il pleuvrait. Mon lit imaginaire fut donc fait. Puis je pensai : « Je me demande s’il y a des cochons par ici, et s’ils viendraient me déranger. »
Alors je commençai à avoir un peu peur, et je dis : « Seigneur, aide-moi, et, je t’en prie, envoie-moi quelqu’un. »
J’avais à peine prononcé ces mots que je vis une porte s’ouvrir tout là-haut, dans la partie supérieure du terrain ; un homme sortit et marcha jusqu’à l’endroit où j’étais assise. Un instant plus tard sortit une sœur. Elle dit : « Frère M., où allez-vous ? »
« Oh ! dit-il, je crois que je vois quelqu’un par ici ! alors je regarde un peu. »
À ce moment-là, il était tout près de moi. « Comment, est-ce Amanda Smith ? »
« Oui », dis-je.
« Sœur A., appela-t-il, voici sœur Amanda Smith. Gloire au Seigneur ! Oh ! maintenant je vois pourquoi le Seigneur m’a envoyé dehors. Je n’avais rien de particulier à faire, mais il me semblait qu’il fallait que je descende jusqu’ici pour regarder un peu. Gloire au Seigneur ! »
Nous eûmes un vrai moment de louange. Ils m’emmenèrent, avec armes et bagages, à la tente. C’était une grande tente de société, et plusieurs familles y logeaient ensemble. Ils avaient un grand étage, et ils dirent qu’ils pouvaient en tout cas me loger pour la nuit. J’étais si reconnaissante ! J’eus un lit superbe, et je fus si bien. Le matin, quand ils furent tous descendus, je me mis à genoux et je dis : « Maintenant, Seigneur, cela semble être l’endroit même où tu veux que je reste. Mais ils ont dit qu’ils ne pouvaient me loger que pour cette nuit. Eh bien, si tu veux que je reste ici, fais qu’ils me demandent de rester quand je descendrai. Amen. »
Le matin, je me levai et je descendis. Nous eûmes le culte de famille. Quel moment nous eûmes ! En ce temps-là, il n’était pas étrange qu’un baptême de l’Esprit tombe sur nous pendant le culte de famille, tandis que nous louions le Seigneur.
Quand le petit déjeuner fut fini, je dis : « Maintenant, pouvez-vous me dire où se trouve le bureau où je peux aller me renseigner pour avoir une tente, et un peu de paille pour garnir ma paillasse et mon oreiller ? »
« Oh ! vous ne vous en allez pas, n’est-ce pas ? »
« Eh bien, vous savez que vous deviez seulement me loger jusqu’au matin, puisque j’étais dehors hier soir. »
« Eh bien, avez-vous été bien là où vous avez dormi cette nuit ? »
« Oh ! oui. »
« Très bien. Restez donc où vous êtes. »
Oh ! comme je louai le Seigneur pour sa bonté, Et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme ! Pas étonnant que Job ait dit : « Ce sont là les bords de ses voies. » Alléluia !
Il faut que je parle ici de l’aide que m’apporta sœur Clark, alors que j’étais fortement tentée parce que les gens me dévisageaient, me suivaient d’un endroit à l’autre et ne faisaient que me fixer des yeux.
Dans cette épreuve, j’appris le sens des versets trente-deux et trente-trois du dixième chapitre de l’épître aux Hébreux.
C’était un dimanche. Il y avait eu une grande foule toute la journée, et partout où j’allais, une foule me suivait. Si j’entrais dans une tente, ils l’entouraient et restaient là jusqu’à ce que j’en sorte, puis ils me suivaient. Quelquefois je me glissais dans une tente pour leur échapper. Alors je les voyais jeter un coup d’œil à l’intérieur, et s’ils m’apercevaient, ils disaient : « Oh ! voici la femme de couleur. Regardez ! » Et puis la ruée ! Après le repas de midi, je réussis donc à m’échapper. J’entrai dans la tente d’une amie et lui dis : « Laissez-moi m’étendre ici un petit moment, à l’abri des regards. »
« Oui, dit-elle, les gens n’ont pas l’air d’avoir la moindre éducation. Je n’ai jamais rien vu de pareil. »
Je me couchai donc par terre, sous le pied du lit, et je les voyais passer et les entendais dire : « Où est-elle, la femme de couleur ? »
« Je ne sais pas, mais je crois qu’elle est là-dedans », disait quelqu’un. Mais je ne bougeai pas. Vers cinq heures, les gens commencèrent à quitter le terrain. Vers six heures, je sortis donc et descendis à la source. Je rencontrai sœur Clark. Elle me dit : « Sœur Smith, avez-vous soupé ? »
« Non, dis-je, j’ai quelque chose qui ne va pas. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Les gens m’ont suivie toute la journée et m’ont dévisagée. Je ne sais pourquoi, je me sens si mal et si mal à l’aise. »
« Eh bien, dit-elle en riant, ne savez-vous pas que la Bible dit : “Vous devez être exposés comme en spectacle” ? »
« Non, dis-je ; est-ce que c’est dans la Bible ? »
« Oui. »
« Très bien ; alors je peux régler la question. »
Elle s’en alla souper à la salle à manger, et moi je descendis toute seule dans les bois, et là je vidai l’affaire. Je dis au Seigneur combien je m’étais sentie mesquine parce que les gens m’avaient regardée. Je priai : « Aide-moi à rejeter ce sentiment mesquin, et donne-moi la grâce d’être exposée en spectacle. » Et après avoir prié, je restai à genoux à repasser tout cela dans mon esprit. Tout à coup, une pensée me vint : « L’autre jour, quand tu rapportais le linge, tu as vu une foule arrêtée devant une vitrine de Broadway, à New York, en train de regarder un tableau. »
« Oui. »
« Et tu t’es approchée avec la foule, et tu l’as regardé, toi aussi. »
« Oui. »
« Tu as entendu les remarques des gens, ceux qui approuvaient et ceux qui désapprouvaient. »
« Oui », dis-je.
« Ce tableau a-t-il dit quelque chose ? »
« Non. »
« Est-ce que cela a nui à sa beauté ? »
« Non, Seigneur ; je comprends. »
Je me relevai et regagnai la tente au pas de course. Je louai le Seigneur. Je ris, je pleurai et je poussai des cris de joie. C’était si simple, et pourtant si réel. Le lendemain matin, à la réunion de huit heures, je me levai et m’écriai : « J’ai remporté la victoire ! Venez tous me regarder ! Gloire au Seigneur ! »
J’étais libre comme un oiseau.
« Quel merveilleux Sauveur que Jésus, mon Jésus,
Quel merveilleux Sauveur que Jésus, mon Seigneur ! »
À ce même camp-meeting, le Seigneur guérit de ses préjugés un bon vieux frère, Jacob C. C’était un homme aisé, qui avait vécu toute sa vie dans le Maine. Il disait qu’il n’avait jamais vu beaucoup de gens de couleur, et qu’il n’avait jamais tenu à avoir affaire à eux quand il pouvait l’éviter. S’il avait une affaire à traiter avec eux, il la réglait toujours aussi vite que possible et s’en allait. Aussi, maintenant qu’il me voyait aller et venir dans les réunions, il en était fort troublé.
Mais il sentait pourtant qu’il avait besoin de la bénédiction, et il était venu au camp-meeting dans ce but. Chaque fois qu’on invitait à s’avancer ceux qui désiraient un cœur pur, il allait en avant et s’agenouillait. Mais la femme noire était à chaque réunion ; elle chantait, ou priait, ou rendait témoignage. Il ne pouvait pas avancer. Et puis le Saint-Esprit lui avait montré la sale habitude du tabac, et il pensait qu’il ne pourrait jamais y renoncer. Il en usait depuis l’âge de dix ans, et il en avait alors environ soixante. Il disait que, durant toutes ces années, il ne s’en était jamais passé un seul jour ; et s’il n’avait pas réussi à s’en procurer le samedi, il entrait dans une pharmacie le dimanche matin, en se rendant à l’église, pour en acheter, et le payait le lundi. Quel esclave ! Il était conducteur de classe, et il disait sentir qu’il avait besoin d’être un peu remis en ordre.
C’est bien ce qui lui arriva, je dois dire. Un matin, sous une puissante prédication du pasteur B. F. Pomeroy, de la conférence de Troy, il fut amené à faire un abandon total de lui-même. Quand frère Pomeroy les invita à s’avancer, cet homme y alla. Une heure ou deux auparavant, en priant dans les bois, il avait remporté la victoire sur ses préjugés envers moi. Mais le tabac tenait bon. Il l’avait dans la bouche, et quand il s’agenouilla là, l’Esprit lui dit : « Peux-tu renoncer à ce tabac ? » Et je le vis creuser un trou dans la paille et les feuilles, retirer le tabac de sa bouche, l’y déposer, le recouvrir et se mettre dessus à genoux ! Il ne fallut pas longtemps pour que le Seigneur répande dans son cœur la bénédiction du plein salut. Ma foi ! comme il poussa des cris de joie !
Ce fut une réunion merveilleuse, cet après-midi-là. La première chose qu’il vit, dit-il, quand il se releva et se remit debout, ce fut la femme de couleur, debout sur un banc, les deux mains levées, en train de chanter : « Tout ce que je veux, c’est un peu plus de foi en Jésus. » Et il dit que la moindre trace de préjugé avait disparu, que l’amour de Dieu était dans son cœur, et qu’il me trouvait tout simplement belle !
Je le revis l’année suivante, et il était toujours sauvé. Il s’assit à côté de moi à table, dans la salle à manger, me donna deux dollars et me dit que l’année écoulée avait été la meilleure de sa vie. Oh ! comme il était heureux ! Que Dieu le bénisse. Amen.
Je crois que c’était le 21 juin 1871. Je me souviens du grand accident de chemin de fer de Revier. J’étais arrivée à Boston de Martha’s Vineyard. Je tenais à prendre le train de cinq heures du soir. Il quittait Boston et s’arrêtait à Hamilton vers sept heures. Le train suivant ne partait qu’à sept heures et demie, et n’arriverait au camp-
meeting que vers neuf heures ; et comme je n’y étais jamais allée, je tenais à y arriver aussi tôt que possible. Mais l’homme que j’avais chargé de ma malle était en retard, et juste au moment où j’entrais dans la gare, le train s’ébranlait.
« Oh, mon Dieu ! dis-je, je voulais prendre ce train. » Le porteur dit : « Il est trop tard maintenant. »
« Quand partira le prochain pour le camp-meeting ? »
« À sept heures et demie, dit-il, et il arrivera vers neuf heures. »
« Oh, dis-je, comme je regrette ! J’ai écrit que je serais dans ce train-là. »
Il y avait là un certain nombre de personnes venues dire au revoir à des êtres chers, parents, enfants et amis ; et tandis que le train s’éloignait, on agitait des mouchoirs, on envoyait des baisers, on disait le dernier adieu, et le train sortit de la gare ; et moi, j’avais envie de pleurer, tant j’étais déçue. Mais cette déception me sauva la vie. Nous quittâmes Boston par le train suivant, une joyeuse compagnie de gens du camp-meeting. Un certain nombre n’y allaient que pour le sabbat. Je rencontrai plusieurs amis qui me connaissaient, et nous chantâmes un peu dans le train ; et je me sentais contente et heureuse, après toute ma déception. Nous allions à toute vitesse, et tout à coup le train s’arrêta brusquement. Nous continuâmes à chanter en attendant qu’il reparte. Nous ne savions pas ce qui n’allait pas. Une demi-heure passa ; nous n’avancions toujours pas. Quelques-uns des hommes sortirent, et nous pensions qu’à leur retour nous saurions ce qui se passait. Une autre demi-heure s’écoula, et ils ne revenaient pas. Alors quelques femmes dirent : « Allons voir. » Plusieurs d’entre nous descendirent donc, marchèrent le long de la voie et rencontrèrent quelques personnes qui venaient en sens inverse et qui nous dirent qu’il y avait eu un grand accident à Revier. Notre train s’était arrêté à environ un mille de là, en deçà de l’endroit où l’accident avait eu lieu.
Avec plusieurs autres, je marchai jusqu’au lieu du désastre ; et à mesure que nous approchions, le feu grondait, et les appels au secours et les gémissements des mourants et des blessés étaient quelque chose d’indescriptible. Revier n’était qu’une petite halte ; il n’y avait pas de pharmacie, ni de maisons où trouver du secours. On enleva les portes des quelques maisons qui se trouvaient alentour, et les volets, et tout ce sur quoi on pouvait mettre la main. Les uns étaient ébouillantés, d’autres brûlés, d’autres avaient des membres brisés ; et nous étions impuissants ; nous n’avions rien. Je ne pouvais que pleurer et prier. Je pensai à la bonté du Seigneur, qui n’avait pas permis que l’homme apporte ma malle à temps ; et alors les paroles de ce psaume me revinrent à l’esprit avec beaucoup de force : « Que mille tombent à ton côté, Et dix mille à ta
droite, Tu ne seras pas atteint. » Oh ! comme je louai mon Père plein d’amour, Dieu !
On réussit tant bien que mal à dégager la voie, et notre train put continuer. Nous arrivâmes au terrain du camp entre minuit et une heure du matin. Le dimanche fut un jour triste ; bien que beaucoup de ceux qui étaient sur le terrain ne sussent rien de l’accident, il sembla pourtant jeter une ombre. Mais le Seigneur était avec nous et nous aida. Comme je me souviens bien de quelques-uns de ces chers amis ! Je logeais chez Mme James Musso, dans leur jolie petite maison. Quelles belles réunions nous eûmes ! Je me souviens de Mme McGee, de Boston, et du vieux père Waite, d’Ipswich. Un jour, en entrant sous la tente qui servait de salle à manger, il me présenta aux gens comme le « Quinzième Amendement ». C’était la première fois que j’entendais parler de cette loi. Je me souviens aussi du père Snow, de Boston, de Sarah et de Laura Clapp, de la chère Beenie Hamilton, et de la merveilleuse réunion sous la tente. Elle me demanda de l’accompagner à une petite réunion tranquille dans une maisonnette. Ce ne devait pas être une grande réunion ; seulement quelques âmes affamées qui désiraient particulièrement de l’aide. La réunion ne devait durer qu’une heure ; mais nous ne la terminâmes pas, de deux heures et demie jusqu’à six heures, et même alors nous eûmes peine à la clore ; et si jamais j’ai vu Dieu prendre une réunion en main et la diriger, ce fut cet après-midi-là. Plus d’une vingtaine d’âmes furent entraînées dans la fontaine de purification. Certaines personnes furent convaincues de péché sur place, en vue du pardon ou de la pureté, se soumirent à Dieu, et Dieu les sauva. Ce fut vraiment l’accomplissement de cette parole : « Frappez, et l’on vous ouvrira ; cherchez, et vous trouverez ; demandez, et l’on vous donnera ; car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. » La plupart du temps, je restai debout à exhorter, à chanter, à parler et à prier. Quand je sortis pour rentrer chez moi, je pouvais à peine marcher. J’étais complètement épuisée. Je pris une tasse de thé, m’étendis un moment, et fus prête pour une nouvelle bataille rangée. Gloire à Dieu !
C’étaient des jours merveilleux. On ne voit plus les choses de cette manière aujourd’hui. Oh ! comme nous avons besoin de la puissance du Saint-Esprit, de cette puissance qu’ils eurent à la Pentecôte !
« C’est pendant qu’ils priaient tous,
C’est pendant qu’ils priaient tous,
C’est pendant qu’ils priaient tous
Et croyaient qu’elle viendrait,
Que vint la puissance, la puissance,
Que vint la puissance que Jésus avait promis d’envoyer d’en haut. »
Un jour, peu avant la clôture du camp-meeting, le révérend Dr Cushman, qui était alors directeur du Séminaire de jeunes filles d’Auburndale, Mass., vint me trouver et me dit : « Sœur Smith, êtes-vous jamais allée à Lindenville, Vt. ? » Je répondis : « Non. »
« Eh bien, reprit-il, c’est chez moi, ou pas loin de là. Notre camp-meeting commence tel jour (et il me nomma le jour), et je crois que le Seigneur voudrait que vous alliez à cette réunion. Je pense que vous nous feriez du bien. Il faut que je parte ce soir, continua-t-il, ou demain matin, mais je vous donnerai les indications pour venir. » Je dis donc au Seigneur que, s’il voulait que j’aille à Lindenville et s’il me donnait l’argent, je prendrais cela comme une indication de sa volonté. Et l’argent arriva sans faute.
Le mardi matin, je crois, je me mis en route. Je ne pris pas le temps de prendre mon petit déjeuner ; je pensais attendre d’être arrivée. Je quittai Hamilton vers six heures du matin pour Boston, afin de prendre un train aussi matinal que possible. Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait le Vermont, et encore moins Lindenville. J’étais verte comme un petit pois ! Je n’avais jamais fait de long voyage, et aller de New York à Boston, puis à Martha’s Vineyard, était la plus grande chose que j’eusse jamais faite. Je comptais arriver à Lindenville vers dix heures du matin. Arrivée à la gare de Boston, j’allai au guichet et demandai un billet pour Lindenville, Vt. L’homme dit : « Vous n’aurez pas le temps de prendre un billet ; le train est en train de partir. » Je me retournai et dis à l’homme : « Mettez ma malle dedans, vite ! »
Il l’y lança, et je montai. Je crois que c’était le train de huit heures quinze du matin. Quand le contrôleur passa, je lui dis que je n’avais pas eu le temps de prendre un billet, et je lui payai donc ce qu’il me demanda. Je lui dis : « Je n’ai pas fait enregistrer ma malle ; voulez-vous, s’il vous plaît, regarder dans le fourgon à bagages et me dire si vous voyez telle malle ? » et je lui décrivis la malle de mon mieux. Au bout d’un moment, il repassa et me dit : « Madame, il y a tant de bagages entassés que je ne peux pas dire au juste, mais d’après la description que vous m’en donnez, je pense qu’elle y est ; tout ira bien. » J’étais donc contente. Dix heures arrivèrent, et je n’étais pas à Lindenville. Onze heures — midi — pas encore. Alors je commençai à avoir faim. Je ne voyais aucun endroit où je pourrais me procurer ne serait-ce qu’une pomme. Puis je me demandai si je ne m’étais pas trompée, après tout. Le diable pensa alors que c’était son heure, et il m’assaillit avec violence :
« Tu ne sais même pas si tu es dans le bon train. »
« Non, dis-je, je ne le sais pas. »
« Tu n’aurais pas dû partir sans prendre de billet. »
« Non, dis-je, je suppose que non. » Puis je pensai : « Pourtant, j’ai demandé au Seigneur ce qu’il en était » ; et alors il dit : « Tu as prié, mais tu n’as pas assez prié. »
« Peut-être que non », pensai-je.
Alors un monsieur monta ; il avait l’air très aimable, et je pensai lui demander si j’étais dans le bon train pour Lindenville, Vt. J’allai donc vers lui et lui dis : « Excusez-moi, monsieur, mais je voudrais vous demander si c’est bien le train qui va à Lindenville, Vt. ? »
Il répondit très sèchement : « Je ne sais pas. » Alors tout le monde sembla me regarder. Tous ces gens me paraissaient si étranges. Il me semblait n’avoir jamais vu cette sorte de gens auparavant. Et eux avaient l’air de ne pas avoir vu beaucoup de gens de mon espèce ! Ma foi ! comme ils me dévisageaient ! Au bout d’un moment, une dame monta, et je pensai lui poser la question. Je lui dis : « Madame, voudriez-vous me dire si ce train va à Lindenville, Vt. ? »
Elle se redressa et dit : « Je ne sais pas. » Alors je pensai demander au contrôleur, mais il passa en coup de vent, si pressé que je ne pus lui demander. Alors le diable dit : « Tu crois que le Seigneur voulait que tu ailles à Lindenville, Vt. ; mais si le Seigneur voulait que tu y ailles, quelqu’un saurait si tu es dans le bon train et pourrait te le dire. » Et je pensai : « Oui, c’est vrai ; il semble bien que oui. » Et imaginez ma surprise : je n’arrivai à Lindenville, Vt., qu’à six heures du soir ! Mais vers quatre heures de l’après-midi, nous nous arrêtâmes à une gare, et le pasteur Luce monta avec sa femme et ses enfants ; ils m’aperçurent, et frère Luce s’approcha et dit : « Comment, Amanda Smith, où allez-vous donc ? »
« À Lindenville, Vt., monsieur. »
« Eh bien, dit-il, nous allons jusqu’à St. Johnsville. Puis nous monterons à Lindenville dimanche pour le camp-meeting. »
J’étais si contente ! Puis il me demanda si j’avais mangé quelque chose. Je lui dis que non, et ils me donnèrent une collation, et cela me fit du bien.
Quand nous arrivâmes à Lindenville, le Dr Cushan était là ; il vint me chercher à la gare et chercha ma malle partout ; mais il ne put la trouver ; il n’y avait là aucune malle de ce genre. Et je dus rester avec les seuls vêtements que j’avais sur moi et dans lesquels j’avais voyagé, jusqu’au samedi suivant.
Eh bien, nous allâmes au camp-meeting de Lindenville. Nous eûmes de bons moments. Le Seigneur me bénit très abondamment. C’était très primitif, mais les gens étaient très chaleureux et très bons.
Je me souviens que le pasteur McCann était l’ancien président du district et avait la direction de la réunion. Je n’oublierai jamais la leçon qu’il me fit le matin de mon départ. Il avait grand-peur que je ne me gâte ; et je me rappelle que, tandis que j’étais assise devant lui, il me fit sa recommandation avec véhémence, en racontant des cas où l’on avait fait grand cas de gens de couleur, et comment ils étaient ensuite tombés, comment ils s’étaient gâtés, quel effet cela avait eu sur eux, et quel tort cela avait fait à leur influence. Je souriais, et il poursuivait sa recommandation. Les gens me plaignaient de sa grande sollicitude, et moi je sentais que sa peine était perdue. J’étais assise là, dans l’assemblée, et c’étaient ses paroles d’adieu, car le camp-meeting avait pris fin ce matin-là. Je ne savais pas s’il fallait rester pour un autre camp-meeting, ou partir. Certains riaient, d’autres semblaient désolés ; je ne savais que faire ; mais je priai de toutes mes forces. Et le Seigneur me garda, et aucune de ces choses ne m’est arrivée. Comme je le loue !
Le samedi, nous allâmes à Boston. Le Dr Cushan alla au magasin et m’acheta quelques affaires pour m’aider à passer le dimanche. Je fus reçue chez le Dr Hopkins, d’Auburndale. Je parlai plusieurs fois le dimanche. Le dimanche soir, nous eûmes une réunion très précieuse à l’église méthodiste ; si bien que je rentrai le cœur réconforté, quoique sans malle. Je montai à ma chambre, et juste au moment où je me préparais à me coucher, je me dis : « Il faut que je fasse une prière toute spéciale pour ma malle. » Je m’agenouillai donc pour prier, et les paroles de Jean 15:7 me revinrent avec force à l’esprit : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » Et je dis : « Maintenant, Seigneur, voici ta parole ; et, autant que je sache, je crois que je demeure en toi, et que ta parole demeure en moi. Et maintenant, Seigneur, je vais te parler de ma malle. Accorde-moi cette requête : que demain, ou bien je retrouve ma malle, ou bien j’en aie des nouvelles. »
Alors ces paroles me vinrent : « Si tu peux croire, toutes choses sont possibles à ceux qui croient. » Et je dis : « Seigneur, je crois que je retrouverai ma malle demain. »
Juste à ce moment, Satan dit, distinctement : « Cette malle a disparu depuis une semaine ; tu l’as cherchée partout ; le Dr Cushan, le Dr Hopkins et d’autres amis l’ont cherchée ; tu as envoyé des télégrammes, et tu n’en as pas eu la moindre nouvelle ; et
maintenant, dire que tu crois la retrouver demain, c’est de la présomption ; et quand les gens sont sanctifiés et non présomptueux, ils ne disent jamais rien avant de le savoir. »
Et alors je commençai à prendre un peu peur. Je dis : « Oh, Seigneur, tu sais que je ne veux pas être présomptueuse. Mais, je ne sais comment, je crois que je retrouverai ma malle demain » ; et chaque fois que je disais à Dieu « Je crois », il me semblait que ma foi en était fortifiée, et une douce assurance et une paix descendaient sur mon esprit, qui ne venaient pas quand la moindre ombre de doute essayait d’entrer dans mon cœur. Mais le Tentateur me harcelait. Oh ! comme il me harcelait ! Je me relevai, allai à la petite table dans le coin, et dis : « Seigneur, donne-moi quelque parole pour m’aider. » Puis j’ouvris ma Bible, et mes yeux tombèrent sur ces mots : « Une génération tortueuse et perverse demande un signe, et il ne lui sera point donné de signe » ; et je fermai le livre et dis : « Seigneur, je ne veux aucun signe. Je crois que je retrouverai ma malle demain. » Alors Satan sembla me laisser, et je me couchai en paix. Je crus Dieu toute la nuit.
Le matin, la première chose qui me vint à l’esprit fut la pensée de ma malle, et je dis : « Seigneur, je crois que je retrouverai ma malle aujourd’hui. »
Je n’en dis rien à personne. Je gardai simplement la chose devant le Seigneur. Je descendis prendre le petit déjeuner. Le Dr Hopkins était un monsieur si bon. Il lut la Bible pour le culte de famille, puis il s’agenouilla pour prier et parla au Seigneur de ma malle avec tant de ferveur. Je ne lui dis rien de ce que j’avais cru là-haut. Au petit déjeuner, il dit : « Sœur Smith, nous irons en ville ce matin faire une nouvelle recherche pour votre malle. » C’était le mardi matin. On avait cherché partout le lundi, sans aucune nouvelle.
Quand le petit déjeuner fut terminé, lui et moi partîmes pour Boston. Il me dit : « Maintenant, sœur Smith, vous pouvez aller chez Mlle Clapp, et moi j’irai à la consigne demander s’ils ont appris quelque chose au sujet de votre malle. »
J’allai donc chez Mlle Clapp, 19, rue Winter. Elle était occupée dans la pièce de devant, et elle me dit de m’asseoir au salon. Je le fis. Au bout d’un moment, elle m’appela et me dit : « Sœur Smith, avez-vous appris quelque chose au sujet de votre malle ? »
« Non », dis-je.
Alors, d’une manière très aimable, elle me dit : « Eh bien, je ne sais pourquoi, je crois que vous la retrouverez. J’ai perdu une valise une fois ; elle a disparu pendant trois mois, mais je l’ai récupérée sans faute. »
Je me dis en moi-même : « Trois mois, vraiment ! Je ne peux pas attendre trois mois ; c’est maintenant que je veux ma malle. » Pourtant je ne lui dis pas comment j’avais cru Dieu. Assise dans le fauteuil, je renversai la tête en arrière et me mis à chanter ce petit cantique, que Dieu avait si merveilleusement béni pour tant d’âmes :
« Tout ce que je veux, tout ce que je veux, tout ce que je veux,
C’est un peu plus de foi en Jésus. »
Je chantai deux strophes ; et comme je reprenais le refrain de la dernière strophe, on frappa à la porte ; et comme Mlle Clapp n’était pas dans la pièce, je me levai et allai ouvrir ; et quand j’ouvris, je vis là un grand gaillard d’Irlandais, d’environ six pieds de haut, avec ma malle. Et tout en la roulant à l’intérieur, il dit : « Voici une malle pour Amanda Smith » ; et moi je m’écriai : « Gloire au Seigneur ! » et il eut l’air d’avoir peur. Il fit entrer la malle et recula, et je lui dis : « N’ayez pas peur ; je ne fais que croire Dieu. C’est tout. Gloire ! » Et il dévala l’escalier, et je ne l’ai jamais revu depuis !
Oh ! comme Satan essaya de m’arracher ma foi ! Mais Dieu se tint à mes côtés comme il se tint aux côtés de Josué ; en sorte que, lorsque le Tentateur vient comme un fleuve, le Seigneur dresse contre lui un étendard. « Ne crains point. Fortifie-toi et prends courage. Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? » Amen. Amen.
Chapitre 16 terminé
Le camp-meeting de Kennebunk