Toutes choses concourent au bien
L’appel efficace

Chapitre 9 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

L’appel efficace

LA seconde qualité des personnes à qui appartient le privilège de notre texte, c’est qu’elles sont les appelés de Dieu. Toutes choses concourent au bien « de ceux qui sont appelés. » Bien que ce mot appelés vienne, dans l’ordre du texte, après l’amour de Dieu, il le précède pourtant dans l’ordre de la nature. L’amour est nommé le premier, mais il n’est pas produit le premier : il faut que nous soyons appelés de Dieu avant de pouvoir aimer Dieu.

L’appel est présenté (Romains 8:30) comme le maillon central de la chaîne d’or du salut. Il est placé entre la prédestination et la glorification ; et si nous tenons fermement ce maillon du milieu, nous sommes assurés des deux autres extrémités de la chaîne. Pour éclairer davantage ce point, il y a six choses à considérer.

1. Une distinction touchant l’appel. Il y a un double appel.

(i.) Il y a un appel extérieur, qui n’est rien d’autre que l’offre bénie de la grâce que Dieu fait dans l’Évangile, ses pourparlers avec les pécheurs, lorsqu’il les invite à entrer et à accepter sa miséricorde. C’est de cet appel que parle notre Sauveur : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Matthieu 20:16). Cet appel extérieur ne suffit pas au salut, mais il suffit à rendre les hommes inexcusables.

(ii.) Il y a un appel intérieur, lorsque Dieu subjugue merveilleusement le cœur et attire la volonté à embrasser Christ. C’est, comme le dit Augustin, un appel efficace. Par l’appel extérieur, Dieu sonne de la trompette à l’oreille ; par l’appel intérieur, il ouvre le cœur, comme il ouvrit celui de Lydie (Actes 16:14). L’appel extérieur peut amener les hommes à faire profession de Christ ; l’appel intérieur les amène à posséder Christ. L’appel extérieur met un frein au pécheur ; l’appel intérieur le change.

2. Notre déplorable condition avant que nous soyons appelés.

(i.) Nous sommes dans un état de servitude. Avant que Dieu appelle un homme, celui-ci est aux ordres du diable. S’il lui dit : Va, il va ; le pécheur abusé est comme l’esclave qui creuse dans la mine, taille la pierre dans la carrière ou tire sur la rame. Il est aux ordres de Satan, comme l’âne est aux ordres de son conducteur.

(ii.) Nous sommes dans un état de ténèbres. « Autrefois vous étiez ténèbres » (Éphésiens 5:8). Les ténèbres sont pleines de désolation. Un homme dans l’obscurité est rempli de crainte ; il tremble à chaque pas qu’il fait. Les ténèbres sont dangereuses. Celui qui est dans l’obscurité peut vite s’écarter du droit chemin et tomber dans des rivières ou des tourbillons ; ainsi, dans les ténèbres de l’ignorance, nous pouvons vite tomber dans le gouffre de l’enfer.

(iii.) Nous sommes dans un état d’impuissance. « Lorsque nous étions encore sans force » (Romains 5:6). Aucune force pour résister à une tentation, ni pour lutter contre une corruption ; le péché a coupé la chevelure où résidait notre force (Juges 16:20). Bien plus, il n’y a pas seulement de l’impuissance, mais de l’obstination : « Vous vous opposez toujours au Saint-Esprit » (Actes 7:51). Outre l’indisposition au bien, il y a de l’opposition.

(iv.) Nous sommes dans un état de souillure. « Je t’ai vue souillée dans ton sang » (Ézéchiel 16:6). L’imagination frappe des pensées terrestres comme une monnaie ; le cœur est la forge du diable, où volent les étincelles de la convoitise.

(v.) Nous sommes dans un état de condamnation. Nous naissons sous la malédiction. La colère de Dieu demeure sur nous (Jean 3:36). Telle est notre condition avant qu’il plaise à Dieu, par un appel miséricordieux, de nous rapprocher de lui et de nous délivrer de la misère où nous étions auparavant engloutis.

3. Les moyens de notre appel efficace. Le moyen ordinaire dont le Seigneur se sert pour nous appeler n’est pas fait de ravissements et de révélations, mais c’est :

(i.) Sa Parole, qui est « le sceptre de sa puissance » (Psaume 110:2). La voix de la Parole est l’appel que Dieu nous adresse ; c’est pourquoi il est dit qu’il nous parle du haut des cieux (Hébreux 12:25), c’est-à-dire dans le ministère de la Parole. Quand la Parole nous appelle à quitter le péché, c’est comme si nous entendions une voix venue du ciel.

(ii.) Son Esprit. C’est là l’appel puissant. La Parole est la cause instrumentale de notre conversion, l’Esprit en est la cause efficiente. Les ministres de Dieu ne sont que les tuyaux et les orgues ; c’est l’Esprit soufflant en eux qui change efficacement le cœur. « Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole » (Actes 10:44). Ce n’est pas l’application du laboureur à labourer et à semer qui rendra la terre féconde, sans la pluie de la première et de l’arrière-saison. De même, ce n’est pas la semence de la Parole qui convertira efficacement, à moins que l’Esprit ne déploie sa douce influence et ne tombe goutte à goutte, comme la pluie, sur le cœur. Il faut donc implorer le secours de l’Esprit de Dieu, afin qu’il fasse entendre sa voix puissante et nous réveille du tombeau de l’incrédulité. Qu’un homme frappe à une porte d’airain, elle ne s’ouvrira pas ; mais qu’il vienne la clef à la main, elle s’ouvrira. Ainsi, quand Dieu, qui tient en sa main la clef de David (Apocalypse 3:7), arrive, il ouvre le cœur, si fermement qu’il soit verrouillé contre lui.

4. La méthode que Dieu suit pour appeler les pécheurs.

Le Seigneur ne se lie pas à une manière particulière et ne suit pas le même ordre avec tous. Il vient parfois dans un murmure doux et léger. Ceux qui ont eu des parents pieux et qui ont grandi sous le chaud soleil d’une éducation chrétienne ne savent souvent ni comment ni quand ils ont été appelés. Le Seigneur a fait couler dans leur cœur la grâce, secrètement et peu à peu, comme la rosée tombe goutte à goutte sans qu’on la remarque. Ils savent, par les effets célestes, qu’ils sont appelés, mais le moment ou la manière, ils l’ignorent. L’aiguille avance sur le cadran, mais ils ne s’aperçoivent pas du moment où elle bouge.

Ainsi Dieu agit-il avec certains. D’autres sont des pécheurs plus rétifs et plus noueux, et Dieu vient à eux dans un vent violent. Il enfonce davantage les coins de la loi pour briser leur cœur ; il les humilie profondément et leur montre qu’ils sont perdus sans Christ. Puis, ayant défriché par l’humiliation la terre en jachère de leur cœur, il y sème la semence de la consolation. Il leur présente Christ et la miséricorde, et il attire leur volonté, non seulement à accepter Christ, mais à le désirer passionnément et à se reposer fidèlement sur lui. C’est ainsi qu’il agit envers Paul, et le fit passer de persécuteur à prédicateur. Cet appel, quoique plus visible que l’autre, n’est pas plus réel. La méthode de Dieu pour appeler les pécheurs peut varier, mais l’effet est toujours le même.

5. Les caractères de cet appel efficace.

(i.) C’est un appel doux. Dieu appelle de manière à attirer ; il ne contraint pas, il attire. La liberté de la volonté n’est pas ôtée, mais son obstination est vaincue. « Ton peuple sera plein de bonne volonté au jour de ta puissance » (Psaume 110:3). Après cet appel, il n’y a plus de contestation ; l’âme obéit promptement à l’appel de Dieu : ainsi, quand Christ appela Zachée, celui-ci l’accueillit avec joie dans son cœur et dans sa maison.

(ii.) C’est un appel saint. Dieu « nous a adressé une sainte vocation » (2 Timothée 1:9). Cet appel de Dieu fait sortir les hommes de leurs péchés : par lui, ils sont consacrés et mis à part pour Dieu. Les ustensiles du tabernacle étaient retirés de l’usage commun et mis à part pour un usage saint ; de même, ceux qui sont efficacement appelés sont séparés du péché et consacrés au service de Dieu. Le Dieu que nous adorons est saint, l’œuvre à laquelle nous sommes employés est sainte, le lieu où nous espérons parvenir est saint : tout cela réclame la sainteté. Le cœur d’un chrétien doit être la chambre d’audience de la bienheureuse Trinité ; et la sainteté à l’Éternel n’y serait pas écrite ? Les croyants sont les enfants de Dieu le Père, les membres de Dieu le Fils et les temples de Dieu le Saint-Esprit ; et ils ne seraient pas saints ? La sainteté est l’insigne et la livrée du peuple de Dieu. « Ton peuple saint » (Ésaïe 63:18). Comme la chasteté distingue une femme vertueuse d’une prostituée, ainsi la sainteté distingue les hommes pieux des méchants. C’est une sainte vocation : « Car Dieu ne nous a pas appelés à l’impureté, mais à la sanctification » (1 Thessaloniciens 4:7). Que nul homme qui vit dans le péché ne dise qu’il est appelé de Dieu. Dieu vous a-t-il appelé à être un jureur, à être un ivrogne ? Bien plus, que l’homme simplement honnête selon le monde ne dise pas qu’il est efficacement appelé. Qu’est-ce que la civilité sans la sainteté ? Ce n’est qu’un cadavre jonché de fleurs. Le portrait du roi frappé sur du cuivre n’aura pas cours comme de l’or. L’homme simplement honnête semble porter l’image du Roi du ciel gravée sur lui, mais il ne vaut pas mieux qu’un métal contrefait, qui n’aura pas cours auprès de Dieu.

(iii.) C’est un appel irrésistible. Quand Dieu appelle un homme par sa grâce, celui-ci ne peut que venir. Vous pouvez résister à l’appel du ministre, mais non à celui de l’Esprit. Le doigt du bienheureux Esprit peut écrire sur un cœur de pierre, comme il écrivit autrefois ses lois sur des tables de pierre. Les paroles de Dieu sont des paroles créatrices : quand il dit « Que la lumière soit! Et la lumière fut » ; et quand il dit « Que la foi soit », il en sera ainsi. Quand Dieu appela Paul, celui-ci répondit à l’appel : « je n’ai point résisté à la vision céleste » (Actes 26:19). Dieu s’avance en vainqueur sur le char de son Évangile ; il fait voir les yeux aveugles et saigner le cœur de pierre. Si Dieu veut appeler un homme, rien ne se mettra en travers pour l’en empêcher ; les difficultés seront dénouées, les puissances de l’enfer se débanderont. « Qui est-ce qui résiste à sa volonté? » (Romains 9:19). Dieu fait plier le nerf de fer et met en pièces les portes d’airain (Psaume 107:16). Quand le Seigneur touche le cœur d’un homme par son Esprit, toutes les orgueilleuses imaginations sont abattues, et la citadelle royale de la volonté se rend à Dieu. Je puis faire allusion au Psaume 114:5 : « Qu’as-tu, mer, pour t’enfuir, Jourdain, pour retourner en arrière? » L’homme qui était auparavant comme une mer en furie, écumant la méchanceté, recule soudain et tremble ; il tombe à genoux, comme le geôlier : « Que faut-il que je fasse pour être sauvé? » (Actes 16:30). Qu’as-tu, mer ? Qu’a donc cet homme ? Le Seigneur l’a appelé efficacement. Il a accompli en lui une œuvre de grâce, et maintenant son cœur rebelle est vaincu par une douce violence.

(iv.) C’est une haute vocation. « Je cours vers le but, pour remporter le prix de la haute vocation de Dieu » (Philippiens 3:14). C’est une haute vocation, parce que nous sommes appelés à de hauts exercices de piété : mourir au péché, être crucifiés au monde, vivre par la foi, être en communion avec le Père (1 Jean 1:3). C’est là une haute vocation : voilà une œuvre trop haute pour que l’homme dans l’état de nature puisse l’accomplir. C’est une haute vocation, parce que nous sommes appelés à de hauts privilèges, à la justification et à l’adoption, à devenir cohéritiers de Christ. Celui qui est efficacement appelé est plus élevé que les princes de la terre.

(v.) C’est un appel de grâce. Il est le fruit et le produit de la libre grâce. Que Dieu en appelle certains et non d’autres, que les uns soient pris et les autres laissés ; que soit appelé celui qui est d’un naturel plus rude et plus morose, tandis qu’un autre, d’une intelligence plus vive et d’un caractère plus doux, est rejeté : voilà la libre grâce. Que les pauvres soient riches en la foi, héritiers d’un royaume (Jacques 2:5), et que les nobles et les grands de ce monde soient pour la plupart rejetés — « Il n’y a pas beaucoup de nobles qui soient appelés » (1 Corinthiens 1:26) —, voilà une grâce libre et riche. « Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. » (Matthieu 11:26). Que sous le même sermon l’un soit efficacement saisi, et l’autre pas plus ému qu’un mort par le son de la musique ; que l’un entende la voix de l’Esprit dans la Parole, et que l’autre ne l’entende pas ; que l’un soit attendri et humecté par l’influence du ciel, tandis que l’autre, comme la toison sèche de Gédéon, n’a sur lui aucune rosée : voyez ici la grâce qui discerne ! La même affliction convertit l’un et endurcit l’autre. L’affliction est pour l’un comme le broiement des aromates, qui répandent un parfum délicieux ; pour l’autre, elle est comme l’écrasement des mauvaises herbes dans un mortier, qui n’en deviennent que plus fétides. Quelle en est la cause, sinon la libre grâce de Dieu ? C’est un appel de grâce ; il est tout émaillé et entrelacé de libre grâce.

(vi.) C’est un appel glorieux. « Qui nous a appelés à sa gloire éternelle » (1 Pierre 5:10). Nous sommes appelés à jouir du Dieu éternellement béni : comme si un homme était tiré de prison pour s’asseoir sur un trône. Quinte-Curce parle d’un homme qui, tandis qu’il bêchait son jardin, fut appelé à être roi. Ainsi Dieu nous appelle à la gloire et à la vertu (2 Pierre 1:3) : d’abord à la vertu, puis à la gloire. À Athènes, il y avait deux temples, le temple de la Vertu et le temple de l’Honneur ; et nul ne pouvait entrer dans le temple de l’Honneur qu’en passant par le temple de la Vertu. Ainsi Dieu nous appelle d’abord à la vertu, puis à la gloire. Qu’est-ce que la gloire parmi les hommes, que la plupart poursuivent avec tant d’ardeur, sinon une plume emportée par le vent ? Qu’est-elle auprès du poids de gloire ? N’avons-nous pas toutes les raisons de suivre l’appel de Dieu ? Il nous appelle à l’avancement : peut-il y avoir là quelque perte ou quelque préjudice ? Dieu ne veut nous faire abandonner pour lui que ce qui nous damnera si nous le gardons. Il n’a d’autre dessein sur nous que de nous rendre heureux. Il nous appelle au salut, il nous appelle à un royaume. Oh ! avec quel empressement devrions-nous donc, comme Bartimée, jeter le manteau en lambeaux de notre péché et suivre Christ quand il appelle !

(vii.) C’est un appel rare. Peu nombreux sont ceux qui sont appelés pour le salut. « Peu d’élus » (Matthieu 22:14). Peu, non pas absolument, mais en comparaison. Le mot « appeler » signifie choisir certains parmi d’autres. Beaucoup reçoivent la lumière, mais peu ont les yeux oints pour la voir. « Tu as à Sardes quelques hommes qui n’ont pas souillé leurs vêtements » (Apocalypse 3:4). Que de millions d’hommes sont assis dans la région des ténèbres ! Et dans les contrées où brille le Soleil de justice, il en est beaucoup qui reçoivent la lumière de la vérité sans en recevoir l’amour. Il y a beaucoup de formalistes, mais peu de croyants. Il y a quelque chose qui ressemble à la foi et qui ne l’est pas. Le diamant de Chypre, dit Pline, étincelle comme le vrai diamant, mais il n’est pas de la bonne espèce : il se brise sous le marteau ; ainsi la foi de l’hypocrite se brisera sous le marteau de la persécution. Mais peu sont véritablement appelés. Le nombre des pierres précieuses est petit, comparé au nombre des cailloux. La plupart des hommes façonnent leur religion selon la mode du temps ; ils sont pour la musique et pour l’idole (Daniel 3:7). Une pensée sérieuse sur ce point devrait nous faire travailler à notre salut avec crainte, et nous efforcer d’être du nombre de ce petit nombre que Dieu a transportés dans l’état de grâce.

(viii.) C’est un appel immuable. « Dieu ne se repent pas de ses dons et de son appel » (Romains 11:29). C’est-à-dire, comme le dit un savant auteur, de ces dons qui découlent de l’élection. Quand Dieu appelle un homme, il ne s’en repent pas. Dieu ne fait pas comme beaucoup d’amis, qui aiment un jour et haïssent le lendemain ; ni comme les princes, qui font de leurs sujets des favoris et les jettent ensuite en prison. C’est là le bonheur d’un saint : sa condition n’admet aucun changement. L’appel de Dieu est fondé sur son décret, et son décret est immuable. Les actes de la grâce ne peuvent être révoqués. Dieu efface les péchés de son peuple, mais non leurs noms. Que le monde change de carillon à toute heure, la condition du croyant est scellée et inaltérable.

6. La fin de notre appel efficace est l’honneur de Dieu. « Afin que nous servions à la louange de sa gloire » (Éphésiens 1:12). Celui qui est dans l’état de nature n’est pas plus apte à honorer Dieu qu’une bête ne l’est à accomplir des actes de raison. Avant sa conversion, l’homme ne cesse de faire rejaillir le déshonneur sur Dieu. Comme les noires vapeurs qui s’élèvent des terres marécageuses et fangeuses voilent et obscurcissent le soleil, ainsi du cœur de l’homme naturel s’élèvent de noires vapeurs de péché, qui jettent un nuage sur la gloire de Dieu. Le pécheur est versé dans la trahison, mais il n’entend rien à la loyauté envers le Roi du ciel. Mais il en est sur qui tombe le sort de la libre grâce ; ceux-là seront tirés comme des joyaux du milieu des décombres et efficacement appelés, afin qu’ils exaltent le nom de Dieu dans le monde. Le Seigneur veut avoir en tout temps des hommes qui s’opposent aux corruptions de leur époque, rendent témoignage à ses vérités et ramènent les pécheurs de l’égarement de leurs voies. Il veut avoir ses vaillants hommes, comme en eut le roi David. Ceux qui ont été des monuments des miséricordes de Dieu seront les trompettes de sa louange.

Ces considérations nous montrent la nécessité de l’appel efficace. Sans lui, nul ne va au ciel. Il faut que nous soyons « rendus capables d’avoir part à l’héritage » (Colossiens 1:12). Comme Dieu rend le ciel propre à nous recevoir, ainsi il nous rend propres au ciel ; et qu’est-ce qui nous en rend capables, sinon l’appel efficace ? Un homme qui demeure dans la fange et les décombres de la nature n’est pas plus propre au ciel qu’un mort n’est apte à hériter d’un domaine. La haute vocation n’est pas une chose arbitraire ou indifférente ; elle est aussi nécessaire que le salut. Et pourtant, hélas, combien cette seule chose nécessaire est négligée ! La plupart des hommes, comme le peuple d’Israël, errent çà et là pour ramasser de la paille, mais ne se soucient pas des preuves de leur appel efficace.

Remarquez quelle puissance prodigieuse Dieu déploie pour appeler les pécheurs ! Dieu appelle de manière à attirer (Jean 6:44). La conversion est appelée une résurrection. « Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! » (Apocalypse 20:6), c’est-à-dire le passage du péché à la grâce. Un homme ne peut pas plus se convertir lui-même qu’un mort ne peut se ressusciter. Elle est appelée une création (Colossiens 3:10). Créer dépasse le pouvoir de la nature.

Objection. Mais, disent certains, la volonté n’est pas morte, elle n’est qu’endormie ; et Dieu, par une persuasion morale, ne fait que nous réveiller ; après quoi la volonté peut obéir à l’appel de Dieu et se porter d’elle-même à sa propre conversion.

Réponse. À cela je réponds : tout homme est, par le péché, lié de chaînes. « Je vois que tu es […] dans les liens de l’iniquité » (Actes 8:23). Un homme qui est dans les fers, si vous usez d’arguments et le persuadez de marcher, cela suffit-il ? Il faut briser ses fers et le mettre en liberté avant qu’il puisse marcher. Il en est ainsi de tout homme naturel : il est enchaîné par la corruption ; il faut donc que le Seigneur, par la grâce qui convertit, lime ses fers, et même lui donne aussi des jambes pour courir, sans quoi il ne pourra jamais obtenir le salut.

Application. Exhortation à affermir votre vocation.

« Appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation » (2 Pierre 1:10). C’est la grande affaire de notre vie : obtenir des preuves solides de notre appel efficace. Ne vous reposez pas sur des privilèges extérieurs ; ne criez pas comme les Juifs : « Le temple de l’Éternel! » (Jérémie 7:4). Ne vous reposez pas sur votre baptême : qu’est-ce qu’avoir l’eau, si l’on n’a pas l’Esprit ? Ne vous contentez pas de ce que Christ vous a été prêché. Ne vous satisfaites pas d’une profession creuse ; tout cela peut exister, et vous n’êtes pourtant que des comètes flamboyantes. Mais efforcez-vous de prouver à votre âme que vous êtes appelés de Dieu. Ne soyez pas des Athéniens avides de nouvelles : quel est l’état et l’aspect du temps ? Quels changements se produiront probablement telle année ? Qu’est-ce que tout cela, si vous n’êtes pas efficacement appelés ? Et si le temps prenait un aspect plus favorable ? Qu’importe que la gloire habite dans notre pays, si la grâce n’habite pas dans notre cœur ? Ô mes frères, quand tout est sombre au dehors, que tout soit clair au dedans. Appliquez-vous à affermir votre vocation : c’est à la fois possible et vraisemblable. Dieu ne fait pas défaut à ceux qui le cherchent. Ne laissez pas plus longtemps cette grande affaire en suspens. S’il y avait un procès au sujet de votre terre, vous useriez de tous les moyens pour établir votre titre ; et le salut n’est-il rien ? N’établirez-vous pas votre titre ici ? Considérez combien votre cas est triste si vous n’êtes pas efficacement appelés.

Vous êtes étrangers à Dieu. Le prodigue partit pour un pays éloigné (Luc 15:13), ce qui montre que tout pécheur, avant sa conversion, est loin de Dieu. « Vous étiez en ce temps-là sans Christ, […] étrangers aux alliances de la promesse » (Éphésiens 2:12). Les hommes qui meurent dans leurs péchés n’ont pas plus de droit aux promesses que des étrangers n’en ont aux privilèges des citoyens nés libres. Si vous êtes étrangers, quel langage pouvez-vous attendre de Dieu, sinon celui-ci : « Je ne vous connais pas ! »

Si vous n’êtes pas efficacement appelés, vous êtes ennemis. « Étrangers et ennemis » (Colossiens 1:21). Il n’y a rien dans la Bible que vous puissiez revendiquer, sinon les menaces. Vous êtes héritiers de tous les fléaux écrits dans le livre de Dieu. Vous pouvez bien résister aux commandements de la loi, vous ne pouvez fuir les malédictions de la loi. Que ceux qui sont ennemis de Dieu lisent leur sentence : « Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence. » (Luc 19:27). Oh ! combien il vous importe donc d’affermir votre vocation ! Combien misérable et damnable sera votre condition, si la mort vous appelle avant que l’Esprit vous appelle !

Question. Mais y a-t-il quelque espoir que je sois appelé ? J’ai été un grand pécheur.

Réponse. De grands pécheurs ont été appelés. Paul était un persécuteur, et pourtant il fut appelé. Certains des Juifs qui avaient trempé dans la crucifixion de Christ furent appelés. Dieu aime à déployer sa libre grâce envers les pécheurs. Ne vous découragez donc pas. Vous voyez un cordon d’or descendu du ciel, afin que les pauvres âmes tremblantes s’y attachent.

Question. Mais comment saurai-je que je suis efficacement appelé ?

Réponse. Celui qui est appelé pour le salut est appelé hors de lui-même, non seulement hors du moi pécheur, mais hors du moi juste ; il renonce à ses devoirs et à ses qualités morales. « Non avec ma justice » (Philippiens 3:9). Celui dont Dieu a touché le cœur par son Esprit dépose l’idole de sa propre justice aux pieds de Christ, pour qu’il la foule. Il pratique la morale et les devoirs de la piété, mais il ne s’y fie pas. La colombe de Noé se servait de ses ailes pour voler, mais se fiait à l’arche pour sa sûreté. C’est une chose excellente, quand un homme est appelé hors de lui-même. Ce renoncement à soi-même est, comme le dit Augustin, le premier pas vers la foi qui sauve.

Celui qui est efficacement appelé a subi un changement visible. Non un changement des facultés, mais des qualités. Il est autre qu’il n’était auparavant. Son corps est le même, mais non son esprit ; il a un autre esprit. Paul fut si changé après sa conversion que les gens ne le reconnaissaient pas (Actes 9:21). Oh ! quelle métamorphose produit la grâce ! « Et c’est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous. Mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés » (1 Corinthiens 6:11). La grâce change le cœur.

Dans l’appel efficace s’opère un triple changement :

(1). Il s’opère un changement dans l’intelligence. Auparavant, il y avait l’ignorance, les ténèbres étaient à la surface de l’abîme ; mais maintenant il y a la lumière : « Maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Éphésiens 5:8). La première œuvre de Dieu dans la création du monde fut la lumière ; il en est de même dans la nouvelle création. Celui qui est appelé pour le salut dit avec cet homme de l’Évangile : « J’étais aveugle, et maintenant je vois » (Jean 9:25). Il voit dans le péché un mal, et dans les voies de Dieu une excellence, qu’il n’avait jamais vus auparavant. En vérité, cette lumière qu’apporte le bienheureux Esprit peut bien être appelée une admirable lumière : « afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pierre 2:9). C’est une lumière admirable à six égards. (i.) Parce qu’elle est communiquée d’une manière étrange. Elle ne vient pas des sphères célestes où sont les planètes, mais du Soleil de justice. (ii.) Elle est admirable dans son effet. Cette lumière fait ce qu’aucune autre lumière ne peut faire : elle fait qu’un homme s’aperçoit qu’il est aveugle. (iii.) C’est une lumière admirable, parce qu’elle est plus pénétrante. Une autre lumière peut briller sur le visage ; cette lumière brille dans le cœur et éclaire la conscience (2 Corinthiens 4:6). (iv.) C’est une lumière admirable, parce qu’elle remplit d’admiration ceux qui la possèdent. Ils s’étonnent d’eux-mêmes, de ce qu’ils aient pu se contenter d’en être privés si longtemps. Ils s’étonnent que leurs yeux aient été ouverts, et non ceux des autres. Ils s’étonnent que, bien qu’ils aient haï et combattu cette lumière, elle ait pourtant brillé dans le firmament de leur âme. C’est ce dont les saints demeureront émerveillés durant toute l’éternité. (v.) C’est une lumière admirable, parce qu’elle est plus vivifiante que toute autre. Non seulement elle éclaire, mais elle vivifie : elle rend la vie à ceux qui « étaient morts par leurs offenses et par leurs péchés » (Éphésiens 2:1). C’est pourquoi elle est appelée « la lumière de la vie » (Jean 8:12). (vi.) C’est une lumière admirable, parce qu’elle est le commencement de la lumière éternelle. La lumière de la grâce est l’étoile du matin qui annonce le grand jour de la gloire.

Eh bien, lecteur, pouvez-vous dire que cette admirable lumière de l’Esprit s’est levée sur vous ? Lorsque vous étiez enveloppé d’ignorance, et que vous ne connaissiez ni Dieu ni vous-même, soudain une lumière venue du ciel a resplendi autour de vous. C’est là une partie de ce bienheureux changement qui s’opère dans l’appel efficace.

(2). Il s’opère un changement dans la volonté. « J’ai la volonté » (Romains 7:18). La volonté, qui s’opposait auparavant à Christ, l’embrasse maintenant. La volonté, qui était un nerf de fer, est maintenant comme une cire qui fond : elle reçoit promptement le sceau et l’empreinte du Saint-Esprit. La volonté se meut vers le ciel et entraîne avec elle toutes les sphères des affections. La volonté régénérée répond à chaque appel de Dieu, comme l’écho répond à la voix. « Seigneur, que veux-tu que je fasse? » (Actes 9:6). La volonté devient maintenant volontaire ; elle s’enrôle sous le Prince du salut (Hébreux 2:10). Oh ! quel heureux changement s’opère ici ! Auparavant, la volonté tenait Christ dehors ; maintenant, elle tient le péché dehors.

(3). Il s’opère un changement dans la conduite. Celui qui est appelé de Dieu marche tout à l’opposé de ce qu’il faisait auparavant. Il marchait auparavant dans l’envie et la malice, maintenant il marche dans l’amour ; auparavant il marchait dans l’orgueil, maintenant dans l’humilité. Le courant est emporté dans une tout autre direction. Comme il y a dans le cœur une nouvelle naissance, ainsi y a-t-il dans la vie une nouvelle édition. Nous voyons ainsi quel changement prodigieux s’opère en ceux qui sont appelés de Dieu.

Combien sont éloignés de cet appel efficace ceux qui n’ont jamais connu aucun changement ! Ils sont les mêmes qu’il y a quarante ou cinquante ans, aussi orgueilleux et charnels que jamais. Ils ont vu bien des changements de leur temps, mais il ne s’est fait aucun changement dans leur cœur. Que les hommes ne pensent pas sauter du giron de la prostituée (le monde) dans le sein d’Abraham ; il faut, ou bien qu’ils connaissent un changement de grâce pendant leur vie, ou bien qu’ils subissent un changement maudit à leur mort.

Celui qui est appelé de Dieu estime cet appel comme la plus haute des bénédictions. Un roi que Dieu a appelé par sa grâce estime davantage d’être appelé à être un saint que d’être appelé à être roi. Il fait plus de cas de sa haute vocation que de sa haute naissance. Théodose estimait plus honorable d’être chrétien que d’être empereur. Un homme charnel ne peut pas plus apprécier les bénédictions spirituelles qu’un petit enfant n’apprécie un collier de diamants. Il préfère à la conversion sa grandeur mondaine, son aisance, son abondance et ses titres d’honneur. Il aimerait mieux être appelé duc que saint : signe qu’il est étranger à l’appel efficace. Celui qui est éclairé par l’Esprit tient la sainteté pour son plus beau blason et regarde son appel efficace comme son élévation. Quand il a pris ce grade, il est candidat au ciel.

Celui qui est efficacement appelé est appelé hors du monde. C’est une « vocation céleste » (Hébreux 3:1). Celui qui est appelé de Dieu s’attache aux choses d’aspect céleste ; il est dans le monde, mais il n’est pas du monde. Les naturalistes disent des pierres précieuses que, bien qu’elles tirent leur matière de la terre, leur éclat étincelant vient de l’influence des cieux ; ainsi en est-il de l’homme pieux : bien que son corps vienne de la terre, l’éclat de ses affections vient du ciel ; son cœur est attiré vers la région d’en haut, aussi haut que Christ. Non seulement il rejette toute œuvre mauvaise, mais tout fardeau terrestre. Il n’est pas un ver, mais un aigle.

Un autre signe de notre appel efficace, c’est la diligence dans notre vocation ordinaire. Certains se vantent de leur haute vocation, mais ils restent oisifs à l’ancre. La religion ne délivre pas de mandats à la paresse. Les chrétiens ne doivent pas être paresseux. L’oisiveté est le bain du diable ; l’homme paresseux devient la proie de toutes les tentations. La grâce, en guérissant le cœur, ne rend pas la main boiteuse. Celui qui est appelé de Dieu, de même qu’il travaille pour le ciel, travaille aussi dans son métier.

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