Toutes choses concourent au bien
Comment éprouver notre amour pour Dieu

Chapitre 7 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute

Comment éprouver notre amour pour Dieu

ÉPROUVONS-NOUS impartialement, pour savoir si nous sommes du nombre de ceux qui aiment Dieu. Pour en décider, et puisque notre amour se verra le mieux à ses fruits, je proposerai quatorze signes, ou fruits, de l’amour pour Dieu ; et il nous importe de rechercher avec soin si quelques-uns de ces fruits poussent dans notre jardin.

1. Le premier fruit de l’amour est la méditation de l’esprit sur Dieu. Celui qui aime a toujours ses pensées tournées vers l’objet de son amour. Celui qui aime Dieu est ravi et transporté par la contemplation de Dieu. « Je m’éveille, et je suis encore avec toi » (Psaume 139:18). Les pensées sont comme des voyageurs dans l’esprit. Les pensées de David suivaient la route du ciel : je suis encore avec toi. Dieu est le trésor, et là où est le trésor, là est le cœur. Par là, nous pouvons éprouver notre amour pour Dieu. Sur quoi nos pensées se portent-elles le plus ? Pouvons-nous dire que nous sommes ravis de joie quand nous pensons à Dieu ? Nos pensées ont-elles pris des ailes ? Se sont-elles envolées vers les hauteurs ? Contemplons-nous Christ et la gloire ? Oh ! combien sont loin d’aimer Dieu ceux qui ne pensent presque jamais à Dieu ! « Dieu n’est dans aucune de ses pensées » (Psaume 10:4). Le pécheur chasse Dieu de ses pensées. Il ne pense jamais à Dieu, sinon avec horreur, comme le prisonnier pense au juge.

2. Le fruit suivant de l’amour est le désir de la communion. L’amour désire la familiarité et le commerce intime. « Mon cœur et ma chair poussent des cris vers le Dieu vivant » (Psaume 84:3). Le roi David, privé de la maison de Dieu où se trouvait le tabernacle, signe visible de sa présence, soupire après Dieu et, dans une sainte ardeur de désir, crie vers le Dieu vivant. Ceux qui s’aiment veulent converser ensemble. Si nous aimons Dieu, nous faisons grand cas de ses ordonnances, parce que c’est là que nous rencontrons Dieu. Il nous parle dans sa Parole, et nous lui parlons dans la prière. Examinons par là notre amour pour Dieu. Désirons-nous une communion intime avec Dieu ? Ceux qui s’aiment ne peuvent rester longtemps éloignés l’un de l’autre. Ceux qui aiment Dieu ont une sainte affection : ils ne savent pas vivre loin de lui. Ils peuvent supporter le manque de tout, sauf de la présence de Dieu. Ils peuvent se passer de la santé et des amis, ils peuvent être heureux sans une table bien garnie, mais ils ne peuvent être heureux sans Dieu. « Ne me cache pas ta face! Je serais semblable à ceux qui descendent dans la fosse » (Psaume 143:7). Ceux qui aiment ont leurs défaillances. David était prêt à défaillir et à mourir quand il ne voyait pas Dieu. Ceux qui aiment Dieu ne peuvent se contenter d’avoir les ordonnances s’ils n’y jouissent pas de Dieu : ce serait lécher le verre, et non le miel.

Que dirons-nous de ceux qui peuvent passer toute leur vie sans Dieu ? Ils pensent que Dieu est ce dont on se passe le plus aisément : ils se plaignent de manquer de santé et d’affaires, mais non de manquer de Dieu ! Les méchants ne connaissent pas Dieu ; et comment pourraient-ils aimer, eux qui ne le connaissent pas ! Bien plus, et c’est pire, ils ne désirent pas faire sa connaissance. « Ils disent à Dieu : Retire-toi de nous; Nous ne voulons pas connaître tes voies » (Job 21:14). Les pécheurs fuient la fréquentation de Dieu, ils regardent sa présence comme un fardeau ; et ce seraient là des hommes qui aiment Dieu ? Aime-t-elle son mari, la femme qui ne peut supporter d’être en sa présence ?

3. Un autre fruit de l’amour est la tristesse. Là où il y a de l’amour pour Dieu, on s’afflige de ses péchés d’ingratitude envers lui. Un enfant qui aime son père ne peut que pleurer de l’avoir offensé. Le cœur qui brûle d’amour se fond en larmes. Oh ! que j’aie pu abuser de l’amour d’un Sauveur si cher ! Mon Seigneur n’a-t-il pas assez souffert sur la croix, faut-il encore que je le fasse souffrir davantage ? Lui donnerai-je encore à boire du fiel et du vinaigre ? Combien j’ai été déloyal et de mauvaise foi ! Combien j’ai attristé son Esprit, foulé aux pieds ses commandements royaux, méprisé son sang ! Voilà ce qui ouvre une veine de tristesse selon Dieu et fait saigner le cœur de nouveau. « Pierre, étant sorti, pleura amèrement » (Matthieu 26:75). Quand Pierre pensa combien Christ l’avait tendrement aimé ; comment il avait été emmené sur la montagne de la transfiguration, où Christ lui avait montré en vision la gloire du ciel ; et qu’il avait pourtant renié Christ après avoir reçu de lui un amour si insigne, cela lui brisa le cœur de douleur : il sortit, et pleura amèrement.

Éprouvons par là notre amour pour Dieu. Versons-nous les larmes de la tristesse selon Dieu ? Nous affligeons-nous de notre ingratitude envers Dieu, de l’abus que nous faisons de sa miséricorde, de nos talents laissés sans profit ? Combien sont loin d’aimer Dieu ceux qui pèchent chaque jour sans que leur cœur les reprenne jamais ! Ils ont une mer de péché, et pas une goutte de tristesse. Loin d’en être troublés, ils se divertissent de leurs péchés. « Quand tu fais le mal, c’est alors que tu triomphes » (Jérémie 11:15). Ô misérable ! Christ a-t-il saigné pour le péché, et vous en riez ? Ceux-là sont loin d’aimer Dieu. Aime-t-il son ami, celui qui prend plaisir à lui faire du tort ?

4. Un autre fruit de l’amour est la grandeur d’âme. L’amour est vaillant, il change la lâcheté en courage. L’amour fait affronter les plus grandes difficultés et les plus grands périls. La poule craintive s’élance sur un chien ou un serpent pour défendre ses petits. L’amour insuffle au chrétien un esprit de bravoure et de force. Celui qui aime Dieu se lèvera pour sa cause et se fera son avocat. « Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4:20). Celui qui a peur de reconnaître Christ n’a que peu d’amour pour lui. Nicodème vint furtivement vers Christ de nuit (Jean 3:2). Il craignait d’être vu avec lui en plein jour. L’amour bannit la crainte. Comme le soleil dissipe les brouillards et les vapeurs, ainsi l’amour divin chasse dans une large mesure la crainte charnelle. Aime-t-il Dieu, celui qui peut entendre attaquer ses saintes vérités et garder le silence ? Celui qui aime son ami prendra sa défense et le justifiera quand on l’outrage. Christ comparaît-il pour nous dans le ciel, et aurions-nous peur de paraître pour lui sur la terre ? L’amour anime le chrétien, il enflamme son cœur de zèle et le trempe de courage.

5. Le cinquième fruit de l’amour est la sensibilité. Si nous aimons Dieu, notre cœur souffre du déshonneur que les méchants font à Dieu. Voir rompues non seulement les digues de la religion, mais celles de la morale même, et un déluge d’iniquité s’engouffrer ; voir les sabbats de Dieu profanés, les serments faits en son nom violés, son nom déshonoré : s’il y a en nous quelque amour pour Dieu, nous prendrons ces choses à cœur. Lot, ce juste, était « profondément attristé de la conduite de ces hommes sans frein dans leur dissolution » (2 Pierre 2:7). Les péchés de Sodome étaient comme autant de lances qui lui transperçaient l’âme. Combien sont loin d’aimer Dieu ceux que son déshonneur ne touche nullement ! Pourvu qu’ils aient la paix et leurs affaires, ils ne prennent rien à cœur. Un homme ivre mort ne s’aperçoit de rien et n’en est pas ému, quand bien même un autre se viderait de son sang à côté de lui ; de même, beaucoup, ivres du vin de la prospérité, ne sont pas émus quand l’honneur de Dieu est blessé et que ses vérités gisent dans leur sang. Si les hommes aimaient Dieu, ils s’affligeraient de voir souffrir sa gloire et la religion elle-même devenir martyre.

6. Le sixième fruit de l’amour est la haine du péché. Le feu sépare les scories du métal. Le feu de l’amour purge le péché. « Éphraïm dira : Qu’ai-je à faire encore avec les idoles ! » (Osée 14:8). Celui qui aime Dieu ne veut rien avoir à faire avec le péché, sinon pour lui livrer bataille. Le péché ne s’attaque pas seulement à l’honneur de Dieu, mais à son être même. Aime-t-il son prince, celui qui donne asile à un traître à la couronne ? Est-il l’ami de Dieu, celui qui aime ce que Dieu hait ? L’amour de Dieu et l’amour du péché ne peuvent habiter ensemble. Les affections ne peuvent se porter en même temps vers deux contraires. Un homme ne peut aimer à la fois la santé et le poison ; de même, on ne peut aimer à la fois Dieu et le péché. Celui qui tolère dans son cœur quelque péché secret est aussi loin d’aimer Dieu que le ciel est éloigné de la terre.

7. Un autre fruit de l’amour est la crucifixion. Celui qui aime Dieu est mort au monde. « Je suis crucifié pour le monde » (Galates 6:14). Je suis mort à ses honneurs et à ses plaisirs. Celui qui est épris de Dieu n’est guère épris d’autre chose. L’amour de Dieu et un amour ardent du monde sont incompatibles. « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui » (1 Jean 2:15). L’amour pour Dieu engloutit tout autre amour, comme la verge de Moïse engloutit les verges des Égyptiens. Si un homme pouvait habiter dans le soleil, quel petit point lui paraîtrait toute la terre ! De même, quand le cœur d’un homme est élevé au-dessus du monde par l’admiration et l’amour de Dieu, combien les choses d’ici-bas lui semblent pauvres et chétives ! Elles ne sont rien à ses yeux. C’était un signe que les premiers chrétiens aimaient Dieu, que leurs biens ne tenaient pas de près à leur cœur ; mais ils « déposaient leur argent aux pieds des apôtres » (Actes 4:35).

Éprouvez par là votre amour pour Dieu. Que penserons-nous de ceux qui n’ont jamais assez du monde ? Ils ont l’hydropisie de la convoitise, et ont une soif insatiable de richesses : « Ils soupirent après la poussière de la terre » (Amos 2:7). Ne parlez pas de votre amour pour Christ, dit Ignace, quand vous préférez le monde à la Perle de grand prix ; et n’y en a-t-il pas beaucoup de cette sorte, qui estiment leur or plus que Dieu ? S’ils ont une terre du midi, ils ne se soucient pas de l’eau de la vie. Ils vendront Christ et une bonne conscience pour de l’argent. Dieu accordera-t-il jamais le ciel à ceux qui le déprécient si bassement, préférant une poussière brillante à la glorieuse Divinité ? Qu’y a-t-il sur la terre pour que nous y attachions ainsi notre cœur ? C’est le diable seul qui nous la fait regarder à travers une loupe. Le monde n’a aucune valeur réelle et intrinsèque : ce n’est que fard et tromperie.

8. Le fruit suivant de l’amour est la crainte. Chez les hommes pieux, l’amour et la crainte s’embrassent. Une double crainte naît de l’amour.

(i.) La crainte de déplaire. L’épouse aime son mari, c’est pourquoi elle se renoncera elle-même plutôt que de lui déplaire. Plus nous aimons Dieu, plus nous craignons d’attrister son Esprit. « Comment ferais-je un aussi grand mal et pécherais-je contre Dieu ? » (Genèse 39:9). Quand l’impératrice Eudoxie menaça de bannir Chrysostome : Dites-lui, répondit-il, que je ne crains rien que le péché. Bienheureux amour que celui qui met le chrétien dans un accès brûlant de zèle et dans un frisson de crainte, le faisant frémir et trembler, et ne lui laissant pas l’audace d’offenser Dieu volontairement.

(ii.) Une crainte mêlée de jalousie. « Le cœur d’Éli tremblait pour l’arche » (1 Samuel 4:13). Il n’est pas dit que son cœur tremblait pour Hophni et Phinées, ses deux fils, mais que son cœur tremblait pour l’arche, parce que, si l’arche était prise, la gloire s’en était allée. Celui qui aime Dieu est plein de crainte que les choses ne tournent mal pour l’Église. Il craint que l’impiété (qui est la plaie de la lèpre) ne s’accroisse, que le papisme ne prenne pied, que Dieu ne se retire de son peuple. La présence de Dieu dans ses ordonnances est la beauté et la force d’une nation. Aussi longtemps que la présence de Dieu est avec un peuple, ce peuple est en sûreté ; mais l’âme enflammée d’amour pour Dieu craint que les signes visibles de la présence de Dieu ne soient retirés.

Éprouvons notre amour pour Dieu à cette pierre de touche. Beaucoup craignent de perdre la paix et leurs affaires, mais non de perdre Dieu et son Évangile. Sont-ce là des hommes qui aiment Dieu ? Celui qui aime Dieu redoute davantage la perte des bénédictions spirituelles que celle des biens temporels. Si le Soleil de justice se retire de notre horizon, que peut-il s’ensuivre, sinon les ténèbres ? Quelle consolation un orgue ou un cantique peuvent-ils donner, si l’Évangile s’en est allé ? N’est-ce pas comme le son d’une trompette ou une salve de mousqueterie à des funérailles ?

9. Si nous aimons Dieu, nous aimons ce que Dieu aime.

(i.) Nous aimons la Parole de Dieu. David estimait la Parole au-dessus du miel pour sa douceur (Psaume 119:103), et au-dessus de l’or pour sa valeur (Psaume 119:72). Les lignes de l’Écriture sont plus riches que les mines d’or. Nous avons bien raison d’aimer la Parole : c’est l’étoile polaire qui nous dirige vers le ciel, c’est le champ où la Perle est cachée. L’homme qui n’aime pas la Parole, qui la trouve trop stricte et voudrait voir arracher quelque partie de la Bible (comme un adultère le fit pour le septième commandement), n’a pas la moindre étincelle d’amour dans le cœur.

(ii.) Nous aimons le jour de Dieu. Nous ne nous contentons pas d’observer le sabbat : nous aimons le sabbat. « Si tu fais du sabbat tes délices » (Ésaïe 58:13). Le sabbat est ce qui maintient parmi nous la face de la religion ; ce jour doit être consacré comme glorieux pour le Seigneur. La maison de Dieu est le palais du grand Roi ; le jour du sabbat, Dieu s’y montre à travers le treillis. Si nous aimons Dieu, nous estimons son jour au-dessus de tous les autres jours. Toute la semaine serait obscure sans ce jour-là ; en ce jour, la manne tombe double. C’est alors, plus que jamais, que la porte du ciel est ouverte et que Dieu descend en une pluie d’or. En ce jour béni, le Soleil de justice se lève sur l’âme. Combien un cœur pieux estime ce jour, fait exprès pour que l’on y jouisse de Dieu !

(iii.) Nous aimons les lois de Dieu. Une âme pieuse se réjouit de la loi, parce qu’elle réprime ses excès coupables. Le cœur serait prêt à s’emporter follement dans le péché, si la loi de Dieu ne lui imposait quelques freins salutaires. Celui qui aime Dieu aime sa loi — la loi de la repentance, la loi du renoncement à soi-même. Beaucoup disent qu’ils aiment Dieu, mais ils haïssent ses lois. « Brisons leurs liens, Délivrons-nous de leurs chaînes » (Psaume 2:3). Les préceptes de Dieu sont comparés à des liens : ils astreignent les hommes à une bonne conduite ; mais les méchants trouvent ces liens trop serrés, c’est pourquoi ils disent : Brisons-les. Ils prétendent aimer Christ comme Sauveur, mais ils le haïssent comme Roi. Christ nous parle de son joug (Matthieu 11:29). Les pécheurs voudraient que Christ leur mît une couronne sur la tête, mais non un joug sur le cou. Ce serait un étrange roi que celui qui régnerait sans lois.

(iv.) Nous aimons le portrait de Dieu, nous aimons son image qui brille dans les saints. « Quiconque aime celui qui l’a engendré aime aussi celui qui est né de lui » (1 Jean 5:1). Il est possible d’aimer un saint sans l’aimer en tant que saint ; nous pouvons l’aimer pour autre chose, pour son intelligence, ou parce qu’il est affable et généreux. Une bête aime l’homme, non en tant qu’il est homme, mais parce qu’il la nourrit et lui donne son fourrage. Mais aimer un saint en tant que saint, voilà un signe d’amour pour Dieu. Si nous aimons un saint pour sa sainteté, parce qu’il y a en lui quelque chose de Dieu, alors nous l’aimons dans les quatre cas suivants.

(a) Nous aimons un saint, même s’il est pauvre. Un homme qui aime l’or aime une pièce d’or, fût-elle enveloppée dans un chiffon ; de même, un saint fût-il en haillons, nous l’aimons, parce qu’il y a en lui quelque chose de Christ.

(b) Nous aimons un saint, même s’il a beaucoup de défauts personnels. Il n’y a point de perfection ici-bas. Chez les uns domine la colère irréfléchie ; chez d’autres, l’inconstance ; chez d’autres encore, un trop grand amour du monde. Le saint, en cette vie, est comme l’or dans le minerai : beaucoup de scories d’infirmité s’attachent à lui, et pourtant nous l’aimons pour la grâce qui est en lui. Un saint est comme un beau visage marqué d’une cicatrice : nous aimons le beau visage de la sainteté, bien qu’il porte une cicatrice. La plus belle émeraude a ses défauts, les étoiles les plus brillantes ont leur scintillement, et les meilleurs des saints ont leurs défaillances. Vous qui ne pouvez aimer un autre à cause de ses infirmités, comment voudriez-vous que Dieu vous aime ?

(c) Nous aimons les saints, même s’ils diffèrent de nous sur quelques points secondaires. Peut-être un autre chrétien n’a-t-il pas autant de lumière que vous, et cela peut le faire errer en certaines choses ; allez-vous aussitôt lui retirer sa qualité de saint, parce qu’il ne peut s’élever jusqu’à votre lumière ? Là où il y a union sur les points fondamentaux, il doit y avoir union dans les affections.

(d) Nous aimons les saints, même s’ils sont persécutés. Nous aimons le métal précieux, même lorsqu’il est dans le fourneau. Saint Paul portait sur son corps les marques du Seigneur Jésus (Galates 6:17). Ces marques étaient honorables, comme les cicatrices du soldat. Nous devons aimer un saint dans les chaînes aussi bien que vêtu d’écarlate. Si nous aimons Christ, nous aimons ses membres persécutés.

Si c’est là aimer Dieu, que d’aimer son image qui étincelle dans les saints, oh ! combien peu d’hommes qui aiment Dieu se trouvent alors ! Aiment-ils Dieu, ceux qui haïssent ceux qui ressemblent à Dieu ? Aiment-ils la personne de Christ, ceux qui sont remplis d’un esprit de vengeance contre son peuple ? Comment pourrait-on dire qu’elle aime son mari, l’épouse qui déchire son portrait ? Assurément, Judas et Julien ne sont pas encore morts : leur esprit vit encore dans le monde. Qui sont les coupables, sinon les innocents ! Quel plus grand crime que la sainteté, si le diable peut siéger au grand jury ! Les méchants semblent porter une grande révérence aux saints défunts ; ils canonisent les saints morts, mais persécutent les vivants. C’est en vain que les hommes se lèvent au Credo et disent au monde qu’ils croient en Dieu, quand ils ont en abomination l’un des articles du Credo, à savoir la communion des saints. Assurément, il n’y a pas de plus grand signe qu’un homme est mûr pour l’enfer que celui-ci : non seulement manquer de grâce, mais la haïr.

10. Un autre signe béni de l’amour est d’avoir de bonnes pensées de Dieu. Celui qui aime son ami interprète dans le meilleur sens ce que fait son ami. « L’amour ne soupçonne point le mal » (1 Corinthiens 13:5). La malveillance interprète tout dans le plus mauvais sens ; l’amour interprète tout dans le meilleur. C’est un excellent commentateur de la providence ; il ne soupçonne point le mal. Celui qui aime Dieu a une bonne opinion de Dieu ; même si Dieu l’afflige durement, l’âme prend tout en bien. Voici le langage d’un esprit pieux : « Mon Dieu voit combien mon cœur est dur ; c’est pourquoi il enfonce un coin d’affliction après un autre, pour briser mon cœur. Il sait combien je suis plein de mauvaises humeurs, combien je suis malade d’une pleurésie ; c’est pourquoi il me saigne, pour me sauver la vie. Cette dispensation sévère a pour but soit de mortifier quelque corruption, soit d’exercer quelque grâce. Que Dieu est bon, de ne pas me laisser tranquille dans mes péchés, mais de frapper mon corps pour sauver mon âme ! » Ainsi celui qui aime Dieu prend tout en bonne part. L’amour donne une interprétation bienveillante à toutes les actions de Dieu. Vous qui êtes enclins à murmurer contre Dieu, comme s’il vous avait maltraités, humiliez-vous de cela ; dites-vous : « Si j’aimais Dieu davantage, j’aurais de meilleures pensées de Dieu. » C’est Satan qui nous fait avoir de bonnes pensées de nous-mêmes et de dures pensées de Dieu. L’amour prend tout dans le sens le plus favorable ; il ne soupçonne point le mal.

11. Un autre fruit de l’amour est l’obéissance. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime » (Jean 14:21). C’est chose vaine de dire que nous aimons la personne de Christ, si nous méprisons ses commandements. Aime-t-il son père, l’enfant qui refuse de lui obéir ? Si nous aimons Dieu, nous lui obéirons dans les choses qui contrarient la chair et le sang. (i.) Dans les choses difficiles, et (ii.) Dans les choses dangereuses.

(i.) Dans les choses difficiles. Ainsi, dans la mortification du péché. Il y a des péchés qui ne nous sont pas seulement proches comme le vêtement, mais chers comme l’œil. Si nous aimons Dieu, nous nous dresserons contre eux, en intention et en pratique. De même, dans le pardon de nos ennemis. Dieu nous commande, sous peine de mort, de pardonner. « Pardonnez-vous réciproquement » (Éphésiens 4:32). C’est difficile ; c’est remonter le courant. Nous sommes enclins à oublier les bienfaits et à nous souvenir des injures ; mais si nous aimons Dieu, nous passerons par-dessus les offenses. Quand nous considérons sérieusement combien de talents Dieu nous a remis, combien d’affronts et de provocations il a supportés de notre part, cela nous fait copier son modèle, et nous efforcer d’ensevelir une injure plutôt que de la rendre.

(ii.) Dans les choses dangereuses. Quand Dieu nous appelle à souffrir pour lui, nous obéirons. L’amour a fait souffrir Christ pour nous, l’amour fut la chaîne qui l’attacha à la croix ; de même, si nous aimons Dieu, nous serons disposés à souffrir pour lui. L’amour a une étrange propriété : c’est la grâce qui souffre le moins, et pourtant c’est la grâce qui souffre le plus. C’est la grâce qui souffre le moins en un sens : il ne souffre pas qu’un péché connu demeure dans l’âme sans repentance, il ne souffre pas les abus et les outrages faits à Dieu ; en cela, c’est la grâce qui souffre le moins. Et pourtant, c’est la grâce qui souffre le plus : il souffre les opprobres, les liens et les prisons pour l’amour de Christ. « Je suis prêt, non seulement à être lié, mais encore à mourir pour le nom du Seigneur Jésus » (Actes 21:13). Il est vrai que tout chrétien n’est pas martyr, mais il a en lui l’esprit du martyre. Il dit comme Paul : « Je suis prêt à être lié » ; il a une disposition d’esprit à souffrir, si Dieu l’appelle. L’amour porte les hommes au-delà de leurs propres forces. Tertullien remarque combien les païens ont souffert par amour pour leur patrie. Si la source de la nature s’élève si haut, assurément la grâce s’élèvera plus haut encore. Si l’amour de la patrie fait souffrir les hommes, combien plus l’amour de Christ le devrait-il ! « L’amour supporte tout » (1 Corinthiens 13:7). Basile parle d’une vierge condamnée au feu à qui l’on offrait la vie et ses biens si elle voulait se prosterner devant l’idole, et qui répondit : « Adieu la vie et l’argent, et bienvenue à Christ. » Ce fut une parole noble et zélée que celle d’Ignace : « Que je sois moulu par les dents des bêtes sauvages, si je puis devenir le pur froment de Dieu. » Combien l’affection divine éleva les premiers saints au-dessus de l’amour de la vie et de la crainte de la mort ! Saint Étienne fut lapidé, saint Luc pendu à un olivier, saint Pierre crucifié à Jérusalem la tête en bas. Ces héros divins aimèrent mieux souffrir que de faire souffrir, par leur lâcheté, le nom de Dieu. Combien saint Paul estimait la chaîne qu’il portait pour Christ ! Il s’en glorifiait comme une femme fière de ses joyaux, dit Chrysostome. Et le saint homme Ignace portait ses fers comme un bracelet de diamants. Ils « n’acceptèrent point de délivrance » (Hébreux 11:35). Ils refusèrent de sortir de prison à des conditions coupables : ils préférèrent leur innocence à leur liberté.

Éprouvons par là notre amour pour Dieu. Avons-nous l’esprit du martyre ? Beaucoup disent qu’ils aiment Dieu, mais à quoi cela paraît-il ? Ils ne veulent ni renoncer au moindre confort, ni porter la moindre croix pour l’amour de lui. Si Jésus-Christ nous avait dit : « Je vous aime bien, vous m’êtes chers, mais je ne puis souffrir, je ne puis donner ma vie pour vous », nous aurions fort douté de son amour ; et Christ ne peut-il pas nous soupçonner, quand nous prétendons l’aimer et que nous ne voulons rien endurer pour lui ?

12. Celui qui aime Dieu s’efforcera de le faire paraître glorieux aux yeux des autres. Ceux qui aiment ne cessent de louer et de faire valoir les charmes des personnes qu’ils aiment. Si nous aimons Dieu, nous publierons ses perfections, afin de rehausser sa renommée et l’estime qu’on a de lui, et d’amener d’autres à s’éprendre de lui. L’amour ne peut se taire ; nous serons comme autant de trompettes, proclamant la gratuité de la grâce de Dieu, la grandeur sans égale de son amour et la gloire de son royaume. L’amour est comme le feu : là où il brûle dans le cœur, il jaillit par les lèvres. Il sera éloquent pour célébrer la louange de Dieu : il faut que l’amour s’épanche.

13. Un autre fruit de l’amour est de soupirer après l’avènement de Christ. « Désormais la couronne de justice m’est réservée, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé l’avènement de Christ » (2 Timothée 4:8). L’amour désire l’union ; Aristote en donne la raison : c’est que la joie découle de l’union. Quand notre union avec Christ sera parfaite dans la gloire, alors notre joie sera complète. Celui qui aime Christ aime son avènement. L’avènement de Christ sera un heureux avènement pour les saints. Son apparition présente est déjà très consolante, lorsqu’il comparaît pour nous comme Avocat (Hébreux 9:24). Mais l’autre apparition le sera infiniment plus, lorsqu’il paraîtra pour nous comme notre Époux. En ce jour-là, il nous accordera deux joyaux. Son amour : un amour si grand et si étonnant qu’on le sent mieux qu’on ne l’exprime. Et sa ressemblance. « Lorsqu’il paraîtra, nous serons semblables à lui » (1 Jean 3:2). Et de l’un et de l’autre, de l’amour et de la ressemblance, une joie infinie se répandra dans l’âme. Il n’est donc pas étonnant que celui qui aime Christ soupire après son avènement. « L’Esprit et l’épouse disent: Viens. Amen! Viens, Seigneur Jésus » (Apocalypse 22:17, 20). Éprouvons par là notre amour pour Christ. Le méchant, qui se condamne lui-même, a peur de l’avènement de Christ et souhaiterait qu’il ne parût jamais ; mais ceux qui aiment Christ se réjouissent à la pensée de sa venue sur les nuées. Ils seront alors délivrés de tous leurs péchés et de toutes leurs craintes, ils seront absous devant les hommes et les anges, et seront pour toujours transportés dans le paradis de Dieu.

14. L’amour nous fera descendre aux plus humbles offices. L’amour est une grâce humble ; il ne s’avance pas en grand apparat, il rampera sur les mains, il s’abaissera et se soumettra à tout ce par quoi il peut être utile à Christ. Nous le voyons en Joseph d’Arimathée et en Nicodème, tous deux personnages honorables : pourtant, l’un descend de ses propres mains le corps de Christ, et l’autre l’embaume de parfums. Ce pouvait sembler beaucoup, pour des personnes de leur rang, d’être employées à ce service, mais l’amour le leur fit faire. Si nous aimons Dieu, nous ne jugerons trop basse pour nous aucune tâche par laquelle nous puissions être utiles aux membres de Christ. L’amour n’est pas délicat ; il visitera les malades, soulagera les pauvres, lavera les plaies des saints. La mère qui aime son enfant n’est ni dédaigneuse ni difficile ; elle fera pour son enfant des choses que d’autres refuseraient avec mépris de faire. Celui qui aime Dieu s’abaissera jusqu’au plus humble office d’amour envers Christ et ses membres.

Tels sont les fruits de l’amour pour Dieu. Heureux ceux qui peuvent trouver ces fruits, si étrangers à leur nature, croissant dans leur âme !

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