Toutes choses concourent au bien
Du dessein de Dieu

Chapitre 11 · 6 min de lecture · 7 min d’écoute

Du dessein de Dieu

1. Le dessein de Dieu est la cause du salut.

LA troisième et dernière chose contenue dans le texte, sur laquelle je ne ferai que jeter un rapide coup d’œil, est le fondement et l’origine de notre vocation efficace, exprimés par ces mots : « selon son dessein » (Éphésiens 1:11). Anselme traduit : Selon son bon plaisir. Pierre Martyr lit : Selon son décret. Ce dessein, ou décret de Dieu, est la source de nos bénédictions spirituelles. Il est la cause impulsive de notre vocation, de notre justification, de notre glorification. Il est l’anneau le plus élevé de la chaîne d’or du salut. Pourquoi un homme est-il appelé, et non un autre ? Cela vient du dessein éternel de Dieu. C’est le décret de Dieu qui a la voix prépondérante dans le salut de l’homme.

Attribuons donc toute l’œuvre de la grâce au bon plaisir de la volonté de Dieu. Dieu ne nous a pas choisis parce que nous étions dignes, mais en nous choisissant il nous rend dignes. Les orgueilleux sont enclins à s’attribuer et à s’arroger beaucoup trop, en se faisant les associés de Dieu. Tandis que beaucoup crient contre le sacrilège commis envers les églises, ils se rendent cependant coupables d’un sacrilège bien plus grand : ils dérobent à Dieu sa gloire en voulant poser sur leur propre tête la couronne du salut. Mais nous devons tout ramener au dessein de Dieu. Les signes du salut sont dans les saints, mais la cause du salut est en Dieu.

Si c’est le dessein de Dieu qui sauve, ce n’est donc pas le libre arbitre. Les pélagiens sont d’ardents défenseurs du libre arbitre. Ils nous disent que l’homme a un pouvoir inné d’opérer sa propre conversion ; mais ce texte les réfute. Notre vocation est « selon le dessein de Dieu. » L’Écriture arrache la racine du libre arbitre. « cela ne dépend ni de celui qui veut » (Romains 9:16). Tout dépend du dessein de Dieu. Quand le prisonnier est condamné à la barre, rien ne peut le sauver, à moins que le roi n’ait le dessein de le sauver. Le dessein de Dieu est sa prérogative royale.

Si c’est le dessein de Dieu qui sauve, ce n’est donc pas le mérite. Bellarmin soutient que les bonnes œuvres expient le péché et méritent la gloire ; mais le texte dit que nous sommes appelés selon le dessein de Dieu, et il y a un passage parallèle de l’Écriture : « qui nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce » (2 Timothée 1:9). Le mérite n’existe pas. Nos meilleures œuvres portent en elles à la fois défaillance et souillure, et ne sont donc que des péchés éclatants ; si donc nous sommes appelés et justifiés, c’est le dessein de Dieu qui l’accomplit.

Objection. Mais les papistes allèguent ce passage de l’Écriture en faveur du mérite : « Désormais la couronne de justice m’est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là » (2 Timothée 4:8). Voici la force de leur argument : si Dieu, en justice, récompense nos œuvres, c’est donc qu’elles méritent le salut.

Réponse. À cela je réponds : Dieu donne la récompense en juste Juge, non à la dignité de nos œuvres, mais à la dignité de Christ. Dieu, en juste Juge, nous récompense, non parce que nous l’avons mérité, mais parce qu’il l’a promis. Dieu a deux tribunaux, un tribunal de miséricorde et un tribunal de justice : le Seigneur condamne au tribunal de justice les œuvres mêmes qu’il couronne au tribunal de miséricorde. Ce qui porte donc le coup décisif dans notre salut, c’est le dessein de Dieu.

De plus, si le dessein de Dieu est la source du bonheur, nous ne sommes donc pas sauvés à cause d’une foi prévue. Il est absurde de penser que quoi que ce soit en nous ait pu avoir la moindre influence sur notre élection. Certains disent que Dieu a prévu que telles personnes croiraient, et que c’est pour cela qu’il les a choisies ; ils voudraient ainsi faire dépendre l’affaire du salut de quelque chose qui est en nous. Or Dieu ne nous choisit pas à cause de la foi, mais pour la foi. « Dieu nous a élus, pour que nous soyons saints » (Éphésiens 1:4) : non parce que nous serions saints, mais afin que nous le soyons. Nous sommes élus pour la sainteté, et non à cause d’elle. Que pouvait donc prévoir Dieu en nous, sinon souillure et rébellion ! Si quelqu’un est sauvé, c’est selon le dessein de Dieu.

Question. Comment saurons-nous que Dieu a le dessein de nous sauver ?

Réponse. En étant efficacement appelés. « appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection » (2 Pierre 1:10). Nous affermissons notre élection en affermissant notre vocation. « Dieu vous a choisis pour le salut, par la sanctification » (2 Thessaloniciens 2:13). Par le ruisseau, nous arrivons enfin à la source. Si nous trouvons le ruisseau de la sanctification qui coule dans nos âmes, nous pouvons par là remonter jusqu’à la source de l’élection. Quand un homme ne peut lever les yeux vers le firmament, il peut pourtant savoir que la lune est là en la voyant briller sur l’eau : de même, bien que je ne puisse sonder du regard le secret du dessein de Dieu, je puis savoir que je suis élu par l’éclat de la grâce sanctifiante dans mon âme. Quiconque trouve la parole de Dieu transcrite et recopiée dans son cœur peut conclure sans conteste à son élection.

2. Le dessein de Dieu est le fondement de l’assurance.

Voici un souverain élixir de consolation ineffable pour ceux qui sont les appelés de Dieu. Leur salut repose sur le dessein de Dieu. « le solide fondement de Dieu reste debout, avec ces paroles qui lui servent de sceau : Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent ; et : Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il s’éloigne de l’iniquité » (2 Timothée 2:19). Nos grâces sont imparfaites, nos consolations ont leur flux et leur reflux, mais le solide fondement de Dieu reste debout. Ceux qui sont bâtis sur ce roc du dessein éternel de Dieu n’ont pas à craindre de tomber ; ni la puissance de l’homme, ni la violence de la tentation ne pourront jamais les renverser.

(Cet ouvrage a été publié pour la première fois en 1663. En préparant la présente édition, on a jugé souhaitable de moderniser les expressions et la ponctuation vieillies, corrections que l’auteur lui-même, s’il avait été en vie, aurait sans doute approuvées.

T. E. Watson.

Fin.

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