Appel sérieux à une vie dévote et sainte
De la prière du soir. De la nature et de la nécessité de l’examen. Comment nous devons être exacts dans la confession de tous nos péchés. Comment nous devons remplir notre esprit d’une juste horreur et d’une juste crainte de tout péché

Chapitre 23 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute

De la prière du soir. De la nature et de la nécessité de l’examen. Comment nous devons être exacts dans la confession de tous nos péchés. Comment nous devons remplir notre esprit d’une juste horreur et d’une juste crainte de tout péché

J’EN suis venu maintenant à six heures du soir, qui, selon la manière de compter de l’Écriture, est appelée la douzième, ou la dernière heure du jour. C’est là un temps si propre à la dévotion que je suppose qu’il n’est besoin de rien dire pour le recommander comme un moment de prière à toutes les personnes qui font profession d’avoir quelque égard pour la piété.

Comme le travail et l’activité de tous les états de vie sont généralement terminés à cette heure, c’est aussi le temps propre où chacun doit se faire rendre compte à lui-même et repasser toute sa conduite depuis la première action du jour. La nécessité de cet examen est fondée sur la nécessité de la repentance. Car s’il est nécessaire de se repentir de tous nos péchés, si la culpabilité des péchés dont on ne s’est pas repenti demeure encore sur nous, alors il est nécessaire non seulement que tous nos péchés, mais aussi leurs circonstances particulières et ce qui les aggrave, soient connus, rappelés et amenés à la repentance.

L’Écriture dit : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » [1 Jean 1:9] Ce qui revient à dire que nos péchés ne nous sont pardonnés, et que nous ne sommes purifiés de leur culpabilité et de leur iniquité, que lorsqu’ils ont été ainsi confessés et que nous nous en sommes repentis.

Il semble donc qu’il y ait la plus grande nécessité à ce que toutes nos actions de chaque jour soient constamment observées et soumises à un compte, de peur que, par négligence, nous ne nous chargions de la culpabilité de péchés dont nous ne nous serions pas repentis.

Cet examen de nous-mêmes chaque soir ne doit donc pas seulement être regardé comme une règle louable, et digne d’être observée par un homme sage, mais comme une chose aussi nécessaire qu’une confession et une repentance quotidiennes de nos péchés ; parce que cette repentance quotidienne est de bien peu de valeur, et perd tout son principal avantage, à moins qu’elle ne soit une confession et une repentance particulières des péchés de ce jour-là. Cet examen est nécessaire à la repentance de la même manière que le temps lui est nécessaire ; vous ne pouvez vous repentir ni exprimer votre douleur à moins d’y consacrer quelque temps ; et vous ne pouvez non plus vous repentir qu’autant que vous savez de quoi vous vous repentez. De sorte que, lorsqu’on dit qu’il est nécessaire d’examiner vos actions et de vous en faire rendre compte, c’est seulement dire qu’il est nécessaire de savoir de quoi, et de combien de choses, vous devez vous repentir.

Peut-être ne vous êtes-vous jusqu’ici accoutumé qu’à vous confesser pécheur en général, et à demander pardon en gros, sans aucun souvenir particulier, ni aucune contrition, des péchés particuliers de ce jour-là. Et par cette pratique vous en êtes venu à croire que la même courte formule générale de confession du péché en général est une repentance suffisante pour chaque jour.

Supposez qu’une autre personne soutînt qu’une confession de nos péchés en général, une fois à la fin de chaque semaine, suffit, et qu’il vaut autant confesser ensemble les péchés de sept jours que d’avoir une repentance particulière à la fin de chaque jour : je sais que vous voyez assez ce que cette opinion a de déraisonnable et d’impie, et que vous pensez qu’il est assez aisé d’en montrer le danger et la folie.

Et cependant vous ne sauriez apporter contre une telle opinion un seul argument qui ne soit aussi bon contre une repentance quotidienne qui ne fait pas rendre un compte exact des péchés particuliers de ce jour-là.

Car, comme vous ne pouvez apporter contre cette opinion aucun texte exprès de l’Écriture, mais devez tirer tous vos arguments de la nature de la repentance et de la nécessité d’une repentance particulière pour des péchés particuliers, ainsi tout argument de cette sorte doit prouver tout aussi pleinement la nécessité d’être très particulier dans notre repentance des péchés de chaque jour ; puisqu’on ne peut rien dire avec justice contre le fait de laisser les péchés de toute la semaine pour s’en repentir en gros, qu’on ne puisse dire avec autant de justice contre une repentance quotidienne qui ne considère les péchés de ce jour-là qu’en gros.

Diriez-vous à un tel homme qu’une confession quotidienne est nécessaire pour entretenir l’horreur du péché, et que sans elle l’esprit deviendrait endurci et insensible à la culpabilité du péché ? Et n’est-ce pas là une aussi bonne raison pour exiger que votre repentance quotidienne soit très expresse et très particulière pour vos péchés de chaque jour ? Car si la confession doit faire naître l’horreur du péché, assurément cette confession qui considère et met à nu vos péchés particuliers, qui les amène à la lumière avec toutes leurs circonstances et tout ce qui les aggrave, qui exige un aveu particulier et douloureux de chaque péché, doit remplir l’esprit d’horreur pour le péché à un bien plus haut degré que celle qui, en une seule et même formule de paroles, vous confesse seulement pécheur en général. Car, comme ce n’est rien que le plus grand saint ne puisse dire avec justice de lui-même, ainsi la répétition quotidienne d’une telle confession, et d’elle seule, n’a rien en elle qui puisse vous faire véritablement honte de votre propre manière de vivre.

De plus : ne devez-vous pas dire à un tel homme qu’en se bornant à une telle confession générale chaque semaine, il serait en grand danger d’oublier un grand nombre de ses péchés ? Mais y a-t-il quelque sens ou quelque force dans cet argument, à moins que vous ne supposiez que tous nos péchés doivent être rappelés et amenés à une repentance particulière ? Et n’est-il pas aussi nécessaire que nos péchés particuliers ne soient pas oubliés, mais rappelés en particulier dans nos repentances quotidiennes, que dans une repentance faite à tout autre moment ?

De sorte que tout argument en faveur d’une confession et d’une repentance quotidiennes est le même argument en faveur de la confession et de la repentance des péchés particuliers de chaque jour.

Parce que la confession quotidienne n’a d’autre raison ni d’autre nécessité que nos péchés de chaque jour ; et que, par conséquent, elle n’est rien de ce qu’elle doit être, qu’autant qu’elle est une repentance et un aveu douloureux des péchés du jour.

Vous vous croiriez, je suppose, coupable d’une grande impiété si vous alliez vous coucher sans vous confesser pécheur et sans demander pardon à Dieu ; vous ne penseriez pas qu’il suffise de l’avoir fait hier. Et cependant si, sans aucun égard au jour présent, vous ne faites que répéter la même formule de paroles dont vous avez usé hier, on peut à juste titre regarder les péchés du jour présent comme n’ayant reçu aucune repentance. Car si les péchés du jour présent exigent une nouvelle confession, il faut que ce soit une nouvelle confession qui lui soit propre. Car c’est l’état et la condition de chaque jour qui doivent déterminer l’état et la manière de votre repentance du soir ; autrement, la même formule générale de paroles est plutôt une vaine formalité qui a l’apparence d’un devoir, qu’un véritable accomplissement de ce devoir, tel qu’il est nécessaire pour vous le rendre vraiment utile.

Supposons qu’un certain jour vous vous soyez rendu coupable des péchés que voici : que vous ayez dit sur vous-même un mensonge de vanité, vous attribuant faussement quelque chose par orgueil ; que vous vous soyez rendu coupable de médisance, et que vous vous soyez laissé aller à quelque degré d’intempérance. Supposons que le jour suivant vous ayez vécu d’une manière toute contraire ; que vous n’ayez négligé aucun devoir de dévotion, et que vous ayez été le reste du jour innocemment occupé à vos affaires propres. Supposons que, le soir de ces deux jours, vous usiez seulement de la même confession générale, la considérant plutôt comme un devoir qu’il faut accomplir chaque soir que comme une repentance qui doit être appropriée à l’état particulier du jour.

Peut-on dire avec quelque raison que chaque jour a eu la repentance qui lui était propre ? N’est-il pas aussi sensé de dire qu’il n’y a aucune différence dans la culpabilité de ces deux jours, que de dire qu’il n’est pas besoin d’une repentance différente à la fin de chacun d’eux ? Ou comment chacun d’eux peut-il avoir sa repentance propre, sinon en ayant une repentance aussi large, aussi étendue et aussi particulière que la culpabilité de chaque jour ?

De plus : supposons que, dans ce jour où vous vous étiez rendu coupable des trois péchés notoires mentionnés ci-dessus, vous ne vous en fussiez rappelé qu’un seul dans votre repentance du soir. N’est-il pas évident que vous ne vous êtes pas repenti des deux autres, et que, par conséquent, leur culpabilité demeure encore sur vous ? De sorte que vous êtes alors dans l’état de celui qui se livre à la nuit sans la repentance qui convenait à un jour qui l’avait entraîné dans deux si grands péchés.

Or ce ne sont pas là des particularités inutiles, ni de ces subtilités scrupuleuses dont un homme n’a pas besoin de s’inquiéter ; mais ce sont des vérités évidentes, qui touchent essentiellement à la vie même de la piété. Car si la repentance est nécessaire, il est tout aussi nécessaire qu’elle soit accomplie comme il faut et de la manière qui convient.

Et je ne suis entré dans toutes ces particularités que pour vous montrer, de la manière la plus claire, que l’examen et une revue attentive de toutes les actions du jour ne doivent pas seulement être regardés comme une bonne règle, mais comme une chose aussi nécessaire que la repentance elle-même.

Si un homme doit rendre compte de ses dépenses le soir, peut-on regarder comme une exactitude inutile qu’il prenne note de chaque dépense particulière de la journée ?

Et si un homme doit se repentir de ses péchés le soir, peut-on regarder comme un trop grand scrupule qu’il sache et se rappelle de quels péchés il doit se repentir ?

De plus : quand même on accorderait qu’une confession générale peut être une repentance suffisante à la fin de ces jours qui n’ont à déplorer que les fragilités inévitables de notre nature, cela même prouve pleinement la nécessité absolue de cet examen de soi-même ; car sans cet examen, qui peut savoir qu’il a passé un jour de cette manière ?

De plus : une repentance du soir qui fait ainsi rendre compte de toutes les actions du jour n’est pas seulement nécessaire pour effacer la culpabilité du péché, mais c’est aussi le moyen le plus sûr de corriger et de perfectionner notre vie.

Car il n’y a qu’une telle repentance qui touche le cœur, qui réveille la conscience, et qui laisse dans l’esprit l’horreur et la détestation du péché.

Par exemple : s’il arrivait qu’un certain soir tout ce que vous auriez à vous reprocher fût ceci, à savoir un accomplissement précipité et négligent de vos dévotions, ou trop de temps passé dans une conversation futile ; si vous réfléchissiez pleinement sur ce que ces choses ont de déraisonnable et que vous le reconnaissiez ; si vous vous condamniez alors devant Dieu pour elles, et que vous imploriez son pardon et le secours de sa grâce, qu’est-ce qui pourrait être un moyen aussi propre à vous empêcher de tomber le lendemain dans les mêmes fautes ?

Ou si vous y retombiez le lendemain, cependant, si elles étaient de nouveau soumises au même examen et à la même condamnation en la présence de Dieu, le fait qu’elles se fussent reproduites serait pour vous une telle preuve de votre propre folie et de votre propre faiblesse, causerait dans votre esprit une telle peine et un tel remords, et vous remplirait d’une telle honte et d’une telle confusion de vous-même, que, selon toute probabilité, cela vous ferait désirer extrêmement une plus grande perfection.

Or, dans le cas de péchés répétés, tel serait l’avantage certain que nous recevrions de cet examen et de cette confession : l’esprit en serait rendu humble, plein de douleur et d’une profonde componction, et, par degrés, contraint à l’amendement.

Au lieu qu’une confession générale et de pure forme, qu’on ne considère que comme un devoir du soir, qui ne fait pas attention aux fautes particulières du jour, et qui est la même, que le jour ait été bien ou mal employé, n’a que peu ou point d’effet sur l’esprit ; un homme peut user chaque jour d’une telle confession, et cependant continuer toute sa vie à pécher et à confesser, sans aucun remords d’esprit ni aucun véritable désir de s’amender.

Car si vos propres péchés particuliers sont laissés en dehors de votre confession, votre confession du péché en général n’a pas plus d’effet sur votre esprit que si vous aviez seulement confessé que tous les hommes en général sont pécheurs. Et il n’y a rien dans une confession qui montre qu’elle est la vôtre, sinon dans la mesure où elle est une accusation de vous-même, non du péché en général, ou de celui qui est commun à tous les autres, mais de ces péchés particuliers qui font votre propre honte et votre propre opprobre.

Aucune autre confession que celle qui découvre ainsi et accuse votre propre culpabilité particulière ne peut être un acte de douleur véritable, ou d’une réelle inquiétude au sujet de votre propre état. Et une confession qui est sans cette douleur et cette componction du cœur n’a rien en elle, ni pour expier les péchés passés, ni pour produire en nous une véritable réforme et un véritable amendement de vie.

Poursuivons : pour rendre cet examen encore plus profitable, chacun devrait s’obliger à y suivre une certaine méthode. Comme chacun a quelque chose de particulier dans sa nature, des inclinations plus fortes pour certains vices que pour d’autres, certaines infirmités qui lui tiennent de plus près et qui sont plus difficiles à vaincre que d’autres ; et comme il est aussi aisé à chacun de connaître cela de lui-même que de savoir qui il aime ou qui il n’aime pas, il est souverainement nécessaire que ces particularités de nos natures et de nos dispositions n’échappent jamais à une sévère épreuve dans notre repentance du soir. Je dis une sévère épreuve, parce que rien de moins qu’une rigoureuse sévérité contre ces dispositions naturelles ne suffit pour les vaincre.

Ce sont là les yeux droits qu’il ne faut pas épargner, mais qu’il faut arracher et jeter loin de nous. Car comme ce sont des infirmités de la nature, elles ont aussi la force de la nature, et il faut les traiter avec une grande résistance, ou elles deviendront bientôt trop fortes pour nous.

Celui donc qui se sait sujet plus que tout autre à la colère et à l’emportement doit être très exact et très constant à examiner chaque soir cette disposition. Il doit découvrir chaque écart qu’il a commis en ce genre, soit en pensée, soit en parole, soit en action ; il doit se faire honte, se faire des reproches et s’accuser devant Dieu de tout ce qu’il a dit ou fait pour obéir à sa passion. Il ne doit pas plus se permettre d’oublier l’examen de cette disposition que d’oublier toutes ses prières.

De plus : si vous trouvez que la vanité est votre disposition dominante, celle qui vous porte toujours à orner votre personne et à courir après tout ce qui complimente ou flatte vos talents, n’épargnez jamais et n’oubliez jamais cette disposition dans votre examen du soir ; mais confessez à Dieu toute vanité de pensée, de parole ou d’action dont vous vous êtes rendu coupable, et infligez-vous pour elle toute la honte et toute la confusion que vous pourrez.

C’est de cette manière que tous devraient agir à l’égard de leur principale fragilité, celle à laquelle leur nature les incline le plus. Et quand même cela ne ferait pas aussitôt tout ce qu’ils souhaiteraient, cependant, par une pratique constante, cela produirait certainement en peu de temps l’effet désiré.

De plus : comme tous les états et toutes les occupations de la vie ont leurs dangers et leurs tentations particulières, et exposent les hommes à certains péchés plus qu’à d’autres, ainsi tout homme qui souhaite son propre avancement devrait faire une partie nécessaire de son examen du soir de considérer comment il a évité les péchés qui sont les plus communs à son état de vie, ou comment il y est tombé.

Car, comme nos affaires et notre condition de vie ont un grand pouvoir sur nous, ainsi rien d’autre qu’une vigilance telle que celle-ci ne peut nous garantir des tentations auxquelles elles nous exposent chaque jour.

Le pauvre, par sa condition de vie, est toujours en danger de murmure et d’inquiétude ; le riche est surtout exposé à la sensualité et à la complaisance pour lui-même ; le marchand au mensonge et aux gains déraisonnables ; l’homme d’étude à l’orgueil et à la vanité : de sorte que, dans tout état de vie, un homme devrait toujours, dans l’examen de lui-même, avoir l’œil sévèrement fixé sur les fautes auxquelles son état de vie l’expose plus que toutes les autres.

De plus : comme il est raisonnable de supposer que tout homme de bien est entré dans quelque méthode de sainte vie, ou du moins se l’est proposée, et qu’il s’est fixé certaines règles à observer qui ne sont pas communes aux autres hommes et qui ne sont connues que de lui seul, ainsi ce devrait être une partie constante de son recueillement du soir d’examiner comment, et à quel degré, il les a observées, et de se reprocher devant Dieu chacune des fois qu’il les a négligées.

Par règles, j’entends ici les règles qui se rapportent au bon ordre de notre temps et aux affaires de notre vie ordinaire ; les règles qui prescrivent un certain ordre à tout ce que nous avons à faire : nos affaires, nos dévotions, nos mortifications, nos lectures, nos retraites, nos conversations, nos repas, nos délassements, notre sommeil, et choses semblables.

Or, comme de bonnes règles touchant toutes ces choses sont des moyens certains d’un grand avancement, et telles que tous les chrétiens sérieux doivent nécessairement se les proposer, ainsi elles ne seront guère jamais observées avec fruit, à moins qu’on n’en fasse le sujet constant de notre examen du soir.

Enfin, vous ne devez pas vous contenter d’une revue générale et précipitée du jour, mais vous devez l’entreprendre avec réflexion ; commencez par la première action du jour, et avancez pas à pas à travers chacune des choses particulières dont vous vous êtes occupé, et ainsi ne laissez passer inaperçu aucun temps, aucun lieu, aucune action.

Un examen ainsi conduit vous rendra en peu de temps aussi différent de vous-même qu’un homme sage est différent d’un insensé. Il vous donnera un renouvellement d’esprit, un esprit de sagesse et un désir de perfection auxquels vous étiez entièrement étranger auparavant.

Voilà pour ce qui regarde l’examen du soir.

Je passe maintenant à vous proposer les considérations qui peuvent remplir votre esprit d’une juste crainte et d’une juste horreur de tout péché, et vous aider à confesser les vôtres avec la contrition la plus vive et la plus profonde douleur du cœur.

Considérez d’abord combien tout péché est odieux à Dieu, quelle extrême bassesse il est, et combien il rend les pécheurs abominables aux yeux de Dieu. Que c’est le péché seul qui fait la grande différence entre un ange et le diable ; et que tout pécheur, dans la mesure où il pèche, est un ami du diable, et poursuit son œuvre contre Dieu. Que le péché est une plus grande souillure et une plus grande flétrissure de l’âme qu’aucune ordure ou aucune maladie n’est une souillure du corps. Et que se contenter de vivre dans le péché est une bien plus grande bassesse que de désirer se vautrer dans la fange, ou d’aimer quelque impureté corporelle.

Considérez combien vous devriez avoir en horreur une créature qui ne se plairait qu’à l’ordure et à la saleté, et qui haïrait tout ce qui est décent et propre ; et que cela vous apprenne à concevoir combien doit paraître odieuse à Dieu l’âme qui ne se plaît qu’à l’impureté du péché.

Car tous les péchés, qu’ils soient de sensualité, d’orgueil ou de fausseté, ou de quelque autre passion déréglée, ne sont autre chose que l’ordure et les maladies impures de l’âme raisonnable. Et toute justice n’est autre chose que la pureté, la bienséance, la beauté et la perfection de cet esprit qui est fait à l’image de Dieu.

De plus : apprenez quelle horreur vous devez avoir de la culpabilité du péché par la grandeur de l’expiation qui a été faite pour lui.

Dieu a fait le monde par le souffle de sa bouche, d’une seule parole ; mais la rédemption du monde a été une œuvre d’un plus long travail.

Avec quelle facilité Dieu peut créer des êtres, nous l’apprenons par le premier chapitre de la Genèse ; mais combien il est difficile à la miséricorde infinie de pardonner les péchés, nous l’apprenons par cette expiation si coûteuse, ces sacrifices sanglants, ces peines et ces pénitences, ces maladies et ces morts, qu’il faut toutes subir avant que le pécheur coupable soit en état de paraître en la présence de Dieu.

Pesez ces grandes vérités : que le Fils de Dieu a dû se faire homme, participer à toutes nos infirmités, subir une vie pauvre, douloureuse, misérable et méprisée, être persécuté, haï, et enfin cloué sur une croix, afin que, par de telles souffrances, il rendît Dieu propice à cette nature dans laquelle il a souffert.

Que tous les sacrifices sanglants et toutes les expiations de la loi juive devaient représenter la nécessité de ce grand sacrifice, et le grand déplaisir que Dieu avait contre les pécheurs.

Que le monde est encore sous la malédiction du péché, et porte des marques certaines du déplaisir de Dieu contre lui, telles que les famines, les pestes, les tempêtes, les maladies, les infirmités et la mort.

Considérez que tous les fils d’Adam doivent passer par une vie douloureuse et maladive, renonçant à leurs appétits naturels et les mortifiant, et crucifiant les convoitises de la chair, afin d’avoir part à l’expiation de la mort de notre Sauveur.

Que toutes leurs pénitences et tous leurs renoncements à eux-mêmes, toutes leurs larmes et leur repentance, ne sont rendus efficaces que par cette grande intercession qui se fait encore pour eux à la droite de Dieu.

Considérez ces grandes vérités : que cette mystérieuse rédemption, tous ces sacrifices et toutes ces souffrances, et de Dieu et de l’homme, n’ont d’autre but que d’ôter la culpabilité du péché ; et puis que cela vous apprenne avec quelles larmes et quelle contrition vous devez vous en purifier.

Après cette considération générale de la culpabilité du péché, qui a fait tant de mal à votre nature, qui l’a exposée à un si grand châtiment, et qui l’a rendue si odieuse à Dieu que rien de moins qu’une si grande expiation du Fils de Dieu, et une si grande repentance de notre part, ne peut nous rétablir dans la faveur divine :

Considérez ensuite votre propre part particulière dans la culpabilité du péché. Et si vous voulez savoir avec quel zèle vous devez vous repentir vous-même, considérez comment vous exhorteriez un autre pécheur à la repentance, et quelle repentance et quel amendement vous attendriez de celui que vous jugeriez être le plus grand pécheur du monde.

Or chacun peut à juste titre regarder ce cas comme le sien. Et vous pouvez à bon droit vous regarder comme le plus grand pécheur que vous connaissiez au monde.

Car, bien que vous puissiez connaître quantité de gens coupables de quelques péchés grossiers dont vous ne pouvez vous accuser, cependant vous pouvez à juste titre vous condamner comme le plus grand pécheur que vous connaissiez. Et cela pour les raisons suivantes :

Premièrement, parce que vous connaissez mieux la folie de votre propre cœur que celle du cœur des autres ; et que vous pouvez vous accuser de divers péchés que vous ne connaissez que de vous-même, sans pouvoir être sûr que d’autres pécheurs en soient coupables. De sorte que, comme vous connaissez mieux la folie, la bassesse, l’orgueil, la fausseté et la négligence de votre propre cœur que de celui de qui que ce soit d’autre, vous avez une juste raison de vous considérer comme le plus grand pécheur que vous connaissiez ; parce que vous connaissez mieux la grandeur de vos propres péchés que celle des péchés des autres.

Secondement, la grandeur de notre culpabilité vient principalement de la grandeur de la bonté de Dieu envers nous, des grâces et des bénédictions particulières, des faveurs, des lumières et des instructions que nous avons reçues de lui.

Or, comme ces grâces et ces bénédictions, et la multitude des faveurs de Dieu envers nous, sont les grandes circonstances aggravantes de nos péchés contre Dieu, ainsi elles ne sont connues que de nous-mêmes. Et c’est pourquoi tout pécheur connaît mieux ce qui aggrave sa propre culpabilité que ce qui aggrave celle des autres ; et par conséquent il peut à juste titre se regarder comme le plus grand pécheur qu’il connaisse.

Combien Dieu a été bon envers les autres pécheurs, quelle lumière et quelle instruction il a daigné leur accorder, quelles bénédictions et quelles grâces ils ont reçues de lui, combien de fois il a touché leur cœur de saintes inspirations, vous ne pouvez le dire. Mais tout cela, vous le savez de vous-même : vous connaissez donc de plus grandes circonstances aggravantes de votre propre culpabilité, et vous pouvez vous accuser d’une plus grande ingratitude que celle dont vous pouvez accuser les autres.

Et c’est la raison pour laquelle les plus grands saints, dans tous les siècles, se sont condamnés comme les plus grands pécheurs : c’est qu’ils connaissaient de leurs propres péchés certaines circonstances aggravantes qu’ils ne pouvaient connaître de ceux des autres.

La vraie manière de remplir votre cœur d’une véritable contrition et d’un profond sentiment de vos propres péchés est donc celle-ci : vous ne devez pas considérer ni comparer la forme extérieure, ou le cours de votre vie, avec celle des autres, et vous croire ensuite moins pécheur qu’eux parce que le cours extérieur de votre vie est moins coupable que le leur.

Mais, pour connaître votre propre culpabilité, vous devez considérer vos propres circonstances particulières, votre santé, vos maladies, votre jeunesse ou votre âge, votre vocation particulière, le bonheur de votre éducation, les degrés de lumière et d’instruction que vous avez reçus, les hommes de bien avec qui vous avez conversé, les avertissements que vous avez eus, les bons livres que vous avez lus, la multitude innombrable des bénédictions, des grâces et des faveurs divines que vous avez reçues, les bons mouvements de la grâce auxquels vous avez résisté, les résolutions d’amendement que vous avez souvent violées, et les reproches de la conscience dont vous n’avez tenu aucun compte.

Car c’est d’après ces circonstances que chacun doit établir la mesure et la grandeur de sa propre culpabilité. Et comme vous ne connaissez ces circonstances que pour vos propres péchés, vous devez nécessairement savoir vous accuser de plus hauts degrés de culpabilité que ceux dont vous pouvez accuser les autres.

Dieu tout-puissant connaît peut-être de plus grands pécheurs que vous ; car il voit et connaît les circonstances des péchés de tous les hommes ; mais votre propre cœur, s’il vous est fidèle, ne peut découvrir aucune culpabilité aussi grande que la vôtre, parce qu’il ne peut voir qu’en vous ces circonstances sur lesquelles se fonde une grande partie de la culpabilité du péché.

Vous pouvez voir chez les autres des péchés dont vous ne pouvez vous accuser ; mais, en revanche, vous connaissez de votre propre culpabilité un grand nombre de circonstances que vous ne pouvez mettre à leur charge.

Et peut-être cette personne qui paraît si éloignée de votre vertu, et si odieuse à vos yeux, aurait-elle été bien meilleure que vous ne l’êtes, si elle s’était trouvée tout à fait dans vos circonstances, et qu’elle eût reçu de Dieu toutes les mêmes faveurs et toutes les mêmes grâces que vous.

C’est là une réflexion très humiliante, et très propre à être faite par ceux qui mesurent leur vertu en comparant le cours extérieur de leur vie avec celui de la vie des autres.

Car regardez qui vous voudrez, si différent qu’il soit de vous dans sa manière de vivre, jamais vous ne pouvez savoir qu’il ait résisté à autant de grâce divine que vous, ni que, dans toutes vos circonstances, il n’eût pas été bien plus fidèle à son devoir que vous ne l’êtes.

Or c’est la raison pour laquelle je vous ai prié de considérer comment vous exhorteriez à confesser et à pleurer ses péchés cet homme que vous regardiez comme l’un des plus grands pécheurs.

Parce que, si vous voulez agir avec justice, vous devez porter l’accusation chez vous, et ne pas regarder plus loin que vous-même. Car Dieu n’a donné à personne le pouvoir de connaître la véritable grandeur d’aucuns péchés, sinon des siens propres ; et c’est pourquoi le plus grand pécheur que chacun connaisse, c’est lui-même.

Vous pouvez aisément voir comment un tel homme, dans le cours extérieur de sa vie, transgresse les lois de Dieu ; mais vous ne pouvez jamais dire que, si vous aviez été exactement dans toutes ses circonstances, vous ne les auriez pas transgressées plus qu’il ne l’a fait.

Une réflexion sérieuse et fréquente sur ces choses tendra puissamment à nous humilier à nos propres yeux, à nous rendre très sensibles à la grandeur de notre propre culpabilité, et très retenus quand il s’agit de censurer et de condamner les autres.

Car qui oserait être sévère envers les autres, quand, pour autant qu’il en puisse juger, la sévérité de Dieu lui est peut-être plus due qu’à eux ? Qui se récrierait contre la culpabilité des autres, quand il considère qu’il connaît mieux la grandeur de sa propre culpabilité que celle de la leur ?

Combien de fois vous avez résisté au Saint-Esprit de Dieu, combien de motifs de faire le bien vous avez dédaignés, contre combien de bénédictions particulières vous avez péché, combien de bonnes résolutions vous avez violées, combien de reproches et d’avertissements de la conscience vous avez étouffés, vous le savez fort bien ; mais combien de fois il en a été de même pour d’autres pécheurs, vous ne le savez pas. Et c’est pourquoi le plus grand pécheur que vous connaissiez, ce doit être vous-même.

Toutes les fois donc que vous êtes irrité contre le péché ou contre les pécheurs, toutes les fois que vous lisez ou que vous pensez quelle est l’indignation et la colère de Dieu contre les méchants, que cela vous apprenne à être le plus sévère dans votre censure, et le plus humble et le plus contrit dans l’aveu et la confession de vos propres péchés, parce que vous ne connaissez aucun pécheur égal à vous-même.

Enfin, pour conclure ce chapitre : ayant ainsi examiné et confessé vos péchés à cette heure du soir, vous devez ensuite vous regarder comme encore obligé de recourir de nouveau à la prière juste avant d’aller vous coucher.

Le sujet le plus propre à vos prières en ce temps-là, c’est la mort. Que vos prières, alors, roulent donc entièrement sur elle, faisant le compte de tous les dangers, de toutes les incertitudes et de toutes les terreurs de la mort ; qu’elles contiennent tout ce qui peut toucher et réveiller votre esprit, pour lui en donner de justes appréhensions. Que vos demandes soient toutes pour obtenir de justes sentiments de l’approche et de l’importance de la mort ; et demandez à Dieu que votre esprit soit pénétré d’un tel sentiment de sa proximité que vous l’ayez toujours dans vos pensées, que vous fassiez toute chose comme en sa présence, et que vous fassiez de chaque jour un jour de préparation pour elle.

Représentez-vous en imagination que votre lit est votre tombeau ; que tout est prêt pour votre sépulture ; que vous n’avez plus rien à faire avec ce monde ; et que ce sera l’effet de la grande miséricorde de Dieu si vous revoyez jamais la lumière du soleil, ou si vous avez encore un jour à ajouter à vos œuvres de piété.

Et puis abandonnez-vous au sommeil comme entre les mains de Dieu ; comme quelqu’un qui ne doit plus avoir d’occasions de faire le bien, mais qui doit s’éveiller parmi les esprits séparés du corps, qui attendent le jugement du dernier et grand jour.

Une telle remise solennelle de vous-même entre les mains de Dieu chaque soir, et cet adieu à tout le monde, comme si vous ne deviez plus jamais le revoir, et tout cela dans le silence et les ténèbres de la nuit, est une pratique qui aura bientôt d’excellents effets sur votre esprit.

Car ce temps de la nuit est extrêmement propre à de telles prières et à de telles méditations ; et la ressemblance que le sommeil et les ténèbres ont avec la mort contribuera beaucoup à rendre vos pensées sur elle plus profondes et plus touchantes. De sorte que j’espère que vous ne laisserez jamais passer sans elles un temps si propre à de telles prières.

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