Chapitre 2 · 35 min de lecture · 46 min d’écoute
Préface
À toutes les personnes non sanctifiées qui liront ce livre, et particulièrement à mes auditeurs du bourg et de la paroisse de Kidderminster.
Hommes frères,
LE Dieu éternel, qui vous a faits pour une vie éternelle, et qui vous a rachetés par son Fils unique quand vous l’aviez perdue et que vous vous étiez perdus vous-mêmes, se souvenant de vous dans votre péché et votre misère, a dicté l’Évangile, l’a scellé par son Esprit, et a commandé à ses ministres de le prêcher au monde, afin que, le pardon vous étant offert gratuitement et le ciel étant placé devant vous, il pût vous rappeler de vos plaisirs charnels et de la poursuite de ce monde trompeur, et vous faire connaître la vie pour laquelle vous avez été créés et rachetés, avant que vous soyez morts et sans remède. Il ne vous envoie pas des prophètes ou des apôtres qui reçoivent leur message par une révélation immédiate ; mais il vous appelle pourtant par ses ministres ordinaires, qui ont reçu de lui la charge de prêcher le même Évangile que Christ et ses apôtres ont d’abord annoncé. Le Seigneur voit comment vous l’oubliez, lui et votre fin dernière, et quel peu de cas vous faites des choses éternelles, comme des hommes qui ne comprennent pas ce qu’ils ont à faire ou à souffrir. Il voit combien vous êtes hardis dans le péché, combien vous êtes sans crainte devant ses menaces, combien vous êtes insouciants de vos âmes, et comment les œuvres des infidèles sont dans votre vie, tandis que la foi des chrétiens est dans votre bouche. Il voit approcher le jour terrible où vos douleurs commenceront, où il vous faudra pleurer tout cela par des cris inutiles, dans les tourments et le désespoir ; et alors le souvenir de votre folie vous déchirera le cœur, si une vraie conversion ne le prévient maintenant. Par compassion pour vos âmes pécheresses et misérables, le Seigneur, qui connaît votre cas mieux que vous ne pouvez le connaître, nous a fait un devoir de vous parler en son nom (2 Corinthiens 5:19), de vous dire nettement votre péché et votre misère, quelle sera votre fin, et quel triste changement vous verrez bientôt, si vous continuez encore un peu de temps. Vous ayant achetés à un si haut prix, le sang de son Fils Jésus-Christ, et vous ayant fait une promesse si libre et si générale de pardon, de grâce et de gloire éternelle, il nous commande de vous présenter tout cela comme le don de Dieu, et de vous supplier de considérer la nécessité et le prix de ce qu’il vous offre. — Il vous voit et il a pitié de vous, tandis que vous êtes noyés dans les soucis et les plaisirs du monde, que vous courez avidement après des jouets d’enfant, et que vous gaspillez pour une chose de néant ce temps court et précieux où vous devriez vous préparer à une vie éternelle ; c’est pourquoi il nous a commandé de vous appeler, de vous dire que vous perdez votre peine et que vous êtes sur le point de perdre votre âme, et de vous dire quels biens plus grands et meilleurs vous pourriez avoir à coup sûr, si vous vouliez écouter son appel (Ésaïe 55:1, 2, 3). Nous croyons à la voix de Dieu et nous lui obéissons ; et nous venons à vous porteurs de son message, lui qui nous a chargés de prêcher, d’insister auprès de vous en toute occasion, favorable ou non, d’élever notre voix comme une trompette et de vous annoncer vos transgressions et vos péchés (Ésaïe 58:1 ; 2 Timothée 4:1, 2). Mais, hélas ! à la douleur de nos âmes et pour votre propre perte, vous bouchez vos oreilles, vous raidissez votre cou, vous endurcissez votre cœur, et vous nous renvoyez à Dieu avec des gémissements, pour lui dire que nous avons fait son message, mais que nous ne pouvons vous faire aucun bien, ni même obtenir de vous qu’on nous écoute sérieusement. — Oh ! que nos yeux ne sont-ils une source de larmes, pour pleurer notre peuple ignorant et insouciant, qui a devant lui Christ, et le pardon, et la vie, et le ciel, et qui n’a pas de cœur pour les connaître ni pour les estimer ! qui pourrait avoir Christ, et la grâce, et la gloire, aussi bien que d’autres, n’était sa négligence et son mépris volontaires ! Oh ! que le Seigneur remplisse nos cœurs de plus de compassion pour ces âmes misérables, afin que nous nous jetions jusqu’à leurs pieds, que nous les suivions jusque dans leurs maisons, et que nous leur parlions avec nos larmes amères ! Car il y a longtemps que nous prêchons en vain à beaucoup d’entre eux : nous nous appliquons à la simplicité pour nous faire comprendre, et beaucoup ne veulent pas nous comprendre ; nous cherchons des paroles sérieuses et perçantes pour les faire sentir, mais ils ne veulent pas sentir. Si les plus grandes choses pouvaient agir sur eux, nous les réveillerions ; si les choses les plus douces pouvaient agir, nous les attirerions et gagnerions leurs cœurs ; si les choses les plus terribles pouvaient agir, nous les effraierions du moins jusqu’à les détourner de leur méchanceté ; si la vérité et la certitude avaient prise sur eux, nous les convaincrions bientôt ; si le Dieu qui les a faits et le Christ qui les a achetés pouvaient être écoutés, leur cas serait bientôt changé ; si l’Écriture pouvait être écoutée, nous l’emporterions bientôt ; si la raison, et même la meilleure et la plus forte raison, pouvait être écoutée, nous ne douterions pas de les convaincre promptement ; si l’expérience pouvait être écoutée, leur propre expérience et l’expérience du monde entier, la chose serait réparée ; oui, si la conscience qui est en eux pouvait être écoutée, leur cas serait meilleur qu’il ne l’est. Mais, si rien ne peut être écouté, que ferons-nous donc pour eux ? Si le Dieu terrible du ciel est méprisé, qui donc sera respecté ? Si l’amour et le sang inestimables d’un Rédempteur sont tenus pour peu de chose, qu’est-ce donc qui sera estimé ? Si le ciel n’a pour eux aucune gloire désirable, si les joies éternelles ne valent rien à leurs yeux, s’ils peuvent plaisanter de l’enfer, danser autour de l’abîme sans fond et jouer avec le feu dévorant, et cela quand Dieu et les hommes les en avertissent, que ferons-nous pour de telles âmes ?
Une fois encore, au nom du Dieu du ciel, je vais vous faire le message qu’il nous a commandé, et le laisser dans ces lignes qui demeurent, pour vous convertir ou pour vous condamner, pour vous changer ou pour s’élever en jugement contre vous et être un témoin devant vos faces que vous avez eu une fois un appel sérieux à vous convertir. Écoutez, vous tous qui êtes les esclaves du monde et les serviteurs de la chair et de Satan ! qui passez vos jours à rechercher la prospérité sur la terre, qui noyez vos consciences dans la boisson, la gourmandise, l’oisiveté et les divertissements insensés, qui connaissez votre péché et qui voulez pourtant pécher, comme si vous défiiez Dieu et lui disiez de faire le pire sans vous épargner ! Écoutez, vous tous qui ne vous souciez pas de Dieu, qui n’avez point de cœur pour les choses saintes, qui ne trouvez aucune saveur dans la parole ou dans le culte du Seigneur, ni dans la pensée ou la mention de la vie éternelle ; qui êtes insouciants de vos âmes immortelles et ne consacrez jamais une heure à rechercher en quel état elles sont, si elles sont sanctifiées ou non sanctifiées, et si vous êtes prêts à paraître devant le Seigneur ! Écoutez, vous tous qui, en péchant contre la lumière, vous êtes enfoncés dans l’incrédulité, et ne croyez pas la parole de Dieu. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende l’appel plein de grâce, et pourtant terrible, de Dieu ! Son œil est sur vous pendant tout ce temps. Vos péchés sont enregistrés, et vous en entendrez sûrement reparler. Dieu tient le livre maintenant ; et il l’écrira tout entier sur vos consciences avec ses terreurs ; et alors vous le tiendrez aussi vous-mêmes. Ô pécheurs, si vous saviez seulement ce que vous faites, et qui vous offensez pendant tout ce temps ! Le soleil lui-même n’est que ténèbres devant cette Majesté que vous outragez chaque jour et que vous provoquez avec insouciance. Les anges qui ont péché n’ont pu subsister devant lui, mais ils ont été précipités pour être tourmentés avec les démons. Et de pauvres vers tels que vous osent l’offenser si négligemment et se dresser contre leur Créateur ! Oh ! si vous saviez tant soit peu en quel état se trouve cette âme misérable qui a mis contre elle le Dieu vivant ! Les paroles de la bouche de celui qui t’a fait peuvent te défaire ; le froncement de sa face te retranchera et te jettera dans les ténèbres du dehors. Avec quelle avidité les démons qui t’ont tenté attendent d’avoir affaire à toi, et n’attendent que l’ordre de Dieu pour te saisir et te traiter comme leur bien ! et alors, en un moment, tu seras en enfer. Si Dieu est contre toi, toutes choses sont contre toi : ce monde n’est que ta prison, tout en l’aimant comme tu l’aimes ; tu n’y es que réservé pour le jour de la colère (Job 21:30). Le Juge vient ; ton âme est déjà sur le départ. Encore un peu de temps, et ton ami dira de toi : « Il est mort » ; et tu verras les choses que tu méprises maintenant, et tu sentiras ce que maintenant tu ne veux pas croire. La mort apportera un argument auquel tu ne pourras répondre ; un argument qui réfutera efficacement tes chicanes contre les paroles et les voies de Dieu, et toutes tes rêveries présomptueuses. Et alors, comme ton esprit sera vite changé ! Sois alors incrédule, si tu le peux ; maintiens alors toutes tes paroles d’autrefois, celles que tu avais coutume de proférer contre une vie sainte et céleste. Soutiens alors devant le Seigneur cette cause que tu avais coutume de plaider contre tes pasteurs et contre le peuple qui craignait Dieu. Maintiens alors tes vieilles opinions et tes pensées méprisantes sur le zèle des saints ; prépare dès maintenant tes plus fortes raisons, et lève-toi alors devant le Juge, et plaide en homme pour ta vie charnelle, mondaine et impie. Mais sache que tu auras affaire à quelqu’un qui ne se laissera pas déconcerter par toi, ni écarter aussi aisément que nous, tes semblables. Ô pauvre âme ! il n’y a qu’un mince voile de chair entre toi et ce spectacle saisissant qui t’imposera bientôt silence, qui changera ton ton et te fera changer d’avis ! Dès que la mort aura tiré ce rideau, tu verras d’abord ce qui te laissera bientôt sans voix. Et combien vite viendront ce jour et cette heure ! Quand tu auras eu encore quelques heures joyeuses, encore quelques gorgées et quelques morceaux agréables, et encore un peu des honneurs et des richesses du monde, ta part sera dépensée, tes plaisirs finis, et tout ce sur quoi tu as mis ton cœur aura alors disparu ; de tout ce pour quoi tu as vendu ton Sauveur et ton salut, il ne restera rien que le lourd règlement de compte. Comme un voleur qui dépense joyeusement dans un cabaret l’argent qu’il a dérobé, tandis que des hommes chevauchent à bride abattue pour l’arrêter, ainsi en est-il de vous. Tandis que vous êtes noyés dans les soucis ou les plaisirs charnels, et que vous faites bonne chère de votre propre honte, la mort accourt à bride abattue pour se saisir de vous et emporter vos âmes en un lieu et un état auxquels vous ne pensez guère et que vous connaissez mal à présent. Supposez que, tandis que vous êtes hardis et affairés dans votre péché, un messager vînt en poste de Londres pour vous arrêter et vous ôter la vie : bien que vous ne le vissiez pas, si vous saviez qu’il est en route, cela gâterait votre gaieté ; vous penseriez à la hâte qu’il met, et vous prêteriez l’oreille pour l’entendre frapper à votre porte. Oh ! si vous pouviez voir quelle hâte met la mort, bien qu’elle ne vous ait pas encore atteints ! Point de courrier si rapide ! Point de messager plus sûr ! Aussi sûrement que le soleil sera chez vous au matin, bien qu’il ait bien des milliers et des centaines de milliers de lieues à parcourir pendant la nuit, aussi sûrement la mort sera bientôt chez vous ; et alors où seront vos divertissements et vos plaisirs ? Plaisanterez-vous alors et ferez-vous les braves ? Vous moquerez-vous alors de ceux qui vous ont avertis ? Vaudra-t-il mieux alors être un saint qui croit ou un mondain sensuel ? « Et alors, pour qui cela sera-t-il? », tout ce que vous avez amassé (Luc 12:19, 20, 21). Ne remarquez-vous pas que les jours et les semaines passent vite, que les nuits et les matins arrivent en hâte et se succèdent rapidement ? Vous dormez, « mais votre ruine ne sommeille point » ; vous tardez, « mais votre condamnation, depuis longtemps, ne tarde point » (2 Pierre 2:3, 4, 5), à laquelle « vous êtes réservés pour être punis » (2 Pierre 2:8, 9). — Oh ! si vous étiez sages pour comprendre cela, et si vous pensiez à votre fin dernière » (Deutéronome 32:29). — « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende l’appel de Dieu en ce jour de son salut. »
Ô pécheurs insouciants ! si vous connaissiez seulement l’amour que vous négligez avec ingratitude, et le prix du sang de Christ que vous méprisez ! Oh ! si vous connaissiez seulement les richesses de l’Évangile ! Oh ! si vous connaissiez seulement, ne fût-ce qu’un peu, la certitude, la gloire et la félicité de cette vie éternelle sur laquelle vous ne voulez pas maintenant fixer vos cœurs, et que vous ne vous laissez pas persuader de chercher premièrement et avec diligence (Hébreux 11:6 et 12:28 ; Matthieu 6:12). Si vous connaissiez seulement la vie sans fin avec Dieu que vous négligez maintenant, avec quelle promptitude vous rejetteriez votre péché ! avec quelle promptitude vous changeriez d’esprit et de vie, de conduite et de compagnie, détourneriez le cours de vos affections, et porteriez vos soins d’un autre côté ! Avec quelle résolution vous dédaigneriez de céder à des tentations comme celles qui vous trompent et vous entraînent maintenant ! Avec quel zèle vous vous remueriez pour cette vie bienheureuse entre toutes ! Avec quelle ardeur vous presseriez Dieu dans la prière ! Avec quelle diligence vous écouteriez, apprendriez, chercheriez ! — Avec quel sérieux vous méditeriez les lois de Dieu ! (Psaume 1:2.) Combien vous craindriez de pécher en pensée, en parole ou en action ; et quel soin vous prendriez de plaire à Dieu et de croître en sainteté ! — Oh ! quel peuple changé vous seriez ! Et pourquoi la parole certaine de Dieu, qui vous ouvre ces choses glorieuses et éternelles, ne serait-elle pas crue de vous, et ne prévaudrait-elle pas auprès de vous ?
Oui, laissez-moi vous dire que, même ici sur la terre, vous connaissez bien peu la différence entre la vie que vous refusez et celle que vous choisiriez. Les sanctifiés s’entretiennent avec Dieu, quand vous osez à peine penser à lui, et quand vous ne vous entretenez qu’avec la terre et la chair. — Leur cité est dans les cieux, quand vous y êtes entièrement étrangers, que votre ventre est votre dieu, et que vous ne pensez qu’aux choses de la terre (Philippiens 3:18, 19, 20). Ils cherchent la face de Dieu, quand vous ne cherchez rien de plus haut que ce monde. — Ils travaillent activement à s’assurer une vie sans fin, où ils seront semblables aux anges (Luc 20:36), quand vous êtes tout occupés d’une ombre et d’une chose passagère et de néant. Combien votre vie terrestre, charnelle et pécheresse est longue et basse, en comparaison de la noble vie spirituelle des vrais croyants ! Bien des fois j’ai regardé de tels hommes avec douleur et pitié, en les voyant trotter par le monde et dépenser leur vie, leurs soins et leur travail pour rien d’autre qu’un peu de nourriture et de vêtement, ou un peu de richesse périssable, ou des plaisirs charnels, ou de vains honneurs, comme s’ils n’avaient pas de choses plus hautes à considérer. — Quelle différence y a-t-il entre la vie de ces hommes et celle des bêtes qui périssent, qui passent leur temps à travailler, à manger et à vivre, sinon pour pouvoir vivre ? Ils ne goûtent pas les plaisirs intérieurs et célestes que goûtent les croyants et dont ils vivent. — J’aimerais mieux avoir un peu de leur consolation, que leur procure l’avant-goût de leur héritage céleste, dussé-je avoir avec elle tous leurs mépris et toutes leurs souffrances, que d’avoir tous vos plaisirs et votre prospérité perfide. Je ne voudrais pas avoir une seule de vos angoisses secrètes et de vos tourments de conscience, ni de vos pensées sombres et terribles de la mort et de la vie à venir, pour tout ce que le monde a jamais fait pour vous, ou pour tout ce que vous pouvez raisonnablement espérer qu’il fasse. Si j’étais dans votre état charnel et inconverti, et que je sache seulement ce que je sais, et que je croie seulement ce que je crois maintenant, il me semble que ma vie serait un avant-goût de l’enfer : combien de fois je penserais aux terreurs du Seigneur, au jour lugubre qui s’avance à grands pas ! La mort et l’enfer seraient assurément toujours devant moi. J’y penserais le jour, et j’en rêverais la nuit ; je me coucherais dans la crainte, je me lèverais dans la crainte, je vivrais dans la crainte, de peur que la mort ne vînt avant que je fusse converti. J’aurais peu de bonheur en tout ce que je posséderais, peu de plaisir en toute compagnie, et peu de joie en quoi que ce soit au monde, tant que je me saurais sous la malédiction et la colère de Dieu. Je craindrais toujours d’entendre cette voix (Luc 12:20) : « Insensé! Cette nuit même ton âme te sera redemandée. » Et cette sentence redoutable serait écrite sur ma conscience (Ésaïe 48:22 et 57:21) : « Il n’y a point de paix pour les méchants, dit mon Dieu. » — Ô pauvres pécheurs ! c’est une vie plus joyeuse que celle-là que vous pourriez vivre, si seulement vous vouliez vraiment écouter Christ et revenir à Dieu. Vous pourriez alors vous approcher de Dieu avec assurance, l’appeler votre Père, et lui confier avec paix vos âmes et vos corps. Si vous regardez les promesses, vous pouvez dire : Elles sont toutes à moi ! Si vous regardez la malédiction, vous pouvez dire : J’en suis délivré ! Quand vous lisez la loi, vous pouvez voir de quoi vous êtes sauvés ! — Quand vous lisez l’Évangile, vous pouvez voir celui qui vous a rachetés, voir le cours de son amour, de sa sainte vie et de ses souffrances, et le suivre à la trace dans ses tentations, ses larmes et son sang, dans l’œuvre de votre salut. Vous pouvez voir la mort vaincue, le ciel ouvert, et votre résurrection et votre glorification assurées dans la résurrection et la glorification de votre Seigneur. Si vous regardez les saints, vous pouvez dire : « Ce sont mes frères et mes compagnons. » Si vous regardez les non-sanctifiés, vous pouvez vous réjouir à la pensée que vous êtes sauvés de cet état. Si vous regardez les cieux, le soleil, la lune et les étoiles innombrables, vous pouvez penser et dire : « La face de mon Père est infiniment plus glorieuse ; ce sont des choses plus hautes qu’il a préparées pour ses saints ; ce que je vois là n’est que le parvis extérieur du ciel : la félicité qu’il nous a promise est tellement plus haute que la chair et le sang ne peuvent la contempler. » Si vous pensez au tombeau, vous pouvez vous rappeler que l’Esprit glorifié, un Chef vivant et un Père plein d’amour ont tous une relation si étroite avec votre poussière qu’elle ne peut être oubliée ni négligée, mais qu’elle revivra plus certainement que les plantes et les fleurs au printemps, parce que l’âme, qui est la racine du corps, est toujours vivante ; et Christ, qui est la racine de l’un et de l’autre, est vivant. — La mort même, qui est le roi des épouvantements, peut être envisagée et accueillie avec joie, comme étant le jour de votre délivrance des restes du péché et de la douleur, et le jour que vous avez cru, espéré et attendu, où vous verrez les choses bienheureuses dont vous aviez entendu parler, et où vous éprouverez, par une joyeuse expérience présente, ce que c’était que de choisir la bonne part et d’être un saint sincère et croyant. Qu’en dites-vous, Monsieur ? N’est-ce pas une vie plus délicieuse d’être assuré de son salut et prêt à mourir, que de vivre comme les impies, dont les cœurs s’appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, en sorte que ce jour vient sur eux à l’improviste (Luc 21:34, 36) ? Ne pourriez-vous pas vivre une vie heureuse, si une fois vous étiez faits héritiers du ciel et assurés d’être sauvés en quittant le monde ? — Oh ! regardez donc autour de vous, pensez à ce que vous faites, et ne rejetez pas de telles espérances pour un pur néant. La chair et le monde ne peuvent vous donner de telles espérances ni de telles consolations.
Et, outre toute la misère que vous attirez sur vous-mêmes, vous êtes, tant que vous demeurez inconvertis, des fauteurs de trouble pour les autres. Vous donnez de la peine aux magistrats, qui doivent vous gouverner par leurs lois ; vous donnez de la peine aux ministres, en résistant à la lumière et à la direction qu’ils vous offrent. Votre péché et votre misère sont pour eux le plus grand chagrin et le plus grand tourment du monde. — Vous troublez la chose publique, et vous attirez sur vous les jugements de Dieu. C’est vous qui troublez le plus la sainte paix et le bon ordre des Églises, qui empêchez notre union et notre réformation, et qui êtes la honte et le tourment des Églises où vous vous introduisez et des lieux où vous êtes. — Ah ! Seigneur, quel cas pesant et triste que celui-ci : que, même en Angleterre, où l’Évangile abonde plus qu’en aucune autre nation du monde, où l’enseignement est si clair et si répandu, et où tous les secours que nous pouvons désirer sont à portée de main ; quand l’épée nous a taillés en pièces et que le jugement a couru comme un feu à travers le pays ; quand des délivrances nous ont soulagés et que tant de miséricordes admirables nous ont engagés envers Dieu, envers l’Évangile et envers une vie sainte ; qu’après tout cela, nos cités, nos villes et nos campagnes abondent en multitudes d’hommes non sanctifiés et fourmillent de tant de sensualité, comme nous le voyons partout, à notre douleur ! On aurait pensé qu’après toute cette lumière, toute cette expérience, et tous ces jugements et ces miséricordes de Dieu, le peuple de cette nation se serait uni comme un seul homme pour se convertir au Seigneur ; qu’il serait venu à ses pieux pasteurs, qu’il aurait déploré tous ses péchés passés, qu’il les aurait priés de s’unir à lui dans une humiliation publique pour les confesser ouvertement et en demander pardon au Seigneur ; qu’il aurait réclamé leurs instructions pour l’avenir, et qu’il aurait été heureux d’être conduit par l’Esprit au-dedans et par les ministres de Christ au-dehors, selon la parole de Dieu. On penserait qu’après de telles raisons et de telles preuves tirées de l’Écriture, qu’ils entendent, et après tous ces moyens et toutes ces miséricordes, il ne devrait pas rester parmi nous un seul impie, ni un mondain, ni un ivrogne, ni un ennemi de la réformation, ni un adversaire de la sainteté, dans toutes nos villes et nos campagnes. Si nous ne sommes pas tous d’accord sur certaines cérémonies ou formes de gouvernement, on penserait que nous aurions dû, avant ce jour, nous accorder tous à vivre d’une vie sainte et céleste, dans l’obéissance à Dieu, à sa parole et à ses ministres, dans l’amour et la paix les uns avec les autres. — Mais, hélas ! combien notre peuple est loin de cette conduite ! La plupart d’entre eux, en la plupart des lieux, mettent leur cœur aux choses de la terre, et ne cherchent « pas premièrement le royaume et la justice de Dieu », mais regardent la sainteté comme une chose inutile. Leurs familles sont sans prière, ou bien quelques paroles sans cœur et sans vie doivent tenir lieu de prières cordiales, ferventes et quotidiennes [ou peut-être seulement le soir du jour du Seigneur] ; leurs enfants ne sont pas instruits dans la connaissance de Christ et de l’alliance de grâce, et on ne les élève pas en les instruisant selon le Seigneur, bien que leurs parents aient fermement promis tout cela à leur baptême.
Ils n’instruisent pas leurs serviteurs dans les choses du salut, mais, pourvu que leur ouvrage soit fait, peu leur importe. Il y a dans leurs familles plus de paroles injurieuses que de paroles pleines de grâce qui tendent à l’édification. Combien sont rares les familles qui craignent le Seigneur, qui cherchent dans sa parole et auprès de ses ministres comment elles doivent vivre et ce qu’elles doivent faire, qui veulent bien être enseignées et conduites, et qui recherchent de tout cœur la vie éternelle ! Et ce petit nombre que Dieu a rendu si heureux est d’ordinaire la fable de ses voisins. Quand nous en voyons qui vivent dans l’ivrognerie, d’autres dans l’orgueil et la mondanité, et la plupart n’ayant que peu de souci de leur salut, bien que le cas soit grossier et hors de toute contestation, ils se laissent malaisément convaincre de leur misère, et plus malaisément encore ramener et réformer ; et, quand nous avons fait tout ce que nous pouvons pour les sauver de leurs péchés, nous laissons la plupart d’entre eux tels que nous les avons trouvés. Et si, selon la loi de Dieu, nous les retranchons de la communion de l’Église, après qu’ils ont obstinément rejeté toutes nos exhortations, ils s’emportent contre nous comme si nous étions leurs ennemis, leurs cœurs se remplissent de malveillance à notre égard, et ils se dresseront plutôt contre le Seigneur, ses lois, son Église et ses ministres, que contre leurs péchés mortels. Tel est le lamentable état de l’Angleterre : nous avons des magistrats qui favorisent les voies de la piété, une heureuse occasion d’unité et de réformation est devant nous, et des ministres fidèles désirent ardemment voir le bon ordre de l’Église et des ordonnances de Dieu ; mais la puissance du péché dans notre peuple fait échouer presque tout. Presque nulle part un ministre fidèle ne peut établir l’incontestable discipline de Christ, ni écarter de la communion de l’Église et de la participation aux sacrements les pécheurs impénitents les plus scandaleux, sans que la plupart des gens l’injurient et l’outragent, comme si ces âmes ignorantes et insouciantes étaient plus sages que leurs pasteurs, ou que Dieu lui-même. Et ainsi, au jour de notre visitation, quand Dieu nous appelle à réformer son Église, bien que les magistrats semblent le vouloir, et que les ministres fidèles semblent le vouloir, la multitude du peuple ne le veut toujours pas ; ils se sont tellement aveuglés et ont tellement endurci leurs cœurs que, même en ces jours de lumière et de grâce, ils sont les ennemis obstinés de la lumière et de la grâce, et ne veulent pas se laisser amener par les appels de Dieu à voir leur folie et à connaître ce qui est pour leur bien. Oh ! si le peuple d’Angleterre « connaissait, au moins en ce jour qui lui est donné, les choses qui appartiennent à sa paix, avant qu’elles soient cachées à ses yeux ! » (Luc 19:42).
Ô âmes insensées et misérables ! (Galates 3:1) qui vous a fascinés, qui a plongé vos esprits dans une telle folie et vos cœurs dans une telle mort, pour que vous soyez de tels ennemis mortels de vous-mêmes, et que vous marchiez si obstinément vers la damnation, sans que ni la parole de Dieu ni les exhortations des hommes puissent changer votre esprit, retenir vos mains ou vous arrêter, jusqu’à ce que vous soyez sans remède ! Eh bien, pécheurs ! cette vie ne durera pas toujours ; cette patience ne vous attendra pas indéfiniment. Ne pensez pas que vous outragerez votre Créateur et votre Rédempteur, que vous servirez ses ennemis, avilirez vos âmes, troublerez le monde, ferez tort à l’Église, insulterez les hommes pieux, affligerez vos pasteurs et empêcherez la réformation, et tout cela sans qu’il vous en coûte rien. Vous ne savez pas encore ce que cela doit vous coûter, mais vous le saurez bientôt, quand le Dieu juste vous prendra en main, lui qui vous traitera tout autrement que les magistrats les plus sévères ou les pasteurs les plus francs, à moins que vous ne préveniez les tourments éternels par une conversion véritable et une prompte obéissance à l’appel de Dieu. « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende », tandis que la miséricorde a une voix pour appeler.
Il est une objection que je trouve des plus communes dans la bouche des impies, surtout ces dernières années ; ils disent : « Nous ne pouvons rien faire sans Dieu ; nous ne pouvons avoir la grâce si Dieu ne veut pas nous la donner ; et, s’il le veut, nous nous convertirons bien vite ; s’il ne nous a pas prédestinés et qu’il ne veuille pas nous convertir, comment pouvons-nous nous convertir nous-mêmes ou être sauvés, puisque cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court. » Et ainsi ils se croient excusés.
J’ai répondu à cela autrefois, et dans ce livre ; mais permettez-moi d’en dire maintenant ceci. — 1. Bien que vous ne puissiez vous guérir vous-mêmes, vous pouvez vous blesser et vous empoisonner vous-mêmes. C’est Dieu qui doit sanctifier vos cœurs ; mais qui les a corrompus ? Prendrez-vous volontairement du poison parce que vous ne pouvez vous guérir vous-mêmes ? Il me semble que vous devriez vous en abstenir d’autant plus. Vous devriez d’autant plus vous garder de pécher, si vous ne pouvez réparer ce que le péché gâte. — 2. Bien que vous ne puissiez être convertis sans la grâce spéciale de Dieu, sachez pourtant que Dieu donne sa grâce dans l’usage des saints moyens qu’il a établis à cette fin ; et la grâce commune peut vous rendre capables de vous abstenir de vos péchés grossiers (quant à l’acte extérieur) et d’user de ces moyens. Pouvez-vous dire en vérité que vous faites tout ce que vous êtes capables de faire ? N’êtes-vous pas capables de passer devant la porte d’un cabaret, ou de fuir la compagnie qui vous endurcit dans le péché ? N’êtes-vous pas capables d’entendre la Parole, de penser à ce que vous avez entendu quand vous êtes rentrés chez vous, et de réfléchir en vous-mêmes à votre propre état et aux choses éternelles ? N’êtes-vous pas capables de lire de bons livres jour après jour, du moins le jour du Seigneur, et de fréquenter ceux qui craignent le Seigneur ? Vous ne pouvez pas dire que vous avez fait ce que vous pouviez. — 3. Et sachez donc que vous pouvez perdre la grâce et le secours de Dieu par vos péchés volontaires ou par votre négligence, bien que vous ne puissiez, sans la grâce, vous convertir à Dieu. Si vous ne voulez pas faire ce que vous pouvez, il est juste que Dieu vous refuse la grâce par laquelle vous pourriez faire davantage. 4. Et, quant aux décrets de Dieu, sachez qu’ils ne séparent pas la fin et les moyens, mais qu’ils les lient ensemble. Dieu n’a jamais décrété de sauver d’autres que les sanctifiés, ni de damner d’autres que les non-sanctifiés. Dieu décrète aussi véritablement si votre terre, cette année, sera stérile ou fertile, et combien de temps précisément vous vivrez dans le monde, qu’il a décrété si vous serez sauvés ou non ; et pourtant vous tiendriez pour un insensé l’homme qui s’abstiendrait de labourer et de semer, et qui dirait : « Si Dieu a décrété que mon champ portera du blé, il en portera, que je laboure et que je sème ou non. Si Dieu a décrété que je vivrai, je vivrai, que je mange ou non ; mais s’il ne l’a pas décrété, ce n’est pas de manger qui me gardera en vie. » Savez-vous comment répondre à un tel homme, ou ne le savez-vous pas ? Si vous le savez, alors vous savez comment vous répondre à vous-mêmes ; car le cas est le même : le décret de Dieu est aussi absolu au sujet de vos corps qu’au sujet de vos âmes. Si vous ne le savez pas, alors essayez d’abord ces conclusions sur vos corps, avant de vous risquer à les essayer sur votre âme : voyez d’abord si Dieu vous gardera en vie sans nourriture ni vêtement, s’il vous donnera du blé sans culture ni travail, et s’il vous mènera au terme de votre voyage sans que vous marchiez ou que vous soyez portés ; et, si cela vous réussit, essayez alors s’il vous mènera au ciel sans que vous usiez diligemment des moyens, et asseyez-vous en disant : Nous ne pouvons nous sanctifier nous-mêmes.
Eh bien, Messieurs, je n’ai plus que trois requêtes à vous adresser, et j’ai fini.
Premièrement, que vous lisiez sérieusement d’un bout à l’autre ce petit traité ; (et, si vous avez dans vos familles des gens qui en ont besoin, que vous le leur lisiez et relisiez ; et si ceux qui craignent Dieu allaient de temps en temps chez leur voisin ignorant et lui lisaient ce livre, ou quelque autre sur ce sujet, ils pourraient être un moyen de gagner des âmes). Si nous ne pouvons obtenir des hommes un si petit travail pour leur propre salut, que de lire de courtes instructions comme celles-ci, ils font bien peu de cas d’eux-mêmes, et ils périront très justement.
Secondement, quand vous aurez lu ce livre d’un bout à l’autre, je vous supplierai de vous retirer à l’écart, de méditer un peu sur ce que vous aurez lu, et de vous demander, comme sous le regard de Dieu, si ce n’est pas vrai, si cela ne touche pas de près vos âmes, et s’il n’est pas temps de regarder autour de vous. Je vous supplie aussi de demander à genoux au Seigneur qu’il ouvre vos yeux pour comprendre la vérité, qu’il tourne vos cœurs vers l’amour de Dieu, et de lui demander toute cette grâce salutaire que vous avez si longtemps négligée, et de persévérer ainsi jour après jour, jusqu’à ce que vos cœurs soient changés. — Et en même temps, d’aller trouver vos pasteurs (qui sont établis sur vous pour prendre soin de la santé et de la sûreté de vos âmes, comme les médecins le font pour la santé de vos corps), et de leur demander de vous indiquer quelle conduite tenir, de leur faire connaître votre état spirituel, afin que vous ayez le bénéfice de leurs conseils et de leur aide pastorale.
Ou, si vous n’avez pas chez vous de pasteur fidèle, adressez-vous à quelque autre dans un si grand besoin.
Troisièmement, quand, par la lecture, la réflexion, la prière et les conseils de vos pasteurs, vous aurez une fois appris à connaître votre péché et votre misère, votre devoir et votre remède, ne tardez pas, mais abandonnez aussitôt vos compagnies et vos habitudes pécheresses, convertissez-vous à Dieu et obéissez à son appel. Si vous aimez vos âmes, prenez garde de ne pas aller de l’avant contre un appel de Dieu si pressant, et contre votre propre connaissance et vos consciences, de peur qu’au jour du jugement vous ne soyez traités plus sévèrement que Sodome et Gomorrhe. Interrogez Dieu, comme un homme qui veut connaître la vérité, et ne soyez pas le trompeur volontaire de votre âme. Examinez chaque jour les saintes Écritures, et voyez si ces choses sont ainsi ou non ; éprouvez impartialement s’il est plus sûr de se fier au ciel ou à la terre, s’il vaut mieux suivre Dieu ou l’homme, l’Esprit ou la chair, s’il vaut mieux vivre dans la sainteté ou dans le péché, et si un état non sanctifié est sûr pour que vous y demeuriez un jour de plus ; et, quand vous aurez trouvé ce qui est le meilleur, résolvez-vous en conséquence, et faites votre choix sans plus de façons. Si vous voulez être fidèles à vos propres âmes, et si vous n’aimez pas les tourments éternels, je vous en supplie, comme de la part du Seigneur, suivez seulement ce conseil raisonnable. Oh ! quelles villes et quelles campagnes heureuses, et quelle nation heureuse nous pourrions avoir, si nous pouvions seulement persuader nos voisins de consentir à une proposition si nécessaire ! Quelle joie auraient tous les ministres fidèles, s’ils pouvaient seulement voir leur peuple vraiment céleste et saint ; ce serait là l’unité, la paix, la sûreté, la gloire de nos Églises, le bonheur de nos voisins et la consolation de nos âmes. Avec quelle consolation nous vous prêcherions alors le pardon et la paix, et vous administrerions les sacrements, qui sont pour vous les sceaux de la paix ! Et avec quel amour et quelle joie nous pourrions vivre au milieu de vous ! À votre lit de mort, avec quelle assurance nous pourrions consoler et encourager vos âmes au moment du départ ! Et à vos funérailles, avec quelle consolation nous pourrions vous laisser dans le tombeau, dans l’attente de retrouver vos âmes au ciel et de voir vos corps ressuscités pour cette gloire !
Mais si la plupart d’entre vous veulent encore persévérer dans une vie insouciante, ignorante, charnelle, mondaine ou impie, et si tous nos désirs et tous nos travaux ne peuvent l’emporter au point de vous empêcher de vous damner volontairement vous-mêmes, nous devrons alors imiter notre Seigneur, qui fait ses délices de ce petit nombre qui sont ses joyaux, et du petit troupeau qui recevra le royaume, quand le plus grand nombre moissonnera la misère qu’il a semée. Dans la nature, les choses excellentes sont rares. Le monde n’a pas beaucoup de soleils ni de lunes : ce n’est qu’une petite partie de la terre qui est or ou argent. Les princes et les nobles ne sont qu’une petite partie des fils des hommes ; et ce n’est pas un grand nombre qui sont savants, judicieux ou sages ici-bas dans le monde. Et c’est pourquoi, si, la porte étant étroite et fort resserrée, il n’y en a que peu qui trouvent le salut, Dieu aura pourtant sa gloire et son bon plaisir en ce petit nombre. Et quand Christ viendra avec les anges de sa puissance, au milieu d’une flamme de feu, pour punir ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ, son avènement sera glorifié dans ses saints et admiré dans tous les vrais croyants (2 Thessaloniciens 1:7, 8, 9, 10).
Et quant aux autres, de même que Dieu le Père a daigné les créer, et que Dieu le Fils n’a pas dédaigné de porter sur la croix la peine de leurs péchés, et n’a pas jugé ces souffrances vaines, bien qu’il sût qu’en refusant la sanctification du Saint-Esprit ils se perdraient finalement eux-mêmes, de même nous, qui sommes ses ministres, bien que ceux-là ne soient pas rassemblés, nous ne jugeons pas notre travail entièrement perdu. Voyez Ésaïe 49:5.
Lecteur, j’en ai fini avec toi (quand tu auras parcouru ce livre), mais le péché n’en a pas encore fini avec toi (même ceux que tu croyais oubliés depuis longtemps), et Satan n’en a pas encore fini avec toi (bien qu’il soit maintenant hors de vue), et Dieu n’en a pas encore fini avec toi, parce que tu ne veux pas te laisser persuader d’en finir avec le péché mortel qui règne en toi. Je t’ai écrit cette exhortation comme quelqu’un qui s’en va dans un autre monde, où l’on voit les choses dont je parle ici, et comme quelqu’un qui sait que tu dois bientôt y être toi-même. Si jamais tu veux me rencontrer avec joie devant le Seigneur qui nous a faits ; si jamais tu veux échapper aux fléaux éternels préparés pour ceux qui négligent finalement le salut, et pour tous ceux qui ne sont pas sanctifiés par le Saint-Esprit et n’aiment pas la communion des saints, comme membres de la sainte Église universelle ; si jamais tu espères voir la face de Christ, le juge, et de la majesté du Père, avec paix et consolation, et être reçu dans la gloire quand tu seras jeté nu hors de ce monde : je t’en supplie, je te l’ordonne, écoute l’appel de Dieu et obéis-lui, et convertis-toi résolument, afin que tu vives. Mais, si tu ne le veux pas, alors même que tu n’as pour cela aucune vraie raison, sinon que tu ne le veux pas, je te somme d’en répondre devant le Seigneur, et je te requiers de m’y rendre témoignage que je t’ai averti, et que tu n’as pas été condamné faute d’un appel à te convertir et à vivre, mais parce que tu n’as pas voulu le croire ni lui obéir ; ce qui doit aussi être le témoignage de
Ton sérieux moniteur,
Le 11 décembre 1657.
RICHARD BAXTER.
Chapitre 2 terminé
Préface