Chapitre 27 · 5 min de lecture · 6 min d’écoute
Mon foyer de Cleveland — Travaux ultérieurs
En juin 1851, nous allâmes au Canada, où nous fûmes aimablement reçues. Nous travaillâmes dans différentes églises avec un grand succès. Nous y trouvâmes beaucoup de chrétiens vivants — les uns tenant bien haut la lumière du salut complet, les autres disposés à être purifiés. Après y avoir passé quelques semaines, nous passâmes à Buffalo, mais sans nous y arrêter cette fois-là.
Les lieux visités au cours de cette année sont trop nombreux pour être mentionnés ici. Qu’il suffise de dire que le grand Chef de l’Église marchait devant nous, nous frayant le chemin et nous donnant des preuves indubitables de sa présence dans chaque combat. Alléluia !
Nous revînmes à Columbus pour remplir un engagement qui nous y attendait. Après quoi, nous prîmes nos dispositions pour aller à Cleveland. L’un des frères retint nos places et paya le voyage, mais il ne nous fut permis de partir que quatre jours plus tard. À cette époque, une personne de couleur n’avait pas le droit de prendre la diligence si un voyageur blanc s’y opposait. Des objections furent faites trois matins de suite ; mais, le quatrième, la diligence passa nous prendre, et nous fîmes un heureux voyage jusqu’à Cleveland. Nous comptions n’y faire qu’une visite, comme dans les autres villes ; mais le Père de tous en avait décidé autrement, et, il y a plus de vingt ans, Cleveland devint mon foyer. Une fois installées, nous continuâmes à visiter les villes voisines et à travailler pour Christ.
C’est vers cette époque que je fus atteinte du mal de gorge dont je parlerai plus loin. Bien-aimés, le cher Seigneur seul sait combien je fus durement éprouvée et tentée au sujet de cette affliction.
Saint Jacques parle des tentations comme d’une chose commune aux plus saints des hommes, et aussi comme d’un sujet de joie et d’allégresse pour ceux qui y sont exercés, pourvu qu’ils n’y succombent pas. Je pense que toute tentation tend au péché, mais que toute tentation n’est pas péché. Il y a une diversité de tentations, et une diversité de causes d’où procèdent les tentations. Certaines viennent directement de notre nature corrompue, et sont en elles-mêmes coupables. D’autres naissent de l’infirmité de notre nature, et tout chrétien doit lutter contre elles aussi longtemps qu’il séjourne dans un tabernacle d’argile. Il y a aussi des tentations qui viennent directement de l’ennemi des âmes. Notre bienheureux Seigneur eut durement à en souffrir, et il en est de même de la plupart de ses enfants. « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation » !
Pendant les années où je me reposai de mes travaux pour tâcher de recouvrer la santé, Dieu permit que je passe par la fournaise de l’épreuve, chauffée sept fois plus qu’à l’ordinaire. Si le Dieu trois-en-un n’avait pas été avec moi, j’aurais certainement sombré sous les flots. Dieu permet que des afflictions et des persécutions viennent sur son peuple élu pour servir à diverses fins : tantôt pour l’épreuve de leur foi, et l’exercice de leur patience et de leur soumission à sa volonté ; tantôt pour les détacher de tout appui humain, et leur apprendre à se confier en lui seul. Parfois il permet aux méchants d’aller fort loin, et aux impies de triompher de nous, afin d’éprouver notre fermeté et de manifester sa puissance en nous soutenant. Il en fut ainsi pour moi. Je m’étais trop confiée en la sagesse humaine, et Dieu permit que toutes ces choses viennent sur moi. Il me soutint par sa grâce, me délivrant de tout souci et de toute inquiétude au sujet de ma santé ou de ce que l’homme pouvait faire. Il m’apprit à rester assise patiemment, et à attendre d’entendre la voix de mon Berger ; car j’étais résolue à ne suivre aucun étranger, si habile que fût son plaidoyer.
Je louerai Dieu durant toute l’éternité de m’avoir envoyée à Cleveland, bien que j’y aie été appelée à souffrir.
En 1856, sœur Johnson, qui avait été ma compagne durant toutes ces années de voyage, me quitta pour sa demeure céleste. Elle supporta sa courte maladie sans un murmure, s’appuyant sur Jésus. Elle mourut comme elle avait vécu, dans la pleine assurance de la foi, heureuse et paisible jusqu’à la fin, se maintenant dans la voie de la sainteté sans s’en écarter ni à droite ni à gauche. Gloire au sang qui nous garde !
Ma mère, aujourd’hui dans la gloire, et qui était alors de santé fragile, vécut avec moi à Cleveland pendant quelques années. Comme le moment de son départ approchait, elle désira vivement rendre visite à ses deux filles — l’une à Albany, l’autre à Boston. Je craignais qu’elle ne fût pas capable de supporter le voyage ; mais son désir était si fort, et si grande sa confiance que Dieu l’épargnerait pour qu’elle revoie ses filles, que je finis par consentir à ce qu’elle entreprenne le voyage. Je la confiai à des amis qui partaient pour l’Est, et elle arriva sans encombre chez ma sœur. Elle n’était chez eux que depuis quelques semaines lorsqu’elle leur fit un long adieu et s’en alla en paix au ciel. Je la reverrai là où l’on ne connaît plus la séparation.
La glorieuse vague de sainteté qui a déferlé sur l’Ohio ces dernières années a balayé tout obstacle de mon chemin, et m’a lancée une fois de plus sur la mer, avec carte et boussole.
« La Bible est ma carte ; c’est une carte et une boussole aussi, dont l’aiguille indique toujours le vrai. »
Quand je jetterai de nouveau l’ancre, ce sera dans la vaste baie du ciel.
Gloire à Jésus d’avoir mis entre mes mains cette précieuse lumière vivante, « The Christian Harvester ». Puissent ce journal et son rédacteur plein d’abnégation vivre de nombreuses années, répandant sur leur passage une sainte lumière. Si quelqu’un se lève, après la lecture de ce livre, en se moquant de la parole de vérité qu’il a lue, je le somme de se préparer à rendre compte de cette profanation, au péril de son âme.
Chapitre 27 terminé
Mon foyer de Cleveland — Travaux ultérieurs