Un tison arraché du feu
Efforts publics — Excommunication

Chapitre 19 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute

Efforts publics — Excommunication

DÈS lors commença l’opposition à l’œuvre de ma vie, suscitée par le pasteur, M. Beman. Beaucoup, dans l’Église, désiraient vivement me voir prêcher dans la salle où se tenaient alors nos réunions, et ne furent pas peu étonnés de la froideur avec laquelle le pasteur me traitait. Enfin, deux des administrateurs obtinrent que quelques-unes des sœurs les plus âgées aillent trouver le pasteur pour lui demander de me laisser prêcher. Il répondit : « Non ; elle ne viendra pas prêcher ici ses histoires de sainteté, et je m’étonne que vous me demandiez cela. » Les sœurs rapportèrent qu’il semblait en grande colère, bien qu’il affirmât ne pas être fâché.

Comme la société ne tenait pas de réunion le lundi soir, un frère de l’Église m’ouvrit sa maison afin que je puisse y prêcher, ce qui déplut fort à M. Beman. Il nomma un comité chargé d’aller trouver le frère et la sœur qui m’avaient ouvert leur porte, pour leur dire qu’ils ne devaient plus permettre de réunions de ce genre et qu’ils devaient se conformer aux règles de l’Église ; il leur fit croire qu’ils seraient excommuniés s’ils lui désobéissaient. Il se trouva que j’assistais à cet entretien, et le comité me fit des remontrances sur la conduite que j’avais tenue. Je leur répondis que j’avais affaire au Seigneur, et que partout où je trouverais une porte ouverte, j’avais l’intention d’entrer et de travailler pour mon Maître.

Une autre réunion fut fixée au même endroit ; j’y assistai, bien entendu, après quoi les réunions cessèrent pour un temps, bien que j’en aie tenu beaucoup d’autres en ce lieu après que ces personnes se furent retirées de l’Église de M. Beman.

Je tins alors des réunions dans ma propre maison ; sur quoi le pasteur avertit les membres que, s’ils y assistaient, il sévirait contre eux, car ils enfreignaient les règles de l’Église. Quand il vit que je poursuivais les réunions et que le Seigneur bénissait mes faibles efforts, il m’envoya un comité de deux personnes pour me demander si je me considérais comme membre de son Église. Je leur répondis que oui, et que je continuerais de me considérer comme telle tant que je n’aurais rien fait qui méritât l’exclusion.

Là-dessus, M. Beman m’envoya un autre comité, porteur d’un billet par lequel il me priait de venir le rencontrer avec le comité, ce que je fis. Il me posa un certain nombre de questions, que j’ai presque toutes oubliées. Je me souviens pourtant de l’une d’elles : il me demanda si j’étais disposée à me conformer aux règles de la discipline. À quoi je répondis : « Non, si la discipline m’interdit de faire ce que Dieu m’a ordonné de faire ; je crains Dieu plus que l’homme. » D’autres questions semblables me furent posées, et j’y répondis de la même manière. Le comité dit ce qu’il avait à dire, puis m’annonça que je pouvais rentrer chez moi. Arrivée à la porte, je me retournai et dis : « Je secoue maintenant la poussière de mes pieds en témoignage contre vous. Prenez garde que cette réunion ne se lève en jugement contre vous. »

Le lendemain soir, un membre du comité vint me dire que je ne faisais plus partie de l’Église, parce que j’avais violé les règles de la discipline en prêchant.

Quand cette mesure fut connue, les gens se demandèrent comment on pouvait être excommunié pour avoir essayé de faire le bien. Je ne dis pas grand-chose, et mes amis se contentèrent de répondre que je n’avais rien fait d’autre que de tenir des réunions. D’autres, désireux d’en connaître les détails, demandèrent au pasteur de quoi il retournait. Il leur répondit qu’il m’avait accordé le privilège de parler ou de prêcher autant qu’il me plairait, mais qu’il ne pouvait pas me donner le droit d’occuper la chaire, et qu’aucun autre lieu ne me satisfaisait. Il ajouta que j’avais fixé une réunion le soir même de ses propres réunions, ce qu’aucun membre n’avait le droit de faire. C’est pour ces raisons, dit-il, qu’il m’avait chassée de l’Église.

Or, si les gens qui me rapportèrent ces propos disaient vrai — et je ne doute pas qu’ils l’aient fait —, M. Beman proféra un véritable mensonge. Je n’avais jamais demandé sa chaire ; au contraire, je lui avais dit à plusieurs reprises, ainsi qu’à d’autres, que peu m’importait l’endroit où je me tiendrais — n’importe quel coin de la salle ferait l’affaire. À quoi M. Beman avait répondu : « Vous ne pouvez avoir aucune place dans la salle. » Je dis alors : « Je prêcherai dans une maison particulière. » Il me répondit : « Non, pas en ce lieu ; j’ai la charge de tout Boston. » Il était résolu à m’empêcher de prêcher dans la ville de Boston. Pour couvrir la conduite trompeuse et injuste qu’il avait tenue envers moi, il répandit les mensonges que je viens de rapporter.

À la suite de ses déclarations, bien des récits erronés à mon sujet trouvèrent créance auprès d’un grand nombre de personnes. Je crus alors qu’il était de mon devoir, autant que de mon privilège, d’adresser à la Conférence une lettre exposant tous les faits, que je lui portai en personne. J’y déclarais en même temps qu’il n’était au pouvoir ni de M. Beman ni de personne d’autre d’alléguer en vérité quoi que ce soit contre mon caractère moral ou religieux — que mon seul tort était d’avoir essayé de prêcher l’Évangile de Christ —, que je ne nourrissais aucun ressentiment envers M. Beman ni envers qui que ce soit, mais que je désirais que la Conférence entendît l’affaire avec impartialité, puis me remît une déclaration écrite exprimant son avis. Je disais aussi que je me considérais comme membre de la Conférence, et que je continuerais de le faire jusqu’à ce qu’elle me dise que je ne l’étais pas et m’en donne les raisons, afin que je puisse faire savoir au monde quelle avait été ma faute.

Ma lettre fut accueillie avec dédain, puis jetée sous la table. Pourquoi en aurait-on tenu compte ? Ce n’était que le grief d’une femme, et l’on ne rendait aucune justice aux femmes en ce temps-là. Les ministres de Christ eux-mêmes ne pensaient pas que les femmes eussent des droits qu’ils fussent tenus de respecter.

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