Sermon · 14 min de lecture · Modéré

Sources intarissables

Portrait de Hudson Taylor Hudson Taylor

Texte

Jean 4:14

En bref

Écrit au sortir de l'épuisement même de Hudson Taylor dans l'intérieur de la Chine, où il en était venu à se demander s'il ne devait pas cesser tout à fait de prêcher. Il presse la promesse du Christ jusqu'à ce qu'elle livre tout son poids — « n'aura » signifie bien n'aura, « jamais » signifie bien jamais, et « boit » désigne une habitude, non une seule gorgée — puis il montre le puits devenant source, puisque le débordement ne dépend pas de la taille du récipient, mais de la provision.

J. Hudson Taylor

« JÉSUS répondit et lui dit : Si tu
connaissais le don de DIEU, et qui est Celui
qui te dit : Donne-Moi à boire ; tu Lui aurais
demandé toi-même, et Il t'aurait donné
de l'eau vive.

« Quiconque boit de l'eau que Je lui
donnerai n'aura jamais soif ; mais l'eau que Je
lui donnerai deviendra en lui une source
d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. »

Jean 4:10, 14, VR.

Sources intarissables

LA meilleure preuve du christianisme est une vie conforme à celle du Christ, et la meilleure preuve de l'inspiration de la Parole de DIEU se trouve dans la Parole elle-même ; lorsqu'elle est étudiée, aimée, obéie et à laquelle on se confie, elle ne déçoit jamais, n'égare jamais, ne faillit jamais. Pourquoi tant de temps est-il pire que gaspillé à critiquer ses différents livres ? Ce qu'il faut, c'est la méditation humble, révérencieuse et priante de ceux qui sont résolus à faire la volonté de DIEU ; à ceux-là est promise la conduite de l'Esprit, et les perfections divines de la Parole leur sont révélées. Existe-t-il quelque ouvrage de fabrication humaine dont on ne prouve aisément qu'il est l'œuvre de l'homme lorsqu'on l'examine au microscope ? Celui-ci révèle des imperfections dans le travail le plus achevé ; tandis que, soumis au même examen, le plus infime objet de la création de DIEU se montre seulement plus merveilleusement parfait. Il y a la même différence entre la parole de l'homme et la Parole de DIEU ; cette dernière, éprouvée par les épreuves appropriées, se révèle divine.

Comme bien d'autres parties de la Sainte Écriture, le récit du quatrième chapitre de Jean peut être étudié avec profit comme un fait de l'histoire ancienne. Il montre comment le Fils de DIEU, aux jours de sa chair, accomplissant la volonté de son Père, dut nécessairement passer par la Samarie, et éviter la route à l'est du Jourdain par laquelle les Juifs avaient coutume d'échapper à tout contact avec les Samaritains. Il est fort instructif de remarquer comment le SAUVEUR épuisé oublia sa lassitude en présence d'une âme ayant besoin du salut ; et comment, avec une sagesse divine, Il éveilla la sympathie, la surprise et l'attention de cette femme pécheresse et ignorante, et fit surgir son propre aveu : « Je n'ai point de mari. » Comment, en une seule phrase, Il lui révéla qu'Il connaissait toute sa vie, et combla l'idée qu'elle se faisait elle-même de ce que ferait le CHRIST. Puis, lui donnant ce qu'elle demandait avec tant d'ignorance — l'Eau vive — Il lui déclara clairement qu'Il était en effet le CHRIST de DIEU, et lui permit, dans l'élan d'une vie nouvelle, de faire ce que les disciples eux-mêmes n'avaient pas tenté de faire — rendre de Lui un tel témoignage qu'elle amena les foules à ses pieds. C'est là, en vérité, un fait de l'histoire ancienne intéressant et profitable, et qui, comme tel, mérite un examen bien plus minutieux.

Mais n'y a-t-il pas un autre point de vue duquel il nous convient de considérer ce récit ? Pourquoi a-t-il été consigné, sinon pour notre instruction ? Le CHRIST vivant ne nous parle-t-Il pas aujourd'hui à travers cette histoire, à nous qui avons autant besoin de l'Eau vive que la Samaritaine ? Ayant cette pensée à l'esprit, remarquons particulièrement les paroles employées par notre Sauveur au sujet de cette Eau vive.

JÉSUS dit (v. 10) : « Si tu connaissais le don de DIEU, et qui est Celui qui te dit : Donne-Moi à boire ; tu Lui aurais demandé, et Il t'aurait donné de l'Eau vive. » Que les conditions sont simples ! Si tu connaissais, tu aurais demandé, et Il aurait donné ; elle n'avait pas demandé parce qu'elle n'avait pas connu ; mais assurément, nous qui connaissons et qui, par bonheur, croyons les paroles du SEIGNEUR consignées au chapitre précédent — « DIEU a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique… » — nous connaissons bien le don de DIEU : le Sauveur vivant, qui est aussi présent auprès de nous aujourd'hui, selon sa propre promesse — « Voici, Je suis avec vous tous les jours » — qu'Il l'était alors auprès de la femme de Samarie. Réalisant sa présence, et Le connaissant comme le don de DIEU, n'est-ce pas notre privilège de demander aussitôt, et sa joie de nous donner aussitôt ce don précieux — l'Eau vive ? Assurément, c'est dans ce but même que ces paroles ont été mises par écrit. Nous ne savons peut-être pas, nous ne pouvons dire tout ce qu'enferme ce don, mais si nous Le connaissons, Lui, cela suffit. « Quant à DIEU, sa voie est parfaite » ; nous n'avons qu'à remplir notre part, à Lui demander l'Eau vive, et à Lui laisser tous les résultats.

Mais voyons ce qu'Il a encore à nous dire : au verset 13, Il déclare : « Quiconque boit de cette eau [celle du puits de Jacob] aura de nouveau soif » ; la femme qui entendit ces paroles savait par expérience que cela était vrai ; et nous aussi, nous avons éprouvé que cela est vrai de toute eau terrestre, de tous les dons terrestres. Nous devons certes rendre grâces à DIEU pour nos bénédictions, nos consolations et nos joies temporelles : elles ne sont pas de simples superfluités ; elles répondent à de réels besoins, et sont des gages de l'amour de notre Père céleste ; mais, si elles secourent et réjouissent, elles ne rassasient pas durablement, elles nous laissent avoir de nouveau soif, et, oh ! combien profonde est bien souvent cette soif ! Mais notre Sauveur poursuit (verset 14) : « Quiconque boit de l'eau que Je lui donnerai N'AURA JAMAIS SOIF. » Paroles merveilleuses ! Que nos âmes joyeuses en saisissent la plénitude. « N'aura », non pas pourrait, mais bien aura certainement ; « jamais », en aucune manière, à tout jamais (litt.) ; « soif », demeurer dans le désir, rester insatisfait, défaillant et non rafraîchi. Bienheureuse assurance d'un rafraîchissement et d'une force sans fin !

« N'AURA JAMAIS SOIF. » Quelle promesse ! Que de fois nous avons eu soif ! Combien de cœurs las et insatisfaits il y a ; et pourtant cette provision plénière n'était pas destinée à être le partage particulier de quelque âme exceptionnellement favorisée, car remarquez la parole du SAUVEUR : « Quiconque boit », elle est offerte à tous. Que le Saint-Esprit nous rende capables de prendre notre place parmi ceux que renferme ce « quiconque », et de donner tout leur sens béni à ces paroles merveilleuses : « n'aura jamais soif ». Savoir que « n'aura » signifie bien n'aura, que « jamais » signifie bien jamais, que « soif » désigne tout besoin non satisfait, voilà peut-être l'une des plus grandes révélations que DIEU ait jamais faites à nos âmes.

Ne modifions pourtant pas les paroles du SAUVEUR. Remarquons-le avec soin : Il ne dit pas « Quiconque a bu », mais « boit » : Il parle, non d'une seule gorgée isolée, mais de l'habitude continue de l'âme. Ici, comme en bien d'autres passages, il importe de relever la force de l'habitude continue qu'exprime le présent des verbes grecs. Il y a une satisfaction pleine et profonde dès la première gorgée de l'Eau vive, laquelle est cependant une provision perpétuelle pour un usage constant. C'est ce que le SEIGNEUR fait mieux ressortir lorsqu'Il dit : « Mais l'eau que Je lui donnerai sera [ou mieux, “deviendra”, VR] en lui une source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. » Ces paroles expliquent pourquoi le fait de boire de l'Eau vive n'est pas suivi d'une soif renouvelée. L'Eau vive devient un puits, une fontaine, toujours disponible, jaillissant dans le croyant, non seulement ne laissant aucune place à la soif, mais débordant sans cesse pour pourvoir aux besoins des autres.

Cette promesse merveilleuse n'est d'ailleurs ni unique ni sans parallèle. Ce fut toujours, et c'est encore, le dessein du SAUVEUR de rassasier. Lors de la multiplication des pains pour les cinq mille (Jean 6), la plus haute pensée de Philippe était de se procurer de quoi que chacun eût un peu ; mais le SEIGNEUR prit le peu qu'ils avaient déjà et le multiplia en le donnant, de sorte que chacun eut autant qu'il en voulait, et l'on remplit douze paniers de ce qui resta après que tous furent rassasiés. Le lendemain, notre SEIGNEUR éleva leurs pensées vers le vrai Pain venu du ciel, disant : « Je suis le Pain de vie : celui qui vient à Moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en Moi n'aura jamais soif. » Ou, plus pleinement et plus littéralement : « Celui qui vient [habituellement] à Moi n'aura en aucune manière faim, et celui qui croit en Moi n'aura en aucune manière soif en aucun temps. » Le mot grec est le même que celui employé dans ce passage : « Personne n'a jamais vu Dieu. » L'habitude de venir à Lui dans la foi est incompatible avec une faim et une soif non satisfaites. De même, en Jean 7, le CHRIST dit : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi, et qu'il boive. Celui qui croit en Moi, comme l'a dit l'Écriture, des fleuves d'eau vive couleront de son sein ; Il disait cela de l'Esprit, que devaient recevoir ceux qui croient en Lui. »

Il y a quelque chose de bien délicieux dans la vérité ainsi enseignée : au lieu du besoin conscient et du désir insatisfait, une provision abondante et une satisfaction débordante ; au lieu de la pauvreté et de la faiblesse, la richesse et la force de quoi secourir d'autres nécessiteux. Quel Sauveur divin ! Quel salut plein et parfait ! Le débordement de DIEU supplée bien au-delà à l'insuffisance de la capacité individuelle. Nous ne pouvons tous être grands, ou riches, ou forts, sages ou expérimentés ; mais le CHRIST nous a été fait sagesse et justice, sanctification et rédemption : Il veut être notre tout en tous pour la vie et pour le service.

Errant parmi les belles montagnes de DIEU en un délicieux jour d'été, combien vite l'on se fatigue à gravir et l'on se dessèche de soif. Guidés par le bruit de l'eau qui coule, nous cherchons l'ombre d'un rocher en surplomb, et une gorgée du ruisseau cristallin qui tombe d'en haut. Peut-être n'avons-nous qu'un petit récipient pour y boire, mais nous pouvons le remplir encore et encore, car la source est inépuisable. Si la coupe est petite, elle sera bientôt pleine et débordera ; si nous avions un seau, il serait plus long à remplir, mais, une fois plein, il déborderait tout autant ; et si l'on plaçait un immense tonneau sous le courant, lui aussi, avec le temps, déborderait. Et le débordement, dans chaque cas, serait le même, car il ne dépend pas de la taille du récipient, mais de la provision intarissable du ruisseau.

Ainsi la Samaritaine sauvée, sans aucune préparation ni aucune autre aptitude, put aussitôt amener à son Sauveur nouvellement trouvé une multitude d'âmes nécessiteuses, tandis que plus d'un prédicateur éloquent peut laisser les foules rentrer chez elles non sauvées et insatisfaites. Comprenant cela, il ne s'agit plus de ce que nous sommes, ni de ce que nous pouvons faire ; l'important est ceci : avons-nous apporté notre récipient à Lui pour qu'il soit rempli jusqu'à déborder, afin qu'étant nous-mêmes plus que rassasiés, nous ayons de quoi donner à tout altéré, sans compter et sans crainte ? Car la promesse de Jean 7 est celle de fleuves d'eau vive, et celle de Jean 4 d'une source intarissable qui s'écoule toujours et encore jusqu'à la vie éternelle.

Ne quittons pas ce sujet sans nous demander, bien-aimés amis, où nous en sommes à cet égard. Sommes-nous parmi les altérés, ou parmi ceux qui sont venus à l'unique grande Source, et qui boivent, croient, et par conséquent reçoivent, pour leur propre besoin et pour la bénédiction des autres ?

Pour conclure, je voudrais donner quelques mots de témoignage personnel. C'est dans un temps de profond besoin spirituel que me furent données les pensées que j'ai exprimées ci-dessus, alors que j'étais seul dans l'intérieur de la Chine. J'avais péniblement conscience de ne pas vivre tout ce que je m'efforçais d'enseigner aux Chinois. Luttant pour la victoire, trop souvent je me trouvais vaincu, au point de me demander si je ne devais pas cesser de prêcher et me retirer de l'œuvre missionnaire. Le jeûne, la prière, la méditation de la Parole, tout ce à quoi je pouvais penser semblait impuissant à me secourir, lorsqu'un après-midi, au cours de ma lecture habituelle, j'arrivai à Jean 4. Ce chapitre avait toujours été pour moi de l'histoire ancienne, et, comme tel, aimé et apprécié, mais cet après-midi-là, pour la première fois, il devint un message présent pour mon âme. Nul n'aurait pu avoir plus soif, et là, sur-le-champ, j'acceptai la gracieuse invitation, je demandai et je reçus l'Eau vive, croyant, d'après sa propre Parole, que mes jours de soif étaient tous passés, non à cause d'un sentiment présent, mais à cause de sa promesse. Ce même soir, je fis sans répugnance ma lecture biblique habituelle avec les Chinois, et je parlai librement, mais sans avoir particulièrement conscience d'une puissance. Au petit-déjeuner du lendemain matin, cependant, j'appris que l'un de mes auditeurs avait été amené à une conviction du péché si profonde qu'il avait passé la nuit sans dormir ; et, dès ce moment, mon ministère fut agréé de DIEU comme il ne l'avait pas été depuis quelque temps.

Quelques mois plus tard, je traversai un temps de grande épreuve et de grand chagrin : la mort d'un enfant bien-aimé, le renvoi en Angleterre de trois autres, et le temps le plus éprouvant que notre chère Mission ait jamais connu en Chine, amenant d'innombrables difficultés et perplexités ; mais ce fut aussi un temps de joie et de repos spirituels approfondis, et l'expérience que mon SAUVEUR suffisait à toute urgence. À Tien-tsin, les Sœurs de la Charité, les Prêtres français et le Consul avaient été massacrés, et, dans toutes nos stations de l'intérieur, régnaient l'agitation et le péril. Presque chaque jour, je recevais des lettres de quelque groupe d'ouvriers demandant à être conduits, et se demandant s'il fallait rester ou quitter la station, l'œuvre étant pour le moment impossible. Je ne savais que conseiller, mais, dans chaque cas, comme Ézéchias, j'étendais les lettres devant le SEIGNEUR, et je me confiais en Lui pour qu'Il m'enseignât comment y répondre. Il n'y eut aucune révélation consciente, mais, en chaque circonstance, je fus conduit à répondre de la manière qui mena aux meilleurs résultats, et j'expédiais chaque lettre dans la joyeuse paix de savoir que j'avais demandé et qu'Il avait accordé la sagesse propre à bien diriger. C'est justement à cette crise que ma chère première femme fut atteinte du choléra, dont elle ne se releva qu'avec peine ; un petit enfant naquit et ne vécut qu'une quinzaine de jours, faute de pouvoir trouver une nourrice en ce temps d'agitation. Mais, de nouveau, l'Eau vive se révéla suffisante pour elle et pour moi. Le soir même qui suivit les funérailles du bébé, ma précieuse épouse eut une syncope dont elle ne se remit pas entièrement, et, tôt le lendemain matin, elle aussi fut enlevée. Alors je compris pourquoi le SEIGNEUR avait rendu ce passage si réel pour moi. Une maladie de quelques semaines s'ensuivit, et, oh ! combien solitaires étaient parfois les heures lassantes où j'étais retenu au lit ; combien ma chère femme me manquait, ainsi que le petit trottinement des pas des enfants au loin, en Angleterre. Peut-être vingt fois par jour, sentant la soif du cœur me revenir, je criais au SEIGNEUR : « Tu m'as promis que je n'aurais jamais soif », et aussitôt le SEIGNEUR venait et rassasiait bien au-delà mon cœur affligé, si bien que je me demandais souvent s'il était possible que celle que j'aimais, et qui m'avait été enlevée, jouît d'une révélation plus pleine de sa présence que moi dans la solitude de ma chambre. Il avait littéralement exaucé la prière —

« SEIGNEUR JÉSUS, sois pour moi Toi-même
Une vivante et claire réalité ;
Plus présent au regard perçant de la foi
Que nul objet terrestre contemplé ;
Plus cher, plus intimement proche
Que le plus doux des liens humains. »
L’Écriture dans ce sermon Jean 4:14

Domaine public. Texte source de l’édition originale.