Des chants dans la nuit
Charles H. Spurgeon

Sermon · 40 min de lecture· 1898 · Accessible

Des chants dans la nuit

Portrait de Charles H. Spurgeon Charles H. Spurgeon

Texte

Job 35:10

But no one says, "Where is God my Maker, who gives songs in the night,

Open Word Bible

En bref

« Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit ? » Là où Élihu ne pouvait que deviner la cause du chagrin de Job, Spurgeon découvre la miséricorde cachée au cœur de ce chagrin : Dieu seul peut mettre un chant dans un cœur souffrant quand toute raison terrestre de chanter a disparu. Il rassemble les chants nocturnes que peut chanter le croyant — chants de la délivrance dont il se souvient, de la providence présente et d’une espérance qui survit aux ténèbres, puisque le Dieu qui les donne est lui-même le Créateur de celui qui pleure.

« Mais nul ne dit: Où est Dieu, mon créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit » Job 35:10.

ÉLIHU était un homme sage, extrêmement sage, quoique moins sage que Jéhovah, l’Unique Sage, qui voit la lumière dans les nuées et trouve l’ordre dans la confusion. Aussi Élihu, fort perplexe de voir Job si affligé, chercha-t-il autour de lui la cause de ce malheur, et il tomba fort sagement sur l’une des raisons les plus vraisemblables, bien qu’elle ne fût pas, dans le cas de Job, la bonne. Il se dit en lui-même : « Assurément, si les hommes sont durement éprouvés et tourmentés, c’est que, tandis qu’ils pensent à leurs peines et se tourmentent de leurs craintes, ils ne disent pas : “Où est Dieu, mon créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit” ». La raison d’Élihu est juste dans la plupart des cas. La grande cause de la détresse d’un chrétien, la raison des abîmes de tristesse où sont plongés tant de croyants, c’est tout simplement ceci : tandis qu’ils regardent de tous côtés, à droite et à gauche, pour voir comment échapper à leurs épreuves, ils oublient de lever les yeux vers les montagnes d’où vient tout vrai secours—ils ne disent pas : « Où est Dieu, mon créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit » !

Nous laisserons toutefois cette question de côté pour nous arrêter sur ces douces paroles : « Dieu, mon créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit ». Le monde a sa nuit. Il semble nécessaire qu’il en ait une. Le soleil brille le jour, et les hommes sortent pour aller à leurs travaux. Mais ils se lassent, et la tombée de la nuit survient, comme un doux présent du Ciel. Les ténèbres tirent les rideaux et ferment le passage à la lumière qui pourrait empêcher nos yeux de s’assoupir. Le calme et doux silence de la nuit nous permet de reposer sur la couche du repos et d’oublier un moment nos soucis, jusqu’à ce que paraisse le soleil du matin et qu’un ange pose la main sur le rideau, l’ouvre de nouveau, touche nos paupières et nous ordonne de nous lever pour reprendre les travaux du jour. La nuit est l’une des plus grandes bénédictions dont jouissent les hommes—nous avons bien des raisons d’en remercier Dieu. Pourtant, pour beaucoup, la nuit est une saison sombre. Il y a « la peste qui marche dans les ténèbres ». Il y a « les terreurs de la nuit ». Il y a la crainte des voleurs et des maladies cruelles, avec toutes ces frayeurs que connaissent les timides quand ils n’ont pas de lumière pour distinguer les objets. C’est alors qu’ils s’imaginent que des créatures spirituelles parcourent la terre ; pourtant, s’ils étaient bien instruits, ils reconnaîtraient qu’il est vrai que—

« Des millions d’êtres spirituels parcourent la terre, Invisibles, quand nous veillons comme quand nous dormons, »

et qu’en tout temps ils nous entourent, pas plus la nuit que le jour.

La nuit est, pour la plupart des hommes, la saison de la terreur et de l’alarme ; et pourtant la nuit elle-même a ses chants. Vous êtes-vous jamais tenus au bord de la mer, la nuit, pour entendre chanter les galets et les vagues psalmodier les louanges de Dieu ? Ou bien vous êtes-vous jamais levés de votre lit pour ouvrir toute grande la fenêtre de votre chambre et écouter ? Écouter quoi ? Le silence—sinon, de temps à autre, un murmure qui semble une douce musique. Et ne vous est-il pas arrivé de vous figurer que vous entendiez les harpes d’or jouer dans le Ciel ? N’avez-vous pas pensé que ces étoiles là-haut—ces yeux de Dieu qui vous regardent—étaient aussi des bouches qui chantent, et que chaque étoile chantait la gloire de Dieu, chantant, tout en brillant, la louange bien méritée de son puissant Créateur ? La nuit a ses chants ! Il ne nous faut pas beaucoup de poésie dans l’âme pour saisir le chant de la nuit et entendre les sphères entonner des louanges qui retentissent au cœur, bien qu’elles soient muettes pour l’oreille—les louanges du Dieu puissant qui soutient la voûte sans piliers du Ciel et conduit les étoiles dans leur course.

L’homme aussi, comme le vaste monde où il vit, doit avoir sa nuit. Car il est vrai que l’homme ressemble au monde qui l’entoure—il est lui-même un petit monde—il ressemble au monde en presque toutes choses, et si le monde a sa nuit, l’homme a la sienne. Et que de nuits nous traversons ! Nuits de chagrin, nuits de persécution, nuits de doute, nuits d’égarement, nuits d’affliction, nuits d’anxiété, nuits d’ignorance, nuits de toutes sortes, qui pèsent sur nos esprits et épouvantent nos âmes ! Mais, Dieu soit béni, le chrétien peut dire : « Mon Dieu me donne des chants dans la nuit. »

Il n’est pas nécessaire, je pense, de vous prouver que les chrétiens ont des nuits ; car si vous êtes chrétiens, vous découvrirez que vous en avez, et vous n’aurez besoin d’aucune preuve : les nuits viendront bien assez souvent. J’en viens donc sans tarder à mon sujet, et je considérerai, au sujet des chants dans la nuit, premièrement leur source—c’est Dieu qui les donne. Deuxièmement leur matière—que chantons-nous dans la nuit ? Troisièmement leur excellence—ce sont des chants qui viennent du cœur, et ce sont des chants pleins de douceur. Et quatrièmement leur utilité—les bienfaits qu’ils apportent à nous-mêmes et aux autres.

I. Premièrement, les chants dans la nuit—QUI EN EST L’AUTEUR ? « Dieu », dit le texte. Notre « créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit ».

N’importe qui peut chanter le jour. Quand la coupe est pleine, l’homme y puise son inspiration. Quand la richesse afflue autour de lui en abondance, n’importe qui peut chanter à la louange d’un Dieu qui donne une moisson abondante ou qui ramène au port un navire chargé de trésors. Il est assez facile à une harpe éolienne de murmurer sa musique quand les vents soufflent—la difficulté est que la musique vienne quand aucun vent ne souffle. Il est facile de chanter quand nous pouvons lire les notes à la lumière du jour, mais c’est un chanteur habile que celui qui sait chanter quand il n’y a pas un rayon de lumière pour lire. Il chante de son cœur, et non d’après un livre qu’il voit, car il n’a aucun moyen de lire, sinon dans ce livre intérieur de son propre esprit vivant, d’où les notes de la reconnaissance jaillissent en chants de louange. Nul homme ne peut composer de lui-même un chant dans la nuit. Il peut s’y essayer, mais il découvrira combien c’est difficile. Il n’est pas naturel de chanter dans l’épreuve. « Mon âme, bénis l’Éternel! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! » est un chant de plein jour. Mais c’était un chant divin que chantait Habacuc quand, dans la nuit, il disait : « Car le figuier ne fleurira pas », et la suite, « Toutefois, je veux me réjouir en l’Éternel, Je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut. » Je pense que, sur les rives de la mer Rouge, n’importe qui aurait pu composer un cantique semblable à celui de Moïse : « Il a précipité dans la mer le cheval et son cavalier. » La difficulté eût été de composer un cantique avant que la mer Rouge ne fût partagée, et de le chanter avant que les armées de Pharaon ne fussent englouties, alors que les ténèbres du doute et de la crainte pesaient encore sur les armées d’Israël ! Les chants dans la nuit ne viennent que de Dieu—ils ne sont pas au pouvoir de l’homme !

Mais que veut dire le texte quand il affirme que Dieu donne des chants dans la nuit ? Nous croyons trouver deux réponses à cette question. La première, c’est que d’ordinaire, dans la nuit de l’expérience d’un chrétien, Dieu est son seul chant. S’il fait jour dans mon cœur, je puis chanter des chants sur mes dons, des chants sur mes douces expériences, des chants sur mes devoirs, des chants sur mes travaux. Mais que la nuit vienne, et mes dons semblent flétris. Mes preuves, bien qu’elles soient là, sont cachées. Il ne me reste plus rien à chanter que mon Dieu. Chose étrange : quand Dieu accorde des grâces à ses enfants, ceux-ci attachent d’ordinaire leur cœur aux grâces plus qu’à Celui qui les donne ! Mais quand la nuit vient et qu’il balaie toutes ces grâces, aussitôt chacun d’eux dit : « Maintenant, mon Dieu, je n’ai plus rien à chanter que Toi ! Il faut que je vienne à Toi, et à Toi seul. J’avais autrefois des citernes—elles étaient pleines d’eau, et j’y buvais—mais à présent les ruisseaux créés sont à sec. Doux Seigneur, je ne désire d’autre ruisseau que Toi-même, je ne bois à d’autre source qu’à Toi. » Oui, enfant de Dieu, tu sais ce que je veux dire ; ou, si tu ne le comprends pas encore, tu le comprendras tôt ou tard ! C’est dans la nuit que nous chantons Dieu, et Dieu seul. Chaque corde est accordée, et chaque faculté apporte son tribut de chant, tandis que nous louons Dieu et rien d’autre ! Nous pouvons sacrifier à nous-mêmes en plein jour—nous ne sacrifions qu’à Dieu dans la nuit. Nous pouvons chanter haut nos propres louanges quand tout est joyeux, mais nous ne pouvons chanter la louange de personne d’autre que notre Dieu quand les circonstances sont contraires et que les dispensations de la Providence semblent adverses. Dieu seul peut nous fournir des chants dans la nuit.

Et encore, ce n’est pas seulement parce qu’il est alors le seul sujet que nous puissions chanter que Dieu donne le chant dans la nuit, mais parce qu’il est le Seul qui inspire des chants dans la nuit. Amenez-moi un pauvre enfant de Dieu, mélancolique et accablé. Je cherche à lui redire de précieuses promesses et à lui murmurer de douces paroles de consolation. Il ne m’écoute pas—il est comme l’aspic sourd, il n’entend pas la voix de l’enchanteur, si habiles que soient ses charmes. Envoyez-le tour à tour chez tous les théologiens consolateurs et chez tous les saints Barnabas qui aient jamais prêché, et ils n’en tireront presque rien—ils ne parviendront pas à lui arracher un chant, quoi qu’ils fassent ! Il boit le fiel et l’absinthe ! Il gémit devant le Seigneur : « Je mange la poussière au lieu de pain, Et je mêle des larmes à ma boisson ». Et consolez-le comme vous voudrez, vous n’obtiendrez de lui qu’une ou deux notes faibles d’une résignation plaintive—vous n’éveillerez ni psaumes de louange, ni alléluias, ni joyeux cantiques.

Mais que Dieu vienne à son enfant dans la nuit, qu’il lui murmure à l’oreille tandis qu’il est couché sur son lit, et voici que vous voyez ses yeux briller dans la saison de la nuit. Ne l’entendez-vous pas dire—

« C’est le Paradis, si Tu es ici ! Si Tu t’en vas, c’est l’Enfer » ?

Je n’aurais pas pu le réjouir—c’est Dieu qui l’a fait—car Dieu « inspire des chants d’allégresse pendant la nuit ». C’est merveilleux, frères et sœurs, combien une seule douce Parole de Dieu peut faire naître de chants chez les chrétiens. Une seule Parole de Dieu est comme un morceau d’or— le chrétien en est le batteur d’or, et il peut marteler cette promesse des semaines entières ! Je puis le dire moi-même : j’ai vécu d’une seule promesse pendant des semaines, sans avoir besoin d’aucune autre. Il me suffisait de battre cette promesse en feuille d’or et d’en plaquer de joie toute mon existence ! Le chrétien reçoit ses chants de Dieu. Dieu lui donne l’inspiration et lui apprend à chanter ! « Dieu, mon créateur, Qui inspire des chants d’allégresse pendant la nuit ».

Ainsi donc, pauvre chrétien, vous n’avez pas besoin de pomper sans fin votre pauvre cœur pour le rendre joyeux ! Allez à votre Créateur, et demandez-lui de vous donner un chant dans la nuit, car vous êtes un pauvre puits desséché. Vous avez entendu dire que, lorsqu’une pompe est à sec, il faut d’abord y verser de l’eau, et qu’alors on en fait remonter. De même, chrétien, quand vous êtes à sec, allez à votre Dieu ! Demandez-lui de verser en vous un peu de joie, et alors vous ferez remonter plus de joie de votre propre cœur. N’allez pas vers tel ou tel consolateur, car vous découvririez qu’ils ne sont, après tout, que des « consolateurs de Job ». Allez d’abord et avant tout à votre Créateur, car il est le grand Compositeur des cantiques et le Maître de musique ; c’est lui qui peut vous apprendre à chanter !

II. Nous nous sommes ainsi arrêtés sur le premier point. Passons maintenant au second. QUEL EST D’ORDINAIRE LE SUJET D’UN CHANT DANS LA NUIT ? De quoi chantons-nous ?

Eh bien, je pense que, lorsque nous chantons de nuit, il y a trois choses que nous chantons. Ou bien nous chantons le jour qui s’en est allé, ou bien la nuit elle-même, ou bien encore le lendemain qui doit venir. Ce sont là trois doux thèmes, quand Dieu notre Créateur nous donne des chants dans la nuit. Au milieu de la nuit, la manière la plus ordinaire pour les chrétiens est de chanter le jour qui s’en est allé. L’homme dit : « Il fait nuit maintenant, mais je me souviens du temps où il faisait jour. Ni la lune ni les étoiles ne paraissent à présent, mais je me souviens d’avoir vu le soleil. Je n’ai pas de preuves en ce moment, mais il fut un temps où je pouvais dire : “je sais que mon rédempteur est vivant”. J’ai mes doutes et mes craintes à l’heure présente, mais il n’y a pas longtemps que je pouvais dire avec une pleine assurance : “Je sais qu’il a versé son sang pour moi.” Il fait peut-être sombre maintenant, mais je sais que les promesses étaient douces. Je sais que j’ai connu des saisons bénies dans sa Maison. De cela, je suis bien sûr. Je prenais autrefois mes délices dans les voies du Seigneur, et quoique mon sentier soit aujourd’hui jonché d’épines, je sais que c’est le Chemin du Roi. Ce fut jadis une voie agréable ; ce sera de nouveau une voie agréable. Je me souviendrai des années de la droite du Très-Haut. »

Chrétien, peut-être le meilleur chant que vous puissiez chanter pour vous réconforter dans la nuit est-il le chant d’hier ! Souvenez-vous qu’il n’a pas toujours fait nuit pour vous ; en vérité, la nuit est pour vous une chose nouvelle. Autrefois, vous aviez le cœur joyeux et l’esprit allègre. Autrefois, vos yeux étaient pleins de feu. Autrefois, vos pieds étaient légers. Autrefois, vous pouviez chanter de pure joie et dans le ravissement de votre cœur. Eh bien, souvenez-vous donc que ce Dieu qui vous faisait chanter hier ne vous a pas abandonné dans la nuit ! Il n’est pas un Dieu des heures de clarté, incapable de reconnaître ses enfants dans les ténèbres ; il vous aime maintenant tout autant que jamais ! S’il vous a délaissé pour un peu de temps, c’est pour vous éprouver, pour que vous vous confiiez davantage en lui, que vous l’aimiez et le serviez davantage. Laissez-moi vous dire quelques-unes des douces choses dont un chrétien peut faire un chant quand il fait nuit pour lui.

Si nous voulons chanter les choses d’hier, commençons par ce que Dieu a fait pour nous dans les temps passés. Mes bien-aimés frères et sœurs, vous trouverez parfois que c’est un doux sujet de cantique que de chanter l’amour qui élit et les miséricordes de l’Alliance. Quand vous êtes vous-même abattu, il est bon de chanter la Source de la miséricorde, ce décret béni par lequel vous fûtes destiné à la vie éternelle, et cet Homme glorieux qui se chargea de votre rédemption ; de chanter cette Alliance solennelle, signée, scellée et ratifiée, bien ordonnée en toutes choses, et cet amour éternel qui, avant que les montagnes chenues fussent enfantées, avant que les collines antiques fussent encore des enfants, vous choisit, vous aima fermement, vous aima fidèlement, vous aima bien, vous aima éternellement ! Je vous le dis, croyant, si vous pouvez remonter jusqu’aux années de l’éternité, si vous pouvez, en esprit, remonter à cette époque où les collines éternelles n’étaient pas encore façonnées, ni les fontaines du grand abîme creusées, et si vous pouvez voir votre Dieu inscrire votre nom dans son Livre éternel ; si vous pouvez lire dans son cœur plein d’amour des pensées éternelles d’amour envers vous, vous trouverez là un moyen merveilleux de recevoir des chants dans la nuit ! Il n’est point de chants comme ceux qui naissent de l’amour qui élit, point de sonnets comme ceux que dictent les méditations sur la miséricorde qui distingue !

Pensez, chrétien, à l’Alliance éternelle, et vous trouverez un chant dans la nuit ! Mais si vous n’avez pas une voix accordée à un ton si élevé, laissez-moi vous suggérer d’autres miséricordes que vous pouvez chanter : ce sont les miséricordes dont vous avez fait l’expérience. Quoi ? Ne pouvez-vous pas chanter un peu cette heure bénie où Jésus vous rencontra, quand, esclave aveugle, vous jouiez avec la mort, et qu’il vous vit et vous dit : « Viens, pauvre esclave, viens avec moi » ? Ne pouvez-vous pas chanter ce moment de ravissement où

il brisa vos fers, jeta vos chaînes à terre et dit : « Je suis Celui qui fait la brèche. Je suis venu briser tes chaînes et te rendre libre » ? Si sombre que vous soyez maintenant, pouvez-vous oublier cet heureux matin où, dans la Maison de Dieu, votre voix s’éleva bien haut, presque comme la voix d’un séraphin, dans la louange, car vous pouviez chanter : « Je suis pardonné ! Je suis pardonné ! Monument de la grâce, pécheur sauvé par le sang » ? Revenez en arrière, frères et sœurs, chantez ce moment-là, et alors vous aurez un chant dans la nuit ! Ou, si vous l’avez presque oublié, alors vous avez assurément quelque précieuse borne sur la route de la vie, que la mousse n’a pas encore tout à fait recouverte, et sur laquelle vous pouvez lire quelque heureuse inscription de la miséricorde de Dieu envers vous ! Quoi ? N’avez-vous jamais eu une maladie pareille à celle dont vous souffrez maintenant, et ne vous en a-t-il pas relevé ? N’avez-vous jamais été pauvre auparavant, et n’a-t-il pas pourvu à vos besoins ? N’avez-vous jamais été dans la détresse auparavant, et ne vous a-t-il pas délivré ? Allons, frères et sœurs ! Je vous en conjure, allez au fleuve de votre expérience, arrachez-y quelques joncs et tressez-en une arche où votre foi encore enfant pourra flotter en sûreté sur le courant ! Je vous adjure de ne pas oublier ce que Dieu a fait pour vous.

Quoi ? Avez-vous enterré votre journal ? Je vous en conjure, feuilletez le livre de vos souvenirs. Ne voyez-vous pas quelque douce montagne de Mitsear ? Ne vous rappelez-vous pas quelque heure bénie où le Seigneur vous rencontra sur l’Hermon ? N’avez-vous jamais été sur les Montagnes Délectables ? N’avez-vous jamais été tiré de la fosse aux lions ? N’avez-vous jamais échappé à la gueule du lion et aux griffes de l’ours ? Non ? Oh, je sais bien que si ! Revenez donc un peu en arrière, aux miséricordes du passé ; et, bien qu’il fasse sombre maintenant, allumez les lampes d’hier : elles brilleront à travers les ténèbres, et vous trouverez que Dieu vous a donné un chant dans la nuit !

« Oui ! dit quelqu’un, mais vous savez bien que, lorsque nous sommes dans les ténèbres, nous ne pouvons pas voir les miséricordes que Dieu nous a accordées. Il vous est bien facile de nous parler ainsi, mais nous ne pouvons pas les saisir. » Je me souviens d’un vieux chrétien d’expérience qui parlait des grandes colonnes de notre foi. Il était marin ; nous étions à bord d’un navire, et il y avait sur le rivage plusieurs énormes poteaux auxquels on amarrait d’ordinaire les vaisseaux en y lançant un câble. Après que je lui eus cité un grand nombre de promesses, il me dit : « Je sais que ce sont de bonnes promesses, mais je ne puis approcher assez près du rivage pour lancer mon câble autour d’elles. Voilà la difficulté. » Or il arrive souvent que les miséricordes passées de Dieu et ses bontés seraient de bons et solides poteaux où s’amarrer, mais nous n’avons pas assez de foi pour lancer notre câble autour d’eux ; aussi allons-nous glissant au fil du courant de l’incrédulité, parce que nous ne pouvons nous retenir à nos miséricordes d’autrefois.

Je vais pourtant vous donner quelque chose autour de quoi, je pense, vous pourrez lancer votre câble. Si Dieu n’a jamais été bon envers vous, il est une chose que vous savez assurément : c’est qu’il a été bon envers d’autres. Voyons, si grande que soit votre détresse, il y en a sûrement eu d’autres dans une détresse plus grande encore. Quoi ? Êtes-vous descendu plus bas que le pauvre Jonas, quand il descendit jusqu’aux racines des montagnes ? Êtes-vous plus mal loti que votre Maître, quand il n’avait pas où reposer sa tête ? Quoi ? Vous croyez-vous le pire d’entre les pires ? Regardez Job, se grattant avec un tesson et assis sur un fumier. Êtes-vous aussi bas que lui ? Pourtant Job se releva et fut plus riche qu’auparavant ! Et du fond de l’abîme Jonas sortit et prêcha la Parole ! Et notre Sauveur, Jésus, est monté sur son Trône !

Ô chrétien, pensez seulement à ce que Dieu a fait pour d’autres ! Si vous ne pouvez vous souvenir qu’il ait rien fait pour vous, souvenez-vous pourtant, je vous en conjure, de ce qu’est sa règle ordinaire, et ne jugez pas durement mon Dieu ! Vous vous rappelez que, lorsque Ben-Hadad fut vaincu et s’enfuit, ses serviteurs lui dirent : « Voici, nous avons appris que les rois de la maison d’Israël sont des rois miséricordieux; nous allons mettre des sacs sur nos reins et des cordes à nos têtes, et nous sortirons vers le roi d’Israël: peut-être qu’il te laissera la vie. Ils se mirent des sacs autour des reins et des cordes autour de la tête, et ils allèrent auprès du roi d’Israël. Ils dirent: Ton serviteur Ben-Hadad dit: Laisse-moi la vie! » Que répondit le roi ? « Est-il encore vivant? Il est mon frère. » Et vraiment, pauvre âme, quand bien même vous n’auriez jamais eu un Dieu miséricordieux, d’autres l’ont eu ! Le Roi des rois est miséricordieux ! Allez, et mettez-le à l’épreuve ! Si bas que vous soyez dans vos épreuves, levez les yeux vers les montagnes d’où vous vient le secours. D’autres ont reçu de là leur secours, et vous le pouvez aussi !

Des centaines d’enfants de Dieu pourraient se lever et nous montrer leurs mains pleines de consolations et de miséricordes, et ils pourraient dire : « Le Seigneur nous a donné ces choses sans argent, sans rien payer. Et pourquoi ne vous en donnerait-il pas aussi, puisque vous aussi, vous êtes fils du Roi ? » Ainsi, chrétien, vous pouvez tirer un chant dans la nuit de l’expérience d’autrui, si vous ne pouvez en tirer un de vous-même. N’ayez jamais honte d’emprunter une page au livre d’expérience d’un autre homme ! Si vous ne trouvez aucune bonne page dans le vôtre, arrachez-en une à celui de quelqu’un d’autre ! Si vous n’avez aucun sujet de reconnaissance envers Dieu dans les ténèbres, ou si vous n’en pouvez trouver dans votre propre expérience, allez à quelqu’un d’autre et, si vous le pouvez, célébrez sur la harpe la louange de Dieu dans l’obscurité, et, comme le rossignol, chantez doucement ses louanges quand le monde entier s’est retiré pour dormir. Chantez dans la nuit les miséricordes d’hier !

Mais je pense, bien-aimés, qu’il n’y a jamais de nuit si sombre qu’il n’y ait quelque sujet de chant, même au sujet de cette nuit-là. Car il est une chose, j’en suis sûr, que nous pouvons chanter, si sombre que soit la nuit, et c’est celle-ci : « Les bontés de l’Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme ». Si nous ne pouvons chanter bien fort, nous pouvons du moins chanter un petit air à voix basse, quelque chose comme ceci : « Il ne nous traite pas selon nos péchés, Il ne nous punit pas selon nos iniquités. » « Oh ! dit quelqu’un, je ne sais pas où je trouverai mon dîner demain ! Je suis un pauvre misérable. » Il se peut que vous le soyez, mon cher ami, mais vous n’êtes pas aussi pauvre que vous mériteriez de l’être ! Ne vous en offensez pas trop vivement. Si vous vous en offensez, vous n’êtes point un enfant de Dieu, car l’enfant de Dieu reconnaît qu’il n’a aucun droit à la moindre des miséricordes de Dieu, et qu’elles ne lui viennent que par le seul canal de la grâce divine. Tant que je suis hors de l’enfer, je n’ai aucun droit de murmurer. Et si j’étais en enfer, je n’aurais aucun droit de me plaindre, car j’ai senti, lorsque je fus convaincu de péché, que jamais créature n’avait mérité d’y aller plus que moi. Nous n’avons aucune raison de murmurer — nous pouvons lever les mains et dire : « Nuit ! tu es sombre, mais tu aurais pu être plus sombre encore. Je suis pauvre, mais, si je n’avais pu être plus pauvre, j’aurais pu être malade. Je suis pauvre et malade, et pourtant il me reste quelques amis. Mon sort ne saurait être si mauvais qu’il n’eût pu être pire. »

C’est pourquoi, chrétien, vous aurez toujours un sujet de chant : « Seigneur, je te rends grâces de ce que tout n’est pas ténèbres ! » D’ailleurs, si sombre que soit la nuit, il y a toujours une étoile ou la lune. Il n’est guère de nuit où il n’y ait, au ciel, une ou deux petites lampes allumées ; et, si sombre qu’elle soit, je pense que vous trouverez encore quelque petite consolation, quelque petite joie, quelque petite miséricorde qui vous reste — et quelque petite promesse pour réjouir votre esprit. Les étoiles ne sont pas éteintes, n’est-ce pas ? Non ; si vous ne pouvez les voir, elles sont là ; mais je pense qu’il y en a bien une ou deux qui brillent sur vous — offrez donc à Dieu un chant dans la nuit ! Si vous n’avez qu’une étoile, bénissez Dieu pour celle-là, et peut-être en fera-t-il deux. Et si vous n’avez que deux étoiles, bénissez Dieu deux fois pour les deux étoiles, et peut-être en fera-t-il quatre. Essayez donc de voir si vous ne pouvez trouver un chant dans la nuit.

Mais, bien-aimés, il est une autre chose que nous pouvons chanter plus doucement encore, c’est le jour qui doit venir. Souvent je me réjouis à la pensée de l’avènement du Seigneur. Nous prêchons aujourd’hui, peut-être, avec peu de succès. « Le royaume du monde » n’est pas encore « remis à notre Seigneur et à son Christ ». Nous travaillons, mais nous ne voyons pas le fruit de notre travail. Eh bien, après ? Nous ne travaillerons pas toujours en vain, nous ne consumerons pas toujours notre force pour le néant ! Un jour vient où chaque ministre de Christ parlera avec onction, où tous les serviteurs de Dieu prêcheront avec puissance, où les systèmes colossaux du paganisme tomberont de leurs piédestaux, et où les puissantes, les gigantesques illusions seront dispersées aux quatre vents ! On entendra retentir le cri, « Alléluia! », et de nouveau : « Alléluia! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans son règne. » J’attends ce jour-là — c’est vers l’horizon lumineux du second avènement de Christ que je tourne les yeux ! Mon ardente attente, c’est que le bienheureux soleil de la justice se lèvera bientôt, la guérison sous ses ailes ; que les opprimés obtiendront justice, que le despotisme sera abattu, que la liberté sera établie, que la paix sera rendue durable, et que la liberté de la gloire des enfants de Dieu s’étendra par tout le monde connu ! Chrétien, s’il fait nuit pour vous, pensez au lendemain ! Réjouissez votre cœur à la pensée de l’avènement de votre Seigneur ! Soyez patient, car vous savez qui a dit : « Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu’est son œuvre. »

Encore une pensée sur ce point. Il est un autre doux lendemain que nous espérons chanter dans la nuit. Bientôt, bien-aimés, vous et moi, nous serons couchés sur notre lit de mort, et même alors nous ne manquerons pas d’un chant dans la nuit ! Et je ne sais où nous prendrons ce chant, si nous ne le prenons au lendemain. Agenouillé dernièrement auprès du lit d’une sainte qui semblait mourante, je lui dis : « Eh bien, ma sœur, le Seigneur vous a été bien précieux. Vous pouvez vous réjouir de ses miséricordes d’alliance et de ses bontés passées. » Elle étendit la main et dit : « Ah ! monsieur, ne me parlez pas de cela maintenant ! J’ai besoin du Sauveur des pécheurs autant, maintenant, que jamais — ce n’est pas un Sauveur des saints qu’il me faut, c’est toujours un Sauveur des pécheurs qu’il me faut, car je suis toujours une pécheresse. » Je vis que je ne pouvais la consoler par le passé ; je lui rappelai donc les rues d’or, les portes de perles, les murailles de jaspe, les harpes d’or, les chants de la félicité. Alors ses yeux brillèrent, et elle dit : « Oui, j’y serai bientôt. Je les verrai, avant peu. » Et elle parut alors si heureuse. Ah ! croyant, vous pouvez toujours vous réjouir de cette pensée ! Votre tête est peut-être couronnée maintenant des épines de l’épreuve, mais elle portera bientôt une couronne d’étoiles ! Vos mains sont peut-être pleines de soucis, mais elles saisiront bientôt une harpe — une harpe pleine de mélodie. Vos vêtements sont peut-être souillés de poussière, mais ils seront blancs, avant peu ! Attendez encore un peu.

Ah ! bien-aimés, que nos peines et nos épreuves nous paraîtront méprisables quand nous les regarderons en arrière ! Vues ici, dans le présent, elles semblent immenses. Mais quand nous serons au ciel, elles ne nous sembleront rien du tout ! Nous nous en entretiendrons les uns avec les autres dans le ciel, et nous aurons d’autant plus de sujets de conversation que nous aurons davantage souffert ici-bas. Avançons donc ; et, si sombre que soit la nuit, souvenez-vous qu’il n’est pas de nuit qui n’ait son matin ! Et ce matin doit venir, avant peu. Quand les pécheurs seront perdus dans les ténèbres, nous lèverons les yeux dans la lumière éternelle.

Assurément, je n’ai pas besoin de m’arrêter plus longtemps sur cette pensée. Il y a dans le passé, dans le présent et dans l’avenir assez de matière pour des chants dans la nuit.

III. Et maintenant, je veux vous dire, très brièvement, QUELLES SONT LES EXCELLENCES DES CHANTS DANS LA NUIT AU-DESSUS DE TOUS LES AUTRES CHANTS.

En premier lieu, quand vous entendez un homme chanter un chant dans la nuit — je veux dire dans la nuit de l’épreuve —, vous pouvez être bien sûr que c’est un chant qui vient du cœur. Beaucoup d’entre vous chantent maintenant de tout leur cœur. Je me demande si vous chanteriez aussi fort s’il y avait un bûcher ou deux à Smithfield pour tous ceux d’entre vous qui oseraient le faire. Si vous chantiez sous peine de châtiment, cela montrerait que votre cœur est dans votre chant. Nous pouvons tous chanter fort joliment, en vérité, quand tout le monde chante — c’est la chose la plus facile du monde que d’ouvrir la bouche et de laisser sortir les paroles. Mais quand le diable nous met la main sur la bouche, pouvons-nous chanter alors ? Pouvez-vous dire : quand même il me tuerait, j’espérerais encore en lui ? Voilà un chant qui vient du cœur ! Voilà le vrai chant qui jaillit dans la nuit !

De plus, le chant que nous chantons dans la nuit sera durable. Bien des chants que nous entendons chanter à nos semblables ne pourront plus se chanter, avant peu. Ils peuvent aujourd’hui chanter de joyeuses chansons à boire, mais ils ne les chanteront pas quand viendra l’heure de mourir. Non ; mais le chrétien qui sait chanter dans la nuit n’aura pas à interrompre son chant — il pourra le chanter toujours ! Il pourra poser le pied dans les eaux du Jourdain et continuer sa mélodie. Il pourra le traverser à gué et chanter encore jusqu’à ce qu’il ait abordé sain et sauf au ciel ! Et quand il y sera, son chant n’aura pas besoin de s’interrompre ; mais, dans un cantique plus noble et plus doux, il pourra continuer à chanter la puissance du Sauveur pour sauver !

De plus, les chants que nous modulons dans la nuit sont ceux qui montrent que nous avons une foi véritable en Dieu. Bien des hommes ont juste assez de foi pour se fier à Dieu tant que la Providence va comme ils le jugent bon. Mais la vraie foi sait chanter quand ceux qui la possèdent ne peuvent voir ! Elle sait s’attacher à Dieu quand ils ne peuvent le discerner !

Les chants dans la nuit prouvent aussi que nous avons un vrai courage. Beaucoup chantent le jour, qui se taisent la nuit. Ils ont peur des voleurs et des brigands. Mais le chrétien qui chante dans la nuit prouve qu’il est un homme de courage. C’est le chrétien hardi qui sait chanter les cantiques de Dieu dans les ténèbres.

Celui qui sait chanter des chants dans la nuit prouve aussi qu’il a un véritable amour pour Christ. Ce n’est pas aimer Christ que de le louer simplement quand tout le monde le loue — marcher bras dessus, bras dessous avec lui quand il a la couronne sur la tête n’est pas grand-chose. Marcher avec Christ quand il est en haillons, c’est davantage. Croire en Christ quand il est enveloppé de ténèbres. S’attacher ferme et fort au Sauveur quand tous les hommes disent du mal de lui et l’abandonnent — voilà qui prouve une foi et un amour véritables. Celui qui chante un chant à Christ dans la nuit chante le plus beau chant du monde, car il chante du fond du cœur.

IV. Je ne m’arrêterai pas davantage sur les excellences des chants de la nuit, mais, en dernier lieu, je veux simplement VOUS EN MONTRER L’UTILITÉ. Eh bien, bien-aimés, il est fort utile de chanter dans la nuit de nos épreuves, d’abord parce que cela nous réjouit nous-mêmes. Quand certains d’entre vous étaient des garçons vivant à la campagne, et qu’ils avaient quelque distance à parcourir seuls la nuit, ne vous rappelez-vous pas comme vous sifflotiez et chantiez pour vous donner du courage ? Eh bien, ce que nous faisons dans le monde naturel, nous devrions le faire dans le monde spirituel ! Rien de tel que le chant pour soutenir notre courage. Quand nous étions dans l’épreuve, nous nous sommes souvent crus presque accablés par les difficultés, et nous avons dit : « Chantons un cantique. » Nous nous sommes mis à chanter, et nous avons éprouvé la vérité de ce que dit Martin Luther : « Le diable ne peut supporter le chant ; il n’aime pas la musique. » Il en fut ainsi au temps du roi Saül — un mauvais esprit reposait sur lui ; mais, quand David jouait de la harpe, le mauvais esprit le quittait. C’est ce qui arrive d’ordinaire ; et, si nous pouvons nous mettre à chanter, nous chasserons nos craintes.

J’aime entendre parfois les domestiques fredonner un air à leur ouvrage. J’aime entendre, à la campagne, un laboureur chanter tandis qu’il avance avec ses chevaux. Pourquoi pas ? Vous dites qu’il n’a pas le temps de louer Dieu ; mais s’il peut chanter une chanson, il peut assurément chanter un psaume—cela ne lui prendra pas plus de temps ! Le chant est le meilleur moyen de nous purger des mauvaises pensées. Gardez votre bouche pleine de cantiques, et vous garderez souvent votre cœur plein de louanges—continuez de chanter aussi longtemps que vous le pourrez—vous trouverez que c’est une bonne méthode pour chasser vos craintes.

Chantez dans l’épreuve, encore, parce que Dieu aime entendre son peuple chanter pendant la nuit. Jamais Dieu n’aime autant le chant de ses enfants que lorsqu’il leur a caché sa face et qu’ils sont tout entiers dans les ténèbres. « Ah ! » dit Dieu, « voilà la vraie foi, celle qui peut les faire chanter des louanges quand je ne me montre pas à eux ! Je sais qu’il y a en eux une foi qui leur fait élever leur cœur, alors même que je semble leur refuser toutes mes tendres miséricordes et toutes mes compassions. » Chantez donc, chrétien, car le chant plaît à Dieu ! Au ciel, lisons-nous, les anges sont occupés à chanter—soyez occupé de la même manière—car par aucun meilleur moyen vous ne pouvez réjouir le Tout-Puissant d’Israël, qui s’abaisse de son trône élevé pour nous regarder, nous, pauvres et faibles créatures d’un jour !

Chantez, encore, pour une autre raison : parce que cela réjouira vos compagnons. S’il en est qui sont avec vous dans la vallée et dans les ténèbres, ce sera pour eux un grand secours et une consolation. John Bunyan nous raconte que, tandis que Chrétien traversait la vallée, il la trouva un lieu effroyable—d’horribles démons et des lutins l’entouraient de toutes parts—et le pauvre Chrétien pensa qu’il allait périr à coup sûr. Mais au moment même où ses doutes étaient les plus forts, il entendit une voix douce. Il prêta l’oreille, et il entendit un homme, devant lui, qui chantait : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal. » Or, cet homme ne savait pas qui était près de lui, mais sans le savoir il réconfortait un pèlerin qui marchait derrière lui ! Chrétien, quand vous êtes dans l’épreuve, chantez ! Vous ne savez pas qui est près de vous. Chantez—peut-être gagnerez-vous ainsi un bon compagnon. Chantez ! Peut-être un autre cœur sera-t-il réjoui par votre chant. Il y a peut-être quelque esprit brisé qui sera pansé par vos cantiques. Chantez ! Il y a peut-être quelque pauvre frère dans la détresse, enfermé dans le château du Désespoir, qui, comme le roi Richard, entendra votre chant à l’intérieur des murs et vous répondra en chantant—et vous serez peut-être le moyen de le faire racheter et délivrer ! Chantez, chrétien, partout où vous allez ! Tâchez, si vous le pouvez, de laver votre visage chaque matin dans un bain de louange. Quand vous descendez de votre chambre, ne regardez jamais un homme avant d’avoir d’abord regardé votre Dieu—et quand vous l’aurez regardé, cherchez à descendre avec un visage rayonnant de joie ! Portez un sourire, car vous réjouirez par là plus d’un pauvre pèlerin égaré. Et quand vous jeûnez, chrétien. Quand vous avez le cœur endolori, ne montrez pas aux hommes que vous jeûnez—paraissez joyeux et heureux ! Parfumez votre tête et lavez votre visage—soyez heureux pour l’amour de vos frères et sœurs—cela tendra à les réjouir et à les aider à traverser la vallée.

Encore une raison, et je sais qu’elle sera bonne pour vous. Tâchez de chanter pendant la nuit, chrétien, car c’est l’un des meilleurs arguments du monde en faveur de votre religion. Nos théologiens, de nos jours, passent beaucoup de temps à essayer de prouver la vérité du christianisme à ceux qui n’y croient pas. J’aurais aimé voir Paul essayer de cette méthode ! Élymas le magicien lui résista—comment Paul le traita-t-il ? Il dit : « Homme plein de toute espèce de ruse et de fraude, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies droites du Seigneur? » C’est à peu près toute la politesse que méritent de tels hommes quand ils nient la vérité de Dieu ! Nous partons de ce principe—que la Bible est la Parole de Dieu—mais nous n’allons pas prouver la Parole de Dieu. Si vous ne la croyez pas, nous vous dirons : « Adieu. » Nous ne discuterons pas avec vous. La religion n’est pas simplement une affaire où votre intelligence ferait valoir la grandeur de votre propre talent—c’est une chose qui réclame votre foi. En messager du ciel, je réclame cette foi ! S’il ne vous plaît pas de la donner, que votre condamnation retombe sur votre propre tête !

Chrétien, au lieu de disputer, laissez-moi vous dire comment prouver votre religion ! Vivez-la ! Vivez-la ! Donnez-en la preuve extérieure aussi bien que la preuve intérieure ! Donnez la preuve extérieure de votre propre vie. Vous êtes malade. Voici votre voisin, qui se moque de la religion. Qu’il entre dans votre maison. Quand il était malade, il disait : « Oh ! qu’on fasse venir le médecin ! » Et il était là, à se tourmenter, à fulminer et à faire toutes sortes de bruit. Quand vous êtes malade, faites-le venir, lui, le premier—dites-lui que vous êtes résigné à la volonté du Seigneur, que vous baiserez la verge qui vous châtie, que vous prendrez la coupe et la boirez, parce que c’est votre Père qui vous la donne. Vous n’avez pas besoin d’en faire étalage, sinon cela perdrait toute sa force. Mais faites-le parce que vous ne pouvez pas faire autrement. Votre voisin dira : « Il y a quelque chose dans une religion comme celle-là. »

Et quand vous arriverez au bord de la tombe—votre voisin y a été, une fois, et vous avez entendu comme il poussait des cris et comme il était épouvanté—tendez-lui la main et dites-lui : « Ah ! j’ai un Christ qui est avec moi maintenant. J’ai une religion qui me fera chanter pendant la nuit. » Qu’il entende comment vous savez chanter : « Victoire, victoire, victoire », par celui qui vous a aimé. Je vous le dis, nous pouvons prêcher cinquante mille sermons pour prouver l’Évangile, mais nous ne le prouverons pas moitié aussi bien que vous le ferez en chantant pendant la nuit ! Gardez un visage joyeux, gardez un cœur heureux, gardez un esprit content, gardez vos yeux brillants et votre cœur élevé en haut—et vous prouverez le christianisme mieux que tous les Butler et tous les sages qui aient jamais vécu ! Donnez-leur l’« analogie » d’une vie sainte, et alors vous leur prouverez la religion ! Donnez-leur les « preuves » d’une piété intérieure, manifestée au-dehors, et vous donnerez la meilleure preuve possible du christianisme ! Tâchez de chanter des cantiques pendant la nuit, car ils sont si rares que si vous pouvez les chanter, vous honorerez votre Dieu et vous bénirez vos amis !

J’ai, pendant tout ce temps, parlé aux enfants de Dieu. Et maintenant ce sujet doit prendre un tour bien triste. Un mot ou deux seulement, et j’aurai fini. Il vient une nuit où il n’y aura point de chants de joie—une nuit où l’on chantera un chant dont la misère sera le sujet, mis sur la musique des pleurs et des grincements de dents. Il vient une nuit où le malheur, un malheur indicible, sera le thème d’un miserere affreux et terrifiant. Il vient une nuit pour la pauvre âme—et à moins qu’elle ne se repente, ce sera une nuit où elle devra soupirer, crier, se lamenter et gémir pour toujours ! J’espère ne jamais prêcher un sermon sans m’adresser aux impies, car oh ! combien je les aime ! Jureur, votre bouche est noire de jurons maintenant, et si vous mourez, il vous faudra continuer à blasphémer pendant toute l’éternité—et en être puni pendant toute l’éternité ! Mais écoutez-moi, blasphémateur ! Vous repentez-vous ? Sentez-vous que vous avez péché contre Dieu ? Sentez-vous le désir d’être sauvé ? Écoutez ! Vous pouvez être sauvé ! Vous pouvez être sauvé ! En voici une autre. Elle a énormément péché contre Dieu, et elle rougit à l’instant même où je parle de son cas. Vous repentez-vous de vos péchés ? Alors il y a un pardon pour vous ! Souvenez-vous de celui qui a dit : « va, et ne pèche plus. »

Ivrogne ! Il y a peu de temps encore, vous descendiez la rue en titubant, et maintenant vous vous repentez. Ivrogne, il y a de l’espérance pour vous ! « Eh bien », dites-vous, « que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Laissez-moi vous redire l’ancien chemin du salut. C’est : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » Nous ne pouvons aller plus loin que cela, quoi que nous fassions ! Voilà la somme et la substance de l’Évangile. « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. » Ainsi parle le Sauveur lui-même. Demandez-vous : « Qu’est-ce que croire ? » Faut-il que je vous le dise encore ? Je ne puis vous le dire autrement qu’en disant que c’est regarder à Christ. Voyez-vous le Sauveur, là ? Il est suspendu à la croix. Voici ses chères mains, percées de clous, attachées au bois comme si elles attendaient vos pas tardifs, parce que vous ne vouliez pas venir. Voyez-vous sa chère tête, là ? Elle est penchée sur sa poitrine, comme s’il voulait s’incliner pour embrasser votre pauvre âme. Voyez-vous son sang qui jaillit de sa tête, de ses mains, de ses pieds, de son côté ? Il court après vous, parce qu’il savait bien que vous ne courriez jamais après lui.

Pécheur, pour être sauvé, tout ce que vous avez à faire, c’est de regarder à cet Homme ! Ne pouvez-vous pas le faire maintenant ? « Non », dites-vous, « je ne crois pas que cela me sauvera. » Ah ! mon pauvre ami, essayez, je vous en supplie, essayez ! Et si vous ne réussissez pas après avoir essayé, je me porterai caution pour mon Seigneur—tenez, prenez-moi, liez-moi, et je subirai votre condamnation à votre place ! Voici ce que j’oserai dire—si vous vous jetez sur Christ et qu’il vous abandonne—je serai prêt à partager de moitié avec vous toute votre misère et tout votre malheur, car il ne le fera jamais. Jamais, jamais, JAMAIS—

« Nul pécheur ne fut jamais renvoyé les mains vides, Qui vint chercher grâce pour l’amour de Jésus. »

Je vous en supplie donc, mettez-le à l’épreuve, et vous ne l’éprouverez pas en vain ! Vous trouverez qu’« il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui ». Et vous serez, par sa grâce, sauvé maintenant—et sauvé pour toujours !

L’Écriture dans ce sermon Job 35:10

Domaine public. Texte source de l’édition originale.

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Spurgeon, Charles H. “Des chants dans la nuit.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/songs-in-the-night/.
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