Sermon prêché à l’exécution de Moses Paul, un Indien
Samson Occom

Sermon · 57 min de lecture· 1772 · Modéré

Sermon prêché à l’exécution de Moses Paul, un Indien

Portrait de Samson Occom Samson Occom

Texte

Romains 6:23

En bref

Prêché à New Haven le 2 septembre 1772, à la demande de Moses Paul, un Indien condamné pour meurtre, le jour même de sa pendaison. À partir de Romains 6:23, Occom montre que le péché est la cause de toute misère humaine et que la mort en est le salaire, et que la vie éternelle est le don gratuit de Dieu par Jésus-Christ. Il supplie le condamné de venir au Sauveur crucifié, jusque sur l’échafaud, s’adresse aux pasteurs et à la foule, et termine par un avertissement sans détour à ses propres frères indiens contre l’ivrognerie.

PAR la triste providence de Dieu, et à la demande et à l’invitation pressantes du pauvre criminel condamné, je me tiens ici en ce moment devant cette grande foule, pour adresser le dernier discours au pauvre et misérable malheureux qui doit être exécuté aujourd’hui sous vos yeux, en juste rétribution de sa folie, de sa démence et de son énorme méchanceté. C’est pour moi une tâche bien pénible que de parler en une telle occasion ; mais puisque c’est le désir du pauvre homme lui-même, qui doit mourir aujourd’hui d’une mort honteuse, je ne puis en conscience le lui refuser ; je dois m’efforcer d’accomplir la grande œuvre que le mourant me demande.

Je conclus que cette grande foule s’est rassemblée pour voir l’exécution de la justice sur ce pauvre Indien ; et je suppose que la plupart d’entre vous se considèrent comme chrétiens, et j’espère que vous vous conduirez comme tels, et que vous aurez une compassion convenable envers ce pauvre malheureux. Bien que vous ne puissiez pas, en toute justice, prier pour que sa vie soit prolongée en ce monde, vous pouvez cependant prier avec ardeur pour le salut de sa pauvre âme, en accord avec la pensée de Dieu. Que ce soit donc là l’exercice fervent de nos âmes : car c’est le dernier jour où nous pouvons prier pour lui. Quant à vous qui ne vous souciez pas de la religion, on ne peut pas s’attendre à ce que vous présentiez une seule requête pour cette misérable créature : pourtant je voudrais vous supplier de considérer sérieusement la fragilité de notre nature corrompue, et de vous conduire comme il convient à des créatures raisonnables.

Et en un mot, soyons tous touchés comme il convient par la triste occasion de ce jour, sachant que nous sommes tous des créatures mortelles, et que nous devons rendre compte à Dieu. Bien que ce pauvre criminel condamné doive, dans quelques minutes, en savoir plus que nous tous, soit dans une joie inexprimable, soit dans un malheur inconcevable, nous en saurons pourtant certainement autant que lui, dans quelques jours.

Les paroles sacrées que j’ai choisies pour parler en cette pénible occasion se trouvent écrites dans l’épître de saint Paul aux ROMAINS VI, 23.

Car le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur.

LA MORT est appelée le Roi des épouvantements, et elle devrait faire chaque jour l’objet des pensées de tout homme et de toute femme ; parce que c’est une chose à laquelle ils sont exposés à chaque instant de leur vie : et c’est pourquoi il ne peut être hors de saison d’y penser, d’en parler et d’en entendre parler en tout temps, et surtout en cette triste occasion ; car nous devons tous y venir, nous ne savons pas combien tôt ; que nous soyons préparés ou non préparés, prêts ou pas prêts, que la mort soit la bienvenue ou non, nous devons en sentir la force : que nous nous occupions de la mort ou non, elle s’occupera de nous. Puisqu’il en est ainsi pour chacun de nous, quelles personnes ne devons-nous pas être par une sainte conduite et par la piété ; combien les hommes ne devraient-ils pas s’employer sans relâche à se préparer à la mort ; car ils ne savent pas ce qu’un jour ou une heure peut enfanter à leur égard. Mais hélas ! à en juger par l’apparence du genre humain en général, la mort est la chose à laquelle on pense le moins. Les hommes vont de jour en jour comme s’ils devaient vivre ici pour toujours, comme si cette vie était la seule. Ils combinent des plans, se creusent l’esprit, troublent leur repos, et vont même jusqu’à exposer leur vie à toutes sortes de dangers, sur mer comme sur terre ; oui, ils remuent ciel et terre pour pouvoir vivre dans le monde, et en même temps ils ne font guère ou pas du tout de projets pour bien mourir : Dieu et leur âme sont négligés, le ciel et le bonheur éternel sont dédaignés ; Christ et sa religion sont méprisés — et pourtant la plupart de ces hommes-là comptent bien être heureux quand ils viendront à mourir, sans considérer qu’il faut une grande préparation pour bien mourir. Oui, nul n’est aussi apte à vivre que ceux qui sont prêts à mourir ; ceux qui ne sont pas prêts à mourir ne sont pas aptes à vivre. La vie & la mort sont étroitement liées ; nous reconnaissons généralement que c’est une chose grande et solennelle que de mourir. Si cela est vrai, alors c’est une chose grande et solennelle que de vivre ; car comme nous vivons, ainsi nous mourrons. Mais je le répète, combien peu les hommes se rendent compte de ces choses ! Ils s’affairent aux choses de ce monde comme s’il n’y avait point de mort devant eux. Le Dr Watts les dépeint au naturel dans ses psaumes :

Voyez la vaine race des mortels passer
Comme des ombres sur la plaine ;
Ils s’agitent et luttent, désirent et aiment,
Mais tout ce bruit est vain.

Les uns marchent dans le faste criard des honneurs,
D’autres creusent pour trouver le minerai d’or ;
Ils peinent pour des héritiers qu’ils ne connaissent pas,
Et aussitôt on ne les voit plus.

Mais d’autre part, la vie est la chose la plus précieuse, et elle devrait être la plus désirée de toutes les créatures raisonnables. Elle devrait être estimée au-dessus de toutes choses ; et pourtant il n’y a rien d’aussi maltraité et méprisé que la vie, et rien d’aussi négligé : je veux dire que la vie éternelle est honteusement dédaignée par les hommes en général, et que la mort éternelle est choisie plutôt que la vie. C’est la plainte générale de la Bible, du commencement à la fin. Aussi longtemps que Christ est négligé, la vie est refusée, et aussi longtemps que le péché est chéri, la mort est choisie ; et tel semble être le triste état du genre humain dans toutes les nations, à en juger par ce qu’on voit de nos jours ; car il est trop évident pour être nié que le vice et l’immoralité, et des flots d’iniquité abondent partout parmi toutes les nations, dans tous les ordres et tous les rangs de la société, et dans toutes les sectes. Oui, il règne un grand accord et une grande harmonie entre toutes les nations, et du plus haut au plus bas, pour pratiquer le péché et l’iniquité ; et la pure religion de Jésus-Christ est mise à la porte, et elle se meurt dehors ; ou, en d’autres termes, le Seigneur Jésus-Christ est mis à la porte par les hommes en général, et même par ceux qui font profession d’être son peuple. « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont point reçu. » Mais le diable, lui, est admis ; il a libre accès aux maisons et aux cœurs des enfants des hommes : c’est ainsi que la vie est refusée et que la mort est choisie. Mais pour poursuivre l’examen de notre texte, avec l’assistance divine, je considérerai ces deux propositions générales :

I. Que le péché est la cause de toutes les misères qui frappent les enfants des hommes, tant dans leur corps que dans leur âme, pour le temps et pour l’éternité.

II. Que la vie éternelle et le bonheur sont le don gratuit de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur.

En traitant la première proposition, je considérerai d’abord la nature du péché ; et ensuite je considérerai les conséquences du péché, ou le salaire du péché, qui est la mort.

Premièrement donc, nous avons à décrire la nature du péché.

Le péché est la transgression de la loi : — telle est la définition que l’Écriture donne du péché. Or la loi de Dieu étant sainte, juste et bonne, le péché doit être entièrement impie, injuste et mauvais. Si je devais définir le péché, je l’appellerais une opposition à DIEU ; et comme tel, il doit être la chose la plus vile du monde ; il est plein de tout mal ; il est le mal des maux ; le seul mal en qui n’habite aucun bien ; et il est des plus destructeurs pour la création de Dieu, partout où il produit son effet. C’est le péché qui a transformé les anges mêmes du ciel en démons ; et c’est le péché qui a fait que l’enfer a été créé. S’il n’y avait pas eu le péché, il n’y aurait jamais eu de chose telle que l’enfer ou le diable, la mort ou la misère.

Et si le péché est tel que nous venons de le décrire, il doit être pire que les démons et que l’enfer lui-même. — Le péché est plein d’un venin mortel ; il est plein de malignité et de haine contre Dieu, contre toutes ses perfections et tous ses attributs divins, contre sa sagesse, contre sa puissance, contre sa sainteté et sa bonté, contre sa miséricorde et sa justice, contre sa loi écrite et son Évangile ; oui, contre son être même et son existence. S’il était au pouvoir du péché, il détrônerait Dieu lui-même et s’assiérait sur son trône.

Quand Christ, le Fils du Très-Haut, est descendu du monde glorieux d’en haut dans ce monde misérable de péché et de douleur, pour chercher et sauver ce qui était perdu, le péché, ou les pécheurs, se sont soulevés contre lui dès qu’il est entré dans notre monde, et l’ont poursuivi avec une malice infernale, nuit et jour, pendant plus de trente années de suite, jusqu’à ce qu’ils l’aient mis à mort.

De plus, le péché est contre le Saint-Esprit ; il s’oppose à toutes ses bonnes et saintes opérations sur les enfants des hommes. Quand et partout où il y a une effusion de l’Esprit de Dieu sur les enfants des hommes, pour la conviction et la conversion, le péché pousse aussitôt le diable et ses enfants à se soulever contre elle, et ils s’opposeront à l’œuvre de toute leur puissance, et sous toutes les formes. Et si l’opposition ouverte ne suffit pas, le diable contrefera l’œuvre, et en empêchera ainsi le bon effet.

Ainsi nous voyons par les récits de l’Écriture que, chaque fois que Dieu suscite des hommes et s’en sert comme d’instruments de conviction et de conversion, le diable et ses instruments se lèvent pour détruire à la fois les réformateurs et ceux qui ont été réformés. Il en a été ainsi depuis les premiers jours du christianisme jusqu’à ce jour. Nous l’avons constaté de nos jours. Au temps de l’effusion de l’Esprit de Dieu dans ces colonies, pour la conviction et la réformation d’un grand nombre, aussitôt le péché et le diable ont poussé bien des gens à se soulever contre la bonne œuvre de Dieu, l’appelant illusion et œuvre du diable. Et ainsi le péché s’oppose aussi à chaque mouvement de l’Esprit de Dieu dans le cœur de chaque chrétien ; cela produit une guerre dans l’âme.

2. Je m’efforcerai de montrer les tristes conséquences ou effets du péché sur les enfants des hommes.

Le péché les a empoisonnés, & les a rendus égarés ou insensés. Le Psalmiste dit : L’insensé dit en son cœur : Il n’y a point de Dieu. Et Salomon, tout au long de ses Proverbes, appelle les pécheurs impies des insensés ; et leur péché, il l’appelle leur folie et leur sottise. L’apôtre Jacques dit : Mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; c’est un mal qu’on ne peut réprimer ; elle est pleine d’un venin mortel. C’est le cœur qui, en premier lieu, est plein d’un venin mortel. La langue n’est que l’interprète du cœur. Le péché a vicié l’homme tout entier, âme et corps ; toutes ses facultés sont corrompues ; il a tourné l’esprit des hommes contre tout bien, et vers tout mal. Ils sont si empoisonnés que, selon le prophète Ésaïe, chap. V, verset 20 : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, Qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, Qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume! » Et Jésus-Christ dit en Jean III, 19, 20 : « Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées. » Le péché a abruti le genre humain ; les hommes sont maintenant ignorants de Dieu leur Créateur, et ils ne s’enquièrent pas non plus de lui. Et ils sont ignorants d’eux-mêmes, ils ne savent pas ce qui est bon pour eux, et ils ne comprennent pas non plus leur danger ; et la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux.

De plus, le péché a aveuglé leurs yeux, de sorte qu’ils ne peuvent discerner les choses spirituelles ; ils ne voient pas non plus le chemin où ils devraient marcher, et ils sont sourds comme des aspics, de sorte qu’ils ne peuvent entendre le son joyeux de l’Évangile, qui apporte aux pécheurs du genre humain la bonne nouvelle de la paix et du pardon. Ils n’écoutent pas non plus la voix de l’enchanteur, si habile qu’il soit dans ses enchantements. — Non seulement cela, mais le péché a rendu l’homme orgueilleux, bien qu’il n’ait rien dont il puisse s’enorgueillir ; car il a perdu toute son excellence, sa beauté et son bonheur ; il est un banqueroutier, il est excommunié de Dieu ; il a été chassé du paradis par Dieu lui-même, et il est devenu un vagabond dans le monde de Dieu, et comme tel il n’a ni droit ni titre à la moindre miette de miséricorde dans le monde : et pourtant il est orgueilleux, il est hautain, et il s’élève au-dessus de Dieu, bien qu’il soit malheureux et misérable, pauvre, aveugle et nu. Il met sa gloire dans sa honte. Le péché l’a rendu bestial et diabolique ; oui, il est tombé plus bas que les bêtes, et il est pire que les bêtes féroces du désert. Il est devenu méchant, cruel et meurtrier ; il est querelleur et batailleur. J’ai dit qu’il est pire que les bêtes féroces, car les loups et les ours ne dévorent pas leur propre espèce, mais l’homme le fait ; oui, nous avons d’innombrables exemples de femmes qui tuent leurs propres enfants ; de telles femmes, à mon avis, sont pires que des tigresses.

Le péché a rendu les hommes malhonnêtes et trompeurs, de sorte que l’homme passe son temps à tricher, à frauder et à tromper ses semblables dans le monde : oui, il est devenu lui-même une tromperie, il ne marche que dans une vaine apparence ; nous ne savons pas où trouver l’homme. Tantôt nous le trouvons pareil à un ange de Dieu, et tantôt pareil à un démon, et c’est un seul et même homme. Le péché a fait de l’homme un menteur dès le sein maternel ; de sorte qu’on ne peut ni le croire ni se fier à lui. Le royal psalmiste dit : « Les méchants sont pervertis dès le sein maternel, Les menteurs s’égarent au sortir du ventre de leur mère. » — Son langage aussi est corrompu. Alors qu’il avait, dans son innocence, un langage pur et saint pour adorer et louer Dieu son Créateur, il maudit maintenant, il jure, il profane le saint nom de Dieu, et il maudit et damne ses semblables. En un mot, l’homme est une créature tout à fait indisciplinée et ingouvernable ; il est devenu comme le petit d’un âne sauvage, et il est plus difficile à dompter qu’aucune des créatures de Dieu en ce monde. Bref, l’homme est pire que toutes les créatures de ce monde d’ici-bas ; son penchant le porte au mal, et cela continuellement ; il ressemble plus au diable qu’aucune créature que nous puissions imaginer : et je pense que ce n’est pas aller au-delà de la parole de Dieu que de dire que l’homme est la créature la plus diabolique du monde. Christ a dit à ses disciples : L’un de vous est un démon ; aux Juifs il a dit : Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Ainsi toute âme non convertie est un enfant du diable ; c’est le péché qui l’a rendue telle.

Nous avons donné quelques brèves indications sur la nature du péché et sur les effets du péché sur le genre humain.

Nous considérerons en second lieu le salaire, ou la rétribution du péché, qui est la mort.

Le péché est la cause de toutes les misères qui accompagnent le pauvre homme pécheur, et qui finiront par l’amener à la mort, la mort temporelle et éternelle. Je considérerai d’abord sa mort temporelle.

Sa mort temporelle commence donc dès sa naissance. Bien qu’il nous semble qu’il commence à peine à vivre, en fait il vient d’entrer dans un état de mort : comme dit saint Paul : « C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché. » L’homme est entouré de dix mille instruments de mort, et il est exposé à la mort à chaque instant de sa vie ; mille maladies l’attendent continuellement de tous côtés ; la sentence de mort est prononcée contre les hommes dès leur naissance : oui, ils sont frappés de mort dès qu’ils respirent. Et il semble que toutes les jouissances des hommes en ce monde soient, elles aussi, empoisonnées par le péché : car DIEU a dit à Adam, après qu’il eut péché : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie. » Par là nous voyons clairement que tout ce qui sort de la terre est maudit, et que toutes les créatures que Dieu a faites pour l’homme sont maudites aussi ; et ce que Dieu maudit est vraiment une chose maudite. Ainsi la mort et la destruction sont dans toutes les jouissances des hommes en cette vie ; chaque jouissance en ce monde est exposée au malheur de mille manières, sur mer comme sur terre.

Combien de navires, chargés des plus précieux trésors de la terre, ont été engloutis dans l’océan, bien des fois juste avant d’entrer dans le port désiré ! Et de vastes trésors ont été consumés par le feu sur la terre ferme, &c. Et les fruits de la terre sont exposés à bien des fléaux. Et les jouissances les plus chères et les plus proches des hommes sont généralement compensées par autant de douleur et de chagrin. Un homme et sa femme qui ont vécu ensemble heureux pendant de nombreuses années, qui se sont consolés l’un l’autre dans les divers changements de la vie, doivent enfin être séparés ; l’un ou l’autre doit être enlevé le premier par la mort, et alors le pauvre survivant est noyé dans les larmes, dans la douleur, le deuil et le chagrin. Et quand un enfant chéri, ou des enfants, sont enlevés par la mort, les parents affligés sont courbés sous la douleur et sous un deuil profond. Quand Joseph fut vendu par ses frères aux Ismaélites, ils prirent sa tunique, la roulèrent dans le sang et la portèrent à leur père ; et le bon patriarche reconnut que c’était la tunique de Joseph, et il en conclut que son cher Joseph avait été dévoré par des bêtes féroces, et il fut plongé tout entier dans la douleur et dans un deuil amer, et il refusa d’être consolé. Et de même, quand de tendres parents sont enlevés par la mort, les enfants restent sans consolation. — Tout cela est le triste effet du péché. — C’est là le salaire du péché.

Et en second lieu, nous avons à considérer la mort spirituelle de l’homme, tandis qu’il est ici en ce monde. Nous trouvons ceci écrit dans la parole de Dieu : « L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Et pourtant il en a mangé, et ainsi lui et toute sa postérité ne sont que des morts. Et saint Paul dit aux Éphésiens : « Vous, il vous a rendus à la vie, vous qui étiez morts par vos offenses et par vos péchés. » — Le grand M. Henry dit sur ce passage que les âmes non régénérées sont mortes par leurs offenses et par leurs péchés. Tous ceux qui sont dans leurs péchés sont morts dans le péché ; oui, par leurs offenses et par leurs péchés ; ce qui peut désigner toutes sortes de péchés, habituels et actuels ; péchés du cœur et de la vie. Le péché est la mort de l’âme. Partout où il domine, il y a privation de toute vie spirituelle. Les pécheurs sont morts quant à leur état, étant dépourvus des principes et des facultés de la vie spirituelle, et retranchés de Dieu, la source de la vie : et ils sont morts devant la loi, comme on dit d’un malfaiteur condamné qu’il est un homme mort. Or un mort, au sens naturel, est inactif, et il n’est d’aucun service aux vivants ; il n’y a aucune relation entre les morts et les vivants : il n’y a entre eux ni accord ni union, aucune communion du tout entre les morts et les vivants. Un mort ignore entièrement les échanges qui ont lieu parmi les vivants : — il en est exactement de même des hommes qui sont spirituellement morts ; ils n’ont aucune activité agréable à Dieu. Leur activité dans le péché, c’est leur état de mort, et leur inactivité envers Dieu. Ils ne sont d’aucun service à Dieu ; ils n’ont aucune relation avec le ciel ; il n’y a ni accord ni communion entre eux et le Dieu vivant ; ils ignorent totalement les doux et agréables échanges qu’il y a ici-bas entre Dieu et ses enfants : et ils ignorent, ils ne savent rien de cette bienheureuse communion et de cette union qui existent parmi les saints ici-bas. Ils sont prêts, il est vrai, à dire : Voyez comme ils s’aiment les uns les autres ! Mais ils ne savent rien de cet amour dont jouissent les enfants de Dieu. Comme le péché est en opposition avec Dieu, ainsi les pécheurs sont en inimitié contre Dieu ; il n’y a aucune sorte d’accord entre eux.

Considérons encore ceci. Dieu est un Dieu vivant, il est toute vie, la source de la vie ; et un pécheur est une âme morte ; il n’y a rien en lui que la mort. Et maintenant jugez vous-mêmes : quel accord peut-il y avoir entre eux ? Dieu est un Dieu saint et pur, et un pécheur est une créature impie et souillée ; — Dieu est un Être juste, et un pécheur est une créature injuste ; Dieu est lumière, et un pécheur est les ténèbres mêmes, &c. De plus, quel accord peut-il y avoir entre Dieu et un menteur, un voleur, un ivrogne, un jureur, un profane, un débauché, un adultère et un idolâtre, &c. ? Personne qui ait un peu de bon sens n’osera dire qu’il y ait le moindre accord. De plus, comme les pécheurs sont morts à Dieu, ils n’ont, comme tels, aucun plaisir en Dieu et dans la piété ; ils n’ont aucun goût pour la religion de Jésus-Christ ; ils ne trouvent aucun plaisir dans les saints exercices de la religion. La prière n’est pas pour eux une occupation agréable ; ou s’ils y trouvent quelque plaisir, ce n’est pas par amour pour Dieu, mais par amour de soi, comme les pharisiens d’autrefois ; ils aimaient prier en pleine vue des hommes, afin d’en recevoir des louanges. Et peut-être ne prenaient-ils pas soin de prier en secret. C’étaient des âmes mortes, ils étaient impies, des hypocrites pourris, et ainsi toutes leurs prières et tous leurs exercices religieux étaient des services froids, morts et abominables devant Dieu. En vérité, ils sont morts à tous les devoirs que Dieu exige d’eux ; ils sont morts à la sainte Bible, à toutes ses lois, à tous ses commandements et à tous ses préceptes ; et aux ordonnances de l’Évangile du Seigneur Jésus-Christ. Quand ils lisent le livre de Dieu, c’est pour eux comme un vieil almanach, un livre mort. Mais c’est parce qu’ils sont morts, et comme tels, tous leurs services sont contre Dieu ; même leurs meilleurs services sont une abomination pour Dieu ; oui, un pécheur est si mort dans le péché que les menaces de Dieu ne l’ébranlent pas. Tous les tonnerres et tous les éclairs du mont Sinaï ne le remuent pas. Et toutes les malédictions de la loi sont lancées contre eux ; oui, chaque fois qu’ils lisent ces malédictions dans la Bible, elles les maudissent en face, et sous leurs propres yeux ; et pourtant ils restent indifférents, et continuent dans le péché sans crainte. Et enfin sur ce point, le péché a tellement abruti le pécheur qu’il ne veut pas croire ses propres sens ; il ne veut croire ni ses propres yeux ni ses propres oreilles ; il lit le livre de Dieu, mais il ne croit pas ce qu’il lit. Et il entend parler de Dieu, du ciel et du bonheur éternel, de l’enfer et de la misère éternelle ; mais il ne croit rien de tout cela ; il va son chemin comme s’il n’y avait ni Dieu, ni ciel, ni bonheur ; et il n’a pas non plus la moindre crainte de l’enfer et des tourments éternels ; — et il voit ses semblables tomber chaque jour de tous côtés, et pourtant il continue avec insouciance dans le péché, comme s’il ne devait jamais mourir. Et si parfois il pense à la mort, c’est à peine s’il croit ses propres pensées. La mort est très éloignée, si loin qu’il ne s’en préoccupe pas au point de s’y préparer. Dieu se plaint douloureusement de son peuple, de ce qu’il ne réfléchit pas : Oh ! s’ils étaient sages, s’ils comprenaient cela, s’ils pensaient à leur fin dernière !

La chose suivante que je considérerai, c’est la mort effective du corps, ou la séparation de l’âme et du corps. À la cessation de la vie naturelle, toutes les jouissances de cette vie prennent fin ; il n’y a plus ni joie ni douleur ; plus ni espérance ni crainte, en ce qui concerne le corps ; plus de projets ni de conduite d’aucune affaire ; plus de négoce ni de commerce ; plus d’agriculture ; plus d’achats ni de ventes ; plus de constructions d’aucune sorte, plus aucun projet pour vivre dans le monde ; plus de flatteries ni de froncements de sourcils de la part du monde ; plus d’honneur ni d’opprobre ; plus de louange ; plus de bonne renommée ni de mauvaise renommée ; plus d’apprentissage d’aucun métier, d’aucun art ni d’aucune science dans le monde ; plus de plaisirs coupables, ils ont tous pris fin ; divertissements, visites, fréquentation des tavernes, musique et danse, débauches et orgies, jeux de dés et de cartes, ou jeux quelconques ; malédictions et jurons, profanation du saint nom de Dieu, ivrognerie, bagarres, débauche, mensonge et tromperie en ce monde, tout cela doit cesser pour toujours. Non seulement cela, mais ils doivent dire un éternel adieu au monde entier ; dire adieu à tous leurs péchés et plaisirs bien-aimés ; et les lieux et les possessions qui les ont connus autrefois ne les connaîtront plus jamais. Et de plus, ils doivent dire adieu à toutes les choses sacrées et divines. Ils sont obligés de quitter la Bible et toutes ses ordonnances ; de dire adieu aux prédicateurs, à tous les sermons, à tout le peuple chrétien et aux entretiens chrétiens ; ils doivent dire un long adieu aux sabbats et aux saisons, et aux occasions de culte ; oui, un éternel adieu à toute miséricorde et à toute espérance ; un éternel adieu à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et adieu au ciel et à tout bonheur, aux saints et à tous les habitants du monde d’en haut. À votre loisir, veuillez lire la destruction de Babylone ; vous la trouverez écrite au chapitre 18 de l’Apocalypse.

D’autre part, la pauvre âme qui s’en va doit prendre son logement dans la douleur, le malheur et la misère, dans l’étang qui brûle de feu et de soufre, où le ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point ; où habitent une multitude de démons effrayants et difformes, et les spectres damnés de la race d’Adam ; où règnent les ténèbres, l’horreur et le désespoir, où l’espérance ne vient jamais, et où les pauvres âmes coupables et nues seront tourmentées de tourments raffinés, à savoir la colère du Tout-Puissant déversée sur leurs âmes damnées ; la fumée de leurs tourments montant aux siècles des siècles ; leurs bouches et leurs narines ruisselant d’un feu vivant ; et des gémissements infernaux, des hurlements, des cris et des clameurs tout autour d’eux, et des démons sans pitié qui leur reprochent leur folie et leur démence, et qui les tourmentent sans cesse. — Et là ils doivent endurer le désir le plus insatiable et le plus vain, et la honte et la confusion les plus accablantes, et la crainte la plus horrible, et la douleur la plus lugubre, et le désespoir le plus déchirant. Quand ils lèvent leurs yeux enflammés vers le ciel, avec le mauvais riche dans les tourments, ils voient un DIEU irrité et sévère, dont les yeux sont comme une flamme de feu, et ils sont frappés de dix mille traits de douleur ; et la vue du bonheur des saints en haut ajoute à leurs peines et aggrave leur misère. Et quand ils réfléchissent à leur folie et à leur démence passées, d’avoir négligé le grand salut quand il en était temps pour eux, cela les transpercera de dix mille tourments inconcevables ; cela rallumera pour ainsi dire leur enfer ; et cela les poussera à se maudire amèrement eux-mêmes, et à maudire le jour où ils sont nés, et à maudire leurs parents qui ont été les instruments de leur venue au monde ; oui, ils maudiront, ils maudiront amèrement, et ils souhaiteront que ce DIEU même qui leur a donné l’être soit dans la même condition qu’eux dans les tourments de l’enfer. C’est ce qu’on appelle la seconde mort, et c’est la dernière mort, et une mort éternelle pour une âme coupable.

Et ô éternité, éternité, éternité ! Qui peut la mesurer ? Qui peut en compter les années ? L’arithmétique doit échouer ; les pensées des hommes et des anges s’y noient ; comment décrirons-nous l’éternité ? À quoi la comparerons-nous ? S’il était possible d’employer une mouche à emporter ce globe par ses petites particules, et à les porter à une telle distance qu’elle ne reviendrait qu’une fois tous les dix mille ans chercher une autre particule, et de continuer ainsi jusqu’à ce qu’elle ait emporté tout ce globe, et qu’elle les ait assemblées dans quelque espace inconnu, jusqu’à en avoir fait un monde tout pareil à celui-ci : après tout cela, l’éternité resterait la même durée inépuisée. Ce doit être le partage inévitable de tous les pécheurs impénitents, qui qu’ils soient, grands ou petits, honorables ou obscurs, riches ou pauvres, esclaves ou libres. Noirs, Indiens, Anglais, ou de quelque nation que ce soit, tous ceux qui meurent dans leurs péchés doivent aller ensemble en enfer, car le salaire du péché, c’est la mort.

La chose suivante que je devais considérer est celle-ci :

Que la vie éternelle et le bonheur sont le don gratuit de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur.

Sous cette proposition, je m’efforcerai de montrer ce que sont cette vie et ce bonheur.

La vie dont il est question dans notre texte est une vie spirituelle : c’est la vie de l’âme, une restauration de l’âme, du péché à la sainteté, des ténèbres à la lumière, un transport hors du royaume et de la domination de Satan dans le royaume de la grâce de Dieu. En d’autres termes, c’est être rétabli à l’image de Dieu, et délivré de l’image de Satan. Et cette vie consiste dans l’union de l’âme avec Dieu, et dans la communion avec Dieu ; une réelle participation à la nature divine, ou, selon les paroles de l’apôtre, c’est Christ formé en nous ; je vis, dit-il, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. Et l’apôtre Jean dit : Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. Telle est la vie de l’âme. Elle est appelée vie par excellence, parce que c’est une vie qui n’aura jamais de fin, une vie stable, permanente et immuable, appelée dans les Écritures la vie éternelle, ou la vie sans fin. Et le bonheur de cette vie consiste dans la communion avec Dieu, ou dans la jouissance spirituelle de Dieu. Autant une âme jouit de Dieu en cette vie, autant elle jouit de la vie et du bonheur, ou les possède ; oui, autant elle jouit du ciel. Un vrai chrétien ne désire pas d’autre ciel que la jouissance de Dieu ; une pleine et parfaite jouissance de Dieu est, pour une âme régénérée par la grâce, un ciel et un bonheur pleins et parfaits. — De plus, cette vie est appelée vie éternelle parce que Dieu a planté dans l’âme un principe vivant ; et alors qu’il était mort auparavant, l’homme est maintenant rendu vivant pour Dieu ; il y a en lui un principe actif tourné vers Dieu ; il se meut maintenant vers Dieu dans ses dévotions et ses exercices religieux ; il marche chaque jour avec Dieu, dans le réconfort et la douceur, dans toutes ses ordonnances et tous ses commandements ; il met son plaisir dans les voies de Dieu ; il exhale vers Dieu un souffle vivant, en louanges, en prières, en adorations et en actions de grâces ; ses prières sont maintenant entendues dans les cieux, ses louanges réjouissent les oreilles du Tout-Puissant, et ses actions de grâces sont agréées. Il est maintenant si vivant pour Dieu que c’est sa nourriture et sa boisson, oui, plus que sa nourriture et sa boisson, de faire la volonté de son Père céleste. C’est son plaisir, son bonheur et sa joie de servir Dieu. Il ne se traîne plus maintenant à ses devoirs, mais il les accomplit par choix, et avec allégresse d’âme. Oui, il est si vivant pour Dieu qu’il se donne lui-même, avec tout ce qu’il a, entièrement à Dieu, pour être à lui et à nul autre ; tout son but est de glorifier Dieu en toutes choses, que ce soit par la vie ou par la mort, cela lui est égal.

Nous en avons un exemple éclatant en saint Paul. Après sa conversion, il était tout vivant pour Dieu ; il ne faisait aucun cas de sa vie, mais il était prêt à dépenser et à se dépenser lui-même au service de son Dieu ; il était haï, injurié, méprisé, tourné en ridicule, et appelé de toutes sortes de noms injurieux ; il fut battu de verges, lapidé et emprisonné ; — et rien de tout cela ne put arrêter son activité pour Dieu. Il poursuivait hardiment et courageusement la prédication de l’Évangile du Seigneur Jésus-Christ aux pauvres pécheurs perdus et ruinés ; il voulait faire l’œuvre à laquelle Dieu l’avait appelé, en dépit de toute l’opposition qu’il rencontrait, de la part des hommes ou des démons, de la terre ou de l’enfer ; que vienne la mort ou que vienne la vie, aucune de ces choses ne l’ébranlait, parce qu’il était vivant pour Dieu. Bien qu’il souffrît la faim et la soif, le froid et la chaleur, la pauvreté & la nudité, de jour & de nuit, sur mer et sur terre, & qu’il fût en danger de toutes parts, il voulait pourtant servir Dieu au milieu de tous ces dangers. Lisez son étonnant récit en 2 Cor. 11, 23 et suivants.

Un autre exemple d’amour merveilleux envers Dieu, nous l’avons en Daniel. Quand le roi envoya à tous ses sujets un édit de défense, leur interdisant d’invoquer leurs dieux pendant trente jours — ce qui avait été fait par des hommes envieux, afin de trouver une occasion contre Daniel, le serviteur du Dieu Très-Haut —, lui, ayant la vie de Dieu dans son âme, ne tint aucun compte du décret du roi, mais présenta ses requêtes à son Dieu aussi souvent qu’il avait coutume de le faire, bien que la mort fût la menace contre ceux qui désobéiraient. Mais il ne craignit pas l’enfer qu’ils avaient préparé ; car, semble-t-il, la fosse ressemblait à l’enfer, et les lions représentaient les démons. Et quand il fut effectivement jeté dans la fosse aux lions, les bêtes féroces devinrent douces et innocentes comme des agneaux devant le prophète, parce qu’il était vivant pour Dieu ; l’esprit du Très-Haut était en lui, et les lions eurent peur devant lui. Ainsi en fut-il de Daniel et de Paul ; ils passèrent par le feu et par l’eau, comme dit le proverbe, parce qu’ils avaient la vie éternelle dans leur âme d’une manière éminente ; et ils ne faisaient aucun cas de cette vie, pour la cause et la gloire de Dieu. Et il en a été ainsi, dans tous les siècles, pour les vrais chrétiens. Beaucoup des ancêtres des Anglais, dans ce pays, avaient cette vie, et ils sont allés par le même chemin que les saints prophètes et les apôtres. Beaucoup d’entre eux ont passé par toutes sortes de souffrances pour Dieu ; et un grand nombre d’entre eux sont retournés au ciel dans des chars de feu. J’ai vu à Londres le lieu appelé Smithfield, où beaucoup furent brûlés vifs pour la religion de Jésus-Christ. Et il y a la même vie chez les vrais chrétiens aujourd’hui encore, en ces jours-ci ; et si des persécutions venaient à s’élever de notre temps, je crois vraiment que les vrais chrétiens souffriraient avec le même esprit et la même disposition d’âme que ceux qui ont souffert dans les jours passés. — Telle est la vie dont parle notre texte.

Nous allons montrer maintenant que cette vie, que nous avons décrite, est le don gratuit de Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur.

Les pécheurs ont perdu tout droit à la miséricorde entre les mains de la justice divine, et ils ont mérité pour eux-mêmes l’enfer et la damnation ; car le salaire du péché, c’est la mort éternelle, mais le ciel et le bonheur sont un don gratuit ; il vient par faveur, et tout mérite en est exclu : et surtout si nous considérons que nous sommes des créatures déchues et pécheresses, et qu’il n’y a rien en nous qui puisse nous recommander à la faveur de Dieu ; que nous ne pouvons rien faire qui soit agréable et acceptable à Dieu ; et que les grâces dont nous jouissons en cette vie viennent entièrement de la pure miséricorde de Dieu ; nous n’en sommes pas dignes. Le bon vieux Jacob s’écria, dans le sentiment de son indignité : « Je suis trop petit pour toutes les grâces » ; et nous n’avons rien à donner à Dieu ; si nous essayions de lui rendre tout le service dont nous sommes capables, nous ne lui donnerions rien que ce qui était déjà à lui ; et quand nous nous donnons nous-mêmes à Dieu, âme et corps, nous ne lui donnons rien ; car nous étions à lui auparavant ; il avait le droit de faire de nous ce qu’il lui plaisait, soit de nous jeter en enfer, soit de nous sauver. — Il n’y a rien que nous puissions appeler nôtre, sinon nos péchés ; et qui oserait dire : J’espère avoir le ciel pour mes péchés ? car notre texte dit que le salaire du péché, c’est la mort. Si nous sommes ainsi indignes et sans titre à la moindre grâce en cette vie, combien plus sommes-nous indignes de la vie éternelle ? et pourtant Dieu trouve en son cœur de la donner. Et elle est entièrement imméritée ; c’est un don gratuit fait à des pécheurs du genre humain qui ne méritent rien et qui méritent l’enfer : c’est entièrement par le bon plaisir souverain de Dieu qu’il la donne. Elle vient de la libre grâce & de la miséricorde souveraine, et de la bonté infinie de Dieu ; il y a été poussé par lui-même. Et il est dit que cette vie est donnée en et par le Seigneur Jésus-Christ. Elle ne pouvait être donnée d’aucune autre manière qu’en et par la mort et les souffrances du Seigneur Jésus-Christ ; Christ lui-même est le don, et il est la vie du chrétien. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » La Parole dit encore : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » Elle est donnée par Jésus-Christ notre Seigneur ; c’est Christ qui l’a acquise de son propre sang ; il l’a préparée par sa puissance divine et toute-puissante ; et par cette même puissance, et par l’influence de son esprit, il nous prépare pour elle ; et par sa grâce divine il nous garde pour elle. En un mot, il est tout en tous dans notre salut éternel ; tout cela est le don gratuit de Dieu.

J’ai maintenant parcouru ce que je m’étais proposé de traiter à partir de mon texte. Et je vais maintenant faire une application de l’ensemble.

D’abord au criminel en particulier ; puis à l’auditoire en général.

Mon pauvre et malheureux frère MOSES ;

Puisque c’est vous-même qui avez désiré que je vous prêche ce dernier discours, je vous parlerai donc franchement. — Vous êtes l’os de mes os et la chair de ma chair. Vous êtes un Indien, une créature méprisée ; mais vous vous êtes méprisé vous-même ; oui, vous avez méprisé Dieu davantage encore ; vous avez foulé aux pieds son autorité ; vous avez méprisé ses commandements et ses préceptes : et maintenant, comme Dieu le dit, sachez que votre péché vous atteindra. Et maintenant, pauvre Moses, vos péchés vous ont atteint, ils vous ont rattrapé aujourd’hui ; le jour de votre mort est venu ; le roi des épouvantements est proche ; vous n’avez plus que très peu d’instants à respirer en ce monde. — Les justes lois des hommes, et la sainte loi de Jéhovah, réclament à grands cris la destruction de votre vie mortelle ; Dieu dit : « Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. » C’est l’antique décret du ciel, et il doit être exécuté par l’homme ; et vous n’avez pas la moindre lueur d’espoir d’y échapper, car la sentence irrévocable est prononcée ; le terrible jour de l’exécution est venu ; la garde redoutée est autour de vous ; et les instruments fatals de la mort sont maintenant prêts ; votre cercueil et votre tombe, votre dernier logement, sont ouverts et prêts à vous recevoir.

Hélas ! pauvre Moses, maintenant vous connaissez, par une triste, par une douloureuse expérience, la vérité vivante de notre texte, que le salaire du péché, c’est la mort. Vous avez déjà été mort ; oui, deux fois mort : par nature, spirituellement mort. Et depuis que la terrible sentence de mort a été prononcée contre vous, vous avez été mort à tous les plaisirs de cette vie ; ou plutôt tous les plaisirs, permis ou défendus, ont été morts pour vous : et la mort, qui est le salaire du péché, se tient déjà de ce côté-ci de votre tombe, prête à mettre un terme final à votre vie mortelle ; et juste au-delà de la tombe, la mort éternelle attend votre pauvre âme, et les démons sont prêts à traîner votre âme misérable dans leur repaire sans fond, où règnent un malheur et une horreur éternels ; ce lieu est rempli des cris lugubres, des hurlements et des gémissements des damnés. Oh ! dans quelle condition misérable, abandonnée et malheureuse votre folie extravagante et votre méchanceté vous ont-elles amené ! c’est-à-dire si vous mourez dans vos péchés. Et ô ! quelle repentance ne devriez-vous pas manifester ! Combien votre cœur devrait saigner pour ce que vous avez fait ! Combien vous devriez prosterner votre âme devant un Dieu qui saigne ! Et, vous condamnant vous-même, crier : Ah ! Seigneur, ah ! Seigneur, qu’ai-je fait ! — Quelle que soit la partialité, l’injustice et l’erreur qu’il puisse y avoir parmi les juges de la terre, souvenez-vous que vous avez mérité mille morts et mille enfers, à cause de vos péchés, de la main d’un Dieu saint. Si Dieu venait contre vous en stricte justice, hélas ! que pourriez-vous dire pour vous défendre ? car vous avez été élevé sous le brillant soleil et sous le son clair et puissant de l’Évangile ; et vous avez reçu une bonne éducation ; vous savez bien lire et écrire ; et Dieu vous a donné une bonne intelligence naturelle : et c’est pourquoi vos péchés en sont d’autant plus aggravés. Vous n’avez pas péché dans l’ignorance comme d’autres l’ont fait ; mais vous avez péché les deux yeux ouverts, pour ainsi dire, sous la lumière, oui, sous la glorieuse lumière de l’Évangile du Seigneur Jésus-Christ. — Vous avez péché contre la lumière de votre propre conscience, contre votre connaissance et votre intelligence ; vous avez péché contre les lois pures et saintes de Dieu, et contre les justes lois des hommes ; vous avez péché contre le ciel et la terre ; vous avez péché contre toutes les miséricordes et toute la bonté de Dieu ; vous avez péché contre la Bible entière, contre l’Ancien et le Nouveau Testament ; vous avez péché contre le sang de Christ, qui est le sang de l’alliance éternelle. Ô pauvre Moses, voyez ce que vous avez fait ! et maintenant repentez-vous, repentez-vous, je le dis encore, repentez-vous ; voyez comme le sang que vous avez versé crie contre vous, et le vengeur du sang est sur vos talons. Oh ! fuyez, fuyez vers le sang de l’Agneau de Dieu pour obtenir le pardon de tous vos péchés aggravés.

Mais tournons-nous maintenant vers un sujet plus agréable. — Bien que vous ayez été un grand pécheur, un pécheur qui a défié le ciel, écoutez pourtant, et entendez le son joyeux qui vient du ciel, oui, du Roi des rois et Seigneur des seigneurs : le don de Dieu, c’est la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur. C’est un don gratuit, offert aux plus grands pécheurs, et moyennant leur vraie repentance envers Dieu et leur foi au Seigneur Jésus-Christ, ils seront les bienvenus à cette vie dont nous avons parlé ; elle est offerte à des conditions gratuites. Celui qui n’a pas d’argent peut venir ; celui qui n’a ni justice ni bonté peut venir ; l’appel s’adresse aux pauvres pécheurs perdus ; l’appel ne s’adresse pas aux justes, mais aux pécheurs, pour les appeler à la repentance. Écoutez la voix du Fils du Dieu Très-Haut : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. C’est un appel, un appel plein de grâce qui vous est adressé, pauvre Moses, sous vos fardeaux et vos détresses présentes. Et Christ seul a le droit d’appeler les pécheurs à lui. Ce serait de la présomption, de la part d’un ange puissant, que d’appeler un pauvre pécheur de cette manière ; et s’il vous était possible de vous adresser à toutes les créatures de Dieu, elles vous diraient d’une seule voix qu’il n’est pas en leur pouvoir de vous secourir. Allez à tous les moyens de grâce : sans Christ lui-même, ils se révéleraient de misérables secours. Oui, adressez-vous à tous les ministres de l’Évangile du monde : ils vous diraient tous que cela n’est pas en leur pouvoir, et ils ne feraient que servir d’index pour vous montrer le Seigneur Jésus-Christ, le seul Sauveur des pécheurs du genre humain. Oui, allez à tous les anges du ciel : ils feraient de même. Oui, allez à Dieu le Père lui-même, sans Christ : il ne pourrait pas vous secourir — pour parler à la manière des hommes —, il vous montrerait lui aussi le Seigneur Jésus-Christ, & dirait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le ! Vous voyez donc, pauvre Moses, qu’il n’y a personne dans le ciel ni sur la terre qui puisse vous secourir, sinon Christ ; lui seul a le pouvoir de sauver et de donner la vie. — Le Dieu éternel l’a désigné, l’a choisi, l’a autorisé, et lui a donné pleine mission de sauver les pécheurs. Il est descendu du ciel dans ce monde d’ici-bas, il est devenu comme l’un de nous, et il a pris notre place. Il était le second Adam. Et comme Dieu exigeait du premier Adam une obéissance parfaite, le second l’a accomplie ; et comme le premier a péché et a encouru la colère et le courroux de Dieu, le second l’a endurée ; il a souffert à notre place. Comme il a été fait péché pour nous, il a été un homme de douleur et habitué à la souffrance ; toutes nos meurtrissures ont été posées sur lui ; oui, il a finalement été condamné, parce que nous étions sous la condamnation ; et à la fin il a été exécuté et mis à mort pour nos péchés ; il a été élevé entre le ciel et la terre, et il a été crucifié sur le bois maudit ; ses mains et ses pieds bénis y ont été cloués ; — là il est mort d’une mort honteuse et ignominieuse. Là il a achevé la grande œuvre de notre rédemption : là le sang de son cœur a été versé pour nous purifier : là il a pleinement satisfait la justice divine de Dieu en faveur des pécheurs repentants et croyants, quand même ils auraient été les premiers des pécheurs. — Ô Moses ! c’est une bonne nouvelle pour vous, en ce dernier jour de votre vie ; voici un Sauveur crucifié tout proche pour vos péchés ; ses mains bénies sont étendues, toutes couvertes de sang pour vous. C’est le seul Sauveur, un Sauveur tout-puissant, tel précisément que vous en avez un besoin infini et vital, vous qui périssez. Ô pauvre Moses ! écoutez la prière que fit en mourant un Sauveur plein de grâce sur le bois maudit : — Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. C’était une prière pour ses ennemis et ses meurtriers ; et elle est pour vous, si seulement vous voulez vous repentir et croire en lui. Oh ! pourquoi voudriez-vous mourir éternellement, pauvre Moses, puisque Christ est mort pour les pécheurs ? Pourquoi iriez-vous en enfer, pour ainsi dire, de dessous le Sauveur qui saigne ? C’est le jour de votre exécution, et pourtant c’est le temps favorable, c’est le jour du salut, si vous voulez maintenant croire au Seigneur Jésus-Christ. Faut-il que Christ vous suive jusque dans la prison par ses serviteurs, et vous y supplie d’accepter la vie éternelle, et la refuserez-vous ? et faut-il qu’il vous suive jusqu’à la potence même, et vous y conjure de l’accepter, et le refuserez-vous ? Sera-t-il crucifié tout près de votre potence, pour ainsi dire, et ne ferez-vous aucun cas de lui ? Ô pauvre Moses, crois maintenant au Seigneur Jésus-Christ de tout ton cœur, et tu seras sauvé pour l’éternité. Venez tel que vous êtes, avec tous vos péchés et vos abominations, avec toute votre souillure, avec toute la culpabilité de votre sang versé, avec toute votre condamnation, et saisissez l’espérance qui vous est proposée aujourd’hui. C’est pour votre âme le dernier jour du salut ; dans quelques minutes encore, vous serez au-delà des limites de la miséricorde. Oh ! quel jour de joie ce serait si vous vouliez maintenant croire ouvertement au Seigneur Jésus-Christ et le recevoir ; ce serait pour votre pauvre âme le commencement de jours célestes ; au lieu d’un jour de tristesse, ce serait un jour de noces pour votre âme ; cela ferait se réjouir les anges mêmes dans le ciel, et se réjouir les saints sur la terre ; cela ferait descendre les anges des royaumes d’en haut, pour attendre en planant autour de votre potence, prêts à porter votre âme dans les demeures célestes, pour y prendre possession de la gloire et du bonheur éternels, et vous joindre aux chœurs célestes pour chanter les cantiques de Moïse et de l’Agneau : pour y être à table pour toujours avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume de la gloire de Dieu : et votre honte et votre culpabilité seront pour toujours bannies de ce lieu, et toute douleur et toute crainte s’enfuiront pour toujours, et les larmes seront essuyées de votre visage ; et là vous admirerez pour toujours la miséricorde étonnante, stupéfiante et infinie de Dieu en Jésus-Christ, qui pardonne à un pécheur aussi monstrueux que vous l’avez été ; là vous réclamerez la note de louange la plus élevée, pour les richesses de la libre grâce en Jésus-Christ. Mais si vous ne voulez pas accepter un Sauveur qui vous est si gratuitement offert en ce dernier jour de votre vie, vous devez aujourd’hui même dire adieu à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, au ciel et à tous les saints et à tous les anges qui y sont ; et vous devez dire un éternel adieu à tous les saints de ce monde d’ici-bas, et même au monde entier. Et ainsi je dois vous laisser entre les mains de Dieu ; et je dois me tourner vers tout l’auditoire.

Messieurs, Nous pouvons voir clairement, par ce que nous avons entendu, et par le misérable malheureux qui est devant nous, dans quel lamentable état le péché a plongé le genre humain, oui, dans un état de mort et de misère. Nous sommes par nature sous la sentence de mort prononcée par Dieu, aussi certainement que cet homme misérable l’est par la juste décision des hommes ; et nous sommes tous des créatures mortelles, et nous en sommes, ou nous devrions en être, conscients ; et c’est là le fruit terrible du péché. Oh ! fuyons donc toute apparence de péché ; combattons-le de toutes nos forces ; repentons-nous et retournons à notre Dieu, et croyons au Seigneur Jésus-Christ, afin de vivre pour toujours ; préparons-nous tous à la mort, car nous ne savons ni combien tôt ni combien soudainement nous pouvons être appelés hors de ce monde.

Permettez-moi en particulier, révérends Messieurs et pères en Israël, de vous adresser quelques mots, bien que je sache parfaitement que j’ai besoin qu’on m’enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et que le moindre d’entre vous pourrait le faire. Mais puisque la providence de Dieu en a ainsi ordonné, que je doive parler ici en cette occasion, je vous prie de ne pas vous en offenser ni de vous fâcher contre moi.

Dieu vous a suscités du milieu de vos frères, il vous a rendus capables et vous a autorisés à faire sa grande œuvre ; et vous êtes les serviteurs du DIEU Très-Haut, et les ministres du Seigneur Jésus, le Fils du Dieu vivant : vous êtes les ambassadeurs de Christ ; vous êtes appelés bergers, sentinelles, surveillants ou évêques, et vous êtes les conducteurs des temples de Dieu, ou des assemblées du peuple de Dieu ; vous êtes les anges de Dieu, et comme tels vous n’avez rien d’autre à faire que de vous tenir aux ordres de Dieu, et de faire l’œuvre que le Seigneur Jésus-Christ, votre Seigneur et Maître béni, vous a confiée, sans craindre la face d’aucun homme, sans chercher à plaire aux hommes, mais à votre Maître. Vous devez annoncer tout le conseil de Dieu, et donner à chaque âme sa portion au temps convenable ; comme un médecin donne à ses malades leur portion selon leurs maladies, ainsi vous devez donner à chaque âme sa portion au temps convenable, selon ses maladies spirituelles ; que cela lui soit agréable ou désagréable, vous devez la lui donner ; qu’on vous aime ou qu’on vous haïsse pour cela, vous devez faire votre œuvre. Votre œuvre est d’affronter le péché et Satan ; c’était là le but même de la venue de Christ dans le monde, et le but de sa mort et de ses souffrances ; c’était de mettre fin au péché et de détruire les œuvres du diable. Et c’est encore là votre œuvre : vous devez combattre les combats du Seigneur. Unissez-vous donc, et soyez terribles comme des troupes sous leurs bannières ; attaquez ce monstre, le péché, sous toutes ses formes et dans tous ses détours, et élevez vos voix comme des trompettes, et ne vous retenez pas ; criez fort, appelez votre peuple aux armes contre cet ennemi commun du genre humain, afin que le péché ne soit pas leur ruine. Appelez tous les ordres, tous les rangs et toutes les conditions de la société à se lever contre le péché et Satan. Armez-vous continuellement d’une prière fervente ; c’est une arme terrible contre le royaume de Satan. Et prêchez la mort et les souffrances, et la résurrection de Jésus-Christ ; car rien n’est aussi destructeur pour le royaume du diable que cela. Mais qu’ai-je besoin d’en dire davantage ? Soyons tous attentifs, et écoutons le grand apôtre des Gentils nous parler en Éph., chap. 6, à partir du verset 10. Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante ; revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. C’est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté. Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture ; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix : prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin ; prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu : faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications, veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints.

Je m’adresserai maintenant aux Indiens, mes frères et mes parents selon la chair.

Mes pauvres frères de sang,

Vous voyez les tristes conséquences du péché, en voyant devant nous notre pauvre et misérable compatriote, qui doit mourir aujourd’hui pour ses péchés et sa grande méchanceté. Et c’est le péché d’ivrognerie qui a attiré sur lui cette destruction et cette mort prématurée. Il y a un terrible malheur prononcé par le Tout-Puissant contre les ivrognes, et c’est ce péché, ce péché abominable, ce péché bestial et maudit qu’est l’ivrognerie, qui nous a dépouillés de tout bien-être désirable en cette vie ; par lui nous sommes pauvres, misérables et malheureux ; par ce péché nous n’avons ni nom ni crédit dans le monde parmi les nations civilisées ; à cause de ce péché nous sommes méprisés dans le monde, et c’est tout à fait juste et équitable, car nous nous méprisons nous-mêmes davantage encore ; et si nous ne faisons pas cas de nous-mêmes, qui fera cas de nous ? Et c’est à cause de nos péchés, et surtout de ce péché maudit, de ce péché tout à fait diabolique qu’est l’ivrognerie, que nous souffrons chaque jour. Pour l’amour de l’eau-de-vie, nous dépensons tout ce que nous avons, et tout ce que nous pouvons obtenir. À cause de ce péché, nous ne pouvons avoir ni maisons confortables, ni rien de confortable dans nos maisons ; ni nourriture, ni vêtements, ni ustensiles convenables. Nous sommes obligés de dresser n’importe quel abri, juste pour nous protéger de la rigueur du temps ; et nous allons çà et là avec des vêtements très misérables, déchirés et sales, presque nus. Et nous sommes à demi affamés, obligés la plupart du temps de ramasser n’importe quoi pour manger. — Et nos pauvres enfants souffrent chaque jour, faute du nécessaire ; ils pleurent très souvent faute de nourriture, et nous n’avons rien à leur donner ; et par les temps froids, ils grelottent et pleurent, transis de froid. — Tout cela vient de l’amour de l’eau-de-vie. Et ce n’est pas là toute la misère et tout le mal que nous attirons sur nous-mêmes en ce monde ; mais quand nous sommes ivres d’eau-de-vie, nous noyons nos facultés raisonnables, par lesquelles nous sommes distingués de la création animale ; nous nous dépouillons de notre humanité, et nous nous mettons non seulement au niveau des bêtes des champs, mais sept degrés au-dessous d’elles ; oui, nous nous mettons au niveau des démons ; je ne sais même pas si nous ne nous rendons pas pires que les démons, car je n’ai jamais entendu parler de démons ivres.

Mes pauvres frères de sang, considérez donc quel péché terrible et abominable est l’ivrognerie. Dieu nous a faits hommes, et nous choisissons d’être des bêtes et des démons ; Dieu nous a faits créatures raisonnables, et nous choisissons d’être des insensés. Considérez encore, et regardez un ivrogne, et voyez de quoi il a l’air quand il a noyé sa raison ; combien il paraît difforme et honteux ! Il défigure chaque partie de lui-même, âme et corps, qui a été faite à l’image de Dieu. Il se montre d’une affreuse difformité, et tout son visage est défiguré ; s’il essaie de parler, il ne peut prononcer ses mots distinctement, de manière à être compris ; s’il marche, il chancelle et titube de-ci de-là, et tombe à terre. Et voyez comment il se conduit : tantôt il rit, et puis il pleure ; il chante, et la minute d’après il se lamente ; il est tout amour pour chacun, et bientôt le voilà furieux, & prêt à se battre, & à tuer tout ce qui est devant lui, même ses parents et ses amis les plus proches et les plus chers : oui, rien n’est trop mauvais pour qu’un homme ivre le fasse. Il fera ce qu’il ne ferait pour rien au monde dans son bon sens ; il peut coucher avec sa propre sœur ou avec sa fille, comme l’a fait Lot.

De plus, quand une personne est ivre, elle n’est tout simplement bonne à rien en ce monde ; elle n’est d’aucun service à elle-même, à sa famille, à ses voisins ni à son pays ; et combien plus est-elle incapable de servir Dieu : et pourtant elle est tout juste bonne pour le service du diable.

Encore, un homme ivre est exposé à toutes sortes de dangers : il peut être tué par ses semblables, par des bêtes sauvages et par des bêtes domestiques ; il peut tomber dans le feu, dans l’eau ou dans un fossé ; ou bien il peut tomber en marchant, et se briser les os ou le cou ; il peut se blesser avec des outils tranchants. — De plus, s’il a de l’argent ou quelque objet de valeur, il peut tout perdre, ou être volé, ou faire un marché insensé et se faire escroquer de tout ce qu’il possède.

Je crois que beaucoup d’entre vous savent par une triste expérience la vérité de ce que je viens de dire ; et pourtant vous continuerez encore dans votre ivrognerie. Bien que vous ayez été trompés à maintes et maintes reprises, et que vous ayez perdu votre bien par l’ivrognerie, vous vous risquerez pourtant à continuer dans ce péché si destructeur. Ô insensés, quand serez-vous sages ? — Nous savons tous la vérité de ce que je viens de dire, par ce que nous avons vu et entendu des morts causées par l’ivresse. Combien se sont noyés dans nos rivières, et combien sont morts de froid pendant les saisons d’hiver ! et pourtant les ivrognes continuent sans crainte et sans réflexion : hélas, hélas ! Que deviendront tous ces ivrognes ? Sans aucun doute, ils doivent tous aller en enfer, à moins qu’ils ne se repentent vraiment et ne se tournent vers Dieu. L’ivrognerie est si commune parmi nous que même nos jeunes gens et nos jeunes femmes n’ont pas honte de s’enivrer. Nos jeunes gens s’enivrent aussi volontiers qu’ils mangent quand ils ont faim. — On estime généralement parmi les hommes qu’il est plus abominable pour une femme d’être ivre que pour un homme ; et pourtant il n’y a rien de plus commun parmi nous que les femmes ivrognes. Les femmes devraient être plus modestes que les hommes ; les saintes Écritures recommandent la modestie aux femmes en particulier : — mais les femmes ivres n’ont aucune modestie. C’est encore plus intolérable pour une femme de s’enivrer, si nous considérons en outre qu’elle est en grand danger de tomber entre les mains des fils de Bélial, ou d’hommes méchants, et d’être honteusement traitée par eux.

Et ici je ne puis m’empêcher de faire remarquer que nous trouvons dans les saintes Écritures un malheur prononcé contre les hommes qui portent leur outre à la bouche de leur prochain pour l’enivrer, afin de voir sa nudité : et il y a sans aucun doute aujourd’hui encore, de nos jours, de ces hommes diaboliques, comme il y en avait aux jours d’autrefois.

Et pour conclure, considérez, mes pauvres frères de sang, vous qui êtes des ivrognes, dans quelle misérable condition vous vous êtes mis. Il y a un terrible malheur qui tonne contre vous chaque jour, et le Seigneur dit que les ivrognes n’hériteront point le royaume de Dieu.

Et maintenant, laissez-moi vous exhorter tous à rompre avec votre ivrognerie par une repentance selon l’Évangile, et à croire au Seigneur Jésus, et vous serez sauvés. Prenez garde à ce spectacle lugubre qui est devant nous, et à tous les terribles jugements qui sont tombés sur les pauvres ivrognes. Oh ! réformons tous nos vies, et vivons à l’avenir comme il convient à des créatures mortelles. Soyons persuadés que nous sommes des créatures qui doivent rendre compte à Dieu, et que nous serons appelés à rendre des comptes dans quelques jours. Vous qui avez été insouciants toute votre vie, réveillez-vous maintenant pour la justice, et souciez-vous de votre pauvre âme qui ne mourra jamais. Combattez tous les péchés, et surtout le péché qui vous enveloppe si facilement, et conduisez-vous à l’avenir comme il convient à des créatures raisonnables ; et par-dessus tout, recevez le Seigneur Jésus-Christ et croyez en lui, et vous aurez la vie éternelle ; et quand vous viendrez à mourir, vos âmes seront reçues dans le ciel, pour y être avec le Seigneur Jésus dans le bonheur éternel, avec tous les saints dans la gloire ; ce que Dieu, dans son infinie miséricorde, veuille nous accorder, par Jésus-Christ notre Seigneur.

AMEN.

L’Écriture dans ce sermon Romains 6:23

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Occom, Samson. “Sermon prêché à l’exécution de Moses Paul, un Indien.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/sermon-at-the-execution-of-moses-paul/.
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