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La Chute et le Relèvement de l’homme

Portrait de Christmas Evans Christmas Evans

Texte

Romains 5:15

En bref

Le sermon le plus célèbre de Christmas Evans, celui que les Gallois citent encore : tout l’Évangile raconté comme une seule scène qui se déploie. L’homme est créé à l’image de Dieu, la couronne de justice tombe, et la Miséricorde et la Justice s’affrontent devant le trône jusqu’à ce que le sang de Christ réponde à l’une et à l’autre. Prêché en plein air à travers le pays de Galles par le grand baptiste borgne.

« Car, si par l’offense d’un seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. »

L’HOMME fut créé à l’image de Dieu. La connaissance et une sainteté parfaite étaient imprimées dans la nature même et dans les facultés de son âme. Il avait un accès constant auprès de son Créateur et jouissait avec lui d’une libre communion, sur le fondement de son irréprochable rectitude morale. Mais hélas ! le glorieux diadème est brisé ; la couronne de justice est tombée. La pureté de l’homme s’en est allée, et son bonheur est perdu. « Il n’y a point de juste, pas même un seul. » « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. » Mais la ruine n’est pas sans espérance. Ce qui fut perdu en Adam est rétabli en Christ. Son sang nous rachète de la servitude, et son Évangile nous rend l’héritage perdu. « Car, si par l’offense d’un seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. » Considérons ;—premièrement, la corruption et la condamnation de l’homme ; et deuxièmement, sa restauration gracieuse dans la faveur de son Dieu offensé.

I. Pour trouver la cause de la corruption et de la condamnation de l’homme, il nous faut remonter jusqu’en Éden. Manger de l’« arbre défendu » fut « l’offense d’un seul », par suite de laquelle « il en est beaucoup qui sont morts ». Ce fut là le « péché », l’acte de « désobéissance » qui « fit entrer la mort dans le monde, et tout notre malheur ». Ce fut la plus grande ingratitude envers la munificence divine, et la plus audacieuse rébellion contre la souveraineté divine. La royauté de Dieu fut méprisée ; les richesses de sa bonté dédaignées ; et son ennemi le plus acharné lui fut préféré, comme s’il était un conseiller plus sage que la Sagesse infinie. Ainsi l’homme fit alliance avec l’enfer contre le Ciel ; avec les démons de l’abîme sans fond contre le Créateur et Bienfaiteur tout-puissant ; dérobant à Dieu l’obéissance due à son commandement, et la gloire due à son nom ; adorant la créature au lieu du Créateur ; et ouvrant la porte à l’orgueil, à l’incrédulité, à l’inimitié, et à toutes les passions mauvaises et abominables. Comment la « vigne excellente », qui avait été plantée d’un « plant franc », s’est-elle « changée en sarments dégénérés d’une vigne étrangère » !

Qui peut attendre d’une telle source une eau pure ? « Ce qui est né de la chair est chair. » Toutes les facultés de l’âme sont corrompues par le péché ; l’intelligence est ténébreuse ; la volonté perverse ; les affections charnelles ; la conscience pleine de honte, de remords, de trouble et d’une crainte mortelle. L’homme est un pécheur au cœur dur et au cou raide ; aimant les ténèbres plutôt que la lumière, parce que ses œuvres sont mauvaises ; mangeant le péché comme le pain, et buvant l’iniquité comme l’eau ; retenant fermement la tromperie et refusant de la lâcher. Son cœur est désespérément méchant ; plein d’orgueil, de vanité, d’hypocrisie, de convoitise, de haine de la vérité, et d’hostilité envers tout ce qui est bon.

Cette dépravation est universelle. Parmi les enfants naturels d’Adam, nul n’est exempté de la souillure originelle. « Le monde entier est sous la puissance du malin. » « Nous sommes tous comme des impurs, et toute notre justice est comme un vêtement souillé. » La corruption peut varier dans ses degrés de développement, selon les personnes ; mais les éléments en sont en tous, et leur nature est partout la même ; la même chez la jeunesse florissante et chez le vieillard flétri ; chez le prince altier et chez l’humble paysan ; chez le plus robuste géant et chez le plus débile infirme. L’ennemi est « venu comme un fleuve ». Le déluge du péché a submergé le monde. Du plus élevé au plus bas, il n’y a ni santé ni intégrité morale. De la plante des pieds jusqu’à la tête, il n’y a que blessures, meurtrissures et plaies purulentes. Les lois, leur violation, et les châtiments partout inventés pour réprimer le vice, prouvent l’universalité du mal. Les sacrifices sanglants et les diverses purifications des païens montrent l’écriture du remords sur leurs consciences ; proclament leur sentiment de culpabilité et leur effroi du châtiment. Nul d’entre eux n’est affranchi de la crainte qui porte avec elle le tourment, quels que soient leurs efforts pour la vaincre, et si grande que soit leur audace au service du péché et de Satan. « Mené ! Tékel ! » est écrit sur tout cœur humain. « Trouvé léger ! trouvé léger ! » est inscrit sur les temples et les autels des païens ; sur les lois, les coutumes et les institutions de toute nation ; et sur la conscience universelle du genre humain.

Cette corruption intérieure se manifeste par des actions extérieures. « On connaît l’arbre à son fruit. » De même que la fumée et les étincelles de la cheminée montrent qu’il y a du feu au dedans, ainsi tous les « propos impurs » des hommes, et toutes « les œuvres infructueuses des ténèbres » où ils se complaisent, indiquent clairement la souillure de la source dont ils procèdent. « Car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » Le langage du pécheur le trahit. La « médisance » procède de la malice et de l’envie. Les « paroles folles et les plaisanteries » sont la preuve de pensées impures et frivoles. La bouche pleine de malédiction et d’amertume, le gosier comme un sépulcre ouvert, le venin des aspics sous la langue, les pieds prompts à répandre le sang, la destruction et la misère sur leurs sentiers, et le chemin de la paix qu’ils ne connaissent point, sont la démonstration la plus claire et la plus ample que les hommes « se sont tous égarés » et « sont tous ensemble devenus inutiles ». Nous voyons le fruit amer de la même corruption dans le vol, l’adultère, la gloutonnerie, l’ivrognerie, l’extorsion, l’intolérance, la persécution, l’apostasie, et toute œuvre mauvaise—dans toutes les fausses religions ; le Juif, s’attachant obstinément aux cérémonies charnelles d’une loi abrogée ; le Mahométan, honorant un imposteur et recevant un mensonge pour une révélation de Dieu ; le Papiste, adorant des images et des reliques, priant des saints trépassés, cherchant l’absolution auprès d’hommes pécheurs, et se confiant, pour son salut, dans les momeries les plus absurdes ; le Païen, attribuant la divinité aux œuvres de ses propres mains, adorant des idoles de bois et de pierre, sacrifiant à des démons malfaisants, jetant ses enfants au feu ou dans les flots en offrande à des divinités imaginaires, et changeant la gloire du Dieu incorruptible en l’image de la bête et du ver.

« C’est à cause de cela que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion. » Ils sont sous la sentence de la loi violée, sous la malédiction de la Justice éternelle. « Par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes. » « Celui qui ne croit pas est déjà jugé. » « La colère de Dieu demeure sur lui. » « Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique ! » « Malheur au méchant ! il lui arrivera malheur, car il recueillera l’œuvre de ses mains. » « Ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment la méchanceté en moissonnent les fruits. » « Il fait pleuvoir sur les méchants des charbons, du feu et du soufre ; un vent brûlant, c’est le calice qu’ils ont en partage. » « Dieu est irrité contre le méchant chaque jour ; si le méchant ne se convertit pas, il aiguise son glaive ; il bande son arc, et il l’ajuste. »

Qui saurait décrire la misère de l’homme déchu ! Ses jours, bien que peu nombreux, sont remplis de maux. Le trouble et le chagrin le poussent vers le tombeau. Le monde entier, hormis Noé et sa famille, se noie dans le déluge. Une tempête de feu et de soufre tombe du ciel sur Sodome et Gomorrhe. La terre ouvre sa bouche pour engloutir vivants Koré, Dathan et Abiram. La colère vient sur « la Cité bien-aimée », oui, « la colère jusqu’au bout ». La mère tendre et délicate dévore le nourrisson qu’elle chérit. L’épée de l’homme exécute la vengeance de Dieu. La terre déverse ses habitants dans l’abîme sans fond. De toutes parts ce ne sont que « bruits confus, et vêtements roulés dans le sang ». Le feu et l’épée remplissent le pays de consternation et d’effroi. Au milieu de la dévastation universelle, des cris sauvages et des gémissements désespérés emplissent les airs. Ô Dieu de miséricorde ! ton oreille est-elle trop pesante pour entendre ? ou ton bras trop court pour sauver ? Les cieux au-dessus sont d’airain, et la terre au-dessous est de fer ; car l’Éternel répand son indignation sur ses adversaires, et il n’aura ni pitié ni ménagement.

En vérité, « la misère de l’homme est grande sur lui » ! Voyez la malheureuse créature déchue ! La peste le poursuit. La lèpre s’attache à lui. La consomption le consume. L’inflammation dévore ses entrailles. Une fièvre brûlante s’est emparée des ressorts mêmes de la vie. L’ange destructeur a surpris le pécheur dans ses péchés. La main de Dieu est sur lui. Les feux de la colère s’allument autour de lui, tarissant toute source de consolation, et réduisant en cendres toutes ses espérances. La conscience le châtie avec des scorpions. Voyez comme il se tord ! Entendez comme il crie au secours ! Remarquez quelle angoisse et quelle terreur sont dans son âme et sur son front ! La mort le fixe en face et agite contre lui sa lance de fer. Il tremble, il pâlit, comme un coupable à la barre, comme un condamné sur l’échafaud. Il est déjà condamné. La conscience a prononcé la sentence. L’angoisse s’est saisie de lui. Les terreurs se rangent en ordre de bataille autour de lui. Il regarde en arrière, et les tempêtes du Sinaï le poursuivent ; en avant, et l’enfer s’ébranle à sa rencontre ; en haut, et les cieux sont en feu ; en bas, et le monde est embrasé. Il prête l’oreille, et la trompette du jugement l’appelle ; encore, et les chars d’airain de la vengeance grondent au loin ; et de nouveau, la sentence pénètre son âme d’une angoisse indicible—« Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ! »

Ainsi, « comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché ». Ils sont « morts par leurs offenses et par leurs péchés » ; morts spirituellement et morts légalement ; morts par la puissance mortelle du péché, et morts par la sentence condamnatoire de la loi ; et impuissants comme des brebis menées à la boucherie, ils sont violemment poussés par les ministres de la colère vers le tombeau qui dévore tout, et vers l’étang de feu !

Mais n’y a-t-il point de miséricorde ? N’y a-t-il aucun moyen de salut ? Écoutez ! au milieu de tout ce prélude de colère et de ruine, s’élève une voix douce et légère, qui dit : « à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. »

II. Ceci nous amène à notre second point : la restauration gracieuse de l’homme dans la faveur de son Dieu offensé.

Je ne sais comment mieux vous représenter cette œuvre glorieuse que par l’image suivante. Supposez un vaste cimetière, entouré d’une haute muraille, avec une seule entrée, fermée par une massive porte de fer solidement verrouillée. Au dedans se trouvent des milliers et des millions d’êtres humains, de tout âge et de toute condition, qu’une même maladie épidémique courbe vers la tombe. Les fosses s’ouvrent béantes pour les engloutir, et tous doivent périr. Il n’y a là ni baume pour soulager, ni médecin. Telle est la condition de l’homme en tant que pécheur. Tous ont péché ; et il est écrit : « L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. » Mais tandis que cette race infortunée gisait dans cette lugubre prison, la Miséricorde vint se tenir à la porte, et pleura sur ce spectacle de deuil, s’écriant—« Oh ! si je pouvais entrer ! Je banderais leurs plaies ; je soulagerais leurs douleurs ; je sauverais leurs âmes ! » Une ambassade d’anges, envoyée de la cour du Ciel vers quelque autre monde, s’arrêta à cette vue, et le Ciel pardonna cette halte. Voyant la Miséricorde debout là, ils s’écrièrent—« Miséricorde ! ne peux-tu entrer ? Peux-tu contempler ce spectacle sans en avoir pitié ? Peux-tu avoir pitié, sans secourir ? » La Miséricorde répondit : « Je puis voir ! » et, dans ses larmes, elle ajouta : « Je puis avoir pitié, mais je ne puis secourir ! » « Pourquoi ne peux-tu entrer ? » demanda l’armée céleste. « Oh ! » dit la Miséricorde, « la Justice a barré la porte contre moi, et je ne dois—ne puis la déverrouiller ! » À cet instant, la Justice elle-même parut, comme pour garder la porte. Les anges demandèrent : « Pourquoi ne veux-tu pas souffrir que la Miséricorde entre ? » Elle répondit sévèrement : « La loi est violée, et elle doit être honorée ! Qu’ils meurent, ou que meure la Justice ! » Alors parut, parmi la troupe angélique, une forme semblable au Fils de Dieu. S’adressant à la Justice, il dit : « Quelles sont tes exigences ? » La Justice répondit : « Mes exigences sont rigoureuses ; il me faut l’ignominie pour leur honneur, la maladie pour leur santé, la mort pour leur vie. Sans effusion de sang il n’y a point de pardon ! » « Justice, » dit le Fils de Dieu, « j’accepte tes conditions ! Que ce châtiment retombe sur moi ! Que la Miséricorde entre, et arrête le carnaval de la mort ! » « Quel gage donnes-tu de l’accomplissement de ces conditions ? » « Ma parole ; mon serment ! » « Quand les accompliras-tu ? » « Dans quatre mille ans, sur la colline du Calvaire, hors des murs de Jérusalem ! » Le pacte fut préparé, signé et scellé en présence des anges présents. La Justice fut satisfaite, la porte fut ouverte, et la Miséricorde entra, prêchant le salut au nom de Jésus. Le pacte fut confié aux patriarches et aux prophètes. Une longue série de rites et de cérémonies, de sacrifices et d’oblations, fut instituée pour perpétuer la mémoire de cet acte solennel. À la fin de la quatre-millième année, lorsque les « soixante-dix semaines » de Daniel furent accomplies, la Justice et la Miséricorde parurent sur la colline du Calvaire. « Où, » dit la Justice, « est le Fils de Dieu ? » « Le voici, » répondit la Miséricorde, « au pied de la colline ! » Et il vint là, portant sa propre croix, et suivi de son Église en pleurs. La Miséricorde se retira et se tint à l’écart de la scène. Jésus gravit la colline, comme un agneau pour le sacrifice. La Justice présenta le terrible pacte, disant : « Voici le jour où cet acte doit être acquitté. » Le Rédempteur le prit. Qu’en fit-il ? Le déchira-t-il en morceaux pour le disperser aux vents ? Non ! il le cloua à sa croix, en criant : « Tout est accompli ! » La Victime monta sur l’autel. La Justice appela le feu saint à descendre pour consumer le sacrifice. Le feu saint répondit : « Je viens ! Je consumerai le sacrifice, puis j’embraserai le monde ! » Il tomba sur le Fils de Dieu, et consuma rapidement son humanité ; mais lorsqu’il toucha sa Divinité, il s’éteignit. Alors il y eut des ténèbres sur tout le pays, et un tremblement de terre ébranla la montagne ; mais l’armée céleste éclata en un chant de ravissement—« Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! paix sur la terre ! bienveillance envers les hommes ! »

Ainsi la grâce a abondé, et le don gratuit est venu sur tous, et l’Évangile s’en est allé proclamer la rédemption à toute créature. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Par la grâce vous êtes aimés, rachetés et justifiés. Par la grâce vous êtes appelés, convertis, réconciliés et sanctifiés. Le salut est tout entier de grâce. Le plan, le processus, l’achèvement, tout est de grâce.

« La grâce couronnera toute l’œuvre, à travers les jours éternels ; c’est elle qui pose au ciel la pierre du faîte, et bien mérite la louange ! »

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » « Par l’offense d’un seul, beaucoup sont morts. » Et à mesure que les hommes se multipliaient, l’offense abondait. Les eaux submergèrent le monde, mais ne purent laver l’affreuse souillure. Le feu tomba du ciel, mais ne put brûler la peste maudite. La terre ouvrit sa bouche, mais ne put engloutir le monstre du péché. La loi fit gronder sa menace du sein de l’épaisse obscurité du Sinaï ; mais ne put, par toutes ses terreurs, retenir les fils de la rébellion. L’offense abondait toujours, et se multipliait comme le sable au bord de la mer. Elle s’enhardit, dressa ses tentes sur le Calvaire, et cloua le Législateur à un bois. Mais dans ce combat le péché reçut sa blessure mortelle. La Victime fut le Vainqueur. Il tomba, mais dans sa chute il écrasa l’ennemi. Il mourut au péché, mais le péché et la mort furent crucifiés sur sa croix. Là où le péché avait abondé pour condamner, la grâce a bien plus abondé pour justifier. Là où le péché avait abondé pour corrompre, la grâce a bien plus abondé pour purifier. Là où le péché avait abondé pour endurcir, la grâce a bien plus abondé pour amollir et soumettre. Là où le péché avait abondé pour emprisonner les hommes, la grâce a bien plus abondé pour proclamer la liberté aux captifs. Là où le péché avait abondé pour violer la loi et déshonorer le Législateur, la grâce a bien plus abondé pour réparer la brèche et effacer la souillure. Là où le péché avait abondé pour consumer l’âme comme d’un feu qui ne s’éteint point et d’un ver qui ronge, la grâce a bien plus abondé pour éteindre la flamme et guérir la plaie. La grâce a abondé ! Elle a établi son trône sur le mérite des souffrances du Rédempteur. Elle a ceint la couronne, saisi le sceptre d’or, et dépouillé la domination du prince des ténèbres ; et les portes du grand cimetière sont ouvertes toutes grandes, et un nouveau pouls de vie bat parmi sa misérable population, et l’Immortalité se promène au milieu des tombeaux !

Cette grâce surabondante se manifeste dans le don de Jésus-Christ, par la médiation duquel s’opèrent notre réconciliation et notre salut. Avec lui, les croyants sont morts au péché et vivants pour Dieu. Nos péchés furent mis à mort sur sa croix et ensevelis dans son tombeau. Sa résurrection a ouvert nos sépulcres et nous a donné l’assurance de l’immortalité. « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. À plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. »

« L’affection de la chair est inimitié contre Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, et qu’elle ne le peut même pas. » Gloire à Dieu pour la mort de son Fils, par laquelle cette inimitié est mise à mort, et la réconciliation opérée entre le rebelle et la loi ! Tel fut le don ineffable qui nous sauva de la ruine ; qui lutta contre la tempête et la détourna de la tête vouée du pécheur. Si tous les anges de Dieu avaient tenté de se dresser entre ces deux mers en conflit, ils auraient été emportés dans le gouffre de la destruction. « Le sang des taureaux et des boucs, immolés sur les autels juifs », ne pouvait ôter le péché, ne pouvait apaiser la conscience. Mais Christ, le don de la Grâce divine, « Agneau pascal désigné par Dieu », « sacrifice d’un nom plus noble et d’un sang plus riche que les leurs », a porté nos péchés et s’est chargé de nos douleurs, et nous a obtenu le bienfait de la rédemption éternelle. Il affronta la fureur de la tempête, et les flots passèrent par-dessus sa tête ; mais son offrande fut une offrande de paix, calmant les tempêtes et les vagues, magnifiant la loi, glorifiant son Auteur, et arrachant celui qui l’avait violée à la colère et à la ruine. La Justice a déposé son glaive au pied de la croix, et l’amitié est rétablie entre le ciel et la terre.

Ici, ô vous les coupables ! venez et jetez loin vos armes de rébellion ! Venez avec vos mauvais principes et vos actions perverses ; votre incrédulité, votre inimitié et votre orgueil ; et rejetez-les aux pieds du Rédempteur ! Dieu est ici, attendant de faire grâce. Il vous recevra ; il jettera tous vos péchés derrière son dos, dans les profondeurs de la mer ; et il ne s’en souviendra plus jamais contre vous. Par le « Don ineffable » du Ciel, par l’inestimable expiation de Christ, par la grâce libre et infinie du Père et du Fils, nous vous persuadons, nous vous supplions, nous vous conjurons : « soyez réconciliés avec Dieu ! »

C’est par l’œuvre du Saint-Esprit au dedans de nous que nous obtenons une part personnelle à l’œuvre accomplie pour nous au Calvaire. Si nos péchés sont effacés, ils sont aussi crucifiés. Si nous sommes réconciliés en Christ, nous ne combattons plus contre notre Dieu. Tel est le fruit de la foi. « C’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice. » Que le Seigneur inspire à chacun de nous ce principe salvateur !

Mais ceux qui ont été rétablis dans la faveur divine peuvent parfois être abattus et découragés. Ils ont traversé la mer et chanté des louanges sur le rivage de la délivrance ; mais il reste encore, entre eux et Canaan, « un désert affreux et hurlant », un long et pénible pèlerinage, des nations hostiles, des serpents brûlants, la disette de nourriture, et le fleuve du Jourdain. Des craintes au dedans et des combats au dehors, ils peuvent se décourager, céder à la tentation, murmurer contre Dieu, et désirer retourner en Égypte. Mais ne crains point, vermisseau de Jacob ! Réconciliés par la mort de Christ, à plus forte raison, étant réconciliés, serez-vous sauvés par sa vie. Sa mort fut le prix de notre rédemption ; sa vie assure au croyant la liberté. Si par sa mort il vous a fait passer la mer Rouge dans la nuit, par sa vie il peut vous conduire à travers le fleuve du Jourdain en plein jour. Si par sa mort il vous a délivrés de la fournaise de fer en Égypte, par sa vie il peut vous sauver de tous les périls du désert. Si par sa mort il a vaincu Pharaon, l’ennemi en chef, par sa vie il peut soumettre Sihon, roi des Amoréens, et Og, roi de Basan. « Nous serons sauvés par sa vie. » « Parce que je vis, vous vivrez aussi. » « Prenez courage ! » L’œuvre est achevée ; la rançon est payée ; le royaume des cieux est ouvert à tous les croyants. « Levez la tête et réjouissez-vous », « vous, captifs pleins d’espérance ! » Il n’est point de dette impayée, point de démon non vaincu, point d’ennemi au dedans de vos propres cœurs qui n’ait reçu une blessure mortelle ! « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! »

L’Écriture dans ce sermon Romains 5:15

Domaine public. Texte source de l’édition originale.